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AccueilDroit européen52023AE5678
Avis institutionnel52023AE5678

Avis du Comité économique et social européen — Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — Vers une Europe plus résiliente, plus compétitive et plus durable [COM(2023) 558 final]

CELEX52023AE5678
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 24 avril 2024

Résumé IA

Cet avis du Comité économique et social européen (CESE) soutient la communication de la Commission visant à renforcer la résilience, la compétitivité et la durabilité de l'économie européenne. Il souligne la nécessité d'une transition juste et inclusive, en insistant sur le rôle clé des partenaires sociaux et de la société civile pour atteindre ces objectifs. Pour un professionnel du droit français, ce texte offre un éclairage sur les orientations politiques et les priorités législatives à venir de l'Union européenne dans les domaines économique, social et environnemental.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2024/4062

12.7.2024

Avis du Comité économique et social européen

Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions

Vers une Europe plus résiliente, plus compétitive et plus durable

[COM(2023) 558 final]

(C/2024/4062)

Rapporteur:

Alain COHEUR

Corapporteur:

Alain TACCOEN

Conseiller

Olivier LEMAITRE (pour le rapporteur, groupe III)

Consultation

13.11.2023

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Commission consultative des mutations industrielles

Adoption en section

8.4.2024

Adoption en session plénière

24.4.2024

Session plénière no

587

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

163/0/1

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le CESE entend exprimer ses points de vue sur la communication COM(2023) 558 final que la Commission européenne a adoptée en vue du sommet de Grenade, de manière à s’assurer que sa position soit prise en compte dans le cadre des préparatifs du prochain mandat législatif européen. Vu la diversité des enjeux abordés dans ce document, le présent avis se concentre sur quatre secteurs clés pour l’avenir de l’autonomie stratégique européenne, à savoir ceux de l’énergie, du numérique, de la défense et de l’espace. Il formule des propositions concrètes pour affirmer la nécessité d’une Europe qui soit une puissance économique et politique.

1.2.

Le CESE se préoccupe au plus haut point du retard accumulé par rapport aux États-Unis et à la Chine dans des secteurs aussi stratégiques que ceux visés dans le présent avis. Ce retard fragilise plus avant notre indépendance, notre souveraineté et notre modèle de société. Du fait de ces sous-investissements massifs, si l’on compare avec les efforts de ses concurrents, l’Union européenne n’a qu’une très faible maîtrise de ces filières industrielles et ne dispose d’aucun leadership géostratégique. La volonté de l’Union de maîtriser à nouveau rigoureusement les dépenses publiques va encore fragiliser durablement son modèle économique et social.

1.3.

Dans le futur, le système énergétique de l’Union sera fortement électrifié et les énergies renouvelables intermittentes y tiendront une place dominante. Il couvrira une demande variable et il s’imposera absolument de garantir son indépendance et sa sécurité énergétique. L’ajustement entre l’offre et la demande est aujourd’hui largement tributaire des centrales hydrauliques, nucléaires, thermiques et fossiles; ce sera une tâche des plus complexes que d’assurer cet équilibre à l’avenir. Parallèlement, il s’agira d’accroître la sécurité énergétique de l’Union au moyen d’investissements massifs menés dans un cadre réglementaire favorable.

1.4.

Sécuriser la transition énergétique européenne suppose de maintenir de nombreux emplois décents et de disposer de nouvelles compétences. Par ailleurs, l’Union européenne devra mettre en place à l’intention de ses citoyens des parcours éducatifs qui leur permettent de mieux discerner les schémas de désinformation et, partant, de mieux les contrer.

1.5.

L’indépendance numérique de l’Europe reposera sur plusieurs éléments, à savoir sa capacité à développer des supercalculateurs, à stocker ses données sur son territoire et à encourager le développement de véritables acteurs industriels.

1.6.

Pour être durable et souveraine, notre industrie spatiale va devoir relever de nombreux défis, tels que la fragmentation, la duplication et le faible volume de nos principaux marchés institutionnels, lesquels fragilisent l’Union européenne, alors que se creuse le déficit de financement par rapport aux États-Unis et à la Chine, et que l’Union est confrontée à des géants du secteur privé qui optimisent leurs chaînes d’approvisionnement internes. La crise de l’industrie européenne des lanceurs met en évidence ces vulnérabilités et touche à présent le secteur des satellites. Nos capacités sont encore largement appréciées sous l’angle étroit des politiques nationales, mais celles-ci sont incapables de répondre à la dimension européenne des grands défis du secteur spatial, ce qui donne lieu à un volume de production plus faible pour chacun des acteurs et à des coûts unitaires plus élevés pour leurs clients.

