| CELEX | 52023IP0217 |
| Type | Initiative législative |
| Date | jeudi 1 juin 2023 |
| Journal officiel | FR Séries C |
| C/2023/1224 | 21.12.2023 |
P9_TA(2023)0217
Harcèlement sexuel dans l’Union européenne et évaluation de MeToo
Résolution du Parlement européen du 1er juin 2023 sur le harcèlement sexuel dans l’Union européenne et l’évaluation de MeToo (2022/2138(INI))
(C/2023/1224)
Le Parlement européen,
| — | vu les articles 2 et 3 du traité sur l’Union européenne (traité UE), |
| — | vu les articles 8, 10, 19, 83, 153 et 157 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (traité FUE), |
| — | vu les articles 21 et 23 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (la «charte»), |
| — | vu la convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique («convention d’Istanbul»), |
| — | vu la convention (no 190) de l’Organisation internationale du travail sur la violence et le harcèlement et ses principales dispositions, |
| — | vu la directive 2006/54/CE du Parlement européen et du Conseil du 5 juillet 2006 relative à la mise en œuvre du principe de l’égalité des chances et de l’égalité de traitement entre hommes et femmes en matière d’emploi et de travail (1), |
| — | vu la directive (UE) 2019/1937 du Parlement européen et du Conseil du 23 octobre 2019 sur la protection des personnes qui signalent des violations du droit de l’Union (2) (directive sur les lanceurs d’alerte), |
| — | vu la communication de la Commission du 5 mars 2020 intitulée «Une Union de l’égalité: stratégie en faveur de l’égalité entre les hommes et les femmes 2020-2025» (COM(2020)0152), |
| — | vu la communication de la Commission du 12 novembre 2020 intitulée «Union de l’égalité: stratégie en faveur de l’égalité de traitement à l’égard des personnes LGBTIQ pour la période 2020-2025» (COM(2020)0698), |
| — | vu sa résolution du 26 octobre 2017 sur la lutte contre le harcèlement et les abus sexuels dans l’Union européenne (3), |
| — | vu sa résolution du 11 septembre 2018 sur les mesures pour prévenir et combattre le harcèlement moral et sexuel sur le lieu de travail, dans les espaces publics et dans la vie politique dans l’Union (4), |
| — | vu sa résolution du 28 novembre 2019 sur l’adhésion de l’Union européenne à la convention d’Istanbul et autres mesures de lutte contre la violence à caractère sexiste (5), |
| — | vu sa résolution du 21 janvier 2021 sur la perspective de genre pendant la crise de la COVID-19 et la période de l’après-crise (6), |
| — | vu sa résolution du 21 janvier 2021 sur la stratégie de l’Union européenne en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes (7), |
| — | vu son rapport du 14 décembre 2021 contenant des recommandations à la Commission sur la lutte contre la violence à caractère sexiste: cyberviolence (8), |
| — | vu sa résolution du 16 décembre 2021 sur MeToo et harcèlement: les conséquences pour les institutions de l’Union européenne (9), |
| — | vu sa résolution du 15 février 2023 concernant la convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique: adhésion de l’Union européenne (10), |
| — | vu le rapport de l’Institut européen pour l’égalité entre les hommes et les femmes sur l’indice d’égalité de genre 2022, |
| — | vu l’étude conjointe internationale de décembre 2022 sur la violence et le harcèlement au travail (11), |
| — | vu le rapport de la Médiatrice européenne du 17 décembre 2018 sur la dignité au travail dans les institutions et agences de l’Union, |
| — | vu la décision du Bureau du 2 juillet 2018 relative au fonctionnement du comité consultatif chargé d’examiner les plaintes pour harcèlement qui concernent des députés au Parlement européen et aux procédures en la matière, |
| — | vu l’article 10, paragraphe 6, de son règlement intérieur, |
| — | vu l’annexe II de son règlement intérieur, intitulée «Code du comportement approprié des députés au Parlement européen dans l’exercice de leurs fonctions», |
| — | vu l’article 12 bis du statut des fonctionnaires de l’Union européenne, |
| — | vu l’article 54 de son règlement intérieur, |
| — | vu le rapport de la commission des droits des femmes et de l’égalité des genres (A9-0178/2023), |
| A. | considérant que l’égalité entre les femmes et les hommes est une valeur fondamentale de l’Union, consacrée à l’article 2 du traité UE, et qu’elle doit être intégrée dans l’ensemble des politiques, des activités et des programmes de l’Union; que le droit à l’égalité de traitement et à la non-discrimination est un droit fondamental inscrit dans les traités et dans les articles 21 et 23 de la charte, et qu’il doit être pleinement respecté; que le droit à l’intégrité de la personne est souverain en vertu de l’article 3 de la charte; |
| B. | considérant que la violence à caractère sexiste, sous toutes ses formes, y compris le harcèlement sexuel, est à la fois une cause et une conséquence de l’inégalité des genres, de la discrimination et de la violation des droits de l’homme, et qu’elle constitue une sérieuse entrave à la participation des femmes, des filles et des autres victimes dans tous les domaines de la vie privée et publique, les empêchant de jouir pleinement de leurs droits et de leurs libertés fondamentales; que l’élimination de la violence sexiste est une condition préalable à la réalisation d’une véritable égalité des genres; qu’à des fins de prévention et de lutte contre la violence à caractère sexiste, y compris le harcèlement sexuel, il est primordial que l’Union et ses États membres réalisent d’importants progrès pour atteindre l’égalité des genres en prenant des mesures concrètes et en mettant pleinement en œuvre l’intégration de la dimension de genre et la budgétisation sensible au genre dans tous les domaines d’action et toutes les prises de décision; |
| C. | considérant que le droit de l’Union définit le harcèlement sexuel comme «la situation dans laquelle un comportement non désiré à connotation sexuelle s’exprimant physiquement, verbalement ou non verbalement, survient avec pour objet ou pour effet de porter atteinte à la dignité d’une personne et, en particulier, de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant»; que la législation de l’Union actuellement en vigueur ne s’est pas révélée suffisamment efficace pour prévenir et combattre concrètement ces phénomènes; qu’il faut durcir la législation de l’Union en matière de lutte contre la violence à caractère sexiste et de santé et de sécurité au travail et étendre la législation sur le harcèlement et le harcèlement sexuel au-delà de l’environnement professionnel, conformément à la convention d’Istanbul, afin d’apporter une réponse exhaustive à ce problème dans tous les domaines de la vie et de la société; que la directive sur l’égalité de traitement en matière d’emploi consacre le droit de ne pas faire l’objet d’une discrimination ni d’un harcèlement dans des contextes professionnels pour des motifs liés à l’orientation sexuelle (12); que les «directives sur l’égalité des genres» prévoient que le harcèlement fondé sur le sexe et le harcèlement sexuel au travail et dans l’accès à des biens et services sont contraires au principe de l’égalité de traitement entre les femmes et les hommes; considérant que la proposition de directive sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes définit le «harcèlement sexuel au travail» comme tout comportement non désiré à connotation sexuelle, s’exprimant physiquement, verbalement ou non verbalement, qui survient à l’occasion de l’emploi, de la profession ou de l’activité non salariée ou en lien avec ces situations ou du fait de celles-ci, y compris les relations de service pour les personnes accomplissant leur devoir, avec pour objet ou pour effet de porter atteinte à la dignité de la victime et, en particulier, de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant, y compris lorsque le rejet ou l’acceptation d’un tel comportement sert explicitement ou implicitement de base pour prendre des décisions professionnelles; que la violence et le harcèlement sexuels sur le lieu de travail sont des problèmes graves qui relèvent de la santé et de la sécurité et qu’il convient de traiter comme tels et de prévenir; |
