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CELEX52023DC0900
TypeActe préparatoire
Datemardi 21 novembre 2023

Texte intégral

european flagCOMMISSION EUROPÉENNE

Bruxelles, le 21.11.2023

COM(2023) 900 final

COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL ET À LA BANQUE CENTRALE EUROPÉENNE

relative aux projets de plans budgétaires pour 2024: évaluation globale


Résumé

La présente communication résume les avis de la Commission relatifs aux projets de plans budgétaires pour 2024 soumis par les États membres de la zone euro, et évalue la situation budgétaire globale de la zone euro, notamment son orientation budgétaire agrégée.

La réduction du déficit de la zone euro devrait se poursuivre en 2024. L’économie de la zone euro a fait preuve de résilience, mais elle a perdu de son dynamisme et continue de faire face à des incertitudes et à des risques élevés. Sur le plan budgétaire, le déficit de la zone euro devrait être inférieur à 3 % du PIB en 2024, selon les prévisions de la Commission, qui tiennent compte des informations contenues dans les projets de plans budgétaires. Le ratio de la dette au PIB de la zone euro devrait diminuer légèrement en 2024.

En 2024, l’orientation budgétaire agrégée devrait être restrictive, en raison de la suppression presque totale des mesures restantes dans le domaine de l’énergie. Cette orientation budgétaire est jugée appropriée, mais les politiques devront rester réactives dans un contexte de grande incertitude. Cette orientation restrictive s’inscrit dans le prolongement de l’orientation budgétaire observée en 2023, devenue restrictive après trois années d’expansion substantielle liée à la crise. L’orientation budgétaire restrictive à laquelle la Commission s’attend dans ses prévisions d’automne cadre avec la nécessité de renforcer la soutenabilité de la dette publique dans certains États membres et d’améliorer la situation budgétaire à moyen terme, et contribuera à enrayer l’inflation et à soutenir la politique monétaire.

En 2024, l’orientation budgétaire devrait être restrictive dans la plupart des États membres. Elle devrait toutefois être expansionniste dans cinq d’entre eux. La plupart des États membres suppriment progressivement les mesures liées à l’énergie, mais l’orientation budgétaire attendue serait plus restrictive en 2024 si les États membres prévoyaient, comme l’a recommandé le Conseil, d’utiliser toutes les économies découlant de la suppression de ces mesures pour réduire leurs déficits. Au lieu de cela, de nombreux États membres ont prévu d’engager de nouvelles dépenses courantes nettes. Si ces mesures devaient être permanentes et ne pas être accompagnées de mesures compensatoires, elles pourraient peser sur les besoins d’ajustement à long terme des États membres.

En ce qui concerne l’évaluation des projets de plans budgétaires, les avis de la Commission s’appuient sur les recommandations budgétaires adoptées par le Conseil. La clause dérogatoire générale devant être désactivée à la fin de 2023, des recommandations budgétaires quantitatives par pays, relatives au taux de croissance maximal des dépenses nettes, ont été formulées en juillet 2023, mais uniquement à l’intention des États membres qui, selon les prévisions, n’atteindront pas leur objectif budgétaire à moyen terme (OMT) en 2023. Il a également été recommandé aux États membres i) de mettre fin aux mesures de soutien à l’énergie dès que possible en 2023 et 2024 et, s’ils n’ont pas atteint leur OMT, d’utiliser les économies correspondantes pour réduire le déficit public, ii) de préserver les investissements financés au niveau national, et iii) de veiller à l’absorption effective des subventions de la facilité pour la reprise et la résilience (FRR) et des autres fonds de l’UE. Sur cette base:

·Chypre, l’Estonie, la Grèce, l’Espagne, l’Irlande, la Lituanie et la Slovénie respectent les recommandations budgétaires. En 2024, parmi ces pays, Chypre, l’Estonie et l’Irlande devraient atteindre leur OMT, de même que le Portugal, tandis que la Lituanie devrait s’en approcher.

