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AccueilDroit européen52023DC0118
Acte préparatoire52023DC0118

Acte préparatoire — 52023DC0118

CELEX52023DC0118
TypeActe préparatoire
Datemercredi 15 mars 2023

Texte intégral

european flagCOMMISSION EUROPÉENNE

Bruxelles, le 15.3.2023

COM(2023) 118 final

RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL

relatif à la mise en œuvre et à l'application de l'accord de commerce et de coopération entre l'Union européenne


et le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord







1er janvier – 31 décembre 2022










Table des matières

1.Introduction

2.Cadre institutionnel, outils d’application et règlement des différends

3.Mise en œuvre sectorielle

3.1. Commerce des marchandises

3.2. Services et investissements, commerce numérique, propriété intellectuelle, marchés publics, et petites et moyennes entreprises

3.3. Énergie

3.4. Transports

3.5. Pêche

3.6. Coordination de la sécurité sociale

3.7. Coopération des services répressifs et judiciaires en matière pénale

3.8. Participation aux programmes de l’Union

4.Aperçu des plaintes

5.Évolution de la législation du Royaume-Uni

5.1. Aspects horizontaux

5.2. Conditions équitables pour une concurrence ouverte et loyale et développement durable

6.Incidence sur les flux commerciaux et sur la circulation des personnes

6.1. Flux commerciaux

6.2. Circulation des personnes

7.Conclusions

Annexe 1: réunions des organes mixtes institués en vertu de l’ACC en 2022

1.Introduction

Depuis le 1er janvier 2021, les échanges et la coopération entre l’Union européenne (UE) et le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord (Royaume-Uni) sont régis par l’accord de commerce et de coopération (ACC) signé le 30 décembre 2020 1 . L’ACC couvre un large éventail de domaines, dont le commerce, les transports, la pêche, l’énergie, la coordination de la sécurité sociale, la coopération des services répressifs et judiciaires en matière pénale, établissant une base complète applicable aux relations entre les parties et garantissant des conditions de concurrence équitables et un développement durable, ainsi que le respect des droits fondamentaux.

Le présent rapport est le deuxième rapport de la Commission sur la mise en œuvre et l’application de l’ACC, tel que prévu à l’article 2, paragraphe 4, de la décision (UE) 2021/689 du Conseil du 29 avril 2021 2 . Il donne un aperçu des principales évolutions survenues dans le fonctionnement du cadre institutionnel (section 2), ainsi que dans une série de domaines relevant de sa compétence (section 3), y compris un aperçu des plaintes reçues en 2022 (section 4). Le rapport aborde également l’évolution de la réglementation au Royaume-Uni en 2022 (section 5). Enfin, deux ans après la fin de la période de transition, le rapport examine les effets pour l’UE de la sortie du Royaume-Uni du marché intérieur, de l’union douanière et des différentes politiques de l’Union (section 6).

2.Cadre institutionnel, outils d’application et règlement des différends

Le cadre institutionnel de l’ACC a été achevé en 2022 et est devenu pleinement opérationnel 3 .

Les parties se sont réunies au sein des organes conjoints institués par l’ACC afin de superviser et de faciliter sa mise en œuvre. La liste des réunions figure à l’annexe 1. La Commission a publié les ordres du jour et les procès-verbaux des réunions 4 . La Commission européenne a représenté l’UE aux réunions des organes conjoints, tandis que les positions à adopter au nom de l’UE ont été coordonnées avec le Conseil.

En 2022, l’UE et le Royaume-Uni ont établi leur coopération parlementaire, conformément à l’article 11 de l’ACC. La réunion inaugurale de l’Assemblée parlementaire de partenariat, composée de 35 membres du Parlement européen et de 35 membres du Parlement du Royaume-Uni, s’est tenue à Bruxelles les 12 et 13 mai. La deuxième réunion a eu lieu à Londres les 7 et 8 novembre 5 .

Le processus visant à associer la société civile à la mise en œuvre de l’ACC s’est poursuivi. Le groupe consultatif interne de l’UE, institué conformément à l’article 13 de l’ACC, composé de 24 représentants d’organisations de la société civile et de six représentants du Comité économique et social européen 6 , s’est réuni à plusieurs reprises pour examiner la mise en œuvre de l’ACC 7 .

En outre, la première réunion du forum de la société civile 8 , qui réunit des représentants de la société civile de l’UE et du Royaume-Uni conformément à l’article 14 de l’ACC, s’est tenue le 4 octobre 2022 9 . Parmi les représentants de l’UE figuraient des organisations d’employeurs et de travailleurs, ainsi que des universitaires et des organismes non gouvernementaux.

