LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilDroit européen52023DC0525
Acte préparatoire52023DC0525

Acte préparatoire — 52023DC0525

CELEX52023DC0525
TypeActe préparatoire
Datemardi 12 septembre 2023

Texte intégral

european flagCOMMISSION EUROPÉENNE

Bruxelles, le 12.9.2023

COM(2023) 525 final

RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS

relatif au premier examen préliminaire de la mise en œuvre du règlement (UE) 2019/1150 promouvant l’équité et la transparence pour les entreprises utilisatrices de services d’intermédiation en ligne

{SWD(2023) 300 final}


Contexte

Le présent rapport contient une évaluation préliminaire de l’état de la mise en œuvre du règlement (UE) 2019/1150 du Parlement européen et du Conseil du 20 juin 2019 promouvant l’équité et la transparence pour les entreprises utilisatrices de services d’intermédiation en ligne (ci-après le règlement «plateforme à entreprise» ou «règlement P2B») 1 .

Le règlement P2B s’applique depuis le 12 juillet 2020. Il s’agit du premier cadre général applicable aux services appelés «services d’intermédiation en ligne». Ces services sont fournis à un très grand nombre de grandes et de petites entreprises, ou «entreprises utilisatrices», au sein du marché intérieur. Le règlement P2B vise à créer un environnement équitable, transparent et prévisible pour l’activité économique de ces entreprises utilisatrices, lesquelles peuvent dépendre à des degrés divers de ces services d’intermédiation en ligne pour entrer en contact avec leurs clients. Les exigences du règlement P2B visent à garantir que les entreprises utilisatrices, en particulier les PME qui peuvent avoir un pouvoir de négociation limité par rapport aux plateformes en ligne, sont en mesure de mener leurs activités de manière prévisible (par exemple, en comptant sur la transparence en ce qui concerne les classements) et ne sont pas exposées à des coûts inutiles lorsqu’elles sont confrontées à des problèmes avec la plateforme en ligne (par exemple, la suspension du compte d’entreprise ou le blocage de produits et services par la plateforme). Ces mesures revêtent une importance particulière pour les entreprises, et notamment les PME, dans des écosystèmes clés tels que le tourisme et le commerce de détail ou dans les écosystèmes des industries culturelles et créatives. En outre, le règlement P2B peut également constituer un outil permettant de garantir que l’équité et la transparence aident les petites plateformes à se développer et à innover dans un cadre juridique commun partagé avec des plateformes plus grandes, dans des conditions de concurrence équitables. Afin de garantir que les services d’intermédiation en ligne respectent les exigences du règlement P2B, l’application de ce dernier relève de la compétence des États membres.

L’article 18 du règlement P2B contient une clause de réexamen qui énumère plusieurs éléments prioritaires aux fins d’une évaluation complète. Plus précisément, les points c), d), e) et f) de l’article 18 concernent respectivement: i) les pratiques commerciales déloyales résultant de la dépendance des entreprises utilisatrices vis-à-vis des services d’intermédiation en ligne; ii) la concurrence déloyale exercée par les fournisseurs intégrés de services d’intermédiation en ligne; iii) les déséquilibres nuisant aux entreprises utilisatrices de systèmes d’exploitation; et iv) les effets possibles de la définition d’«entreprise utilisatrice» sur le «faux travail indépendant».

Le règlement P2B reste pertinent pour tous les points prioritaires mentionnés ci-dessus, grâce aux dispositions existantes en matière de transparence et de recours. Dans le même temps, d’autres actes du droit de l’Union complètent le règlement P2B afin de reprendre les points prioritaires mentionnés ci-dessus, ce qui aurait pu nécessiter une évaluation complète du règlement P2B. En particulier, depuis le début de l’application du règlement P2B, l’UE a proposé ou adopté plusieurs nouvelles dispositions législatives présentant un intérêt pour les objectifs du règlement P2B. Celles-ci incluent le règlement sur les marchés numériques (DMA) 2 , la législation sur les services numériques (DSA) 3 ainsi que la proposition de directive relative à l’amélioration des conditions de travail dans le cadre du travail via une plateforme 4 .

Le présent rapport ne présente donc que l’état d’avancement de la mise en œuvre du règlement P2B et le degré de conformité à ce dernier, mais il ne contient pas d’évaluation préliminaire des points prioritaires mentionnés ci-dessus. Il recense également plusieurs pistes de suivi en vue d’améliorer la mise en œuvre dudit règlement. Le rapport se fonde sur des enquêtes menées auprès des entreprises utilisatrices de plateformes, ainsi que sur des entretiens avec les parties prenantes (308 entretiens avec des plateformes, des entreprises utilisatrices et leur organe de représentation, des autorités répressives, des experts), des analyses d’experts sur les conditions générales régissant les services d’intermédiation en ligne (échantillon de 300 plateformes), des groupes de réflexion, des études de cas et des recherches documentaires.

Dans l’ensemble, le présent rapport préliminaire sur la mise en œuvre constate ce qui suit: i) les premiers effets positifs du règlement P2B de l’UE, tout en observant que son potentiel n’est pas encore pleinement exploité; ii) le manque de respect actuel du présent règlement par les fournisseurs de services d’intermédiation en ligne, associé à un manque de sensibilisation des entreprises utilisatrices; et iii) la complémentarité avec d’autres législations de l’UE.

Le reste du présent rapport traitera des principales conclusions de cette évaluation préliminaire de la mise en œuvre.

1.Effets et plein potentiel du règlement «plateforme à entreprise» de l’UE

Le règlement P2B confère aux entreprises utilisatrices des droits contractuels en matière de transparence opposables à l’égard des fournisseurs de services d’intermédiation en ligne et des fournisseurs de moteurs de recherche en ligne. Ces droits permettent aux entreprises utilisatrices de prendre des décisions plus éclairées pour leur activité économique en ce qui concerne, entre autres, le choix des services à utiliser ou la manière d’optimiser les stratégies de classement et de résoudre d’éventuels litiges avec les fournisseurs concernés de ces services.

Cet effet crucial du règlement P2B est déjà observé dans la pratique. L’analyse préliminaire effectuée aux fins du présent rapport montre les premières améliorations, lesquelles se traduisent par un respect limité du règlement P2B par rapport au scénario de référence. 5 Ce respect peut encore être renforcé en veillant à ce que le plein potentiel du règlement P2B soit exploité. Les sections suivantes sur a) la transparence contractuelle en tant que droits légaux et b) la procédure à suivre dans le traitement des plaintes décrivent plus en détail les effets et le plein potentiel du règlement P2B.

a)La transparence contractuelle en tant que droits légaux

Le premier pilier du règlement P2B consiste à accorder aux acteurs économiques de l’UE des droits opposables et des voies de recours sur une base contractuelle.

