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Avis institutionnel — 52023AE3800

CELEX52023AE3800
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 13 décembre 2023

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Séries C


C/2024/1568

5.3.2024

Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Sécuriser l’approvisionnement de l’Europe en médicaments: envisager une loi sur les médicaments critiques»

(avis exploratoire à la demande de la présidence belge)

(C/2024/1568)

Rapporteur:

Lech PILAWSKI

Corapporteur:

Thomas STUDENT

Consultation

Base juridique

Demande de la présidence belge du Conseil, 10.7.2023

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Décision du bureau

19.9.2023

Compétence

Commission consultative des mutations industrielles

Adoption en section

9.11.2023

Adoption en session plénière

13.12.2023

Session plénière no

583

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

169/0/1

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité appelle l’Union européenne à élaborer un plan d’action d’urgence vigoureux afin d’attirer sur son territoire la production de principes pharmaceutiques actifs (PPA) et de médicaments prêts à l’emploi. Il invite la Commission européenne à concevoir, au niveau de l’Union, un mécanisme nouveau et global d’aide pour favoriser en son sein la production de ces principes, le développement de leur marché et les médicaments finis. Cette nouvelle approche d’ensemble aurait pour avantage principal qu’elle devrait instaurer en la matière une législation de l’Union européenne qui soit appropriée, tenant compte des spécificités que présentent la production de substances actives et leurs échanges commerciaux.

1.2.

Le Comité économique et social européen (CESE) souligne qu’il importe d’atténuer les dépendances et, dans le même temps, de renforcer la résilience et l’autonomie stratégique de l’Union. Il recommande par conséquent de prendre des mesures législatives appropriées pour améliorer la production actuelle de produits pharmaceutiques dans les États membres de l’Union et soutenir ses capacités de production pharmaceutique en ce qui concerne l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. À cet égard, la Commission européenne, en collaboration avec les États membres, devrait mettre en place les mesures d’incitation, d’ordre administratif et financier, qui sont appropriées pour favoriser les producteurs de principes pharmaceutiques déjà installés dans l’Union et encourager la relocalisation de la production en Europe, en vue de renforcer sa résilience en matière d’accès aux médicaments.

1.3.

Les actions envisagées exerceront également un effet positif sur les activités de recherche et développement, le marché du travail, l’essor de nouvelles branches d’activité économique et le rétablissement de l’image de marque de l’Union comme espace attrayant pour travailler.

1.4.

L’accès aux substances actives et médicaments essentiels devenant une «arme» dans les joutes de la géopolitique, l’Union européenne se doit d’être autonome dans la production de ces ressources stratégiques. La compensation du différentiel qu’elle accuse par rapport aux pays asiatiques du point de vue des coûts de production représente le prix à payer pour renforcer la sécurité de ses citoyens, et il convient donc qu’elle en assume la charge au moyen de nouveaux fonds qu’elle assignera spécifiquement à cette fin. Pour assurer le plus haut degré de disponibilité possible pour ces ressources stratégiques, il est nécessaire que la Commission européenne entreprenne une action d’urgence afin de rétablir et reconstruire la capacité de fabrication de ces produits dans différentes régions géographiques de l’Union européenne.

1.5.

Parmi les défis qui se posent actuellement à l’industrie pharmaceutique de l’Union européenne figurent sa dépendance vis-à-vis de l’Asie pour la production de substances actives et de médicaments de base, en l’occurrence de génériques, ainsi que l’augmentation des coûts de production, notamment des dépenses en matières premières et en énergie. Des inquiétudes de plus en plus vives se font jour, toutefois, pour redouter que de nouvelles augmentations des prix énergétiques ne soient susceptibles de provoquer des difficultés dans cette chaîne d’approvisionnement, dès lors qu’un nombre croissant d’entreprises seraient amenées à réduire leurs capacités de production, avec les conséquences dommageables qui pourraient en résulter pour la fabrication de produits pharmaceutiques.

1.6.