En ce qui concerne le règlement des différends, une liste de personnes ayant des compétences dans les secteurs couverts par l’ACC qui sont disposées et aptes à siéger en tant que membres d’un tribunal d’arbitrage a été adoptée par le conseil de partenariat, conformément à l’article 752 de l’ACC 10 .

Afin de permettre à l’UE d’exercer ses droits dans le cadre de la mise en œuvre et de l’application de l’accord de retrait et de l’ACC de manière efficace et en temps utile, le Parlement européen et le Conseil sont parvenus à un accord politique sur un règlement couvrant l’accord de retrait et l’ACC en ce qui concerne les questions relevant du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Le Conseil devrait adopter en 2023 un règlement couvrant l’ACC en ce qui concerne les questions relevant du champ d’application du traité Euratom.

Ces règlements constitueront une base juridique permettant à la Commission d’adopter les mesures défensives prévues dans les deux accords. En particulier, la Commission sera en mesure de suspendre les obligations au titre de l’ACC si le Royaume-Uni ne se conforme pas à une décision du tribunal d’arbitrage institué en vertu de l’ACC ou de l’accord de retrait 11 . Dans certains cas, la Commission pourra agir unilatéralement pour protéger les intérêts de l’UE sans engager au préalable une procédure d’arbitrage, par exemple dans les cas où une subvention au Royaume-Uni risque d’avoir un effet négatif important sur les échanges ou les investissements entre les parties 12 .

3.Mise en œuvre sectorielle

La mise en œuvre sectorielle de l’ACC n’a posé aucune difficulté majeure en 2022. Les parties prenantes se sont largement adaptées à la nouvelle réalité commerciale résultant du retrait du Royaume-Uni du marché intérieur, de l’union douanière et des différentes politiques de l’Union. Néanmoins, certaines difficultés subsistent: la mise en œuvre des dispositions relatives aux échanges d’électricité prévues dans l’ACC s’est révélée plus complexe que prévu (voir section 3.3 ci-dessous) et la mise en œuvre intégrale et correcte des dispositions relatives à la pêche a continué de poser des problèmes (voir section 3.5 ci-dessous).

3.1.Commerce des marchandises

La mise en œuvre de l’ACC dans le domaine du commerce des marchandises a porté essentiellement sur l’application effective des règles convenues par les parties et sur la résolution des questions en suspens. Dans l’ensemble, les dispositions relatives aux échanges commerciaux établies dans l’ACC ont bien fonctionné, même si certaines difficultés de mise en œuvre ont persisté.

En ce qui concerne les aspects fiscaux, les autorités douanières nationales ont fait part de leurs préoccupations quant à l’exactitude des déclarations d’origine sur l’honneur des opérateurs et des réponses fournies par les autorités douanières du Royaume-Uni concernant les contrôles de l’origine 13 . Afin de soutenir le travail des autorités douanières, le comité spécialisé «Commerce» chargé de la coopération douanière et des règles d’origine a adopté une décision 14 décrivant la procédure à suivre en cas de refus d’octroi du traitement tarifaire préférentiel. La procédure convenue aidera les autorités douanières des États membres à refuser les préférences lorsque cela se justifie et à appliquer à leur place les droits de douane au titre de la nation la plus favorisée, tout en garantissant que les préférences ne soient pas refusées sans consultation appropriée.

Si le contrôle de l’application correcte des règles d’origine est difficile, comme dans tous les accords commerciaux, l’équilibre entre les règles horizontales et les règles spécifiques par produit dans l’ACC est satisfaisant. Concrètement, la Commission n’a pas l’intention de réexaminer les règles par produit au-delà des adaptations techniques. 15 La Commission estime que ces règles établissent un juste équilibre tout en contribuant à l’objectif général de l’Union consistant à parvenir à une autonomie stratégique dans les secteurs essentiels.

Dans le domaine sanitaire et phytosanitaire (SPS), bien qu’il se soit engagé à promouvoir l’utilisation de la certification électronique pour faciliter les échanges 16 , le Royaume-Uni n’a accompli que des progrès limités dans l’acceptation des certificats dématérialisés de l’UE, bien que les solutions provisoires proposées par l’UE aient permis d’améliorer la situation. En outre, malgré l’obligation de mettre ses exigences en matière de certification officielle en conformité avec les normes internationales 17 , le Royaume-Uni a continué d’exiger des garanties en ce qui concerne certaines maladies animales, ce qui n’est pas conforme aux normes actuelles de l’Organisation mondiale de la santé animale 18 . Les discussions techniques avec le Royaume-Uni concernant ses exigences en matière de certification, notamment leur compatibilité avec l’entité unique de l’UE, n’ont pas donné de résultats concrets en 2022.

