| CELEX | 52023AE3875 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | mercredi 14 février 2024 |
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2024/2486 | 23.4.2024 |
Avis du Comité économique et social européen sur la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions sur la numérisation dans le domaine de la coordination de la sécurité sociale — «Faciliter la libre circulation au sein du marché unique»
[COM(2023) 501 final]
(C/2024/2486)
| Rapporteur: | Krzysztof BALON |
| Corapporteure: | Maria del Carmen BARRERA CHAMORRO |
| Consultation | Commission européenne, 13.11.2023 |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté» |
| Adoption en section | 23.1.2024 |
| Date de l’adoption en session plénière | 14.2.2024 |
| Session plénière no | 585 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 196/2/3 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le Comité économique et social européen (CESE) souligne que, malgré les efforts visant à améliorer le flux d’informations transfrontière dans le domaine de la sécurité sociale, la complexité des procédures administratives, leur caractère manuel, l’obligation de soumettre certains documents sous forme physique et les difficultés rencontrées lorsqu’il s’agit d’en vérifier ou certifier la conformité ralentissent les activités d’administration et, partant, vont à l’encontre des besoins des citoyens et des entreprises, qui ne peuvent être satisfaits de manière rapide et souple. Le Comité accueille dès lors favorablement la communication de la Commission, qui vise à accélérer et simplifier l’accès transfrontière aux services de sécurité sociale, et il soutient fermement le cap qu’elle assigne aux actions destinées à soutenir la numérisation des mécanismes en rapport avec la coordination concernant la sécurité sociale et les soins de santé. |
| 1.2. | Le CESE note toutefois que dans le domaine de la numérisation de la sécurité sociale, les progrès sont très lents, le processus étant en cours depuis plus de dix ans. Il prie la Commission et les États membres de redoubler d’efforts pour qu’il progresse plus rapidement, compte tenu du préjudice que sa lenteur porte tant aux travailleurs qu’aux entreprises sur le plan de la mobilité de la main-d’œuvre, du fait de l’absence de solutions fournissant les garanties voulues en matière de sécurité sociale. |
| 1.3. | Dans la mesure où la communication ne traite pas de la manière dont les administrations publiques des différents États membres doivent être préparées à la mise en œuvre des instruments envisagés, et au vu du faible développement de la numérisation dans certains États membres, le Comité demande que soit élaboré sans délai un plan d’action viable pour mettre en œuvre cette numérisation dans la coordination de la sécurité sociale. Il est nécessaire d’adopter une approche ascendante, qui tienne compte des besoins et des situations qui sont propres tant aux organismes de sécurité sociale qu’à l’ensemble des parties prenantes: citoyens, employeurs, entreprises et entités de l’économie sociale. Dans ce contexte, le CESE attire l’attention sur la nécessité de tenir compte des aspects fonctionnels des systèmes à mettre en œuvre, dans le respect de leur compatibilité, ainsi que sur l’impératif de prendre en considération le degré que l’exclusion numérique atteint dans les États membres. |
| 1.4. | Le CESE souligne que la numérisation en matière de coordination de la sécurité sociale représente pour les États membres une obligation découlant des règlements de coordination. Pour les personnes concernées par ces textes qui ne sont pas en mesure d’utiliser des moyens électroniques, des solutions devraient être mises en place, et tant qu’elles n’auront pas été adoptées, l’identification par voie électronique devrait demeurer une option et non une exigence, de sorte que les intéressés puissent exercer leurs droits et que de nouveaux obstacles ne soient pas imposés à la libre circulation. |
| 1.5. | Le CESE estime qu’à défaut de mener à bien la réforme du règlement (CE) no 883/2004 du Parlement européen et du Conseil (1) sur la coordination des systèmes de sécurité sociale, actuellement en négociation dans le cadre d’un trilogue, la numérisation de la sécurité sociale ne pourra réaliser à elle seule tous les objectifs souhaités en matière de suppression des obstacles à la libre circulation. Par conséquent, il prie instamment la Commission et les colégislateurs de poursuivre leurs efforts pour finaliser ce processus en attente depuis 2016. |