| D. | considérant que le harcèlement sexuel est une forme de violence à caractère sexiste et une forme extrême de discrimination fondée sur le genre qui touche les femmes et les filles de manière disproportionnée; que les auteurs de violences sexuelles sont majoritairement des hommes; que le harcèlement est souvent lié à d’autres formes de discrimination, en plus de la discrimination fondée sur le genre, et doit être traité selon une approche intersectionnelle et sous tous ses aspects; qu’il faut appréhender le harcèlement sexuel à la lumière du pouvoir des hommes et de l’inégalité des genres dans son ensemble, car il est la conséquence des stéréotypes sexistes, des structures hétéropatriarcales, des inégalités structurelles et institutionnelles et du sexisme qui trouvent leur origine dans l’inégale répartition du pouvoir entre les femmes et les hommes dans la société et dans la vie professionnelle; que divers axes de réflexion sont nécessaires pour appréhender ce qui crée les notions de supériorité et d’infériorité dans la société et la vie professionnelle; que le harcèlement peut prendre de multiples formes et se produire dans différents contextes sociaux, que ce soit au domicile, sur le lieu de travail, dans le système éducatif, en ligne et dans l’espace public, avec notamment le harcèlement de rue, et qu’il a de graves conséquences sur la société dans tous les domaines; que le harcèlement dans le milieu scolaire a de lourdes répercussions sur la capacité d’apprentissage des élèves et sur leur santé physique et mentale et qu’il les marque à vie, avec notamment la banalisation du harcèlement sexuel; qu’il présente une dimension de genre, un nombre disproportionné de femmes et de filles étant victimes de harcèlement sexuel, y compris, mais sans s’y limiter, des agressions sexuelles et des viols; que le harcèlement sexuel porte atteinte à l’égalité au travail et renforce les stéréotypes sur les capacités et les aspirations des femmes; que le harcèlement sexuel peut avoir un effet dissuasif et une incidence négative sur la rémunération, l’évolution de carrière et les conditions de travail des victimes, et qu’il peut pousser les personnes à quitter le monde du travail; que le mouvement MeToo a sensibilisé le grand public à l’utilisation abusive des accords de non-divulgation dans des affaires de harcèlement sexuel, qui visent à empêcher les victimes de s’exprimer, et qui restent un problème auquel il faut remédier; que le harcèlement sexuel contribue également à ce que moins de femmes entrent ou restent sur le marché du travail, ce qui accroît l’écart de participation au marché du travail, et à ce que les femmes soient moins bien payées que les hommes, exacerbant ainsi l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes; |
| E. | considérant que, dans l’Union européenne, une femme sur deux (55 %) a été victime de harcèlement sexuel au moins une fois depuis l’âge de 15 ans; que plus d’une personne sur cinq (près de 23 %) a été victime de violence et de harcèlement, que ce soit physique, psychologique ou sexuel, sur le lieu de travail, lequel est souvent loin de constituer un environnement sûr et respectueux; que les harceleurs et leurs victimes peuvent appartenir à n’importe quel sexe ou genre; que les femmes, les filles, les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, queers ou en questionnement, intersexes, asexuées et autres (LGBTQIA+) et les autres catégories vulnérables sont particulièrement exposées à ce phénomène et sont touchées de manière disproportionnée (13); que davantage de données anonymisées sont nécessaires pour comprendre la répartition des cas de harcèlement, en gardant notamment à l’esprit que de nombreux salariés LGBTQIA+ travaillent dans un environnement marqué par les préjugés et l’hostilité; que la proportion des femmes ayant travaillé qui ont subi un comportement non désiré à connotation sexuelle sur leur lieu de travail s’échelonne, d’un État membre à l’autre, entre 11 % et 41 % (14); que le harcèlement sexuel sur le lieu de travail se produit en majorité entre collègues et que, dans de nombreux cas, la hiérarchie masculine y est mêlée; que, dans l’Union européenne, 32 % de toutes les victimes déclarent que l’auteur était un supérieur, un collègue ou un client; que 75 % des femmes qui exercent une profession requérant des qualifications ou qui occupent des fonctions d’encadrement supérieur ont été victimes de harcèlement sexuel; que 61 % des femmes employées dans le secteur des services ont été victimes de harcèlement sexuel (15); que le risque d’être victime de violence et de harcèlement sexuels est deux fois plus élevé pour les jeunes femmes que pour les jeunes hommes, et que les femmes migrantes sont deux fois plus susceptibles de signaler des cas de violence et de harcèlement sexuels que les femmes non migrantes; que la discrimination fondée sur le genre, y compris le harcèlement sexuel, peut être exacerbée lorsqu’elle est conjuguée à une discrimination fondée sur d’autres motifs interdits par le droit de l’Union, à savoir la nationalité, la race, la couleur, l’origine ethnique ou sociale, les caractéristiques génétiques, l’identité de genre, l’expression de genre, les caractéristiques sexuelles, la langue, la religion ou les convictions, les opinions politiques ou toute autre opinion, l’appartenance à une minorité nationale, la naissance, un handicap, l’âge, l’orientation sexuelle et la classe socioéconomique; que le risque d’être victime de harcèlement au travail est particulièrement prononcé dans certains groupes tels que les femmes de communautés racialisées, les jeunes et les migrants; que 21 % des personnes LGBTQIA+ se sont senties discriminées au travail, ce pourcentage étant encore plus élevé pour les personnes transgenres (35 %) et intersexes (32 %) (16); que près de cinq personnes sur dix ayant été victimes d’une discrimination fondée sur le genre, y compris d’une discrimination intersectionnelle, ont également été victimes de harcèlement au travail, contre deux sur dix pour les personnes n’ayant pas subi une telle discrimination (17); que le pourcentage de femmes ayant signalé un tel comportement au cours de leur vie est très faible; que les hommes sont également victimes de harcèlement et représentent 10 % de l’ensemble des victimes; que, dans le contexte de la guerre d’agression honteuse menée par la Russie contre l’Ukraine, les réfugiés ukrainiens, en particulier les femmes, sont plus exposés au risque d’exploitation sexuelle, y compris, mais sans s’y limiter, sur le lieu de travail; |