1.7.

Dans les années à venir, notre industrie de défense devra fournir aux États membres de l’Union et à leurs forces armées du matériel et des capacités de défense de qualité supérieure, adaptés au nouvel environnement stratégique, mais aussi fournir une assistance militaire continue à l’Ukraine et à d’autres partenaires; au-delà, il conviendra de garantir l’adaptabilité, la durabilité, la capacité, la résilience et la compétitivité de la base technologique et industrielle européenne de défense.

2. Observations générales

2.1. Garantir la sécurité énergétique de l’Union européenne

2.1.1.

L’Union européenne est un importateur net d’énergie; ainsi, en 2020, 58 % des ressources énergétiques disponibles sur son territoire provenaient d’un pays tiers. Force est de constater que pour ses achats de gaz, l’Europe est passée d’une forte dépendance à l’égard d’un seul fournisseur, la Russie, à celle vis-à-vis d’un autre, les États-Unis. Par ailleurs, la Chine maintient sa position dominante sur une grande partie des chaînes de valeur des industries de l’énergie.

2.1.2.

Afin de répondre aux risques induits par le changement climatique, l’Union européenne s’est engagée à parvenir à la neutralité carbone à l’horizon 2050. La Commission européenne a proposé de réduire de 85 % à 95 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2040, au moyen d’une réduction de la demande, de la décarbonation des usages finaux grâce à une puissante électrification, et de la rénovation énergétique des bâtiments, laquelle s’opère actuellement à un rythme nettement trop faible.

2.1.3.

L’électrification doit se développer très vite dans le futur, pour produire 3 362 TWh en 2030 contre 2 901 TWh en 2021. Pour satisfaire cette demande finale, la production doit reposer sur un développement massif de la production d’électricité décarbonée, ainsi que sur une accélération des procédures d’autorisation des permis de production.

2.1.4.

Usages thermiques, refroidissement compris, mobilité et industrie sont les trois grands secteurs de consommation d’énergie. L’Union a décidé de passer à l’électrification directe (pompes à chaleur, batteries, etc.), à l’électrification indirecte (hydrogène électrolytique) et aux carburants renouvelables et bas carbone, sans négliger pour autant la capture du carbone.

2.1.5.

Le CESE s’interroge sur les scénarios de référence de la Commission européenne, qui ne permettent pas aux industriels de planifier stratégiquement leurs investissements. En 2009, la capture du carbone était donnée comme jouant un rôle clé pour des objectifs à l’horizon 2030, avant que cette échéance ne soit repoussée successivement en 2013 et en 2016 à respectivement 2035 et après 2040. Elle disparaît complètement en 2020 pour regagner la plus grande importance en 2024. On peut de même s’interroger sur les volumes d’hydrogène: pour 2030, l’ajustement à l’objectif de 55 % prévoyait 233 TWh, REPowerEU 670 TWh, et en 2024, on revient à 105 TWh.

2.1.6.

Le futur système électrique européen sera dominé par les énergies renouvelables intermittentes et devra répondre à une demande variable. L’ajustement entre l’offre et la demande d’électricité est aujourd’hui largement tributaire des centrales nucléaires, fossiles et hydroélectriques. Il conviendra de s’attacher tout particulièrement à ces dernières dans le cadre des principes et actions que le CESE propose pour son pacte bleu pour l’Europe. Il sera demain plus complexe d’assurer cet équilibre, du fait des nouvelles flexibilités (élasticité de la demande, stockage).

2.1.7.

La sécurité énergétique de l’Union suppose des investissements massifs, moyennant un cadre qui leur soit favorable, qui proviendront dans une large mesure du secteur privé, même si les États membres peuvent octroyer des aides.

2.1.8.

La transition énergétique suppose des emplois décents de tout niveau et la disponibilité des compétences nécessaires pour l’ensemble des activités. Par la voie du pacte pour les compétences, la Commission européenne incite toutes les parties prenantes à prendre des mesures en faveur du perfectionnement et de la reconversion de la main-d’œuvre. À cet égard, il sera indispensable d’assurer une coordination locale et/ou régionale entre entreprises, syndicats, collectivités locales, universités et écoles.

2.1.9.

Enfin, le CESE attire l’attention sur le risque naturel, certes faible, des éruptions solaires, dont les conséquences, que l’on sous-estime actuellement, pourraient être catastrophiques et interférer sur le fonctionnement des satellites, des réseaux électriques et du numérique.