En outre, le Royaume-Uni a remis en cause les règles de l’UE régissant les importations de certains produits en provenance de pays tiers, tels que les plants de pommes de terre et les mollusques bivalves vivants non purifiés, et a demandé un traitement spécial pour ses exportations vers l’UE. Toutefois, eu égard à l’existence d’un régime réglementaire distinct en matière de mesures sanitaires et phytosanitaires mis en place à la suite de son retrait de l’UE, le Royaume-Uni est soumis à toutes les règles de l’UE applicables aux pays tiers qui ne s’alignent pas de manière dynamique sur la législation de l’UE.

La Commission a pris des mesures dans le cadre du mécanisme de règlement des différends de l’OMC en ce qui concerne le programme de contrats carbone pour la différence 19 , qui est le principal mécanisme mis en place par le Royaume-Uni pour favoriser la production d’électricité à faibles émissions de carbone. La Commission a contesté les critères de contenu local du programme favorisant le contenu britannique par rapport aux contenus importés, qui contreviennent aux règles de non-discrimination de l’OMC. En juillet 2022, l’UE et le Royaume-Uni se sont mis d’accord sur une voie à suivre pour répondre aux préoccupations de la Commission et ont précisé que les bénéficiaires du programme ne devaient pas atteindre un niveau particulier de contenu britannique pour recevoir des paiements 20 . Des orientations supplémentaires ont été publiées pour que cette position soit pleinement comprise par le secteur 21 .

En ce qui concerne l’évolution de la situation au Royaume-Uni, la mise en œuvre de certaines procédures et contrôles à l’importation, en particulier ceux relatifs aux exigences sanitaires et phytosanitaires applicables aux produits en provenance de l’UE, a été reportée à plusieurs reprises. Le 28 avril 2022, le Royaume-Uni a annoncé le quatrième report de la mise en œuvre des contrôles, qui devait débuter le 1er juillet 2022 22 . La date à laquelle le nouveau régime britannique de contrôles frontaliers à l’importation applicable aux marchandises en provenance de l’UE entrerait en vigueur reste incertaine.

Dans le domaine de l’évaluation de la conformité, en réponse aux préoccupations majeures de l’industrie concernant la mise en œuvre du marquage britannique d’évaluation de la conformité (UKCA) pour les produits mis sur le marché en Grande-Bretagne, une troisième prolongation du délai pour son introduction a été annoncée en novembre 2022 23 . Cela signifie que le Royaume-Uni continuera d’accepter les produits qui satisfont aux exigences de l’UE jusqu’au 31 décembre 2024, les certificats de l’UE et le marquage CE correspondants restant valables jusqu’à la fin de 2027, y compris les dispositions actuellement en vigueur en matière d’étiquetage, d’informations relatives aux importateurs et d’informations relatives aux personnes responsables. Des annonces distinctes concernant les dispositifs médicaux, les aéronefs, les produits ferroviaires et les équipements maritimes sont attendues.

3.2.Services et investissements, commerce numérique, propriété intellectuelle, marchés publics, et petites et moyennes entreprises

Aucun problème important n’a été enregistré en ce qui concerne la mise en œuvre dans les domaines des services et des investissements, du commerce numérique, de la propriété intellectuelle, des marchés publics et des petites et moyennes entreprises. Certains problèmes ont toutefois persisté.

La taxe sur l’immigration des compétences imposée par le Royaume-Uni aux personnes faisant l’objet d’un transfert intragroupe reste préoccupante. Conformément aux dispositions de l’ACC 24 , la Commission a insisté pour que cette taxe soit supprimée d’ici la fin de 2022 au plus tard. Le Royaume-Uni a marqué son accord en apportant des modifications aux règlements relatifs à la taxe sur l’immigration des compétences (2017), qui sont entrés en vigueur le 1er janvier 2023 25 . En conséquence, la taxe sur les compétences ne s’applique plus aux personnes faisant l’objet d’un transfert intragroupe en provenance de l’UE.

Les nouvelles règles de mobilité mondiale à des fins professionnelles (Global Business Mobility rules) 26 adoptées par le Royaume-Uni en avril 2022 ont suscité des inquiétudes à la lumière des dispositions de l’ACC relatives à l’admission et au séjour temporaire des personnes physiques à des fins professionnelles. Conformément aux nouvelles règles, les entreprises et les organisations au Royaume-Uni doivent demander une licence de parrainage au ministère de l’intérieur si elles souhaitent engager un prestataire de services contractuel, un professionnel indépendant ou une personne faisant l’objet d’un transfert intragroupe provenant de l’UE. Sans licence de parrainage, les entreprises et les organisations du Royaume-Uni ne sont pas en mesure de délivrer des certificats de parrainage individuels, qui sont obligatoires pour engager des prestataires de services de l’UE. De l’avis de la Commission, le système de parrainage est susceptible de dissuader les entreprises du Royaume-Uni de choisir de travailler avec des entreprises ou des professionnels indépendants de l’UE pour fournir des services relevant de l’ACC. La Commission a entamé un dialogue avec le Royaume-Uni à ce sujet.

