| CELEX | 52023IP0295 |
| Type | Initiative législative |
| Date | jeudi 13 juillet 2023 |
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2024/4014 | 17.7.2024 |
P9_TA(2023)0295
Accès du public aux documents – rapport annuel pour les années 2019 à 2021
Résolution du Parlement européen du 13 juillet 2023 sur l’accès du public aux documents – rapport annuel pour les années 2019 à 2021 (2022/2015(INI))
(C/2024/4014)
Le Parlement européen,
| — | vu le traité sur l’Union européenne (traité UE), et notamment ses articles 1, 9, 10, 11 et 16, |
| — | vu le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (traité FUE), et notamment son article 15, |
| — | vu la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (la «Charte»), et notamment ses articles 41 et 42, |
| — | vu le règlement (CE) no 1049/2001 du Parlement européen et du Conseil du 30 mai 2001 relatif à l’accès du public aux documents du Parlement européen, du Conseil et de la Commission (1), |
| — | vu la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil relatif à l’accès du public aux documents du Parlement européen, du Conseil et de la Commission, présentée par la Commission le 30 avril 2008 (COM(2008)0229), |
| — | vu la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (CE) no 1049/2001 relatif à l’accès du public aux documents du Parlement européen, du Conseil et de la Commission, présentée par la Commission le 21 mars 2011 (COM(2011)0137), |
| — | vu sa position du 15 décembre 2011 sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil relatif à l’accès du public aux documents du Parlement européen, du Conseil et de la Commission (2), |
| — | vu sa résolution du 14 septembre 2017 sur la transparence, la responsabilité et l’intégrité au sein des institutions européennes (3), |
| — | vu sa résolution du 17 janvier 2019 sur l’enquête stratégique OI/2/2017 de la Médiatrice sur la transparence des débats législatifs dans les instances préparatoires du Conseil de l’Union européenne (4), |
| — | vu la directive (UE) 2019/1937 du Parlement européen et du Conseil du 23 octobre 2019 sur la protection des personnes qui signalent des violations du droit de l’Union (5) (la «directive sur les lanceurs d’alerte»), |
| — | vu sa résolution du 10 février 2021 sur l’accès du public aux documents (article 122, paragraphe 7, du règlement intérieur – rapports annuels 2016 à 2018) (6), |
| — | vu la décision de la Médiatrice européenne du 17 janvier 2022 dans l’affaire OI/4/2021/MHZ sur la manière dont l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex) se conforme à ses obligations en matière de droits fondamentaux et garantit l’obligation de rendre compte en ce qui concerne ses responsabilités accrues, |
| — | vu le rapport du 14 juillet 2021 du groupe de travail sur le contrôle de Frontex de sa commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures relatif à l'enquête sur Frontex concernant des violations présumées des droits fondamentaux, |
| — | vu sa résolution du 16 septembre 2021 sur le renforcement de la transparence et de l’intégrité des institutions de l’Union par la création d’un organisme européen indépendant chargé des questions d’éthique (7), |
| — | vu sa résolution du 21 octobre 2021 sur la transparence de l’Union au regard de la mise au point, de l’acquisition et de la distribution des vaccins contre la COVID-19 (8), |
| — | vu sa résolution du 16 février 2022 sur le rapport annuel relatif aux activités du Médiateur européen en 2020 (9), |
| — | vu le rapport sur les conclusions finales de la conférence sur l’avenir de l’Europe, publié en mai 2022, |
| — | vu sa décision du 18 octobre 2022 concernant la décharge sur l’exécution du budget de l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes pour l’exercice 2020 (10), |
| — | vu le rapport annuel d’activité consolidé pour 2020 du 12 mai 2021 publié par Frontex, |
| — | vu sa résolution du 15 décembre 2022 sur les soupçons de corruption de la part du Qatar et, plus largement, la nécessité de transparence et de responsabilité au sein des institutions européennes (11), |
| — | vu sa résolution du 16 février 2023 sur le suivi des mesures demandées par le Parlement pour renforcer l’intégrité des institutions européennes (12), |
| — | vu les rapports annuels du Médiateur européen, |
| — | vu l’article 122, paragraphe 7, de son règlement intérieur, |