Pour renforcer l’industrie pharmaceutique européenne, nous nous devons de réduire la dépendance de l’Union vis-à-vis de l’Asie et des États-Unis, d’augmenter sa capacité à séduire les investisseurs, d’encourager les efforts de recherche et développement et de revoir sa politique de tarification, ainsi que de mettre en branle un soutien financier et institutionnel afin de rétablir sur son territoire une production de substances actives et de médicaments essentiels, sous forme de génériques. Il s’impose de lancer une action dans la perspective de l’espace européen des données de santé, lequel aidera l’Union à réaliser des avancées décisives dans la manière dont les soins de santé sont fournis aux citoyens dans toute l’Europe et les mettra en mesure de contrôler et d’utiliser leurs données de santé dans leur pays d’origine comme dans d’autres États membres.

1.7.

Le gaspillage de médicaments constitue l’un des défis auxquels l’Union européenne est confrontée, du point de vue des patients comme de ses systèmes de soins de santé. En conséquence, la Commission européenne se devrait d’envisager des actions pour combattre ce phénomène. Eu égard aux cas de figure susmentionnés et face au phénomène des pénuries de médicaments, il conviendrait d’agir pour mieux gérer la disponibilité des produits pharmaceutiques. Il serait opportun, dans une telle perspective, de promouvoir la notion de «soins pharmaceutiques» et la conception de la pharmacie comme lieu de prise en charge coordonnée des patients.

1.8.

Afin que les patients puissent continuer à accéder à des thérapies abordables, le cadre régissant la propriété intellectuelle (PI) ne peut entraver le développement et la commercialisation des médicaments génériques et biosimilaires, ni, par conséquent, la concurrence par les prix. Le CESE approuve dès lors pleinement le débat sur la tarification juste et la transparence des coûts de recherche et développement pour les médicaments.

1.9.

La Commission européenne devrait également envisager d’accroître l’indépendance de l’Union dans le domaine de l’usage médical des équipements de protection individuelle et des dispositifs médicaux.

1.10.

Une loi sur les médicaments critiques, revêtant de préférence la forme d’un règlement de l’Union européenne, est susceptible de fournir un cadre réglementaire qui gouvernerait les éléments suivants:

1)

un encadrement législatif définissant la procédure de sélection des principes pharmaceutiques actifs à retenir pour un rapatriement en Europe;

2)

un mécanisme qui, dans le domaine de la recherche et du développement, des investissements en infrastructures et technologies et des coûts de fonctionnement durant la période couverte par le financement concerné, procurera les ressources financières nécessaires pour développer des infrastructures industrielles aux fins de produire en Europe ces principes, tout comme des médicaments prêts à l’emploi;

3)

des lignes directrices de l’Union européenne qui seront appropriées pour fixer les prix des produits finis sur le marché européen et les remboursements auxquels ils donneront lieu, afin d’assurer la compétitivité de ces principes actifs et médicaments prêts à l’emploi qui seront produits en Europe.

2. Contexte de l’avis

2.1.

Dans sa communication «Stratégie pharmaceutique pour l’Europe», la Commission européenne a qualifié l’industrie pharmaceutique européenne de «forte et compétitive», faisant valoir qu’elle fournissait 800 000 emplois directs, dégageait un excédent commercial de 109,4 milliards d’euros et apportait une contribution aux investissements dans la recherche qui est d’importance majeure, excédant les 37 milliards d’euros en 2019 (1). En taille, l’Union représente le deuxième marché mondial pour les produits pharmaceutiques (2). Ces dernières années, son industrie pharmaceutique a malheureusement enregistré une baisse de compétitivité, qui a provoqué une délocalisation de sa production, de ses emplois et de sa recherche et développement clinique en direction de l’Asie et des États-Unis. En matière d’investissement, le retard qu’elle accuse vis-à-vis de sa concurrente américaine s’est envolé, en l’espace de deux décennies, de 2 à 25 milliards d’euros, un montant phénoménal, puisqu’il correspond à une augmentation de 1 000 % de cet écart. En conséquence, l’Europe subit une déperdition d’un savoir-faire pharmaceutique primordial et une dépendance croissante vis-à-vis d’autres régions du monde, en particulier l’Asie, tout en devant affronter des difficultés dans les chaînes d’approvisionnement de son secteur des produits pharmaceutiques.

2.2.