Dans le domaine des qualifications professionnelles, la première recommandation commune, conformément à l’article 158 de l’ACC, sur la reconnaissance des qualifications des architectes a été soumise au conseil de partenariat le 3 octobre 2022 par des organismes professionnels de l’UE et du Royaume-Uni. Il est prévu que le conseil de partenariat examine la cohérence de la recommandation commune avec les règles de l’ACC en matière de services et d’investissement.

3.3.Énergie

La mise en œuvre de l’ACC dans le domaine de l’énergie s’est concentrée sur le renforcement de la coopération en matière de sécurité de l’approvisionnement, l’établissement d’un cadre pour la coopération en matière d’énergies renouvelables en mer et l’élaboration de nouveaux accords d’échange d’électricité. Malgré leur caractère hautement technique, des progrès satisfaisants ont été accomplis dans certains domaines, tandis qu’ils ont été plus lents dans d’autres.

Les échanges d’électricité et de gaz entre le Royaume-Uni et l’UE ont augmenté en 2022 27 en raison de la crise énergétique causée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie et des défis liés à la production d’électricité dans l’UE.

Conformément aux dispositions de l’ACC relatives à la «sécurité de l’approvisionnement» en gaz et en électricité 28 , l’UE a échangé avec le Royaume-Uni les informations nécessaires concernant la sécurité de l’approvisionnement en électricité et en gaz lors d’une réunion du comité spécialisé dans le domaine de l’énergie qui s’est tenue le 28 septembre 2022. Toutefois, si cet échange d’informations est utile, il est rappelé que le Royaume-Uni poursuit sa propre politique énergétique, y compris en ce qui concerne la sécurité de l’approvisionnement. 29

Sur la base de l’article 321 de l’ACC, un protocole d’accord sur la coopération énergétique en mer a été signé en décembre 2022 entre huit États membres, la Norvège et le Royaume-Uni afin de promouvoir le développement des énergies renouvelables dans les mers du Nord et d’aider les parties à atteindre leurs objectifs respectifs en matière de changement climatique 30 . Ce protocole d’accord prévoit la création d’un forum pour les discussions techniques avec le Royaume-Uni consacrées au développement du réseau en mer et au vaste potentiel en matière d’énergies renouvelables qu’offre la région de la mer du Nord.

En ce qui concerne les dispositions relatives aux échanges d’électricité entre l’UE et le Royaume-Uni prévues à l’article 312 de l’ACC, le comité spécialisé dans le domaine de l’énergie est parvenu à la conclusion que des travaux supplémentaires étaient nécessaires pour analyser de manière adéquate les options envisageables pour mettre au point ces dispositions. À cette fin, il est convenu d’adopter une recommandation invitant les gestionnaires de réseau de transport d’électricité des deux parties à fournir des informations supplémentaires en vue de mettre en place un cadre pour les futurs échanges d’électricité.

En outre, conformément à l’article 311 de l’ACC, la Commission a approuvé un accord multipartite entre les gestionnaires de réseau de transport de l’UE et du Royaume-Uni concernant la compensation des coûts engendrés par l’accueil de flux transfrontaliers d’électricité 31 .

3.4.Transports

La mise en œuvre de l’ACC dans le domaine des transports, y compris l’aviation, s’est concentrée sur l’exercice effectif des droits mutuellement accordés par les parties et n’a pas posé de problèmes.

Dans le domaine du transport routier, le comité spécialisé chargé du transport routier a adopté une décision concernant les spécifications techniques et procédurales de l’utilisation du système d’information du marché intérieur par le Royaume-Uni 32 . Ce système permet le traitement électronique des déclarations de détachement des transporteurs des deux parties. Le Royaume-Uni contribuera au budget consacré à la maintenance de l’outil informatique.

Dans le domaine du transport aérien, six États membres (Belgique, Hongrie, Irlande, Chypre, Grèce et France) ont conclu des accords bilatéraux avec le Royaume-Uni, conformément à l’article 419 de l’ACC. En outre, des accords entre l’Italie et le Royaume-Uni, ainsi qu’entre l’Autriche et le Royaume-Uni, ont été autorisés par la Commission et devraient être conclus en 2023.

Dans le domaine de la sécurité aérienne, sur quatorze demandes de validation de certificats délivrés par l’autorité de l’aviation civile du Royaume-Uni, onze ont été approuvées par l’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne sur la base de l’article 446 de l’ACC, en liaison avec l’annexe 30 de ce dernier. Les autorités britanniques ont validé six des douze projets présentés par des demandeurs de l’UE concernant des modifications apportées aux conceptions existantes. Ce taux de validation se situe dans la fourchette attendue.

