COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 14.4.2023
COM(2023) 188 final
RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL
sur l’équilibre actuariel du régime de pensions des fonctionnaires de l’Union européenne et les implications budgétaires de l’annexe XII du statut des fonctionnaires de l’Union européenne
RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT
EUROPÉEN ET AU CONSEIL
sur l’équilibre actuariel du régime de pensions des fonctionnaires de l’Union européenne et les implications budgétaires de l’annexe XII du statut des fonctionnaires de l’Union européenne
1.Base juridique
Conformément à l’article 14, paragraphe 1, de l’annexe XII du statut des fonctionnaires de l’Union européenne (ci-après le «statut»), la Commission présente en 2022 un rapport au Parlement européen et au Conseil sur l’équilibre actuariel du régime de pensions des fonctionnaires de l’Union européenne et les implications budgétaires de ladite annexe.
Le présent rapport met en œuvre la disposition susmentionnée en évaluant l’équilibre actuariel du régime de pensions et en analysant les implications budgétaires de l’annexe XII durant la période 2014-2021. Dans la mesure du possible et le cas échéant, le présent rapport fait également état des évolutions survenues à partir de 2022.
2.Éléments fondamentaux du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE
2.1.Base juridique du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE
Conformément à l’article 83 du statut:
-le paiement des prestations prévues au régime de pensions constitue une charge du budget de l’Union;
-les États membres doivent garantir collectivement le paiement des prestations; et
-les fonctionnaires doivent contribuer pour un tiers au financement du régime de pensions.
L’article 83 bis du statut prévoit que l’équilibre du régime de pensions est assuré par l’âge de la retraite et le taux de la contribution au régime. Il prévoit également les procédures relatives aux actualisations annuelles et quinquennales du taux de la contribution au régime de pensions.
L’annexe XII du statut énonce les règles actuarielles permettant de calculer le taux de contribution en vue d’assurer l’équilibre du régime de pensions.
2.2.Principe du fonds notionnel (virtuel)
Le régime de pensions des fonctionnaires de l’UE est un fonds notionnel (virtuel) comportant des prestations définies, dans lequel les membres du personnel versent des contributions servant à financer leurs futures pensions. Bien qu’il n’existe pas de fonds d’investissement réel, le montant qui aurait été réuni par un fonds de ce type est considéré comme ayant été investi dans des obligations à long terme des États membres et est pris en compte dans l’engagement de retraite inscrit aux comptes annuels de l’Union européenne. Les États membres garantissent collectivement le paiement des prestations conformément à l’article 83 du statut et à l’article 4, paragraphe 3, du traité sur l’Union européenne.
Le régime de pensions des fonctionnaires de l’UE étant conçu comme un fonds notionnel, les contributions des membres du personnel servent à financer les futures pensions de ceux qui paient les contributions. Les contributions couvrent en fait le coût des droits à pension acquis pendant une année donnée et ne sont aucunement liées aux dépenses consacrées au paiement des pensions au cours de ladite année. La jurisprudence de l’Union a confirmé que le régime de pensions des fonctionnaires de l’UE est un fonds notionnel, tout en constatant qu’il présente également certaines caractéristiques d’un régime de solidarité.
Le régime de pensions des fonctionnaires de l’UE est différent de la plupart des régimes de pensions applicables aux fonctionnaires dans les États membres, dans lesquels le taux de contribution ou les prestations sont adaptés de manière à assurer chaque année un équilibre entre les contributions perçues et les dépenses consacrées au paiement des pensions. Dans ces types de régimes qui lient les contributions aux dépenses consacrées au paiement des pensions de la même période (appelés «régimes par répartition), s’il n’est pas possible d’atteindre un équilibre, la différence est couverte par le budget.
Le fonds notionnel du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE est évalué chaque année et tous les cinq ans comme s’il existait véritablement un fonds, ce qui permet de garantir encore davantage sa viabilité à long terme.
2.3.Principe de l’équilibre actuariel
L’équilibre du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE est assuré de manière régulière par des actualisations des taux de contribution et, le cas échéant, de l’âge de la retraite.
Le régime de pensions des fonctionnaires de l’UE observe le principe de l’équilibre actuariel, en vertu duquel les contributions des membres du personnel doivent couvrir un tiers des droits acquis pendant l’année concernée , correspondant aux futures pensions qui seront versées à ces membres après leur départ à la retraite, plus (sous certaines conditions) les allocations d’invalidité et les pensions de survie et d’orphelin. Les futures prestations prévues au régime de pensions sont évaluées à chaque date de référence, ce qui suppose le calcul de leur valeur actuelle à l’aide d’un taux d’intérêt (taux d’actualisation) . Ce calcul est une évaluation actuarielle.
Le taux de contribution au régime de pensions est le mécanisme qui assure l’équilibre du régime année après année. Il est automatiquement actualisé s’il ressort de l’évaluation actuarielle prévue par l’article 83 bis du statut que cette actualisation est nécessaire pour couvrir pleinement les droits à pension acquis pendant une année donnée. Par conséquent, lorsque les membres du personnel paient la contribution actualisée, ils acquièrent des droits à pension pour une année donnée, protégés par le principe des droits acquis.
3.Équilibre actuariel du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE
L’équilibre actuariel du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE est assuré par l’actualisation annuelle du taux de contribution au régime et, le cas échéant, de l’âge de la retraite. La méthodologie de calcul du taux de contribution au régime de pensions est validée par des experts nationaux des États membres de l’Union et des actuaires externes (3.1). Le taux de contribution au régime de pensions correspond au rapport entre le coût du service à l’année n et le montant total des traitements de base/allocations annuels au 31 décembre de l’année précédente pour la même population. Afin de calculer le coût du service, un certain nombre de paramètres sont utilisés et un ensemble complet d’hypothèses démographiques et financières est évalué (chapitre 3.2). L’équilibre actuariel du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE est assuré par le taux de contribution au régime (chapitre 3.3) et l’âge de la retraite (chapitre 3.4).
3.1.Exécution technique des dispositions visant à assurer l’équilibre du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE
Eurostat est l’autorité responsable de l’exécution technique de l’annexe XII du statut.
Eurostat est assisté:
-d’experts nationaux des États membres (le «groupe de travail “article 83”» qui se réunit au moins une fois par an), chargés des questions méthodologiques inhérentes à l’exécution de l’annexe XII; et
-d’un ou plusieurs experts indépendants qualifiés pour effectuer les évaluations actuarielles du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE.
Ce système garantit que la méthodologie et les résultats des évaluations actuarielles du régime de pensions sont correctement examinés et validés. Il s’agit d’un aspect essentiel pour garantir la solidité du processus.
