COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 20.6.2023
COM(2023) 330 final
COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS
Un train de mesures adapté pour la prochaine génération de ressources propres
1.Nouvelles ressources propres: le point sur les progrès réalisés
En 2020, le Parlement européen, le Conseil et la Commission sont convenus d’une feuille de route pour l’introduction de nouvelles ressources propres tenant compte de NextGenerationEU. Aux termes de cet accord, «[l]es dépenses provenant du budget de l’Union qui ont trait au remboursement de l’instrument de l’Union européenne pour la relance ne devraient pas entraîner une réduction indue des dépenses liées aux programmes ou des instruments d’investissement dans le cadre du CFP. Il est également souhaitable d’atténuer les augmentations de la ressource propre fondée sur le RNB pour les États membres.» Par conséquent, «les institutions œuvreront à la mise en place de nouvelles ressources propres suffisantes pour couvrir un montant correspondant aux dépenses prévues liées au remboursement. Conformément au principe d’universalité, cela n’impliquerait pas l’affectation ou l’attribution d’une ressource propre particulière pour couvrir un type spécifique de dépense.»
En décembre 2021, la Commission a proposé trois nouvelles sources de recettes pour le budget de l’UE , reposant sur des contributions provenant du système d’échange de quotas d’émission (SEQE), du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) et d’une part des bénéfices résiduels des entreprises multinationales les plus grandes qui serait réattribuée à l’UE dans le cadre de l’accord OCDE/G20 concernant le Pilier Un. Ce panier de ressources propres était conforme à la législation sectorielle proposée concernant à la fois la directive SEQE révisée et le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, proposé au début de la même année.
La Commission s’est engagée à présenter, d’ici à la fin de 2023, d’autres propositions portant sur de nouvelles ressources propres. Les discussions législatives sur la proposition émise en décembre 2021 ont peu progressé. Aujourd’hui, la Commission propose d’adapter le premier panier de nouvelles ressources propres, en tenant compte de l’accord sur le paquet «Ajustement à l’objectif 55» et des évolutions intervenues depuis lors, et d’ajouter une nouvelle ressource propre statistique. Avec cette proposition, la Commission considère que les États membres disposent de tous les éléments nécessaires pour faire avancer leurs négociations, dans le cadre de la feuille de route convenue. La Commission invite le Conseil à accélérer ces négociations.
2.Ajustement à l’objectif 55 et nouvelles ressources propres — un train de mesures adapté
En décembre 2022, l’UE a approuvé un large éventail de propositions, qui font partie du paquet «Ajustement à l’objectif 55», afin d’atteindre l’objectif climatique de l’UE à l’horizon 2030, à savoir réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 55 % par rapport aux niveaux de 1990 et parvenir à la neutralité climatique d’ici à 2050. Grâce à cet accord, l’UE a, en premier lieu, conféré une ambition plus élevée à l’actuel SEQE. En deuxième lieu, elle a étendu le champ d’application du SEQE aux émissions dues au transport maritime et elle supprime progressivement les quotas gratuits alloués au secteur de l’aviation. En troisième lieu, l’UE a mis en place un nouveau système d’échange de quotas d’émission pour les secteurs du bâtiment et du transport routier ainsi que pour d’autres secteurs. En quatrième lieu, un Fonds social pour le climat sera mis en place à partir de janvier 2026 pour aider les États membres à atténuer les incidences du nouveau système d’échange de quotas d’émission sur les ménages, les usagers des transports et les microentreprises qui sont vulnérables. Enfin, un nouveau mécanisme d’ajustement carbone aux frontières entrera dans sa phase de transition à partir d’octobre 2023. Une fois que le système définitif entrera en vigueur, en janvier 2026, il renforcera les ambitions de l’UE en matière de climat et préviendra les fuites de carbone.
Le panier de nouvelles ressources propres doit être adapté pour tenir compte de l’accord «Ajustement à l’objectif 55» et des modifications convenues par les colégislateurs. En particulier, le Fonds social pour le climat va, à partir de 2026, être initialement financé par des recettes affectées externes et non, comme l’avait indiqué la Commission dans sa proposition de décembre 2021, par des recettes générales relevant du budget de l’Union. La Commission propose de reporter à 2028 l’introduction de la ressource propre tirée du nouveau système d’échange de quotas d’émission, qui sera mis en place en 2027. Pour l’actuel système d’échange de quotas d’émission, la ressource propre peut déjà être introduite. La Commission propose en outre de tenir compte d’autres aspects de l’accord dans la proposition de législation sur les ressources propres, comme la possibilité d’annuler des quotas en présence de taxes nationales sur le carbone.