| 1.6. | Le CESE se déclare extrêmement préoccupé par la situation des personnes qui, bien que bénéficiant de la protection des règlements de coordination, sont exclues du numérique, et il déplore que la communication ne traite pas spécifiquement ce problème. |
| 1.7. | Dès lors que le projet pilote ESPASS (passeport européen de sécurité sociale) prévoit d’utiliser le portefeuille d’identité numérique de l’Union européenne (EUDI), le CESE salue cette initiative visant à créer un tel portefeuille électronique où seront stockés les documents requis pour les mouvements entre États membres. Il porte aussi un jugement positif sur l’instauration d’une identité numérique grâce à laquelle les personnes pourront s’identifier rapidement, au moyen d’un téléphone portable ou d’autres dispositifs. S’agissant d’éviter l’exclusion numérique, le CESE plaide toutefois en faveur de solutions pour les personnes qui ne sont pas en mesure d’utiliser des moyens électroniques pour communiquer avec les administrations de sécurité sociale ou attester auprès d’elles de leur identité. Tant qu’aucun dispositif de ce genre n’aura été adopté ou mis en place, l’identification par voie électronique devrait être une option et non une exigence. |
| 1.8. | Le CESE estime que le système d’échange d’informations entre les institutions des différents États membres doit, d’une part, permettre l’identification complète des personnes relevant du champ d’application des règlements de coordination de l’Union, et d’autre part, tenir compte de la question de la protection des données, notamment celles de nature sensible, et y compris pour ce qui est d’appliquer pleinement les dispositions du règlement (UE) 2016/679 du Parlement européen et du Conseil (2) [règlement général sur la protection des données (RGPD)], eu égard, en particulier, à l’hétérogénéité que présentent, d’un État membre à l’autre, les pratiques administratives suivies dans sa mise en œuvre. |
| 1.9. | Le CESE constate que la Commission ne donne aucune indication quant à l’ampleur des obstacles administratifs sur lesquels butent les personnes couvertes par les règlements de coordination, ou encore les pouvoirs publics et les entreprises, lorsqu’ils entendent tirer parti de la coordination entre les systèmes de sécurité sociale. Aucune étude n’a été produite pour mettre en lumière, fût-ce de manière approximative, la réduction du temps nécessaire au traitement des dossiers qui devrait résulter de l’introduction des processus numériques envisagés. Dans ce contexte, la numérisation ne constitue pas une fin en soi, mais un simple instrument pour atteindre différents objectifs. |
| 1.10. | Le CESE constate aussi avec regret que, malgré le temps écoulé, le système d’échange électronique d’informations sur la sécurité sociale (EESSI) n’a toujours pas atteint sa pleine capacité opérationnelle, puisque la communication de la Commission mentionne la fin de l’année 2024 comme délai pour la réalisation de cet objectif. Il regrette de même que la Commission n’ait pas encore annoncé si le projet pilote ESSPASS, une fois achevé, débouchera sur une législation dans ce domaine, et il escompte qu’elle envisage d’élaborer, parallèlement au déroulement du processus, la législation requise pour en assurer le succès et une reconnaissance adéquate des droits, de sorte qu’elle soit opérationnelle et prenne effet dans les meilleurs délais. |
| 1.11. | Le CESE est préoccupé par le risque élevé de cyberattaques et estime dès lors qu’il faut veiller à renforcer les systèmes informatiques concernés au niveau européen, par des mesures de prévention et de sécurité plus vigoureuses. En s’appuyant sur le soutien juridique apporté par le règlement général sur la protection des données, ainsi que par la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, il convient en outre de s’efforcer de créer un climat de confiance auprès du public afin qu’il comprenne que ses données sont pleinement protégées et qu’elles ne seront pas utilisées à des fins indésirables. |
| 1.12. | Le CESE préconise un échange permanent de bonnes pratiques entre États membres concernant la numérisation de la coordination en matière de systèmes de sécurité sociale. Dans le but d’encourager et de promouvoir cette démarche, il suggère à la Commission et à l’Autorité européenne du travail d’organiser une conférence à laquelle participeraient les gouvernements des États membres et la société civile. |
2. Contexte et observations liminaires
| 2.1. | La libre circulation des personnes au sein de l’Union européenne requiert de préserver les droits en matière de sécurité sociale des personnes qui, pour un quelconque motif, se rendent dans un autre État membre. |