La santé et la vie même des patients européens ne devraient pas être tributaires de principes pharmaceutiques actifs et médicaments essentiels qui sont importés d’autres zones du globe. Pour assurer le plus haut degré de disponibilité possible pour ces ressources stratégiques, il est nécessaire que la Commission européenne entreprenne une action d’urgence afin de rétablir et reconstruire la capacité de fabrication de ces produits dans différentes régions géographiques de l’Union européenne.

2.3.

Le CESE est particulièrement préoccupé par la situation de dépendance vis-à-vis de pays tiers dans laquelle l’Union européenne se trouve actuellement pour ce qui est de son approvisionnement en substances actives. Les pénuries de médicaments se sont accentuées dans les pays européens durant ces dix dernières années, la pandémie de COVID-19 n’ayant fait qu’aggraver cette évolution. D’aucuns ont dit redouter que la délocalisation en Asie de la production de principes pharmaceutiques actifs (PPA) et de médicaments prêts à l’emploi n’ait pu aboutir à intensifier les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement du secteur de la pharmacie. Les leçons tirées de la pandémie de COVID-19 ont montré que lorsqu’une crise survient, les pays disposant en interne d’une forte industrie pharmaceutique ont tendance à recentrer la production de leurs acteurs nationaux sur leur marché domestique, reléguant ainsi la demande étrangère au second plan. Dans un environnement où la production de produits pharmaceutiques et les chaînes d’approvisionnement afférentes sont complexes et mondialisées mais néanmoins insuffisamment diversifiées, une telle configuration produit d’ores et déjà des retombées dommageables pour l’Europe, et il en restera de même si aucune mesure n’est prise pour y remédier. L’instabilité croissante qui affecte les relations internationales ne fera qu’accentuer cette menace.

2.4.

Dans le domaine de la fabrication de médicaments, la dépendance de plus en plus marquée vis-à-vis des matières premières importées d’Asie a entraîné la disparition d’une partie des capacités de production internes. Jusqu’au milieu des années 1990, l’Europe et les États-Unis fournissaient 90 % des substances utilisées dans le monde entier pour produire des médicaments. Aujourd’hui, ce pourcentage est tombé à 20 %. Pour ce qui est de la production des principes pharmaceutiques actifs et des matières qui leur sont liées, les capacités hors Europe se trouvent en outre concentrées dans une seule et même région du globe et, qui plus est, sont détenues par une petite poignée d’unités productrices. En 2019, ces principes actifs, à l’échelle mondiale, étaient importés de Chine à raison de 40 %, et, toujours dans le monde entier, ils étaient produits pour plus de 50 % par moins de cinq fabricants en possession du certificat de conformité avec les monographies de la Pharmacopée européenne (CEP) (3). En outre, une large majorité des producteurs de principes pharmaceutiques actifs à travers le monde dépendent, pour les fabriquer, de matériaux intermédiaires de provenance chinoise (4). Plusieurs technologies nécessaires à la production de matières premières ne sont plus disponibles dans l’Union européenne (5). Dans la production qui est encore assurée sur son territoire, on relève une série de principes pharmaceutiques actifs de type isolé, pour lesquels il ne subsiste plus qu’un ou deux fabricants. Si le démantèlement des capacités de production concernées se poursuit, une relocalisation s’avérera extrêmement ardue, sera très coûteuse et nécessitera beaucoup de temps.

2.5.

En ce qui concerne l’Europe, la majorité des installations de production sont implantées dans les pays suivants (6):

—

l’Italie (63 sites),

—

l’Allemagne (54 sites),

—

l’Espagne (44 sites),

—

la France (43 sites).

Pour l’ensemble de l’Europe, on recense quelque 440 unités de fabrication produisant, au total, 554 principes pharmaceutiques actifs (7).

2.6.

