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AccueilDroit européen52023IE0442
Initiative législative52023IE0442

Initiative législative — 52023IE0442

CELEX52023IE0442
TypeInitiative législative
Datejeudi 13 juillet 2023

Texte intégral

29.9.2023

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 349/87


Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Infrastructures et réseaux de distribution d’eau durables et résilients»

(avis d’initiative)

(2023/C 349/14)

Rapporteur:

Thomas KATTNIG

Décision de l’assemblée plénière

25.1.2023

Base juridique

Article 52, paragraphe 2, du règlement intérieur

Avis d’initiative

Compétence

Section «Transports, énergie, infrastructures et société de l’information»

Adoption en section

26.6.2023

Date de l’adoption en session plénière

13.7.2023

Session plénière no

580

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

199/10/17

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le CESE a la conviction que, face à la crise climatique et à la raréfaction des ressources hydriques qui en résulte, il s’impose de mettre en œuvre toutes les mesures requises pour réduire les pertes d’eau, assurer un partage équitable de ce bien et en faciliter la gestion durable. En tout état de cause, et particulièrement dans les cas où elle vient à manquer, il convient que dans sa distribution et son utilisation, l’approvisionnement de la population en eau potable à un coût abordable soit garanti en premier lieu et prime sur les usages industriels, touristiques et agricoles de la ressource. Le Comité demande à la Commission et aux États membres d’appliquer une approche fondée sur les droits dans toutes les politiques en rapport avec l’eau et dans la lutte contre la précarité hydrique, et de se placer ainsi dans la logique du socle européen des droits sociaux. Il propose de promouvoir une approche commune afin d’appréhender la précarité hydrique à l’échelon de l’Union et d’en formuler une définition exhaustive, chaque État membre ayant la possibilité d’établir sa propre définition compte tenu de ses réalités, tout en se conformant à la définition européenne.

1.2.

Le CESE estime que l’approvisionnement en eau constitue un bien public, sa préoccupation première étant que cette fourniture s’effectue dans de bonnes conditions, présente une haute qualité et soit dispensée à des tarifs accessibles. Les défis que pose la crise climatique, tout comme les investissements qu’il est nécessaire de consentir dans les infrastructures hydriques, impliquent des coûts considérables. Le Comité relève la différence qui prévaut entre la gestion publique et privée de l’eau, et note qu’il est possible, pour l’une comme pour l’autre, d’en trouver de bons et de mauvais exemples. La gestion privée, étant orientée vers le profit, pourrait peiner à satisfaire l’exigence fondamentale de l’universalité du service, qui consiste à desservir la totalité de la population. Le Comité estime qu’une gestion publique de l’eau, bien qu’elle soit limitée par des plafonds financiers stricts et se heurte à des obstacles bureaucratiques, est mieux placée pour garantir un accès universel à l’eau et aux réseaux d’assainissement à un prix équitable et selon des normes adéquates de qualité, ainsi que pour restaurer et protéger les écosystèmes, et assurer les investissements nécessaires dans les infrastructures. Il recommande à nouveau (1) d’appliquer la «règle d’or» aux investissements dans les infrastructures publiques, afin de préserver la productivité et le socle social et écologique nécessaires au bien-être des générations futures.

1.3.

Essentielle à la vie, l’eau représente un bien commun et un droit humain, comme l’a acté la première initiative citoyenne européenne couronnée de succès sur le droit à l’eau, «Right2Water», laquelle a donné lieu à la directive révisée sur l’eau potable, que l’Union européenne a adoptée en 2020 et qui comprend un article consacré spécifiquement à l’accès à l’eau. Dans ce contexte, le CESE recommande à l’Union d’adopter des cadres réglementaires relatifs aux contrats de concession de l’eau et de renforcer ceux qui existent, afin de garantir un accès à l’eau et aux réseaux d’assainissement à un prix équitable et selon des normes adéquates de qualité, ainsi que pour restaurer et protéger les écosystèmes, et assurer les investissements nécessaires dans les infrastructures. Il conviendra de préserver à l’avenir les dérogations que la directive 2014/23/UE (2) a prévues pour l’eau et les eaux usées, à la suite de l’initiative citoyenne européenne (ICE) «L’eau, un droit humain», telle qu’elle a pu être menée à bonne fin. Sur la toile de fond de la crise climatique, le Comité s’oppose tout spécialement à une quelconque obligation de libéralisation concernant le secteur de la fourniture d’eau et de l’assainissement des eaux usées.