| 2.2. | Le respect de cet impératif est assuré par la coordination des systèmes nationaux de sécurité sociale qui, au titre de l’article 48 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, prévoit que les dispositions nationales se combinent de telle sorte que les droits acquis dans un pays soient reconnus sans restriction dans un autre et que soient résolus les problèmes juridiques transnationaux qui peuvent survenir dans ce domaine en raison de la circulation des citoyens européens sur l’ensemble du territoire de l’Union. |
| 2.3. | Le CESE tient à souligner que la coopération administrative menée dans le cadre de la coordination n’est pas aussi efficace que l’on aurait pu l’escompter. Malgré les efforts déployés pour améliorer le flux d’informations transfrontière dans le domaine de la sécurité sociale, principalement grâce au système EESSI, la complexité des procédures administratives, leur caractère manuel, l’obligation de soumettre certains documents sous forme physique, ou encore les difficultés rencontrées lorsqu’il s’agit d’en vérifier ou certifier la conformité, ralentissent les activités d’administration et, partant, vont à l’encontre des besoins des personnes couvertes, qui ne peuvent être satisfaits de manière rapide et souple. |
| 2.4. | Le CESE accueille dès lors favorablement la communication de la Commission, qui vise à accélérer et simplifier l’accès transfrontière aux services de sécurité sociale, et il soutient fermement le cap qu’elle assigne aux actions destinées à soutenir la numérisation des mécanismes en rapport avec la coordination concernant la sécurité sociale et les soins de santé. Le Comité exprime sa satisfaction de constater que la Commission publie une telle communication trente ans après le lancement du marché unique et de la citoyenneté de l’Union européenne, soulignant par là le lien qui existe entre une nouvelle extension des libertés du marché unique et de la citoyenneté européenne et les progrès réalisés dans la transformation numérique. Il note aussi que la communication de la Commission constitue une composante majeure de la mise en œuvre du programme d’action pour la décennie numérique (3). |
| 2.5. | Le CESE souligne que la numérisation des mécanismes de coordination en matière de sécurité sociale et de soins de santé pourrait apporter aux migrants et à leurs familles des améliorations considérables, lesquelles, à leur tour, faciliteront la libre circulation, à la condition, cependant, que l’exclusion numérique soit éradiquée. Cette question revêt une importance capitale aux yeux des partenaires sociaux et des organisations de la société civile, sachant qu’en 2021, le pourcentage de personnes âgées de 16 à 74 ans possédant au moins des compétences générales de base en matière de numérique était très faible, la Roumanie affichant le chiffre le plus bas dans ce domaine (28 %), suivie par la Bulgarie (31 %) et la Pologne (43 %) (4). |
| 2.6. | Le CESE se félicite de l’intention d’accélérer la mise en œuvre du système d’échange électronique d’informations sur la sécurité sociale (EESSI), qui rassemble 32 pays, à savoir les 27 États membres de l’Union, les pays de l’Espace économique européen (Islande, Liechtenstein et Norvège), ainsi que la Confédération suisse et le Royaume-Uni. L’EESSI ne constitue pas une fin en soi, mais un outil destiné à faciliter la libre circulation sur le marché en simplifiant les procédures. Il ne vise pas à atteindre l’uniformité numérique dans tous les pays. De fait, il n’existe pas de logiciel de sécurité sociale qui serait commun à toutes les administrations concernées, l’échange de données s’effectuant, en lieu et place, par l’intermédiaire d’un organisme de liaison. |
| 2.7. | Le CESE constate avec regret que malgré le temps écoulé, l’EESSI n’a toujours pas atteint sa pleine capacité opérationnelle, puisque la communication de la Commission mentionne la fin de l’année 2024 comme délai pour la réalisation de cet objectif. En tout état de cause, le processus de déploiement du système se déroule beaucoup plus lentement que prévu, si l’on considère que l’article 95 du règlement (CE) no 987/2009 du Parlement européen et du Conseil (5), qui prévoit une période transitoire pour l’échange électronique de données, dispose que cette période ne dépassera pas 24 mois à compter de la date d’entrée en vigueur du règlement d’exécution, en l’occurrence à partir du 1er mai 2010. Le Comité invite aussi la Commission à annoncer en temps opportun si l’achèvement du projet pilote ESSPASS donnera lieu à l’élaboration d’une législation dans ce domaine. |