·L’Autriche, l’Allemagne, l’Italie, le Luxembourg, la Lettonie, Malte, les Pays-Bas, le Portugal et la Slovaquie ne respectent pas pleinement les recommandations. L’Allemagne, Malte et le Portugal sont invités à supprimer progressivement leurs mesures liées à l’énergie. L’Italie, la Lettonie et les Pays-Bas sont invités à se tenir prêts à prendre les mesures nécessaires. Le Luxembourg et la Slovaquie sont invités à faire en sorte que leur nouveau plan soit conforme aux recommandations budgétaires.

·La Belgique, la Finlande, la France et la Croatie risquent de ne pas respecter les recommandations. Selon les projections, ces pays devraient voir leurs dépenses nettes dépasser le maximum recommandé et sont invités à prendre les mesures nécessaires. Parmi ces quatre pays, la politique budgétaire nationale devrait être expansionniste en Finlande et en Croatie.

Il importe de noter que le resserrement budgétaire ne se fait pas au détriment de l’investissement, qui sera renforcé dans l’ensemble de la zone euro. L’investissement devrait légèrement augmenter en 2024, ce qui assurera un soutien continu à une croissance durable et inclusive et contribuera aux transitions écologique et numérique. La contribution des financements nationaux et européens à la croissance globale de l’investissement varie d’un État membre à l’autre. Les investissements financés par les budgets nationaux – de même que le soutien aux investissements fourni par les subventions de la FRR – devraient être préservés (ou avoir un effet expansionniste) dans tous les États membres, conformément aux recommandations du Conseil en matière d’investissement.

De manière générale, les déficits budgétaires nominaux diminuent dans la zone euro, mais ils devraient dépasser la valeur de référence de 3 % du PIB prévue par le traité dans un certain nombre d’États membres en 2023 et 2024. Le déficit budgétaire devrait être supérieur à 3 % du PIB dans huit États membres en 2023 et en 2024, et dans un État membre de plus en 2024 uniquement. Au printemps 2024, la Commission proposera au Conseil d’ouvrir des procédures concernant les déficits excessifs fondées sur le déficit en se basant sur les chiffres définitifs pour 2023, conformément aux dispositions légales en vigueur. Les États membres devraient en tenir compte dans l’exécution de leur budget 2023 et dans la conduite de leur politique budgétaire en 2024.



Introduction

Les projets de plans budgétaires des États membres constituent un élément important de la coordination des politiques économiques dans l’Union économique et monétaire. 1 Les États membres de la zone euro ont présenté les plans résumant leurs projets de budget à la Commission et à l’Eurogroupe en octobre 2023, avant de les soumettre aux parlements nationaux. 2 Dans le contexte de ses prévisions de l’automne 2023, la Commission a adopté des avis évaluant la conformité de ces plans avec le pacte de stabilité et de croissance et avec les recommandations du Conseil. Ces avis sont résumés dans la présente communication, qui contient également une évaluation globale de la situation budgétaire de l’ensemble de la zone euro et de ses perspectives.

L’évaluation de la Commission s’appuie sur les recommandations budgétaires adoptées par le Conseil le 14 juillet 2023. La clause dérogatoire générale devant être désactivée à la fin de 2023, des recommandations budgétaires quantitatives par pays visant à garantir la soutenabilité de la dette à moyen terme et à renforcer durablement la croissance potentielle ont été formulées pour la première fois depuis 2019. 3 Concrètement, les États membres qui, selon les prévisions, n’atteindront pas leur OMT en 2023 ont été invités à limiter la croissance des dépenses primaires nettes financées au niveau national à un montant différencié garantissant une politique budgétaire prudente. Les pays qui ne devraient pas atteindre leur OMT en 2023 ont été invités, quant à eux, à maintenir une situation budgétaire saine en 2024, sans limitation quantitative de ce type. Il a été recommandé à tous les États membres de mettre fin aux mesures de soutien à l’énergie dès que possible en 2023 et 2024, et, à ceux qui n’atteindront pas leur OMT en 2023, d’utiliser les économies correspondantes pour réduire le déficit public. Le Conseil a également recommandé à tous les États membres de préserver les investissements financés au niveau national et de veiller à l’absorption effective des subventions de la facilité pour la reprise et la résilience (FRR) et des autres fonds de l’UE, notamment au regard des objectifs relatifs aux transitions écologique et numérique et des objectifs en matière de résilience. Pour la période postérieure à 2024, le Conseil a recommandé de continuer à mener une stratégie budgétaire à moyen terme en faveur d’un assainissement progressif et durable, combinée à des investissements et à des réformes propices à une croissance durable plus élevée. Dans son évaluation, la Commission examinera si les États membres ont respecté ces recommandations, et notamment l’objectif plus général de favoriser la viabilité budgétaire et la croissance.

