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AccueilDroit européen52023AE5137
Avis institutionnel52023AE5137

Avis du Comité économique et social européen sur la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil européen, au Conseil, à la Banque centrale européenne, au Comité économique et social européen, au Comité des régions et à la Banque européenne d’investissement — «Examen annuel 2024 de la croissance durable» [COM(2023) 901 final]

CELEX52023AE5137
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 14 février 2024

Résumé IA

Cet avis du CESE analyse l'Examen annuel 2024 de la croissance durable, qui fixe les priorités économiques et sociales de l'UE pour l'année à venir. Le Comité évalue les orientations proposées par la Commission, notamment en matière de compétitivité, de transition verte et numérique, et de résilience économique. Il formule des recommandations pour renforcer la dimension sociale et la participation des partenaires sociaux dans la mise en œuvre du Semestre européen.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2024/2484

23.4.2024

Avis du Comité économique et social européen sur la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil européen, au Conseil, à la Banque centrale européenne, au Comité économique et social européen, au Comité des régions et à la Banque européenne d’investissement — «Examen annuel 2024 de la croissance durable»

[COM(2023) 901 final]

(C/2024/2484)

Rapporteure:

Elena-Alexandra CALISTRU

Consultation

Commission européenne, 21.12.2023

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Union économique et monétaire et cohésion économique et sociale»

Adoption en section

2.2.2024

Adoption en session plénière

14.2.2024

Session plénière no

585

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

203/0/4

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité économique et social européen (CESE) recommande à la Banque centrale européenne (BCE) de suivre avec vigilance les risques économiques et de procéder à une planification rigoureuse des mesures d’urgence pour garantir des perspectives d’inflation crédibles. Il recommande à la BCE de se tenir prête à ajuster ses politiques si la baisse prévue de l’inflation ralentit ou s’inverse, ou si celle-ci devait retomber trop nettement sous les 2 %, préconisant ainsi une planification des mesures d’urgence plus claire afin de préserver la crédibilité des perspectives d’inflation.

1.2.

Le CESE plaide pour un dialogue concret avec les parlements nationaux, les collectivités régionales et locales, la société civile et les partenaires sociaux en ce qui concerne les réformes du cadre de gouvernance macroéconomique de l’Union européenne. Il souligne qu’il importe de s’approprier ces réformes au niveau national au moyen d’un dialogue effectif.

1.3.

Le CESE souligne l’importance cruciale de l’intégration des valeurs démocratiques et des principes de l’état de droit dans la gouvernance économique européenne. Il plaide en faveur de politiques et de pratiques qui défendent ces valeurs fondamentales, en veillant à ce que le développement économique s’inscrive en cohérence avec les normes démocratiques et les cadres juridiques.

1.4.

Conscient de la diversité des conditions économiques et des défis à relever pour la croissance des États membres, le CESE se déclare favorable à un assainissement budgétaire qui tienne compte de la situation singulière de chaque État membre. Cette approche recherche un équilibre entre la prudence budgétaire et la nécessité permanente de soutenir les groupes vulnérables face à une forte inflation et à la baisse du pouvoir d’achat.

1.5.

Le CESE plaide pour une mise en œuvre équilibrée de la suppression progressive du soutien lié à la crise dont les groupes vulnérables touchés par les coûts élevés de l’énergie et l’inflation continuent de bénéficier. Il appelle à mettre en place un cadre permanent d’aide sous condition de ressources dans certains pays, et souligne la nécessité d’une discussion approfondie sur les conséquences sociales.

1.6.

Le CESE insiste sur l’importance de remédier à la lenteur de la mise en œuvre des projets relevant de la facilité pour la reprise et la résilience (FRR), en particulier dans des secteurs spécifiques. Il invite la Commission et les gouvernements nationaux à apporter tout le soutien nécessaire pour renforcer les capacités administratives et rationaliser les processus, et aussi à associer la société civile à la mise en œuvre des plans nationaux pour la reprise et la résilience (PNRR).

1.7.