3. Observations particulières
| 3.1. | Le CESE fait observer que la communication de la Commission ne contient ni données statistiques détaillées ni conclusions de recherches concernant les questions qu’elle couvre. En particulier, elle ne donne aucune indication quant à l’ampleur que revêtent aujourd’hui les obstacles administratifs auxquels se heurtent les citoyens, les pouvoirs publics et les entreprises dans le domaine de la coordination entre les systèmes de sécurité sociale. Aucune étude n’a été produite pour mettre en lumière, fût-ce de manière approximative, la réduction du temps nécessaire au traitement des dossiers qui devrait résulter de l’introduction des processus numériques envisagés, étant entendu que la numérisation ne peut constituer une fin en soi. En particulier, la Commission ne s’est pas fondée, à titre de point de référence, sur les volumes atteints dans l’utilisation que les citoyens européens font, dans une perspective de long terme, des soins de santé transfrontaliers, des certificats A1 ou des cartes européennes d’assurance maladie (CEAM). S’agissant d’établir le bien-fondé des lignes directrices, une approche intuitive ne saurait suffire pour poser les étapes ultérieures des actions, lesquelles devraient être précédées d’une analyse rigoureuse des données. |
| 3.2. | La communication omet de s’interroger sur la manière dont les administrations publiques des différents États membres doivent être préparées à la mise en œuvre des instruments envisagés. Au vu du faible état d’avancement de la numérisation dans certains États membres, il convient de confronter le plan d’action ambitieux qui est présenté dans la communication au potentiel réel de chacune des quelque 3 500 structures qui, au sein des États membres, opèrent dans le domaine concerné, en particulier compte tenu du plan visant à rendre les dossiers de santé des citoyens pleinement numériques d’ici à 2030 dans le cadre du programme de la décennie numérique. |
| 3.3. | Même si, comme indiqué dans la communication, les plans nationaux pour la reprise et la résilience (PNRR) incluent tous des mesures destinées à numériser les services publics et à moderniser les procédures de l’administration publique, il serait utile d’analyser dans quelle mesure, et de quelle façon, chaque État membre, dans le sien, aura tenu compte de cet aspect de la question. En outre, il convient de noter que, pour diverses raisons, certains États membres, à ce jour, n’utilisent pas les fonds fournis par ces plans. |
| 3.4. | La prévention de l’exclusion numérique représente un aspect important de la mise en œuvre des solutions proposées dans la communication, comme en témoignent les éléments mentionnés au paragraphe 2.5. Il y a lieu de mener la transformation numérique de manière que tous les groupes de la société puissent en être parties prenantes, indépendamment de l’âge, du degré de handicap ou d’autres caractéristiques susceptibles de favoriser ou d’aggraver l’exclusion numérique et la discrimination. Il est légitimement permis de douter que les propositions contenues dans la communication puissent être utilisées par les personnes exclues du numérique, de sorte que le recours aux mécanismes appropriés pourrait s’en trouver entravé. L’exclusion peut aussi survenir lorsqu’il s’agit de pouvoir accéder effectivement au système prestataire de service. |
| 3.5. | En vertu d’une approche européenne commune, il convient par conséquent d’accorder une attention toute particulière aux compétences numériques que les citoyens et les entreprises, en particulier les petites et moyennes entreprises (PME), devraient détenir pour interagir avec le nouveau cadre de numérisation qui est proposé. Dans ce contexte, le CESE demande de garantir que des informations adéquates, suffisantes et faciles à comprendre soient disponibles en ligne, de dispenser une aide nationale et européenne pour l’adaptation à la nouvelle situation et de mettre à disposition des infrastructures et des financements de qualité, qui assurent à tous l’accès à l’environnement numérique et garantissent que les organisations de partenaires sociaux au niveau national puissent prendre une part active aux processus de sensibilisation, de formation et de diffusion des informations pertinentes. Pour donner à tous les citoyens les moyens d’utiliser les services numériques, il est capital d’intégrer dans les différentes interfaces des services de soutien, par exemple sous la forme de robots dialogueurs ou de foires aux questions. |
