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AccueilDroit européen52023DC0461
Acte préparatoire52023DC0461

Acte préparatoire — 52023DC0461

CELEX52023DC0461
TypeActe préparatoire
Datevendredi 28 juillet 2023

Texte intégral

european flagCOMMISSION EUROPÉENNE

Bruxelles, le 28.7.2023

COM(2023) 461 final

RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL

Rapport semestriel sur l’exécution des opérations d’emprunt et de gestion de la dette et les opérations de prêt connexes, établi conformément à l'article 12 de la décision d’exécution C(2022)9700 de la Commission









































1er janvier 2023 - 30 juin 2023




























Table des matières

1.Introduction

2.Mise en œuvre des opérations d’emprunt au cours du premier semestre de 2023

3.Coût de financement et soldes de liquidité

4.Autres jalons respectés au premier semestre de 2023

5.Mesures visant à développer davantage l’écosystème des obligations de l’UE

6.Perspectives d’émission pour le second semestre de 2023

7.Conclusion

Annexe: Stratégie de financement de l’UE – Objectifs, moyens et indicateurs de mise en œuvre

1.Introduction

Depuis plus de 40 ans, la Commission emprunte des fonds au nom de l’Union européenne. Au cours des trois dernières années, l’UE a vu sa présence sur les marchés européens des capitaux et son recours à ces derniers se transformer en profondeur, à mesure qu’elle mettait en œuvre des programmes de grande envergure tels que SURE 1 et de grands instruments comme NextGenerationEU et l’assistance macrofinancière (AMF)+ en faveur de l’Ukraine. L’Union a actuellement un peu plus de 400 milliards d’EUR d’encours de dettes qui résultent de ses émissions d’obligations, dont environ 370 milliards d’EUR ont été émis depuis 2020.

La Commission avait besoin d’une toute nouvelle stratégie pour assurer un financement de cette ampleur d’émissions obligataires. Lors de la création de l’instrument NextGenerationEU, elle a élaboré une stratégie de financement diversifiée du même type que celles mises en œuvre par les plus grands émetteurs souverains de la zone euro. Conformément aux bonnes pratiques appliquées par lesdits émetteurs, la stratégie de financement diversifiée utilise différents instruments de financement (obligations de l’UE et bons du Trésor de l’UE) et techniques de financement (syndications et adjudications) pour couvrir les besoins de financement à long et à court terme.

Le champ d’application de la stratégie de financement diversifiée a été élargi en décembre 2022 afin de permettre à la Commission d’étendre à l’AMF+ en faveur de l’Ukraine et à d’autres futurs programmes potentiels d’emprunt et de prêt les avantages de ce mode de gestion plus souple et moins coûteux de la dette, créant ainsi une approche unifiée en matière de financement pour tous les programmes d’emprunt et de prêt de l’UE. Dans le cadre de cette approche unifiée en matière de financement, la Commission émet des obligations de l’UE sous une appellation unique, au lieu de procéder, comme auparavant, à des émissions distinctes pour chaque politique.

Encadré 1: utilisation du produit des émissions d’obligations de l’UE

Au titre de l’instrument NextGenerationEU, la Commission peut lever jusqu’à 806,9 milliards d’EUR entre la mi-2021 et 2026 en émettant des obligations de l’UE, ce qui fait de l’UE l’un des plus grands émetteurs de titres de créance libellés en euros pour cette période. À ce jour, plus de 183 milliards d’EUR ont été versés: 153,4 milliards d’EUR aux États membres au titre de la facilité pour la reprise et la résilience (FRR) et 29,8 milliards d’EUR au budget de l’UE. Les États membres révisent actuellement leurs plans pour la reprise et la résilience afin, notamment, de prendre en compte la révision de la dotation de soutien non remboursable, de demander des prêts supplémentaires s’ils le souhaitent ou de s’adapter aux nouvelles priorités et aux possibilités de financement supplémentaires, dans le cadre du plan REPowerEU. La révision de ces plans entraînera un recours accru aux prêts octroyés au titre de NextGenerationEU. Une fois soumis, ces plans doivent être évalués par la Commission puis approuvés par le Conseil.

Par ailleurs, en 2023, l’UE accorde à l’Ukraine un montant pouvant aller jusqu’à 18 milliards d’EUR sous la forme de prêts AMF+ à des conditions très favorables. Ces fonds sont versés en tranches régulières et couvrent environ la moitié des besoins de financement à court terme de l’Ukraine pour 2023, selon les estimations des autorités ukrainiennes et du Fonds monétaire international. Au cours du premier semestre de 2023, 9 milliards d’EUR ont déjà été versés à l’Ukraine dans le cadre du programme AMF+.

Le 20 juin 2023, la Commission a proposé de mettre en place un instrument de financement spécifique pour l’Ukraine, d’une dotation maximale de 50 milliards d’EUR sous forme de subventions et de prêts pour la période 2024-2027. Un montant de 33 milliards d’EUR devrait être versé sous forme de prêts, qui seront financés par l’émission d’obligations de l’UE à partir de 2024, sous réserve de l’accord du Parlement européen et du Conseil.

Le présent rapport semestriel, établi conformément à l’article 12 de la décision d’exécution C(2022) 9700 de la Commission, examine les six premiers mois de mise en œuvre de l’approche unifiée en matière de financement. Il n’évalue pas la manière dont le produit des émissions a été utilisé, notamment en ce qui concerne les dépenses vertes, puisque cela fera l’objet de rapports distincts, conformément au règlement de chaque instrument. Il s’intéresse en outre aux mesures que la Commission prend pour poursuivre le développement de l’écosystème des obligations de l’UE, dans le but d’accroître la liquidité desdites obligations et de faciliter un traitement de marché qui reflète les volumes d’émission et la qualité du crédit de l’UE. Enfin, il présente les perspectives concernant l’émission d’obligations de l’UE au cours du deuxième semestre de 2023.

L’annexe du présent rapport expose également la stratégie globale de gestion de la dette qui guide la mise en œuvre par la Commission de l’approche unifiée en matière de financement. La Commission a élaboré cette stratégie pour donner suite à une recommandation de la Cour des comptes européenne (CCE), qui appelait à mettre au point une telle stratégie et à définir des indicateurs qui puissent servir au suivi de sa mise en œuvre. Les objectifs et les moyens qui sous-tendent cette stratégie sont présentés en annexe, de même que les indicateurs que la Commission emploiera pour assurer le suivi de sa mise en œuvre.

Le présent rapport semestriel fait partie des informations régulièrement transmises au Parlement et au Conseil, ce qui permet de respecter les impératifs de transparence et de compte rendu de la mise en œuvre des opérations de gestion de la dette de l’UE. La stratégie de financement diversifiée devenant l’approche centrale des opérations d’emprunt et de prêt de l’UE dans le règlement financier, le présent rapport et tous les rapports futurs seront élaborés conformément à l’article 220 bis du règlement financier, qui exige la transmission régulière et exhaustive d’informations sur tous les aspects de la stratégie d’emprunt et de gestion de la dette de l’UE.

