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AccueilDroit européen52023IE2008
Initiative législative52023IE2008

Initiative législative — 52023IE2008

CELEX52023IE2008
TypeInitiative législative
Datemercredi 25 octobre 2023

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Séries C


C/2024/871

6.2.2024

Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Considérations supplémentaires sur l’examen annuel 2023 de la croissance durable»

(avis d’initiative)

(C/2024/871)

Rapporteur:

Konstantinos DIAMANTOUROS

Corapporteur:

Javier DOZ ORRIT

Décision de l’assemblée plénière

23.3.2023

Base juridique

Article 52, paragraphe 2, du règlement intérieur

Avis d’initiative

Compétence

Section «Union économique et monétaire et cohésion économique et sociale»

Adoption en section

5.10.2023

Adoption en session plénière

25.10.2023

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

185/1/1

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité économique et social européen (CESE) relève que, dans les dernières prévisions économiques d’été, la Commission européenne (CE) a abaissé ses projections de croissance à 0,8 %, témoignant de perspectives de plus en plus difficiles sur le plan de l’économie.

1.2.

Dans ce contexte, le CESE estime que la politique monétaire devrait s’efforcer, dans les mois à venir, de trouver un juste équilibre entre la nécessité de continuer à faire baisser l’inflation, d’une part, et d’éviter un freinage excessif de la croissance et de contribuer aux plans de réduction de la dette publique, d’autre part.

1.3.

Au vu de l’inflation persistante, le CESE est d’avis que les partenaires sociaux et les gouvernements devraient négocier et conclure des pactes nationaux en matière de revenus qui viseraient à réduire l’inflation sans nuire à l’investissement et à la croissance, et juge qu’ils devraient être assortis de mesures de soutien ciblées en faveur des catégories les plus vulnérables de la population.

1.4.

Le CESE soutient la proposition de la Commission qui, incluse dans le train de mesures législatives sur la réforme du cadre de gouvernance économique de l’Union, s’attache à établir des trajectoires nationales différenciées pour garantir la viabilité des finances publiques au moyen de plans budgétaires et structurels fondés sur des compromis négociés entre les autorités européennes et nationales. Néanmoins, le Comité est d’avis que pour obtenir que les pays concernés adhèrent à ces engagements, il s’impose que les parlements nationaux et les collectivités locales et régionales soient davantage associés à la démarche et que, par ailleurs, les partenaires sociaux et les organisations de la société civile soient parties prenantes des processus de consultation officiels.

1.5.

Le CESE se félicite de la résilience que le système bancaire de la zone euro a manifestée dans le sillage des récentes turbulences financières qu’ont connues certaines banques aux États-Unis, ainsi que Credit Suisse. Le mécanisme de surveillance unique (MSU), agissant en tant qu’autorité unique de surveillance, a joué un rôle significatif à cet égard. Dans le même temps, le Comité exprime son inquiétude de constater qu’environ 18 % des actifs bancaires de la zone euro échappent actuellement au contrôle de ce mécanisme de surveillance unique.

1.6.

Compte tenu de la détérioration de la compétitivité de l’Union européenne à l’échelle mondiale, le CESE accueille favorablement le plan industriel du pacte vert, qui s’efforce d’accélérer la procédure d’autorisation pour un certain nombre de technologies essentielles à la transition écologique. Bien qu’il s’agisse d’un pas dans la bonne direction, le Comité estime que cette procédure accélérée ne devrait pas se concentrer exclusivement sur des technologies spécifiques, cette démarche revenant, de manière indirecte, à en privilégier certaines par rapport à d’autres, mais qu’elle devrait s’appliquer à tous les secteurs de l’économie.

1.7.

En ce qui concerne l’assouplissement des règles en matière d’aides d’État, le CESE reconnaît qu’il constitue une nécessité politique à court terme, s’agissant de préserver les investissements industriels stratégiques dans l’Union européenne, mais il n’en est pas moins convaincu qu’il représente une menace pour le marché intérieur. À ce titre, il déplore que la Commission n’ait pas proposé d’établir un fonds européen de souveraineté lors de sa dernière révision à mi-parcours du cadre financier pluriannuel.