1.4.

Dans un contexte de détérioration de la situation en matière de répartition des ressources hydriques, le CESE fait observer qu’il y a lieu d’orienter l’économie, dont, plus particulièrement, l’agriculture et les industries qui les utilisent en grandes quantités, vers des voies où elles en consommeront moins et réaliseront des avancées en ce qui concerne leur réutilisation. Pour parvenir à cet objectif, il sera également nécessaire de formuler, au niveau national et à celui de l’Union européenne, des prescriptions et recommandations visant à mieux réglementer la consommation de ce bien et à autoriser l’octroi de soutiens financiers plus opérants en faveur des infrastructures hydriques. Le Comité appelle les institutions de l’Union à donner désormais rang de priorité à la question de l’eau et à développer un «pacte bleu de l’Union européenne».

1.5.

Le CESE prend position pour un renforcement du principe du pollueur-payeur, qui combatte les polluants à la source même, plutôt que d’opter pour ne les éliminer qu’en fin de parcours, par des interventions sur les eaux usées. Leur pénétration dans les ressources hydriques, tant superficielles que souterraines, doit être réduite de manière durable, afin que la fourniture d’eau potable et l’évacuation et le traitement des eaux usées restent d’un coût supportable. En ce qui concerne cet assainissement, un progrès important, qui a le soutien du Comité, consistera à procéder à des améliorations ciblées qui se conjugueront avec un système de responsabilité des producteurs, ainsi que la Commission le propose dans la version révisée de la directive sur les eaux résiduaires, tout en insistant sur la nécessité que les organismes chargés de contrôler cette responsabilité des producteurs soient eux-mêmes soumis à un contrôle des pouvoirs publics et que tous les investissements qui sont effectués dans les stations d’épuration des eaux le soient de manière indépendante et sans interférence des organisations de producteurs.

1.6.

Le CESE fait observer que les communes sont confrontées à de vastes défis s’agissant de développer et d’entretenir leurs réserves d’eaux. Pour les relever, il convient qu’elles s’engagent plus avant dans la voie de la coopération intercommunale et que cette démarche soit nettement facilitée. Le Comité demande par conséquent à la Commission d’élargir les marges de manœuvre que le droit ménage en la matière, en particulier pour ce qui est de la réglementation des marchés publics.

1.7.

Les investissements en matière de fourniture d’eau et de gestion des eaux usées qui sont nécessaires aux fins de réaliser dans l’Union européenne une «transition bleue» placée sous le signe de la durabilité, de la compétitivité et de l’équité doivent être déployés d’une manière ciblée, visant à atteindre le meilleur rapport coûts-avantages possible d’un point de vue écologique et économique, en accordant une attention prioritaire aux groupes de population les plus vulnérables. Par ailleurs, la recherche et l’innovation, ainsi que les campagnes d’information à destination de l’industrie, de l’agriculture et des ménages, jouent un rôle capital pour promouvoir une activité économique et des comportements qui soient soucieux d’économiser l’eau.

1.8.

Le CESE tient à attirer l’attention sur la perte de diversité qui résulte de la crise climatique et est encore aggravée par des pratiques telles que la réinjection d’eaux trop chaudes dans les fleuves. Pour configurer les infrastructures hydriques de demain, il conviendra de prendre en considération ces développements malencontreux, afin de garantir que l’on s’emploie à lutter du mieux possible contre de pareilles pratiques problématiques plutôt que de continuer à les encourager. Par ailleurs, il s’impose de prendre des mesures de grande ampleur pour atteindre l’objectif d’une augmentation des températures qui soit limitée à 1,5 oC d’ici à 2050.

1.9.

Le CESE propose à la Commission européenne de lancer, à l’échelle de toute l’Union européenne, un processus de consultation publique qui, en évaluant les besoins hydriques de l’Europe, servira de base aux futures interventions du «pacte bleu pour l’Union européenne».

2. Contexte

2.1.