| 3.6. | S’agissant de préparer les institutions au sein de chaque État membre à la mise en œuvre des solutions proposées dans la communication, il y a lieu de prendre également en compte des aspects techniques, tels que la coopération entre des systèmes informatiques particuliers qui sont en usage dans des États membres différents, ont été mis en place à des époques variables et sont fondés sur des dispositifs technologiques ou informatiques divergents. |
| 3.7. | Le système d’échange d’informations entre les institutions des différents pays de l’Union doit permettre l’identification complète des citoyens. Dans ce contexte, il convient de prêter attention, entre autres, à la graphie des noms propres, qui peut varier d’un État membre à l’autre pour une même personne. |
| 3.8. | Dans le même temps, les systèmes d’échange d’informations doivent tenir compte de la question de la protection des données, notamment celles de nature sensible, et y compris pour ce qui est d’appliquer pleinement les dispositions du règlement général sur la protection des données, eu égard, en particulier, à l’hétérogénéité que présentent, d’un État membre à l’autre, les pratiques administratives suivies pour sa mise en œuvre. Une lutte efficace contre le risque de cyberattaques s’impose également. Il convient de renforcer les systèmes informatiques correspondants par des mesures de prévention et de sécurité plus vigoureuses pour faire face, entre autres, à ce type d’agressions. |
| 3.9. | S’il est indéniable qu’une réduction de la consommation de papier aura une incidence positive sur l’environnement, la communication de la Commission n’apporte aucun élément d’information sur l’empreinte carbone que produiront les mécanismes proposés, de sorte qu’il est difficile d’effectuer une évaluation fiable des démarches proposées pour ce qui est de réaliser l’objectif de parvenir à une Union européenne neutre pour le climat d’ici à 2050. |
4. Commentaires sur certains aspects de la communication
| 4.1. | L’EESSI représentera sans conteste un grand pas en avant pour les administrations nationales, en leur permettant de remplacer les formulaires papier par des documents électroniques structurés (DES), qui sont échangés au cours des procédures de coordination électronique. |
| 4.2. | Le CESE voit d’un œil favorable le répertoire public des institutions européennes de sécurité sociale qui est fourni par l’EESSI (6), car il donne aux particuliers et aux entreprises la possibilité d’accéder aux institutions de sécurité sociale qui sont concernées dans les pays où s’applique le règlement (CE) no 883/2004. De par la complexité même des systèmes nationaux de sécurité sociale qui sont coordonnés, il n’est cependant pas toujours possible d’obtenir les informations qui sont requises en recourant à cette interface publique. |
| 4.3. | Le CESE estime que l’initiative relative au portail numérique constitue une réelle avancée, grâce à laquelle les citoyens et les entreprises pourront, d’ici à décembre 2023, remplir «la demande visant à déterminer la législation en matière de sécurité sociale qui s’applique au titulaire (à l’issue de laquelle on obtient le document portable A1), la demande de carte européenne d’assurance maladie et la demande de calcul de pension». Toutefois, la communication de la Commission ne tient pas compte de la fracture numérique, qui s’est creusée entre les hommes et les femmes, ou entre les différentes classes d’âge ou catégories sociales. |
| 4.4. | Le CESE considère qu’aussi longtemps que perdurera une quelconque exclusion numérique, la Commission devra expliquer de façon claire quelles mesures seront mises en place pour que le recours aux nouvelles technologies ne conduise pas à limiter les possibilités d’accès en la matière pour les citoyens qui ne sont pas en mesure d’utiliser des moyens électroniques. |
| 4.5. | Le CESE regrette que la communication de la Commission ne procède pas à une évaluation des inconvénients qui pourraient découler de la numérisation appliquée à la coordination des systèmes de sécurité sociale. Les effectifs des services de sécurité sociale au niveau national sont susceptibles d’en subir un impact, et, dans certains États membres, il existe déjà un risque de recours, émanant tant des citoyens que des entreprises, sachant que les informations nécessaires en matière de sécurité sociale ne peuvent être obtenues en totalité par l’intermédiaire d’une interface. |