2.Mise en œuvre des opérations d’emprunt au cours du premier semestre de 2023

Au cours du premier semestre de 2023, la Commission a continué à poursuivre ses objectifs de levée de fonds sur les marchés de manière efficace et efficiente, en appliquant son approche unifiée en matière de financement. Ce faisant, la Commission a été en mesure, malgré la volatilité du marché, de respecter dans les délais impartis toutes ses obligations de décaissement au titre de NextGenerationEU et de l’AMF+. Parallèlement, les montants et les échéances des émissions sont restés dans les limites des paramètres prédéfinis et les conditions de financement ont été conformes à celles d’un émetteur bien noté, de la taille de l’UE. Les sections ci-dessous présentent certains des éléments clés des opérations d’emprunt et de prêt de la Commission au cours du premier semestre de 2023. L’annexe expose de manière plus circonstanciée la mise en œuvre de la stratégie de financement de la Commission au cours de cette période.

Exécution du plan de financement au cours du premier semestre de 2023

En décembre 2022, la Commission a annoncé son plan de financement pour la période allant de janvier à fin juin 2023. Il s’agissait du premier plan de financement portant non seulement sur NextGenerationEU, mais également sur d’autres programmes d’emprunt et de prêt, notamment l’AMF+ en faveur de l’Ukraine.

Au cours du premier semestre de 2023, la Commission a annoncé des opérations de financement à long terme d’un montant maximal de 80 milliards d’EUR et a finalement émis 78 milliards d’EUR d’obligations de l’UE, d’une échéance moyenne d’environ 14 ans. La Commission a eu recours à une combinaison de syndications (60 %) et d’adjudications (40 %). Les 15 opérations ont été échelonnées sur tout le semestre afin d’assurer une présence régulière sur le marché. Au cours du premier semestre de 2023 (S1 2023), un plus grand nombre d’opérations ont été mises en œuvre qu’au cours du deuxième semestre de 2022, ce qui reflète l’objectif de financement plus élevé au S1 2023 (jusqu’à 80 milliards d’EUR au S1 2023 contre 50 milliards d’EUR au S2 2022). Les opérations étaient également d’un montant moyen plus faible, compte tenu des conditions difficiles et volatiles qui régnaient sur le marché au cours du premier semestre de 2023.

Les opérations réalisées au cours du premier semestre de 2023 ont porté l’encours total des obligations de l’UE à un peu plus de 400 milliards d’EUR, dont plus de 44 milliards d’EUR ont été levés par l’émission d’obligations vertes NextGenerationEU. Au premier semestre de 2023, la Commission a levé 7,732 milliards d’EUR grâce à l’abondement de deux obligations vertes existantes. Ces deux opérations ont conduit à une augmentation de l’encours de ces deux obligations et ont ainsi contribué à construire une courbe d’obligations vertes NextGenerationEU particulièrement liquide, dans le cadre de ce qui s’annonce comme le plus grand programme d’obligations vertes au monde.

Au cours du premier semestre de 2023, la Commission a également émis des bons du Trésor de l’UE à 3 et à 6 mois, au moyen d’adjudications bimensuelles, pour répondre à des besoins de financement à court terme, avec un encours de 18,7 milliards d’EUR de bons du Trésor de l’UE à la fin du mois de juin 2023. Douze adjudications ont permis d’émettre 24 bons du Trésor de l’UE, d’un volume moyen d’environ 1 milliard d’EUR chacun.

Décaissements

Grâce à ces opérations, l’UE a pu continuer à financer sans interruption les plans pour la reprise et la résilience des États membres grâce au décaissement en temps utile du produit de ces opérations. La Commission a effectué tous les décaissements en faveur des États membres au titre de la facilité pour la reprise et la résilience dès leur échéance, en moyenne dans les six jours ouvrables suivant l’autorisation du décaissement. Aucun retard n’a été enregistré.

Au cours du premier semestre de 2023, la Commission a versé aux États membres 14,7 milliards d’EUR au titre de la facilité pour la reprise et la résilience, dont 12,7 milliards d’EUR sous forme d’un soutien non remboursable et 2,0 milliards d’EUR sous forme de prêts. En outre, la Commission a transféré, au cours du premier semestre de 2023, 6,9 milliards d’EUR au budget de l’UE pour contribuer à des programmes tels qu’'Horizon Europe, le Fonds InvestEU, ReactEU, le mécanisme de protection civile de l’Union (rescEU), le Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader) et le Fonds pour une transition juste.

Globalement, depuis le lancement de NextGenerationEU à l’été 2021, la Commission a débloqué 184,2 milliards d’EUR: 153,4 milliards d’EUR sous la forme d’un soutien non remboursable et de prêts pour les États membres (106,3 milliards d’EUR de soutien non remboursable et 47,1 milliards d’EUR de prêts) au titre de la facilité pour la relance et la résilience et 30,9 milliards d’EUR pour les autres programmes de dépenses financés par NextGenerationEU.

Outre ces décaissements pour NextGenerationEU, au premier semestre de 2023, la Commission a versé 9 milliards d’EUR à l’Ukraine au titre du programme d’AMF+, financé par l’émission d’obligations dans le cadre de l’approche unifiée en matière de financement. Globalement, au premier semestre de 2023, la Commission a décaissé un total d’environ 30 milliards d’EUR pour NextGenerationEU et l’AMF+ en faveur de l’Ukraine combinés. Le rythme des décaissements au titre de NextGenerationEU a été influencé par la révision des plans pour la reprise et la résilience à laquelle les États membres procèdent actuellement. Conformément au cadre juridique, les États membres ont jusqu’au mois d’août 2023 pour demander des prêts supplémentaires et la Commission doit engager les 30 % restants du soutien non remboursable et des prêts supplémentaires d’ici la fin de 2023. Dans le même temps, il convient également de tenir compte des nouvelles priorités de REPowerEU, avec les ressources additionnelles. Tous les États membres concentrent dès lors leurs efforts sur la révision de leurs plans afin de respecter ces délais légaux et de répondre à ces nouvelles priorités.

Demande des investisseurs et liquidité du marché secondaire

Malgré la volatilité des taux observée au cours de la période, les opérations ont continué de bénéficier d’un soutien fort du marché, avec des opérations syndiquées 6 à 15 fois sursouscrites au cours du premier semestre de 2023. L’UE bénéficie d’une base d’investisseurs bien équilibrée et diversifiée, représentative de différents types d’investisseurs du monde entier 2 .

