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Acte préparatoire52023DC0577

Acte préparatoire — 52023DC0577

CELEX52023DC0577
TypeActe préparatoire
Datemercredi 11 octobre 2023

Texte intégral

european flagCOMMISSION EUROPÉENNE

Bruxelles, le 11.10.2023

COM(2023) 577 final

COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS

L’évolution démographique en Europe: une panoplie d’instruments d’action


1.INTRODUCTION

Dans toute l’Europe, les citoyens vivent plus longtemps et en meilleure santé. L’espérance de vie augmente grâce aux importants progrès sociaux et économiques enregistrés en Europe au cours des dernières décennies, notamment en ce qui concerne le niveau de vie, l’accès à l’éducation et à la formation, ainsi que les soins de santé et la médecine. À mesure que l’espérance de vie augmente, l’Europe doit mettre en place une «société de la longévité» qui valorise l’allongement de la durée de vie des personnes âgées, donne des moyens d’agir aux citoyens âgés et favorise la prospérité et le bien‑être des générations actuelles et futures.

Toutefois, l’évolution démographique a une incidence directe sur le capital humain de l’UE et sur sa compétitivité. Le vieillissement de la population et la diminution de la population en âge de travailler vont sans doute exacerber les pénuries de main‑d’œuvre et accroître la pression sur les budgets publics. Le vieillissement de la population devrait également avoir une incidence profonde sur les investissements, la productivité et l’activité entrepreneuriale. En outre, certains États membres ou régions étant plus touchés que d’autres, l’évolution démographique affecte la cohésion sociale, territoriale et intergénérationnelle de nos sociétés démocratiques.

Dans ses conclusions de juin 2023, le Conseil européen a appelé de ses vœux la création d’une boîte à outils pour faire face aux défis démographiques, et notamment à leur incidence sur l’avantage concurrentiel de l’Europe. Les citoyens attendent que l’UE et leurs gouvernements nationaux agissent conjointement pour gérer l’évolution démographique et ses conséquences. Il est important que leurs mesures politiques en la matière soient guidées par les principes d’égalité entre les hommes et les femmes et d’équité intergénérationnelle 1 , qu’elles soient fondées sur des réalités locales qui tiennent compte des régions rurales et reculées, et qu’elles s’inscrivent dans d’autres grandes tendances mondiales telles que la double transition écologique et numérique. L’ampleur de la tâche nécessite une approche pangouvernementale coordonnée qui associe tous les acteurs de l’économie et de la société, de manière démocratique et inclusive. Les tendances démographiques pourront alors être gérées de manière à renforcer la résilience de l’Europe dans son ensemble, conformément aux attentes exprimées par les citoyens de l’UE dans le contexte de la conférence sur l’avenir de l’Europe 2 .

L’évolution démographique est principalement déterminée par les choix de vie des individus et des familles. Toutefois, les politiques européennes et nationales devraient contribuer à faire en sorte que les citoyens européens puissent concrétiser leurs aspirations. À cette fin, il convient d’adapter les politiques et les aides publiques au niveau pertinent pour:

I.mieux concilier vie de famille et travail rémunéré, en garantissant notamment l’accès à des services de garde d’enfants de qualité ainsi qu’un bon équilibre entre vie professionnelle et vie privée, en vue de favoriser l’égalité entre les hommes et les femmes;

II.soutenir les jeunes générations et leur donner les moyens de prospérer et de développer leurs compétences, et leur faciliter l’accès au marché du travail et à un logement abordable;

III.donner aux générations plus âgées les moyens d’agir et préserver leur prospérité, en menant des réformes combinées à des politiques appropriées concernant le marché de l’emploi et les lieux de travail;

IV.s’il y a lieu, remédier aux pénuries de main-d’œuvre grâce à une migration légale gérée, en pleine complémentarité avec la mise à profit des talents de l’UE.

Les outils de l’UE (instruments réglementaires, cadres d’action et financements) devraient être efficacement combinés avec les politiques nationales et régionales afin de soutenir toutes les générations et de leur donner les moyens d’agir, de concrétiser leurs choix de vie et de réaliser leur potentiel dans l’économie et la société au sens large.