La présente communication s’articule en trois sections. La section 1 décrit brièvement les perspectives macroéconomiques et budgétaires de la zone euro exposées dans les projets de plans budgétaires et dans les prévisions de la Commission de l’automne 2023 La section 2 évalue l’orientation budgétaire de la zone euro et ses implications du point de vue du dosage des politiques budgétaires et monétaires. Elle examine également les déterminants de l’orientation budgétaire, pour la zone euro dans son ensemble et pour les États membres. La section 3 présente un aperçu des projets de plans budgétaires et de l’évaluation, par la Commission, de leur conformité avec les recommandations budgétaires par pays.

I.Les perspectives économiques et budgétaires de la zone euro

(I)Perspectives économiques

L’économie de la zone euro a fait preuve de résilience face aux chocs économiques de grande ampleur qu’elle a subis ces dernières années, mais elle a perdu de son dynamisme. Après une reprise vigoureuse en 2021 et 2022, la croissance de la zone euro devrait ralentir à 0,6 % en 2023. Les prix à la consommation élevés de la plupart des biens et services, qui continuent d’augmenter rapidement, à l’exception notable des prix de l’énergie, en baisse, pèsent lourdement sur la consommation privée, et la demande extérieure soutient peu l’économie. Dans le même temps, les effets de la politique monétaire menée pour lutter contre l’inflation élevée, caractérisée par l’augmentation de taux d’intérêt la plus rapide et la plus forte jamais enregistrée depuis la création de l’union monétaire, se diffusent à l’ensemble de l’économie. Sur le plan positif, le marché du travail demeure solide, avec un taux de chômage historiquement bas et des taux d’activité et d’emploi historiquement hauts, même si des signes de refroidissement commencent à apparaître. En 2024, la croissance devrait redémarrer progressivement pour atteindre 1,2 %, grâce à la poursuite de l’expansion de l’emploi et à la progression des salaires réels, tandis que la désinflation se poursuivra. La croissance du PIB de la zone euro pour 2023 et 2024 est légèrement plus faible dans les prévisions de la Commission que dans les projets de plans budgétaires (graphique 1.1 et tableau de l’annexe III), dont les prévisions sont elles-mêmes inférieures à celles des programmes de stabilité d’avril 2023.

L’incertitude et les aléas baissiers autour des perspectives ont augmenté au cours des derniers mois. La raison en est principalement l’évolution de la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine et du conflit au Moyen-Orient, qui pourraient avoir des répercussions sur les marchés de l’énergie. En outre, la transmission du resserrement de la politique monétaire à l’économie pourrait peser sur l’activité économique plus longtemps et plus lourdement que prévu dans ces prévisions, étant donné que l’ajustement des entreprises, des ménages et des finances publiques à l’environnement de taux d’intérêt élevés pourrait s’avérer plus difficile qu’anticipé. Les changements structurels liés en particulier à l’intensification des effets du changement climatique, comme l’illustrent les conditions météorologiques extrêmes et les incendies de forêt et les inondations sans précédent qui ont marqué cet été, assombrissent eux aussi les perspectives.