2. Contexte

2.1.

L’économie de l’Union européenne s’est avérée résiliente: en 2022, elle a enregistré une croissance, de 3,5 %, plus forte qu’escompté et, selon tous les pronostics, elle devrait éviter la récession en 2023. Suivant les prévisions économiques d’été, les perspectives économiques de l’Union se détériorent, la croissance attendue ayant été maintenant ramenée de 1 % à 0,8 %. Dans le même temps, il est prévu qu’en 2023, l’inflation sera légèrement inférieure aux prévisions, s’établissant à 5,6 % au lieu de 5,8 %, tandis que selon les projections, elle devrait être légèrement plus élevée que prévu, atteignant 2,9 % plutôt que 2,8 % Selon la Commission, le chômage dans la zone euro est tombé à un niveau historiquement bas de 6,4 % en juillet 2023.

2.2.

Lors de sa réunion de septembre, le conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) a décidé d’augmenter les taux d’intérêt de 0,25 %, portant ainsi à 4,5 % le taux de base des opérations principales de refinancement, et a expliqué qu’il considérait que ces taux d’intérêt actuels avaient atteint le niveau adéquat pour ramener l’inflation dans les parages de l’objectif officiel de 2 %. Alors qu’elle se situe clairement sur une trajectoire descendante, passant de 9,2 % en décembre 2022 à 6,1 % en mai 2023 dans la zone euro, celle des prix des produits alimentaires reste très élevée, atteignant 13,6 % en mai, contre 16 % en décembre.

2.3.

Les prix de l’énergie ont continué de baisser dans toute l’Europe, principalement sous l’effet d’une chute significative des prix du gaz sur le marché boursier à terme pour le gaz naturel du Title Transfer Facility. À titre de comparaison, ces tarifs gaziers se négocient actuellement aux alentours de 35 EUR le MWh, alors qu’en août 2022, ils étaient supérieurs à 300 EUR.

2.4.

La crise énergétique de 2022 a suscité des appels en faveur d’une réforme des règles relatives au marché intérieur de l’électricité. Le 14 mars, la Commission a publié ses propositions visant à rendre les factures d’électricité moins dépendantes des prix des combustibles fossiles, en créant un tampon amortisseur entre les marchés à court terme et les factures d’électricité payées par les consommateurs. Elle estime pouvoir arriver à un tel résultat en encourageant les contrats à plus long terme, notamment grâce aux accords d’achat d’électricité (AAE), en stabilisant les prix de l’électricité et en limitant les rentrées excessives des producteurs d’énergie, dès lors que le recours à des contrats d’écart compensatoire bidirectionnels sera exigé pour les nouveaux investissements dans la production à faible intensité de carbone qui nécessitent des financements publics et que des améliorations seront apportées sur les marchés à terme de l’électricité.

2.5.

Le 1er février 2023, la Commission a également publié un plan industriel du pacte vert (1) afin de stimuler la compétitivité de l’industrie, qui s’est considérablement érodée ces dernières années en raison des prix élevés de l’énergie, du poids de la charge réglementaire et des régimes de subventions pratiqués outre-Atlantique pour y attirer des chaînes de valeur cruciales pour la transition écologique. Ce plan industriel du pacte vert repose sur quatre piliers, ayant pour objectifs d’accélérer les procédures d’autorisation pour les technologies propres et les matières premières critiques, d’améliorer l’accès aux financements grâce à un assouplissement des règles sur les aides d’État, de stimuler les compétences industrielles vertes et, enfin, de promouvoir des chaînes d’approvisionnement résilientes.

2.6.

