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AccueilDroit européen52023IE1741
Initiative législative52023IE1741

Initiative législative — 52023IE1741

CELEX52023IE1741
TypeInitiative législative
Datemercredi 13 décembre 2023

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Séries C


C/2024/1567

5.3.2024

Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Vers un cadre européen pour les stratégies nationales relatives à la lutte contre le sans-abrisme fondées sur le principe du “logement avant tout” »

(avis d’initiative)

(C/2024/1567)

Rapporteure:

María del Carmen BARRERA CHAMORRO

Corapporteur:

Ákos TOPOLÁNSZKY

Décision de l’assemblée plénière

25.1.2023

Base juridique

Article 52, paragraphe 2, du règlement intérieur

Avis d’initiative

Compétence

Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté»

Adoption en section

21.11.2023

Adoption en session plénière

13.12.2023

Session plénière no

583

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

172/2/5

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité économique et social européen (CESE) se félicite du lancement de la plateforme européenne de lutte contre le sans-abrisme (EPOCH) et salue les travaux effectués par la Commission européenne sur ce sujet. Le CESE souhaite que le sans-abrisme reste pour l’Union européenne une priorité en matière de politique sociale, dans la perspective des élections européennes mais aussi par la suite. Ce dont on a besoin, c’est d’opérer un changement de focale dans la stratégie, en passant d’une logique de gestion du sans-abrisme à celle de son éradication proprement dite.

1.2.

Le CESE s’engage à œuvrer activement en tant que partenaire de la plateforme EPOCH, étant lui-même signataire de la déclaration de Lisbonne de 2021 et membre du comité directeur de l’EPOCH.

1.3.

Le CESE préconise la mise en chantier d’une stratégie européenne de lutte contre le sans-abrisme dont la plateforme EPOCH formerait l’un des rouages et qui permettrait d’intégrer les politiques nationales en la matière dans le cadre du semestre européen. Une telle stratégie devrait être étayée par une recommandation du Conseil sur le sans-abrisme. Par conséquent, le CESE invite la présidence belge de l’Union européenne (UE) à entamer les travaux qui permettront d’aboutir à une recommandation en ce sens.

1.4.

Le CESE invite également la Commission européenne à élaborer sans plus attendre une proposition relative à un nouveau programme de travail pluriannuel, en collaboration avec les États membres, les institutions de l’UE et les autres parties prenantes. Idéalement, le nouveau programme de travail devrait couvrir l’intégralité du mandat de la nouvelle Commission européenne. Le CESE demande que l’on associe plus étroitement les personnes qui ont une expérience directe du sans-abrisme aux activités et à la gouvernance de la plateforme EPOCH.

1.5.

Le CESE accueille favorablement les projets financés par la Commission dans le cadre des différents axes de travail de l’EPOCH. Toutefois, ces projets étant ponctuels et limités dans le temps, il estime que la Commission devrait affecter un budget structurel à la gouvernance de la plateforme et à ses activités récurrentes dans le cadre du programme pour l’emploi et l’innovation sociale (EaSI) du Fonds social européen plus (FSE+).

1.6.

Le CESE souhaiterait que la plateforme EPOCH fasse activement la promotion de l’approche du «logement d’abord» en tant que solution systémique au sans-abrisme chronique. Le CESE propose que soit déployé un programme européen de formation afin d’encourager l’adoption de cette approche.

1.7.

Le CESE invite également les États membres à tenir les engagements qu’ils ont pris en tant que signataires de la déclaration de Lisbonne s’agissant d’accomplir des progrès substantiels en vue d’éradiquer le sans-abrisme d’ici à 2030. À cette fin, il est important de fixer des étapes ambitieuses, crédibles et réalistes tout au long du parcours.

1.8.

Le CESE demande aux États membres de mettre en place des politiques nationales relatives au sans-abrisme afin de traduire en actions leurs engagements au titre de la déclaration de Lisbonne, et d’intégrer l’approche du «logement d’abord» dans leurs stratégies nationales en la matière.

1.9.

Le CESE demande aussi à la Commission de continuer de lutter contre le sans-abrisme dans toutes les actions et les stratégies de l’UE qui s’y prêtent, notamment la stratégie en faveur de l’égalité entre les hommes et les femmes, la stratégie en faveur de l’égalité de traitement à l’égard des personnes LGBTIQ, le cadre stratégique pour l’égalité, l’inclusion et la participation des Roms, la stratégie en faveur des droits des personnes handicapées, la garantie européenne pour l’enfance, le plan d’action pour l’économie sociale, le nouveau pacte sur la migration et l’asile et l’approche globale en matière de santé mentale.