2.L’ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE EST EN TRAIN DE REMODELER NOS ÉCONOMIES ET NOS SOCIÉTÉS

Au cours des prochaines années, la réduction et le vieillissement continu de la population européenne risquent d’avoir une incidence négative sur la compétitivité à long terme de l’UE. Au niveau mondial, la population devrait continuer à augmenter tout au long du 21e siècle et le vieillissement sera une tendance démographique de plus en plus marquée à l’échelle de la planète 3 . L’orientation et le rythme de l’évolution démographique varient d’un pays à l’autre et une grande partie de la croissance démographique mondiale devrait avoir lieu dans les pays à faible revenu. Au sein de l’UE, en raison du vieillissement de la population et de la baisse des taux de natalité, la population culminera vers 2026 puis diminuera progressivement au cours des décennies suivantes. La population de l’UE en âge de travailler devrait diminuer (de 57,4 millions d’habitants d’ici à 2100) et le taux de dépendance des personnes âgées devrait augmenter (et passer de 33 % à 60 % d’ici à 2100) 4 . Conformément à ces tendances, la part de l’UE dans la population mondiale continuera de baisser (de 6 % aujourd’hui à moins de 4 % en 2070 5 ), ce qui pourrait réduire le poids relatif du marché unique dans l’économie mondiale et diminuer l’influence géopolitique de l’UE.

Parts estimées et prévues de la population mondiale PAR CONTINENT, 1960-2100 (en %)

Si rien n’est fait, l’évolution démographique risque d’exacerber encore davantage les pénuries de main‑d’œuvre et de créer des goulets d’étranglement dans l’économie. Les pénuries de main‑d’œuvre dans l’UE atteignent d’ores et déjà des niveaux records, notamment en raison de la diminution de la population en âge de travailler. La demande de professionnels dans les domaines des STIM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques), des TIC (technologies de l’information et de la communication), de la construction, des soins et des transports (notamment les conducteurs de camions et d’autocars) est particulièrement forte dans plusieurs États membres et dans certaines régions 6 . Si les tendances ne s’inversent pas, les pénuries de main‑d’œuvre dans les métiers hautement qualifiés comme dans les métiers peu qualifiés devraient augmenter considérablement à mesure que les «babyboomers» (nés entre le milieu des années 1940 et le milieu des années 1960) partiront à la retraite, jusqu’au milieu des années 2030. Les mesures d’activation de l’emploi et l’augmentation des salaires dans les professions particulièrement touchées peuvent certes atténuer les pénuries de main‑d’œuvre. Toutefois, si elle n’est pas soutenue par des augmentations de la productivité, la hausse des coûts de la main‑d’œuvre peut également avoir une incidence sur la compétitivité des entreprises de l’UE par rapport à leurs concurrents dans d’autres grandes économies.

L’évolution démographique peut créer de nouvelles possibilités dans différents secteurs, mais elle accroît également certains risques de dépendances stratégiques. Le vieillissement de la population européenne porte le potentiel de l’«économie des seniors» à 28,1 % du PIB de l’UE en 2025 7 . Dans une «société de la longévité», des possibilités apparaissent dans divers secteurs et domaines tels que la technologie, la santé et les soins, la médecine, la nutrition et le bien‑être, l’éducation et l’apprentissage tout au long de la vie, les transports et les services financiers, ainsi que l’économie sociale. Les changements démographiques ont également des effets sur l’accès à certains médicaments critiques, car ils augmentent la demande de médicaments destinés aux maladies liées à l’âge et aux soins gériatriques, et influencent dès lors les priorités du secteur pharmaceutique en matière de R&D. En outre, les pénuries de main‑d’œuvre peuvent mettre un frein aux ambitions d’augmenter la production locale.

L’évolution démographique aggrave le problème de productivité. L’augmentation de la productivité, due en partie à l’innovation et à l’automatisation (l’utilisation de la robotique ou de l’intelligence artificielle, par exemple), ainsi que l’accumulation de salaires liée à ces évolutions peuvent offrir un «dividende de longévité» qui contribue à contrebalancer le déclin de la population en âge de travailler. Toutefois, l’augmentation continue de la productivité peut se révéler délicate, en particulier parce que les taux d’épargne inférieurs des générations plus âgées orientent les ressources vers la consommation plutôt que vers les investissements productifs. Les travailleurs âgés sont également plus susceptibles de devoir mettre à jour leurs compétences. En outre, le vieillissement de la population entraîne une réduction de l’activité entrepreneuriale, étant donné que les cohortes d’âge supérieur sont moins susceptibles de créer une nouvelle entreprise et que le transfert intergénérationnel des entreprises devient plus complexe et moins fréquent.