Ce soutien résolu se traduit par des primes de nouvelle émission (PNI) 3 invariablement faibles, exigées par les investisseurs à titre de concession lorsque l’UE émet des obligations par voie de syndication. Les primes de nouvelle émission ont été légèrement inférieures à celles du second semestre de 2022. Pour les opérations de financement réalisées au premier semestre de cette année, la prime moyenne de nouvelle émission était légèrement en deçà de 2 points de base, la plus faible prime s’établissant à 1 point de base et la plus élevée à 3 points de base. Ce niveau modeste de concession sur le prix d’émission reflète le fait que l’UE est restée un émetteur régulier et prévisible tout au long de cette période. Cette situation, conjuguée à la demande constante et forte des investisseurs, témoigne de la confiance des marchés et permet de penser que l’UE pourra continuer à placer ses obligations avec succès.

Volumes d’échanges trimestriels sur le marché secondaire des obligations de l’UE et des obligations d’État européennes (% du niveau d’encours)

Source: Commission européenne, sur la base des données de Bloomberg.

Remarque: le marché des obligations d’État européennes (OEE) comprend ici les obligations émises par les États membres de la zone euro, le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et le Mécanisme européen de stabilité (MES).

Les données relatives à ce marché n’étaient pas disponibles pour le premier trimestre de 2023.

Relativement aux encours, la liquidité du marché secondaire des obligations de l’UE est également restée comparable à celle des marchés d’obligations d’État européennes (OEE). Cette liquidité a augmenté au premier semestre de 2023 grâce à l’abondement considérable des lignes de financement existantes, 70 % du volume de financement ayant été levés grâce à ces abondements. De nouvelles lignes de financement ont également été lancées pour fournir au marché de nouvelles lignes de référence.

3.Coût de financement et soldes de liquidité

Coût de financement

Au cours du premier semestre de 2023, les coûts des intérêts et de gestion de la dette ont augmenté, en phase avec les conditions générales du marché. Le coût du financement 4 pour la période de janvier à juin 2023 est estimé à près de 3,2 %, contre 2,6 % au semestre précédent.

Depuis le début de l’année 2022, le rythme de l’augmentation des taux d’intérêt pour tous les émetteurs, y compris l’UE, a été l’un des plus rapides observés sur les marchés financiers au cours des dernières décennies. Les taux d’intérêt sur les obligations de l’UE à 10 ans sont passés de 0,09 %, au moment de l’émission inaugurale, en juin 2021, de l’obligation NextGenerationEU à 10 ans, à 1,53 % en mai 2022, à 2,82 % en novembre 2022 et à 3,05 % lors de l’émission la plus récente réalisée en juin 2023. Des augmentations comparables ont été observées pour certains émetteurs souverains bien notés de la zone euro. Par exemple, les taux d’intérêt sur les obligations souveraines allemandes à 10 ans sont passés d’environ -0,20 % en juin 2021 à près de 1,0 % en mai 2022, à 2,56 % à la fin de décembre 2022, avant de s’établir à 2,39 % en juin 2023. Afin de faire face à cette augmentation brusque et sans précédent des coûts d’emprunt, la Commission a proposé, dans le cadre de la révision à mi-parcours du cadre financier pluriannuel 2021-2027, de créer un instrument spécial destiné exclusivement à couvrir le dépassement des coûts des intérêts 5 .

Les rendements des obligations de l’UE ont été invariablement plus élevés que ceux versés par les grands émetteurs souverains, malgré la liquidité accrue, la solvabilité élevée et l’émission régulière d’obligations de l’UE. La divergence entre les rendements des obligations de l’UE et ceux des grands émetteurs souverains est due en grande partie à la convention de marché établie qui consiste à fixer le prix des obligations de l’UE par rapport à la courbe des taux de swaps. Une analyse récente réalisée par Bruegel 6 a révélé que les prix des swaps étaient le principal facteur à l’origine d’une grande partie de la prime payée par l’UE et par d’autres émetteurs dont les prix sont semblables à ceux des OEE, certains éléments indiquant que ce facteur représentait 90 % de la prime.

Les évolutions de la courbe des taux de swaps par rapport au prix pratiqué par les grands emprunteurs souverains sont déterminées par un ensemble de facteurs techniques et structurels sans rapport avec la qualité sous-jacente des obligations ou l’efficacité du programme d’émission de l’UE. En tête de liste de ces considérations figure la préférence des investisseurs pour les obligations souveraines établies qui peuvent servir, facilement et à un prix abordable, de sûreté, une préférence qui s’accentue en période de tensions sur les marchés. Ces facteurs étaient très présents à la fin du premier trimestre, à la suite des turbulences dans le secteur bancaire aux États-Unis et du rachat de Crédit suisse par UBS en Europe 7 . Les craintes relatives à la stabilité financière ayant disparu, l’écart de rendement entre les obligations SSA (sous-souveraines ou supranationales) et les obligations d’État européennes est revenu aux niveaux observés au début du semestre. L’écart de rendement entre les obligations de l’UE à 10 ans et les obligations allemandes à 10 ans était de 62 points de base au 30 juin 2023, après avoir culminé à 83 points de base en mars 2023, et atteignant un niveau comparable à ceux observés au début du semestre.

Afin de mettre la tarification des obligations de l’UE en adéquation avec les volumes sous-jacents, la liquidité et la solvabilité du programme, la Commission prend des mesures (voir section 5) destinées à créer les conditions propices à une négociation et à une tarification des obligations de l’UE semblables à celles des grands émetteurs souverains d’obligations liquides. La réalisation de cet objectif dépendra aussi de l’adaptation, par les acteurs du marché, de leurs conventions et de leur évaluation des obligations de l’UE. Bien qu’il y ait des signes encourageants laissant penser que ce changement est à l’œuvre, cela peut prendre du temps.

Gestion des liquidités

La Commission a maintenu une présence régulière et prévisible sur les marchés financiers, conformément au plan de financement annoncé en décembre 2022, avec des dates arrêtées pour les adjudications et les syndications. Néanmoins, les sorties de trésorerie ont été plus lentes qu’initialement prévu, ce qui a entraîné une augmentation de l’encaisse moyenne au cours du premier semestre de 2023, qui s’est établie en moyenne à 36,8 milliards d’EUR, contre 25,1 milliards d’EUR lors du semestre précédent. La Commission a réduit ses rentrées de liquidités en émettant des bons du Trésor de manière à garantir une présence continue sur le marché tout en réduisant au minimum l’augmentation des soldes de trésorerie.

L’augmentation de l’encaisse ne s’est pas traduite par des coûts importants pour les programmes soutenus. Ces coûts se sont élevés à 23,3 millions d’EUR pour l’encaisse portant sur la période de janvier à juin 2023. Ils seront partagés proportionnellement entre le budget de l’UE et les bénéficiaires des prêts à la fin de l’année 2023.

4.Autres jalons respectés au premier semestre de 2023

Le 12 juin 2023, la Cour des comptes européenne a publié les conclusions de son rapport spécial sur les opérations de gestion de la dette liée à NextGenerationEU. Dans ledit rapport, la Cour des comptes a cherché à savoir si la Commission avait mis en place des systèmes efficaces de gestion de la dette contractée afin de financer NextGenerationEU. Elle y procède à un examen complet du montage et de la gestion des opérations de financement de l’UE à ce jour, assorti de recommandations utiles pour les futures mesures.