3.1.1.Activité du groupe de travail «article 83» durant la période 2014-2022
Durant la période 2014-2022, le groupe de travail «article 83» s’est réuni chaque année, conformément à la disposition afférente du statut. Le groupe de travail «article 83» a examiné, discuté et approuvé les documents méthodologiques élaborés par Eurostat.
Les observateurs représentant des organisations internationales comme le SIRP (Service international des rémunérations et des pensions des organisations coordonnées, parmi lesquelles l’OCDE, l’OTAN, l’ESA et le Conseil de l’Europe), la Banque centrale européenne, la Banque européenne d’investissement, le Fonds européen d’investissement, l’Office européen des brevets et Eurocontrol participent également aux réunions annuelles du groupe de travail «article 83». Eurostat échange des informations pertinentes sur les questions actuarielles avec ces organisations.
3.1.2.Évaluations par l’expert indépendant qualifié
Conformément à l’article 13, paragraphe 2, de l’annexe XII du statut, Eurostat est assisté d’un ou plusieurs experts indépendants qualifiés en ce qui concerne l’exécution méthodologique de ladite annexe ainsi que la modélisation et le calcul des hypothèses actuarielles posées.
Suite aux résultats de l’appel d’offres ouvert, Eurostat a été assisté:
-de EY Actuaires Conseils pour les évaluations de 2014 à 2016 du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE;
-du consortium formé par Agilis S.A. et Prudential Ltd. pour les évaluations de 2017 à 2022 du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE.
Durant la période de référence, les deux actuaires ont examiné et validé la méthodologie, les calculs et les rapports relatifs à l’évaluation du régime de pensions. En particulier, les données d’entrée utilisées pour les calculs, comme la population du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE et les hypothèses actuarielles, ont été convenues avec ces experts externes.
Eurostat a appliqué dans ses rapports d’évaluation finaux les recommandations formulées par les actuaires.
3.2.Paramètres et hypothèses actuarielles
Les règles d’évaluation de l’équilibre actuariel du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE sont fixées à l’annexe XII du statut. Ladite annexe définit un système fondé sur des paramètres et des hypothèses sous-jacents, qui assurent l’équilibre actuariel du régime de pensions.
3.2.1.Paramètres statutaires
Il s’agit de valeurs principalement liées à l’application du statut, notamment les règles applicables au calcul des prestations prévues au régime de pensions. Certains de ces paramètres varient en fonction de certaines conditions liées à la situation personnelle de chaque fonctionnaire. L’annexe 1 dresse la liste des principaux paramètres statutaires utilisés pour la dernière évaluation du régime de pensions en 2022.
3.2.2.Hypothèses actuarielles
Les hypothèses actuarielles sont divisées en hypothèses démographiques et hypothèses financières/économiques. Elles doivent être modélisées et estimées conformément aux dispositions pertinentes du statut et aux meilleures pratiques actuarielles.
Les valeurs des hypothèses actuarielles concernées sont convenues par les experts nationaux des services concernés des États membres lors des réunions annuelles du groupe de travail «article 83».
Conformément aux dispositions de l’annexe XII du statut et aux décisions prises par le groupe de travail, certaines de ces hypothèses (la table de mortalité, par exemple) sont actualisées à l’occasion de l’évaluation quinquennale du régime, tandis que d’autres le sont tous les ans. La dernière évaluation quinquennale a eu lieu en 2018.
3.2.2.1.Hypothèses démographiques
Les hypothèses démographiques constituent un élément essentiel du calcul de l’équilibre actuariel du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE. En ce qui concerne les futures prestations prévues au régime de pensions, les hypothèses démographiques actuarielles sont fondamentales pour actualiser la structure de la population, l’âge moyen du départ à la retraite et la table d’invalidité, conformément aux dispositions de l’article 9 de l’annexe XII du statut.
Les principales hypothèses actuarielles démographiques sont les suivantes:
-les tables de mortalité: la table de survie de l’Union (EULT) de 2018, élaborée par Eurostat, est une table prospective qui intègre une évolution de l’espérance de vie sur 20 ans (même durée que celle du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE telle qu’estimée à la fin de 2017) sur la base de l’évolution de la mortalité de la population dudit régime de pensions. Par conséquent, l’EULT de 2018 est une table de survie fondée sur une population en rapport direct avec le régime de pensions. L’annexe 2 est un extrait des EULT;
-les tables d’invalidité élaborées par Eurostat sur la base d’observations passées;
-l’âge théorique de départ à la retraite. Conformément à l’article 4, paragraphe 3, de l’annexe XII du statut, il est posé en hypothèse que les départs à la retraite interviendront à un âge moyen déterminé qui varie en fonction de la date d’entrée en service de chaque membre du personnel;
-la probabilité d’être marié à la date de départ à la retraite;
-les coefficients applicables aux orphelins et aux conjoints divorcés, etc.
Les hypothèses démographiques actuarielles interviennent dans le calcul du coût du service sur la base duquel le taux de contribution au régime de pensions des fonctionnaires de l’UE est calculé afin d’assurer l’équilibre actuariel dudit régime. L’annexe 3 dresse la liste des hypothèses démographiques utilisées pour la dernière évaluation du régime de pensions en 2022.
3.2.2.2.Hypothèses financières
Les hypothèses financières actuarielles telles que le taux d’actualisation réel et la croissance générale des traitements ont une incidence importante sur le fonctionnement du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE.
Le taux d’actualisation réel reflète les taux d’intérêt réels moyens observés pour la dette publique à long terme des États membres, tandis que la croissance générale des traitements prend en considération le taux de variation annuelle des barèmes de traitement. Dans les deux cas, une moyenne mobile sur 30 ans des taux correspondants est utilisée. Dans l’évaluation annuelle du régime de pensions de 2022, les valeurs du taux d’actualisation réel et de la croissance générale des traitements étaient respectivement de 2,7 % et de - 0,1 %.
La table de progression individuelle des traitements est une autre hypothèse financière actuarielle essentielle. La progression individuelle des traitements reflète l’effet de l’augmentation des traitements liée à l’avancement professionnel des membres du personnel de l’Union en raison des promotions et des échelons d’ancienneté. La réforme du statut de 2014 a renforcé le lien entre le grade et la fonction. Par exemple, l’accès aux grades les plus élevés des groupes de fonctions AD et AST a été fortement restreint. En outre, une nouvelle catégorie de personnel a été introduite: secrétaires et commis (AST/SC). Ces évolutions ont été prises en compte dans la progression individuelle des traitements.
L’annexe 4 dresse la liste des hypothèses financières utilisées pour la dernière évaluation du régime de pensions en 2022 et fournit une analyse de sensibilité de la variation de ces hypothèses.