Enfin, bien qu’elle ne soit pas directement liée à l’ACC, la Commission a adopté une décision d’exécution 33 sur la reconnaissance du Royaume-Uni en ce qui concerne le système de formation des gens de mer et la délivrance de brevets à ces derniers conformément à la directive (UE) 2022/993, après avoir établi que toutes les exigences en matière de formation et de délivrance des brevets énoncées dans la Convention internationale sur les normes de formation des gens de mer, de délivrance des brevets et de veille 34 ont été respectées. Elle a également autorisé l’accord entre la France et le Royaume-Uni sur la certification en matière de sécurité des services de transport ferroviaire dans l’Eurotunnel (la «liaison fixe transmanche») 35 .

3.5.Pêche

Les efforts se sont poursuivis pour permettre la mise en œuvre intégrale de l’ACC dans le secteur de la pêche. Bien que des progrès satisfaisants aient été accomplis dans certains domaines, certaines questions importantes n’ont pas encore été résolues.

Malgré des difficultés considérables, la Commission a réalisé des progrès importants dans l’acquisition des licences demandées pour un certain nombre de navires de pêche éligibles aux fins de la pêche dans les eaux du Royaume-Uni et des dépendances de la Couronne, conformément au protocole nº 38 et à l’article 502, paragraphe 1, de l’ACC. En 2022, près de 1 600 navires de l’UE ont continué d’avoir accès à la zone économique exclusive du Royaume-Uni et 151 navires de l’UE ont eu accès aux eaux territoriales. En outre, 138 bateaux français disposaient de licences de pêche aux alentours de Jersey et 44 aux alentours de Guernesey. Malgré ces progrès, d’importants défis restaient à relever. En particulier, au cours du second semestre de 2022, l’UE, le Royaume-Uni, Jersey et Guernesey ont mené d’intenses discussions en ce qui concerne le niveau d’accès des navires de pêche titulaires d’une licence.

La Commission a contrôlé les mesures de gestion notifiées par le Royaume-Uni au titre de l’article 496, paragraphe 3, de l’ACC à la lumière des engagements pris par le Royaume-Uni au titre de l’ACC. Tout en reconnaissant l’autonomie réglementaire de chaque partie, la Commission regrette qu’une communication insuffisante sur un certain nombre de mesures ait rendu difficile l’interaction efficace avec les autorités du Royaume-Uni, compromettant ainsi capacité de la Commission à formuler des observations et à demander des éclaircissements conformément à l’ACC.

En décembre, l’UE et le Royaume-Uni ont conclu leurs consultations annuelles en vue de déterminer le total admissible des captures pour les stocks partagés en 2023. Les parties sont parvenues à un accord global couvrant l’ensemble des stocks, garantissant ainsi des possibilités de pêche de plus de 350 000 tonnes à la flotte de l’UE, estimées à environ 1 milliard d’EUR sur la base des prix de débarquement historiques, ajustés pour tenir compte de l’inflation.

3.6.Coordination de la sécurité sociale

La mise en œuvre de l’ACC dans le domaine de la coordination de la sécurité sociale n’a pas posé de problèmes. Aucun problème structurel n’a été constaté.

Des mesures préparatoires ont été prises pour mettre en œuvre les dispositions financières relatives au remboursement des coûts des prestations de maladie en nature fournies par un État autre que l’État compétent. Les parties ont également examiné l’utilisation de l’échange électronique d’informations sur la sécurité sociale dans le cadre du protocole, ainsi que l’applicabilité des décisions et recommandations pertinentes de la commission administrative pour la coordination des systèmes de sécurité sociale.

3.7.Coopération des services répressifs et judiciaires en matière pénale

Dans l’ensemble, l’ACC a porté ses fruits dans le domaine de la coopération des services répressifs et judiciaires, et des progrès ont été accomplis dans la résolution des problèmes subsistant en matière de mise en œuvre.

À la suite de l’évaluation du Royaume-Uni, l’Union a déclaré qu’à compter du 30 juin 2022, les États membres pouvaient communiquer au Royaume-Uni des données à caractère personnel relatives à des profils ADN et à des données dactyloscopiques (empreintes digitales), conformément aux articles 530 et 534 de l’ACC 36 . À la fin de l’année 2022, 15 États membres et le Royaume-Uni se donnaient mutuellement accès à leurs bases de données nationales aux fins de consultations automatisées pour ce qui concerne les données ADN, et cinq États membres et le Royaume-Uni en faisaient autant pour ce qui concerne les empreintes digitales.