La transparence prescrite par le règlement P2B doit être mise en œuvre dans les contrats de droit privé régissant les services d’intermédiation en ligne et se traduit donc directement en droits contractuels pour les entreprises utilisatrices. La transparence est également essentielle pour exercer des activités de manière stable sur les plateformes en ligne. L’importance des plateformes en ligne en tant que portails permettant aux entreprises utilisatrices d’atteindre leurs clients peut être encore plus grande dans certains secteurs tels que l’hôtellerie, le commerce de détail et l’audiovisuel. Dans ces secteurs, les plateformes en ligne constituent parfois le principal ou le seul accès pour la fourniture de leurs services et produits dans l’ensemble du marché intérieur.

Étant donné que le règlement P2B précise les principales questions commerciales relatives au classement, au traitement différencié, à l’accès aux données ainsi qu’à d’autres aspects, il offre aux entreprises utilisatrices une clarté sur leurs droits contractuels liés à ces questions. Cela contraste avec l’absence de droits auxquels elles étaient fréquemment confrontées avant que le règlement n’entre en application. En outre, le règlement prévoit des droits procéduraux concrets qui sont également essentiels pour le règlement des litiges, tels que le droit d’obtenir une notification préalable des modifications contractuelles ou de toute restriction, suspension ou déréférencement de produits, services ou comptes. Il en va de même pour le droit de prendre contact avec les médiateurs dont la liste doit figurer dans les contrats de droit privé des services d’intermédiation en ligne.

La transparence du classement aide à comprendre certains des avantages essentiels que les entreprises utilisatrices tirent de conditions générales transparentes et détaillées. En fait, la transparence en matière de classement offre un potentiel considérable, en introduisant une plus grande prévisibilité pour les entreprises utilisatrices quant à ce qui influence leur position dans la présentation des offres sur les plateformes, de sorte qu’elles puissent améliorer la présentation de leurs biens et services.

Si cette transparence est correctement mise en œuvre, conformément à l’objectif de transparence du classement énoncé à l’article 5, paragraphe 5, les entreprises utilisatrices comprendront dans quelle mesure la qualité de leurs produits et services détermine leur classement. Elles pourront ainsi optimiser la qualité de leurs produits et services ainsi que leur présence en ligne, cette dernière incluant, par exemple, l’élaboration de sites web et la conception de leur présence dans les services d’intermédiation en ligne, ce qui contribuera à l’optimisation de leur présence en ligne dans le cadre de leurs stratégies publicitaires.

Mise en œuvre

Environ un tiers seulement de l’ensemble des services d’intermédiation en ligne et des plateformes en ligne examinés dans l’étude d’évaluation du règlement P2B fournissaient dans leurs conditions générales des informations sur les paramètres de classement. Cet exemple ne reflète pas tout le potentiel de la véritable transparence que les plateformes en ligne doivent assurer.

Toutefois, cet exercice a permis de montrer que les conditions générales publiées par les plateformes peuvent être automatiquement indexées et suivies au fil du temps. De cette manière, les entreprises utilisatrices, ainsi que les parties prenantes, parmi lesquelles les chercheurs, les régulateurs et la société civile au sens large, peuvent observer et enregistrer les modifications, effectuer des recherches, mener des enquêtes, et bien plus encore. Sur cette base, le Centre commun de recherche de la Commission hébergera et tiendra à jour un répertoire public et ouvert des conditions générales de plus de 300 plateformes en ligne qui sont applicables aux entreprises utilisatrices et qui ont été indexées à ce jour 6 . Le suivi automatisé est une manière, parmi d’autres, dont la transparence obligatoire offre aux entreprises utilisatrices et aux citoyens des outils pratiques qui leur permettent de s’informer sur leurs activités en ligne.

Conclusions

L’étude d’évaluation conclut que «les écosystèmes actuels des plateformes, leurs entreprises utilisatrices et les fournisseurs de services d’optimisation des moteurs de recherche se sont développés dans des conditions d’opacité en ce qui concerne les algorithmes de classement et ont adapté leur fonctionnement en conséquence». Cela pourrait expliquer la grande différence de perception entre les entreprises utilisatrices quant à leur compréhension des paramètres de classement: 10 % des entreprises utilisatrices interrogées dans le cadre du présent rapport indiquent avoir reçu peu d’informations, ou ne pas avoir reçu d’informations, sur les paramètres de classement, tandis que 42 % d’entre elles évoquent un niveau d’information modéré.

La transparence en général, et en particulier en ce qui concerne les principaux paramètres de classement, est au cœur du règlement P2B. À l’article 5 dudit règlement, les colégislateurs ont tenu compte de la nécessité de modifier le statu quo, en exigeant que les fournisseurs de services d’intermédiation en ligne et les fournisseurs de moteurs de recherche en ligne soient plus transparents qu’auparavant. En outre, les fournisseurs de tels services peuvent offrir une transparence plus significative sans pour autant créer des conditions dans lesquelles les consommateurs peuvent être trompés ou sans que cela entraîne d’autres préjudices pour ces derniers.

L’article 5, paragraphe 6, du règlement précise bien que l’obligation de transparence est sans préjudice de la directive (UE) 2016/943 sur les secrets d’affaires 7 . Les lignes directrices en matière de classement précisent que cette clause signifie que: «Les fournisseurs ne peuvent donc refuser de divulguer, par exemple, les principaux paramètres au seul motif qu’ils n’ont jamais révélé aucun de leurs paramètres par le passé ou que les informations en question sont commercialement sensibles» 8 . Le potentiel prévu par l’article 5, pour lequel cette transparence supplémentaire est requise, est également résumé dans les lignes directrices en matière de classement, et il importe de rappeler à quel point cette transparence de référence est essentielle: «Les entreprises exerçant des activités en ligne ne connaissent donc pas toujours les raisons de leurs performances en matière de classement ou ne savent pas si et comment elles pourraient les améliorer, éventuellement avec l’aide du classement payant, alors que leur capacité à atteindre les clients dépend de manière décisive de cette connaissance» 9 .

La transparence du classement est un exemple de toute une série d’obligations en matière de transparence qui se traduisent par des droits contractuels directs et des avantages tangibles pour les entreprises de l’UE qui exercent des activités en ligne, quelle que soit leur ampleur. Un autre exemple est l’obligation prévue à l’article 7 du règlement. Cet article impose aux services d’intermédiation en ligne de décrire tout traitement différencié qu’ils peuvent appliquer concernant leurs propres biens ou services par rapport à ceux proposés par des entreprises utilisatrices tierces. Cette transparence peut notamment aider les autorités chargées du contrôle de l’application à détecter et analyser les comportements déloyaux et à procéder à des tests approfondis afin d’apprécier toute justification invoquée à l’appui d’un tel traitement différencié. À cet égard, depuis l’entrée en vigueur du règlement P2B, l’article 6, paragraphe 5, du règlement sur les marchés numériques interdit qu’un traitement plus favorable soit accordé en matière de classement ainsi que pour l’indexation et l’exploration qui y sont liées; néanmoins, le règlement P2B prévoit une transparence accrue en ce qui concerne le traitement différencié de l’accès aux données, de la tarification et des conditions d’accès aux services accessoires. Alors que nos sociétés continuent d’évoluer vers des services d’intermédiation en ligne, il est impératif d’exploiter pleinement le potentiel du règlement P2B.