Plusieurs documents stratégiques, dont certains commandés ou élaborés par le Parlement européen, le Conseil ou la Commission européenne, ainsi que divers travaux de recherche, se sont penchés sur la question de la production des principes pharmaceutiques en Europe même, qui, souvent évoquée sous l’expression de «fabrication locale», apparaît offrir une piste d’action pour prévenir ou, à tout le moins, atténuer les pénuries de médicaments. Ces différents textes estiment que relocaliser la production desdits principes constituera une entreprise difficile, qui demandera de consentir de fortes dépenses, notamment en matière d’investissements et de rémunérations, et qui exigera de procéder à des modifications dans la réglementation. La démarche n’en serait pas moins bénéfique, s’agissant non seulement de renforcer la chaîne d’approvisionnement et de réduire les perturbations mais aussi d’améliorer le niveau de qualité.

2.7.

L’industrie pharmaceutique est d’ores et déjà soumise aux normes les plus sévères en matière de protection de l’environnement. Il serait inadmissible, convient-il de souligner, que les exigences supplémentaires qui seraient imposées dans ce domaine fassent obstacle à son développement et à sa compétitivité.

2.8.

Les déchets pharmaceutiques constituent un phénomène dommageable à tout point de vue.

Eu égard aux cas de figure susmentionnés et face au phénomène des pénuries de médicaments, il conviendrait d’agir pour mieux gérer la disponibilité des produits pharmaceutiques. Il serait opportun, dans une telle perspective, de promouvoir la notion de «soins pharmaceutiques» et la conception de la pharmacie comme lieu de prise en charge coordonnée des patients.

3. Lignes de force des actions à entreprendre

3.1.

Dans l’Union européenne, les industries pharmaceutiques sont confrontées à plusieurs problèmes d’ordre structurel. L’activité de recherche et développement a enregistré au sein de ces secteurs un déclin alarmant, en particulier dans des domaines critiques. En outre, la sécurité des connaissances dans des pans vitaux de cette recherche est mise en péril par d’inquiétants risques d’espionnage. En plus de ces difficultés à surmonter, la réglementation des prix des produits pharmaceutiques dans l’Union européenne s’avère également fort problématique, en particulier s’agissant de relever et de développer les industries produisant actuellement des substances actives et des médicaments essentiels, en l’occurrence génériques, qui assurent que les citoyens européens disposent de produits pharmaceutiques sûrs.

3.2.

Pour renforcer l’industrie pharmaceutique européenne, il y a lieu de réduire la dépendance de l’Union vis-à-vis de l’Asie et des États-Unis, d’augmenter sa capacité à séduire les investisseurs, d’encourager les efforts de recherche et développement et de revoir sa politique de tarification, ainsi que de mettre en branle un soutien financier et institutionnel afin de rétablir sur son territoire une production de substances actives et de médicaments essentiels, sous forme de génériques.

3.3.

Les règles en vigueur ne favorisent pas le soutien à une production pharmaceutique en Europe. Les producteurs européens sont évincés des marchés, tant nationaux qu’étrangers, en raison de l’augmentation des coûts d’exploitation qu’ils doivent supporter pour leurs entreprises, de l’inflation et de l’obligation de se conformer à des normes environnementales sévères, de sorte que leurs tarifs deviennent moins compétitifs et qu’ils écoulent leurs produits en moindres volumes. L’absence de soutien aux fabricants européens a pour effet que face à leurs concurrents chinois ou indiens, il n’est pas rentable pour eux de produire des principes pharmaceutiques actifs et des médicaments prêts à l’emploi.

3.4.

Pour renforcer le secteur pharmaceutique européen, il est nécessaire de dispenser un soutien financier et institutionnel pour produire dans l’Union européenne des substances actives et des médicaments essentiels, en l’occurrence génériques, de multiplier les partenariats public-privé, d’instaurer des normes de travail, de dispenser des subventions et de fournir des soutiens renforcés pour la recherche et le développement, en particulier dans le domaine des substances actives et des médicaments de base, c’est-à-dire génériques, de créer un encadrement juridique viable, de soutenir les entrepreneurs, de fixer des prix pour les produits «fabriqués en Europe», d’intégrer dans les marchés publics des dispositions sur la localisation de la production, de faire preuve de transparence, de soumettre les chaînes d’approvisionnement à des épreuves de résistance, de créer des réserves stratégiques, dont les stocks seront constitués et alimentés par des produits de l’Union européenne, de limiter les lourdeurs bureaucratiques et de créer un environnement attrayant pour les chercheurs, le monde du travail et l’activité des entreprises.