En outre, l’ACC fournit une base juridique pour le transfert vers le Royaume-Uni, par les transporteurs aériens, des données des dossiers passagers (PNR) pour les vols entre ce pays et l’UE. Il régit le traitement et l’utilisation des données PNR par les autorités compétentes du Royaume-Uni et impose à ce dernier de supprimer les données PNR des passagers après leur départ du pays, sauf si une évaluation des risques indique qu’il est nécessaire de conserver ces données. Compte tenu des circonstances particulières qui l’avaient empêché de procéder aux ajustements techniques nécessaires, le Royaume-Uni a été autorisé à déroger à cette obligation pendant une période intérimaire d’un an à compter de l’entrée en vigueur de l’ACC, qui a été prolongée d’un an en décembre 2021 37 . Le 21 décembre 2022, le conseil de partenariat, après examen des informations fournies par le Royaume-Uni sur les garanties applicables et les mesures prises en vue de permettre la suppression des données, a décidé de prolonger la période intérimaire pour une dernière année supplémentaire, conformément à l’article 552, paragraphe 13, de l’ACC 38 .

3.8.Participation aux programmes de l’Union

L’ACC permet au Royaume-Uni de participer, en tant que pays tiers associé, à certains programmes de l’Union, y compris Horizon Europe, sous réserve de l’adoption de protocoles bilatéraux ainsi que de contributions financières. Toutefois, il ne fixe pas de calendrier contraignant ni d’échéance précise pour parfaire l’association du Royaume-Uni.

Bien que l’UE reconnaisse les avantages de la coopération avec les pays tiers dans les domaines de la science, de la recherche et de l’innovation, les protocoles nécessaires à l’association du Royaume-Uni n’ont pas pu être adoptés en 2022, compte tenu des difficultés importantes rencontrées lors de la mise en œuvre de l’accord de retrait. Conformément au règlement intérieur prévu par l’ACC, le Royaume-Uni a demandé des consultations, qui ont eu lieu le 22 septembre 2022 dans le cadre de la réunion du comité spécialisé chargé de la participation aux programmes de l’Union. Le processus de consultation au titre de l’ACC s’est achevé à ce stade.

En l’absence d’association, des entités du Royaume-Uni ont pu participer à certains programmes sans être éligibles à un financement de l’Union. En outre, elles ont pu bénéficier des «dispositions transitoires» mises en place par la Commission pour les participants potentiels de pays tiers, tels que le Royaume-Uni, qui sont candidats à une association à certains programmes, y compris Horizon Europe. En conséquence, les appels à propositions ont fait l’objet d’une évaluation dans les mêmes conditions que celles applicables aux pays associés. Cependant, la signature de conventions de subvention et le financement d’entités du Royaume-Uni restent subordonnés à l’association du Royaume-Uni au programme Horizon Europe. Au 5 décembre 2022, les demandes provenant d’entités établies au Royaume-Uni représentaient 6,53 % des demandes admissibles reçues.

La Commission attend avec intérêt qu’une solution soit trouvée aux difficultés qui empêchent le Royaume-Uni d’être associé à certains programmes de l’Union.

4.Aperçu des plaintes 39

Au moment où l’ACC a été conclu, la Commission s’est engagée à mettre en place des outils centralisés pour l’introduction de plaintes, en tenant compte de l’étendue des domaines couverts par l’ACC. Afin de respecter cet engagement, un questionnaire central de recours, disponible dans toutes les langues officielles de l’UE, a été élaboré en 2021 40 .

En 2022, aucune plainte n’a été reçue au moyen de l’outil susmentionné. Bien que la Commission ait enregistré cinq demandes, aucune d’entre elles ne concernait la mise en œuvre de l’ACC. Les services de la Commission ont contacté les auteurs de ces demandes et leur ont fourni les informations nécessaires.

5.Évolution de la législation du Royaume-Uni

La liberté de déroger aux règles et aux politiques de l’UE figurait parmi les raisons du retrait du Royaume-Uni de l’UE. Après son départ, le Royaume-Uni a annoncé une vaste réforme réglementaire. En janvier 2022, le Bureau du Cabinet a publié un rapport exposant les principes directeurs de la future politique réglementaire 41 .

Tout au long de l’année 2022, les services de la Commission ont suivi l’évolution de la réglementation au Royaume-Uni afin de déterminer si elle présentait un risque de non-respect de l’ACC, notamment dans les domaines pertinents pour l’égalité des conditions de concurrence.