3.3.Mise en œuvre du principe de l’équilibre actuariel
L’équilibre du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE est assuré par les actualisations du taux de contribution au régime conformément aux dispositions de l’annexe XII du statut et, le cas échéant, de l’âge de la retraite. Dans ces conditions, le régime de pensions est par définition toujours en équilibre actuariel. Alors que l’âge de la retraite peut être actualisé tous les cinq ans, le taux de contribution au régime de pensions est évalué chaque année par Eurostat.
Le statut prévoit un système d’actualisation du taux de contribution au régime de pensions fondé sur deux seuils: un seuil «plancher» et un seuil «plafond». Le seuil plancher correspond à l’écart minimal entre le taux en place et le taux nécessaire pour maintenir l’équilibre actuariel (0,25 point). Cette disposition permet, d’une part, de réduire considérablement la charge administrative en n’actualisant le taux de contribution au régime de pensions des fonctionnaires de l’UE que lorsque ses évolutions auraient une incidence significative sur l’équilibre actuariel dudit régime et, d’autre part, de garantir que ledit taux de contribution reste stable et prévisible pour le personnel. Le seuil plafond établit qu’aucune actualisation ne doit se traduire par un taux de contribution au régime de pensions supérieur ou inférieur de plus d’un point de pourcentage du taux applicable l’année précédente. Cette disposition garantit que le personnel est protégé contre les évolutions brusques du taux de contribution sur de courtes périodes et que la contribution au budget de l’Union reste relativement stable.
L’annexe 5 montre que le régime de pensions des fonctionnaires de l’UE a été maintenu en équilibre actuariel tout au long de la période 2014-2022. L’équilibre a été assuré par les évaluations annuelles du régime de pensions réalisées par Eurostat et l’évolution du taux de contribution audit régime qui en résulte, c’est-à-dire que la valeur dudit taux correspond à un tiers du rapport entre le total du coût du service et le total des traitements de base/allocations annuels. En outre, la différence entre le taux de contribution calculé et le taux de contribution appliqué n’a pas eu de conséquence matérielle notable, de sorte que le régime de pensions est resté en équilibre actuariel.
3.4.Évaluation de l’âge de la retraite
Le système d’évaluations régulières de l’âge de la retraite mis en place par le colégislateur en 2014 assure également la pérennité du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE. En établissant un lien évident entre l’espérance de vie et l’âge de la retraite du personnel de l’Union, le statut garantit que le régime de pensions est adéquat dans un contexte de vieillissement général de la population.
Le statut fixe à 66 ans l’âge normal de la retraite, qui est défini comme l’âge permettant aux membres du personnel de partir à la retraite sans être pénalisés. Conformément à l’article 77, septième alinéa, du statut, l’âge de la retraite est révisé à l’issue de chaque période de cinq ans sur la base d’un rapport de la Commission évaluant l’évolution de l’âge de la retraite du personnel dans la fonction publique des États membres et l’évolution de l’espérance de vie des fonctionnaires des institutions de l’Union.
Dans son évaluation de l’âge de la retraite réalisée en 2021, la Commission a constaté que l’espérance de vie de la population du régime de pensions, telle qu’évaluée par les tables de survie d’Eurostat, n’avait pas augmenté de manière significative. En outre, l’âge de la retraite des fonctionnaires de l’Union figure parmi les plus élevés par rapport aux âges de la retraite applicables dans la fonction publique des États membres de l’Union. Par conséquent, il ressort de ce rapport que l’âge actuel de la retraite du personnel de l’Union (66 ans) est jugé approprié et équivalent aux normes les plus élevées applicables dans la fonction publique nationale des États membres.
4.Implications budgétaires du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE
4.1.Contexte
4.1.1.Contexte historique du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE
Dans les années 1960, le Conseil a décidé que les contributions du personnel ne seraient pas mises en réserve dans un véritable fonds de pension mais seraient portées au crédit du budget de l’Union au moment où elles sont perçues et dépensées conformément aux décisions de l’autorité budgétaire, c’est-à-dire qu’elles ne sont pas affectées à un domaine politique particulier.
Dans le même temps, le Conseil a décidé que la part de la contribution incombant à l’employeur ne serait pas perçue. Au lieu de cela, les institutions de l’Union se sont engagées à payer les futures prestations prévues au régime de pensions (constituant une charge du budget de l’Union) lors du départ à la retraite des membres de leur personnel. Bien qu’il n’y ait pas de véritable fonds d’investissement, le montant qui aurait été réuni par un fonds de ce type est considéré comme ayant été investi dans des obligations à long terme des États membres et est pris en compte dans le passif au titre des pensions inscrit aux comptes annuels de l’Union européenne.
Étant donné que les États membres garantissent collectivement le paiement des prestations conformément à l’article 83 du statut et à l’article 4, paragraphe 3, du traité sur l’Union européenne, le budget emprunte en effet ces fonds aux membres du régime de pensions en échange du paiement garanti des futures prestations.
4.1.2.Création d’un véritable fonds de pension
Quatre possibilités de créer un véritable fonds de pension pour les institutions de l’Union ont été étudiées par la Commission en 2012. Chaque option entraînait des coûts différents en fonction de la transition envisagée. En 2013, lors de l’accord sur la réforme du statut de 2014, le colégislateur a toutefois décidé de maintenir le principe d’un fonds de pension notionnel pour les institutions de l’Union.
Afin de créer un véritable fonds de pension, le budget de l’Union devrait transférer une partie du passif au titre du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE dans le fonds. La valeur actuelle du passif, calculée sur la base des derniers taux d’intérêt, est toutefois très défavorable à un tel transfert. En outre, la création d’un véritable fonds de pension se traduirait nécessairement par une augmentation des dépenses annuelles consacrées au paiement des pensions et une diminution des recettes du budget de l’Union. Par conséquent, compte tenu des disponibilités actuelles du cadre financier pluriannuel (CFP), une telle approche n’est pas envisageable. En outre, même si un véritable fonds de pension avait été créé, la volatilité des marchés financiers pourrait remettre en question la possibilité d’investir les réserves d’un tel fonds.
4.2.Population du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE
4.2.1.Personnel en activité
4.2.1.1.Évolution du personnel
Dans l’accord interinstitutionnel du 2 décembre 2013, les institutions de l’Union ont convenu d’une réduction de 5 % des effectifs figurant dans les tableaux des effectifs respectifs. En 2017, la Cour des comptes européenne (CCE) a confirmé que toutes les institutions et agences de l’Union avaient appliqué la réduction de 5 % des effectifs entre 2013 et 2017, bien qu’avec certains retards.
