| CELEX | 52023AE4821 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | mercredi 17 janvier 2024 |
| Journal officiel | FR Séries C |
| C/2024/2104 | 26.3.2024 |
Avis du Comité économique et social européen sur la recommandation de recommandation du Conseil concernant la politique économique de la zone euro
[COM(2023) 903 final]
(C/2024/2104)
| Rapporteur: | Konstantinos DIAMANTOUROS |
| Consultation | Commission européenne, 21.12.2023 |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Union économique et monétaire et cohésion économique et sociale» |
| Adoption en section | 18.12.2023 |
| Adoption en session plénière | 17.1.2024 |
| Session plénière no | 584 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 231/0/3 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le CESE accueille favorablement les recommandations de la Commission européenne pour la zone euro, aux grandes lignes desquelles il souscrit, tout comme à l’évaluation qui y est faite de la situation économique actuelle. |
| 1.2. | Le CESE presse la Banque centrale européenne (BCE) d’adopter une approche prudentielle fondée sur une politique monétaire évolutive et étayée par des données afin de continuer à faire refluer l’inflation vers sa valeur cible, et il manifeste son soutien à la poursuite de la coordination de la politique budgétaire des États membres et de la politique monétaire de la BCE. |
| 1.3. | Le CESE soutient l’appel de la Commission à l’assainissement budgétaire et il prie instamment les États membres de trouver avant la fin de cette année un accord sur la réforme du pacte de stabilité et de croissance. |
| 1.4. | Le CESE réaffirme son point de vue selon lequel les partenaires sociaux et les gouvernements devraient négocier et s’accorder sur des pactes nationaux sur le revenu afin de réduire l’inflation sans porter atteinte aux investissements et à la croissance. Le CESE se félicite de la recommandation de la Commission aux États membres de favoriser, conformément aux pratiques nationales et dans le respect du rôle des partenaires sociaux, une évolution des salaires qui atténue les pertes de pouvoir d’achat, en particulier pour les personnes à faibles revenus, en tenant dûment compte de la dynamique de la compétitivité et en évitant des divergences durables au sein de la zone euro. |
| 1.5. | Le CESE se félicite de la création du réservoir européen de talents et il rappelle l’importance cruciale de mettre en œuvre les recommandations formulées dans le rapport sur l’évolution de l’emploi et de la situation sociale en Europe intitulé «Addressing labour shortages and skills gaps in the EU». |
| 1.6. | Le CESE invite les États membres et la Commission européenne à poursuivre leurs travaux en vue d’achever l’union des marchés des capitaux afin de lever les obstacles existants pour satisfaire les besoins d’investissement dans des transitions écologique et numérique qui soient justes et inclusives. |
| 1.7. | Le CESE fait valoir l’importance d’achever l’union bancaire et d’en ériger le troisième pilier qui lui fait pour l’heure défaut, à savoir le système européen d’assurance des dépôts. |
| 1.8. | Le CESE demande à la Commission européenne et aux États membres d’accomplir des progrès supplémentaires dans la réforme du marché de l’électricité et sur la voie de l’union de l’énergie, en légiférant et en investissant dans les infrastructures énergétiques et les interconnexions. Il s’agit de mesures indispensables en vue de réduire les coûts de l’énergie pour les ménages, tout en améliorant la compétitivité des entreprises européennes. |
| 1.9. | Le CESE estime qu’il est capital de trouver une solution européenne pour renforcer la compétitivité à long terme des entreprises européennes, sans pour autant porter atteinte au marché unique. Il renouvelle par conséquent son soutien à la plateforme «Technologies stratégiques pour l’Europe» (STEP) et réitère sa demande à la Commission de créer des instruments communs à cette fin. |
2. Observations générales et particulières