L’eau constitue un bien d’une nécessité vitale et est indispensable pour l’homme, la nature et le bon fonctionnement de l’économie et de la société. C’est l’agriculture qui en utilise la majeure partie, en l’occurrence 70 %, suivie de l’industrie et des ménages, à concurrence, respectivement, de 22 % et 8 %. Par ailleurs, les dépenses qui sont effectuées pour assurer sa fourniture et assainir les eaux usées s’élèvent en moyenne à 100 milliards d’euros par an pour l’ensemble de l’Union européenne, un montant qui devrait augmenter pour atteindre quelque 250 milliards d’euros afin de respecter les règles qu’elle a édictées concernant cet assainissement et l’approvisionnement en eau potable (3).

2.2.

Si demain, nous voulons disposer d’eau en quantité suffisante, il sera nécessaire d’améliorer les infrastructures hydriques et de créer des capacités de stockage supplémentaires. Pour ce faire, il y a lieu de déployer un large éventail de mesures, qui vont de la collecte des eaux de pluie dans des citernes à la réduction de l’imperméabilisation des sols, afin d’augmenter leur capacité d’absorption, en passant par la construction de bassins de rétention et l’installation de conduites de type circulaire. En cas d’inondations, provoquées par des afflux d’eau de différents types, il y a lieu de s’efforcer d’acheminer et de stocker les excédents dans des réservoirs sous contrôle. Des capacités tampons devraient être aménagées à intervalles réguliers le long des voies d’écoulement des eaux, de manière qu’il soit possible de relâcher progressivement leurs volumes excédentaires et d’en écrêter les pics. Les préparatifs nécessaires pour faire face à de telles situations doivent s’effectuer de manière anticipée, grâce à des investissements dans les infrastructures.

2.3.

En 2010, l’Assemblée générale des Nations unies a reconnu explicitement que le droit à l’eau et à l’assainissement constitue à part entière un des droits de l’homme (4). Il est de toute urgence nécessaire de poser les premiers jalons pour donner une traduction concrète à ce droit, en l’occurrence au moyen de la directive (UE) 2020/2184 (5) et de la proposition que la Commission a présentée pour la refonte de la directive 91/271/CEE (6), les États membres s’engageant par là à améliorer, d’ici à 2030, l’accès de tous les habitants de l’Union européenne à une eau potable pure et d’un coût abordable, ainsi qu’aux services de base en matière d’assainissement. Les données de la Commission (7) indiquent qu’à l’heure actuelle, quelque 10 millions d’habitants de l’Union européenne sont dépourvus de raccordement à des installations d’épuration. Dans leurs plans de mise en œuvre, les États membres doivent tenir suffisamment compte de cette lacune. L’initiative du «pacte bleu» est censée approfondir encore les efforts en la matière.

2.4.

S’agissant de la gestion des ressources hydriques à l’échelle mondiale, la crise climatique exerce déjà des effets notables, dont l’un consiste en une élévation du niveau des mers, qui augmente les infiltrations d’eau dans les zones littorales. En parallèle, elle aboutit, dans beaucoup de régions, à faire baisser le débit des cours d’eau et le volume des eaux souterraines. Le phénomène exacerbe les pénuries alimentaires, étant donné que l’eau douce représente un facteur irremplaçable pour la production de toute une série de denrées (8).

2.5.

La crise climatique réduit les ressources hydriques existantes et provoque des phénomènes de sécheresse, d’assèchement (9), de réchauffement des océans et de destruction d’habitats, qui sont tous lourds de conséquences pour l’écosystème dans sa totalité.

2.6.

Pour les citoyens, il est d’une nécessité vitale de bénéficier d’un approvisionnement en eau, lequel fait partie intégrante des infrastructures critiques. D’une manière générale, l’adduction d’eau potable jusque dans les foyers nécessite de l’énergie pour faire fonctionner les équipements de pompage. Les distributeurs de cette eau recourent d’ores et déjà à des systèmes redondants et à des circuits énergétiques propres, de façon à pouvoir, même en cas de panne électrique généralisée, continuer à en assurer la fourniture.

2.7.