Dans le même temps, comme l’avait déjà observé la Cour des comptes européenne en 2017, l’autorité budgétaire a accordé de nouveaux postes et crédits pour le recrutement d’agents contractuels aux institutions, organes et agences dans le cadre de la procédure budgétaire annuelle. Ces postes ont été libérés principalement pour répondre aux tâches supplémentaires confiées aux institutions de l’Union (ce qui explique l’augmentation significative du nombre de postes accordés aux agences) et aux besoins liés à l’adhésion de la Croatie.
Par conséquent, alors que le personnel de la Commission a légèrement diminué entre 2014 et 2021, la population active globale des institutions de l’Union a augmenté, passant de 58 567 à 66 120 fonctionnaires et autres agents (annexe 6). L’augmentation est principalement due aux agences exécutives et décentralisées et aux entreprises communes, à la suite des décisions prises par l’autorité budgétaire d’étendre certains domaines d’activité (Frontex, par exemple) et de créer de nouveaux organes et agences comme le Conseil de résolution unique, le Parquet européen, l’Autorité européenne du travail et l’Agence exécutive européenne pour la santé et le numérique.
4.2.1.2.Composition du personnel
L’augmentation du personnel observée dans les agences et autres organismes a une incidence sur la composition globale du personnel de l’Union en augmentant la part des agents temporaires et contractuels. Indépendamment de la nature de leur contrat, ces agents ont une rémunération plus faible et/ou un avancement professionnel plus lent que les fonctionnaires. En outre, les agents contractuels relèvent d’un barème de traitement différent de celui des fonctionnaires et leurs droits à pension sont adaptés au cas où ils deviendraient fonctionnaires.
Les réformes du statut de 2004 et de 2014 ont toutes deux fait l’objet de dispositions transitoires, étant donné que les droits à pension sont protégés en vertu du principe des droits acquis. En fixant des dispositions transitoires à l’annexe XIII du statut, le colégislateur a prévu la coexistence de trois cohortes de membres du personnel. Par exemple, alors que le taux d’accumulation annuel par défaut est de 1,8 % pour le personnel recruté à compter du 1er janvier 2014, il est de 1,9 % pour le personnel recruté entre le 1er mai 2004 et le 31 décembre 2013 et de 2 % pour le personnel recruté jusqu’au 30 avril 2004.
Depuis la réforme du statut de 2014, la part des membres du personnel en activité relevant des règles antérieures à 2004 a diminué de 36 % à 19 % tandis que les membres du personnel en activité relevant des règles en place depuis le 1er janvier 2014 représentent près de 48 % des membres du personnel en activité (annexe 7).
Dans le même temps, et parce que les membres du personnel recrutés après les réformes du statut de 2004 et 2014 sont les membres en activité les plus récents du régime de pensions, la part des annuités qu’ils ont acquises, qui seront soumises aux conditions plus strictes définies en 2004 et en 2014, augmente progressivement. Elle représente 60 % de l’ensemble des droits à pension acquis. Si l’on ne considère que les droits à pension acquis au titre des règles postérieures à 2014, il s’agit déjà d’une part importante (22 %) de la part globale des annuités acquises par les membres du personnel (annexes 8 et 9). Ce point traduit les effets toujours plus importants que les réformes du statut de 2004 et de 2014 auront à l’avenir.
4.2.2.Pensionnés
Depuis 2014, le nombre de pensionnés a augmenté. Cette augmentation résulte de l’expansion progressive des effectifs de l’Union résultant des élargissements successifs de l’Union et de l’élargissement de leurs missions. À plus long terme, à mesure que le personnel en activité partira à la retraite, le nombre de pensionnés augmentera nécessairement. L’augmentation se poursuivra jusqu’au moment où le nombre de pensionnés d’une année donnée équilibrera le nombre de membres en activité.
L’annexe 10 montre qu’actuellement, la cohorte antérieure à 2004 représente près de 90 % de l’ensemble des pensionnés, tandis que les pensionnés relevant des règles antérieures à 2014 en représentent 9 % et ceux relevant des règles postérieures à 2014 seulement 1 %. Pour ces derniers, c’est normal puisque, en règle générale, 10 années de service sont nécessaires pour avoir droit à une pension au titre du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE. Il s’ensuit que, progressivement, les membres du personnel relevant des règles postérieures à 2004 et à 2014 représenteront la majorité des pensionnées, les effets des deux réformes successives introduites par le colégislateur en 2004 et en 2014 étant encore sensiblement renforcés.
4.3.Recettes provenant du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE
Depuis 2014, le régime de pensions a généré 5,8 milliards d’EUR de recettes pour le budget de l’Union. Ces recettes se composent des contributions au régime de pensions des membres du personnel, des transferts de droits à pension des membres du personnel, des contributions versées par le Royaume-Uni sur la base de l’accord de retrait et des contributions des agences décentralisées et des organisations internationales participant aux programmes de l’Union.
4.3.1.Produit du taux de contribution au régime de pensions
Les contributions au régime de pensions sont basées sur des calculs actuariels effectués par Eurostat afin d’assurer l’équilibre actuariel et la pérennité dudit régime. Alors que dans certains États membres, les fonctionnaires nationaux ne paient aucun taux de contribution au régime de pensions, le taux de contribution au régime de pensions payé par le personnel de l’Union représente l’un des taux les plus élevés par rapport aux régimes de pensions dans la fonction publique des États membres (annexes 17 à 20).
La contribution calculée fait que les membres du personnel financent chaque année un tiers des droits à pension acquis. Le produit de ces contributions n’est pas affecté à une ligne budgétaire spécifique et est utilisé pour financer les politiques de l’Union, en limitant les contributions demandées aux États membres pour soutenir les institutions de l’Union dans l’accomplissement des nombreuses tâches qui leur ont été confiées. Depuis 2014, un montant de 4,2 milliards d’EUR a été utilisé pour financer le budget. Rien qu’en 2022, il a représenté plus de 500 millions d’EUR.
4.3.2.Recettes provenant des transferts de droits à pension des membres du personnel
Les membres du personnel ont la possibilité de transférer dans le régime de pensions les droits à pension qu’ils ont acquis dans des régimes de pensions nationaux ou des fonds de pension. Il s’agit du transfert d’un capital représentant les droits qu’ils ont acquis par leurs activités professionnelles exercées avant de se mettre au service de l’Union. Le capital équivalent aux droits à pension est transféré par le régime de pensions d’origine et converti dans le régime de pensions des fonctionnaires de l’UE en annuités de pension. Ces annuités de pension sont prises en compte dans le calcul de la pension d’ancienneté au titre du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE. Ces transferts représentent la totalité du capital (3/3), correspondant à l’équivalent actuariel des droits à pension reconnus au titre du régime de pensions. Ils ont apporté au budget de l’Union 950 millions d’EUR depuis 2014 et apportent en moyenne plus de 100 millions d’EUR par an au budget de l’Union (annexe 12).