Comment les Européens perçoivent-ils l’évolution démographique et ses conséquences?

Selon les nouveaux résultats d’une enquête Eurobaromètre, 7 Européens sur 10 estiment que les tendances démographiques mettent en péril la prospérité économique et la compétitivité à long terme de l’UE.

La majorité des Européens (51 %) estiment que la gestion de l’évolution démographique devrait rester une priorité politique, tant pour l’UE que pour les États membres, et une large majorité (85 %) convient que cela nécessite une coopération étroite entre tous les niveaux de pouvoir.

Lorsqu’ils sont interrogés sur les solutions à mettre en place pour faire face au vieillissement de la population, les citoyens privilégient les mesures consistant à garantir des pensions de retraite adéquates qui restent abordables pour les générations futures (49 %), ainsi qu’à fournir des services de soins de santé de qualité et financièrement accessibles abordables (49 %). En ce qui concerne le marché du travail, les citoyens considèrent que les actions visant à lutter contre le chômage des jeunes sont les plus efficaces (61 %), suivies par les politiques en faveur de l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée (48 %) 8 .

Le vieillissement de la population exerce une pression accrue sur les budgets publics. Le déclin de la population en âge de travailler exerce une pression à la baisse sur les recettes provenant de l’impôt sur le revenu des personnes physiques et des cotisations de sécurité sociale. À l’inverse, avec le vieillissement de la population, les dépenses consacrées aux soins de santé, aux soins de longue durée et aux pensions de retraite devraient passer de 24,6 % du PIB en 2019 à près de 27 % en 2040 9 . En conséquence, la pression qui s’exercera sur les budgets publics pourrait réduire les marges de manœuvre budgétaires disponibles pour investir dans d’autres domaines d’action prioritaires tels que la double transition écologique et numérique. En outre, une société vieillissante a besoin d’investissements dans des solutions de mobilité et d’infrastructure adaptées 10 pouvant bénéficier à l’ensemble de la population et être mises en œuvre de manière écologique et compatible avec le numérique.

La transformation démographique de l’UE interagit avec d’autres grandes tendances mondiales telles que la double transition écologique et numérique. Les émissions de carbone sont étroitement liées au niveau de revenu, mais aussi à l’âge des consommateurs. Bien qu’elles consomment moins en termes absolus, les personnes âgées ont tendance à vivre au sein de ménages plus petits et consomment davantage d’énergie, ce qui se traduit par une augmentation des émissions par habitant. Elles sont également plus représentées dans les zones rurales, où la dépendance à la voiture est plus élevée. Étant donné que la part des personnes âgées dans la population augmente, on estime que, d’ici à 2060, jusqu’à 39 % des émissions seront générées par les personnes âgées de plus de 65 ans. Dans le même temps, le changement climatique et la pollution atmosphérique ont des effets néfastes sur la mortalité et la morbidité de la population, en particulier des groupes plus vulnérables, dont les personnes âgées. La crise climatique et la dégradation de l’environnement peuvent également jouer un rôle dans le choix d’avoir ou non des enfants. Dans le contexte de la transition numérique, les technologies peuvent rendre les soins de santé et les soins de longue durée plus efficaces au regard des coûts et améliorer l’accès aux services et leur qualité, notamment dans les régions rurales et isolées et pour les personnes handicapées ou à mobilité réduite. Pourtant, des infrastructures numériques insuffisantes et un faible niveau de compétences numériques peuvent exacerber les fractures entre les régions, les groupes et les générations.

Évolution de la population, 2021-2050

Les disparités territoriales risquent d’augmenter au sein des États membres et entre eux. Certaines régions sont confrontées aux défis combinés du vieillissement de la population, d’une proportion faible et stagnante de personnes diplômées de l’enseignement supérieur, et de l’émigration des jeunes et des personnes instruites. Cela risque de les placer dans un piège de développement des talents et de limiter leur capacité à bâtir des économies durables, compétitives et fondées sur la connaissance 11 . En raison des changements démographiques et des transformations structurelles, de nombreuses régions moins développées et rurales sont de plus en plus confrontées à des pénuries de main‑d’œuvre et de compétences, ainsi qu’à une faible compétitivité régionale et à une faible capacité à attirer les investissements. On constate par ailleurs des clivages entre zones urbaines et rurales dans certains pays 12 . Ces disparités territoriales nuisent également à la cohésion sociale et à la confiance dans les institutions et processus démocratiques en Europe 13 .