| F. | considérant que le cyberharcèlement, forme de cyberviolence à caractère sexiste, est en constante augmentation en raison de l’utilisation généralisée de l’internet, et notamment des nouvelles technologies et des réseaux sociaux, qui donnent à ses auteurs le sentiment d’agir en toute impunité sous le couvert de l’anonymat; que le harcèlement sexuel en ligne peut recouvrir, entre autres, le partage non consensuel de contenus intimes, le cyberharcèlement, l’exploitation, la contrainte ou les menaces de nature sexuelle, l’intimidation sexualisée et la sexualisation non désirée; qu’une enquête récente montre que 13 % des femmes ont été victimes de cyberharcèlement au cours des cinq dernières années et 8 % au cours des douze derniers mois; que certaines professions, telles que responsable politique, journaliste ou défenseur des droits des femmes et des personnes LGBTQIA+, ainsi que les militantes d’organisations civiles de défense des droits de l’homme et autres personnalités publiques risquent tout particulièrement d’être victimes de la violence en ligne et du cyberharcèlement; qu’une étude du service de recherche du Parlement européen a récemment estimé que le coût de la cyberviolence à caractère sexiste représentait entre 49 et 89,3 milliards d’EUR par an (18); que la cyberviolence et le cyberharcèlement à caractère sexiste peuvent avoir pour effet de réduire les femmes et les filles au silence; qu’une fille sur cinq (19 %) a quitté une plateforme de médias sociaux ou en a considérablement réduit l’utilisation après avoir été harcelée, tandis qu’une fille sur dix (12 %) a changé sa manière de s’exprimer; que plus d’un tiers (37 %) des filles appartenant à une minorité ethnique et ayant subi des abus déclarent avoir été ciblées en raison de leur race ou de leur appartenance ethnique, tandis que plus de la moitié (56 %) des personnes qui s’identifient comme LGBTQIA+ déclarent avoir été harcelées en raison de leur identité de genre ou de leur orientation sexuelle (19); |
| G. | considérant que le harcèlement est un phénomène courant, mais insuffisamment signalé; que l’une des raisons de la sous-déclaration du harcèlement sexuel réside dans sa méconnaissance, parfois due à l’ignorance de la gravité du problème et au fait de ne pas savoir s’il est puni par la loi, à la banalisation du phénomène, à l’absence de systèmes efficaces, transparents, fiables et indépendants de signalement et à un manque de connaissance des canaux d’aide aux victimes, mais aussi à la crainte de subir des rétorsions ou des injustices ou de perdre son emploi, ainsi qu’aux stéréotypes rejetant la faute sur la victime et non sur l’auteur; qu’il est essentiel de protéger les plaignants, les victimes, les témoins et les lanceurs d’alerte contre les rétorsions ou les représailles afin de garantir un accès aisé à des mesures de protection et à des recours appropriés et efficaces, ainsi qu’à des procédures sûres, équitables et efficaces de signalement des cas de violence et de harcèlement dans le monde du travail; que les lanceurs d’alerte jouent un rôle essentiel dans la révélation du harcèlement sexuel et psychologique, de la mauvaise gestion et de la discrimination sur le lieu de travail; que les femmes victimes sont plus susceptibles de faire part de cette expérience néfaste que les hommes en raison de la stigmatisation et des stéréotypes de genre; que toutes les formes de harcèlement sur le lieu de travail ont de graves conséquences sur la santé et le bien-être physiques et psychologiques des salariés et que, dès lors, la prévention et le traitement de ce problème doivent être une priorité pour tout employeur afin de garantir un environnement de travail sûr; |
| H. | considérant que les institutions européennes ont commencé à adapter leurs règles et procédures internes pour mieux prévenir, détecter, combattre et sanctionner le harcèlement; que les mesures prises à ce jour sont insuffisantes, le harcèlement se perpétuant dans toutes les institutions de l’Union, les signalements étant encore peu nombreux, les victimes ne bénéficiant pas d’un accompagnement adéquat et la culture de l’impunité restant vivace; que, malheureusement, le Parlement européen n’est pas un lieu de travail sûr, car la pratique du harcèlement, notamment sexuel, n’y a pas disparu à ce jour; que le Parlement a condamné le harcèlement sexuel en son sein et dans l’Union dans sa résolution d’octobre 2017 (20), et a affiché une position analogue en 2019 (21) et en 2021 (22); que le déploiement, par le Parlement, de dispositifs de prévention et de réformes des procédures anti-harcèlement, qu’il avait appelé de ses vœux dans sa résolution du 16 décembre 2021 sur MeToo, s’est heurté à des réticences, résultant non seulement de la méconnaissance du phénomène du harcèlement, mais aussi du manque de clarté des règles juridiques en vigueur au Parlement; |
| I. | considérant qu’en octobre 2022, le monde a célébré le cinquième anniversaire du mouvement MeToo, qui encourage les femmes et autres victimes de harcèlement sexuel à s’exprimer, dans le but de sensibiliser le public à cette violence généralisée et d’y mettre fin; que le mouvement MeToo a révélé l’ampleur et la nature du harcèlement sexuel et a déclenché une dynamique internationale et un débat sur ses causes profondes et les réponses qu’il convient d’y apporter; que, depuis lors, le mouvement a encouragé les victimes du monde entier à s’exprimer dans différentes sphères, y compris dans la sphère politique; que, en dépit de l’accueil que lui a réservé l’opinion et bien que certains États membres, entreprises, écoles et autres acteurs aient mis en place des dispositifs visant à prévenir et à combattre le harcèlement sexuel, les progrès enregistrés dans la lutte contre ce phénomène après cinq ans d’existence du mouvement MeToo sont insuffisants et qu’il est indispensable de prendre des mesures de toute urgence pour éliminer le harcèlement dans l’Union; |
| J. | considérant que le harcèlement sexuel et les autres formes de violence, de comportement offensant ou non désiré sur le lieu de travail doivent être compris comme relevant de la santé et de la sécurité et non comme un problème de la seule victime; qu’aucun pan du marché du travail ou de la vie professionnelle n’est à l’abri du harcèlement sexuel, mais que les incidences varient, tout comme les formes que peut prendre le harcèlement, en fonction du secteur ou du type d’emploi; que le harcèlement sexuel sur le lieu de travail est particulièrement répandu dans les secteurs où les contrats précaires sont monnaie courante; que les conditions de travail, la sécurité de l’emploi et le type de travail sont des facteurs de risque pour ce qui est de l’exposition au harcèlement sexuel au travail; que la négociation collective peut être un outil important pour prévenir la violence et le harcèlement sexuel, y compris la violence sexiste sur le lieu de travail, le harcèlement par des tiers et les effets de la violence familiale au travail, ainsi que pour lutter contre ces phénomènes; |
| K. | considérant que dans ses résolutions antérieures, le Parlement a demandé l’instauration de plusieurs mesures concrètes en interne, notamment la mise en place d’une formation obligatoire à la prévention du harcèlement pour tous les députés au Parlement dès leur entrée en fonction au début de leur mandat et pour l’ensemble du personnel, ainsi que l’adoption d’une démarche de tolérance zéro, mais que des années durant, seul un très petit nombre d’entre elles ont été pleinement appliquées et qu’il faut aller plus loin; que, dans son avis, le service juridique du Parlement a déclaré que la mise en place d’une formation obligatoire à la prévention du harcèlement pour tous les députés n’aurait aucune incidence sur l’exercice de leur mandat en toute liberté et indépendance; que les recherches montrent que la formation à la prévention du harcèlement doit être complétée par une formation des personnes témoins et qu’elle donne de meilleurs résultats lorsqu’elle s’adresse à l’encadrement et au personnel; |