2.1.10.

Le CESE demande à la Commission européenne:

—

de dresser un état des lieux et de renforcer la maîtrise européenne des chaînes de valeur des différentes technologies de la décarbonation;

—

d’évaluer les risques de dépendance et de présenter des propositions de mesures correctives en cas de risque élevé, voire de monopole ou de quasi-monopole au niveau mondial;

—

de promouvoir, tout en restant neutre sur le plan technologique, l’adoption de produits décarbonés au moyen d’incitations (impôts, subventions, normes, labels);

—

de comprendre pourquoi l’électrification des usages énergétiques ne progresse pas et de prendre des mesures pour y remédier;

—

d’assurer le financement par un cadre adéquat et de soutenir les États membres pour réussir efficacement et rapidement à couvrir les besoins de rénovation énergétique des bâtiments;

—

de vérifier, sur la base des plans nationaux en matière d’énergie et de climat de 2024, la cohérence des projections des États membres avec les objectifs européens et d’en tirer les conséquences qui s’imposent;

—

d’étudier les modèles de marché électrique qui rémunèrent la flexibilité à hauteur de la valeur grandissante du service rendu;

—

de prendre en compte les propositions du CESE relatives au pacte bleu pour l’Europe;

—

d’évaluer les conséquences des éruptions solaires et de proposer des plans pour les anticiper.

2.2. Garantir la sécurité numérique de l’Union européenne

2.2.1.

Le numérique révolutionne nos existences; il procure de nombreux avantages indéniables, tels que la communication instantanée ou l’accès immédiat à l’information. Il facilite ainsi de nombreuses tâches quotidiennes. Pour que tous en profitent, il s’impose de renforcer la formation des citoyens au numérique, un aspect qui est également fondamental pour faire face aux enjeux de la désinformation et pour répondre à ceux du marché du travail. Le CESE se félicite également des récentes avancées dans le domaine de l’intelligence artificielle.

2.2.2.

Le numérique, s’il est détourné de sa finalité, facilite la diffusion d’informations trompeuses, non sans de graves conséquences pour nos sociétés. Le CESE se félicite des mesures européennes telles que le règlement sur les services numériques ou le code de bonnes pratiques contre la désinformation. Ce dernier instrument d’autorégulation repose sur l’engagement volontaire de ses signataires. Le CESE insiste pour qu’il soit surveillé de la manière prévue par la Commission européenne.

2.2.3.

La sauvegarde des institutions démocratiques suppose l’éducation et la formation continue de tous les Européens, afin de leur permettre de mieux discerner les schémas de désinformation et donc de mieux les contrer. Une telle formation doit permettre d’acquérir les compétences nécessaires pour participer de manière constructive aux conversations sociales et pour reconnaître et contrer la désinformation.

2.2.4.

Les données européennes sont hébergées dans différents pays. Nous devrions nous inquiéter du fait qu’en 2021, les États-Unis regroupaient 35 % des centres de données dans le monde (1). Même si la réglementation européenne permet de choisir le lieu de stockage des données, la domination des acteurs numériques étrangers entraîne, de fait, une dépendance de l’Union européenne à l’égard de pays tiers. Le CESE s’inquiète du caractère extraterritorial du «Cloud Act» américain, qui entre en conflit avec le règlement général sur la protection des données (RGPD). Le CESE souligne l’importance du projet Gaia-X, qui vise à créer un écosystème européen en nuage, fondé sur une approche commune.

2.2.5.

Les principaux risques pour la cybersécurité sont les menaces susceptibles de compromettre la sécurité, la confidentialité, l’intégrité ou la disponibilité des données et des systèmes informatiques. Leurs conséquences peuvent être graves; ainsi, le secteur de la santé fait face à une recrudescence préoccupante des cyberattaques, comme le relève le rapport de l’Agence européenne pour la cybersécurité (ENISA) intitulé «Paysage des menaces en matière de santé». Le CESE est attentif au déploiement du règlement sur la cybersécurité et se félicite du nouveau schéma européen de certification de cybersécurité.

2.2.6.

Pour ce qui est de l’industrie du numérique, il convient de distinguer la fabrication des appareils des applications informatiques. Si la quasi-totalité des appareils provient d’Asie, l’Europe dispose de filières industrielles fortes, dont elle maîtrise des maillons clés tels que celui des équipements de lithographie à ultraviolets. Le CESE approuve le règlement européen sur les semi-conducteurs car celui-ci est indispensable afin de réindustrialiser l’Europe sur le plan numérique, et il souligne toute l’importance de disposer en Europe d’entreprises championnes sur leur marché au niveau mondial.