3.5.

L’innovation ne concerne pas que les médicaments les plus coûteux, qui bénéficient de la protection d’un brevet. Selon la définition qu’en donne l’OCDE, il convient de ne pas la considérer exclusivement sous l’angle d’un atout technologique: les avantages socio-économiques qu’elle procure sont tout aussi importants, et quand un produit pharmaceutique équivalent, qu’il s’agisse d’un générique ou d’un biosimilaire, arrive sur le marché, il a pour effet d’en modifier la structure, de sorte que le traitement deviendra plus abordable et que la croissance économique du pays concerné s’en trouvera renforcée. Une conception étriquée de l’innovation prive l’industrie pharmaceutique européenne de possibilités de développer ses compétences et de se ménager un avantage compétitif, galvaudant ainsi des gains qui auraient pu être réalisés dans le domaine des soins de santé comme dans l’économie tout entière. Pour beaucoup d’entre elles, les innovations consistent aussi à procéder à des changements dans les technologies de production, visant à les rendre moins gourmandes en énergie, davantage respectueuses de l’environnement ou plus rentables. Elles peuvent également prendre la forme de nouvelles manières d’administrer les médicaments ou de combiner plusieurs substances thérapeutiques dans un seul produit et améliorent la qualité de vie du patient et son respect des prescriptions médicales.

3.6.

Il s’impose de consentir les investissements voulus afin que la fabrication des principes pharmaceutiques actifs et des médicaments prêts à l’emploi soit rapatriée en Europe dans la mesure qui est nécessaire pour assurer la sécurité de l’Union en matière pharmaceutique. On estime que les dépenses à engager pour lancer la production d’une seule substance active atteindront un montant situé entre 50 et 180 millions d’euros, selon la technologie de synthèse qui est requise, et que le laps de temps nécessaire à cette fin sera de trois à six années.

3.7.

Une loi sur les médicaments critiques, revêtant de préférence la forme d’un règlement de l’Union européenne, est susceptible de fournir un cadre réglementaire qui gouvernerait les éléments suivants:

1)

un encadrement législatif définissant la procédure de sélection des principes pharmaceutiques actifs à retenir pour un rapatriement en Europe;

2)

un mécanisme qui, dans le domaine de la recherche et du développement, des investissements en infrastructures et technologies et des coûts de fonctionnement durant la période couverte par le financement concerné, dégagera les ressources financières nécessaires pour développer des infrastructures industrielles aux fins de produire en Europe ces principes, tout comme des médicaments prêts à l’emploi;

3)

des lignes directrices de l’Union européenne qui seront appropriées pour fixer les prix des produits finis sur le marché européen et les remboursements auxquels ils donneront lieu, afin d’assurer la compétitivité de ces principes actifs et médicaments prêts à l’emploi qui seront produits en Europe.

3.8.

La Commission européenne devrait également envisager d’accroître l’indépendance de l’Union dans le domaine de l’usage médical des équipements de protection individuelle et des dispositifs médicaux.

3.9.

Afin que les patients puissent continuer à accéder à des thérapies abordables, le cadre régissant la propriété intellectuelle (PI) ne peut entraver le développement et la commercialisation des médicaments génériques et biosimilaires, ni, par conséquent, la concurrence par les prix.

3.10.

Le CESE approuve dès lors pleinement le débat sur la tarification juste et la transparence des coûts de recherche et développement pour les médicaments.

3.11.

Il s’impose de lancer une action dans la perspective de l’espace européen des données de santé, lequel aidera l’Union à réaliser des avancées décisives dans la manière dont les soins de santé sont fournis aux citoyens dans toute l’Europe et les mettra en mesure de contrôler et d’utiliser leurs données de santé dans leur pays d’origine comme dans d’autres États membres.

4. Un mécanisme de financement pour le développement d’infrastructures industrielles assurant la production de principes pharmaceutiques actifs et de médicaments essentiels

4.1.