| L. | considérant que les institutions européennes en général et le Parlement européen en particulier, en qualité de législateur et d’employeur, doivent constituer un exemple pour tous les États membres et les employeurs; que les députés au Parlement européen, en tant que représentants directement élus des citoyens de l’Union et que législateurs, ont tout particulièrement le devoir d’exercer leurs fonctions dans le respect des normes les plus strictes et du droit de l’Union; |
Observations générales
| 1. | rappelle que l’égalité des genres est une valeur fondamentale de l’Union et qu’elle doit être intégrée dans l’ensemble des politiques, des activités et des programmes de l’Union; déplore la lenteur des progrès accomplis en matière d’égalité des genres dans l’Union et rappelle que la violence sexiste est à la fois une cause et une conséquence de l’inégalité des genres; fait remarquer qu’il est urgent d’améliorer les choses et insiste pour que l’Union et ses États membres s’engagent pleinement à accélérer les progrès, notamment en mettant en œuvre l’intégration de la dimension de genre et la budgétisation sensible au genre dans l’ensemble des politiques, des activités et des programmes de l’Union; condamne fermement toute forme de violence sexiste, y compris la violence sexuelle, et toute forme de harcèlement, notamment le harcèlement sexuel; |
| 2. | demande une nouvelle fois à la Commission de soumettre, en vertu de l’article 83, paragraphe 1, du traité FUE, une proposition de décision du Conseil définissant la violence à caractère sexiste comme un nouveau domaine de criminalité; réaffirme que l’Union est attachée à lutter contre les violences sexistes et salue la proposition de directive contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique (COM(2022)0105); se félicite de l’enquête de l’Agence des droits fondamentaux (FRA) sur la violence à l’égard des femmes réalisée en 2014, et attend avec intérêt sa nouvelle enquête à l’échelle de l’Union prévue pour 2024; souligne qu’il importe de recueillir fréquemment des données ventilées sur la violence sexiste pour pouvoir mesurer l’ampleur du problème, et invite la Commission et les États membres à mettre tout en œuvre pour faire de cette nécessité une réalité; |
| 3. | demande une nouvelle fois que l’Union et tous les États membres, dans le droit fil de l’avis de Cour de justice rendu en 2021, ratifient rapidement la convention d’Istanbul sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes, reconnue à l’échelon international, qui définit un ensemble de normes visant à prévenir la violence sexiste, à protéger les victimes et à punir les auteurs; demande à l’Union et à ses États membres de faire en sorte que le harcèlement sexuel soit compris parmi les infractions dans le domaine du travail, conformément aux directives anti-discrimination de l’Union en vigueur, et dans tout autre domaine de la vie, conformément à la convention d’Istanbul, et de prendre comme référence la définition du harcèlement figurant à l’article 40 de la convention d’Istanbul dans leur législation applicable; est convaincu que l’Union et les États membres doivent lutter contre les réactions de rejet contre l’égalité entre les hommes et les femmes en adoptant et en mettant en œuvre des règles et des mesures concrètes, efficaces et ambitieuses pour prévenir et combattre la violence sexiste, y compris le harcèlement psychologique, physique et sexuel; |
| 4. | condamne énergiquement toutes les formes de harcèlement, et tout particulièrement le harcèlement sexuel; fait remarquer que le harcèlement est un phénomène répandu et nuisible, qui se manifeste dans tous les domaines de la vie privée et publique; souligne que le harcèlement subi au travail constitue une violation des droits de l’homme et peut avoir de graves conséquences sur la santé physique et psychologique des personnes qui l’ont subi, car il suscite chez elles un mal-être et un sentiment d’insécurité au travail, et, dans de nombreux cas, les empêche d’effectuer leur travail; souligne qu’il importe de lutter contre la cyberviolence sur le lieu de travail, car elle a d’immenses répercussions sur la santé mentale des victimes; souligne qu’il faut accorder une attention particulière aux femmes et aux filles qui fuient la guerre, notamment aux femmes venant d’Ukraine; |
Le harcèlement sexuel et le mouvement MeToo dans les États membres
| 5. | soutient fermement le mouvement international MeToo, d’abord lancé par la militante Tarana Burke en 2006 pour aider les victimes de violences sexuelles, et qui, devenu viral, s’est répandu dans le monde entier en 2017; salue les millions de personnes qui se sont manifestées en racontant leur histoire de violence sexuelle pour briser le silence et demander justice; constate que, depuis 2017, le mouvement MeToo s’est installé dans certains États membres et que, par la suite, des changements ont été apportés par les gouvernements et les organisations pour lutter contre les violences sexuelles, aider les victimes et remédier aux conséquences négatives sur la société; note toutefois que dans certains États membres, les progrès accomplis sont faibles ou inexistants à cet égard, et invite les États membres à élaborer et à mettre en application de leur propre initiative une législation et des politiques visant à lutter contre la violence sexuelle et le harcèlement sexuel dans notre société; |
| 6. | souligne que le harcèlement et la violence sexuels ne sont pas définis ni punis de manière commune dans l’Union européenne, ce qui a pour conséquence de fragmenter les droits et la protection des victimes d’un État membre à l’autre, preuve de la nécessité d’une démarche commune de l’Union européenne, qui peut être obtenue en définissant la violence à caractère sexiste comme une infraction au niveau de l’Union; demande une nouvelle fois à la Commission de présenter, en vertu de l’article 83, paragraphe 1, troisième alinéa, du traité FUE, une proposition de décision du Conseil définissant la violence à caractère sexiste comme un nouveau domaine de criminalité et prie le Conseil d’adopter cette décision; invite les États membres à établir des protocoles d’intervention normalisés qui tiennent compte des questions d’égalité des genres pour aider toutes les victimes de harcèlement sexuel, y compris les victimes de harcèlement sexuel transfrontière; invite les États membres à mettre en place des dispositifs et des procédures efficaces de signalement des cas de violence et de harcèlement dans le monde du travail, à mettre au point les mesures qui s’imposent pour assurer une protection contre les rétorsions ou les représailles à l’égard des plaignants, des victimes, des témoins et des lanceurs d’alerte, à préserver la confidentialité et la vie privée des personnes concernées et à veiller à ce que les exigences en matière de vie privée et de confidentialité ne soient pas utilisées abusivement; invite la Commission et les États membres à débloquer les ressources nécessaires pour encourager la création et le maintien d’espaces sûrs sur le lieu de travail, tant en ligne que hors ligne, en particulier des espaces sûrs réservés aux membres d’un seul sexe, dans lesquels les femmes, dans toute leur diversité intersectionnelle, puissent se rendre pour échanger des informations, créer des réseaux communautaires et obtenir l’aide de leurs pairs, avec pour but de donner les moyens d’agir aux femmes et de les inspirer; |