| 4.6. | Le CESE invite les États membres à tenir intégralement à jour, sur les sites internet officiels, les informations relatives à la sécurité sociale, de manière à garantir une sécurité juridique pour les travailleurs et les entreprises. Ces données devraient être disponibles au moins en anglais et, idéalement, dans toutes les langues officielles de l’Union. Le Comité escompte que tous les services de sécurité sociale seront accessibles en ligne d’ici la fin de 2024. Ce délai serré exige que toutes les conditions de réussite soient remplies. |
| 4.7. | Le CESE espère que la réforme des dispositions du règlement (CE) no 883/04, qui fait l’objet de discussions entre les colégislateurs depuis 2016, débouchera bientôt sur un résultat satisfaisant. Dans le cas contraire, la seule modification apportée aura consisté à abandonner le format papier pour l’électronique, tandis que les obstacles juridiques à la libre circulation perdureront. |
| 4.8. | La mise en œuvre intégrale des outils numériques pour la mobilité transfrontière aidera considérablement à exploiter tout le potentiel que le marché unique recèle pour les entreprises, tout en garantissant la protection des droits de sécurité sociale que les travailleurs ont ou sont en train d’acquérir. |
| 4.9. | Dès lors que le projet pilote ESPASS prévoit d’utiliser le «portefeuille d’identité numérique de l’Union européenne» (EUDI), le CESE salue cette initiative visant à créer un tel portefeuille électronique où seront stockés les documents requis pour les mouvements entre États membres. Leur numérisation permettra leur vérification immédiate. Le Comité porte également un jugement positif sur l’instauration d’une identité numérique grâce à laquelle il sera possible d’identifier rapidement les personnes, au moyen d’un téléphone portable ou d’autres dispositifs. Toutefois, il invite instamment la Commission à trouver des solutions pour les personnes qui ne sont pas en mesure de s’identifier par voie électronique. Il tient à préciser qu’il ne saurait être question qu’elles soient obligées de recourir à la voie électronique pour s’identifier: il doit s’agir d’une option pour les intéressés, et non d’une obligation, tant que des solutions n’auront pas été adoptées au bénéfice des personnes en situation d’exclusion numérique. Le Comité estime qu’il serait possible de réaliser des progrès en élaborant des formulaires électroniques. Le développement d’une identité numérique dans le domaine de la sécurité sociale transfrontière pourrait encourager le recours à ce type de support. |
| 4.10. | Le CESE estime qu’en ce qui concerne le système technique «une fois pour toutes» (7), qui, mettant en œuvre le principe du même nom, permet un partage d’informations transfrontière entre administrations publiques des États membres (8), l’Union doit prendre des mesures efficaces afin qu’aucune charge supplémentaire ne soit imposée aux citoyens et aux entreprises, l’objectif de la numérisation devant consister à rationaliser les procédures. En l’occurrence, on rencontre là un autre reproche unanimement formulé par lesdites entreprises, à savoir que l’informatisation de l’administration n’aura pas nécessairement pour effet de rendre moins fastidieux l’accomplissement de nombreuses formalités, y compris pour les professionnels du domaine, et que, dans la plupart des cas, il est donc utopique d’attendre des particuliers qu’ils puissent y parvenir par leurs seuls moyens. |
| 4.11. | Le CESE estime que l’introduction d’un «passeport européen de sécurité sociale» pourrait s’avérer très positive compte tenu des avantages pratiques indéniables qu’elle apporterait pour les citoyens, même s’il juge que la mise en œuvre de ce projet nécessite un surcroît d’efforts de la part de la Commission. Il rappelle que certains États membres ont déjà adopté des démarches novatrices, et qu’elles ont produit les résultats escomptés, s’agissant, par exemple, d’intégrer la carte européenne d’assurance maladie avec la carte nationale en la matière ou avec la carte d’identité ou le passeport. |
| 4.12. | L’initiative de la carte européenne d’assurance maladie (CEAM) offre un bon exemple des limites qui affectent la numérisation s’agissant de coordonner les systèmes de sécurité sociale. L’absence d’une base de données européenne ouvre la porte à la fraude, car il peut arriver qu’une personne qui a demandé et obtenu une telle carte ne conserve pas le statut de bénéficiaire sur toute sa période de validité. Une utilisation frauduleuse se produit alors quand l’intéressé cesse, en vertu de la législation nationale, de bénéficier de cette couverture mais conserve sa carte, auquel cas il n’existe aucun moyen de vérifier, lorsque des soins de santé lui sont dispensés, qu’il ne se trouve pas dans une telle situation. |