Graphique 1.1Zone euro: Croissance du PIB réel, 2020-2024 (en %)

Sources: Projets de plans budgétaires pour 2024 (PPB2024), prévisions de la Commission de l’automne 2023 (PA2023) et programmes de stabilité pour 2023 (PS2023).

(II)Perspectives budgétaires

Les projets de plans budgétaires prévoient une nouvelle réduction du déficit de la zone euro en 2024. Tombé à près de la moitié de son niveau record de 2020 à la fin de 2022, le déficit de la zone euro devrait encore reculer en 2023 pour s’établir juste au-dessus de 3 % du PIB (graphique 1.2a). Pour 2024, les projets de plans budgétaires et les prévisions de la Commission misent sur une légère nouvelle baisse du déficit, qui deviendrait légèrement inférieur à 3 % du PIB (les programmes de stabilité d’avril 2023 annonçaient un déficit encore plus faible). Cette évolution s’explique en grande partie par la suppression presque totale des dernières mesures de soutien à l’énergie en 2024 et par la diminution des subventions à l’investissement privé, qui compensent la hausse des dépenses d’intérêts. Toutefois, en 2024, le déficit devrait rester nettement supérieur à son niveau de 2019, antérieur à la pandémie (0,6 % du PIB), en raison de dépenses courantes supplémentaires non temporaires et de réductions d’impôts adoptées après la pandémie. Sept États membres anticipent un déficit supérieur à 3 % du PIB en 2024 (Belgique, France, Italie, Malte, Slovénie, Slovaquie et Finlande), la Commission en prévoyant deux de plus dans ses prévisions (Espagne et Lettonie).



Graphique 1.2 Zone euro: Déficit et dette, 2020-2024 (en % du PIB)

a)Déficit

b)Dette

Sources: Projets de plans budgétaires pour 2024 (PPB2024), prévisions de la Commission de l’automne 2023 (PA2023) et programmes de stabilité pour 2023 (PS2023).

Le ratio de la dette au PIB ne devrait diminuer que légèrement en 2024 en raison d’écarts moins favorables entre la croissance du PIB nominal et le coût du service de la dette publique. Tant les projets de plans budgétaires que les prévisions de la Commission tablent sur une diminution du ratio de la dette à environ 90 % à la fin de 2024, soit 9 points de pourcentage de moins que la valeur record atteinte à la fin de 2020 (graphique 1.2b). Selon les projets de plans budgétaires, onze États membres devraient afficher une dette supérieure à 60 % du PIB en 2024, dont cinq au-dessus de 100 % (Belgique, Grèce, Espagne, France et Italie), le Portugal prévoyant que sa dette passera sous la barre des 100 %. En 2024, le ratio d’endettement devrait diminuer ou se stabiliser dans plus de la moitié des États membres de la zone euro, y compris dans les cinq pays les plus endettés. Toutefois, dans ses prévisions, la Commission anticipe une légère augmentation dans deux pays affichant une dette supérieure à 100 % l’année prochaine (Belgique et Italie; graphique 1.3b).

L’inflation devrait rester le principal moteur de la légère diminution de la dette en 2024, quoiqu’à un degré moindre qu’en 2023. Les niveaux élevés de l’inflation en 2023 (mesurés par le déflateur du PIB) ont entraîné la réduction du ratio d’endettement en augmentant le dénominateur du PIB nominal, malgré une croissance plus faible et des déficits primaires élevés (graphique 1.3a). Cependant, malgré des taux d’intérêt plus élevés sur les nouvelles émissions de dette, les dépenses d’intérêts ne devraient augmenter que faiblement en 2023, compte tenu de l’échéance relativement longue des dettes publiques. L’inflation devant ralentir en 2024, son incidence positive sur le dénominateur du ratio d’endettement s’amenuisera. L’écart entre taux d’intérêt et taux de croissance («effet boule de neige») 4 devrait devenir moins favorable, les dépenses d’intérêts continuant d’augmenter et les déficits primaires demeurant importants.