| 7. | invite les États membres à établir un ensemble complet de règles minimales qui s’attaque au problème persistant du harcèlement sexuel et du harcèlement psychologique dans sa globalité et réponde aux besoins spécifiques des victimes de cette violence; souligne qu’il faut tenir compte des nouvelles conditions de télétravail et des enseignements tirés de la pandémie de COVID-19; souligne que la législation joue un rôle central dans la lutte contre le harcèlement sexuel et la violence sur le lieu de travail et qu’une législation qui n’est pas correctement mise en œuvre ne produira pas les résultats escomptés; invite la Commission et les États membres à veiller à l’actualisation des lois contre le harcèlement sexuel sur le lieu de travail afin de protéger les femmes travaillant à distance contre les abus en ligne; invite les États membres à prendre en considération les besoins des femmes et des filles en matière de sûreté et de sécurité lorsqu’elles se rendent au travail ou en reviennent, ce en mettant en place des services de transport public sécurisés et un éclairage public suffisant et durable; |
| 8. | invite la Commission et les États membres, en collaboration avec Eurostat et l’Institut européen pour l’égalité entre les hommes et les femmes (EIGE), à améliorer, promouvoir et assurer la recherche sur les pratiques reposant sur des données factuelles et la collecte systématique de données pertinentes, anonymisées, ventilées par sexe et par âge, et comparables, relatives aux cas de harcèlement sexuel, de discrimination fondée sur le genre et de harcèlement psychologique, y compris le cyberharcèlement, aux niveaux national, régional et local, ainsi que sur les causes et les conséquences du harcèlement sexuel, y compris l’incidence des publicités sexistes et stéréotypées sur le nombre de cas de violence et de harcèlement; rappelle que le droit de l’Union impose aux États membres et aux institutions et agences de l’Union de veiller à l’existence d’un organisme pour l’égalité de traitement, qui apporte une aide indépendante aux victimes de harcèlement, conduise des enquêtes indépendantes, collecte des données pertinentes, anonymisées, ventilées par sexe et par âge et comparables, mène des recherches sur les définitions et les classements, publie des rapports indépendants et formule des recommandations en matière d’emploi et de formation, d’accès aux biens et services, de fourniture de biens et services et de travail indépendant; se félicite des deux nouvelles propositions de directives présentées par la Commission européenne le 7 décembre 2022, qui visent à établir des normes contraignantes applicables aux organismes pour l’égalité de traitement dans le domaine de l’égalité de traitement; demande aux États membres de faire mieux connaître les travaux des organismes pour l’égalité de traitement qui contrôlent les pratiques discriminatoires en leur allouant des ressources suffisantes afin qu’ils puissent fonctionner avec efficacité; |
| 9. | souligne que le harcèlement psychologique et sexuel sur le lieu de travail est illégal et que ses auteurs peuvent faire l’objet de poursuites pénales et/ou administratives; recommande que les services de conseil externe fournissant des conseils sur le traitement adéquat du harcèlement sur le lieu de travail soient consultés par les employeurs afin d’assurer un environnement de travail sûr, de les informer sur les voies de recours à leur disposition, y compris sur les mesures disciplinaires, et sur la possibilité d’une conciliation précoce et d’offrir un accompagnement juridique et une aide aux victimes; recommande qu’il n’y ait de conciliation précoce que si la victime le souhaite, étant entendu que les victimes devront recevoir des informations complètes et une aide avant la conciliation et qu’elles pourront arrêter la procédure à n’importe quel stade; invite les États membres à veiller à ce que tous les travailleurs, au début de leur contrat, reçoivent des informations sur les procédures et les politiques anti-harcèlement en vigueur, les droits des travailleurs en cas de harcèlement et de violence à leur encontre sur le lieu de travail et l’accès à des services de conseil externes; demande à la Commission d’évaluer, d’échanger et de comparer les bonnes pratiques existantes en matière de lutte contre le harcèlement sexuel sur le lieu de travail et de diffuser les résultats de cette évaluation afin de faire connaître les mesures efficaces que les États membres pourraient prendre pour inciter les entreprises, les partenaires sociaux et les organismes engagés dans la formation professionnelle à prévenir toute forme de discrimination à caractère sexiste, notamment en matière de harcèlement et de harcèlement sexuel sur le lieu de travail; demande à la Commission et aux États membres de veiller à ce que les mécanismes de financement des programmes de lutte contre la violence à caractère sexiste puissent être utilisés à des fins de sensibilisation ainsi que pour soutenir les organisations de la société civile (OSC) qui combattent les violences à l’égard des femmes, et notamment le harcèlement sexuel; |
| 10. | invite les États membres à inciter les personnes de tous les genres et de toutes les identités de genre à lutter contre le harcèlement sexuel et à participer de manière active au changement social; estime que le harcèlement sexuel concerne les personnes de tous les genres, et la société dans son ensemble; souligne, à cet égard, le rôle central des hommes et des garçons pour mettre fin à toutes les formes de harcèlement et de harcèlement sexuel; invite donc les États membres et tous les acteurs à veiller à ce que les hommes et les garçons contribuent activement et positivement à faire cesser toutes les formes de harcèlement, notamment sexuel, et autres formes de mauvais traitements et de violence, y compris en les associant à des campagnes de sensibilisation et de prévention, compte tenu du fait que, dans 82 % des incidents de harcèlement sexuel à l’égard des femmes, l’auteur est un homme; invite les États membres à dispenser à tous, garçons et hommes compris, une éducation sexuelle inclusive visant à permettre de reconnaître et de prévenir le harcèlement et les abus sexuels, y compris lorsqu’ils sont dirigés contre les personnes LGBTQIA+; |
| 11. | fait remarquer que les partenaires sociaux peuvent jouer un rôle important dans la lutte contre le harcèlement au travail, y compris le harcèlement sexuel et la cyberviolence au travail; invite les États membres, en concertation avec les partenaires sociaux, à veiller à ce que les employeurs prennent des mesures appropriées pour mettre en place un environnement de travail sûr et fournir une aide aux victimes ainsi que pour prévenir et traiter les cas de harcèlement sexuel, de cyberviolence et de violence de tiers au travail; souligne qu’il faut empêcher les employeurs de licencier, de discriminer ou de désavantager de quelque manière que ce soit les travailleurs victimes de harcèlement sexuel; souligne à cet égard que les travailleurs devraient avoir le droit de recevoir l’aide d’un syndicat et du représentant de la santé et de la sécurité au travail; invite les États membres à prendre des mesures pour encourager la négociation collective sur les pratiques de prévention et de traitement des affaires de harcèlement sexuel sur le lieu de travail, notamment par la sensibilisation et la formation des travailleurs et des employeurs, des représentants syndicaux et des représentants de la santé et de la sécurité au travail; mesure l’importance du rôle que jouent les OSC et les réseaux professionnels dans la prévention du harcèlement sexuel au travail et dans la lutte contre ce phénomène, y compris en menant une action de sensibilisation et en accompagnant les victimes; |