| 2.1. | Le CESE est d’avis que le recul récent du taux d’inflation globale dans l’ensemble de l’Union européenne témoigne de l’efficacité du resserrement de la politique monétaire auquel a procédé la BCE. Néanmoins, il s’inquiète du fait que dans ses prévisions économiques les plus récentes, la Commission européenne a revu à la baisse les perspectives de croissance de l’économie européenne, ainsi que des effets de cette détérioration de la conjoncture économique sur les ménages et les entreprises. De surcroît, cette révision à la baisse des perspectives de croissance de l’Union est envenimée par les risques persistants de dégradation des perspectives d’évolution de l’inflation, notamment du fait des évolutions de la situation géopolitique au Proche-Orient, qui ne perdent rien de leur caractère hautement erratique et sont ainsi susceptibles de porter l’inflation générale à un nouveau sommet. Si les événements prenaient un tel tour alarmant, les consommateurs subiraient une diminution supplémentaire de leur pouvoir d’achat et une augmentation des niveaux du chômage. Le CESE prend également note des effets des hausses des taux d’intérêt de la BCE sur les consommateurs et les entreprises, et relève ce faisant qu’après avoir atteint des niveaux historiquement bas, la proportion de prêts non performants commence à s’accroître; aussi recommande-t-il de suivre attentivement cette tendance qui s’amorce, ainsi que ses effets sur la stabilité financière de la zone euro. Conscient de la menace que fait peser une dégradation supplémentaire de la situation économique, et renvoyant à l’avis récent où il a rassemblé ses «Considérations supplémentaires sur la politique économique de la zone euro (2023)» (1), le CESE presse la BCE d’adopter une approche prudentielle fondée sur une politique monétaire évolutive et étayée par des données afin de continuer à faire refluer l’inflation vers sa valeur cible, tout en veillant à équilibrer l’impératif de réduire une inflation qui perdure à des niveaux élevés et la nécessité d’éviter une récession en une période d’incertitude économique. |
| 2.2. | Dans le droit fil de son avis cité précédemment (2), le CESE manifeste son soutien à la poursuite de la coordination de la politique budgétaire des États membres et de la politique monétaire de la BCE, de sorte à produire une politique économique qui soit réellement à même de dompter l’inflation et de parvenir à la stabilité des prix en adoptant une approche cohérente. Il convient de prêter tout particulièrement attention à l’inflation de base, qui constitue un indicateur clé des évolutions sous-jacentes de l’inflation. Le CESE observe avec inquiétude les neuf États membres dont les projets de plans budgétaires ne respectent pas pleinement les recommandations budgétaires du Conseil, ainsi que les quatre États membres dont les projets risquent de ne pas les respecter, dont la Commission fait état dans sa «Communication relative aux projets de plans budgétaires pour 2024» (3). Le CESE prend également acte des projections économiques des toutes récentes «prévisions économiques d’automne de la Commission» (4), lesquelles prévoient qu’entre 2023 et 2025, plusieurs États membres dépasseront les limites que le pacte de stabilité et de croissance a fixées à 60 % du PIB en matière d’endettement et à 3 % du PIB pour ce qui est du déficit budgétaire. Le CESE soutient donc l’appel à l’assainissement budgétaire tel que le formule la «Recommandation du Conseil concernant la politique économique de la zone euro» (5) et il souligne toute l’importance que revêt une bonne allocation des ressources publiques au regard des contraintes croissantes qui s’exercent sur les finances publiques, et notamment la nécessité pour les États membres d’adopter des politiques budgétaires coordonnées et prudentes pour maintenir la dette à des niveaux peu importants ou placer les ratios d’endettement sur une trajectoire descendante plausible. Plusieurs gouvernements font face à de graves contraintes budgétaires, telles qu’un encours assez élevé de la dette publique, lequel est aggravé par des coûts d’emprunt accrus, ainsi qu’à des défis structurels, tels que les effets croissants du vieillissement de leur population sur leurs finances publiques, une flambée de leurs dépenses de défense et le poids de l’investissement dans les transitions écologique et numérique. Il serait préférable de réserver les aides budgétaires aux personnes vulnérables plutôt que d’octroyer des subventions au grand public. Au vu de ce contexte, le CESE renvoie à son avis sur «De nouvelles règles de gouvernance économique parées pour l’avenir» (6) et il presse les États membres de trouver avant la fin de cette année un accord sur la réforme du pacte de stabilité et de croissance et, de manière concomitante, sur la désactivation de la clause dérogatoire générale. |