1.10.

Le CESE souhaite qu’une action européenne spécifique vienne encourager et aider les autorités de gestion à faire appel au FSE+ et au Fonds européen de développement régional (FEDER) pour financer des solutions de logement à destination des sans-abri.

1.11.

Le CESE s’inquiète du nombre croissant de personnes qui tirent un revenu de leur travail, mais qui sont sans-abri, et apprécierait que des travaux de recherche européens examinent l’ampleur et la nature de ce problème.

1.12.

Le CESE est également préoccupé par le nombre croissant de citoyens mobiles de l’UE qui sont sans-abri, et invite l’Autorité européenne du travail à fournir des orientations aux États membres afin de traiter ce problème.

1.13.

Le CESE considère que l’Agence des droits fondamentaux devrait travailler sur la question du sans-abrisme en ce qu’elle touche aux droits de l’homme, et lutter à titre prioritaire contre la pratique consistant à ériger en infraction le sans-abrisme de rue et à le punir pénalement.

2. Contexte de l’avis

2.1.

Comme le souligne la déclaration de Lisbonne sur la lutte contre le sans-abrisme, ce phénomène, qui est l’une des formes les plus extrêmes d’exclusion sociale, a une incidence délétère sur la santé physique et mentale, le bien-être et la qualité de vie des personnes, ainsi que sur l’accès de ces dernières à l’emploi et aux services sociaux et économiques (1). Le sans-abrisme concerne tous les États membres de l’Union européenne et le phénomène a continué de croître au cours des dix dernières années.

2.2.

La Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abri (FEANTSA) et la Fondation Abbé Pierre estiment que, chaque nuit, au moins 895 000 personnes se retrouvent à la rue ou dans des foyers pour sans-abri dans l’Union européenne. Le nombre total de personnes sans domicile, qu’elles soient hébergées à titre précaire ou qu’elles dorment dans la rue, a plus que doublé sur les quinze dernières années. Le nombre de personnes qui, chaque année, font l’expérience du sans-abrisme, y compris sous ses formes moins visibles comme dans le cas des personnes hébergées par des proches, se compte en millions.

2.3.

Le phénomène du sans-abrisme est indissociable de celui de la pauvreté: lorsque la précarité économique augmente, le risque de perdre son domicile devient lui aussi plus grand. La pandémie de COVID-19 n’a fait qu’accroître encore l’ampleur du sans-abrisme au sein de l’Union. Selon l’organisation Caritas, entre mars et mai 2020, la demande d’aide alimentaire a augmenté de l’ordre de 25 à 30 % en Europe occidentale (2). Les conséquences de la pandémie ont été particulièrement graves pour les jeunes. En 2021, en France, un jeune sur cinq âgé de 18 à 24 ans avait dû recourir à l’aide alimentaire depuis le début de la crise sanitaire, et plus d’un sur trois craignait de ne plus pouvoir faire face à ses dépenses de logement (3).

2.4.

Le sans-abrisme a progressé dans plusieurs segments de la population, comme les jeunes, les femmes et la communauté LGBTIQ. Les migrants, y compris les demandeurs d’asile et les réfugiés, sont eux aussi de plus en plus touchés par ce phénomène, et la proportion de réfugiés parmi la population des sans-abri de l’Union européenne pourrait encore augmenter, en raison aussi de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. La surreprésentation des citoyens mobiles de l’UE dans la population des sans-abri, en particulier parmi ceux qui dorment dans la rue, constitue une tendance inquiétante.

2.5.

L’ampleur du sans-abrisme dans l’Union risque d’être exacerbée par la hausse des prix de l’énergie généralisée en Europe, laquelle se traduit par une précarité énergétique rampante. En 2019, plus de 30 millions d’européens se sont déclarés incapables de chauffer (4) correctement leur logement, et ce chiffre pourrait encore augmenter en raison du conflit armé en Ukraine. La flambée des prix de l’énergie entraîne une hausse des coûts pour les locataires, ce qui aboutit souvent à des expulsions et, éventuellement, à des situations de sans-abrisme.

2.6.