| 4.13. | Le Comité se félicite de la création et de la mise en œuvre de l’espace européen des données de santé, qui s’inscrira dans le cadre du règlement général sur la protection des données (RGPD) et donnera la possibilité de mieux répondre aux besoins en matière de soins de santé transfrontières tout en accélérant l’ensemble des formalités médicales et administratives à accomplir à cet égard, dont, en particulier, le remboursement des frais médicaux. |
| 4.14. | Le CESE estime que l’objectif énoncé dans la communication pourrait ne pas être atteint si les organes de gestion ne sont pas formés d’une manière suffisante et appropriée aux compétences numériques. Dès lors que le but visé consiste à appliquer les règles de coordination de la sécurité sociale par le truchement du portail de numérisation, il conviendra de dispenser au personnel affecté à chaque entité non seulement la formation nécessaire pour exécuter les différentes procédures et formalités, mais aussi celle qui se rapporte aux compétences numériques afférentes afin de pouvoir offrir un service plus efficace. |
| 4.15. | Le CESE est d’avis que la communication manque de transparence financière, car la Commission aurait dû y inclure des informations sur les coûts réels des mesures prises pour numériser la coordination des systèmes de sécurité sociale, dont, en particulier, l’EESSI. |
| 4.16. | Le CESE a la conviction que si les personnes couvertes peuvent accéder à des informations actualisées avec une identité numérique nationale, il sera plus rapide et plus facile pour elles d’utiliser leur certificat électronique pour se connecter à l’administration. De cette manière, elles pourront assurer en temps réel la fourniture aux autorités étrangères des informations requises en matière de sécurité sociale ou de santé. Les États membres ne devraient disposer que d’un seul et unique lien pour la connexion des personnes concernées avec leur identité numérique nationale. Le CESE est d’avis que la Commission devrait étudier un tel dispositif. |
| 4.17. | Le CESE estime que pour atteindre l’objectif de numériser la coordination de la sécurité sociale, il est essentiel que les États membres soient associés à la démarche et prennent des mesures. Il préconise un échange permanent de bonnes pratiques concernant cette numérisation de la coordination en matière de systèmes de sécurité sociale. Dans le but d’encourager et de promouvoir cette démarche, il suggère à la Commission et à l’Autorité européenne du travail d’organiser une conférence à laquelle participeraient les gouvernements des États membres et la société civile. En collaboration avec les partenaires sociaux et d’autres organisations de la société civile au niveau européen, il contribuera lui-même à cette rencontre et au processus dans son ensemble. |
Bruxelles, le 14 février 2024.
Le président du Comité économique et social européen
Oliver RÖPKE
(1) Règlement (CE) no 883/2004 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 portant sur la coordination des systèmes de sécurité sociale (JO L 166 du 30.4.2004, p. 1).
(2) Règlement (UE) 2016/679 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016 relatif à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données, et abrogeant la directive 95/46/CE (règlement général sur la protection des données) (JO L 119 du 4.5.2016, p. 1).
(3) https://commission.europa.eu/strategy-and-policy/priorities-2019-2024/europe-fit-digital-age/europes-digital-decade-digital-targets-2030_fr.
(4) https://ec.europa.eu/eurostat/fr/web/products-eurostat-news/-/ddn-20220330-1.
(5) Règlement (CE) no 987/2009 du Parlement européen et du Conseil du 16 septembre 2009 fixant les modalités d’application du règlement (CE) no 883/2004 portant sur la coordination des systèmes de sécurité sociale (JO L 284 du 30.10.2009, p. 1).
(6) Ce répertoire est disponible à l’adresse https://ec.europa.eu/social/social-security-directory/pai/select-country/language/fr.
(7) https://commission.europa.eu/news/once-only-principle-system-breakthrough-eus-digital-single-market-2020-11-05_en.
(8) https://ec.europa.eu/digital-building-blocks/wikis/display/DIGITAL/Once+Only+Technical+System.
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/2486/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.114781
30/12/2024
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.114943
30/12/2024
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.116252
30/12/2024
Avis institutionnel — 52024AB0042
30/12/2024