La Cour des comptes a conclu que «la Commission avait rapidement mis au point un système de gestion de la dette qui permettait d’emprunter en temps utile les fonds nécessaires à NextGenerationEU […]» et que «[…] les coûts d’emprunt correspondaient à la position de la Commission sur le marché. Celle-ci a également satisfait à toutes les principales exigences réglementaires en matière de portefeuille de dettes et de gestion des risques.»

Dans le rapport sont par ailleurs formulées cinq recommandations visant à améliorer davantage la gestion de la dette par la Commission: i) mettre en place un middle office distinct; ii) renforcer le rôle du directeur des risques (chief risk officer); iii) mettre en œuvre une stratégie en matière d’emploi; iv) formuler des objectifs clairs pour la gestion de la dette et des indicateurs connexes; et v) veiller au caractère systématique de la documentation interne.

Les recommandations de la Cour des comptes représentent une contribution bienvenue aux efforts déployés par la Commission pour améliorer sa position sur les marchés des capitaux (voir section 5 ci-dessous). La Commission s’emploie déjà à mettre en œuvre ces recommandations en temps utile.

Le présent rapport donne déjà suite à la quatrième recommandation de la Cour des comptes, qui appelle à élaborer une stratégie globale de gestion de la dette pour contribuer à la mise en œuvre par la Commission de son approche unifiée en matière de financement. L’annexe du présent rapport expose cette stratégie de gestion de la dette, en commençant par les objectifs clés qui l’orientent, ainsi que la façon dont les principaux leviers à la disposition de la Commission sont appliqués. La stratégie est étayée par un ensemble d’indicateurs qui serviront à suivre sa mise en œuvre. Ces indicateurs seront mis à jour et commentés dans les versions ultérieures.

5.Mesures visant à développer davantage l’écosystème des obligations de l’UE

L’établissement d’une approche unifiée en matière de financement à partir de janvier 2023 a constitué une étape clé dans la construction d’un cadre robuste permettant de répondre aux besoins de financement de l’UE le plus efficacement possible. Cette approche permet à la Commission de planifier, d’exécuter et d’annoncer toutes les émissions de manière souple et cohérente, dans un cadre commun en matière de risque, de conformité et de gouvernance appliqué à toutes les opérations d’emprunt.

Cependant, malgré cette transformation en cours de l’UE en tant qu’émetteur, et l’évolution progressive du traitement des obligations de l’UE 8 , les marchés continuent de traiter les obligations de l’UE et d’en fixer le prix par rapport à la courbe des taux de swaps. Pour encourager la transition vers une méthode de fixation des prix qui reflète mieux les fondamentaux des émissions de l’UE, la Commission prend une série de mesures en vue de soutenir l’évolution et la liquidité des obligations de l’UE.

Afin de faciliter la négociation des obligations de l’UE sur le marché secondaire, la Commission instaurera, au quatrième trimestre de 2023, un cadre permettant de fournir les cours des titres de l’UE aux investisseurs. Ce cadre sera mis en œuvre par l’intermédiaire des spécialistes en titres publics de l’UE, qui diffuseront ces cours via des plateformes de négociation très utilisées, ce qui améliorera la détermination des prix des titres de l’UE et réduira l’incertitude entourant l’exécution des transactions pour les opérateurs et les investisseurs. Ce système de diffusion des cours permettra aux investisseurs d’avoir l’assurance que les cours du marché pour les titres de l’UE sur les plateformes de négociation sont fiables et validés par les spécialistes en titres publics de l’UE. La décision de la Commission relative à la création du réseau des spécialistes en titres publics a été modifiée pour permettre la mise en œuvre de ces nouvelles modalités. Ces modalités prendront effet à l’automne et seront utilisées dans le cadre du système de sélection des spécialistes en titres publics qui se verront confier des mandats de chef de file et de co-chef de file à partir de l’année prochaine.

Qui plus est, la Commission a entamé les préparatifs en vue de la facilité de mise en pension («repo») destinée à aider les acteurs du marché dans la négociation de ses obligations. En mettant temporairement ses titres à disposition par l’intermédiaire de cette facilité, la Commission permettra aux spécialistes en titres publics de l’UE de fournir de la liquidité pour les obligations de l’UE. La Commission doit d’abord acquérir et renforcer les capacités qui lui sont nécessaires pour mettre en œuvre une telle facilité, qui sera opérationnelle à la mi-2024.

La Commission poursuit par ailleurs son dialogue actif avec les acteurs du marché afin de définir la manière la plus efficace d’améliorer davantage la liquidité des obligations de l’UE et de permettre que leur négociation et la fixation de leur prix se rapprochent de celles des obligations d’État européennes. À cet effet, en juin 2023, la Commission a lancé sa première enquête auprès des investisseurs, afin de recueillir leur avis sur le rôle des indices sur les OEE en tant qu’indices de référence dans les décisions d’investissement des investisseurs et sur l’utilité perçue de l’inclusion des obligations de l’UE dans ces indices. La Commission continue aussi d’étudier les moyens d’améliorer l’utilisation des obligations de l’UE comme sûretés dans les opérations bilatérales garanties.

On relève également des progrès dans la mise en œuvre du service d’émission de l’UE, qui sera opérationnel au début du mois de janvier 2024. Avec ce service, la Commission passera de l’utilisation d’un système de règlement comprenant des fournisseurs commerciaux de services de règlement à une infrastructure de règlement basée sur l’Eurosystème pour les obligations de l’UE émises après cette date. Les obligations de l’UE réglées par l’intermédiaire du service d’émission de l’UE bénéficieront de l’intégration dans l’infrastructure de paiement et de règlement de l’Eurosystème (Target/Target2S) (en tant qu’obligations d’État européennes), ce qui facilitera leur utilisation en tant que sûretés dans l’Eurosystème.

6.Perspectives d’émission pour le second semestre de 2023

Le 28 juin 2023, la Commission a publié son plan de financement semestriel pour la période allant de juillet à fin décembre 2023. Au second semestre de 2023, la Commission a l’intention d’émettre 40 milliards d’EUR d’obligations de l’UE, complétées par des bons du Trésor à court terme de l’UE. La Commission utilisera ces fonds pour financer NextGenerationEU (y compris d’éventuels paiements au titre de REPowerEU) et l’AMF+ en faveur de l’Ukraine. D’autres émissions de bien moindre envergure sont également possibles dans le cadre des programmes de l’AMF et du MES existants.

Alors que les nouvelles émissions destinées à soutenir l’Ukraine par l’intermédiaire de la facilité de soutien à l’Ukraine impliqueront des émissions supplémentaires afin d’accorder de nouveaux prêts à cet État, ces émissions ne commenceront qu’en 2024, une fois que la législation établissant cette facilité aura été adoptée.