Le sans-abrisme n’apparaît pas ex nihilo: il est le fruit de choix politiques et économiques (5). Par exemple, le manque de logements adéquats, y compris des logements adaptés à des besoins spécifiques, comme ceux liés au handicap, est également l’une des causes de ce phénomène. Les conséquences pour les sans-abri peuvent être extrêmement dommageables: espérance de vie réduite, problèmes de santé, discriminations, isolement ou encore obstacles à l’accès aux services et aux prestations publics de base. Il est donc crucial que l’Union européenne, conjointement avec ses États membres, adopte une approche globale de ce phénomène, ce qui implique notamment d’opérer une réorientation stratégique en passant d’une logique de gestion du sans-abrisme à celle de son éradication en tant que priorité pour une Europe sociale, en particulier dans le cadre du socle européen des droits sociaux.

2.7.

Malgré les données disponibles et son inscription constante au rang des priorités politiques de l’Union et de plusieurs de ses États membres, il n’en reste pas moins que le problème du sans-abrisme est insuffisamment combattu, tant au niveau européen qu’au niveau national. L’absence d’approche véritablement globale et de solutions stratégiques prenant en compte tous les aspects a pour corollaire que le problème du sans-abrisme reste sans solution, et même qu’il s’aggrave dans l’ensemble des États membres. L’Union européenne et ses États membres devraient par conséquent mettre en place des politiques de lutte contre le sans-abrisme fondées sur le droit à un logement abordable et adéquat. Il est nécessaire que les politiques nationales convergent afin de ne pas créer de disparités susceptibles de déplacer les problèmes d’un État membre à l’autre. Le CESE plaide en faveur d’une stratégie européenne de lutte contre le sans-abrisme qui permettrait d’intégrer les politiques nationales en la matière dans le cadre du semestre européen. Une telle stratégie européenne devrait être lancée au cours de la période à venir pour lutter contre ce phénomène de manière unie et coordonnée, avec pour but d’accomplir des progrès substantiels dans le sens de sa réduction d’ici à 2030 puis de son éradication à une échéance déterminée.

2.8.

Des progrès devraient aussi être accomplis au niveau européen pour renforcer encore la collecte de données statistiques propres à soutenir l’action des responsables politiques. Des données plus fiables sur le caractère protéiforme du sans-abrisme, y compris celui qui frappe les jeunes, sont nécessaires pour pouvoir mieux analyser les facteurs qui influencent ce phénomène et permettre une comparaison et un suivi systématiques au niveau de l’Union. On pourrait ainsi disposer d’un outil essentiel qui serait inclus dans la future stratégie européenne d’éradication du sans-abrisme.

2.9.

Le CESE défend l’approche consistant à placer les individus concernés au centre des politiques, estimant qu’il faut encourager leur participation et développer leur capacité à agir.

3. Observations générales

3.1.

Au sein de l’Union, le sans-abrisme est un problème de plus en plus préoccupant qui frappe des millions de personnes chaque année. Les États membres font face à une pression croissante de la crise énergétique, de l’inflation des prix du logement et de l’amenuisement des ressources publiques lorsqu’il s’agit de répondre aux besoins en matière de logement des groupes vulnérables qui sont exposés à l’exclusion en matière de logement et confrontés à des vulnérabilités intersectionnelles, et qui sont, par conséquent, plus exposés au sans-abrisme.

3.2.

En juin 2021, la présidence portugaise de l’Union a lancé la plateforme EPOCH avec le soutien de la Commission. La déclaration de Lisbonne, qui constitue la base politique de la plateforme, a été signée par les 27 États membres, la Commission, le Parlement européen, le CESE, le Comité des régions et plusieurs ONG européennes et d’autres parties prenantes. Dans la déclaration, les signataires se sont engagés à coopérer sur la question du sans-abrisme au niveau de l’Union, et à œuvrer pour mettre fin au phénomène d’ici à 2030. Les signataires sont convenus que l’approche axée sur le logement serait le moyen le plus efficace de combattre et prévenir le sans-abrisme.

3.3.

Il rappelle les cinq principes fondamentaux de la déclaration de Lisbonne et invite les États membres à veiller à ce que:

—

personne ne doive dormir dans la rue faute d’un logement d’urgence accessible, sûr et approprié,

—

personne n’ait à vivre dans un hébergement d’urgence ou provisoire plus longtemps que nécessaire pour trouver une solution de logement permanent,

—

personne ne doive quitter une institution (par exemple, prison, hôpital, centre de soins) sans avoir reçu une offre de logement adéquat,

—

les expulsions soient évitées chaque fois que possible et que nul ne soit expulsé sans aide pour trouver une solution de logement appropriée, lorsqu’il en a besoin,

—

personne ne subisse de discrimination du fait de l’absence de logement.