Le CESE fait valoir qu’il importe d’accroître la participation au marché du travail en améliorant les compétences, en garantissant l’égalité des chances et en ciblant les disparités régionales. Il appelle de ses vœux des politiques de lutte contre les pertes d’apprentissage dues à la pandémie, en mettant l’accent sur les besoins des élèves et des établissements scolaires défavorisés.

1.8.

S’il approuve les mesures visant à doper la productivité, le CESE revendique dans le même temps l’introduction d’actions plus courageuses visant à lever les obstacles administratifs qui entravent les entreprises de l’Union ainsi que d’autres parties prenantes. Il fait valoir que les initiatives visant à réduire les obligations d’information doivent aller de pair avec des incitations plus vigoureuses à investir en faveur de la durabilité, y compris par des investissements transfrontières.

1.9.

Le CESE défend une approche budgétaire équilibrée intégrant les contributions des parties prenantes et tenant compte des réalités économiques dans les États membres. Il fait observer que la mise en œuvre des plans de relance devrait s’inscrire dans cette approche nuancée afin d’éviter de compromettre les objectifs environnementaux et sociaux.

1.10.

Le CESE se déclare déçu par le retard pris dans la mise en place du Fonds de souveraineté de l’Union, tandis que le budget limité alloué à la plateforme «Technologies stratégiques pour l’Europe» (STEP) suscite de sérieux doutes s’agissant de l’engagement de l’Union et de sa capacité à atteindre ses objectifs en matière de transition écologique, ainsi que des préoccupations concernant les investissements dans la compétitivité européenne. En outre, il est important de noter que la réussite économique à long terme et la compétitivité ne peuvent reposer uniquement sur des subventions.

2. Contexte

2.1.

Après une forte reprise en 2022, l’économie européenne a connu un ralentissement à cause d’une inflation élevée et du durcissement des conditions financières. Malgré ces défis, elle est parvenue à éviter une récession et continue de faire preuve de résilience. L’Union enregistre aujourd’hui un taux de chômage historiquement bas; bien qu’en raison des incertitudes géopolitiques, les projections de croissance pour 2023 et au-delà aient été ajustées, on s’attend désormais à une croissance modeste pour les années à venir. En outre, les dernières projections économiques montrent que la perspective d’une croissance négative dans la zone euro persiste.

2.2.

L’expiration de la clause dérogatoire générale du pacte de stabilité et de croissance à la fin de 2023 marque un changement économique important en cette période d’après pandémie. Cette clause vise à soutenir la politique monétaire, à freiner l’inflation et à garantir la viabilité des finances publiques, tout en permettant des investissements vitaux et en favorisant la croissance. La politique budgétaire de la Commission européenne pour 2024, qui entend refléter un équilibre entre stabilité économique, croissance et discipline budgétaire, propose d’engager dès le printemps des procédures concernant les déficits excessifs fondées sur le déficit.

2.3.

Alors que l’inflation diminue progressivement, l’accent est mis sur les politiques budgétaires soutenant les efforts monétaires afin de réduire l’inflation et de maintenir la santé budgétaire. Une attention particulière est également portée aux investissements publics, notamment dans les transitions écologique et numérique. L’orientation budgétaire prévue pour 2023 et 2024 contribuera à rétablir les réserves budgétaires et à améliorer la soutenabilité de la dette publique dans certains États membres.

2.4.

L’Union a considérablement réduit sa dépendance à l’égard des combustibles fossiles russes, ce qui a entraîné une baisse des prix du gaz naturel, bien que ceux-ci soient toujours supérieurs aux niveaux d’avant la crise. Les efforts visant à renforcer la résilience énergétique comprennent la transition vers une énergie propre et la modernisation du marché de l’électricité de l’Union. La mise en œuvre des chapitres REPowerEU au moyen des fonds de la politique de cohésion accélère le recours aux énergies renouvelables et favorise l’efficacité énergétique, en conformité avec les objectifs climatiques de l’Union. Ces mesures sont essentielles pour stabiliser l’approvisionnement énergétique et normaliser les prix.

2.5.