Cet objectif de financement pour le second semestre de 2023 reflète les besoins prévus en matière de décaissements des différents bénéficiaires, notamment des États membres de l’UE au titre de la facilité pour la reprise et la résilience. Actuellement, les États membres révisent leurs plans pour la reprise et la résilience afin de prendre en compte la révision des dotations de soutien non remboursable, de demander des prêts supplémentaires s’ils le souhaitent ou de s’adapter aux nouvelles priorités et aux possibilités de financement supplémentaires, dans le cadre du plan REPowerEU. Dans ce contexte, une émission d’obligations de 40 milliards d’EUR permettra à l’UE de lever les montants nécessaires tout en maintenant une présence régulière sur le marché tout au long du second semestre.

7.Conclusion

Au cours du premier semestre de 2023, l’approche unifiée en matière de financement a permis à la Commission de lever près de 80 milliards d’EUR pour NextGenerationEU et pour l’AMF+ en faveur de l’Ukraine à des taux correspondant à sa position sur le marché. Au 30 juin 2023, près de 250 milliards d’EUR ont été levés dans le cadre de l’approche unifiée en matière de financement pour financer NextGenerationEU et l’AMF+ en faveur de l’Ukraine. La disponibilité de soldes importants à l’approche du second semestre, associée à un ralentissement temporaire du rythme des décaissements, à mesure que les États membres révisent leurs plans pour la reprise et la résilience, se traduit par une baisse des émissions d’obligations programmées (40 milliards d’EUR) au second semestre.

Lors du premier semestre de 2023, les taux d’intérêt ont légèrement augmenté, non seulement pour l’UE mais aussi pour tous les émetteurs (souverains). Le rythme d’augmentation a ralenti par rapport à l’année dernière, et les taux ont commencé à se stabiliser car les marchés s’attendent à ce que la majeure partie des relèvements de taux par les banques centrales nécessaires pour maîtriser l’inflation soit terminée. La période a été marquée par une importante volatilité en réaction à l’évolution des attentes des marchés concernant de nouvelles hausses de taux. Les émissions d’obligations de l’UE ont fait l’objet d’une demande soutenue et régulière de la part des investisseurs tout au long de cette période, malgré un contexte caractérisé par la volatilité du marché.

Du fait de la convention de marché, selon laquelle les prix des obligations de l’UE sont fixés par rapport à la courbe des taux de swaps, l’Union paie une prime supérieure aux taux payés par les émetteurs souverains d’OEE. Cela a exacerbé la hausse sous-jacente des taux du marché. La nouvelle approche unifiée en matière de financement pour l’émission d’obligations de l’UE est une étape importante dans la consolidation de la présence de l’UE sur le marché. La Commission prend toutefois d’autres mesures en vue d’encourager l’alignement de la fixation des prix des obligations de l’UE sur celle des obligations d’émetteurs souverains bien notés, pour réduire la prime qu’elle paie à l’émission. Ces mesures comprennent un système de diffusion du cours qui devrait être opérationnel cet automne et l’établissement d’une facilité de mise en pension (mi-2024). La Commission encourage en outre le marché à améliorer l’utilisation des obligations de l’UE comme sûretés et à les reconnaître comme méritant d’être incluses dans les indices du marché des obligations souveraines.

Les conclusions et les recommandations formulées dans le rapport spécial de la Cour des comptes sur les opérations de gestion de la dette liée à NextGenerationEU constituent des contributions bienvenues aux efforts déployés par la Commission pour améliorer la position de l’UE sur l’euromarché des capitaux. La Commission s’emploie déjà à mettre en œuvre les recommandations en temps utile, en commençant par les objectifs et les indicateurs décrits dans l’annexe du présent rapport.



Annexe: Stratégie de financement de l’UE – Objectifs, moyens et indicateurs de mise en œuvre

Objet de la présente annexe

La présente annexe définit les principaux objectifs qui guident la mise en œuvre par la Commission de sa stratégie de financement diversifiée pour financer tous les programmes d’emprunt et de prêt de l’UE (c’est-à-dire l’approche unifiée en matière de financement). Elle présente une série d’indicateurs servant à suivre la mise en œuvre des aspects essentiels de la stratégie, à savoir l’émission d’obligations, l’émission de bons du Trésor, la gestion des liquidités et la communication.

Objectifs du financement de l’Union

La Commission est habilitée par le cadre juridique de l’UE à emprunter sur les marchés internationaux des capitaux au nom de l’UE pour l’exécution de certains programmes de l’Union. La législation établissant ces programmes précise les montants et les délais dans lesquels les montants doivent être levés, et énonce les règles régissant l’utilisation du produit. En levant des fonds dans ce cadre, la Commission poursuit deux objectifs principaux:

·L’efficacité: veiller à ce que l’UE soit en mesure de respecter les engagements pris au titre des programmes d’assistance financière associés lorsqu’ils viennent à échéance.

·L’efficience: obtenir les conditions financières les plus avantageuses pour l’UE à moyen et à long terme:

I.grâce à la planification rigoureuse et à la bonne exécution des opérations,

II.grâce à l’obtention des meilleures conditions possibles dans les conditions de marché prévalentes,

III.sans excéder la capacité de prise de risques du budget de l’UE, telles qu’elle est fixée, notamment, par la couverture budgétaire disponible pour les opérations concernées et par le cadre de gestion des risques pour les opérations de financement de l’UE, tel qu’il est défini dans la politique de haut niveau en matière de risques et de conformité de la Commission 9 .

Afin de réaliser ces objectifs, la Commission a mis en place, en 2021, une stratégie de financement diversifiée pour financer NextGenerationEU [décision d’exécution C(2021) 2502 de la Commission], comme exposé dans le rapport principal.

L’objectif global est de créer et de maintenir une courbe de rendement complète et très liquide pour toutes les échéances de référence, de manière à proposer aux investisseurs un actif financier accessible et fiable pour l’investissement et la négociation. Cela permet ainsi de garantir les conditions de financement les plus avantageuses pour l’Union en tant qu’émetteur, tout en veillant à la bonne gestion des risques y afférents.