3.4.

Le CESE se fait également l’écho de la déclaration de Lisbonne selon laquelle les pouvoirs publics nationaux, régionaux et locaux devraient promouvoir la prévention du sans-abrisme, l’accès à un logement permanent et la fourniture de services d’accompagnement pour venir en aide aux sans-abri.

3.5.

L’action déterminée de la plateforme EPOCH doit être encouragée et mise au service d’un cadre stratégique européen spécifiquement destiné à faire progresser la lutte contre le sans-abrisme. Elle dispose désormais d’une structure de gouvernance et d’un programme de travail pluriannuel. Les trois axes de travail de l’EPOCH sont les suivants: la collecte de données et le pilotage/suivi des progrès des politiques; l’apprentissage mutuel; et l’accès aux fonds et aux possibilités de financement de l’Union européenne. Le CESE se félicite du rôle de coordination joué par l’OCDE, la FEANTSA et la Banque de développement du Conseil de l’Europe dans les différents axes de travail.

4. Observations particulières

Sans-abrisme

4.1.

Le sans-abrisme est un phénomène complexe. Bien que les États membres aient des définitions différentes du sans-abrisme, il existe un consensus croissant sur le fait qu’il constitue une réalité dynamique qui ne concerne pas seulement les personnes vivant dans la rue. Cet aspect est pris en compte dans la typologie européenne de l’exclusion liée au logement (ETHOS) de la FEANTSA, qui inclut notamment des personnes qui dorment dans la rue, des personnes qui vivent dans des refuges pour sans-abri ou des centres d’accueil pour femmes (tant pour un hébergement d’urgence que pour un hébergement de longue durée), des personnes logées de manière très précaire, telles que celles qui sont sur le point de sortir d’une institution sans avoir de point de chute, ou les personnes hébergées par des proches, ainsi que des personnes très mal logées, telles que celles qui vivent dans des maisons déclarées inhabitables ou encore les occupants sans contrat de bail.

4.2.

La population touchée par le sans-abrisme est très diverse. La majorité sont des hommes et des personnes d’âge mûr, mais les femmes, les jeunes, les familles et les enfants font aussi partie de cette population. Le nombre croissant de migrants et de personnes issues de minorités ethniques parmi les sans-abri est un sujet de préoccupation, sachant que certains groupes nécessitent une attention plus particulière, notamment les personnes LGBTIQ, les personnes porteuses d’un handicap ou les sans-abri âgés. Le CESE souligne qu’il convient, pour chacun des groupes cibles, de concevoir des politiques appropriées en associant à cette démarche les personnes en situation de sans-abrisme.

4.3.

Au cours de la dernière décennie, le sans-abrisme a augmenté dans la plupart des États membres et, de façon globale, dans l’ensemble de l’Union. Selon les estimations de la FEANTSA, le nombre de sans-abri hébergés à titre précaire et de ceux qui dorment dans la rue, ces derniers ne représentant qu’une partie de la population sans-abri, a plus que doublé au cours des quinze dernières années. La Finlande est le seul pays à avoir su réduire le sans-abrisme de manière constante au cours des deux décennies qui viennent de s’écouler. Il semblerait que, de leur côté, le Danemark et l’Autriche aient inversé la tendance à la hausse du phénomène. Les méthodes employées par ces pays devraient être étudiées pour établir comment ils ont réussi à inverser cette évolution et pour rechercher des pistes pour progresser.

4.4.

Les causes du sans-abrisme sont multiples et peuvent être structurelles, institutionnelles ou personnelles. La correction des causes structurelles, consistant par exemple à remédier à l’échec des politiques menées, aux dysfonctionnements des marchés immobiliers, à la hausse du prix des logements, à la volatilité du financement immobilier ou aux carences des politiques migratoires, doit être au cœur des réponses apportées au sans-abrisme, de sorte que l’on puisse traiter efficacement ses déterminants d’ordre personnel tels que la dépendance, les problèmes de santé mentale ou les situations de divorce ou de séparation.

4.5.