3.LES MOYENS D’ACTION: FAIRE FACE À L’ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE ET LA GÉRER

Les décideurs politiques à tous les niveaux doivent créer un environnement qui permette aux citoyens de toute l’Union de concrétiser leurs choix de vie et de concilier vie de famille et vie professionnelle. En complément de ces efforts, la migration légale et l’intégration effective des ressortissants de pays tiers résidant légalement dans l’UE peuvent contribuer à atténuer les pressions sur le marché du travail et à stimuler davantage l’innovation et l’esprit d’entreprise. L’UE dispose déjà d’un ensemble complet de moyens d’action pour aider les États membres à gérer l’évolution démographique et ses conséquences. La «boîte à outils» dévoilée dans la présente communication s’appuie sur les bonnes pratiques et les pratiques prometteuses de toute l’Union; elle complète les actions menées au niveau national. Cette panoplie d’instruments reconnaît la nécessité de prendre en compte la dimension territoriale des changements démographiques, en particulier dans les régions confrontées aux phénomènes de baisse de la population et de mobilité sortante importante des jeunes travailleurs («fuite des cerveaux»).

Une approche globale de l’évolution démographique

3.1.Concilier la vie de famille et le travail rémunéré

Tout le monde devrait pouvoir bénéficier d’un soutien pour ne pas avoir à choisir entre sa carrière et sa famille. Le choix d’avoir des enfants est personnel. Toutefois, la qualité de vie, la disponibilité de soins et de logements, ainsi que les possibilités d’emploi et des revenus adéquats peuvent influencer ce choix. Les jeunes ont de plus en plus tendance à reporter la décision de fonder une famille ou à en limiter la taille. Pourtant, lorsqu’on les interroge, nombre d’entre eux, particulièrement les femmes ayant un niveau d’éducation élevé, indiquent qu’ils souhaiteraient avoir plus d’enfants qu’ils n'en ont réellement. Parmi les principaux éléments expliquant l’écart entre la taille réelle et la taille souhaitée de la famille figurent la difficulté de concilier les responsabilités professionnelles et familiales, les inégalités persistantes entre hommes et femmes, ainsi que l’insécurité économique et sociale liée aux perspectives d’emploi, au coût de la vie et au logement.

Taux d’emploi des femmes et taux de fécondité dans l’UE

Pour atteindre l’objectif de l’UE en matière de taux d’emploi à l’horizon 2030 14 , nous devons nous efforcer de réduire au moins de moitié l’écart entre les hommes et les femmes en matière d’emploi par rapport à 2019. Une plus grande participation des femmes au marché du travail pourrait être l’une des solutions les plus efficaces aux conséquences négatives du vieillissement de la population 15 . Si des améliorations ont bien eu lieu au cours des dernières décennies, la participation des femmes au marché du travail reste inférieure à celle des hommes. Dans l’UE, le taux d’emploi des femmes reste inférieur de 10,7 points de pourcentage à celui des hommes et varie considérablement d’un État membre à l’autre (allant de 20,1 points de pourcentage en Roumanie à 1,4 point de pourcentage en Lituanie). 16 Certains États membres, comme la Suède et le Danemark, parviennent à afficher des taux d’emploi relativement élevés de plus de 75 % chez les femmes (ainsi que des écarts hommes-femmes en matière d’emploi inférieurs à la moyenne), tandis que leurs taux de fécondité sont également relativement élevés par rapport à ceux de l’UE. Toutefois, dans presque tous les États membres, y compris ceux mentionnés ci‑dessus, les femmes travaillent plus souvent à temps partiel que les hommes et l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes reste important, en particulier pour les femmes ayant des enfants, avec des différences considérables entre les États membres 17 .