Dans le domaine de l’adduction d’eau et de l’assainissement des eaux usées, un mouvement de remunicipalisation s’est dessiné ces dernières années dans bon nombre de pays de l’Union européenne. Si des villes et des communes ont été ainsi amenées à réintégrer de telles prestations d’intérêt général dans le périmètre du domaine public, c’est avant tout sous l’effet d’expériences malencontreuses vécues lors de la privatisation des services, laquelle s’est souvent accompagnée d’une diminution des investissements dans les infrastructures, d’une détérioration des conditions de travail, d’une augmentation des coûts supportés par les consommateurs, ainsi que d’une perte de contrôle et d’une déperdition de savoir-faire (10). En remunicipalisant ces services, les collectivités locales ont pu, dans ce domaine de l’approvisionnement en eau, recouvrer leur capacité d’action stratégique, ainsi que renouer avec l’exercice d’un contrôle démocratique et retrouver des leviers d’influence en la matière (11).

2.8.

L’eau constitue une question dont la portée économique et sociale est éminente, nécessitant une approche de long terme qui est inconciliable avec les rythmes électoraux et exige des décideurs publics un effort considérable en investissements et frais d’exploitation et d’entretien. Pour que le citoyen puisse exercer pleinement un contrôle démocratique en la matière, il est nécessaire de s’assurer qu’il connaisse le cycle et le coût de l’eau.

3. Observations générales

La dimension sociétale de l’eau

3.1.

Ressource vitale, l’eau devient aussi de plus en plus rare, sous l’effet de la crise climatique. Aussi le CESE appelle-t-il à lancer un «pacte bleu de l’Union européenne», afin de sensibiliser l’opinion à l’enjeu que constitue ce bien indispensable à la vie. Il préconise de dresser un état des lieux des infrastructures et des disponibilités hydriques dans chaque État membre, afin d’obtenir des informations à jour sur l’état des équipements existants en la matière et de cerner les besoins d’investissement les plus pressants.

3.2.

Le CESE souligne que l’eau ne constitue pas un bien marchand comme les autres, mais un patrimoine dont il convient d’assurer la protection et la défense (12). Il estime que s’agissant de l’accès universel de la population à une eau potable et à un assainissement de qualité à des prix abordables, l’eau doit être traitée comme un bien commun, et non pas simplement comme une marchandise, dans le plein respect de l’article 14 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) et du protocole no 26 annexé au traité sur l’Union européenne (TUE) et au TFUE. Dans ce contexte, le Comité recommande à l’Union d’adopter des cadres réglementaires relatifs aux contrats de concession de l’eau et de renforcer ceux qui existent pour garantir un accès universel à l’eau et aux réseaux d’assainissement à un prix équitable et selon des normes adéquates de qualité, ainsi que pour restaurer et protéger les écosystèmes, et assurer les investissements nécessaires dans les infrastructures. Dans le plein respect de l’article 14 du TFUE et du protocole no 26 annexé au TUE et au TFUE, il conviendra de préserver à l’avenir aussi les dérogations que la directive 2014/23/UE sur l’attribution de contrats de concession a prévues pour l’eau et les eaux usées, à la suite de l’initiative citoyenne européenne (ICE) «L’eau, un droit humain» (13), telle qu’elle a pu être menée à bonne fin. Sur la toile de fond de la crise climatique, le Comité prend tout spécialement position contre une quelconque obligation de libéralisation concernant ce secteur sensible de l’eau et des eaux usées et préconise tout au contraire de renforcer les services d’intérêt général dans le domaine hydrique et au-delà.

3.3.

Le Comité demande à la Commission et aux États membres d’appliquer une approche fondée sur les droits dans toutes les politiques en rapport avec l’eau et dans la lutte contre la précarité hydrique, et de se placer ainsi dans la logique du socle européen des droits sociaux. Il propose de promouvoir une approche commune afin d’appréhender la précarité hydrique à l’échelon de l’Union et d’en formuler une définition exhaustive, chaque État membre ayant la possibilité d’établir sa propre définition compte tenu de ses réalités, tout en se conformant à la définition européenne. Des financements publics devraient être prévus pour développer les infrastructures, en tenant tout particulièrement compte des propriétaires de biens immobiliers disposant de peu de ressources, ainsi que des quartiers urbains et des zones rurales socialement défavorisés dont les infrastructures nécessitent une rénovation.

3.4.