| 12. | souligne que la convention (no 190) publiée en 2019 et la recommandation (no 206) de l’Organisation internationale du travail sur la violence et le harcèlement sont les premières normes internationales du travail à fournir un cadre commun pour la prévention et la lutte contre la violence et le harcèlement dans le monde du travail, y compris la violence et le harcèlement à caractère sexiste, ainsi que leur élimination; demande aux États membres qui n’ont pas encore ratifié la convention de le faire sans retard; |
Le harcèlement dans les institutions de l’Union européenne
| 13. | est convaincu que les institutions européennes devraient se comporter en employeurs exemplaires, en établissant des normes de tolérance zéro à l’égard du harcèlement sous toutes ses formes, en s’employant activement à prévenir le harcèlement, à protéger convenablement les victimes et à offrir un dispositif d’accompagnement global, en luttant contre toutes les formes de discrimination, en mettant strictement en application leurs règles en la matière et en appliquant des sanctions efficaces, proportionnées et dissuasives; estime que de bonnes conditions de travail et un environnement sûr et respectueux sont nécessaires pour que les institutions de l’Union puissent travailler efficacement; |
| 14. | regrette que, en dépit des évolutions amorcées grâce au mouvement MeToo, y compris le mouvement MetooEP, qui a aidé à rompre le silence et à mettre l’accent sur l’importance de mettre en place de meilleures politiques contre le harcèlement, des cas de harcèlement sexuel continuent de se présenter à travers l’Union européenne et au sein des institutions européennes, y compris le Parlement, et les victimes ne sont pas suffisamment aidées ni protégées; rappelle que ces affaires jettent une ombre sur le fonctionnement des institutions européennes et sapent la confiance que les citoyens de l’Union placent en elles; |
| 15. | insiste sur l’importance que revêtent la prévention, la formation spécialisée à long terme, les actions d’information et de sensibilisation, la promotion d’une politique de tolérance zéro à l’égard du harcèlement et l’apport de conseils et d’un accompagnement psychologique aux victimes ainsi que la fourniture de conseils sur les contacts avec la police et une orientation vers les instances de recours juridique; se félicite des campagnes de prévention du harcèlement, assorties d’affiches et de brochures actualisées, menées régulièrement pour rappeler aux députés et au personnel leur responsabilité en matière de conduite exemplaire; souligne que les mesures préventives doivent notamment viser à donner aux femmes les moyens d’agir et à aider les hommes à remettre en question les stéréotypes de genre délétères, à mieux leur faire connaître la notion de consentement, à favoriser l’égalité des genres pour un environnement de travail sûr et à encourager chacun à se comporter en modèle à suivre pour aboutir à une société débarrassée des violences sexistes; estime que les campagnes actuelles méritent d’être actualisées et renforcées régulièrement, en particulier en ce qui concerne le harcèlement intersectionnel et sexuel, afin que l’ignorance ou un prétendu «manque de sensibilisation» ne puissent pas être invoqués comme excuse en cas de non-respect flagrant des règles; |
| 16. | constate que les cas de harcèlement sexuel et psychologique restent insuffisamment signalés au Parlement, les victimes n’utilisant pas les dispositifs existants, par honte, par crainte des représailles, du fait d’une défiance générale à l’égard du traitement des affaires de harcèlement par les comités compétents chargés d’examiner les plaintes en la matière, en raison de l’absence d’un système complet de signalement, de soutien et de prise en charge pour les victimes reposant sur les principes des droits de l’homme, ou par peur de conséquences défavorables sur leurs relations de travail ou sur leur carrière en cas de plainte ou encore parce qu’elles redoutent que leur signalement ne soit pas cru ou pris au sérieux; estime que c’est bien la preuve qu’il faut aller plus loin dans les efforts de sensibilisation aux procédures de signalement et de soutien aux victimes en matière de prévention du harcèlement sexuel sous toutes ses formes; |
| 17. | prend acte des structures formelles et informelles existantes au sein du Parlement européen pour traiter les questions de harcèlement, et notamment de harcèlement sexuel, en fournissant une assistance consultative, juridique et psychologique aux victimes, y compris en menant des campagnes d’information pouvant permettre aux victimes de déceler le harcèlement par l’exemple; préconise de faire mieux connaître et ressortir ces structures, de les renforcer et de les rendre plus professionnelles, ainsi que leurs compétences et les membres qui les composent afin que toutes les victimes puissent faire des signalements en toute confiance et en toute sécurité; se félicite des initiatives prises par certains groupes politiques, qui ont décidé de mettre en place des personnes de confiance et des médiateurs internes formés auxquelles les victimes de harcèlement peuvent signaler leur cas afin d’obtenir de l’aide, des conseils et une orientation en toute confidentialité; souligne que les dispositifs dont se sont dotés des groupes politiques ont été mis en place pour compléter, et non pour contourner, les structures existantes du Parlement européen, lesquelles méritent d’être révisées pour mieux soutenir les victimes; appelle de ses vœux un échange de bonnes pratiques entre les groupes politiques sur la prévention du harcèlement sexuel et des autres formes de harcèlement et sur la lutte contre ces phénomènes; juge préoccupant que le signalement du harcèlement dans les institutions européennes puisse avoir des conséquences sur la carrière des plaignants; souligne également que l’on manque de données transparentes et respectueuses de la vie privée sur le nombre d’affaires de harcèlement au sein de l’institution; |
| 18. | rappelle que toutes les institutions européennes ont l’obligation de mettre en place toutes les mesures qui s’imposent ainsi que des protocoles d’intervention normalisés qui tiennent compte des questions d’égalité des genres pour prévenir toutes les formes de harcèlement et de violence et s’y attaquer, et leur demande instamment de veiller à ce que toutes les règles en vigueur garantissent une démarche de tolérance zéro à l’égard de toutes les formes de comportement répréhensible et un soutien et une protection sans faille à toutes les victimes; met l’accent sur le devoir d’exemplarité qui incombe aux députés en tant qu’élus, au personnel politique et aux fonctionnaires à tous les niveaux; invite les institutions européennes à durcir leurs règles et politiques internes afin que, en cas de signalement de harcèlement et/ou de violences psychologiques ou sexuels, les sanctions dont est passible leur auteur présumé consistent non seulement en la suspension temporaire de ses fonctions et des avantages connexes pour la durée de la suspension, mais aussi en la retenue totale de sa rémunération et en la résiliation de son contrat de travail s’il est reconnu coupable; |