4.3.3.Contributions du Royaume-Uni
L’accord de retrait prévoit que les parties contractantes sont convenues que le Royaume-Uni sera redevable de sa part du passif de l’Union en ce qui concerne les droits à pension et les droits à d’autres prestations liées à l’emploi acquis au plus tard à la fin de la période de transition, soit le 31 décembre 2020. Cette responsabilité concerne les droits à pension de tous les membres du personnel, quelle que soit leur nationalité.
L’accord de retrait prévoit en outre que le Royaume-Uni contribue annuellement aux paiements nets effectués à partir du budget de l’Union en faveur de chaque bénéficiaire. De même, en vertu du dernier alinéa de l’article 142, paragraphe 6, le Royaume-Uni peut adresser une demande de paiement de l’encours du passif au 31 décembre d’une année donnée.
En ce qui concerne les pensions du personnel, le Royaume-Uni a opté pour les versements annuels. En 2022, le Royaume-Uni a contribué à hauteur de 235 millions d’EUR aux paiements nets effectués à partir du budget de l’Union pour les pensions des anciens membres du personnel de l’Union. Dans les années à venir, le Royaume-Uni continuera à financer sa part des dépenses consacrées au paiement des pensions calculée comme un pourcentage fixe de ces dépenses en évolution.
En assurant la reconnaissance par le Royaume-Uni de sa responsabilité pour les droits à pension acquis par l’ensemble du personnel de l’Union avant la fin de la période de transition, l’accord de retrait garantit la poursuite de la contribution du Royaume-Uni au fonds notionnel du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE. Ainsi, la décision du Royaume-Uni de se retirer de l’Union n’entraînera aucun coût supplémentaire pour le budget de l’Union.
4.3.4.Contributions des agences non subventionnées et des tiers participant aux programmes de l’Union
Conformément à l’article 83 bis, paragraphe 2, du statut, les agences qui ne reçoivent pas de subvention du budget général de l’Union européenne versent audit budget la totalité des contributions nécessaires au financement du régime de pensions.
En outre, les programmes et actions de l’Union nécessitent parfois la participation de tiers (de pays tiers, par exemple). Étant donné que leur participation peut nécessiter le recrutement de membres du personnel supplémentaires pour la mise en œuvre des programmes, la Commission veille à ce que les contributions des tiers au budget couvrent également la part de l’employeur dans les droits à pension futurs du personnel.
Ces contributions génèrent des recettes pour le budget tout en garantissant que les coûts futurs des pensions sont couverts. Depuis 2014, ces contributions représentent près de 400 millions d’EUR de recettes pour le budget (annexe 13).
4.4.Dépenses du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE
Au cours des premières années de sa mise en œuvre, le régime de pensions de l’Union a généré, en termes budgétaires, des recettes nettes, c’est-à-dire que les contributions des membres du personnel en activité acquérant des droits à pension ont dépassé les prestations perçues par un nombre limité de pensionnés. Les recettes du régime de pensions sont constituées des contributions du personnel et de celles de l’employeur; ces dernières n’ont pas été affectées à un fonds, mais uniquement prises en compte dans le passif au titre des pensions. Ainsi, le budget de l’Union empruntait des fonds aux membres du régime de pensions en échange du paiement garanti des futures prestations.
L’annexe 14 montre l’évolution des dépenses consacrées au paiement des pensions entre 2014 et 2022. Ces dépenses ont augmenté en moyenne de 6,2 % par an. Cette augmentation inclut les effets de l’actualisation des rémunérations et des pensions.
Le niveau actuel des dépenses consacrées au paiement des pensions reflète dans une très large mesure le paiement des droits à pension acquis au titre des règles antérieures à 2004, qui s’appliquent à 90 % des pensionnés. Ces règles prévoyaient notamment un taux d’accumulation annuel des droits à pension de 2 %, l’application de coefficients correcteurs applicables aux pensions, des traitements d’entrée plus élevés, un âge de la retraite plus bas et un personnel composé uniquement de fonctionnaires et d’agents temporaires. L’annexe 15 montre l’évolution des coûts liés au paiement des coefficients correcteurs applicables aux pensions.
La part des pensionnées relevant du champ d’application des règles postérieures à 2004 n’a cessé d’augmenter. Alors que les membres du personnel recrutés après le 1er mai 2004, mais avant le 1er janvier 2014, représentent actuellement 9 % des pensionnés, tous les membres du personnel en activité relevant de ces règles auront des droits à pension inférieurs en raison de grades d’entrée plus bas, d’un taux d’accumulation plus faible et de l’absence de coefficients applicables aux pensions. Cette situation sera pleinement prise en compte dans les dépenses consacrées au paiement des pensions lorsque ces membres du personnel atteindront l’âge de la retraite. À plus long terme, les économies résultant de la réforme de 2004 continueront d’augmenter, jusqu’à 1 milliard d’EUR par an à long terme.
Étant donné que seulement 1 % des pensionnés actuels relèvent des règles postérieures à 2014, les changements structurels introduits par le colégislateur en 2014 (à savoir le relèvement de l’âge de la retraite, la réduction du taux d’accumulation annuel des droits à pension, la limitation de l’avancement professionnel, la création d’un barème de traitement inférieur pour les emplois de secrétariat et de bureau) ne se concrétiseront pleinement que lorsque les membres du personnel relevant des règles postérieures à 2014 partiront à la retraite. Cela signifie que les effets sur les dépenses consacrées au paiement des pensions des changements structurels les plus récents introduits par le colégislateur en 2014 s’intensifieront progressivement, car une part croissante des membres du personnel recrutés après 2014 seront pensionnés.
Compte tenu de ce qui précède, les dépenses consacrées au paiement des pensions continueront de croître, reflétant l’augmentation des effectifs des institutions de l’Union, notamment dans les agences, ou en raison de la création de nouveaux organes. Dans le même temps, les deux réformes successives du statut ont déjà permis de réaliser des économies importantes. Ces économies ne cesseront d’augmenter à mesure que les membres du personnel relevant des règles plus strictes de 2004 et de 2014 commenceront à percevoir une pension.
4.5.Passif au titre du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE
Le régime de pensions des fonctionnaires de l’UE est un fonds notionnel (virtuel) comportant des prestations définies. Bien qu’il n’y ait pas de véritable fonds d’investissement, le montant qui aurait été réuni par un fonds de ce type est considéré comme ayant été investi dans des obligations à long terme des États membres et est pris en compte dans le passif au titre des pensions inscrit aux comptes annuels de l’Union européenne.