Le modèle sur lequel pourrait s’appuyer le mécanisme à envisager pourrait consister en un fonds européen pour les principes pharmaceutiques actifs et les médicaments essentiels, lequel, géré par une structure centrale relevant de l’Union européenne qui pourrait tout aussi bien être confiée à une institution ou agence déjà existantes, telle l’Autorité de préparation et de réaction en cas d’urgence sanitaire (HERA), fonctionnerait avec le soutien et la participation financière des États membres et de la Banque européenne d’investissement, mais aussi d’intervenants privés, comme des banques ou des fonds d’investissement.

4.2.

Dans les différents États membres, le fonds financerait le développement d’infrastructures concernant les principes pharmaceutiques actifs et médicaments essentiels à caractère stratégique qui auraient été sélectionnés, en octroyant ses ressources selon une clé de répartition bien définie, par exemple en fonction de la population de chaque pays, de son potentiel, des technologies industrielles qu’il possède déjà ou de ses capacités infrastructurelles.

4.3.

La production de substances actives et de médicaments de base qui s’effectuera avec le soutien de fonds européens devrait être soumise à une obligation de diversification, tant d’un point de vue géographique que par rapport aux menaces extérieures, comme les conflits armés se déroulant à proximité des frontières de l’Union européenne. En outre, il doit s’agir d’investissements de long terme, qui auront réellement pour effet d’accroître et de garantir la résilience globale de l’Union européenne.

5. Un mécanisme de financement pour les échanges commerciaux de principes pharmaceutiques actifs et de médicaments essentiels en Europe

5.1.

Considérant les particularités que présente le marché des principes pharmaceutiques actifs, dont, en particulier, la compétitivité par les prix qui avantage l’offre de produits d’opérateurs extra-européens, il apparaît judicieux de créer un mécanisme européen destiné à financer le marché des échanges de ces principes et des médicaments essentiels qui sont produits en Europe.

5.2.

Ce dispositif pourrait se fonder sur les règles suivantes:

1)

son rouage fondamental consistera en ce que pour un médicament sous forme prête à l’emploi, il sera fixé, sur la base des principes pharmaceutiques actifs et des médicaments essentiels tels qu’ils sont produits en Europe, un prix minimum qu’il incombera à l’assureur ou à l’organisme payeur d’appliquer. La décision afférente sera prise à la demande d’un producteur européen de ces principes actifs et médicaments essentiels et sera fondée sur des critères clairs et transparents, garantissant qu’ils proviennent bien de l’Union européenne. Ce prix plancher sera accordé à un produit donné pour une période de temps bien déterminée et ne pourra faire l’objet, de la part de fournisseurs hors Union européenne, d’actions de concurrence sous la forme de rabais tarifaires;

2)

le registre de l’Union reprenant les décisions sur la fixation du prix minimum de ces médicaments sera accessible en ligne et aura valeur de document public;

3)

eu égard aux spécificités de ce marché, il n’est pas opportun que la législation définisse de manière étroite la notion de «principe pharmaceutique actif européen»: en lieu et place, il conviendrait qu’elle se limite à établir les conditions encadrant une telle qualification, lesquelles, dans les décisions arrêtées par l’autorité d’octroi des aides, pourraient faire l’objet de certaines adaptations en fonction des catégories de produits. Si l’on se place dans cette perspective, il est permis de supputer que les exigences qu’un produit devra respecter pour pouvoir être qualifié de «principe pharmaceutique actif européen» se feront de plus en plus sévères à mesure que l’Europe augmentera la production de ces principes et deviendra moins dépendante des substances intermédiaires d’origine extra-européenne.

5.3.

S’agissant d’assurer les échanges de principes pharmaceutiques actifs et de médicaments essentiels sur le territoire de l’Union européenne, ce mécanisme d’importance primordiale, tel qu’on vient de le décrire, peut encore être étoffé par une série de dispositions supplémentaires, à savoir:

1)

dans les appels d’offres des marchés publics, octroyer une préférence, parmi les critères autres que le prix, aux principes pharmaceutiques actifs et médicaments essentiels d’origine européenne, étant entendu que la Commission européenne publiera des lignes directrices détaillées concernant ces marchés;