Au cours de la dernière décennie, la croissance de la productivité de l’Union a stagné, ce qui a mis en évidence la nécessité de politiques orientées vers les entreprises, soutenant la recherche privée, le financement de l’innovation et luttant contre les déficits de compétences. L’amélioration de la productivité passe par le renforcement des conditions-cadres, l’approfondissement du marché unique et le respect de l’état de droit, mesures assorties d’efforts continus pour aider les petites et moyennes entreprises (PME) à adopter des pratiques durables.

2.6.

Malgré de bons résultats globaux, le marché du travail de l’Union est confronté à des défis tels que les pénuries de compétences, qui entravent la croissance durable et l’innovation. Les politiques visant à accroître la participation au marché du travail, garantir l’égalité des chances et lutter contre la pauvreté des travailleurs sont essentielles, compte tenu notamment de l’évolution démographique et de celle de la dynamique du marché du travail.

2.7.

La révision ciblée du cadre financier pluriannuel (CFP) 2021-2027 a montré un engagement constant à contribuer à la relance économique, à la reconstruction et à la modernisation de l’Ukraine. On déplore toutefois que l’allocation attribuée à la plateforme STEP ou les ressources supplémentaires pour contribuer à la compétitivité de l’économie de l’Union soient restées faible.

3. Observations générales

3.1.

Le CESE constate que les perspectives macroéconomiques soulignent l’existence de risques importants qui justifient un suivi attentif. Même si, d’une part, la récession en 2023 a été évitée et si, d’autre part, le PIB de la zone euro a effectivement diminué de 0,1 % au troisième trimestre 2023, les taux de croissance prévus sur la période 2023-2025 demeurent modestes et oscillent entre 0,6 et 1,7 %. L’inflation élevée et le durcissement des conditions de financement, conjuguées à l’érosion du pouvoir d’achat, pourraient encore freiner la demande et les perspectives de croissance. Le CESE exprime sa préoccupation face à la poursuite d’une politique monétaire restrictive en 2024 qui s’accompagnera de l’introduction d’une politique budgétaire de rigueur à la suite des changements que les colégislateurs européens entendent introduire dans le paquet législatif de la Commission relatif à la réforme du cadre de gouvernance macroéconomique de l’Union.

3.2.

Le CESE observe actuellement une baisse prévue de l’inflation, qui témoigne d’une évolution positive, mais ne justifie peut-être pas de se montrer trop optimiste, au vu des incertitudes géopolitiques qui pèsent actuellement sur les prix des produits alimentaires et de l’énergie, d’une part, et de la difficulté de prévoir l’effet à moyen terme de la hausse cumulée des taux d’intérêt depuis juillet 2022, d’autre part. Il recommande à la BCE de se tenir prête à ajuster ses politiques si la trajectoire déflationniste ralentit ou s’inverse, ou si celle-ci devait retomber trop nettement sous la barre des 2 %, préconisant ainsi une planification des mesures d’urgence plus claire afin de préserver la crédibilité des perspectives d’inflation.

3.3.

Le CESE a accueilli favorablement les propositions de la Commission sur la réforme du cadre de gouvernance macroéconomique de l’Union, qui prévoient des trajectoires budgétaires par pays plus souples et différenciées pour la réduction de la dette publique (1). Il insiste sur l’importance d’un dialogue concret avec les parlements nationaux, les autorités régionales et locales, la société civile et les partenaires sociaux, et demande que les engagements et les mécanismes destinés à assurer l’appropriation par chaque pays de ces réformes soient plus clairs. Toutefois, les changements introduits jusqu’à présent dans les discussions du Conseil Ecofin sur les propositions de la Commission pourraient consacrer une orientation procyclique de la politique économique, que le Comité ne partage pas.

3.4.

Le CESE est favorable à un assainissement budgétaire coordonné et prudent afin de garantir la viabilité de la dette. Il souligne toutefois que cet assainissement devrait être adapté aux conditions économiques et aux risques pour la croissance dans chaque État membre afin d’éviter d’entraver la reprise. Le CESE insiste sur la nécessité d’évaluer de manière approfondie les conséquences de la consolidation pour éviter des effets négatifs sur l’aide sociale et l’investissement public, ainsi que sur celle de prendre en compte le pouvoir d’achat qui est toujours sous pression dans de nombreux États membres.