Le 26 avril 2023, la Commission européenne a publié sa proposition de réforme du pacte de stabilité et de croissance (2), attendue de longue date. Les nouvelles règles proposées s’efforcent de trouver un équilibre s’agissant, d’une part, de donner aux gouvernements une meilleure marge d’appropriation pour créer des situations de soutenabilité en matière budgétaire, grâce à des plans structurels nationaux ciblés en la matière, d’une durée de quatre ans, qu’il sera possible d’étendre pour une période maximale de trois ans, d’un commun accord entre l’État membre concerné et la Commission européenne, afin d’assurer une réduction plus progressive de la dette et, d’autre part, d’instaurer un régime de contrôle d’application qui présente une meilleure crédibilité, essentielle pour préserver celle de l’euro.

2.7.

En outre, le secteur bancaire a connu ces derniers mois de fortes turbulences, avec l’effondrement, en mars 2023, de la Silicon Valley Bank en Californie. Par la suite, deux autres banques régionales ont fait faillite aux États-Unis, en l’occurrence la Signature Bank et la First Republic Bank. Ces remous financiers se sont également propagés à l’Europe, qui a assisté à la déroute d’une grande institution financière, Credit Suisse. Ces deux crises bancaires ont pu être gérées, et ce succès a souligné que dans pareilles situations, il importe d’agir rapidement afin de contenir le risque de contagion et de limiter la perte de confiance des investisseurs et des déposants. La Banque centrale européenne, en tant qu’autorité de surveillance unique pour la plupart des établissements financiers «importants» de la zone euro, a joué un rôle essentiel à cet égard.

2.8.

Enfin, il convient de noter que, selon les données d’Eurostat, l’Union européenne est passée d’un excédent commercial de plus de 200 milliards d’euros en 2020 à un déficit record de 432 milliards en 2022, en raison de changements spectaculaires dans les balances commerciales au niveau mondial et, plus particulièrement, d’une forte augmentation du montant des importations d’énergie (3). Sous l’effet, principalement, de la baisse marquée des prix énergétiques, cette balance s’est redressée lors du premier trimestre de 2023, qui s’est conclu sur un déficit d’à peine 2 milliards d’euros (4). Il s’impose néanmoins de mener une réflexion approfondie sur les moyens de renforcer les paramètres les plus solides et les plus durables de la productivité et de la compétitivité de l’économie européenne.

3. Observations générales

3.1.

Le CESE se félicite que les perspectives économiques soient plus positives. En 2021 et 2022, l’Union européenne a subi un double choc, lié, d’une part, à la guerre que la Russie, sans avoir été provoquée, mène contre l’Ukraine et, d’autre part, à une grave crise énergétique. Au cours de cette période, l’Union et les gouvernements nationaux ont, dans des proportions inédites, mobilisé des ressources pour aider les entreprises et les consommateurs à faire face aux prix élevés de l’énergie. Les perspectives économiques actuelles, plus favorables, montrent que ces aides publiques sans précédent ont réussi à préserver l’économie européenne d’une récession importante, tout en protégeant les ménages vulnérables contre des factures excessivement élevées.

3.2.

La Banque centrale européenne a pris des mesures résolues pour faire baisser l’inflation, en relevant ses taux d’intérêt et en réduisant la masse monétaire. Bien qu’elle se situe à présent sur une trajectoire descendante, elle reste élevée et érode le pouvoir d’achat de la population. Dans le même temps, les données récentes suggèrent que la zone euro est entrée dans une phase de récession technique. De l’avis du Comité, la politique monétaire devrait, dans les mois à venir, s’efforcer de trouver un juste équilibre entre la nécessité de continuer à faire baisser l’inflation, d’une part, et d’éviter un freinage excessif de la croissance et de contribuer aux plans de réduction de la dette publique, d’autre part. Dans ce contexte, le CESE estime que les partenaires sociaux et les gouvernements devraient négocier et conclure des pactes nationaux en matière de revenus qui viseraient à réduire l’inflation sans nuire à l’investissement et à la croissance, et juge qu’ils devraient être assortis de mesures de soutien ciblées en faveur des catégories les plus vulnérables de la population. Pareille démarche s’avère particulièrement pertinente au vu des données récentes de l’OCDE indiquant que les salaires réels moyens ont baissé de 3,8 % en 2022 (5). Il conviendrait de combiner ces mesures avec des efforts visant à stimuler la productivité dans l’Union européenne, qui reste faible.

