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AccueilDroit européen52023DC0173
Acte préparatoire52023DC0173

Acte préparatoire — 52023DC0173

CELEX52023DC0173
TypeActe préparatoire
Datelundi 20 mars 2023

Texte intégral

european flagCOMMISSION EUROPÉENNE

Bruxelles, le 20.3.2023

COM(2023) 173 final

RAPPORT DE LA COMMISSION AU CONSEIL

concernant le réexamen du fonctionnement du règlement (UE) 2022/1369 relatif à des mesures coordonnées de réduction de la demande de gaz

{SWD(2023) 63 final}


I.Introduction

Au cours de l’année 2022, la Russie s’est servie de l’approvisionnement en gaz comme d'une arme politique. Dans ce contexte, l’Union européenne a adopté en août 2022 le règlement d’urgence (UE) 2022/1369 du Conseil, qui vise à réduire de 15 % la demande de gaz de manière coordonnée afin de garantir la sécurité de l’approvisionnement.

Conformément au règlement (UE) 2022/1369 du Conseil, les États membres doivent tout mettre en œuvre pour réduire de 15 % la demande de gaz, une telle réduction devenant obligatoire en cas de déclaration d’alerte de l’Union. En outre, les États membres mettent à jour leurs plans d’urgence, conformément à l’article 8 du règlement, afin de tenir compte des mesures mises en œuvre, et font rapport tous les deux mois à Eurostat sur la réduction de la demande qui a été réalisée. L’article 9 dispose que la Commission doit procéder à un réexamen du règlement, sur la base duquel elle peut proposer de prolonger la période d’application du règlement. Dans le document de travail SWD(2023) 63 final qui accompagne le présent rapport, la Commission fournit une analyse des réductions de la demande de gaz qui ont été réalisées depuis août 2022, fondée sur différents scénarios des projections de remplissage des installations de stockage en fonction de différentes options de prolongation de la réduction de la demande, ainsi qu’une analyse approfondie des réductions passées et des risques de hausse et de baisse pour la période 2023-2024.

La question a été examinée avec le groupe de coordination pour le gaz 1 , qui comprend des représentants des États membres et des associations européennes représentant les fournisseurs, les gestionnaires d’infrastructures, les négociants et les principaux consommateurs de gaz. Lors de sa réunion du 16 février, les membres du groupe de coordination pour le gaz ont reconnu l’importance d’une réduction continue de la demande, en tant que mesure présentant un rapport coût-efficacité particulièrement bon pour préserver et renforcer la sécurité de l’approvisionnement.

II.Mesures prises et réduction de la demande réalisée

Depuis l’adoption du règlement (UE) 2022/1369 du Conseil, l’Union est parvenue à se détourner du gaz russe 2 et à réduire de 19 % sa demande de gaz entre août 2022 et janvier 2023, par rapport à la moyenne des cinq années précédentes sur la même période, ce qui correspond à 41,5 milliards de m3. Le t able au 2 (voir annexe) montre que la réduction de la demande a varié d’un mois à l’autre et d’un État membre à l’autre, ce qui témoigne de la disparité des situations nationales. En cas de déclaration d’une alerte de l’Union, les exemptions de l’obligation de réduction de la demande, telles que prévues à l’article 5 du règlement (UE) 2022/1369 du Conseil, reflètent également ces différentes situations nationales.

Les niveaux de stockage actuels sont relativement élevés pour cette période de l’année, les prix du gaz ont régulièrement diminué depuis les pics du mois d’août (tout en restant nettement supérieurs à la moyenne à long terme) et la sécurité de l’approvisionnement est assurée pour le reste de l’hiver 2022-2023. Le point III montrera toutefois que la situation reste tendue sur le marché du gaz de l’UE et que, sans une réduction de la demande de gaz au-delà du 31 mars, il est peu probable que les États membres remplissent leur obligation de stockage de 90 % d’ici au 31 octobre, mettant ainsi en péril la sécurité de l’approvisionnement au cours de l’hiver 2023/2024, avec d’éventuelles pénuries de gaz ou un retour à des prix du gaz très élevés.