3.5.

Le CESE estime que la suppression progressive des aides aux ménages et aux entreprises en période de crise énergétique devrait être mise en balance avec la nécessité de continuer à aider les groupes particulièrement vulnérables à la hausse des coûts de l’énergie et à l’inflation élevée. Il appelle à la mise en place d’un cadre permanent incluant les aides sous condition de ressources dans certains pays, et souligne la nécessité d’une discussion approfondie sur les conséquences sociales de cette suppression progressive.

3.6.

Le CESE indique qu’il importe de relier les processus de gouvernance économique aux initiatives visant à renforcer la démocratie et l’état de droit dans tous les États membres. Il fait valoir que la protection des droits fondamentaux ancre les réformes et les politiques économiques dans les valeurs européennes et renforce la confiance des investisseurs.

3.7.

En ce qui concerne la mise en œuvre de la FRR, le CESE fait part de ses préoccupations et demande qu’elle soit améliorée dans tous les pays. Comme il ressort de son «Évaluation à mi-parcours de la facilité pour la reprise et la résilience» (2), le Comité insiste sur l’importance d’associer la société civile organisée à la phase de mise en œuvre et:

—

attire l’attention sur la nécessité de remédier à la lenteur de la mise en œuvre des projets, en particulier dans certains secteurs spécifiques, et invite la Commission et les gouvernements nationaux à apporter le soutien nécessaire aux pouvoirs publics compétents pour permettre à ces derniers de renforcer correctement leurs capacités, ainsi que de rationaliser les procédures, de réduire la bureaucratie et de fournir le soutien nécessaire à une mise en œuvre rapide et efficace des projets,

—

plaide en faveur de mesures visant à simplifier les procédures et à réduire les charges administratives afin de permettre aux PME, aux organisations de la société civile et aux collectivités locales et régionales de bénéficier de manière plus effective de la FRR, et

—

demande qu’une plus grande flexibilité soit ménagée en ce qui concerne la sélection des projets, l’allocation des fonds et le calendrier afin de s’adapter en fonction des évolutions de la situation et des besoins qui se font jour. En outre, le Comité demande instamment une meilleure coordination de la FRR avec d’autres instruments d’investissement européens, tels que les Fonds structurels et de cohésion et InvestEU, de manière à renforcer l’efficience et l’incidence globales.

Dans le contexte d’une période de récession et d’un ralentissement des prêts de la part des banques, nous ne pouvons pas nous permettre un échec de la FRR ou nous satisfaire d’une absorption plus faible de ces fonds indispensables.

3.8.

Le marché du travail de l’Union continue d’afficher de bons résultats malgré une croissance économique plus lente, avec un taux d’emploi record de 75,4 % au deuxième trimestre de 2023 et un taux de chômage tombant à 6 %, soit son niveau le plus bas jamais enregistré dans l’Union. Toutefois, des disparités régionales persistent, certains États membres affichant toujours des taux de chômage élevés. Le CESE note que les pénuries importantes de main-d’œuvre et de compétences, en particulier dans les secteurs des soins de santé, des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques (STEM) et des métiers «verts», constituent un obstacle majeur à une croissance durable. Plus de 20 % de la population en âge de travailler est inactive, dont 8 millions de jeunes ne travaillant pas, ne suivant pas d’études ou de formation. Le Comité souligne la nécessité de politiques visant à accroître la participation au marché du travail, à renforcer les compétences et à garantir l’égalité des chances pour tous.

3.9.