3.3.

Dans le même temps, le CESE soutient la présidente de la Banque centrale européenne quand elle déclare que les gouvernements devraient abandonner progressivement les mesures de soutien et revenir graduellement à des situations de soutenabilité budgétaire. Il estime toutefois qu’il conviendrait de maintenir des mesures ciblées, tant pour préserver les niveaux d’investissement, y compris grâce à une utilisation plus efficace et rapide de l’ensemble des fonds européens, que pour aider les citoyens à faibles revenus à faire face aux effets de l’inflation, car ce sont eux qui la ressentent le plus.

3.4.

Étant donné que les entreprises sont financées, à hauteur de quelque 70 %, par des fonds d’origine bancaire, que les marchés des capitaux sont largement sous-développés et que dans l’Union, le secteur des PME est quant à lui vigoureux, ce sont les banques qui seront à la base d’une grande partie, voire de la plupart des financements verts et numériques en Europe. Au vu des énormes besoins d’investissement qu’elle présentera au cours des prochaines décennies, le CESE estime qu’il est essentiel de continuer à œuvrer pour achever l’union des marchés des capitaux. Entretemps, il convient que dans une économie aussi dépendante du financement bancaire, la titrisation joue un rôle plus important pour connecter l’économie réelle aux marchés des capitaux et soulager les bilans des banques afin qu’elles soient en mesure d’augmenter le volume de leurs prêts.

3.5.

Le CESE partage l’avis de la Cour des comptes européenne estimant que la législation actuelle n’a pas encore enclenché la relance attendue sur le marché européen de la titrisation, ni aidé les banques à accroître leur capacité de prêt, alors que pareille démarche serait bénéfique pour les PME, entre autres acteurs. Il y a lieu d’améliorer le marché de la titrisation, en lui appliquant des contrôles et une surveillance efficaces, de manière à prévenir la réapparition de risques systémiques. Aujourd’hui, le marché européen de la titrisation, Royaume-Uni compris, équivaut à environ 6 % de son pendant américain et représente environ 1 % du PIB de l’Union contre 18 % aux États-Unis.

3.6.

Le 26 avril, la Commission européenne a publié son train de mesures législatives sur la réforme du cadre de gouvernance économique de l’Union et des règles budgétaires qui composent le pacte de stabilité et de croissance. La position du CESE sur la proposition de la Commission européenne se traduira dans son avis intitulé «De nouvelles règles de gouvernance économique parées pour l’avenir» (6), dans la version provisoire duquel il se félicite de la mise en place de trajectoires nationales différenciées visant à garantir la viabilité des finances publiques au moyen de plans budgétaires et structurels qui sont fondés sur des compromis négociés entre les autorités européennes et nationales. Le CESE estime que l’appropriation de ces engagements par les États membres, s’inscrivant dans le cadre d’une approche plus démocratique de la gouvernance économique de l’Union, requiert que les parlements nationaux et les collectivités locales et régionales soient davantage associés à la démarche et que les partenaires sociaux et les organisations de la société civile participent aux processus de consultation officiels, en concordance avec les points de vue que le Comité a développés dans des résolutions et avis antérieurs (7). Le CESE attache une grande importance au récent avis que la Banque centrale européenne a émis sur la réforme de la gouvernance économique (8), en ce qui concerne notamment la capacité budgétaire permanente de l’Union et la méthodologie d’analyse de la soutenabilité de la dette (9), qu’il conviendrait de préciser en consultation avec les États membres, qui se doivent d’apporter leur soutien à cet égard.

3.7.