2.2.7.

L’indépendance numérique de l’Union européenne repose sur sa capacité de calcul et sur sa cybersécurité. À la fin du mois de décembre dernier, l’on a inauguré MareNostrum (2), l’un des 10 supercalculateurs les plus puissants au monde, financé à 50 % par fonds européens. Cette initiative doit se poursuivre au cours du prochain cycle politique de l’Union.

2.2.8.

Le CESE demande à la Commission européenne:

—

de poursuivre son suivi de la maîtrise de l’informatique par les Européens et d’encourager les États membres à sensibiliser leurs citoyens aux risques liés à l’usage du numérique;

—

d’évaluer l’application dans les faits de l’autorégulation que prévoit le code de bonnes pratiques contre la désinformation, surtout en cette année électorale européenne;

—

d’identifier les lieux de stockage des données européennes, sachant qu’il s’impose de stocker les données sensibles au sein de l’Union;

—

de proposer des solutions au conflit entre le «Cloud Act» américain et le RGPD européen;

—

de suivre l’état des connaissances des Européens en matière de cybersécurité;

—

de tirer les leçons de la réussite industrielle de certaines entreprises de l’Union et d’en tirer les enseignements sur le plan de la situation concurrentielle au niveau mondial;

—

de continuer à investir dans le développement des supercalculateurs en Europe.

2.3. Assurer un avenir à l’industrie spatiale européenne

2.3.1.

Les services spatiaux sont devenus stratégiques pour les sociétés et pour les économies européennes, et l’espace est essentiel pour que l’Union puisse agir librement et prendre des décisions de manière autonome. De nombreux secteurs de l’économie et politiques publiques sont tributaires des activités spatiales, notamment les transports, la géolocalisation, les télécommunications, la météorologie, la surveillance de l’environnement, la compréhension des changements climatiques et l’observation de la Terre à des fins de défense et de sécurité.

2.3.2.

Les principaux clients et opérateurs des infrastructures spatiales sont les autorités publiques investies d’un mandat de service public. Les entités qui apportent les infrastructures nécessaires pour fournir ces données et services sont des entreprises industrielles privées. L’industrie spatiale revêt un rôle stratégique.

2.3.3.

L’industrie spatiale a contribué positivement à la balance commerciale européenne du fait de l’excédent net moyen de 900 millions de dollars par an qu’ont dégagé au cours de la dernière décennie les exportations de systèmes satellitaires et de services de lancement. La dépendance de l’industrie spatiale européenne à l’égard de sa capacité à remporter des contrats sur les (très petits) marchés ouverts est l’un de ses principaux traits distinctifs par rapport à la situation des autres puissances spatiales, puisqu’elle réalise 30 à 50 % de son chiffre d’affaires sur de tels marchés ouverts.

2.3.4.

Le secteur spatial européen est confronté à un nombre croissant de menaces:

—

Le déficit de financement par rapport aux États-Unis et à la Chine se creuse; ainsi, les budgets spatiaux européens sont six fois moins importants que ceux des États-Unis et les budgets disponibles au sein de l’Union, pour la plupart, ne sont pas coordonnés, alors que la doctrine spatiale des États-Unis a fait de l’espace un instrument essentiel de leur suprématie et de leur indépendance. La montée exponentielle de la Chine ne peut pas être ignorée. D’autres acteurs tels que la Russie et l’Inde renforcent également leur jeu. Enfin, l’industrie spatiale européenne est désormais confrontée à des géants extraeuropéens, notamment SpaceX, qui optimisent leurs chaînes d’approvisionnement internes et perturbent massivement les marchés.

—

La crise de l’industrie européenne des lanceurs met en évidence la vulnérabilité de ce segment; à présent, c’est au tour de celui des satellites de connaître le même sort. Les chiffres actuels montrent que l’industrie spatiale ne présente que rarement une rentabilité positive, alors même que des investissements cruciaux deviennent plus que jamais vitaux.

—

La règle de retour géographique de l’Agence spatiale européenne (ESA) s’est avérée un moyen efficace d’assurer la majeure partie du financement des programmes, mais elle n’est pas sans présenter des failles. Cette règle peut favoriser l’atomisation de la chaîne d’approvisionnement du fait de la présence de très petits contributeurs. La préservation à tout prix des capacités nationales accroît la duplication et la fragmentation sur un marché très étroit. Cette situation se traduit par des volumes de production plus faibles pour chacun et par des coûts unitaires plus élevés pour les clients.