Le CESE attire l’attention sur le fait que les mesures visant à remédier aux pénuries de main-d’œuvre devraient respecter les principes du travail décent, des salaires décents et de l’égalité entre les hommes et les femmes énoncés dans le socle européen des droits sociaux. Il recommande que les réformes de la politique migratoire comportent des garanties appropriées en matière de protection des travailleurs au bénéfice des migrants. En outre, le Comité souligne l’importance de mettre en œuvre les recommandations formulées dans le rapport sur l’évolution de l’emploi et de la situation sociale en Europe intitulé «Addressing labour shortages and skills gaps in the EU» (3) (Lutter contre les pénuries de main-d’œuvre et les déficits de compétences dans l’UE). Le CESE estime qu’il est impératif que les travailleurs ne soient pas seuls responsables de leur formation continue, et se déclare convaincu par la création d’un environnement favorable qui leur permettrait de participer à cette formation. À cet égard, il réitère son appel en faveur d’une approche européenne coordonnée des investissements et des réformes sur le plan social, telle que proposée par les présidences espagnole et belge, ainsi que d’un renforcement du débat sur l’importance de la convergence sociale.

3.10.

Le CESE insiste sur l’urgence de mettre en place des politiques en matière d’éducation et de compétences qui s’attaquent aux pertes d’apprentissage dues à la pandémie, en mettant l’accent sur les besoins des élèves à faibles revenus et des écoles défavorisées. Comme le rappelle la stratégie annuelle pour une croissance durable, moins de 25 % de la population âgée de 25 à 64 ans dans les régions rurales de l’Union a reçu un enseignement post-secondaire, contre 44 % dans les villes. Les aides provenant de la FRR et du financement de la politique de cohésion, combinées au niveau régional, peuvent faire la différence. Le CESE plaide en faveur de politiques ciblées visant à remédier aux disparités régionales en matière de productivité, et encourage la coordination des politiques au niveau des réformes réalisées dans le cadre de la FRR et du financement de la cohésion. Il appelle de ses vœux une plus grande participation des autorités régionales à l’élaboration conjointe des politiques.

3.11.

Si les efforts visant à stimuler la productivité grâce à l’amélioration des conditions-cadres et à l’approfondissement du marché unique sont louables, le CESE souligne qu’il importe de prendre des mesures plus efficaces pour éliminer les obstacles administratifs qui entravent notamment les entreprises de l’Union. L’initiative visant à réduire les obligations de déclaration de 25 % constitue une avancée positive, mais elle doit aller de pair avec des incitations plus fortes, notamment en faveur des investissements transfrontières, en particulier dans les secteurs écologique et numérique. S’il reconnaît également le rôle crucial des grands marchés européens des capitaux intégrés dans l’approvisionnement en investissements privés, le Comité souligne la nécessité d’efforts mieux concertés pour faciliter l’innovation et réduire les obstacles au marché. En outre, le CESE observe que le respect de l’état de droit, y compris des systèmes judiciaires indépendants et efficaces, est non seulement un impératif juridique, mais aussi une condition préalable fondamentale à la création d’un environnement des entreprises propice à l’investissement et à l’innovation.

3.12.

Le CESE reconnaît que le train de mesures de soutien aux PME constitue une avancée essentielle vers la promotion d’un environnement des entreprises équitable et favorable aux PME. En ce qui concerne la proposition visant à lutter contre les retards de paiement et à simplifier le cadre fiscal applicable aux opérations transfrontalières des PME au moyen de l’imposition en fonction du siège central (4) et d’«Entreprises en Europe», le cadre pour l’imposition des revenus (BEFIT) (5) constitue un pas dans la bonne direction. Toutefois, le CESE estime que ces mesures doivent s’inscrire dans le cadre d’une stratégie plus large et plus intégrée, qui aborde les divers défis auxquels sont confrontées les PME, notamment l’accès au financement, le respect de la réglementation et la capacité à adopter des pratiques commerciales durables. Il voit dans le volet «PME» du programme InvestEU un mécanisme de soutien important, mais demande instamment que sa mise en œuvre fasse l’objet d’un suivi attentif afin de s’assurer que le financement prévu de plus de 200 milliards d’EUR jusqu’en 2027 revienne effectivement et profite aux PME, en particulier celles qui innovent dans le domaine des technologies durables.

3.13.