On estime que les responsabilités familiales non rémunérées empêchent quelque 7,7 millions de femmes dans l’UE de rejoindre le marché du travail. À titre de comparaison, on estime le nombre d’hommes dans la même situation à 450 000 seulement 18 . La participation au marché du travail des mères ayant des enfants en bas âge s’est même détériorée au cours des deux dernières décennies 19 , ce qui a souvent une incidence sur leur carrière et leurs revenus pendant des années. L’intensité des soins compte également: 35 % à peine des aidants informels qui assurent plus de 40 heures de soins par semaine ont un emploi, alors que ce chiffre est de 71 % chez ceux qui assurent moins de 10 heures de soins par semaine 20 . Les femmes restent fortement sous-représentées dans de nombreuses professions en pénurie telles que les TIC. Cette situation exacerbe les pénuries de main‑d’œuvre et le taux de dépendance des personnes âgées, puisque moins de personnes sont économiquement actives aujourd’hui et le seront demain. Les nouvelles augmentations des besoins en soins dues au vieillissement peuvent affecter les femmes de manière disproportionnée, étant donné que la charge des soins informels reste inégale.

Des services de garde d’enfants abordables, accessibles et de qualité permettent aux parents de concilier travail rémunéré et vie de famille. La stratégie de l’UE sur les droits de l’enfant 21 a souligné qu’il convient de garantir l’accès à une éducation de qualité à la fois inclusive et sans ségrégation. En 2022, à peine plus d’un tiers des enfants de moins de trois ans (35,7 %) dans l’UE ont bénéficié d’une éducation et d’un accueil formels des jeunes enfants (EAJE), avec des différences importantes au sein des pays et d’un pays à l’autre et des taux de participation nettement plus faibles pour les enfants en situation défavorisée. Seuls neuf États membres ont atteint l’objectif révisé de Barcelone pour 2030, à savoir un taux de participation à l’EAJE de 45 %. La garde d’enfants à temps presque plein n’est une réalité pour la majorité des enfants âgés de moins de trois ans qu’au Danemark. Le développement de services de soins abordables et de qualité, comme le prévoit, par exemple, de manière significative le plan pour la reprise et la résilience (PRR) du Portugal, peut avoir un effet positif sur l’emploi des femmes, en particulier dans les pays où le taux de participation des femmes au marché du travail est actuellement faible et où la part de l’offre de soins formels est réduite. Les régions rurales et isolées, où la disponibilité des services de soins est faible, bénéficieraient grandement d’un développement des infrastructures sociales. Quant aux services de garde d’enfants accessibles, abordables et de qualité, ils permettent aux parents d’élever une famille tout en restant actifs afin de bénéficier d’un revenu indépendant et de poursuivre leur carrière.

Enfants fréquentant des structures formelles d’accueil
(part des enfants âgés de moins de 3 ans, en %)

L’assouplissement des formules de travail et les politiques en faveur de l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée peuvent alléger la charge des soins pour les femmes. Des expériences recueillies dans les États membres montrent que diverses mesures peuvent avoir des effets durables sur le rééquilibrage de la charge des soins entre les parents, y compris les formules de travail flexibles, les droits à congé adéquats, en particulier le congé de paternité et le congé parental non transférable et indemnisé correctement, en combinaison avec des mesures visant à accroître leur utilisation. Dans l’UE, les pères ont droit à au moins 10 jours de congé de paternité indemnisé et à quatre mois de congé parental indemnisé, mais ces droits ont été transposés de différentes manières en fonction des pays. Par exemple, l’Espagne et la Finlande offrent des durées de congé de paternité relativement longues 22 . Pourtant, le recours au congé parental des pères reste généralement faible. Le congé d’aidant, tel qu’il est accordé généreusement aux Pays‑Bas, par exemple, peut également aider ceux qui assument des responsabilités en matière de soins à l’égard d’autres proches dépendants à rester sur le marché du travail. L’assouplissement des formules de travail peut permettre d’adapter le temps de travail en fonction des responsabilités familiales, notamment avec un travail à temps partiel bien équilibré entre les hommes et les femmes. Le recours au télétravail, dans la mesure du possible et dans de bonnes conditions, peut également contribuer à mieux concilier la vie de famille et la vie professionnelle.