| 2.3. | Le CESE exprime ses inquiétudes quant à la crise du coût de la vie et à ses effets sur les groupes vulnérables, sachant qu’à l’échelle européenne, la part des ménages du quartile de revenu le plus bas qui se trouvent en situation de détresse financière a atteint 29,1 % en septembre 2023. Le CESE réaffirme sa position selon laquelle les partenaires sociaux et les gouvernements devraient négocier et conclure des pactes nationaux en matière de revenus qui viseraient à réduire l’inflation sans nuire à l’investissement et à la croissance, et juge qu’ils devraient être assortis de mesures publiques de soutien ciblées en faveur des couches les plus vulnérables de la population. Dans le droit fil de cette position du CESE, il est réconfortant d’observer que la Commission recommande aux États membres de favoriser, conformément aux pratiques nationales et dans le respect du rôle des partenaires sociaux, une évolution des salaires qui atténue les pertes de pouvoir d’achat, en particulier pour les personnes à faibles revenus, en tenant dûment compte de la dynamique de la compétitivité et en évitant des divergences durables au sein de la zone euro. |
| 2.4. | Le CESE souscrit à l’idée de la Commission selon laquelle, à long terme, la compétitivité de la zone euro sera déterminée par la capacité de celle-ci à accroître sa productivité, notamment en développant les compétences et l’innovation; cependant, il souligne combien il est capital à cet égard que les transitions écologique et numérique revêtent un caractère juste et inclusif. Pour réaliser ces transitions, il est absolument besoin de faire progresser la reconversion et le perfectionnement professionnels pour réduire l’inadéquation des compétences. L’enquête 2023 de la BEI sur l’investissement indique en effet que pour 81 % des entreprises européennes, l’insuffisance de la disponibilité de main-d’œuvre qualifiée constitue un obstacle à long terme pour l’investissement dans l’Union (7). Dans ce contexte de pénurie de main-d’œuvre et de compétences, le CESE se félicite donc de la création du réservoir européen de talents et il réaffirme l’importance cruciale de mettre rapidement en œuvre les recommandations formulées dans le rapport sur l’évolution de l’emploi et de la situation sociale en Europe intitulé «Addressing labour shortages and skills gaps in the EU» (8). |
| 2.5. | La présidente de la BCE Christine Lagarde a récemment déclaré que jusqu’en 2030, les transitions écologique et numérique nécessitaient chacune d’investir en plus chaque année respectivement 620 milliards d’euros et 125 milliards d’euros. Le CESE fait valoir toute l’importance d’achever l’union des marchés des capitaux afin de supprimer les limitations qu’impose la fragmentation du marché financier européen, de sorte que celui-ci puisse profiter aux consommateurs, aux investisseurs et aux entreprises dans toute l’Union et permette de mobiliser les financements nécessaires pour les transitions écologique et numérique. Ce processus d’intégration devrait également se manifester par la mise en place d’un marché suffisamment vaste de la titrisation. Une véritable union des marchés des capitaux permettrait d’accroître l’offre de capital-risque pour les entreprises à forte croissance et d’améliorer les choix et les rendements pour les épargnants, et stimuler ce faisant l’emploi, la croissance et la résilience financière. |
| 2.6. | Compte tenu de la détérioration de la situation économique et des risques possibles pour la stabilité macrofinancière, le CESE souligne qu’il importe d’achever l’union bancaire et d’en ériger le troisième pilier qui lui fait pour l’heure défaut, à savoir le système européen d’assurance des dépôts, de manière à optimiser la capacité des agents financiers à employer leur potentiel de prêt pour soutenir leurs clients sur l’ensemble des marchés de l’Union européenne. Du fait de l’absence jusqu’à présent d’un tel système européen d’assurance des dépôts, l’accès aux marchés des capitaux est très fortement tributaire de la situation budgétaire du pays où ils sont établis, ce qui crée des risques inutiles pour les États membres et leurs citoyens. |