Graphique 1.3Décomposition de la variation du ratio de la dette (pp du PIB)

a)Zone euro 2020-2024

b)États membres 2024

Source: Prévisions de la Commission européenne de l’automne 2023

Les projections relatives à la dette pour les années à venir sont entourées d’une grande incertitude. Les simulations stochastiques, qui appliquent une large gamme de chocs macroéconomiques autour du scénario central, laissent entrevoir un taux d’endettement de la zone euro compris entre 85 % et 95 % du PIB en 2024, et entre 79 % et 102 % du PIB en 2028 (annexe II).

Plusieurs facteurs pèsent sur la viabilité budgétaire. En particulier, la dégradation de l’environnement macrofinancier devrait avoir une incidence négative sur l’évolution de la dette publique au cours des années à venir. La hausse des taux d’intérêt, provoquée notamment par la montée des tensions inflationnistes, se répercute progressivement sur les paiements d’intérêts et sur la dynamique de la dette, à des degrés divers selon le niveau de la dette, sa structure d’échéances et la part des obligations indexées sur l’inflation. En outre, le vieillissement de la population freine la croissance potentielle, tout en augmentant les dépenses publiques. Cette situation montre l’importance de mettre en œuvre des réformes et des investissements pour relancer le potentiel de croissance et de mener des politiques budgétaires prudentes.

Cependant, d’autres facteurs pourraient atténuer les risques pesant sur la viabilité budgétaire. Il s’agit notamment de l’allongement des échéances de la dette publique ces dernières années, de la stabilité des sources de financement et des initiatives de l’UE telles que NextGenerationEU et la facilité pour la reprise et la résilience (FRR), qui financent des investissements et des réformes propices à la croissance.

II.L’orientation budgétaire et sa décomposition

(I)Orientation budgétaire agrégée

L’orientation budgétaire de la zone euro est devenue restrictive en 2023, après trois années d’expansion liée à la crise. L’orientation budgétaire représente l’impulsion économique donnée à la fois par les budgets nationaux et le budget de l’UE, y compris toutes les mesures liées à l’énergie, mais à l’exclusion des mesures d’urgence temporaires prises dans le contexte de la COVID-19 (qui ont été totalement supprimées en 2023). Selon les prévisions de la Commission de l’automne 2023, l’orientation budgétaire de la zone euro aura un effet restrictif égal à 0,5 % du PIB en 2023 (graphique 2.1). 5 Entre 2020 et 2022, l’orientation budgétaire avait été fortement expansionniste, à hauteur d’environ 4 %, en raison de la crise de la COVID-19, puis de l’envolée des prix de l’énergie consécutive à l’agression menée par la Russie contre l’Ukraine.

Graphique 2.1Orientation budgétaire de la zone euro et composantes, 2020-2024 (en % du PIB)

Source: Prévisions de la Commission européenne de l’automne 2023

La contraction budgétaire en 2023 s’explique avant tout par la réduction des dépenses consacrées aux mesures prises dans le domaine de l’énergie, alors que les investissements nationaux ont été préservés. Les dépenses courantes primaires nettes financées au niveau national ont été réduites en 2023, en raison principalement de la suppression partielle des mesures liées à l’énergie, qui avaient été mises en place en 2022 et avaient entraîné cette année-là une forte expansion. Une réduction des subventions publiques à l’investissement privé (autres dépenses en capital) contribue également à la contraction budgétaire en 2023. 6 À l’inverse, les dépenses financées par des subventions de la FRR et d’autres fonds de l’UE devraient encore augmenter et ainsi affaiblir le caractère restrictif de l’orientation budgétaire. Cela a permis de soutenir l’investissement, tandis que les investissements publics financés par les budgets nationaux ont été préservés; la contribution devrait donc être neutre.