Des réformes ciblées en matière de fiscalité et de prestations sociales peuvent faire en sorte que le travail paie. En moyenne, une mère célibataire à faibles revenus qui occupe un emploi dans l’UE perd environ deux tiers de son salaire brut, en raison de la combinaison des frais de grade d’enfant, des impôts et des prestations non perçues 23 . Des systèmes de prélèvements et de prestations bien conçus, qui suppriment par exemple les freins fiscaux pour les deuxièmes apporteurs de revenus des ménages, garantissent que tant les individus que leurs familles sont financièrement mieux lotis lorsqu’ils accèdent à un emploi rémunéré. Réduire l’impôt sur le revenu des personnes physiques et introduire ou étendre les crédits d’impôt sur le revenu pour les personnes à faibles revenus peut favoriser l’emploi rémunéré, tout en préservant la progressivité de la fiscalité directe afin de garantir le financement de la protection sociale et des investissements publics. Les allocations familiales peuvent constituer une incitation temporaire à fonder une famille. Il importe toutefois de veiller à ce qu’elles soient conçues de manière ciblée et qu’elles ne dissuadent pas les femmes d’accepter un travail rémunéré, comme c’est le cas, par exemple, de l’«allocation de soins flexible» proposée en Finlande.

Principaux instruments au niveau de l’UE:

§La directive concernant l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée 24 a introduit le droit à un congé de paternité indemnisé, un congé parental indemnisé, un droit au congé d’aidant et un droit à demander des formules souples de travail pour tous les parents qui travaillent (au moins jusqu’aux 8 ans de l’enfant).

§Parmi les autres protections juridiques figurent notamment la directive sur les travailleuses enceintes 25 (droit à un congé minimal de maternité et protection contre le licenciement pendant ledit congé) et la directive sur l’égalité des chances et l’égalité de traitement entre hommes et femmes en matière d’emploi et de travail 26 (protection contre le licenciement pendant le congé de paternité et le congé d’adoption).

§La recommandation du Conseil concernant l’éducation et l’accueil de la petite enfance 27 encourage les États membres à accroître la participation à ces services en fixant des objectifs ambitieux et soutient la prestation de services de qualité, abordables et accessibles, qui accordent une attention particulière à l’inclusion des enfants issus de milieux défavorisés.

§La déclaration sur les femmes dans le numérique engage les États membres à renforcer la participation des femmes au monde numérique, en collaborant avec les secteurs public et privé et la société civile afin de parvenir à l’égalité dans le domaine des technologies.

Prochaines étapes importantes:

§La révision de la directive concernant l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée en 2027 sera l’occasion d’évaluer si les règles sont toujours adaptées à l’évolution des pratiques de travail.

§Dans le cadre de sa stratégie en faveur de l’égalité entre les hommes et les femmes, la Commission organisera une campagne sur les droits en matière d’équilibre entre vie professionnelle et vie privée afin de sensibiliser les parents et les aidants qui travaillent à leurs droits et lancera un appel dans le cadre du programme «Citoyenneté, égalité, droits et valeurs» pour des projets visant à promouvoir des formules de temps de travail favorables à la famille et à faire reconnaître la valeur des soins.

§D’ici juin 2024, les États membres devraient informer la Commission des mesures mises en œuvre ou prévues au titre de la recommandation du Conseil concernant l’éducation et l’accueil de la petite enfance en vue d’atteindre les objectifs fixés pour 2030.

3.2.Soutenir les jeunes générations et leur donner les moyens de prospérer

Le potentiel des jeunes en Europe doit encore être exploité pleinement. En 2022, plus d’un jeune sur dix âgé de 15 à 29 ans dans l’UE ne travaillait pas et ne suivait ni études ni formation (NEET) 28 , notamment 13,1 % des jeunes femmes, 20 % des jeunes nés en dehors de l’UE et 56 % des jeunes Roms âgés de 16 à 24 ans. Ces chiffres présentent d’importantes disparités territoriales dans l’ensemble de l’UE, les taux de NEET étant particulièrement élevés dans les régions du sud et de l’est de l’UE, ainsi que dans les régions ultrapériphériques de la France. Dans certaines de ces régions, plus d’un quart des jeunes étaient concernés. Les jeunes issus de familles défavorisées, dont les parents ont un faible niveau d’éducation, par exemple, ont tendance à obtenir de moins bonnes notes et ont un plus grand risque de décrochage scolaire. L’abandon scolaire et le chômage empêchent les jeunes d’acquérir de l’expérience et d’apprendre sur leur lieu de travail, ce qui peut avoir une incidence sur leurs perspectives d’emploi à long terme. Ces facteurs influencent négativement les rapports de dépendance entre la population active occupée et la population non active.