Néanmoins, comme exposé plus en détail à la section 2 du présent rapport, le plein potentiel des dispositions du règlement P2B en matière de transparence peut dépendre fortement du fait que, d’une part, les entreprises utilisatrices ont une connaissance suffisante de leurs droits et, d’autre part, les fournisseurs de services d’intermédiation en ligne et de moteurs de recherche en ligne ont une connaissance suffisante de leurs obligations. À l’heure actuelle, la communauté des entreprises utilisatrices ainsi que les autres acteurs ne disposent pas d’un cadre de référence permettant de mesurer le degré de transparence dont ils bénéficient et il se peut qu’ils n’aient pas conscience de la manière dont une transparence accrue sur les principaux paramètres de classement, le traitement différencié et d’autres aspects encore pourrait les aider à mieux exercer leurs activités.

b)Procédure à suivre dans le traitement des plaintes

Objectifs du règlement P2B

Dans l’étude qui sous-tend le règlement P2B 10 , la Commission a expliqué ce qui suit: «Les raisons pour lesquelles les entreprises utilisatrices ne prennent absolument aucune mesure comprennent notamment l’inefficacité perçue des mécanismes de recours existants, la crainte de nuire à la relation commerciale avec la plateforme en ligne et la difficulté des procédures disponibles. […] D’autres facteurs importants limitant l’efficacité du recours judiciaire sont liés 1) au manque de connaissance des possibilités de recours judiciaire en raison de la petite taille des entreprises, 2) aux coûts disproportionnés qu’engendre un recours judiciaire international, notamment pour les microentreprises et/ou lorsque le recours juridictionnel impliquerait la juridiction d’un pays tiers, et 3) au fait que le recours judiciaire est trop long.» Le règlement P2B exige dès lors que les services d’intermédiation en ligne garantissent la transparence, des procédures de traitement interne des plaintes qui soient efficaces et rapides, ainsi que l’accès aux médiateurs avec lesquels les entreprises utilisatrices souhaitent entrer en contact.

Conformément à l’article 3, paragraphe 1, point c), les entreprises utilisatrices doivent obtenir une liste exhaustive des raisons pour lesquelles leurs comptes peuvent faire l’objet d’une suspension, d’une résiliation ou de l’imposition de toute autre restriction. Cela s’applique également aux entreprises utilisatrices potentielles, étant donné que l’article 3, paragraphe 1, point b), exige que les conditions générales dans lesquelles ces raisons doivent être incluses soient accessibles au cours de la phase précontractuelle. Une restriction effective des comptes devrait, conformément à l’article 4, être accompagnée d’un exposé des motifs faisant référence à la raison spécifique motivant la restriction, parmi celles énumérées dans les conditions générales. En cas de résiliation complète d’un compte, il est même exigé que l’exposé des motifs soit transmis au moins 30 jours à l’avance, et probablement bien avant cela. L’article 11 du règlement précise que toute restriction devrait alors ouvrir la voie à un système interne de traitement des plaintes mis à disposition par les services d’intermédiation en ligne, qui soit facilement accessible et gratuit pour l’entreprise utilisatrice concernée. En outre, la plainte devrait être traitée dans un délai raisonnable et sur la base des principes de transparence, d’égalité de traitement et de proportionnalité, et les fournisseurs de services d’intermédiation en ligne devraient rendre compte chaque année de la performance de leurs systèmes internes de traitement des plaintes. Enfin, l’article 12 donne aux entreprises utilisatrices la possibilité de tenter de prendre part à une médiation avec l’un des deux médiateurs au moins que les services d’intermédiation en ligne doivent répertorier dans leurs contrats. L’accès à ces médiateurs n’est pas subordonné au recours préalable au système de traitement interne des plaintes proposé par les services d’intermédiation en ligne.

Tous ces droits procéduraux en faveur des entreprises utilisatrices s’ajoutent à un système juridiquement codifié à l’échelle de l’UE concernant le traitement des plaintes par les services d’intermédiation en ligne. Parallèlement à la transparence qui se traduit par des droits contractuels (voir la section 1a ci-dessus), le traitement harmonisé des plaintes est susceptible de constituer un changement radical dans la manière d’exercer des activités en ligne. Cela est de nature à renforcer la sécurité juridique pour les entreprises, en leur permettant d’utiliser au mieux les gains d’efficacité que les services d’intermédiation en ligne ont à offrir.

Mise en œuvre

Une mise en œuvre efficace est essentielle pour exploiter pleinement ce potentiel. Toutefois, le règlement P2B n’est actuellement pas appliqué de manière efficace dans tous les États membres de l’UE, et le degré de sensibilisation parmi les entreprises utilisatrices et les services d’intermédiation en ligne est insuffisant. Cet aspect sera expliqué plus en détail à la section 2 ci-dessous.

La cohérence fait partie de cette indispensable mise en œuvre efficace. Le premier rapport obligatoire sur le fonctionnement et l’efficacité du traitement interne des plaintes au titre de l’article 11, paragraphe 4, du règlement P2B n’a été élaboré que par 19 des 179 services d’intermédiation en ligne analysés. Les résultats des rapports communiqués montrent de grandes divergences dans la manière dont les fournisseurs de services d’intermédiation en ligne comprennent la notion de «plainte».

Tableau 1. Résumé d’une sélection de rapports de plateformes sur le fonctionnement des systèmes de traitement des plaintes

Plateforme

Période

Nombre de plaintes déposées

Principaux types de plaintes

Délai moyen de traitement

Résultat

Apple

Juillet 2020 – juillet 2021

12.