Le CESE se félicite également que la compétitivité soit remise à l’ordre du jour par les décideurs au niveau de l’Union. Dès avant la guerre en Ukraine et la grave crise énergétique qui l’a frappée, elle souffrait déjà d’une perte de compétitivité par rapport à ses principaux concurrents. Selon les données de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les investissements directs étrangers (IDE) sur son territoire ont diminué de 68 % en 2021 par rapport à 2019, tandis qu’en parallèle, à cette même échéance de 2021, ils augmentaient de 60 % aux États-Unis. Le CESE souligne que l’accroissement des investissements, l’augmentation de la productivité et l’amélioration de la compétitivité dans l’ensemble de l’Union européenne devraient avoir pour base des engagements financiers ciblés, ainsi que la recherche et développement, l’innovation et une action de formation continue en faveur des travailleurs. Cette approche est particulièrement importante dans le cas des PME européennes, qui représentent 70 % de l’emploi dans l’Union et sont affectées de manière disproportionnée par les charges administratives, la lourdeur des taxes et les difficultés d’accès au capital.

3.8.

Si les prix de l’énergie ont fortement baissé, ils restent deux fois plus élevés qu’avant la pandémie de COVID-19 et représentent le quadruple de ceux pratiqués aux États-Unis. Dans le même temps, la charge réglementaire croissante pesant sur les entreprises, s’ajoutant à la force d’attraction exercée par les généreuses subventions de la loi américaine sur la réduction de l’inflation (IRA), menace la capacité de l’Union à attirer les investissements nécessaires à la transition écologique. Bien qu’il n’approuve pas les éléments protectionnistes de la loi IRA, qui évincent les fabricants de l’Union et sont incompatibles avec les règles de l’Organisation mondiale du commerce, le Comité reconnaît que des incitations ciblées peuvent jouer un rôle important pour attirer et stimuler les investissements.

3.9.

Le plan industriel du pacte vert constitue une première étape positive (10). Grâce au règlement pour une industrie «zéro net», ce plan s’efforce d’accélérer les procédures, souvent très longues, applicables aux projets d’investissement qui sont essentiels pour s’engager dans la transition verte, par exemple en ce qui concerne les batteries, les panneaux solaires, les électrolyseurs, ou encore le captage, le stockage et l’utilisation du carbone. Plus précisément, le règlement pour une industrie «zéro net» fixe des délais maximum concernant les procédures d’octroi d’autorisations pour les projets de processus de production zéro net, en fonction de leur taille et de leur statut.

3.10.

Bien qu’il s’agisse assurément d’un pas dans la bonne direction, le CESE note que les projets d’investissement dans l’Union européenne font souvent face à de longs retards, qui sont dus à l’incapacité des autorités à approuver les évaluations de l’impact environnemental en temps utile, ainsi qu’à des recours en justice que des communautés locales déposent contre eux. En conséquence, il doute que le règlement pour une industrie «zéro net», tel qu’il est proposé, puisse véritablement accélérer les investissements en Europe alors même qu’ils sont en pleine expansion outre-Atlantique. Il convient de noter que pour la seule année 2022, les entreprises ont annoncé des investissements aux États-Unis d’un montant de 73 milliards de dollars rien que dans le domaine des batteries. Le CESE estime que la société civile organisée peut jouer un rôle pour inciter la société à accepter des investissements verts, cette adhésion constituant une condition sine qua non pour assurer la réussite de la transition écologique. En outre, le Comité estime que cette procédure accélérée ne devrait pas se concentrer exclusivement sur des technologies spécifiques, cette démarche revenant, de manière indirecte, à en privilégier certaines par rapport à d’autres, mais qu’elle devrait s’appliquer à tous les secteurs de l’économie.

3.11.