Jeunes de 15 à 29 ans qui ne travaillent pas et qui ne suivent ni études ni formation, en 2022

Pour donner aux jeunes les moyens d’agir, il faut d’abord promouvoir un environnement propice à l’épanouissement de tous les enfants. Il convient de protéger les enfants, de les soutenir et de les autonomiser. Cela est particulièrement important pendant les premières années de la vie d’un enfant. Outre le soutien au revenu des parents, les principales solutions consistent notamment à garantir l’accès des enfants à des services inclusifs et de qualité, en particulier l’éducation et l’accueil des jeunes enfants, l’éducation de base (y compris les activités à l’école), les soins de santé et la nutrition. Par exemple, la Bulgarie investit 245 millions d’EUR au titre de la facilité pour la reprise et la résilience (FRR) pour moderniser les outils d’enseignement et améliorer l’apprentissage des STIM dans les écoles grâce à la création d’un centre national et de trois centres régionaux dans le domaine des STIM, ainsi que de plus de 2 200 laboratoires spécialisés dans les STIM et salles de classe de haute technologie. Les jeunes présentant des vulnérabilités diverses ou multiples, tels que les jeunes en décrochage scolaire, les jeunes handicapés ou les jeunes qui souffrent de problèmes de santé, devraient bénéficier d’un soutien sur mesure.

Il est essentiel pour leurs perspectives à long terme de promouvoir l’accès des jeunes à des emplois de qualité, à un logement abordable et à un niveau de vie décent. Les investissements dans l’éducation et la formation sont déterminants pour mobiliser les jeunes et les doter de compétences de base ainsi que de compétences durables, telles que celles qui sont nécessaires à la double transition écologique et numérique, comme cela a été fait en Italie avec l’initiative «School 4.0», qui vise à transformer 100 000 classes en espaces d’apprentissage innovants. Comme le souligne le rapport de prospective stratégique 2023, afin de gérer l’évolution démographique, l’UE a besoin d’outils solides pour prévoir de manière détaillée les besoins en compétences et en main‑d’œuvre dans les secteurs clés. En outre, pour faciliter les transitions entre l’école et le monde du travail, il est fondamental de sensibiliser les jeunes, comme le fait par exemple la Slovénie avec ses «ambassadeurs» de la jeunesse locale, qui informent leurs pairs des possibilités offertes par la garantie pour la jeunesse, ainsi que des stages et des possibilités d’enseignement et de formation professionnels de qualité, y compris des apprentissages. La mobilité temporaire à des fins d’apprentissage entre les régions et entre les pays peut améliorer les possibilités offertes aux jeunes. En plus d’améliorer l’intégration sur le marché du travail, l’accès aux services de base (y compris aux services de santé mentale) et à des logements abordables et économes en énergie détermine les possibilités pour les jeunes de fonder une famille. En Hongrie, l’aide au logement des familles est une subvention publique non remboursable pour les familles élevant au moins un enfant, y compris les couples de même sexe, destinée à l’achat ou à l’agrandissement d’un appartement ou d’une maison. Les familles vivant dans de petites localités peuvent bénéficier de l’aide au logement des familles rurales, qui doit contribuer au maintien de la population dans ces zones rurales. Les régions qui se trouvent dans un «piège de développement des talents» (ou qui sont exposées au risque d’un tel piège) ont besoin d’un soutien ciblé et territorialisé pour favoriser la revitalisation économique, les possibilités d’éducation et un meilleur accès aux services et au logement.

Principaux instruments au niveau de l’UE:

§Dans le cadre de la stratégie de l’UE sur les droits de l’enfant, la garantie européenne pour l’enfance 29 vise à lutter contre l’exclusion sociale en garantissant aux enfants dans le besoin un accès effectif à des services essentiels, y compris des services gratuits d’éducation et d’accueil des jeunes enfants.

§L’espace européen de l’éducation fixe sept objectifs pour 2025 et 2030 30 , notamment en ce qui concerne la participation à l’EAJE, le décrochage scolaire et les performances insuffisantes des élèves.

§Le train de mesures de soutien à l’emploi des jeunes 31 renforce la garantie pour la jeunesse 32 , en améliorant l’intégration des jeunes sur le marché du travail, notamment en renforçant les compétences pour la double transition écologique et numérique.