Moyens pour atteindre les objectifs

En mettant en œuvre son approche en matière de financement, la Commission entend tirer le meilleur parti de tous les éléments qui sont sous son contrôle afin d’atteindre ses principaux objectifs d’efficience et d’efficacité. Ces éléments s’étendent sur cinq grandes dimensions:

a)Le programme d’obligations de l’UE: la Commission organise ses émissions d’obligations en utilisant l’ensemble des échéances de référence sur toute la courbe (jusqu’à 30 ans). En choisissant les échéances appropriées pour les émissions, la Commission doit faire en sorte que les niveaux de remboursement futurs qui en résultent restent dans les limites nécessaires pour protéger les plafonds de la marge de manœuvre budgétaire de l’UE et la notation de crédit de l’UE. Parallèlement, la Commission est très attentive aux préférences des investisseurs et au profil des encours des obligations, puisqu’elle fournit régulièrement au marché un ensemble équilibré d’échéances. À des fins d’organisation de l’émission, la Commission a recours à des opérations syndiquées et à des adjudications. Ces différentes techniques présentent des caractéristiques diverses, mais il s’agit de combiner les deux de manière appropriée aux fins de la bonne exécution des programmes de financement. Au fur et à mesure que le programme d’émission s’implante solidement, le recours aux adjudications pour les émissions d’obligations devrait continuer à évoluer et à croître au fil du temps pour atteindre des niveaux comparables à ceux des émetteurs souverains du même calibre que l’UE et en tenant dûment compte des conditions de marché et des besoins de financement.

b)Le programme de bons du Trésor de l’UE: la Commission met en œuvre un programme de bons du Trésor de l’UE qui permet à l’Union d’accéder au marché monétaire (échéances inférieures ou égales à un an, par adjudication). Elle utilise ce programme comme un outil essentiel de gestion des risques pour maintenir des niveaux suffisants de liquidités à tout moment et pour faire face aux conditions imprévisibles des marchés financiers ou aux besoins de financement.

c)Gestion des liquidités: la Commission adopte une approche prudente de la gestion interne des flux de trésorerie, qui permet d’honorer à temps tous les engagements de paiement et d’éviter les déficits de liquidités. Par ailleurs, elle veille à gérer les soldes de liquidités sur la base des prévisions de décaissements de sorte à maintenir lesdits soldes en adéquation avec les besoins et de limiter tout coût réel ou d’opportunité découlant des soldes.

d)Réseau des spécialistes en titres publics: le soutien d’un réseau solide de spécialistes en titres publics, capable de répartir les émissions au sein d’une base mondiale d’investisseurs et de gérer et d’entreposer les risques financiers liés aux adjudications et aux syndications est indispensable pour que la mise en œuvre de la stratégie de financement soit couronnée de succès. La Commission souhaite que son réseau de spécialistes en titres publics reste ouvert pour permettre à un large éventail d’établissements financiers d’y participer. Dans le même temps, elle cherche à favoriser la concurrence et à tirer parti des compétences au sein du groupe pour contribuer au succès de la mise en œuvre et au développement de la stratégie de financement, notamment en soutenant la liquidité des émissions de l’UE sur le marché secondaire.

e)Communication avec les différentes parties prenantes du marché et avec les émetteurs comparables: la Commission assure une communication régulière, ouverte et en temps utile avec les acteurs du marché, condition préalable pour rester un émetteur fiable et crédible. La Commission communique donc en toute transparence sur les aspects de ses plans de financement et sur l’exécution des opérations de financement. Les plans de financement semestriels, qui annoncent les montants cibles et les dates des syndications et adjudications pour les six mois à venir, forment le pilier de cette communication. Grâce à une communication constante et efficace sur ses activités en tant qu’émetteur régulier de grande envergure, l’Union cherche aussi bien à approfondir sa base d’investisseurs qu’à l’élargir (sur le plan géographique). Grâce à une gestion anticipative des relations avec les investisseurs, la Commission établit et entretient un climat de confiance avec sa base d’investisseurs et acquiert une compréhension approfondie de leurs besoins.

La mise en œuvre des activités susmentionnées s’appuie sur un ensemble de contrôles qui comprend deux «lignes de défense» indépendantes sur le plan organisationnel. Ces contrôles permettent d’exécuter et de régler efficacement les opérations et contribuent à définir le comportement de toutes les parties associées à l’exécution du programme. Les contrôles ex ante et ex post garantissent aussi que les émissions de l’UE sont effectuées dans le respect de la gouvernance et prennent en considération les conditions de marché prévalentes.

Considérations finales

Les principaux leviers du programme permettent à l’UE de tirer le meilleur parti de sa notation de crédit élevée tout en offrant aux investisseurs une séquence régulière et prévisible d’importantes émissions. Cela crée ainsi une plateforme permettant à l’Union d’attirer une forte demande de la part d’investisseurs qui ont une faible appétence pour le risque et des besoins d’investissement importants, ainsi que de la part d’investisseurs dont les besoins d’investissement sont dictés par la réglementation (banques centrales, trésoreries bancaires, gestionnaires d’actifs, fonds de pension et compagnies d’assurance).

Le tableau 1 ci-dessous présente quelques indicateurs qui peuvent être pris en considération pour suivre la mise en œuvre par la Commission des cinq éléments fondamentaux de l’approche de l’UE en matière de financement et, partant, ses progrès vers la réalisation des objectifs globaux d’efficacité et d’efficience. La Commission rendra compte de ces indicateurs dans son rapport semestriel sur l’exécution des opérations d’emprunt et de gestion de la dette et les opérations de prêt connexes, établi conformément à l’article 12 de la décision d’exécution C(2022) 9700 de la Commission, et commentera toute évolution notable observée.

En menant les activités susmentionnées avec efficacité, la Commission peut parvenir à des résultats qui présentent le meilleur rapport coût-efficacité pour ses émissions réalisées au nom des bénéficiaires, y compris le budget de l’UE, qui supporte le coût du soutien non remboursable financé par les prêts. Le coût du financement des émissions de l’UE, calculé sur la base de la moyenne pondérée de ses opérations de financement, est déterminé principalement par des facteurs qui échappent au contrôle de l’UE, notamment les taux sur l’ensemble du marché, mais aussi, actuellement, les évolutions de la courbe des taux de swaps par rapport au taux du marché. Le coût absolu du financement des opérations de l’UE est donc principalement influencé par des facteurs autres que la mise en œuvre efficiente et efficace de l’approche unifiée en matière de financement. Toutefois, une mise en œuvre soutenue et efficace est essentielle pour la position de l’Union sur le marché et pour appuyer ses efforts visant à aligner progressivement la négociation et la fixation des prix des obligations de l’UE sur celles des obligations souveraines liquides de type OEE. Pour cette raison, un indicateur de coût n’est pas considéré comme approprié pour évaluer l’usage que la Commission fait des moyens sous son contrôle pour atteindre les objectifs principaux d’efficience et d’efficacité.

Même s’il ne s’agit pas d’indicateurs susceptibles d’être influencés par la manière dont la Commission se sert des leviers à sa disposition dans le cadre de la stratégie de financement, les informations relatives aux volumes et aux coûts revêtent manifestement une importance capitale pour saisir l’évolution du programme de financement. La Commission inclura dès lors des informations sur les volumes globaux et le coût moyen du financement dans ses rapports semestriels.

Il convient de rappeler que les dimensions des opérations d’emprunt et de gestion de la dette qui doivent être entreprises sont définies dans la décision d’emprunt annuelle de la Commission et dans les plans de financement semestriels qui l’accompagnent, ce qui limite l’exposition globale du budget de l’UE et des bénéficiaires des prêts 10 .