| 19. | se félicite des progrès réalisés dans la réforme des politiques de lutte contre le harcèlement dans les différentes institutions de l’Union européenne après la naissance du mouvement MeToo; fait remarquer cependant que, dans toutes les institutions, des améliorations peuvent être apportées afin de mieux protéger et aider les victimes et sanctionner les auteurs; rappelle, singulièrement en ce qui concerne le Parlement européen, que tout cadre juridique dissuasif doit respecter le principe de proportionnalité des peines, inscrit dans le droit de l’Union, et souligne que la sanction maximale actuelle pour les violations des règles consiste en un mois de suspension de l’indemnité journalière et en un mois de suspension de l’activité pour les députés, sanction qui peut être doublée en cas de violations répétées; constate que ces sanctions ne sont pas proportionnées à la gravité du préjudice subi par les victimes de harcèlement; demande dès lors que le règlement intérieur soit révisé pour durcir les sanctions afin que la gravité du préjudice causé aux victimes de harcèlement sexuel et psychologique soit bien prise en compte, à sa juste mesure, dans la portée des sanctions; |
| 20. | estime que les affaires de harcèlement au sein des institutions de l’Union européenne peuvent avoir une incidence sur le budget de l’Union, et que, par conséquent, elles devraient être prises en considération dans la décision d’accorder ou non la décharge budgétaire à l’institution concernée; demande également la mise au point d’un cadre plus protecteur et de nouvelles mesures de soutien aux victimes de harcèlement, notamment un soutien psychologique pendant la durée de la procédure; |
| 21. | encourage toutes les institutions et agences de l’Union à échanger et à comparer régulièrement leurs bonnes pratiques quant à leurs politiques et à leurs lignes directrices anti-harcèlement ou à toute nouvelle disposition sur les dispositifs et les stratégies d’adaptation, ce qui permettrait également d’encourager l’égalité des genres; |
| 22. | demande à toutes les institutions de l’Union de mettre en place un réseau de personnes de confiance et de médiateurs externes afin de fournir des orientations et un soutien aux victimes de harcèlement sexuel et encourage la coopération entre les personnes de confiance au sein des différents organes de l’Union, ce qui est indispensable pour que les petits organes disposant de moins de personnel puissent fournir un soutien approprié; |
| 23. | fait remarquer qu’il importe de lutter contre le harcèlement sexuel intersectionnel en créant un environnement inclusif et respectueux au sein duquel tous les membres d’une collectivité soient valorisés et traités avec dignité, indépendamment de leur race, de leur genre, de leur âge, de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre, de leur expression de genre, de leurs caractéristiques sexuelles, de leur handicap ou d’autres caractéristiques; constate que le problème du harcèlement sexuel intersectionnel devrait être une préoccupation de la société dans son ensemble; relève l’importance de disposer d’une politique globale de lutte contre les discriminations et le harcèlement qui tienne compte de l’intersectionnalité et du vécu particulier des groupes marginalisés; demande que le personnel et les membres des institutions européennes bénéficient d’un enseignement, d’une formation et d’actions de sensibilisation qui tiennent compte de l’intersectionnalité et des besoins spécifiques des groupes marginalisés; |
| 24. | se félicite que la présente législature soit la première pendant laquelle les députés européens ont dû signer une déclaration confirmant leur engagement à respecter le code du comportement approprié, dont certains points abordent expressément le harcèlement; rappelle néanmoins que les mesures actuelles visant à lutter contre le harcèlement sexuel ne sont pas suffisamment énergiques et ne comportent pas toutes les actions qu’il avait demandées dans ses résolutions antérieures; invite à cet égard l’administration du Parlement et le Bureau à les adopter et à les mettre en œuvre et demande à la Présidente et au secrétaire général de présenter à la commission des droits des femmes et de l’égalité des genres (FEMM) lors d’une réunion publique les progrès réalisés dans ladite mise en œuvre; constate avec inquiétude que, malgré les efforts déployés, des cas de harcèlement continuent de se produire au Parlement; est cependant convaincu de la volonté politique du Parlement de lutter contre le harcèlement sexuel et les autres formes de harcèlement au sein et à l’extérieur de l’institution; demande le renforcement de la transparence de toutes les procédures et la mise en œuvre de mesures concrètes par les différents services aux niveaux politique et administratif; |
| 25. | se félicite de la formation à la prévention du harcèlement proposée aux députés, aux cadres du secrétariat du Parlement et au personnel; est cependant convaincu que la participation facultative à cette formation de prévention du harcèlement s’est avérée insuffisante; appelle de ses vœux la mise en place d’une formation obligatoire en matière de prévention du harcèlement pour tous les députés au tout début de chaque mandat et pour tout le personnel, notamment à tous les niveaux d’encadrement; demande que la non-participation à cette formation donne lieu à des sanctions et que le règlement intérieur soit révisé en ce sens; juge préoccupante la faiblesse du nombre des députés ayant, à ce jour, assisté à la formation lors de la présente législature, seuls 260 députés sur 705 l’ayant suivie, soit 36,9 % de l’ensemble des députés; demande dès lors que des dispositions supplémentaires soient prises pour faire en sorte que les députés suivent la formation à la prévention du harcèlement dans un délai raisonnable; demande l’établissement, sur le site internet du Parlement, d’une liste publique des députés ayant suivi la formation et de ceux n’y ayant pas participé, ainsi que la publication de l’attestation justifiant l’accomplissement de cette formation sur la page individuelle des députés concernés; souligne également la nécessité que les formations soient régulièrement proposées dans toutes les langues de l’Union; rappelle que les sanctions devraient être proportionnées et respecter la qualité d’élu du député et son droit à exercer son mandat; souligne que la formation devrait aussi sensibiliser et sécuriser les agents pour les mettre en mesure de réagir face aux comportements inappropriés et aux éventuelles situations de harcèlement, en leur permettant de reconnaître les signes avant-coureurs du harcèlement et d’intervenir rapidement pour empêcher que la situation ne s’aggrave; |
| 26. | se félicite des mesures mises en œuvre au titre de la «feuille de route mise à jour pour l’adaptation des mesures préventives et des mesures de soutien précoce pour traiter les conflits et le harcèlement entre députés et assistants parlementaires accrédités (APA), stagiaires ou autres agents», adoptée par le Bureau le 12 mars 2018, et du plan d’action sur l’égalité entre les hommes et les femmes; demande que toutes les personnes travaillant dans les locaux du Parlement soient régulièrement sensibilisées à la politique «zéro harcèlement» afin de leur donner les moyens de reconnaître et de signaler toutes formes de harcèlement; demande que davantage de données ventilées par genre soient recueillies afin de déterminer l’étendue du harcèlement subi par les travailleurs au sein du Parlement, en accordant une attention particulière à la communauté LGBTQIA+; demande l’instauration d’un mécanisme de suivi de la mise en œuvre de cette politique avec la participation de la commission FEMM; |