Les comptes annuels de l’Union sont établis selon des règles comptables basées sur les normes comptables internationales reconnues (IPSAS 39), les normes les plus élevées disponibles. Le montant du passif au titre des pensions et d’autres prestations postérieures à l’emploi figurant dans le bilan de l’Union représente l’évaluation actuarielle, aux valeurs monétaires actuelles, de l’obligation de l’Union de payer les futures pensions et autres droits acquis par son personnel (en activité, invalides et pensionnés). Cette évaluation se fonde sur les prévisions de paiements à effectuer par le budget de l’Union aux pensionnés actuels et futurs sur un horizon de plusieurs décennies.
L’une des principales variables requises pour les calculs est le taux d’actualisation réel. Ce taux est nécessaire pour calculer la valeur actuelle des prestations futures attendues. Ce taux d’intérêt est obtenu à partir des taux d’intérêt nominaux et des taux d’inflation, ce qui suppose une double source de volatilité. À cet égard, les récentes augmentations du passif ont résulté presque entièrement de la forte baisse du taux d’intérêt à long terme utilisé pour évaluer les obligations au titre des avantages du personnel: le taux d’actualisation réel est devenu récemment même négatif, ce qui signifie que tout montant donné a plus de valeur aujourd’hui que dans le futur. Par exemple, en 2021, le taux d’actualisation réel est passé de - 0,2 % à - 0,8 %. Cette évolution a entraîné une augmentation du passif de près de 14 milliards d’EUR (+ 14,5 %) pour atteindre 126 milliards d’EUR.
Le chiffre du passif au titre des pensions et d’autres prestations postérieures à l’emploi présenté dans le bilan de l’Union a des objectifs comptables clairs. Il s’agit toutefois d’un chiffre très volatil, soumis aux conditions du marché et aux fluctuations macroéconomiques. Par conséquent, sa valeur est limitée sur le plan de l’évaluation des implications budgétaires réelles du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE.
La conclusion susmentionnée est illustrée par les deux considérations suivantes.
D’une part, il convient de noter que si le taux d’intérêt a une incidence importante sur la valeur actuelle des obligations futures de l’Union en matière de pensions, telles qu’elles sont présentées dans le bilan à un moment donné, il ne change pas le montant des pensions qui devront être effectivement payées. Il ne fait que refléter la valeur actuelle de ces montants à un moment donné.
D’autre part, une estimation du même passif calculée en utilisant le taux d’intérêt applicable pour le calcul du taux de contribution au régime de pensions en vertu du statut réduirait considérablement le montant et la volatilité du passif tel que calculé selon la norme IPSAS 39. Par exemple, en appliquant le taux d’intérêt utilisé pour le calcul du taux de contribution au régime de pensions (+ 2,7 % en 2021), qui est calculé conformément au statut et selon les meilleures normes actuarielles sur une moyenne mobile à long terme sur 30 ans des taux d’intérêt de la dette publique à long terme des États membres, la valeur hypothétique du passif au titre de pensions assorti des hypothèses actuarielles de l’évaluation des pensions passerait de 126 milliards d’EUR à 62,6 milliards d’EUR, soit une baisse de plus de la moitié (annexe 16).
5.Les réformes du statut de 2004 et de 2014 et leurs effets
5.1.Réformes du statut de 2004 et de 2014
Avec la réforme du statut de 2004, le colégislateur a décidé d’apporter des changements structurels importants aux règles statutaires qui ont une incidence directe sur les droits à pension. Il s’agissait notamment des mesures suivantes:
-le relèvement de l’âge de la retraite (de 60 ans à 63 ans);
-l’application de niveaux de traitement d’entrée inférieurs (en particulier pour les administrateurs);
-l’application d’un taux d’accumulation annuel des droits à pension inférieur (1,9 %);
-l’introduction d’une nouvelle catégorie de personnel avec un barème de traitement inférieur (agents contractuels);
-la suppression progressive des coefficients correcteurs applicables aux pensions.
Avec la réforme du statut de 2014, le colégislateur a décidé d’introduire des changements supplémentaires qui ont une incidence importante sur les droits à pension des membres du personnel recrutés après 2014. Il s’agissait notamment des mesures suivantes:
-le relèvement de l’âge de la retraite (jusqu’à 66 ans);
-la diminution du taux d’accumulation annuel des droits à pension (1,8 %);
-la limitation des perspectives de carrière afin d’assurer une corrélation plus forte entre le grade et la fonction;
-l’introduction d’une nouvelle catégorie de personnel avec un barème de traitement inférieur (emplois de secrétariat et de bureau).
Dans le même temps, le colégislateur a prévu un barème de traitements plus favorable pour les membres du personnel recrutés avant 2014, en compensation des limitations de carrières introduites à l’occasion de la réforme du statut de 2014. Enfin, en plus de ces changements structurels, le colégislateur a prévu des gels (2011, 2013 et 2014) et une adaptation moindre (2012) des rémunérations et des pensions.
5.2.Effets des réformes du statut de 2004 et de 2014
5.2.1.Effets sur le fonctionnement du régime de pensions
Les deux réformes successives du statut ont généré et continueront de générer des économies importantes. Ces réformes ont placé le régime de pensions des fonctionnaires de l’UE à l’avant-garde par rapport aux régimes de pensions nationaux. Dans le même temps, les réformes du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE ont eu une incidence sur l’attractivité des institutions de l’Union, car ledit régime de pensions reste un élément essentiel du système de rémunération des fonctionnaires de l’Union.
5.2.1.1.Actualisation régulière des paramètres majeurs
Le régime de pensions des fonctionnaires de l’UE est un régime très flexible qui fait l’objet d’un suivi permanent, étant donné que les paramètres majeurs tels que le taux de contribution au régime de pensions et l’âge de la retraite sont régulièrement évalués et actualisés si nécessaire.
Le taux de contribution au régime de pensions est évalué chaque année et actualisé si nécessaire. Comme le montre l’annexe 17, seul un État membre dispose d’un système fondé sur une actualisation automatique du taux de contribution au régime de pensions, comme c’est le cas dans le cadre du régime de pensions des fonctionnaires de l’Union. D’autres États membres ne l’actualisent qu’occasionnellement, sur la base de décisions politiques plutôt que de calculs actuariels, ou ne l’actualisent pas du tout.
Ce mécanisme d’actualisation automatique garantit que le niveau des contributions versées par le personnel de l’Union (à savoir 10,1 % en 2022) est celui qui est nécessaire pour financer leurs droits à pension accumulés, assurant ainsi l’équilibre actuariel du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE. Le niveau des contributions compte parmi les plus élevés comparativement à ce que versent les fonctionnaires nationaux (annexe 18). En outre, dans plusieurs États membres, les fonctionnaires ne sont soumis à aucune contribution pour financer leurs prestations prévues au régime de pensions.