Le Comité souligne que le caractère équitable que doit revêtir la transition ne se réduit pas à une question de financement, mais qu’il couvre aussi l’objectif d’instaurer un travail décent, de créer des emplois de haute valeur et de garantir la sécurité sociale, ainsi que de préserver la compétitivité des entreprises de l’Union européenne, et qu’il exige de prendre des mesures spécifiques à tous les niveaux, dont, en particulier, celui des régions.

3.5.

Les régions de l’Union européenne qui sont confrontées à des pénuries d’eau se font toujours plus nombreuses (14). Cet état de fait démontre toute la nécessité de développer des infrastructures hydriques résilientes et, notamment, de créer des capacités de stockage. Dans le cas où les ressources en eau viennent à manquer, il convient d’assurer un approvisionnement dans cette ressource pour la population et les besoins humains essentiels, en lui donnant la priorité sur son utilisation par l’industrie, le tourisme et l’agriculture, étant entendu que ce sont les États membres qui doivent apporter cette garantie. Pareille démarche est indispensable pour prévenir les conflits dont l’eau constitue l’élément déclencheur, tels que l’on peut déjà en voir se dérouler dans d’autres régions du globe. De ce fait, il apparaît nécessaire d’établir d’urgence un pacte bleu pour l’Union, qui aurait notamment pour objectif de veiller à ce que la question de la disponibilité de l’eau et de sa distribution soit dorénavant mieux prise en considération et de renforcer la recherche et l’innovation en la matière.

Qualité et épuration de l’eau

3.6.

Le CESE appelle à mieux appliquer le principe de précaution et celui du pollueur-payeur, afin d’améliorer la qualité de l’eau, ainsi qu’à faire peser le coût de la pollution sur ses auteurs plutôt que sur les consommateurs. Il conviendrait que les eaux souterraines présentent les qualités d’une eau de boisson, afin d’éviter qu’elles ne doivent subir un traitement de potabilisation, aussi coûteux qu’énergivore.

3.7.

Les rejets du secteur agricole, alimentaire et industriel contribuent tout particulièrement à une pollution diffuse par les nitrates et les pesticides, qui a pour effet que bien souvent, les eaux souterraines n’atteignent pas un état satisfaisant sur le plan chimique. Il convient que les dispositions législatives qui sont applicables à l’agriculture, par exemple au titre de la politique agricole commune, à l’industrie ou encore au secteur de la chimie, comme le règlement sur les pesticides, soient configurées de telle manière que les écosystèmes hydriques restent indemnes.

Usage et gaspillage de l’eau

3.8.

Le CESE fait observer que les communes sont confrontées à de vastes défis s’agissant de développer et d’entretenir leurs réserves d’eaux. Pour les relever, il convient de s’engager plus avant dans la voie de la coopération intercommunale et de faciliter nettement cette démarche, de manière à améliorer les performances atteintes en matière de fourniture d’eau et d’assainissement, ainsi que de développement et d’entretien des réserves hydriques, et à renforcer durablement la viabilité économique de ces services d’intérêt général dans les zones rurales. Le Comité demande par conséquent à la Commission d’élargir les marges de manœuvre que le droit ménage en la matière, en particulier pour ce qui est de la réglementation des marchés publics.

3.9.

La Commission estime que les dépenses exigées par la version remaniée de la directive relative aux eaux résiduaires excéderont un volume de 3,8 milliards d’euros par an. Ce sont les ménages qui devraient supporter la majeure partie de ces frais (15), qui entraîneront un renchérissement supplémentaire de l’assainissement de base, dont le poids pèsera tout particulièrement sur les catégories de population les plus vulnérables. Aussi le CESE réclame-t-il que les charges et avantages qui résultent de ces mesures soient répartis de telle manière que les particuliers ne s’en trouvent pas pénalisés.

3.10.

Le CESE juge qu’il y a lieu de faire baisser dans des proportions notables les déperditions dues à des fuites dans les réseaux, lesquelles, dans certains États membres, sont supérieures à 20 % des volumes mis en distribution (16), ainsi que le gaspillage de la ressource dans l’agriculture, l’industrie et la construction, ou encore le secteur touristique. Ces domaines d’activité peuvent concourir à la résolution du problème, pour autant que l’on s’emploie à renforcer la recherche et l’innovation relatives aux pratiques économes en eau et à appliquer plus intensément les savoirs d’ores et déjà disponibles, concernant, entre autres exemples, l’irrigation au goutte-à-goutte, le recours à des cultures dont les besoins hydriques sont faibles ou l’adaptation de la production vivrière aux conditions locales.