Le gr aphiqu e 1 illustre la consommation de gaz de l’UE d’août 2022 à janvier 2023 (ligne verte; «Consommation réelle») par rapport à la moyenne de la même période au cours des cinq années précédentes (ligne bleue; «Consommation de référence») et l’objectif de réduction de 15 % (ligne rouge; «Consommation cible») tel qu’il a été défini pour la période allant d’août 2022 à mars 2023, et tel qu’il s’appliquerait, selon la présente proposition, aux autres mois. Le graphique 1 montre également que la consommation de gaz en hiver est nettement plus élevée qu’en été. En fait, la demande aux deuxième et troisième trimestres représente environ la moitié de la demande aux premier et quatrième trimestres.

Graphique 1. Consommation de référence, consommation cible (c’est-à-dire - 15 % par rapport à la consommation de référence) et consommation réelle (août 2022-janvier 2023); EU27 (milliards de m3)

Source: calculs d’ENER/CET fondés sur la série NRG_CB_GASM d’Eurostat, sous-série IC_CAL_MG en millions de m3 au 7 mars 2023, 11 heures.

Secteurs

Pour réaliser une analyse approfondie de la réduction de la demande de gaz, il faut que la fréquence de publication de la demande sectorielle de gaz soit plus élevée. Actuellement, Eurostat n’établit des rapports sur la consommation de gaz par secteur de demande 3 que sur une base annuelle, avec un décalage d’un an. Il n’est donc pas possible de procéder à une ventilation fiable des économies de gaz par secteur ou à une ventilation des réductions structurelles et non structurelles sur la base d’un ensemble de données officielles couvrant l’ensemble de l’UE.

À partir de données auxiliaires, la Commission 4 estime que pour la période août-décembre 2022, la réduction réalisée par les ménages représentait environ 50 % et celle par les entreprises 43 %, tandis que le secteur de l’électricité ne représentait que 7 % de la réduction globale de la demande de gaz, en raison de la faible disponibilité des capacités hydroélectriques et nucléaires 5 . Les entreprises étaient responsables de la majeure partie de la réduction de la demande en été et en automne, tandis que les ménages étaient responsables de la majeure partie de la réduction de la demande (et de la consommation) en hiver. On estime qu’environ un sixième de la réduction totale est dû aux températures. En d’autres termes, la réduction peut être attribuée à un (début d')hiver plus doux que durant la période de référence, soit un volume de 5 milliards de m3 sur une réduction totale de 30 milliards de m3 entre août et décembre.

Mesures prises par les États membres dans le cadre des plans d’urgence

Les articles 7 et 8 du règlement (UE) 2022/1369 du Conseil disposent que les États membres doivent communiquer les mesures de réduction de la demande mises en œuvre, au moyen d’une mise à jour de leurs plans d’urgence. La majorité des États membres ont communiqué à la Commission la mise à jour de leurs plans d’urgence.

Selon les plans mis à jour, les mesures à court terme concernent deux grands types de mesures: 1) des campagnes d’information sur les économies de gaz et 2) des mesures de réduction du chauffage et du refroidissement.

·La plupart des États membres ont mis en œuvre des campagnes de communication. Dans certains cas, les campagnes sensibilisent également aux régimes de subventions existants en matière d’efficacité énergétique, qui s’adressent principalement aux ménages et aux PME.

·Limitation de la température: la plupart des plans prévoient des restrictions de chauffage et de refroidissement dans les bâtiments publics; certains États membres étendent cette limitation aux bureaux et aux magasins.

·Plusieurs États membres ont imposé des limitations d’éclairage, généralement pour les bâtiments publics et les monuments, mais aussi, dans certains cas, pour les vitrines de magasins.

En ce qui concerne les mesures à moyen terme, les États membres ont communiqué des mesures de changement de combustible, des subventions pour la rénovation énergétique des bâtiments ou le remplacement des appareils inefficaces. Comme mesures à long terme, les États membres octroient souvent une aide directe aux clients sous la forme de subventions ou de réductions d’impôts afin de faciliter le déploiement des énergies renouvelables, des pompes à chaleur ou de l’efficacité énergétique (également au moyen d’audits, par exemple).