La plupart des pays continuent de gérer le sans-abrisme au moyen de réponses d’urgence, par l’intermédiaire du système de foyer d’accueil, plutôt que de chercher à prévenir et à stopper le sans-abrisme en fournissant un logement, de manière aidée si nécessaire. Même si le sans-abrisme est considéré comme une violation des droits de l’homme à laquelle il convient de répondre de façon impérieuse, l’approche du sans-abrisme à travers le prisme des droits de l’homme reste sous-développée dans la plupart des pays. Ces pratiques devraient donc faire l’objet d’une évaluation critique du point de vue des droits fondamentaux et, en cas de violation, il conviendrait d’inviter les États membres à en changer.

4.6.

Il est impossible de lutter contre le sans-abrisme sans politiques de prévention solides et ciblées. La fin d’un séjour en institution (prison, traitement psychiatrique ou aide à l’enfance) constitue un point d’entrée majeur dans le sans-abrisme. Il y aurait lieu d’agir pour veiller à ce que nul ne puisse sortir d’une institution sans accéder à un logement sûr. Les actions visant à prévenir les expulsions peuvent aussi être efficaces pour éviter le sans-abrisme. Les déplacements forcés liés aux expulsions pour cause de rénovations («rénovictions») et à la précarité énergétique doivent aussi être traités. La base factuelle de la prévention ciblée est relativement faible, et il apparaît nécessaire de s’appuyer sur plus de recherches et d’expérimentations.

4.7.

Même s’il s’agit souvent d’une violation des droits de l’homme, le fait d’ériger en infraction le sans-abrisme de rue et de le punir pénalement reste un phénomène répandu. En outre, ces pratiques exacerbent les causes non résolues du sans-abrisme en forçant des personnes en situation d’extrême détresse à se cacher et à éviter les services sociaux. Les données montrent qu’elles sont contraires au droit européen et aux conventions internationales et sont aussi des interventions inefficaces, souvent coûteuses.

5. Observations complémentaires

Le logement d’abord

5.1.

L’approche du «logement d’abord» utilise le logement comme un instrument essentiel de réintégration plutôt que comme le résultat d’un processus de réintégration dans le système d’hébergement. Le logement de longue durée fourni aux sans-abri est un point de départ qui n’est pas subordonné à l’acceptation d’une assistance ou à la nécessité de démontrer des progrès en matière de développement personnel. La logique qui sous-tend cette approche est que la stabilité et la sécurité que le logement apporte permet aux sans-abri de s’attaquer plus efficacement à leurs autres problèmes, et que les services sont fournis de manière plus efficace et plus efficiente lorsque les bénéficiaires sont hébergés en toute sécurité. La fourniture par les États membres de possibilités de logement répondant à des normes minimales devrait être considérée comme un droit fondamental et une obligation pour les États membres en vue d’atteindre les objectifs de la déclaration de Lisbonne d’ici à 2030. Le CESE estime également que l’approche politique du «logement d’abord» exprime les valeurs européennes issues du traité, des conventions européennes et internationales et de la tradition de l’humanisme européen.

5.2.

L’approche du «logement d’abord» fonctionne, et les éléments de preuve qui en attestent sont légion. Le taux de rétention des logements dépasse généralement 80 %, même plusieurs années après que les sans-abri ont accédé au logement. L’approche du «logement d’abord» améliore aussi la santé et le bien-être des personnes sans domicile. Dans les pays où le relogement est étendu et hautement professionnalisé, il apparaît aussi que l’approche du «logement d’abord» est souvent moins coûteuse que les autres. Dans les pays qui opèrent dans le cadre de l’approche d’urgence, l’investissement initial dans le «logement d’abord» s’avère rentable à long terme. Il est prouvé qu’une offre suffisante de logements dans le cadre du «logement d’abord» peut être fournie en combinant plusieurs solutions d’hébergement, telles que des logements privés abordables ou des logements sociaux locatifs. Les modèles d’agence de location sociale peuvent jouer un rôle clé dans la fourniture de services suffisants.

5.3.

L’approche du «logement d’abord» est encore en phase de développement. Les principes fondamentaux en sont clairs et le groupe cible s’élargit progressivement, des sans-abri chroniques aux familles, aux femmes et aux jeunes sans-abri. La plupart des États membres de l’Union expérimentent le «logement d’abord», mais seul un nombre limité de pays le transposent à l’échelle requise et l’utilisent comme un levier de changement systémique dans la manière dont le sans-abrisme est traité. Le CESE estime dès lors qu’il est indispensable d’élaborer une stratégie européenne sur le sans-abrisme (et, par conséquent, des programmes-cadres dans les États membres prévoyant une coopération à différents niveaux: local, régional, national et européen), laquelle devrait être axée sur l’approche du «logement d’abord». Il est nécessaire aussi de promouvoir les structures relevant de l’économie sociale qui apportent un soutien essentiel.