3.11.

Dès lors qu’il sera bien informé, le citoyen adoptera, dans la sphère domestique, un comportement d’utilisation plus parcimonieuse de l’eau, et le CESE se félicite donc que les dispositions réglementaires de l’Union européenne renforcent les obligations d’information des ménages qui sont imposées aux responsables de la fourniture d’eau potable et de l’assainissement des eaux usées.

Voies navigables

3.12.

Dans le monde entier, la crise climatique exerce des effets considérables sur le transport par voies navigables. L’acheminement de biens et de personnes par ces infrastructures pâtit tout particulièrement de la baisse des débits fluviaux, de la modification des régimes de précipitations, de la fréquence accrue des phénomènes météorologiques extrêmes ou de l’élévation du niveau de la mer.

3.13.

La profondeur des chenaux diminue, tandis que les infrastructures des ports et des écluses doivent être adaptées à ces nouvelles conditions. Il en résulte une augmentation des coûts et un allongement des délais d’attente pour les bateaux, entraînant un ralentissement dans le transport des marchandises.

3.14.

Il s’impose de prendre des mesures pour procéder aux adaptations voulues dans les infrastructures des ports et des écluses, ainsi que d’entreprendre une meilleure planification des canaux et itinéraires de navigation, afin que demain, le transport par voie d’eau puisse s’avérer sûr et efficace.

3.15.

Le CESE estime qu’il est capital de développer les voies navigables sur le territoire de l’Union européenne et d’en améliorer le maillage. À cet égard, il est également nécessaire de tenir compte des enjeux de l’intermodalité, comme le relève l’avis TEN/764 (17).

Énergie

3.16.

La situation que les marchés de l’énergie ont connue en août 2022 a démontré que du fait des facteurs d’ordre climatique, il n’existe pas de source énergétique dont la fiabilité atteigne 100 % en toutes circonstances. Ainsi, on a pu constater que la sécheresse a une incidence sur la production énergétique de l’hydroélectrique et du nucléaire.

3.17.

Le CESE se félicite des efforts déployés pour utiliser l’hydroélectricité aux fins de produire et de stocker de l’électricité de manière renouvelable, mais constate que sur le long terme, l’amenuisement des ressources hydriques qui est induit par la crise climatique peut produire des répercussions négatives sur cette production électrique issue de la filière hydroélectrique, ainsi que sur son stockage. En faisant baisser les volumes produits, elle peut aussi exercer des effets dommageables sur le réseau électrique. Pour arriver à compenser les éventuelles défaillances des centrales hydroélectriques, il y a lieu de continuer à soutenir l’essor des sources d’énergie renouvelables et à promouvoir leur déploiement accéléré, en particulier dans le domaine du solaire et de l’éolien.

3.18.

Le CESE fait observer que l’électrification du transport peut également induire une augmentation de la consommation hydrique, étant donné que les électrolytes utilisés dans la production de batteries nécessitent de l’eau en grandes quantités. Aussi convient-il de planifier soigneusement l’implantation des usines qui les fabriquent.

3.19.

Le CESE relève que si les sources d’énergie renouvelables nécessitent généralement moins d’eau que l’extraction et la transformation des combustibles fossiles classiques, l’une d’entre elles, à savoir les biocarburants, en requiert une consommation significative. L’irrigation des cultures destinées à produire ces carburants, ainsi que leur transformation, exigent d’utiliser des ressources hydriques dans des quantités importantes, qui doivent être fournies par les infrastructures hydrauliques et les réseaux de distribution afférents.

3.20.

Le CESE fait observer que la production d’électricité nucléaire nécessite de l’eau de refroidissement en grandes quantités. Du fait de la crise climatique, le niveau des fleuves baisse, cependant que la température augmente. Quand cette élévation se produit, les centrales nucléaires doivent procéder à une baisse de régime en raison du manque d’eau. En outre, en rejetant dans les fleuves des eaux de refroidissement qui sont trop chaudes, elles en altèrent la teneur en oxygène et enclenchent ainsi des effets négatifs sur leur écologie et leur biodiversité (18).