III.Perspectives pour l’hiver prochain

Bien que l’UE ait réussi à réduire la demande de gaz entre août 2022 et janvier 2023 et à réduire sa dépendance à l’égard des importations russes, la présente section vise à examiner si ces réalisations sont suffisantes pour éviter tout risque d’approvisionnement au cours de l’hiver 2023/2024 si le règlement (UE) 2022/1369 expire le 31 mars 2023. Le t able au 1 montre les niveaux de stockage pour octobre 2023 et mars 2024, en fonction des différentes possibilités de prolongation de la réduction de la demande, sur la base des dernières informations et données disponibles sur le marché 6 . Le tableau 2 fournit une prévision des niveaux de remplissage des installations de stockage pour les quatre scénarios prévus. Le tableau 1 montre que si la réduction de la demande de gaz après le 1er avril est nulle ou limitée (scénarios A ou B), il est peu probable que les États membres respectent l’obligation de remplissage des installations de stockage à hauteur de 90 % d’ici au 31 octobre 2023, comme le prévoit le règlement (UE) 2022/1032, et que la sécurité de l’approvisionnement pour l’hiver 2023-2024 ne puisse donc pas être assurée. Si les réductions de 15 % de la demande de gaz se poursuivent après le 1er avril jusqu’au 31 octobre au moins, les obligations de stockage à hauteur de 90 % seront probablement respectées (scénarios C et D). Une prolongation de la réduction de la demande de gaz jusqu’au 31 mars 2024 permettrait de réduire de manière décisive les risques liés à la sécurité d’approvisionnement pour l’hiver 2024/2025.

Dans son rapport du 12 décembre 2022 7 , l’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime qu’une pénurie pourrait survenir en 2023 faute de mesures supplémentaires pour économiser le gaz.

Tableau 1. Niveaux de stockage mensuels en fonction de la prolongation de la réduction de la demande

Hypothèses de scénario Stockage (en milliards de m3) à la fin de:

Oct. 2023

Mars 2024

A: aucune prolongation

69

0

B: prolongation d’août 2023 à mars 2024

80

28

C: prolongation d’avril 2023 à octobre 2023

95

9

D: prolongation d’un an, d’avril 2023 à mars 2024

95

43

Source: calculs d’ENER/CET.

·Scénario A (aucune prolongation): s’il n’y avait pas de réduction de la demande, les niveaux de stockage n’atteindraient que 69 milliards de m3 à la fin du mois d’octobre 2023, ce qui serait nettement inférieur à l’obligation de stockage à hauteur de 90 % (89,4 milliards de m3). En outre, le stockage serait totalement épuisé en février 2024, ce qui soulèverait de très graves inquiétudes quant à la sécurité de l’approvisionnement pour l’hiver 2024/2025.

·Scénario B (prolongation de huit mois, d’août 2023 à mars 2024): dans ce scénario, les stocks seraient remplis trop lentement et n’atteindraient que 80 milliards de m3 à la fin du mois d’octobre, ce qui serait nettement inférieur à l’obligation de stockage à hauteur de 90 % (89,4 milliards de m3). En outre, les niveaux de stockage tomberaient en dessous de 30 % (28 milliards de m3) à la fin de l’hiver prochain (28 % à la fin du mois de mars 2024), ce qui susciterait de graves inquiétudes quant à la sécurité de l’approvisionnement et rendrait difficile un remplissage suffisant des installations de stockage pour l’hiver suivant (2024/2025).

·Scénario C (prolongation de sept mois, d’avril à octobre 2023): Dans ce scénario, les stocks seraient suffisamment remplis à la fin de l’été, à hauteur de 95 % (95 milliards de m3) à la fin d’octobre 2023, respectant ainsi l’obligation de stockage à hauteur de 90 % (89,4 milliards de m3). Toutefois, comme, même au cours d'un hiver normal, la demande est deux fois plus élevée qu’en été, les stocks seraient presque entièrement épuisés à la fin de l’hiver prochain (9 milliards de m3 à la fin du mois de mars 2024). Une telle situation soulèverait de graves inquiétudes quant à la sécurité de l’approvisionnement et rendrait très difficile un remplissage suffisant des installations de stockage pour l’hiver suivant (2024/2025).

·Scénario D (prolongation d’un an, d’avril 2023 à mars 2024): une telle prolongation de la réduction de 15 % de la demande permettrait d’atteindre des niveaux de stockage à hauteur de 95 milliards de m3 à la fin du mois d’octobre 2023, respectant ainsi l’obligation de stockage à hauteur de 90 % (89,4 milliards de m3). Les niveaux de stockage seraient d’environ 43 milliards de m3 à la fin du mois de mars 2024.

Graphique 2. Niveaux de stockage mensuels en fonction de la prolongation de la réduction de la demande

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