L’orientation budgétaire devrait rester restrictive en 2024, à hauteur d’environ ½ % du PIB, en raison d’une suppression presque totale des dernières mesures liées à l’énergie. Selon les prévisions de la Commission, qui tiennent compte des informations contenues dans les projets de plans budgétaires, l’orientation budgétaire de la zone euro restera restrictive en 2024, à hauteur de 0,6 % du PIB. La raison en est la suppression presque totale des dernières mesures de soutien à l’énergie, qui devrait avoir un effet restrictif de près de 1 % du PIB, ainsi qu’une nouvelle baisse des subventions publiques à l’investissement privé. Cela devrait toutefois être partiellement compensé par l’augmentation attendue des dépenses courantes primaires nettes non liées à l’énergie.

De manière générale, l’investissement, qui sera porté par les financements nationaux, devrait légèrement augmenter dans la zone euro en 2024. Les investissements financés par les budgets nationaux devraient avoir un effet légèrement expansionniste en 2024. Le niveau des dépenses financées par des subventions de la FRR et d’autres fonds de l’UE devrait se stabiliser en 2024. Cela montre que l’ajustement budgétaire ne se fait pas au détriment des investissements, qu’il convient de maintenir à un niveau élevé pour soutenir les transitions écologique et numérique et renforcer la productivité et la résilience.

(II)Considérations relatives à l’orientation budgétaire et au dosage des politiques budgétaires et monétaires

Une orientation budgétaire restrictive cadre avec la nécessité d’améliorer la soutenabilité de la dette publique dans certains États membres et de renforcer la situation budgétaire à moyen terme. Cela est particulièrement vrai pour les grandes économies de la zone euro qui présentent un niveau d’endettement très élevé. Les pressions sur la dette continueront de s’accroître en raison, notamment, des coûts liés au vieillissement de la population, des transitions écologique et numérique et de la défense, ainsi que de l’écart moins favorable entre taux d’intérêt et taux de croissance et du niveau encore élevé des déficits publics, qu’il est nécessaire de réduire significativement. En conséquence, les mesures temporaires, telles que celles liées à la crise énergétique, doivent être supprimées et les économies correspondantes utilisées pour réduire les déficits, et non pour financer de nouvelles dépenses courantes. Les politiques devraient cependant rester réactives dans un contexte de grande incertitude. Les recommandations du Conseil aux États membres visent à assurer la soutenabilité de la dette à moyen terme et à accroître durablement la croissance potentielle, tout en protégeant l’Union économique et monétaire.

L’orientation restrictive permettra à la politique budgétaire de soutenir la politique monétaire, qui s’est considérablement durcie au cours de l’année écoulée et contribue à réduire l’inflation, qui avait atteint des niveaux historiquement élevés sur la période 2022-2023. Avec une orientation globalement restrictive, les politiques budgétaires prévues en 2024 devraient globalement concorder avec la politique monétaire. Plus d’un an après avoir engagé la normalisation de la politique monétaire, qui s’est traduite par une augmentation des taux directeurs de 4,5 points de pourcentage entre juillet 2022 et septembre 2023, la BCE a décidé, lors de sa réunion d’octobre 2023, d’observer une pause dans les hausses de taux d’intérêt. 7 Certes, la politique monétaire restera dépendante des données, mais les marchés estiment que les taux directeurs ont désormais atteint leur point culminant et devraient recommencer à baisser d’ici à la mi-2024. La BCE poursuit également le démantèlement passif du portefeuille de son programme d’achat d’actifs. La transmission de la politique monétaire aux conditions de financement a été particulièrement forte dans le cycle actuel de relèvement des taux, ce qui a contribué à freiner la demande intérieure et, avec la chute des prix de l’énergie et la baisse de l’inflation des denrées alimentaires, à faire passer l’inflation annuelle dans la zone euro d’un pic de plus de 10 % en octobre 2022 à un niveau légèrement inférieur à 3 % un an plus tard.