4. Observations particulières

4.1.

Le CESE fustige le manque de cohérence entre la politique de l’Union européenne en matière hydrique et celles qu’elle mène par ailleurs, et il demande à la Commission d’y apporter des correctifs, afin d’éviter qu’elles ne se contredisent dans certaines de leurs dispositions et qu’elles ne donnent lieu à des conflits d’objectifs.

4.2.

Le CESE se félicite que la Commission ait pris la résolution, dans le cadre de la refonte de la directive sur l’eau potable, de réduire au minimum les déperditions d’eau dans les canalisations d’adduction (19). Il fait observer qu’il s’impose de prendre d’urgence des mesures et de consentir des investissements, publics et privés, en ce qui concerne les infrastructures hydriques, afin d’y éviter les pertes d’eau et de garantir la résilience et la durabilité à long terme de celles qui jouent un rôle essentiel. Les fuites qui se produisent doivent être traitées comme des urgences. Pour les colmater, un facteur crucial consistera, dans ces situations, à disposer de personnels spécialisés et du matériel ad hoc.

4.3.

S’agissant de financer les projets d’infrastructures, le plus grave obstacle auquel la puissance publique n’a cessé de se heurter réside dans la rigidité des règles budgétaires. En conséquence, le but qu’il convient de viser doit consister en ce que les projets gravitant autour du pacte vert pour l’Europe, de l’indépendance énergétique et du secteur numérique soient soustraits à toute réglementation qui entrave de tels investissements publics. C’est pour cette raison que le CESE recommande, dans le droit fil d’avis antérieurs (20), que la «règle d’or» leur soit appliquée.

4.4.

Le CESE soutient la proposition de remanier les directives 2006/118/CE (21) et 2008/105/CE (22) et est par ailleurs favorable à ce que des valeurs limites soient établies pour les composés perfluorés et polyfluorés (PFC) et les microplastiques. Dans un de ses rapports spéciaux, la Cour des comptes européenne a mis en évidence que dans le secteur de l’eau, le principe du pollueur-payeur n’a pas été appliqué de manière cohérente, malgré les coûts élevés de fonctionnement et d’investissement qu’induit cette carence (23).

4.5.

Le CESE fait observer que pour entretenir et développer des infrastructures et réseaux de distribution d’eau durables et résilients, il y a lieu de disposer d’une main-d’œuvre qualifiée, dont, en particulier, des personnels spécialisés, et qu’il est nécessaire de s’appuyer sur une gestion adéquate du savoir en la matière, et donc de mener des actions d’ordre stratégique et opérationnel qui optimisent la gestion des connaissances en jeu. Il demande de mettre en place les structures et conditions de travail requises pour éviter que des goulets d’étranglement ne se forment dans ce domaine et de veiller à disposer de spécialistes en nombre suffisant afin de mettre en œuvre les dispositions qui s’imposent.

4.6.

Le CESE relève que la progression de la numérisation dans le secteur de l’eau induit en concomitance une augmentation des risques concernant la sécurité des données et leur protection. Aussi convient-il de s’assurer que le traitement des informations ainsi récoltées soit régi par les dispositions les plus strictes possible pour ce qui est de les protéger. Parallèlement, la cybersécurité doit également jouer un rôle primordial dans le domaine des infrastructures et réseaux de distribution d’eau, vu la montée en puissance des menaces que les cyberattaques font peser sur les infrastructures critiques.

4.7.

Dans beaucoup d’États membres, le degré d’intégration entre les entreprises actives dans la production et la distribution d’eau potable et dans le traitement et l’épuration des eaux usées est faible, voire nul. Le CESE a la conviction que confier la direction et la gestion de ces matières à un organisme public unique contribuerait à une réduction des coûts et une efficacité accrue.

Bruxelles, le 13 juillet 2023.