Tableau 1: Indicateurs de mise en œuvre relatifs à l’utilisation des moyens permettant d’atteindre les objectifs d’efficience et d’efficacité de la Commission

Moyens

Indicateur

Valeur au S1 2023 (sauf indication contraire)

Commentaire sur l’exécution au S1 2023

1)Exécution du programme d’obligations de l’UE

a)Émissions régulières sur toute la courbe

Émissions régulières d’obligations de l’UE (et d’obligations vertes NextGenerationEU) couvrant toutes les échéances de la courbe (jusqu’à 30 ans) afin d’offrir à divers types d’investisseurs des possibilités d’investissement, de manière à maintenir une forte demande de la part des investisseurs et ainsi de préserver la flexibilité de déterminer les volumes d’émission et les échéances pour les différentes opérations en fonction des conditions de marché.

I.Ventilation par échéance du programme d’émission

1-4 ans: 22 %

4-8 ans: 15 %

8-12 ans: 17 %

12-17 ans: 11 %

17-23 ans: 16 %

23-31 ans 19 %

Au S1 2023, la Commission a poursuivi son objectif en émettant régulièrement des obligations d’échéances diverses pour mettre à disposition des liquidités sur tous les segments de la courbe de l’UE. Les opérations de financement ont été échelonnées sur tout le semestre afin de garantir une présence régulière sur le marché. Au cours du semestre, un plus grand nombre d’opérations a été effectué que lors du semestre précédent en raison a) de l’objectif de financement pour le S1 2022, d’un montant maximal de 80 milliards d’EUR (contre 50 milliards d’EUR au S1 2022) et b) du montant moyen plus faible des opérations, compte tenu des conditions de marché difficiles et volatiles lors de l’élaboration du plan de financement pour le premier semestre de 2023.

Tout en assurant une présence dans toutes les tranches d’échéance de référence, les émissions ont été, en moyenne, légèrement orientées vers le segment à long terme de la courbe (avec une échéance moyenne des émissions de 13,5 ans), compte tenu de la nécessité d’échelonner les remboursements dans le temps, mais aussi de la demande plus forte des investisseurs pour les obligations de l’UE à longue échéance.

Les émissions d’obligations vertes ont également été maintenues, bien qu’à un niveau inférieur à celui du semestre précédent, en adéquation avec les dépenses vertes cumulées déclarées par les États membres et l’ajustement approprié des émissions d’obligations vertes à ces dépenses.

II.Répartition opportune des émissions

7 syndications et 8 adjudications d’obligations, soit 2 à 3 émissions par mois.

III.Émissions d’obligations vertes 11

Environ 8 milliards d’EUR par abondements d’obligations arrivant à échéance en 2048 et 2033.

b)Parvenir à un bon équilibre entre adjudications et syndications

Utilisation de différentes techniques de financement en respectant un équilibre approprié, selon les volumes d’émission totaux et les conditions de marché, pour gérer les risques d’exécution, améliorer la liquidité sur le marché secondaire et réduire les coûts d’emprunt.

IV.Écart entre adjudication et syndication en %

Environ 40 % des émissions d’obligations se font par adjudication.

Au S1 2023, la Commission a porté la part des obligations émises par adjudication à presque 40 %, soit un niveau plus élevé que lors des semestres de financement précédents. Cela répondait à l’objectif d’étendre l’utilisation de cette technique, tout en tenant compte des particularités du marché (par exemple, la capacité d’absorption du marché) et des besoins d’émission (par exemple, la capacité d’abonder les obligations existantes par adjudication par rapport à la nécessité d’émettre de nouvelles lignes par syndication).

c)Création d’obligations de référence liquides d’un montant élevé

Abondement des obligations de l’UE pour porter l’encours des différentes lignes à des niveaux correspondant à ceux des lignes de référence liquides d’un montant élevé.

I.Émissions sous la forme de nouvelles obligations par rapport au volume émis sous la forme d’abondements

·18 milliards d’EUR sous la forme de nouvelles obligations

·60,2 milliards d’EUR sous la forme d’abondements

Soucieuse de la liquidité de ses titres, la Commission a utilisé ses opérations pour abonder les lignes de financement existantes, 70 % du volume de financement ayant été levés grâce à des abondements.

De nouvelles lignes de financement ont été lancées pour fournir au marché de nouvelles lignes de référence là où elles étaient nécessaires sur la courbe et sur la base des recommandations des spécialistes en titres publics de l’UE. De nouvelles obligations à 3, 10 et 15 ans ont été lancées au cours du semestre.

En conséquence, l’encours moyen par obligation a augmenté d’environ 4 milliards d’EUR pour dépasser les 13 milliards d’EUR à la fin du semestre, ce qui a contribué à améliorer la liquidité des obligations.

d)

II.Rythme d’abondement de nouvelles obligations 12

2 mois

e)

III.Volume moyen des encours des obligations 13

13-14 milliards

f)

IV.Volume de transactions par rapport au volume d’émission

Environ 80 % au cours du S2 2022

g)

V.Volume des transactions en valeur absolue

241 milliards d’EUR au S2 2022 contre 236 milliards d’EUR au S1 2022.

d)Gestion du profil des échéances des émissions d’obligations de l’UE en tenant compte:

·de la marge de manœuvre supplémentaire temporaire (pour les emprunts liés à NextGenerationEU) et de la marge de manœuvre permanente (pour l’AMF+) dans le cadre du budget de l’UE

·du remboursement futur des décaissements au cours d’une année donnée

·de la stabilité des besoins futurs de refinancement

·de la nécessité de protéger la notation de l’UE afin de garantir un faible coût d’emprunt à long terme et une forte demande de la part de la base d’investisseurs.

I.Échéance moyenne de l’émission

13-14 ans

Au S1 2023, les émissions d’obligations avaient une échéance moyenne de 13 à 14 ans. Cela reflète l’objectif de la Commission d’échelonner le profil des remboursements dans le temps tout en attirant les investisseurs vers les opérations sur le marché primaire de l’UE. L’échéance moyenne est restée en deçà de l’échéance moyenne maximale de 17 ans fixée dans la décision d’emprunt annuelle pour 2023.

La durée moyenne restant à courir avant l’échéance de l’encours de la dette est restée stable (environ 12 ans), en grande partie grâce aux émissions passées.

Le refinancement est également resté stable, ce qui reflète les émissions passées et le profil de remboursement correspondant.

2)

II.Durée moyenne restant à courir avant l’échéance de l’encours de la dette

Environ 12 ans.

3)

III.Refinancement à court terme, c’est-à-dire le pourcentage de l’encours des obligations et des bons du Trésor arrivant à échéance dans les 12 prochains mois

Moins de 10 %

4)

IV.Refinancement à moyen terme, c’est-à-dire le pourcentage de l’encours des obligations et des bons du Trésor arrivant à échéance dans les 5 prochaines années

Moins de 30 %.