Dans ce contexte, la Commission estime que l’orientation budgétaire restrictive attendue en 2023 et 2024 est globalement appropriée, tout en reconnaissant la nécessité de continuer à faire preuve de réactivité compte tenu de la forte incertitude. En 2023, l’orientation budgétaire devrait être restrictive (à hauteur de ½ % du PIB), en raison de réductions des dépenses courantes, et est jugée appropriée. En 2024, l’orientation devrait rester restrictive (à hauteur d’environ ½ % du PIB); si cette orientation est jugée appropriée, la réactivité doit néanmoins rester de mise dans le contexte de grande incertitude. L’orientation budgétaire de 2024 serait plus restrictive si, comme le Conseil l’a recommandé, toutes les économies résultant de la suppression des mesures liées à l’énergie étaient utilisées pour réduire le déficit. L’utilisation de ces économies pour engager de nouvelles dépenses courantes pourrait peser sur les besoins d’ajustement à long terme des États membres dans le cas où ces nouvelles dépenses seraient permanentes et non financées par des mesures compensatoires.

Il importe de noter que cette contraction budgétaire ne se fait pas au détriment de l’investissement, qui augmentera dans l’ensemble de la zone euro. Selon les prévisions, la contribution globale de l’investissement sera expansionniste tant en 2023 qu’en 2024. Cela favorisera une croissance durable à long terme, contrairement à ce qui s’était produit pendant la crise financière, marquée par des coupes claires dans l’investissement. La contraction attendue des autres dépenses en capital est liée au retrait de mesures temporaires spécifiques dans les grands États membres et n’est donc pas le signe d’une diminution du soutien à l’investissement.

(III)Vue d’ensemble de l’orientation budgétaire des États membres

Orientation budgétaire des États membres en 2023

Malgré une orientation budgétaire globalement restrictive dans la zone euro en 2023, l’orientation budgétaire a été expansionniste dans la majorité des États membres, sous l’effet principalement d’une hausse des dépenses courantes. Le 12 juillet 2022, le Conseil a recommandé aux États membres fortement endettés de veiller à mener une politique budgétaire prudente, et à ceux faiblement ou moyennement endettés d’adopter une orientation politique globalement neutre. En 2023, l’accent a été mis sur l’évolution des dépenses courantes primaires nettes, déduction faite des mesures (ciblées) de soutien à l’énergie et des dépenses consacrées aux réfugiés. Néanmoins, en 2023, l’orientation budgétaire globale a été expansionniste dans la majorité des États membres (graphique 2.2). 8 Quatre d’entre eux devraient afficher un déficit supérieur à 3 % du PIB. Les dépenses courantes primaires nettes non liées à l’énergie ou aux réfugiés de quatorze États membres, dont cinq à qui il a été recommandé de limiter la croissance de ces dépenses, devraient avoir un effet expansionniste sur l’orientation budgétaire (graphique 2.3). 9 Dans neuf États membres, l’augmentation des investissements financés à la fois par le budget national et par le budget de l’UE a été le principal moteur de l’orientation expansionniste, qui favorise la croissance à long terme. Dans l’ensemble, la qualité des mesures de soutien à l’énergie ne s’est pas améliorée en 2023, les trois quarts d’entre elles n’étant pas ciblées. Au printemps 2024, la Commission évaluera, sur la base des chiffres définitifs pour 2023, le respect des recommandations budgétaires par pays formulées par le Conseil.

En 2023, les investissements ont augmenté dans la plupart des États membres, avec le soutien des financements nationaux et européens. En juillet 2022, il a été recommandé à tous les États membres d’accroître l’investissement public en faveur des transitions écologique et numérique. La plupart des États membres ont accru l’investissement, au moyen de financements nationaux ou de financements de l’UE. Les dépenses financées par des subventions de la FRR et d’autres fonds de l’UE devraient augmenter ou se stabiliser dans tous les États membres, sauf deux.

Graphique 2.2Orientation budgétaire des États membres de la zone euro et composante, 2023 (en % du PIB)

Source: Prévisions de la Commission européenne de l’automne 2023

Graphique 2.3Dépenses courantes primaires nettes (financées au niveau national), contribution à l’orientation budgétaire et déterminants, 2023 (en % du PIB)

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