Le président du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) Voir, entre autres, avis du Comité économique et social européen sur la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions intitulée «Plan REPowerEU» [COM(2022) 230 final] et sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (UE) 2021/241 en ce qui concerne les chapitres REPowerEU des plans pour la reprise et la résilience et modifiant le règlement (UE) 2021/1060, le règlement (UE) 2021/2115, la directive 2003/87/CE et la décision (UE) 2015/1814 [COM(2022) 231 final — 2022/0164 (COD)] (JO C 486 du 21.12.2022, p. 185), avis du Comité économique et social européen sur le thème «Les investissements publics dans les infrastructures énergétiques comme élément de solution face aux problèmes climatiques» (avis d’initiative) (JO C 486 du 21.12.2022, p. 67) et avis du Comité économique et social européen sur le thème «Une vision stratégique de la transition énergétique au service de l’autonomie stratégique de l’UE» (avis d’initiative) (JO C 75 du 28.2.2023, p. 102).

(2) Directive 2014/23/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 février 2014 sur l’attribution de contrats de concession (JO L 94 du 28.3.2014, p. 1).

(3) https://www.aquapublica.eu/sites/default/files/article/file/20230310_Joint%20statement_EPR%20scheme.pdf

(4) https://undocs.org/Home/Mobile?FinalSymbol=A%2FRES%2F64%2F292&Language=E&DeviceType=Desktop&LangRequested=False

(5) Directive (UE) 2020/2184 du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2020 relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine (JO L 435 du 23.12.2020, p. 1).

(6) Directive 91/271/CEE du Conseil du 21 mai 1991 relative au traitement des eaux urbaines résiduaires (JO L 135 du 30.5.1991, p. 40).

(7) https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/qanda_22_6281

(8) https://wires.onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.1002/wat2.1633

(9) Europe’s next crisis: Water («La prochaine crise de l’Europe: l’eau»), Politico.

(10) Getzner, Köhler, Krisch, Plank (2018) — Endbericht (Langfassung): Vergleich europäischer Systeme der Wasserversorgung und Abwasserentsorgung («Rapport final, version longue — Comparaison entre les systèmes européens d’approvisionnement en eau et d’assainissement»), Informationen zur Umweltpolitik, 197.

https://emedien.arbeiterkammer.at/viewer/ppnresolver?id=AC15177626

(11) https://www.epsu.org/search?f%5B0%5D=policies%3A56

(12) Directive 2000/60/CE du Parlement européen et du Conseil du 23 octobre 2000 établissant un cadre pour une politique communautaire dans le domaine de l’eau (JO L 327 du 22.12.2000, p. 1), considérant 1.

(13) https://right2water.eu/

(14) https://publications.jrc.ec.europa.eu/repository/handle/JRC133025

(15) Selon l’analyse d’impact, la clé de répartition de ces engagements devrait aboutir à ce qu’ils soient supportés à hauteur de 51 % par les ménages, de 22 % par les finances publiques et de 27 % par l’industrie.

(16) https://emedien.arbeiterkammer.at/viewer/ppnresolver?id=AC15249737

(17) Avis du Comité économique et social européen sur la proposition modifiée de règlement du Parlement européen et du Conseil sur les orientations de l’Union pour le développement du réseau transeuropéen de transport, modifiant le règlement (UE) 2021/1153 et le règlement (UE) no 913/2010 et abrogeant le règlement (UE) no 1315/2013 [COM(2022) 384 final/2 — 2021/0420 (COD)] (JO C 75 du 28.2.2023, p. 190).

(18) https://www.dw.com/de/wie-k%C3%BChlen-hei%C3%9Fe-l%C3%A4nder-ihre-kernkraftwerke/a-49758541

(19) https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:32020L2184

(20) Voir la note 1 de bas de page.

(21) Directive 2006/118/CE du Parlement européen et du Conseil du 12 décembre 2006 sur la protection des eaux souterraines contre la pollution et la détérioration (JO L 372 du 27.12.2006, p. 19).

(22) Directive 2008/105/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 établissant des normes de qualité environnementale dans le domaine de l’eau, modifiant et abrogeant les directives du Conseil 82/176/CEE, 83/513/CEE, 84/156/CEE, 84/491/CEE, 86/280/CEE et modifiant la directive 2000/60/CE (JO L 348 du 24.12.2008, p. 84).

(23) https://www.eca.europa.eu/Lists/ECADocuments/SR21_12/SR_polluter_pays_principle_FR.pdf


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