Décisions de restriction, de suspension ou de suppression à l’égard d’applications et de développeurs

11,25 jours

Dans deux cas, les applications ont été restaurées; d’autres cas étaient liés à des violations répétées

Google (y compris YouTube)

Juillet 2020 – juillet 2021

3 263 776

Recours contre des décisions d’exécution de la politique de la plateforme concernant les comptes, le contenu ou les biens ou services d’entreprises utilisatrices (87 %); plaintes concernant les politiques des plateformes (4 %); problèmes techniques liés à l’application ou à la plateforme (3 %); gestion des comptes (3 %); processus de vérification (1 %); autres (2 %)

Dans un délai de 24 heures (71 %); 24-48 heures (9 %); plus de 2 jours mais moins d’une semaine (14 %); 1 semaine ou plus (6 %)

Décision d’exécution confirmée (51 %); la décision d’exécution a été annulée (26 %); problème résolu (20 %); autres (3 %)

Amazon

2020

284 577

Affichage et référencements des produits (65 %); FBA 11 , commandes et remboursements (23 %); enregistrement, accès au compte et paramétrage (6 %); publicité et services complémentaires (5 %)

3,7 jours

90 % ont été résolus à la satisfaction du vendeur

Facebook

Juin 2021 – juillet 2022

209

Non-conformité (109); questions technologiques (86); autres (14)

57,5 heures

186 plaintes résolues

Vinted

2021

15 427

Qualité de la commande (2 636); articles du catalogue (1 515); expédition et livraison (3 008); paiements et sécurité (6 673); facilité d’utilisation (1 595)

1,6 jour

Pas d’information

Apple App Store

13 juillet 2021 – 12 juillet 2022

64

La mesure initiale de restriction, de suspension ou de résiliation a été confirmée dans 60 des 64 cas.

4,83 jours

Pas d’information

Cette grande différence entre le nombre de plaintes et leur issue (12 plaintes pour Apple dont seulement deux ont été rejetées et plus de 3 millions de plaintes pour Google, dont 26 % ont été rejetées) donne à penser que les fournisseurs de services d’intermédiation en ligne ont des interprétations très différentes de la notion de plainte et que certains d’entre eux pourraient ne pas respecter cette obligation. À cet égard, l’article 11 du règlement P2B a un champ d’application très large, couvrant toutes «les mesures prises par ce fournisseur ou son comportement directement liés à la fourniture de services d’intermédiation en ligne et qui affectent le plaignant», ainsi que toutes «les questions technologiques directement liées à la fourniture de services d’intermédiation en ligne et qui affectent le plaignant».

Une sensibilisation accrue des entreprises utilisatrices entraînera également une augmentation de la demande d’accès à des médiateurs indépendants et impartiaux disposant d’une connaissance de plus en plus pointue des relations entre plateformes et entreprises. Cette augmentation découlerait du fait qu’un plus grand nombre de fournisseurs de services d’intermédiation en ligne s’efforcent de se conformer à l’article 12 du règlement P2B. À l’heure actuelle, seuls 25 des 179 grands et moyens services d’intermédiation en ligne pris en considération ont inscrit dans leurs conditions générales le nom d’au moins deux médiateurs à disposition des entreprises utilisatrices 12 . 35 autres services d’intermédiation en ligne ne mentionnent qu’une seule organisation de médiation dans leurs conditions générales. La plupart des services de ce second groupe mentionnent en outre la même organisation de médiation, dont il apparaît qu’elle se situe en dehors de l’UE.

La Commission n’a pas connaissance de services d’intermédiation en ligne mettant en place conjointement des organismes de médiation spécialisés, ainsi que le recommande l’article 13 du règlement P2B. Cela indique qu’à ce jour, il ne peut y avoir qu’un nombre très limité de médiateurs spécialisés actifs dans le domaine des relations entre plateformes et entreprises.

La Commission envisage de travailler avec les services d’intermédiation en ligne et leurs organisations et organismes représentatifs afin de les encourager à mettre en place les médiateurs spécialisés en application de l’article 13 du règlement P2B. À cette fin, la Commission s’adressera aux parties prenantes concernées immédiatement après la publication du présent rapport.

Les médiateurs spécialisés pourraient également, de manière plus générale, améliorer le traitement des plaintes par les plateformes en ligne. La Commission continuera donc d’encourager la mise en place des médiateurs spécialisés prévus à l’article 13 du règlement P2B. À cet égard, la possibilité pour ces médiateurs d’obtenir une certification conformément à l’article 21 de la législation sur les services numériques pourrait faciliter leur travail en tant qu’acteurs indépendants et compétents. La certification au titre de la législation sur les services numériques confirmera notamment que les médiateurs concernés respectent les exigences strictes en matière d’impartialité et d’indépendance prévues dans ladite législation.

2.Principales constatations: connaissance et respect limités du règlement «plateforme à entreprise» de l’UE

Comme indiqué à la section 1, le règlement P2B a des effets importants en ce qui concerne la sécurité juridique et le respect de procédures à suivre pour les entreprises utilisatrices. À cet égard, comme expliqué dans le document de travail des services de la Commission accompagnant le présent rapport, un échantillon significatif de services d’intermédiation en ligne, par exemple, tend à respecter dans une certaine mesure les dispositions du règlement P2B. En outre, certains des plus grands services d’intermédiation en ligne ont récemment commencé à communiquer des statistiques sur leur traitement interne des plaintes, et certains d’entre eux mentionnent également dans leurs conditions générales au moins une organisation de médiation. De même, la majorité des entreprises utilisatrices interrogées dans le cadre de ce rapport de mise en œuvre ont indiqué qu’elles recevaient désormais des notifications préalables chaque fois que les plateformes spécifiques qu’elles utilisent mettent à jour leurs conditions générales 13 .

Toutefois, comme décrit aux sections 2 a) et 2 b) suivantes, les fournisseurs de services d’intermédiation en ligne et les fournisseurs de moteurs de recherche en ligne ne respectent pas suffisamment, à ce jour, le règlement P2B. Ce manque de conformité s’accompagne d’un manque plus large de connaissance tant chez les entreprises utilisatrices que chez les fournisseurs de services d’intermédiation en ligne et les fournisseurs de moteurs de services en ligne quant à leurs droits et obligations respectifs. Cela signifie que le potentiel du règlement P2B n’est pas pleinement exploité à l’heure actuelle.

a)Les plateformes ne donnent pas plein effet aux règles

L’étude qui sous-tend le présent rapport a montré que, dans l’ensemble, le degré d’alignement des plateformes en ligne sur le règlement P2B est faible. Cette mise en œuvre insuffisante pourrait également être liée, et contribuer, au manque de connaissance correspondant du règlement P2B.

Au total, l’étude a révélé que 123 services d’intermédiation en ligne (soit 42,4 %) avaient atteint un faible niveau d’alignement sur les exigences du règlement en ce qui concerne la transparence contractuelle. L’alignement de 128 autres services d’intermédiation en ligne (44,1 %) a été évalué comme moyen tandis que l’alignement de 49 services d’intermédiation en ligne (16,9 %) seulement a été jugé relativement élevé. Ces constatations n’ont aucune incidence sur la question de savoir si l’un ou l’autre de ces services respecte effectivement la norme imposée par le règlement P2B. Toutefois, dans de nombreux cas, les informations de base fournies, par exemple sur le classement, sont potentiellement insuffisantes 14 .

Par exemple, comme indiqué dans la même étude, seul un tiers des conditions générales des plateformes en ligne examinées contenaient des informations sur les principaux paramètres de classement, et même en pareils cas, les descriptions étaient présentées en termes assez généraux. Il n’apparaissait pas non plus clairement si, dans tous les cas, les descriptions répondaient effectivement à l’obligation prévue à l’article 5 du règlement P2B.