Bien que le Royaume-Uni ait fait un certain nombre d’annonces, peu de lois ont été adoptées. En effet, il est difficile, dans la pratique, de remplacer la législation et les normes de l’UE par des normes nationales, comme l’ont reconnu l’office national d’audit du pays 42 et la commission des comptes publics de la Chambre des communes 43 . Après avoir examiné la stratégie réglementaire à long terme et la capacité opérationnelle de certaines agences de réglementation, les deux organismes ont conclu que le retrait de l’UE avait eu des répercussions importantes sur les autorités de réglementation britanniques, qui ont assumé de nouvelles responsabilités, auparavant exercées par les institutions de l’UE, tout en perdant l’accès aux accords de l’UE en matière de partage de données et de coopération.

La section suivante résume les évolutions de la législation britannique pertinente de nature transversale (section 5.1) ainsi que celles relatives à l’égalité des conditions de concurrence (section 5.2), en examinant les propositions législatives (projets de loi) les plus importantes et la législation adoptée (lois promulguées). Lorsque des lois sont adoptées, le rapport souligne la pertinence du point de vue de l’ACC. Les annonces ministérielles concernant des intentions politiques, ainsi que les consultations publiques, ne sont pas abordées. Si elles peuvent indiquer une orientation politique, il serait prématuré de tirer des conclusions sur leur fondement.

5.1.Aspects horizontaux

En 2022, le Royaume-Uni a présenté trois projets de loi importants, qui pourraient avoir des répercussions sur le fonctionnement de l’ACC dans de nombreux domaines.

Le projet de loi sur la charte des droits («Bill of Rights Bill») a été présenté en juin 2022 44 dans le but d’abroger la loi de 1998 sur les droits de l’homme («Human Rights Act 1998»), qui transpose la convention européenne des droits de l’homme dans le droit interne du Royaume-Uni. Conformément à sa section 1(2), le projet de loi «rééquilibre» la relation entre les juridictions britanniques, la Cour européenne des droits de l’homme et le parlement du Royaume-Uni. En particulier, la Cour suprême du Royaume-Uni («Supreme Court of the United Kingdom») déterminerait le sens et l’effet, à l’égard du droit national, des droits reconnus par la convention. Les juridictions et les autorités publiques britanniques ne seraient plus tenues d’interpréter et d’appliquer la législation du Royaume-Uni autant que possible d’une manière compatible avec les droits reconnus par la convention. Les juridictions britanniques devraient accorder le plus grand poids possible au principe selon lequel les décisions relatives à l’équilibre entre différents objectifs politiques, différents droits de l’homme et les droits de différentes personnes sont prises par le parlement du Royaume-Uni. Le projet de loi «affirme» que «les arrêts, décisions et mesures provisoires prononcées par la Cour européenne des droits de l’homme ne font pas partie du droit national du Royaume-Uni et ne portent pas atteinte au droit de légiférer du parlement» [section 1(3) du projet de loi].

Le projet de loi sur la protection des données et les informations numériques («Data Protection and Digital Information Bill») a été présenté en juillet 2022 45 dans le but de réformer le cadre de protection des données du Royaume-Uni, sur lequel se fondent les décisions de la Commission relatives au caractère adéquat du niveau de protection des données à caractère personnel assuré par le Royaume-Uni. Il introduit des modifications dans plusieurs domaines, notamment en ce qui concerne le fondement juridique du traitement des données à caractère personnel, de l’exercice des droits conférés à la personne concernée, des règles applicables au transfert de données à caractère personnel vers des pays tiers, ainsi que de la mise en place et du fonctionnement de l’autorité indépendante de contrôle de la protection des données.

Enfin, dans le projet de loi relatif à la révocation et à la réforme du droit de l’UE maintenu en droit interne [«Retained EU Law (Revocation and Reform) Bill»] 46 présenté au parlement en septembre 2022, le gouvernement propose la refonte d’un corpus de droit de l’Union maintenu en droit interne à la fin de la période de transition, le faisant expirer automatiquement le 31 décembre 2023, sauf s’il est maintenu d’une autre manière. Ce projet de loi confère également aux ministres le pouvoir de modifier, au moyen du droit dérivé, le droit de l’UE maintenu en droit interne et donne aux tribunaux la faculté de s’écarter de la jurisprudence de l’UE. Le gouvernement a l’intention de passer en revue l’ensemble du droit de l’UE maintenu en droit interne d’ici la fin de l’année 2023.