Pour être en mesure de compenser d’une manière ou d’une autre les incitations financières offertes par l’IRA et afin de promouvoir les objectifs du plan industriel du pacte vert, la Commission européenne a assoupli les règles en matière d’aides d’État au moyen de l’encadrement temporaire de crise et de transition, lequel, pour ces aides, augmente les montants maximaux qui peuvent être accordés et instaure pour la première fois la possibilité de réaliser des investissements en capital dans des actifs immobilisés (CapEx). Dans le même temps, étant donné que la capacité à octroyer des aides d’État varie considérablement suivant les États membres, la Commission européenne les a autorisés à recourir à la facilité pour la reprise et la résilience (FRR) et aux Fonds ESI afin de promouvoir des projets au titre du règlement pour une industrie «zéro net».

3.12.

Si le CESE reconnaît que sur le court terme, une telle démarche est nécessaire pour éviter que l’Europe ne perde d’importants investissements, il estime qu’à long terme, un relâchement des règles en matière d’aides d’État représente une menace pour l’intégrité du marché unique, et, même si la possibilité d’utiliser la facilité pour la reprise et la résilience et les Fonds ESI est bienvenue, il note que la plupart des gouvernements ont déjà conçu leurs programmes et se montre dubitatif quant à la capacité des États membres de moindre taille à offrir des incitations suffisantes aux entreprises.

3.13.

Dans ce contexte, le Comité regrette que le dernier en date des réexamens à mi-parcours du cadre financier pluriannuel ne prévoie pas de financement pour la création d’un fonds de souveraineté européen, visant à promouvoir les investissements dans la transition écologique dans l’ensemble de l’Union tout en garantissant des conditions de concurrence équitables et le bon fonctionnement du marché unique. Par ailleurs, si la plateforme STEP (11) représente bel et bien une évolution positive, le CESE considère qu’elle constitue une réponse inadéquate face au défi auquel l’Union se trouve confrontée, dans la mesure où ce dispositif propose d’utiliser des ressources tirées d’autres fonds européens, déjà existants. Cette même proposition a conduit à reporter le lancement du fonds de souveraineté européen, qui avait été annoncé par la Commission. En tout état de cause, le CESE invite une nouvelle fois les États membres à mettre en place un processus significatif de consultation de la société civile organisée lorsqu’ils réviseront leurs plans pour la reprise et la résilience, en l’assortissant d’un chapitre «RePower».

3.14.

En ce qui concerne la réglementation sur les matières premières critiques (12), le CESE se félicite de l’intention de simplifier la procédure d’autorisation pour l’extraction de certaines d’entre elles dans l’Union européenne, afin qu’il soit possible d’exploiter plus efficacement les réserves qui y sont disponibles et de lui éviter les dépendances excessives vis-à-vis d’un seul pays tiers. En outre, il soutient fermement les efforts déployés pour diversifier les chaînes d’approvisionnement grâce à la conclusion d’accords commerciaux avec des partenaires fiables. Étant donné que 85 % de la croissance mondiale devrait s’effectuer à l’extérieur des frontières de l’Union au cours de la prochaine décennie, il importe qu’elle renforce ses échanges avec des partenaires mondiaux et trouve de nouveaux marchés d’exportation pour les biens européens, cette démarche offrant en retour aux gouvernements de nouvelles possibilités pour procéder sur leur territoire à des investissements qui stimulent la productivité et dépenser davantage dans le domaine social et éducatif. Une telle démarche pourrait être favorisée tant par un travail efficace au sein de l’Organisation mondiale du commerce que par la conclusion, attendue de longue date, de l’accord UE-Mercosur.

3.15.

En plus des propositions législatives visant à stimuler la compétitivité, la présidente de la Commission européenne a également annoncé son intention de réduire de 25 % les charges de déclaration pesant sur les entreprises et de soumettre toutes les nouvelles propositions à un contrôle de leur incidence sur la compétitivité. Il s’agit là d’une évolution bienvenue, qui doit être suivie d’actions concrètes afin, d’une part, d’aider les entreprises à faire face à la multiplication des obligations de déclarations environnementales, sociales ou liées à la gouvernance auxquelles elles seront confrontées dans les années à venir, au titre de la directive sur la publication d’informations en matière de durabilité par les entreprises (CSRD) (13), de la directive relative au devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité (CSDDD) (14) et de la législation sur la taxinomie (15) et le travail forcé (16) et, d’autre part, de veiller à ce que les futures propositions législatives tiennent davantage compte des effets qu’elles exerceront sur la compétitivité de l’Union, sans que soit perdue de vue la nécessité d’améliorer la situation des travailleurs, en cohérence avec le socle européen des droits sociaux.