En ce qui concerne la transparence en matière de traitement différencié, telle que prévue à l’article 7, l’examen a montré que très peu de services d’intermédiation en ligne contenaient des informations, tandis que 11 % des entreprises utilisatrices interrogées en 2022 ont indiqué avoir été confrontées à un tel traitement différencié lorsqu’il concernait uniquement le classement. Selon une étude de 2021, lorsque les services d’intermédiation en ligne vendaient également leurs propres produits ou services dans le cadre du commerce électronique, près de 53 % des entreprises interrogées ont fait preuve d’autofavoritisme.

En ce qui concerne l’obligation prévue à l’article 9 imposant de décrire l’accès technique et contractuel aux données pour les entreprises utilisatrices, les informations fournies étaient souvent décrites en termes généraux, et les entreprises interrogées dans l’étude qui sous-tend le présent rapport n’ont généralement pas pu faire le lien entre les informations fournies et le règlement P2B. Un répondant a expliqué qu’il s’agissait peut-être davantage d’une tentative de mise en conformité avec le RGPD. Il semble que l’absence d’accès effectif aux données générées par les activités des entreprises utilisatrices sur les principales plateformes en ligne demeure le principal problème. En outre, de nombreuses entreprises utilisatrices, qu’il s’agisse de PME ou de grandes entreprises, ont constaté que les règles régissant la manière dont elles pouvaient utiliser les statistiques relatives aux clients ainsi que d’autres données sur les clients manquaient également elles-mêmes de clarté.

Comme indiqué à la section 1 ci-dessus, le respect accru du règlement P2B devrait conduire à des politiques plus claires en matière d’accès aux données, de façon à clarifier ensuite les droits contractuels des entreprises utilisatrices ou l’absence de tels droits. Cette transparence offre ensuite davantage de possibilités pour les services d’intermédiation en ligne de se distinguer sur la base des politiques d’accès aux données, par exemple en accordant un plus grand accès, en limitant leur propre accès, ou en expliquant de manière plus claire et détaillée comment ils comprennent que la nécessité de respecter le RGPD joue un rôle dans la définition des politiques d’accès aux données.

En ce qui concerne le respect des règles relatives aux délais de préavis énoncées à l’article 3 du règlement P2B, les perceptions des parties prenantes variaient considérablement. Si de nombreux grands services d’intermédiation en ligne soulignent dans leurs conditions générales qu’ils appliquent des procédures et des délais de préavis conformes au règlement (à savoir l’article 3, paragraphes 2 et 5, ainsi que les articles 4 et 11), leur conformité effective dans les situations pertinentes, telle qu’évaluée par les entreprises utilisatrices, est contestable. Certaines entreprises interrogées (principalement des microentreprises et des petites entreprises) des secteurs de l’hôtellerie et du commerce électronique ont souligné que les motifs de suspension et de résiliation figurant dans les conditions générales restaient peu clairs et génériques, lorsque, par exemple, la «violation des conditions générales» entraîne des failles au niveau du délai de préavis et peut ainsi avoir une incidence négative sur la continuité des activités. Cela montre que la transparence n’a pas encore atteint le niveau nécessaire et suffisant pour permettre aux entreprises utilisatrices d’être bien informées de tous leurs droits et obligations.

Les systèmes internes de traitement des plaintes constituent l’option de recours la plus souvent disponible et utilisée dans l’environnement des plateformes en ligne. Cela reflète le fait que les services d’intermédiation en ligne ont tout intérêt à pouvoir communiquer avec leurs entreprises utilisatrices, par exemple au sujet de questions techniques. Toutefois, le fait que des possibilités de communication soient en place ne signifie pas que les services d’intermédiation en ligne concernés garantissent l’efficacité requise sous la forme, par exemple, d’autres éléments à fournir, en tenant dûment compte des plaintes et en les traitant rapidement et efficacement.

Actuellement, l’efficacité des mécanismes internes de traitement des plaintes est encore davantage réduite par le manque de clarté de certains termes et concepts, y compris la notion de «plainte» au sens du règlement P2B. Ce terme devrait faire l’objet d’une interprétation large dans le cadre du règlement P2B et englober toutes «les mesures prises par [le fournisseur concerné] ou son comportement directement liés à la fourniture de services d’intermédiation en ligne et qui affectent le plaignant». À cet égard, seuls 69 des 179 grands fournisseurs de services d’intermédiation en ligne ont inclus les informations requises au titre de l’article 11, paragraphe 3, concernant l’accès au processus interne de traitement des plaintes et son fonctionnement 15 . Encore moins de fournisseurs publient, ainsi que l’exige l’article 11, paragraphe 4, des rapports annuels sur le traitement des plaintes selon leur mécanisme interne.

Comme cela a déjà été mentionné à la section 1, les quelques rapports qui ont été publiés montrent également une interprétation probablement très divergente de la notion de «plainte» au sens du règlement P2B. L’efficacité du traitement interne des plaintes est en outre entravée par le non-respect effectif des articles 3 et 4 du fait du manque de clarté des conditions générales et de l’absence de la notification prévue pour les restrictions des services. Alors qu’une part importante (43 %) des problèmes serait, selon les répondants, entièrement résolue par le système interne de traitement des plaintes, l’enquête de 2022 qui sous-tend le présent rapport montre également qu’une part plus importante des problèmes n’est que partiellement résolue, voire pas du tout (48 % et 8 % respectivement).

Une plus faible proportion d’entreprises utilisatrices a également fait état d’une imprécision permanente dans les réponses des plateformes et a évoqué la longueur des délais d’attente. Ces problèmes sont les plus fréquents parmi les entreprises utilisatrices des plus grandes plateformes, dont les systèmes internes de traitement des plaintes sont décrits par les répondants comme hautement automatisés, avec des procédures normalisées et des réponses génériques. L’accès à une assistance individualisée et spécifique est décrit comme étant l’un des principaux problèmes des relations P2B pour de nombreuses entreprises utilisatrices.

D’autres voies de recours inscrites dans le règlement P2B — médiation et tribunaux — sont exercées par les entreprises utilisatrices dans de très rares cas. Les tribunaux semblent en particulier constituer le tout dernier recours, et uniquement pour les entreprises utilisatrices les plus importantes. La plupart des entreprises ne considèrent toujours pas cette solution comme une option viable en raison du coût qu’elle représente, de chances de succès jugées faibles et de la crainte de mesures de représailles de la part des plateformes en ligne.