5)Exécution du programme de bons du Trésor de l’UE

Émission régulière de bons du Trésor de l’UE d’une échéance maximale d’un an par adjudication pour attirer de nouveaux investisseurs (ou de nouveaux portefeuilles d’investisseurs existants) et pour soutenir la gestion des liquidités.

I.Volume d’encours des bons du Trésor de l’UE

15-20 milliards d’EUR

La Commission a maintenu les émissions dans le cadre du programme de bons du Trésor de l’UE au niveau minimal, compte tenu des faibles besoins de liquidités et de l’existence d’un financement à long terme suffisant. Deux adjudications par mois ont été organisées, uniquement pour couvrir les remboursements. L’encours de la dette au titre du programme de bons du Trésor de l’UE est donc resté stable, à environ 15-20 milliards d’EUR sur cette période.

6)

II.Nombre d’adjudications de bons du Trésor de l’UE

12

7)Gestion des liquidités

Gestion d’une réserve de liquidités eu égard aux obligations de paiement, aux besoins en matière de décaissements et aux coûts de l’encaisse, en tenant dûment compte des conditions de marché prévalentes.

I.Nombre de défauts de paiement dus à un manque de liquidités

Aucun

La Commission a bien répondu aux besoins en matière de décaissements et il n’y a eu aucun défaut de règlement pendant le semestre.

8)Réseau des spécialistes en titres publics

Attirer un large éventail d’établissements financiers manifestant un engagement fort à soutenir les émissions de l’UE

I.Nombre d’établissements ayant signé des engagements de souscription pour des opérations au cours des six derniers mois

19

La Commission a continué à bénéficier du soutien des spécialistes en titres publics de l’UE et la rotation lors des syndications a permis à la Commission de faire appel à toutes les banques qui remplissent les conditions pour faire partie d’un syndicat.

9)Communication avec les différentes parties prenantes du marché et avec les émetteurs comparables

Maintien et renforcement d’un climat de confiance avec la base d’investisseurs, avec les acteurs du marché et avec les émetteurs comparables pour soutenir la demande de dette de l’UE et permettre à l’Union de mieux comprendre la dynamique du marché et les besoins des investisseurs.

I.Écarts par rapport aux calendriers préalablement annoncés pour la publication des plans de financement

Aucun

La Commission a entretenu une communication régulière et prévisible avec les marchés, conformément aux annonces précédentes. Il n’y a eu aucun écart par rapport à l’objectif de financement initial annoncé pendant le semestre.

La Commission a régulièrement publié des statistiques sur les investisseurs qui sont restées stables et elle a continué d’observer un élargissement de sa base d’investisseurs diversifiée.

II.Écart par rapport aux volumes annoncés dans le plan de financement

Moins de 2 milliards d’EUR, soit moins de 2 %.

III.Statistiques sur la répartition des investisseurs

Par type: gestionnaires de fonds 31,4 %, trésoreries bancaires 30,3 %, banques centrales/institutions officielles 16,4 %, compagnies d’assurances et fonds de pension 14,7 %, banques 5,2 %, fonds spéculatifs 2,0 %.

Par pays/région: Royaume-Uni 21,0 %, Allemagne 12,9 %, France 12,9 %, Benelux 9,7 %, pays nordiques 8,7 %, Italie 8,4 %, Asie-Pacifique 5,5 %, péninsule ibérique 9,6 %, autres pays de l’UE 7,0 %, autres pays d’Europe 2,2 %, Amériques 0,4 %, Moyen-Orient et Afrique 1,5 %

(1) Instrument européen de soutien temporaire à l’atténuation des risques de chômage en situation d’urgence (SURE)
(2) À ce jour, les émissions de l’UE ont attiré au total plus de 1 600 investisseurs différents provenant de 70 pays différents. Environ 65 % des investisseurs sont situés dans l’UE, plus de 20 % sont des investisseurs internationaux exerçant leurs activités à partir du Royaume-Uni, les autres étant des investisseurs internationaux principalement établis en Asie. Près de 70 % des obligations de l’UE s’adressaient à des investisseurs de type «buy-and-hold» (à savoir des gestionnaires de fonds, des compagnies d’assurance, des fonds de pension ou des banques centrales). La base d’investisseurs est également bien diversifiée du point de vue des échéances que ceux-ci recherchent. Les banques centrales et les trésoreries bancaires (qui préfèrent généralement investir dans des échéances allant jusqu’à 10 ans) représentent environ 45 % des acquisitions d’obligations de l’UE sur les marchés primaires, tandis que les fonds de pension et les compagnies d’assurance (qui préfèrent des échéances supérieures à 10 ans) représentent presque 15 %.
(3) Cette prime de nouvelle émission (PNI) est une prime que l’émetteur paie pour persuader les investisseurs d’acheter ses obligations sur le marché primaire plutôt que sur le marché secondaire.
(4) Le coût des intérêts supportés est réparti entre le budget et les États membres bénéficiaires de prêts, conformément à la méthode définie dans la décision d’exécution (UE) 2021/1095 de la Commission et dans la décision d’exécution (UE) 2022/9701 qui lui a succédé. Cette méthode distingue trois catégories de coûts différentes: i) le coût du financement du soutien non remboursable et le coût des décaissements de prêts calculés pour des compartiments temporels de six mois; ii) le coût de la détention et de la gestion des liquidités; et iii) les coûts administratifs.
(5) Pour de plus amples informations, voir: documents (europa.eu)
(6) EU borrowing costs: Drivers and dynamics in times of rising rates (europa.eu)
(7) L’aversion au risque entraîne généralement une importante réallocation vers les actifs traditionnels sûrs, tels que les obligations d’État, ce qui creuse l’écart de rendement entre les obligations SSA et les OEE.
(8) À titre d’exemple, la réaffectation des obligations de l’UE à la catégorie de décote I, la même que celle utilisée pour les instruments de dette émis par les administrations centrales, au sein du dispositif de contrôle des risques de la BCE pour les opérations de crédit à partir du 29 juin 2023.
(9) Politique de haut niveau en matière de risques et de conformité pour NextGenerationEU (europa.eu)
(10) C_2022_9702_F1_COMMISSION_IMPLEMENTING_DECISION_EN_V7_P1_2416109.PDF (europa.eu)
(11) Des informations supplémentaires sur les obligations vertes NextGenerationEU sont disponibles dans le tableau de bord des obligations vertes NextGenerationEU: Tableau de bord (europa.eu)
(12) Sur la base du nombre moyen de mois entre la nouvelle émission et le premier abondement en considérant les nouvelles lignes abondées au cours du semestre.
(13) Encours des obligations par rapport au nombre d’obligations à la fin du semestre. Sur la base des obligations émises dans le cadre de la stratégie de financement diversifiée.

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