3.16.

S’agissant de la réforme du marché intérieur de l’électricité, le CESE accueille favorablement la proposition qui a été formulée et souligne la nécessité d’un cadre propre à garantir des prix abordables et prévisibles, même s’il demeure incertain que le texte proposé puisse réellement atténuer le risque qu’à l’avenir, les prix ne restent à un niveau durablement élevé.

3.17.

Enfin, le CESE se déclare préoccupé qu’environ 18 % du total des actifs bancaires européens échappent à la surveillance de la Banque centrale européenne. Ce manque de transparence et d’application uniforme d’une telle supervision dans l’ensemble de l’Union constitue une source potentielle d’incertitude aux yeux des investisseurs et présente un risque de contagion au reste du secteur financier. Le Comité soutient l’initiative de grande ampleur que la Commission a récemment lancée afin de parachever le cadre juridique régissant la gestion des crises bancaires et la garantie des dépôts (CMDI), sachant que faire progresser l’union bancaire constitue une étape déterminante pour renforcer le marché unique européen, dans l’intérêt des citoyens comme des entreprises.

Bruxelles, le 25 octobre 2023.

Le président du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) COM(2023) 62 final.

(2) COM(2023) 242 final.

(3) Eurostat, Highest ever EU trade deficit recorded in 2022 («L’Union européenne enregistre en 2022 le pire déficit commercial de son histoire»).

(4) Eurostat, EU trade balance deficit returns almost to zero («Le déficit de la balance commerciale de l’Union européenne est pratiquement ramené à zéro»).

(5) Moyenne des pays de l’OCDE. Voir https://www.oecd.org/fr/presse/les-marches-de-lemploi-des-pays-de-locde-restent-resilients-cependant-linflation-pese-sur-les-salaires.htm

(6) Avis du Comité économique et social européen sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil relatif à la coordination efficace des politiques économiques et à la surveillance budgétaire multilatérale et abrogeant le règlement (CE) no 1466/97 du Conseil et abrogeant le règlement (CE) no 1466/97 du Conseil [COM(2023) 240 final — 2023/0138 (COD)], sur la proposition de règlement du Conseil modifiant le règlement (CE) no 1467/97 visant à accélérer et à clarifier la mise en œuvre de la procédure concernant les déficits excessifs [COM(2023) 241 final — 2023/0137 (CNS)] et sur la proposition de directive du Conseil modifiant la directive 2011/85/UE du Conseil sur les exigences applicables aux cadres budgétaires des États membres [COM(2023) 242 final — 2023/0136 (NLE)] (JO C, C/2023/880, 8.12.2023, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2023/880/oj).

(7) JO C 323 du 26.8.2022, p. 1, et JO C 228 du 29.6.2023, p. 1.

(8) JO C 290 du 18.8.2023, p. 17.

(9) ASD: analyse de soutenabilité de la dette.

(10) Deux avis spécifiques du CESE sur ce sujet sont également en cours d’adoption, concernant le «Plan industriel du pacte vert» (JO C 349 du 29.9.2023, p. 179), et «La politique industrielle en tant qu’instrument pour réduire les dépendances et stimuler un marché européen des produits écologiques dans les industries à forte intensité de ressources et d’énergie», non encore publié.

(11) Plateforme «Technologies stratégiques pour l’Europe» (STEP).

(12) JO C 220 du 9.6.2021, p. 118.

(13) JO L 322 du 16.12.2022, p. 15.

(14) COM(2022) 71 final.

(15) JO L 198 du 22.6.2020, p. 13.

(16) COM(2022) 453 final.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/871/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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