Le règlement P2B a introduit la médiation comme un moyen de répondre à la réticence des entreprises utilisatrices à recourir aux tribunaux, mais cette option n’a pas encore été largement utilisée par ces dernières. Seuls quelques services d’intermédiation en ligne ont inclus dans leurs conditions générales les informations requises au titre de l’article 12 du règlement P2B concernant deux médiateurs avec lesquels ils sont disposés à entrer en contact, et le recours à la médiation ne demeure que marginal (quelques dizaines d’affaires seulement ont été mentionnées dans le rapport d’étude 16 ).

Le recours à la médiation est également décrit comme demeurant limité. Il s’agit d’une conséquence directe du manque de connaissance de cette nouvelle possibilité contractuelle, plutôt que du résultat de difficultés rencontrées par le nombre limité d’entreprises utilisatrices qui ont effectivement recouru à des services de médiation pour résoudre des litiges avec des services d’intermédiation en ligne. Les difficultés rencontrées étaient liées à la longueur des procédures, à leur coût et à leur caractère non contraignant, ainsi qu’à la supposée partialité du médiateur compte tenu du grand nombre d’affaires introduites par un nombre limité de services d’intermédiation en ligne. Cette constatation renforce la nécessité d’une plus grande sensibilisation.

À ce jour, aucun code de conduite n’a été établi pour les domaines régis par le règlement P2B. Ce constat est lié au niveau de connaissance limité et à l’absence de conformité, et est compréhensible compte tenu du peu de temps qui s’est écoulé depuis l’entrée en vigueur du règlement P2B. Toutefois, comme recommandé dans l’avis 17 du groupe d’experts de l’Observatoire sur l’économie des plateformes en ligne , des codes de conduite pourraient être utilisés pour rendre opérationnelle l’application du règlement P2B. En particulier, des codes de conduite régissant l’application du règlement P2B dans certains secteurs (par exemple, les plateformes de réservation hôtelière ou les places de marché de détail en ligne) pourraient contribuer à une plus grande sensibilisation et offrir aux services d’intermédiation en ligne et à leurs entreprises utilisatrices de nouvelles possibilités de renforcer la confiance.

L’absence de conformité totale et effective s’accompagne d’une méconnaissance des droits contractuels et des possibilités de recours prévus par le règlement, tant parmi les entreprises utilisatrices que parmi les plateformes en ligne de plus petite taille. Le défaut de conformité et la méconnaissance sont également susceptibles d’avoir des effets mutuels. L’étude qui sous-tend le présent rapport a montré que le niveau de connaissance des entreprises utilisatrices, des associations et des plateformes tend à être plus faible dans les États membres de l’UE qui n’ont mis en place aucun système public de contrôle de l’application tel que prévu par l’article 15 du règlement 18 .

b)Les mesures prises par les États membres en matière de contrôle de l’application et de sensibilisation sont insuffisantes

Les États membres mettent de plus en plus en œuvre des systèmes visant à faire appliquer le règlement P2B, comme prévu à l’article 15 dudit règlement. Le 26 janvier 2023, la Commission a engagé une procédure d’infraction à l’encontre de huit États membres qui, à l’époque, n’avaient pris aucune mesure au titre de l’article 15 du règlement P2B. Cette mesure a fait suite à des contacts continus entre la Commission et les États membres concernant le contrôle de l’application du règlement P2B par les pouvoirs publics, y compris dans le cadre de réunions régulières du groupe d’experts sur le commerce électronique 19 . Dans l’intervalle, certains de ces États membres ont adopté des règles nationales visant à mettre en place un système de contrôle de l’application, ainsi que l’exige l’article 15.

À la fin du mois de juin 2023, 21 États membres 20 avaient adopté des législations nationales visant à faire appliquer le règlement P2B, tandis que quatre autres États membres envisagent une future législation préparant le terrain pour le contrôle de l'application dudit règlement 21 . Au total, 15 États membres s’assurent actuellement de l’application du règlement P2B par l’intermédiaire d’une autorité publique chargée de son application effective 22 .

Compte tenu de la faible connaissance que les entreprises utilisatrices ont de leurs droits au titre du règlement P2B et du faible nombre correspondant de plaintes ou d’affaires judiciaires fondées sur le règlement, certaines autorités des États membres ont également mené, ou envisagent de mener, des campagnes de sensibilisation. La sensibilisation est essentielle pour une application effective du règlement et la Commission reconnaît la nécessité de soutenir ces activités et d’y participer. Elle prévoit donc d’organiser des campagnes de communication conjointes avec les autorités des États membres.

c)Réseau informel des autorités chargées du contrôle de l’application du règlement P2B

Un groupe d’autorités des États membres chargées du contrôle de l’application du règlement P2B a décidé de mettre en place un réseau informel P2B (le «groupe de pilotage») 23 . Pour favoriser l’échange d’informations et coordonner les activités de mise en œuvre (par exemple, dans le cadre d’opérations «coup de balai»), un Wiki P2B a été créé, dans lequel sont représentés la quasi-totalité des États membres 24 . Au cours des réunions (et par l’intermédiaire de l’espace Wiki), les autorités responsables du contrôle de l’application ou les autorités des États membres responsables de la mise en œuvre du règlement P2B et de la sensibilisation organisent des appels à informations, partagent des informations sur les décisions de justice pertinentes ainsi que les lignes directrices adoptées par les autorités responsables du contrôle de l’application, ou organisent des actions conjointes de suivi et d’application telles que des opérations «coup de balai». Ces échanges sont importants non seulement pour les autorités participant au contrôle de l’application, mais aussi pour d’autres autorités qui peuvent tirer des enseignements de cet exercice et être encouragées à participer plus activement à l’avenir.

Certaines autorités chargées du contrôle de l’application ont élaboré et adopté des lignes directrices à l’intention des fournisseurs de plateformes en ligne et des fournisseurs de moteurs de recherche en ligne sur la manière d’interpréter certaines dispositions du règlement P2B. Il s’agit d’orientations non contraignantes, qui n’interprètent pas le règlement, et qui sont destinées à aider en particulier les petits fournisseurs de services d’intermédiation en ligne et de moteurs de recherche en ligne susceptibles d’être actifs dans un seul État membre. Ces documents d’orientation prennent la forme de conseils pratiques dans les langues locales concernées. Il s’agit là d’un autre exemple d’initiative volontaire des autorités des États membres. Jusqu’à présent, AGCOM 25 en Italie et ACM 26 aux Pays-Bas ont publié ce type d’orientations sur l’application du règlement, disponibles sur leurs sites internet respectifs. Des lignes directrices officielles sur les dispositions de fond du règlement sont fournies dans la communication de la Commission sur la transparence en matière de classement, comme expliqué dans la section suivante.

d)Mesures prises jusqu’à présent par la Commission au titre du règlement P2B

Outre le lancement de procédures d’infraction à l’encontre des États membres qui n’ont pas mis en œuvre l’article 15 du règlement, la Commission a également publié une communication sur les lignes directrices en matière de classement en application de l’article 5, paragraphe 7, du règlement P2B 27 .