Comme dans son précédent avis sur l’examen annuel 2023 de la croissance durable (6), le CESE exprime sa déception quant au fait que le récent réexamen à mi-parcours du CFP n’alloue pas de fonds en vue de la création d’un Fonds de souveraineté européen. Un tel fonds est essentiel pour encourager les investissements dans la transition écologique dans l’ensemble de l’Union, garantir des conditions de concurrence équitables et préserver le bon fonctionnement du marché unique. La plateforme STEP pourrait être considérée comme une première étape vers le Fonds de souveraineté. Toutefois, le budget insignifiant qui lui est alloué, avec un montant provisoire de 1,5 milliard d’euros, suscite de vives inquiétudes quant à l’engagement et à la capacité de l’Union à atteindre ses objectifs ambitieux en matière de transition écologique, et aussi quant à l’équité de la concurrence au sein de l’Union. En outre, dans le long terme, aucune économie ne peut fonder sa réussite ou sa compétitivité uniquement sur des subventions.

3.14.

Si le financement de l’Union, notamment grâce à la FRR et à InvestEU, devrait jouer un rôle pour faire progresser les transitions écologique et numérique, le CESE se déclare préoccupé par le rythme et l’efficacité réels de ces transformations. Les complexités bureaucratiques et les défis réglementaires dans les États membres entravent la mise en œuvre rapide de réformes porteuses de transformation. Soulignant l’écart entre les modifications législatives et l’exécution pratique sur le terrain, le Comité est d’avis qu’il convient d’adopter une approche administrative plus rationalisée et de réorienter les pratiques bureaucratiques afin de faciliter une adaptation rapide aux impératifs écologiques et numériques, en particulier pour les PME.

3.15.

Alors que l’Union abandonne progressivement la clause dérogatoire générale dans le cadre du pacte de stabilité et de croissance et entre dans un paysage économique post-pandémie, le CESE souligne combien il importe de tirer les leçons de la pandémie afin d’éviter l’effet de balancier entre les extrêmes budgétaires. Le CESE prévient que l’ouverture de procédures concernant les déficits excessifs au printemps 2024, éventuellement avec les règles en vigueur du pacte de stabilité et de croissance, risque d’entraîner un retour précipité à la rigueur budgétaire d’avant la pandémie et à une nouvelle récession. Les enseignements tirés des politiques menées à la suite de la crise financière de 2007-2008 et de la pandémie soulignent combien il est nécessaire de se doter d’une politique budgétaire souple et réactive, qui concilie soutien à la politique monétaire, contrôle de l’inflation et viabilité budgétaire, sans compromettre les investissements essentiels et la croissance à long terme.

3.16.

Dans le contexte du semestre européen en 2024, le CESE estime que la mise en œuvre des plans pour la reprise et la résilience (PRR) et leur intégration avec d’autres instruments de financement de l’Union doivent s’inscrire dans cette approche nuancée de la politique budgétaire. Les prochains rapports par pays et bilans approfondis offriront l’occasion d’évaluer et de relever les défis structurels, en veillant à ce que les ajustements budgétaires ne compromettent pas les objectifs du pacte vert pour l’Europe ou du socle européen des droits sociaux, et les objectifs de développement durable. Le CESE plaide en faveur d’une approche budgétaire équilibrée et tournée vers l’avenir qui tienne compte de la diversité des réalités économiques des États membres et intègre les contributions des parties prenantes, en veillant à ce que les enseignements tirés de la grande récession de 2008 et de la pandémie orientent la mise en place d’un cadre budgétaire plus résilient et plus adaptable.

Bruxelles, le 14 février 2024.

Le président du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) JO C, C/2023/880, 8.12.2023, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2023/880/oj.

(2) Rapport du CESE sur l’«Évaluation à mi-parcours de la facilité pour la reprise et la résilience (FRR)».

(3) https://ec.europa.eu/social/BlobServlet?docId=26989.

(4) COM(2023) 528 final.

(5) COM(2023) 529 final; COM(2023) 532 final; avis du CESE sur le thème «Entreprises en Europe: cadre pour l’imposition des revenus (BEFIT)» (en cours d’élaboration).

(6) JO C, C/2024/871, 6.2.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/871/oj.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/2484/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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