5.2.Conditions équitables pour une concurrence ouverte et loyale et développement durable

5.2.1.Contrôle des subventions et fiscalité

La loi sur le contrôle des subventions de 2022 [«Subsidy Control Act (2022)»] 47 a été adoptée en avril de cette même année et définit le cadre de mise en œuvre des engagements internationaux du Royaume-Uni, y compris au titre de l’ACC, en matière de contrôle des subventions. Le nouveau régime est entré en vigueur en janvier 2023. En prévision de sa mise en œuvre, des orientations ayant valeur de loi en matière de contrôle des subventions ont été adoptées en novembre 2022 pour aider les autorités publiques à accorder des subventions 48 . D’autres dispositions de droit dérivé sont attendues 49 . Comme indiqué dans le précédent rapport de la Commission 50 , avant d’accorder des subventions, les autorités publiques devront les évaluer au regard d’un certain nombre de principes. Certaines catégories doivent être soumises pour évaluation à l’unité de conseil en matière de subventions au sein de l’autorité de la concurrence et des marchés. L’unité de conseil en matière de subventions n’a pas le pouvoir d’interdire l’octroi de subventions. Elle ne peut émettre qu’un avis non contraignant sur leur conformité avec la loi sur le contrôle des subventions. La Commission surveillera attentivement l’application du nouveau régime.

5.2.2.Normes sociales et du travail, environnement et climat

Dans le domaine des normes sociales et du travail, le décret-loi révoquant les réglementations sur la conduite des agences et des entreprises de placement («Conduct of Employment Agencies and Employment Businesses Regulations») 51 est entré en vigueur en juillet 2022. Cet instrument a abrogé l’interdiction imposée aux agences de placement de mettre à disposition du personnel temporaire pour remplacer les travailleurs qui participent à une action collective. En septembre 2022, les syndicats britanniques ont soumis ce point à l’Organisation internationale du travail (OIT) pour évaluation 52 . Cette action est pertinente compte tenu de l’engagement pris par le Royaume-Uni, en vertu de l’article 399, paragraphe 5, de l’ACC, de mettre en œuvre les conventions de l’OIT ratifiées.

Dans le domaine de l’environnement, le projet de loi sur la technologie génétique et sur la sélection de précision [«Genetic Technology (Precision Breeding) Bill»] 53 a été introduit en mai 2022. Il vise à assouplir les règles relatives à la mise sur le marché et à la commercialisation, en Angleterre, des «organismes issus de procédés de sélection de précision» (des plantes et des animaux qui auraient pu être produits au moyen de procédés de sélection classiques).

6.Incidence sur les flux commerciaux et sur la circulation des personnes 54

Le présent rapport de 2022 offre l’occasion de faire le point sur les conséquences économiques pour l’Union de la décision du Royaume-Uni de se retirer de l’UE. S’il est encore trop tôt pour mesurer les conséquences économiques à long terme du retrait, deux ans après la fin de la période de transition et plus de six ans après la tenue du référendum, certaines d’entre elles sont devenues de plus en plus visibles. Cela vaut non seulement pour les flux commerciaux de marchandises et de services, mais aussi pour la circulation des personnes 55 .

6.1.Flux commerciaux

6.1.1. Commerce des marchandises 56

Un examen des tendances à court terme montre qu’après une forte baisse début 2021, tant les exportations que les importations de l’UE ont connu une reprise significative au cours des trois premiers trimestres de 2022, approchant les niveaux pré-pandémie de 2019 (graphique 1) 57 .

Graphique 1: commerce des marchandises entre l’UE et le Royaume-Uni [source: Eurostat (EXT_ST_EU27_2020SITC)]

Au cours des trois premiers trimestres de 2022, les exportations de l’UE vers le Royaume-Uni se sont élevées à 243 milliards d’euros, ce qui représente une augmentation de 18 % par rapport à la même période en 2021. Simultanément, les importations de l’UE en provenance du Royaume-Uni ont représenté 167 milliards d’euros, soit une augmentation de 59 % par rapport à la même période en 2021.

Parmi les secteurs dans lesquels les exportations de l’UE vers le Royaume-Uni ont enregistré la plus forte augmentation par rapport à 2021 figurent les combustibles minéraux et les produits chimiques. De la même manière, l’augmentation des importations de l’UE en provenance du Royaume-Uni au cours des trois premiers trimestres de 2022 a été principalement tirée par les combustibles minéraux. Ce sont les importations de l’UE de produits manufacturés, en particulier les machines et les équipements de transport, qui ont connu la plus faible augmentation.

Toutefois, examinées sur un plus long terme, les données montrent que les importations et les exportations cumulées ont relativement stagné pendant la période 2016-2022. Cette situation diffère considérablement des échanges commerciaux de l’UE avec ses autres partenaires internationaux. Alors que les échanges totaux de l’UE avec ses partenaires internationaux à l’exclusion du Royaume-Uni ont connu une augmentation de 70 % par rapport aux trois premiers trimestres de 2016 et de presque 40 % par rapport à la même période en 2019, l’augmentation a été bien plus faible en ce qui concerne les échanges avec le Royaume-Uni: elle était seulement de 10 % par rapport aux trois premiers trimestres de 2016 et de 6 % par rapport à la même période en 2019 (graphique 2).

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