Conformément à l’article 77 du statut, l’âge de la retraite du personnel de l’Union peut être adapté. Comme le montre l’annexe 19, un seul État membre applique un âge de la retraite supérieur à celui de l’Union. Dans la majorité des États membres de l’Union, l’âge de la retraite est actualisé, que ce soit de manière régulière ou occasionnelle, afin de rendre compte des évolutions de l’espérance de vie. Dans le même temps, dans un tiers des États membres de l’Union, un tel lien n’existe pas. L’annexe 20 montre non seulement que le régime de pensions des fonctionnaires de l’Union européenne a un tel lien en place, mais aussi que les règles régissant ledit régime prévoient des actualisations régulières de l’âge de la retraite, comme souligné au chapitre 3.4. Ces actualisations se fondent sur des tables de mortalité, reliant ainsi l’âge de la retraite à l’espérance de vie.
Ces adaptations garantissent que le régime de pensions reste pérenne tout en répondant aux normes les plus élevées par rapport aux régimes de pensions des États membres.
5.2.1.2.Rôle du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE dans l’attractivité des institutions de l’Union
Lorsqu’ils se voient proposer un poste, les professionnels expérimentés hautement qualifiés à la recherche d’un emploi sont susceptibles d’accorder plus d’importance au rôle des pensions dans le système de rémunération global que les jeunes candidats. En outre, les candidats qui ont déjà travaillé dans le secteur privé ou public ont acquis une certaine expérience et une certaine sensibilité en ce qui concerne le traitement des questions de retraite. Les candidats qui quittent un régime auquel ils sont accoutumés pour entrer dans un nouveau système qui leur est peu familier sont susceptibles d’y prêter une attention particulière. Enfin, les candidats qui privilégient la sécurité (de l’emploi) et des perspectives de carrière prévisibles par rapport à des salaires élevés dans une position moins stable accorderont plus d'attention au régime de pensions. Le membre typique du personnel nouvellement recruté par les institutions de l’Union est susceptible d’appartenir à l’une de ces catégories. Étant donné que les institutions emploient généralement des personnes qui ont commencé leur carrière ailleurs et qui sont, par conséquent, âgées de 36 ans en moyenne, l’importance du régime de pensions dans l’attractivité globale du système de rémunération est considérée comme plus élevée que, par exemple, pour les employés publics des États membres qui commencent leur carrière dans l’administration publique immédiatement après avoir obtenu un diplôme. Le fait que presque toutes les nouvelles recrues ont précédemment travaillé ailleurs est également prouvé par le nombre de transferts de droits à pension acquis en dehors des institutions de l’Union vers le régime de pensions des fonctionnaires de l’UE.
5.2.2.Économies résultant des réformes du statut de 2004 et de 2014
Les deux réformes du statut ont introduit des changements structurels ayant une incidence sur les droits à pension, tels que le relèvement de l’âge de la retraite, la réduction du taux d’accumulation, la limitation des niveaux de rémunération par la limitation des perspectives de carrière et l’introduction de nouveaux barèmes de traitement (pour les agents contractuels et les secrétaires et commis, par exemple), et la suppression des coefficients applicables aux pensions. Ces changements ont fait l’objet de dispositions transitoires étant donné que les droits à pension sont protégés en vertu du principe des droits acquis. La réforme du statut de 2014 a également imposé des gels qui ont eu une incidence directe sur le niveau des pensions.
Les effets structurels des réformes du statut de 2004 et de 2014 peuvent être mieux appréciés si l’on considère la population active, étant donné que 9 % seulement des bénéficiaires actuels relèvent des règles postérieures à 2004 et que 1 % seulement sont couverts par les règles postérieures à 2014 (annexe 10).
Depuis 2004, les droits à pension moyens accumulés par les bénéficiaires d’une pension ont diminué, passant de 64,6 % en 2004 à 61,7 % à la fin de 2021 (annexe 21). Cette diminution résulte à la fois:
·des taux d’accumulation inférieurs introduits en 2004 et en 2014; et
·du relèvement constant de l’âge moyen d’entrée dans la fonction publique de l’Union.
Étant donné que la part des pensionnés relevant des règles postérieures à 2004 et à 2014 augmentera à l’avenir, la forte baisse observée des droits à pension moyens acquis par les bénéficiaires continuera de s’atténuer au cours des prochaines années. En outre, la suppression progressive des coefficients correcteurs applicables aux pensions permettra également de réaliser des économies substantielles (annexe 15).
Ces changements structurels sont également visibles dans l’évolution du traitement de base moyen à l’entrée en service (- 15 %) et à la sortie (- 11 %). Ce point confirme les effets profonds des deux réformes du statut sur le niveau des rémunérations, qui ont une incidence directe sur le niveau des prestations prévues au régime de pensions qui en découlent.
Outre ces changements structurels, la réforme du statut de 2014 a déjà généré à elle seule une économie d’environ 1,5 milliard d’EUR sur les dépenses consacrées au paiement des pensions par rapport aux prévisions budgétaires précédant la réforme du statut de 2014 (annexe 22).
Enfin, au-delà de la logique actuarielle sur laquelle repose le régime de pensions des fonctionnaires de l’UE, il est intéressant de noter, d’un point de vue budgétaire, que le niveau actuel du coût du service (c’est-à-dire 1,7 milliard d’EUR représentant la somme des valeurs actuarielles des droits acquis par les membres du personnel qui contribuent au financement du régime de pensions au cours d’une année donnée) est inférieur au niveau actuel des dépenses consacrées au paiement des pensions (2,4 milliards d’EUR). En d’autres termes, si l’intégralité des droits à pension acquis par les membres du personnel en 2022 était mise en réserve dans un fonds de pension par capitalisation, le montant serait inférieur à celui des dépenses consacrées au paiement des pensions en prix courants. Il s’agit là d’une autre illustration de l’efficacité des deux réformes successives du statut. En conséquence, bien qu’un plus grand nombre de membres du personnel acquièrent des droits à pension, ceux-ci sont nettement inférieurs.
6.Conclusions
Le système mis en place par l’annexe XII du statut a assuré la mise en œuvre correcte des règles en maintenant l’équilibre actuariel du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE, en assurant une stabilité pour le personnel et en garantissant un flux continu et progressif des contributions au régime de pensions vers le budget de l’Union.
Si le régime de pensions des fonctionnaires de l’UE n’est pas encore arrivé à maturité, les réformes du statut de 2004 et de 2014 permettent déjà de réaliser des économies importantes sur les dépenses actuelles consacrées au paiement des pensions. Des indicateurs clés, tels que le niveau moyen des droits à pension acquis ainsi que les traitements de base moyens, confirment que les changements structurels introduits par les réformes du statut de 2004 et de 2014 vont progressivement générer des économies croissantes et, partant, ralentir considérablement l’évolution des effets du régime de pensions sur le budget de l’Union.