La Commission tient également à jour une liste des entités désignées 28 conformément à l’article 14, paragraphe 6, du règlement. À ce jour, seules l’Autriche et l’Irlande ont désigné de tels organisations, associations ou organismes publics.

3.Complémentarité avec d’autres actes de l’UE

Le règlement P2B a constitué la première étape vers la mise en place d’un cadre juridique complet pour l’économie des plateformes; il a depuis été complété par l’adoption de la législation sur les services numériques (DSA) et du règlement sur les marchés numériques (DMA) . Ces instruments en sont à un stade précoce de leur mise en œuvre. Si la relation entre le règlement P2B, la DSA et le DMA est bien définie, les interactions et la complémentarité entre ces actes législatifs devraient faire l’objet d’une attention particulière de la Commission et des organismes nationaux chargés du contrôle de l’application, conformément à l’avis du groupe d’experts de l’Observatoire sur l’économie des plateformes en ligne.

Plus précisément, le règlement P2B, y compris son article 11 sur le traitement interne des plaintes, s’applique à l’ensemble des fournisseurs de services d’intermédiation en ligne de taille moyenne et de grande taille. Par conséquent, son champ d’application va au-delà de la législation sur les marchés numériques. Cela signifie que les entreprises utilisatrices de services d’intermédiation en ligne bénéficient d’une plus grande sécurité juridique pour établir une présence en ligne couvrant non seulement les services de plateforme essentiels de «contrôleur d’accès» au titre de la législation sur les marchés numériques mais aussi d’autres services d’intermédiation en ligne.

Le règlement sur les services numériques reflète et précise l’obligation de transparence en matière de classement prévue à l’article 5 du règlement P2B, dans l’intérêt de tous les citoyens européens. Il garantit également la disponibilité systématique de mécanismes de recours, la clarté et la disponibilité nécessaires des conditions générales des plateformes en ligne, ainsi que leur application cohérente.

En outre, l’article 17 de la proposition de législation européenne sur la liberté des médias 29 fait référence au règlement P2B. L’objectif est de préciser que les fournisseurs de médias, en tant qu’entreprises utilisatrices de services d’intermédiation en ligne, devraient se voir offrir, dans le cadre de la modération des contenus, des garanties quant à la régularité des procédures.

4.Conclusions générales et propositions d’actions de suivi de la part de la Commission

Ce premier examen préliminaire montre les effets existants du règlement P2B: depuis son adoption, les services d’intermédiation en ligne sont devenus plus transparents (par exemple, l’information sur les conditions générales, la mise en place d’un traitement interne des plaintes, ou encore l’établissement des motifs de suspension ou de résiliation du compte ou du référencement). Toutefois, le niveau de conformité des plateformes reste trop faible, avec des différences en fonction de la taille de la plateforme, mais aussi de l’obligation (par exemple, même si elles établissent la liste des motifs de suspension ou de résiliation, les descriptions restent encore trop vagues dans la pratique pour l’entreprise utilisatrice).

Dans le même temps, l’examen révèle que des problèmes persistent lorsqu’il s’agit d’atteindre les objectifs du règlement P2B. Les règles en matière de transparence et de règlement des litiges restent plus pertinentes que jamais, mais elles ne sont pas pleinement appliquées dans la pratique. Toutefois, le présent rapport et les données recueillies montrent que les règles peuvent, si elles sont appliquées pleinement et correctement, constituer la solution appropriée pour résoudre les problèmes auxquels les entreprises utilisatrices continuent de faire face. Le présent rapport recense un certain nombre de facteurs susceptibles d’expliquer pourquoi une transparence accrue n’a pas entraîné de changements sensibles dans le comportement des plateformes sur certaines questions. En particulier, le faible niveau de sensibilisation des entreprises utilisatrices quant à leurs droits, ainsi que le contrôle insuffisant de l’application par les autorités nationales entraînent un respect limité des règles par les plateformes en ligne. Tous ces facteurs doivent être pris en considération de manière à accroître la mise en œuvre et l’efficacité du règlement P2B, lesquelles devront être évaluées dans le prochain rapport.

En ce qui concerne la mise en œuvre et le contrôle de l’application, la Commission continuera de travailler en étroite collaboration avec les États membres et les autorités nationales compétentes. Afin de remédier au faible niveau de connaissance et de remédier aux lacunes recensées lors de l’examen, les actions suivantes sont proposées:

·premièrement, il importe de veiller à ce que les entreprises utilisatrices, les associations et les plateformes en ligne aient connaissance des droits et obligations découlant du règlement P2B. Pour ce faire, la Commission collaborera avec les États membres afin de diffuser des informations dans différents secteurs et pour tous les acteurs, par l’intermédiaire de différents canaux, y compris des campagnes d’information, des réseaux d’entreprises et d’autres outils (par exemple Your Europe). La Commission prévoit également d’organiser de nouveaux ateliers avec les entreprises utilisatrices, les services d’intermédiation en ligne et d’autres parties prenantes de différents secteurs;

·deuxièmement, le niveau de sensibilisation était variable selon les secteurs (par exemple, dans le secteur de l’hôtellerie ou du commerce électronique). Pour chaque secteur, des outils spécifiques pourraient être utilisés pour sensibiliser davantage, par exemple en utilisant les trajectoires de transition 30 comme levier afin d’établir d’éventuels plans d’action adaptés;

·troisièmement, le niveau relatif de l’alignement en matière de médiation est généralement plus élevé pour les services d’intermédiation en ligne de plus grande taille 31 . Par conséquent, la Commission envisage comme une priorité le suivi des plateformes de PME, en collaboration avec les États membres et les autorités respectives;

·enfin, des codes de conduite devraient être utilisés pour rendre opérationnelle l’application du règlement P2B. La Commission prévoit d’étudier la possibilité d’établir, dans un avenir proche, des codes de conduite dans les secteurs des réservations hôtelières et des places de marché en ligne. Elle réunira les services d’intermédiation en ligne et les autorités des États membres pour agir dans ce domaine.

(1)

Règlement (UE) 2019/1150 du Parlement européen et du Conseil du 20 juin 2019 promouvant l’équité et la transparence pour les entreprises utilisatrices de services d’intermédiation en ligne (PE/56/2019/REV/1, JO L 186 du 11.7.2019, p. 57).

(2)

Règlement (UE) 2022/1925 du Parlement européen et du Conseil du 14 septembre 2022 relatif aux marchés contestables et équitables dans le secteur numérique et modifiant les directives (UE) 2019/1937 et (UE) 2020/1828 (règlement sur les marchés numériques) (texte présentant de l’intérêt pour l’EEE), (PE/17/2022/REV/1, JO L 265 du 12.10.2022, p. 1). Le règlement sur les marchés numériques s’applique déjà et couvre spécifiquement les questions d’équité des services d’intermédiation en ligne, ainsi que les questions d’interopérabilité concernant les systèmes d’exploitation — les problèmes visés à l’article 18, points c), d) et e). Il aborde précisément le problème des pratiques commerciales déloyales, de la concurrence déloyale et d’autres effets négatifs entraînés par le déséquilibre entre les positions de négociation des entreprises utilisatrices et celles des services de plateforme essentiels.