Le CESE demande à la Commission européenne:

—

de concevoir et de mettre en œuvre une stratégie industrielle spatiale à l’échelle européenne, qui tienne compte de la fragmentation, de la duplication et du faible volume des principaux marchés institutionnels européens, lesquels menacent la durabilité et la souveraineté de notre industrie;

—

d’assurer aux pouvoirs publics un accès sans obstacle aux capacités spatiales nécessaires à la mise en œuvre des politiques publiques, moyennant le degré d’indépendance requis, c’est-à-dire à des capacités qui puissent être obtenues de manière unifiée en Europe et que des entités européennes doivent contrôler;

—

de soutenir la compétitivité de l’industrie spatiale européenne, compte tenu de la dépendance du secteur industriel spatial à l’égard des marchés ouverts — et donc de la nécessité vitale d’être compétitif;

—

de tenir compte de la nature stratégique du secteur spatial et de ses caractéristiques (long terme, haut niveau de risque, forte intensité capitalistique), ainsi que des politiques des autres puissances, pour mettre en œuvre une telle stratégie industrielle spatiale. Les autorités européennes peuvent s’appuyer sur de nombreux outils, tels que les règles relatives aux marchés publics, le financement de la recherche et du développement, la législation ou encore la diplomatie).

2.4. Assurer un avenir à la défense européenne

2.4.1.

L’industrie européenne de la défense est essentielle pour:

—

fournir aux États membres de l’Union et à leurs forces armées les matériels et capacités de défense dont ils ont besoin pour défendre l’Europe et ses citoyens contre un large éventail de menaces complexes;

—

préserver la souveraineté de l’Europe et garantir la protection de la démocratie et de la stabilité de l’Europe à long terme, moyennant un niveau adéquat d’autonomie stratégique;

—

soutenir directement la stabilité, la paix et la sécurité des États membres de l’OTAN et de l’Union européenne ainsi que de leurs alliés.

2.4.2.

Les défis auxquels est confrontée notre industrie de défense sont doubles et ils ont encore gagné en acuité du fait de l’agression russe contre l’Ukraine; aussi, dans les années qui viennent, s’agira-t-il de fournir aux États membres et à leurs forces armées du matériel et des capacités de défense rentables et de qualité supérieure, adaptés au nouvel environnement stratégique, et de leur permettre de fournir une assistance militaire continue à l’Ukraine et à d’autres partenaires; à plus long terme, il conviendra de garantir l’adaptabilité, la durabilité, la capacité, la résilience et la compétitivité de la base technologique et industrielle européenne de défense.

2.4.3.

En outre, il ne saurait exister de pilier européen de l’OTAN solide en l’absence d’une base industrielle crédible, autonome et durable. L’OTAN a reconnu que l’alliance a besoin d’une industrie de défense forte et performante, marquée par une coopération européenne accrue.

Le CESE demande à la Commission européenne:

—

de veiller à une meilleure coordination de l’industrie européenne de défense, notamment en encourageant les achats publics en commun, et à sa capacité à fournir les équipements dont nos forces armées ont besoin, à tout moment et en toutes circonstances; elle doit donc pouvoir rapidement accroître sa production pour répondre aux besoins urgents du moment, puis maintenir un niveau de préparation approprié;

—

d’investir massivement dans la recherche et le développement pour renforcer la souveraineté technologique de l’Europe dans les domaines critiques et garantir sa supériorité opérationnelle contre des adversaires potentiels. L’Union devrait augmenter substantiellement le budget destiné à un Fonds européen de défense, lequel se devra de surcroît d’être plus stratégique;

—

de s’assurer que dans le cadre du prochain cadre financier pluriannuel et des budgets consacrés à la défense, l’Union et ses États membres augmentent considérablement leurs contributions pour adapter la défense européenne au nouvel environnement stratégique;

—

de faciliter l’accès à des investissements et à des financements privés et publics au moyen de politiques et de mesures réglementaires qui fassent en sorte que les considérations et critères de durabilité ne soient pas discriminatoires à l’égard de nos entreprises de défense;

—

de stimuler et soutenir les efforts des États membres pour inverser la situation actuelle, en consacrant majoritairement leurs budgets à des équipements et systèmes provenant de fournisseurs européens, ce qui constitue une condition sine qua non pour soutenir une industrie européenne de défense viable.

Bruxelles, le 24 avril 2024.

Le président

du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) https://en.statista.com/.

(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/MareNostrum.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/4062/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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