Depuis juillet 2021, le prix du carbone a considérablement augmenté. Lorsque la Commission a présenté les propositions législatives «Ajustement à l’objectif 55», l’hypothèse du prix du carbone par tonne de CO2 était de 55 EUR pour la période 2026-2030 (aux prix de 2020). En 2022, le prix du carbone dans le SEQE actuel est passé à 80 EUR. Les recettes annuelles des États membres provenant de la mise aux enchères de quotas ont doublé, passant de quelque 15 milliards d’EUR en 2020 à un niveau sans précédent de près de 30 milliards d’EUR en 2022.. La Commission propose un taux d’appel un peu plus élevé pour la ressource propre fondée sur le SEQE: 30 % de l’ensemble des recettes générées par le système d’échange de quotas d’émission de l’UE seraient versés au budget de l’Union. Avec un tel taux d’appel, les montants retenus par les États membres seront toujours supérieurs à ce qui était prévu lorsqu’a été proposée la législation «Ajustement à l’objectif 55». Le total des recettes générées par la ressource propre fondée sur le SEQE atteindrait environ 19 milliards d’EUR par an à partir de 2028. En moyenne, un montant de 46 milliards d’EUR reviendrait chaque année aux États membres. La Commission propose de maintenir le mécanisme d’ajustement solidaire. Ce dernier vise à garantir que tous les États membres contribuent de façon équitable, en évitant que certains contribuent de manière disproportionnée au budget de l’UE par rapport à la taille de leur économie.
En ce qui concerne la ressource propre fondée sur le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, la Commission estime que le taux d’appel proposé reste adéquat. Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières devrait générer environ 1,5 milliard d’EUR pour le budget de l’UE à partir de 2028. À la suite de l’accord sur un nouveau modèle de gouvernance, qui a renforcé la centralisation du nombre de tâches au niveau de l’UE, la Commission propose en conséquence certains ajustements techniques du cadre de contrôle.
3.Un panier complété par une ressource propre statistique temporaire fondée sur les bénéfices des entreprises
La mise en œuvre de l’accord OCDE/G20 concernant le Pilier Un demeure une priorité essentielle dans le domaine de la fiscalité des entreprises pour l’UE et ses États membres. En décembre 2021, la Commission a proposé une ressource propre fondée sur une part des bénéfices résiduels des entreprises multinationales qui sera réattribuée aux États membres de l’UE dans le cadre de l’accord OCDE/G20 concernant le «Pilier Un». Cet accord, qui répond aux défis fiscaux posés par la numérisation de l’économie, va réformer en profondeur le système international d’imposition des sociétés. Des progrès substantiels ont été accomplis à la suite de l’accord d’octobre 2021 et la Commission continuera à promouvoir des efforts de ce type. La convention multilatérale n’a cependant pas encore été signée et ratifiée, ce qui signifie qu’elle ne peut pas encore entrer en vigueur.
Comme elle l’a annoncé dans son programme de travail, la Commission a l’intention de présenter sa proposition «Entreprises en Europe: cadre pour l’imposition des revenus» (BEFIT) dans le courant du troisième trimestre de 2023. Cette initiative va améliorer le fonctionnement du marché unique en simplifiant les règles régissant l’impôt sur les sociétés et le respect des obligations fiscales, et en instaurant des conditions de concurrence équitables pour les entreprises. BEFIT vise à remédier à la complexité et à la double imposition, ainsi qu’à réduire les coûts de mise en conformité fiscale que connaissent actuellement les entreprises dans le marché unique, principalement celles qui exercent une activité transfrontière. L’initiative contribuera à rendre l’UE plus attrayante pour les investissements transfrontières et à soutenir la croissance. BEFIT sera obligatoire pour les grands groupes dont les recettes annuelles globales cumulées sont égales ou supérieures à 750 millions d’EUR. Les discussions au sein du Conseil devraient commencer au quatrième trimestre de 2023.
En attendant l’éventuelle création d’une ressource propre fondée sur une taxe sous-jacente, la Commission propose une ressource propre statistique. Cette ressource propre ne constitue pas un impôt sur les sociétés, et elle n’augmente pas non plus les coûts de mise en conformité des entreprises: il s’agirait d’une contribution nationale calculée sur la base de statistiques tirées des comptes nationaux dans le cadre du système européen des comptes (SEC). Celle-ci aiderait à équilibrer le panier des ressources propres et à diversifier davantage les sources de recettes pour le budget de l’UE.
La base statistique permettant de calculer la contribution au titre de la ressource propre serait définie au moyen d’un indicateur harmonisé qui estimerait approximativement les bénéfices des entreprises: l’excédent brut d’exploitation. Cette assiette fictive des bénéfices des entreprises de l’UE serait calculée à l’aide des comptes nationaux des secteurs des entreprises financières et non financières, conformément au système européen des comptes 2010, ce qui présente l’avantage d’une comptabilité harmonisée entre les États membres. Le calcul consistera à multiplier un taux d’appel par l’excédent brut d’exploitation pour les secteurs des sociétés non financières et financières. Les recettes escomptées s’élèveraient en moyenne à environ 16 milliards d’EUR par an.
4.Un train de mesures adapté pour accélérer les négociations
Grâce à cette proposition adaptée qui devrait générer des recettes annuelles pouvant atteindre 36 milliards d’EUR en moyenne sur la période 2028-2030, la Commission donne la priorité à un paquet de nouvelles ressources propres pouvant être négocié immédiatement et invite le Conseil à accélérer les négociations. Avec la proposition relative à une ressource propre statistique temporaire fondée sur les bénéfices des entreprises, les États membres réunis au sein du Conseil disposent désormais de tous les éléments pour mener des négociations en vue d’un accord rapide.