| 2.7. | Le CESE demeure préoccupé par les prix élevés de l’énergie dans l’Union à moyen terme, car ils continuent de peser sur les ménages et d’influer négativement sur la compétitivité des entreprises européennes. L’Agence internationale de l’énergie note que les mesures politiques et les aides budgétaires mises en œuvre ces dernières années, y compris le plan REPowerEU, ont considérablement stimulé le déploiement des énergies renouvelables, et permis ainsi aux consommateurs européens de ne pas dépenser 100 milliards d’euros au cours de la période 2012-2023 et de réduire de 15 % les prix de gros de l’électricité en 2023. Dans ce contexte, le CESE met en relief l’importance d’accomplir des progrès supplémentaires dans la réforme du marché de l’électricité et sur la voie de l’union de l’énergie, et notamment, pour ce faire, d’investir davantage dans les infrastructures énergétiques et les interconnexions entre les États membres. À moyen et à long terme, il sera essentiel que progresse l’intégration dans ce domaine afin d’abaisser les coûts de l’énergie pour les ménages et d’améliorer la compétitivité des entreprises européennes. |
| 2.8. | L’Europe souffre d’un handicap compétitif causé par les prix plus élevés de l’énergie dont s’acquittent à court terme les entreprises et les ménages, tandis que les entreprises européennes sont confrontées à une course aux subventions lancée par les États-Unis et la Chine. Le CESE estime qu’il est grand besoin de trouver une solution européenne qui conforte la compétitivité des entreprises européennes sans pour autant porter atteinte au marché unique. En s’appuyant sur son avis sur la «Plateforme “Technologies stratégiques pour l’Europe” (STEP)» (9), le CESE réitère d’une part son soutien à cette plateforme et d’autre part son invitation à la Commission à mettre en place des instruments communs, notamment un véritable fonds de souveraineté. Ces instruments communs, destinés à faire progresser la transition écologique, devraient viser à obtenir une écologisation des industries au moyen d’aides versées selon des critères objectifs et sur la base de besoins clairement définis. Le CESE continue aussi de tenir pour essentiel d’instaurer des conditions de concurrence équitables au niveau européen afin de préserver la concurrence au sein du marché unique, actuellement mise à rude épreuve par la menace que fait peser une course aux subventions à la suite de l’assouplissement des règles en matière d’aides d’État. Toutefois, le CESE sait bien que les subventions ne constituent pas une solution viable à long terme. Par conséquent, les financements prodigués par la plateforme STEP et de futurs instruments similaires se devraient de conserver leur caractère ciblé et une portée limitée, et de respecter le principe de cofinancement. |
Bruxelles, le 17 janvier 2024.
Le président du Comité économique et social européen
Oliver RÖPKE
(1) JO C, C/2024/870, 6.2.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/870/oj
(2) JO C, C/2024/870, 6.2.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/870/oj
(3) Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil et à la Banque centrale européenne relative aux projets de plans budgétaires pour 2024: évaluation globale [COM(2023) 900 final].
(4) Site internet de la direction générale des affaires économiques et financières de la Commission, page consacrée aux prévisions économiques d’automne 2023 (en anglais).
(5) Recommandation de recommandation du Conseil concernant la politique économique de la zone euro [COM(2023) 903 final].
(6) JO C, C/2023/880, 8.12.2023, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2023/880/oj
(7) Enquête 2023 de la BEI sur l’investissement: synthèse concernant l’Union européenne.
(8) Commission européenne, Employment and Social Developments in Europe: Addressing labour shortages and skills gaps in the EU («Rapport sur l’évolution de l’emploi et de la situation sociale en Europe: remédier aux pénuries de main-d’œuvre et aux déficits de compétences dans l’UE»), communiqué de presse du 6 juillet 2023.
(9) JO C, C/2023/866, 8.12.2023, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2023/866/oj
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/2104/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.114781
30/12/2024
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.114943
30/12/2024
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.116252
30/12/2024
Avis institutionnel — 52024AB0042
30/12/2024