§La recommandation du Conseil en matière d’enseignement et de formation professionnels (EFP) vise à moderniser l’EFP et à donner un nouvel élan à l’apprentissage et au cadre européen pour un apprentissage efficace et de qualité.

§L’initiative ALMA («Aim, Learn, Master, Achieve» – Orientation, Apprentissage, Maîtrise, Réussite) est un programme de mobilité transfrontière pour la jeunesse destiné à aider les jeunes et les NEET à s’intégrer sur le marché du travail.

§Le programme pour une Europe numérique soutient des programmes éducatifs spécialisés dans le domaine des compétences numériques avancées ainsi que le renforcement des compétences numériques des jeunes, en particulier des filles, grâce par exemple à la Semaine européenne du code.

§La stratégie de mobilité durable et intelligente soutient le développement de solutions de mobilité intelligente qui contribuent à prévenir la baisse de la population et permettent aux jeunes d’avoir accès aux services de base (santé et éducation) et aux possibilités d’emploi.

§La stratégie pour une vague de rénovations 33 vise à doubler les taux annuels de rénovation énergétique au cours des 10 prochaines années. L’initiative en faveur du logement abordable vise à améliorer l’accès à un logement abordable en renforçant les capacités techniques et les capacités d’innovation pour les projets locaux.

§Le mécanisme de valorisation des talents aide les régions de l’UE à former, à retenir et à attirer des personnes et à faire face aux conséquences de la transition démographique.

§Le cadre commun UE/OCDE-INFE de compétences financières pour les enfants et les jeunes dans l’Union européenne vise à doter ces derniers d’une meilleure culture financière afin de leur permettre de prendre, y compris plus tard au cours de leur vie, des décisions financières qui servent au mieux leurs intérêts.

Prochaines étapes importantes:

§Début 2024, la Commission mettra à jour le cadre de qualité pour les stages, qui aide les jeunes à passer des études ou du chômage à l’emploi grâce à des stages de qualité.

§Dans le cadre de la garantie européenne pour l’enfance, 24 États membres ont présenté des plans d’action nationaux. Les États membres rendront compte de leurs progrès en matière de mise en œuvre tous les 2 ans (à partir de mars 2024) et la Commission examinera les progrès globaux accomplis en 2026.

§En 2023, l’espace européen de l’éducation (EEE) fait l’objet d’un processus de réflexion à mi-parcours visant à soutenir sa mise en œuvre. En 2025, la Commission publiera un rapport final sur l’EEE.

§La Commission suit les progrès accomplis dans la réalisation des objectifs fixés pour 2025 dans la stratégie européenne en matière de compétences.

§Les récentes propositions de recommandations du Conseil présentées par la Commission, si elles sont approuvées par les États membres, aideront les autorités nationales et le secteur de l’éducation et de la formation à fournir une éducation et une formation numériques de qualité, inclusives et accessibles afin de développer les compétences numériques des citoyens européens.

3.3.Donner aux générations plus âgées les moyens d’agir et préserver leur bien-être

Dans une société vieillissante, il est essentiel de donner aux travailleurs âgés les moyens de rester actifs plus longtemps. Le taux d’emploi moyen des travailleurs âgés de 55 à 64 ans est passé de 45 % en 2011 à 60,5 % en 2021. Toutefois, les disparités entre les États membres dans ce domaine demeurent considérables, ce qui indique que des améliorations sont encore possibles. L’allongement de la vie active peut permettre aux personnes de mettre à jour leurs compétences sur le lieu de travail et de rester actives, aidant ainsi les employeurs à retenir leur personnel, tout en favorisant les transferts de connaissances au sein d’une main-d’œuvre multigénérationnelle. Les formules plus souples d’aménagement du temps de travail, comme les horaires de travail flexibles ou réduits, favorisent le maintien des travailleurs âgés dans l’emploi, , et permettent aux personnes de rester plus longtemps sur le marché du travail si elles le souhaitent. Le droit des travailleurs au travail flexible (tel qu’il est accordé, par exemple, en Belgique, en France, en Allemagne et aux Pays-Bas) peut contribuer à une évolution culturelle vers des pratiques de travail et des lieux de travail plus inclusifs.

Taux d'emploi par tranche d'âge (%)

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