Par rapport aux régimes de pensions applicables aux fonctionnaires des États membres, le régime de pensions des fonctionnaires de l’UE reste en tête pour la plupart des indicateurs clés tels que l’âge de la retraite, le niveau des contributions au régime de pensions et l’adaptation à l’évolution des paramètres actuariels. Dans le même temps, les effets des réformes du statut de 2004 et de 2014 sur le régime de pensions constituent un défi pour l’attractivité de la fonction publique de l’Union.
Compte tenu de l’évaluation de l’équilibre actuariel et des implications budgétaires du régime de pensions des fonctionnaires de l’UE fournie dans le présent rapport, la Commission, conformément à l’article 14, paragraphe 1, de l’annexe XII du statut, ne juge pas opportun à ce stade de proposer de modifier ladite annexe.
Annexes
Annexe 1 – Principaux paramètres statutaires utilisés dans l’évaluation actuarielle de 2022
| Paramètre | Valeur |
| Source juridique | Statut en vigueur depuis le 1.1.2014 |
| Date de référence pour la population (annexe XII, article 1er) | 31.12.2021 |
| Âge maximal de mise à la retraite (statut, article 52) | 65 ans (d’office pour les fonctionnaires en service avant le 1.1.2014), 66 ans (d’office pour les nouveaux fonctionnaires) ou 67 ans (à la demande du membre du personnel) ou jusqu’à 70 ans (à titre exceptionnel) |
| Âge normal de mise à la retraite (statut, article 52; annexe XIII, article22) | 60 à 66 ans en fonction des années de service, de l’âge et de la date d’entrée en service |
| Âge minimal de mise à la retraite [statut, article 52, point b); annexe VIII, article 9; annexe XIII, article 23] | 58 ans |
| Catégorie et grade pour le minimum vital (annexe VIII, article 6) | Grade AST 1 Échelon 1 |
| Montant maximum de la pension d’ancienneté (statut, article 77) | 70 % du traitement de base à la date de mise à la retraite |
| Taux d’accumulation annuel (statut, article 77; annexe XIII, article 21) | 1,8 % (fonctionnaires en service à partir du 1.1.2014) 1,9 % (fonctionnaires en service à partir du 1.5.2004), ou 2 % (fonctionnaires en service avant le 1.5.2004), du traitement de base |
| Majoration pour les fonctionnaires en service après l’âge normal de mise à la retraite (annexe VIII, article 5; annexe XIII, article 22) | 1,5 % (nouveaux fonctionnaires) ou 2,5 % du traitement de base, ou 5 % du montant des droits à pension acquis à 60 ans, en fonction de la date d’entrée en service, des années de service au 1.5.2004 et de l’âge du fonctionnaire au 1.5.2004 |
| Sanction en cas de retraite anticipée (annexe VIII, article 9; annexe XIII, article 22, point 3) | 3,5 % (nouveaux fonctionnaires) ou 1,75 % (anciens fonctionnaires) du montant de la pension, pour chaque année avant l’âge normal de mise à la retraite |
| Montant minimum de la pension d’ancienneté (statut, article 77) | 4 % du minimum vital par année de service |
| Allocation d’invalidité (statut, article 78) | 70 % du traitement de base |
| Montant minimum de l’allocation d’invalidité (statut, article 78) | 100 % du minimum vital |
| Pension de réversion (statut, article 79; annexe VIII, article 18) | 60 % de la pension d’ancienneté |
| Montant minimum de la pension de réversion (statut, article 79; annexe VIII, article 18) | 35 % du dernier traitement de base |
| Pension de survie (statut, article 79; annexe VIII, article 17) | 60 % de la pension d’ancienneté dont aurait bénéficié le fonctionnaire |
| Montant minimum de la pension de survie (statut, article 79) | 35 % du dernier traitement de base ou minimum vital |
Annexe 2 – Extrait des tables de survie de l’Union
| Âge | Hommes | Femmes |
| | Probabilité de décéder à l’âge x | Espérance de vie | Probabilité de décéder à l’âge x | Espérance de vie |
| 40 | 0,00048544 | 44 | 0,00037417 | 46 |
| 45 | 0,00083219 | 39 | 0,00064198 | 42 |
| 50 | 0,00140284 | 34 | 0,00110248 | 37 |
| 55 | 0,00236193 | 30 | 0,00189106 | 32 |
| 60 | 0,00398328 | 25 | 0,00324918 | 27 |
| 65 | 0,00643074 | 21 | 0,00558535 | 23 |
| 70 | 0,01187197 | 16 | 0,00864211 | 19 |
| 75 | 0,02186383 | 13 | 0,01470951 | 14 |
| 80 | 0,04016587 | 9 | 0,02826935 | 11 |
| 85 | 0,07362888 | 6 | 0,05429701 | 8 |
| 90 | 0,12980921 | 4 | 0,10494797 | 5 |
Annexe 3 – Hypothèses démographiques pour l’évaluation actuarielle de 2022
| Hypothèses démographiques | Évaluation de 2022 |
| Table de survie (membres en bonne santé) | EULT de 2018 |
| Table de survie (membres handicapés) | EULT de 2018 + 3 ans |
| Table d’invalidité | Table d’invalidité de l’Union de 2018 |
| État civil actuel | État civil à la date de l’évaluation |
| Probabilité d’être marié à l’âge de la mise à la retraite, pour les hommes | 82,0 % |
| Probabilité d’être mariée à l’âge de la mise à la retraite, pour les femmes | 52,0 % |
| Différence d’âge entre un fonctionnaire et son conjoint | 1 an |
| Âge théorique de mise à la retraite | 63 à 66 ans |
| Rotation du personnel | Rotation du personnel de 2018 |
| Coefficient de charge pour la pension d’orphelin et de conjoint divorcé | 9,6 % |
Annexe 4 – Hypothèses financières pour l’évaluation actuarielle de 2022
| Hypothèses financières | Évaluation de 2022 |
| Barème de traitement | En vigueur depuis le 1.7.2021 |
| Durée | 23 ans |
| Taux d’actualisation nominal (NDR) | 4,6 % |
| Taux d’inflation (IR) | 1,8 % |
| Taux d’actualisation réel (RDR) | 2,7 % |
| Croissance générale des traitements (GSG) | - 0,1 % |
| Réévaluation générale des pensions | - 0,1 % |
| Progression individuelle des traitements (ISP) | Table ISP de 2018 |
| Coefficients correcteurs (annexe XI, article 3, paragraphe 5; annexe XIII, article 20) | 0,0 % |

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