| 27. | prend acte des travaux du comité consultatif sur le harcèlement et sa prévention sur le lieu de travail et du comité consultatif chargé d’examiner les plaintes pour harcèlement qui concernent des députés au Parlement européen; demande une nouvelle fois que la transparence absolue soit assurée sur la manière dont le Parlement traite les questions de harcèlement, tout en protégeant l’identité des personnes concernées, et invite les deux comités à rédiger et à publier chaque année leurs rapports de suivi et leurs évaluations des risques sur le site internet du Parlement; demande qu’une évaluation interne soit réalisée chaque année et qu’une évaluation indépendante soit effectuée au moins une fois par législature par des auditeurs externes dans le cadre d’une procédure transparente, et insiste pour que les résultats en soient rendus publics; recommande, dans le droit fil de ses résolutions antérieures, que soit créé un groupe de travail composé d’experts indépendants chargé d’examiner la situation en matière de harcèlement et d’abus sexuels au Parlement, et de procéder à une évaluation du comité consultatif sur le harcèlement et sa prévention sur le lieu de travail traitant des plaintes opposant des APA à des députés au Parlement européen et du comité consultatif du personnel du Parlement sur la prévention du harcèlement; recommande que le groupe propose des modifications appropriées pour en assurer la professionnalisation et atteindre l’objectif de tolérance zéro; |
| 28. | demande une nouvelle fois que les deux comités consultatifs soient fusionnés en un seul comité chargé des cas de harcèlement, composé d’un questeur, de deux représentants du comité du personnel et/ou du comité des APA et de trois experts professionnels, tels que des médecins, des thérapeutes et des juristes experts dans le domaine du harcèlement, afin que sa composition soit conforme à la parité, professionnelle, équitable et équilibrée; appelle de ses vœux la création d’un registre rétrospectif et confidentiel des affaires en la matière, comme il l’avait déjà demandé dans ses résolutions de 2017 et 2021; demande que le mandat des membres du comité soit bien défini et que la procédure appliquée pour leur sélection soit transparente; recommande la création d’un réseau volontaire d’aide aux victimes afin de fournir une assistance et un accompagnement aux nouvelles et anciennes victimes du harcèlement; |
| 29. | regrette que les procédures d’instruction des cas présumés de harcèlement puissent durer jusqu’à deux ans, ce qui peut causer du tort aux victimes; rappelle que l’administration du Parlement est juridiquement tenue d’enquêter sur les cas qui lui sont soumis avec la diligence requise et avec célérité; invite dès lors les deux comités consultatifs chargés d’examiner les plaintes pour harcèlement au Parlement européen à conclure dès que possible les affaires dont ils sont saisis, dans un délai maximum de six mois, et à tenir informées en permanence l’ensemble des parties à la procédure; demande à la Présidente d’arrêter sa décision sur les sanctions possibles dans les six semaines de la réception du rapport initial et de communiquer ladite décision à toutes les parties concernées avant toute annonce publique; demande au Bureau d’inclure un article sur les délais impartis afin de garantir que la décision du Bureau du 2 juillet 2018 est conforme aux principes du droit de l’Union que sont la sécurité juridique et la bonne administration; souligne la nécessité d’accorder une attention particulière à la situation des travailleurs ayant les contrats les moins stables et au harcèlement en ligne devant l’augmentation du télétravail; |
| 30. | demande aux institutions européennes de réaliser un audit externe de la situation du harcèlement en leur sein, comprenant l’examen des procédures et des systèmes en place qui traitent les affaires de harcèlement, de rendre les résultats publics et de procéder à des réformes sur la base des recommandations de l’audit; |
| 31. | rappelle l’importance que revêtent les lanceurs d’alerte dans les affaires de harcèlement; recommande une nouvelle fois de réviser le statut des fonctionnaires, en particulier son article 22 quater, afin de l’aligner sur les normes de la directive sur les lanceurs d’alerte; invite le Bureau, dans cette attente, à réviser immédiatement les règles internes du Parlement relatives à la mise en œuvre de l’article 22 quater du statut des fonctionnaires afin de les mettre en conformité; invite le service de recherche du Parlement européen à commander une étude sur la valeur ajoutée des dispositifs de signalement des abus sur les lieux de travail et sur la manière dont on pourrait transposer ce modèle aux institutions de l’Union, étude dont les résultats et les recommandations devraient être présentés lors d’un atelier ou d’une audition avec des échanges de vues au sein des commissions compétentes du Parlement; |
| 32. | invite de nouveau la Médiatrice européenne à communiquer chaque année au groupe de haut niveau sur l’égalité des genres et la diversité du Parlement ainsi qu’à la commission FEMM des informations cohérentes sur les plaintes pour mauvaise administration relatives à l’égalité des genres au sein du Parlement et d’autres institutions européennes dont elle est saisie; |
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| 33. | charge sa Présidente de transmettre la présente résolution au Conseil et à la Commission. |
(1) JO L 204 du 26.7.2006, p. 23.
(2) JO L 305 du 26.11.2019, p. 17.
(3) JO C 346 du 27.9.2018, p. 192.
(4) JO C 433 du 23.12.2019, p. 31.
(5) JO C 232 du 16.6.2021, p. 48.
(6) JO C 456 du 10.11.2021, p. 191.
(7) JO C 456 du 10.11.2021, p. 208.
(8) JO C 251 du 30.6.2022, p. 2.
(9) JO C 251 du 30.6.2022, p. 138.
(10) Textes adoptés de cette date, P9_TA(2023)0047.
(11) Organisation internationale du travail (OIT), Lloyd’s Register Foundation, Données d’expérience sur la violence et le harcèlement au travail: première enquête mondiale, 2022.
(12) Directive 2000/78/CE du Conseil du 27 novembre 2000 portant création d’un cadre général en faveur de l’égalité de traitement en matière d’emploi et de travail (JO L 303 du 2.12.2000, p. 16).
(13) OIT, Données d’expérience sur la violence et le harcèlement au travail: première enquête mondiale, Genève, 2022.
(14) Eurostat, Enquête de l’UE sur la violence à caractère sexiste envers les femmes et les autres formes de violence interpersonnelle — premiers résultats — édition 2022.
(15) OIT, Données d’expérience sur la violence et le harcèlement au travail: première enquête mondiale, Genève, 2022.
(16) Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA), Violence à l’égard des femmes, 2014.
(17) FRA, A long way to go for LGBTI equality (Un long chemin à parcourir pour parvenir à l’égalité des personnes LGBTI), 2020.
(18) Lomba, N., e.a., Combatting gender-based violence: Cyber violence (Lutte contre la violence à caractère sexiste: cyberviolence), Service de recherche du Parlement européen, 2021.
(19) Plan international, Free to be online? Girls’ and young women’s experiences of online harassment (Libres d’être en ligne? Les expériences des filles et des jeunes femmes en matière de harcèlement en ligne), 2020.
(20) Résolution du 26 octobre 2017 sur la lutte contre le harcèlement et les abus sexuels dans l’Union européenne (JO C 346 du 27.9.2018, p. 192).
(21) Résolution du 28 novembre 2019 sur l’adhésion de l’Union européenne à la convention d’Istanbul et autres mesures de lutte contre la violence à caractère sexiste (JO C 232 du 16.6.2021, p. 48).
(22) Résolution du 16 décembre 2021 sur MeToo et le harcèlement: les conséquences pour les institutions de l’Union européenne (JO C 251 du 30.6.2022, p. 138).
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2023/1224/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
Initiative législative — 52023IE0430
14/12/2023
Initiative législative — 52023IE0848
14/12/2023
Initiative législative — 52023IE1864
14/12/2023
Initiative législative — 52023IE1906
14/12/2023