5.4.

Les responsabilités législatives exercées par l’Union pourraient, dans certains cas, la conduire par ricochet à exacerber le sans-abrisme. Par conséquent, les récentes initiatives législatives de l’Union dans le cadre du pacte vert doivent éviter que le logement ne devienne moins abordable. Certaines des initiatives législatives prises dans le cadre du pacte sur la migration doivent être repensées afin que l’accès aux logements (d’urgence) devienne moins contraignant. Aujourd’hui encore, dans plusieurs États membres, des milliers de demandeurs d’asile dorment dans la rue ou dans des squats, ce qui constitue une violation de la directive relative aux conditions d’accueil (6). D’autres actes législatifs de l’Union, comme la directive sur les comptes de paiement (7) et la directive relative à l’eau potable (8), octroient spécifiquement des droits aux sans-abri. Dans plusieurs États membres, des violations de ces deux actes législatifs sont observées. Le CESE estime que toutes ces questions devraient être intégrées, et spécifiquement abordées, dans la stratégie européenne sur le sans-abrisme, au titre d’un cadre européen visant à éradiquer ce phénomène en Europe avant 2030.

5.5.

L’Union européenne dispose de compétences limitées pour lutter contre le sans-abrisme. Toutefois, dans le cadre de la méthode ouverte de coordination, l’Union peut soutenir les États membres grâce à l’apprentissage mutuel transnational, à la recherche comparative et à la collecte de données, ainsi qu’au suivi des progrès des politiques, ou encore en garantissant l’accès à ses fonds et possibilités de financement. L’Union européenne a joué un rôle important, en particulier dans les nouveaux États membres, en matière de développement de la qualité des services et de pilotage d’initiatives qui appliquent une approche du «logement d’abord» ou une «approche axée sur le logement» pour sélectionner des groupes cibles, principalement sur la base des Fonds ESI et du Fonds européen d’aide aux plus démunis (FEAD). En donnant un suivi aux projets pilotes qui se sont avérés fructueux, dans le cadre des examens et recommandations par pays du semestre européen, on pourrait faciliter leur reproduction à plus grande échelle.

5.6.

L’approche du «logement d’abord» doit être davantage soutenue, y compris au niveau des services médicaux et sociaux, pour contribuer à sortir les sans-abri de la situation qui est la leur. Une prise en charge spécialisée est également nécessaire pour les sans-abri âgés qui ont besoin de soins médicaux, par exemple dans le cadre de maisons de retraite dédiées et de soins ciblés. Enfin, pour perfectionner les connaissances et les outils nécessaires afin de lutter contre le sans-abrisme, dont l’approche du «logement d’abord» fait partie, la Commission devrait approfondir ses recherches sur ce phénomène et collecter des données ventilées.

Bruxelles, le 13 décembre 2023.

Le président du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) Déclaration de Lisbonne sur la plateforme européenne de lutte contre le sans-abrisme, 21 juin 2021.

(2) Coronavirus en Europa: largas filas para pedir bolsas de comida, otra postal de la pandemia [Le coronavirus en Europe: les queues devant les points de distribution de l’aide alimentaire, un autre signe de la pandémie], Clarín, rubrique Monde, 16 mai 2020.

(3) Enquête Ipsos auprès de 1 000 personnes, réalisée pour la Fondation Abbé Pierre, les 14 et 15 janvier 2021.

(4) https://institutdelors.eu/publications/leurope-a-besoin-dune-strategie-politique-pour-mettre-fin-a-la-precarite-energetique/

(5) Avis du Comité économique et social européen sur le problème des sans-abri (JO C 24 du 28.1.2012, p. 35).

(6) Directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l’accueil des personnes demandant la protection internationale (JO L 180 du 29.6.2013, p. 96).

(7) Directive 2014/92/UE du Parlement européen et du Conseil du 23 juillet 2014 sur la comparabilité des frais liés aux comptes de paiement, le changement de compte de paiement et l’accès à un compte de paiement assorti de prestations de base (JO L 257 du 28.8.2014, p. 214).

(8) Directive (UE) 2020/2184 du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2020 relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine (JO L 435 du 23.12.2020, p. 1).


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/1567/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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