2)

prévoir des interventions d’achat de principes pharmaceutiques actifs et médicaments essentiels, que le fonds réalisera auprès d’un ou de plusieurs producteurs, lorsqu’il se produit sur le marché des situations telles que définies dans la législation de l’Union relative à la sécurité en matière de médicaments;

3)

instaurer un traitement préférentiel pour une intégration accélérée de produits pharmaceutiques dans le système de remboursement;

4)

imposer aux producteurs européens de médicaments, l’obligation d’acheter, dans une certaine fourchette de pourcentage, des principes pharmaceutiques actifs et médicaments essentiels d’origine européenne, ou d’en disposer en telle ou telle quantité, exprimée en pour cent, cette disposition pouvant être progressivement renforcée à mesure que le marché de ces substances se développera;

5)

accorder aux fabricants de ces principes pharmaceutiques actifs et médicaments essentiels des subventions directes à la production;

6)

prévoir des achats européens communs de médicaments issus de la production réalisée au sein de l’Union européenne.

6. Pistes institutionnelles

6.1.

Pour assurer la gestion du fonds, il est envisageable d’étendre les missions d’une agence décentralisée ou d’un service de la Commission européenne qui existent déjà, comme l’Autorité de préparation et de réaction en cas d’urgence sanitaire (HERA), ou encore l’Agence européenne des médicaments (EMA), l’argument qui plaide en faveur de cette solution étant que sur certains points, plusieurs des tâches assignées à la première citée peuvent recouper les objectifs dudit fonds, s’agissant, par exemple, de déterminer l’implantation géographique de la fabrication de principes pharmaceutiques actifs et médicaments essentiels en Europe en fonction des technologies et capacités de production actuelles.

6.2.

En coopération avec l’Agence européenne des médicaments, il y aurait lieu, en complément, de s’attacher à déterminer les médicaments qui, dans l’avenir le plus proche, revêtiront une importance essentielle pour traiter les patients de l’Union européenne. Grâce à la liste ainsi établie, il serait possible de définir les critères habilitant à bénéficier d’un soutien à l’investissement pour des molécules bien précises, dans le cadre des localisations géographiques qui auront été définies en Europe.

6.3.

L’Europe devrait faire figure de modèle quant à la manière de s’attacher de manière prioritaire à attirer les chercheurs nés sur son sol qui sont actifs aux États-Unis ou dans d’autres régions du monde et à investir dans des étudiants qui effectuent leur cursus à l’étranger. Par ailleurs, le règlement sur les semi-conducteurs offre un exemple d’initiative qui mériterait d’être reproduite pour rapatrier des compétences et des industries stratégiques dans l’Union européenne.

6.4.

La Commission européenne doit agir d’urgence pour renforcer la santé et la sécurité des citoyens de l’Union. Force est de constater, malheureusement, que des mesures qui n’ont pas encore été arrêtées s’avèrent déjà dépassées, et c’est pour ce motif précisément que le Comité appelle à compléter d’urgence le programme de travail de la Commission par des réglementations spécifiques et à lancer sans plus tarder le processus législatif en la matière.

Bruxelles, le 13 décembre 2023.

Le président du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions «Stratégie pharmaceutique pour l’Europe» [COM(2020) 761 final du 25 novembre 2020].

(2) COM(2020) 761 final.

(3) Document de travail Improving the security of medicines supply in Europe («Améliorer la sécurité de l’approvisionnement pharmaceutique en Europe»).

(4) Document de travail Improving the security of medicines supply in Europe («Améliorer la sécurité de l’approvisionnement pharmaceutique en Europe»).

(5) COM(2020) 761 final.

(6) Potential measures to facilitate the productions of active pharmaceutical ingredients (APIs) [«Mesures possibles pour faciliter les productions de principes pharmaceutiques actifs (PPA)»], département thématique des politiques économiques, scientifiques et de la qualité de la vie, direction générale des politiques internes de l’Union, auteurs: Stefan Fischer, Verena Knoll, Frank Alleweldt et Sabine Vogler, PE 740.070, mars 2023.

(7) Potential measures to facilitate the productions of active pharmaceutical ingredients (APIs) [«Mesures possibles pour faciliter les productions de principes pharmaceutiques actifs (PPA)»].


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/1568/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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