(3)

Règlement (UE) 2022/2065 du Parlement européen et du Conseil du 19 octobre 2022 relatif à un marché unique des services numériques et modifiant la directive 2000/31/CE (législation sur les services numériques) (Texte présentant de l’intérêt pour l’EEE) (PE/30/2022/REV/1, JO L 277 du 27.10.2022, p. 1).

(4)

Proposition de DIRECTIVE DU PARLEMENT EUROPÉEN ET DU CONSEIL relative à l’amélioration des conditions de travail dans le cadre du travail via une plateforme, COM/2021/762 final. Une fois que la proposition de directive sur le travail via une plateforme sera adoptée par le Parlement européen et le Conseil, il ne devrait plus y avoir de lacune dans la protection des personnes travaillant via des plateformes numériques en ce qui concerne la transparence des algorithmes et le traitement des plaintes, que ces personnes soient des «entreprises utilisatrices», des travailleurs des plateformes ou de (véritables) travailleurs indépendants exécutant un travail via une plateforme, étant donné que les personnes concernées bénéficieront des protections prévues soit par le règlement P2B, soit par la directive sur le travail via une plateforme.

(5)

Voir le document de travail des services de la Commission accompagnant le présent rapport, page 10.

(6)

La base de données est actuellement disponible ici et sera transférée dans un domaine de la Commission peu après la publication du présent rapport.

(7)

Directive (UE) 2016/943 du Parlement européen et du Conseil du 8 juin 2016 sur la protection des savoir-faire et des informations commerciales non divulgués (secrets d’affaires) contre l’obtention, l’utilisation et la divulgation illicites (Texte présentant de l’intérêt pour l’EEE) (JO L 157 du 15.6.2016, p. 1).

(8)

Lignes directrices en matière de classement, point 82.

(9)

Lignes directrices en matière de classement, point 13.

(10)

DOCUMENT DE TRAVAIL DES SERVICES DE LA COMMISSION INTITULÉ «ANALYSE D’IMPACT accompagnant la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil promouvant l’équité et la transparence pour les entreprises utilisatrices des services d’intermédiation en ligne», SWD/2018/138 final.

(11)

Expédié par Amazon.

(12)

Étude sur l’évaluation du règlement (UE) 2019/1150 promouvant l’équité et la transparence pour les entreprises utilisatrices de services d’intermédiation en ligne (règlement P2B), page 119.

(13)

Document de travail des services de la Commission accompagnant le présent rapport.

(14)

Les lignes directrices en matière de classement confirment à cet égard ce qui suit: «la description à fournir doit aller au-delà d’une simple énumération des principaux paramètres et comporter au moins un “deuxième niveau” d’informations explicatives (6) . Les fournisseurs pourraient, par exemple, envisager de décrire le “processus de réflexion” interne à l’entreprise qui a guidé le recensement des “paramètres principaux”, en vue de déterminer également les “raisons justifiant leur importance relative”». Communication de la Commission – Lignes directrices concernant la transparence en matière de classement, conformément au règlement (UE) 2019/1150 du Parlement européen et du Conseil (2020/C 424/01), point 22.

(15)

Document de travail des services de la Commission accompagnant le présent rapport.

(16)

Ibid.

(17)

Voir l’avis du groupe d’experts sur son site internet, qui sera publié peu après le présent rapport.

(18)

Voir le document de travail des services de la Commission accompagnant le présent rapport, page 27.

(19)

https://ec.europa.eu/transparency/expert-groups-register/screen/expert-groups/consult?lang=fr&do=groupDetail.groupDetail&groupID=1636

(20)

AT, BE, BG, CY, CZ, DE, DK, EE, EL, ES, FI, FR, HR, IE, IT, LU, LV, MT, PT, RO, SE. Dernière mise à jour: 4 août 2023.

(21)

NL, PL, SK, SI. Dernière mise à jour: 4 août 2023.

(22)

BE, CY, CZ, DK, EE, EL, ES, FR, HR, IE, IT, LV, LU, PT, RO, août 2023.

(23)

BE, DK, FR, IE, NL (IT a rejoint le groupe en 2023).

(24)

23 États membres font partie du Wiki P2B et du réseau informel des autorités chargées de faire appliquer le règlement P2B.

(25)

Plateforme à entreprise – AGCOM

(26)

ACM publie des projets de lignes directrices sur les règles régissant les plateformes en lignes et les moteurs de recherche en ligne| ACM.nl

(27)

Communication de la Commission – Lignes directrices concernant la transparence en matière de classement, conformément au règlement (UE) 2019/1150 du Parlement européen et du Conseil, 2020/C 424/01, C/2020/8579.

(28)

Liste des organisations, associations et organismes publics désignés établie et publiée conformément à l’article 14, paragraphe 6, du règlement (UE) 2019/1150 du Parlement européen et du Conseil promouvant l’équité et la transparence pour les entreprises utilisatrices de services d’intermédiation en ligne (2021/C 402/05).

(29)

Proposition de RÈGLEMENT DU PARLEMENT EUROPÉEN ET DU CONSEIL établissant un cadre commun pour les services de médias dans le marché intérieur (législation européenne sur la liberté des médias) et modifiant la directive 2010/13/UE (COM/2022/457 final).

(30)

«Création conjointe d’une trajectoire de transition pour un écosystème du commerce de détail plus résilient, plus numérique et plus vert», SWD (2023) 283 final. https://single-market-economy.ec.europa.eu/system/files/2023-07/SWD_2023_283_F1_STAFF_WORKING_PAPER_EN_V4_P1_2864349.PDF

(31)

Par exemple, la comparaison des résultats des enquêtes de 2020 et de 2022 a montré que plusieurs grandes plateformes en ligne de différents secteurs de l’économie des plateformes (agences de voyages en ligne, places de marché du commerce électronique, boutiques d’applications, etc.) ont révisé leurs conditions générales afin d’apporter plus de clarté et de précision.

Documents similaires

Acte préparatoire52024SC0184

Acte préparatoire — 52024SC0184

22/12/2023

Acte préparatoire52023M11377

Acte préparatoire — COM(2023) 11377

22/12/2023

Acte préparatoire52023M11359

Acte préparatoire — COM(2023) 11359

22/12/2023

Acte préparatoire52023BP0129R(01)

Acte préparatoire — 52023BP0129R(01)

22/12/2023

← Retour au droit européenVoir aussi sur EUR-Lex →