| — | vu la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) et de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), |
| — | vu l’arrêt prononcé le 25 janvier 2023 par la CJUE dans l’affaire T-163/21, De Capitani/Conseil (13) (ci-après l’ «arrêt De Capitani/Conseil»), |
| — | vu l’arrêt prononcé le 27 novembre 2019 par la CJUE dans l’affaire T-31/18, Luisa Izuzquiza et Arne Semsrotti/Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (14) (ci-après l’ «arrêt prononcé dans l’affaire T-31/18»), |
| — | vu les rapports de la Commission, du Conseil et du Parlement de 2019, 2020 et 2021 sur l’application du règlement (CE) no 1049/2001, |
| — | vu le règlement (CE) no 1367/2006 du Parlement européen et du Conseil du 6 septembre 2006 concernant l’application aux institutions et organes de la Communauté européenne des dispositions de la convention d’Aarhus sur l’accès à l’information, la participation du public au processus décisionnel et l’accès à la justice en matière d’environnement (15), |
| — | vu l’article 54 de son règlement intérieur, |
| — | vu l’avis de la commission des affaires constitutionnelles, |
| — | vu le rapport de la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures (A9-0179/2023), |
| A. | considérant que le traité UE dispose que «[t]out citoyen a le droit de participer à la vie démocratique de l’Union» et que les décisions sont prises aussi ouvertement et aussi près que possible des citoyens (16); que le traité FUE dispose que les institutions, organes et organismes de l’Union œuvrent dans le plus grand respect possible du principe d’ouverture et que les citoyens et résidents ont un droit d’accès à leurs documents (17); que le droit d’accès aux documents est un droit fondamental, protégé par la Charte et par les traités, que les citoyens doivent pouvoir exercer de manière proactive pour être en mesure d’exercer de manière effective leur droit de contrôler le travail et les activités des institutions, organes et organismes de l’Union, en particulier le processus législatif; que la CJUE a souligné à plusieurs reprises le lien entre l’accès aux documents et la démocratie; |
| B. | considérant que le règlement (CE) no 1049/2001 reconnaît à quel point il est important d’offrir un accès encore plus large aux documents lorsque les institutions de l’Union agissent en leur qualité de législateur; souligne la nécessité particulière de garantir un accès direct aux documents législatifs; |
| C. | considérant que la CJUE a souligné que le contrôle public des informations faisant l’objet d’une action législative est une condition de l’exercice effectif des droits démocratiques (18); que la CJUE a conclu que la transparence sur ces informations contribue à renforcer la démocratie en permettant aux citoyens de contrôler toutes les informations qui ont constitué le fondement d’un acte législatif; qu’elle a fait valoir que la possibilité, pour les citoyens, de connaître les fondements des actions législatives est une condition de l’exercice effectif, par ces derniers, de leurs droits démocratiques; |
| D. | considérant que l’ouverture et la bonne gouvernance dans le fonctionnement de l’Union et son processus décisionnel sont indispensables pour instaurer la confiance dans l’Union et sont la garantie d’une plus grande légitimité, efficacité et responsabilité de l’administration devant les citoyens; que le fonctionnement de l’Union repose sur la démocratie représentative; que les institutions, organes et organismes de l’Union doivent s’efforcer de se conformer aux normes les plus strictes possible en matière de transparence, de responsabilité et d’intégrité; qu’il est nécessaire de garantir des méthodes de contrôle qui combinent les activités de surveillance démocratique, de contrôle et de surveillance; que l’ouverture et la participation des citoyens et de la société civile à la vie démocratique de l’Union sont indispensables pour promouvoir la bonne gouvernance au sein des institutions de l’Union; |
| E. | considérant que l’accès à des informations exactes est essentiel pour empêcher la mésinformation et lutter contre les fausses informations; |
| F. | considérant que, dans le rapport sur les conclusions finales de la conférence sur l’avenir de l’Europe, l’assemblée plénière de la conférence a plaidé en faveur d’un meilleur accès des citoyens aux actions de l’Union par l’amélioration de l’information, de l’éducation, de la participation civique et de la transparence; qu’il a également demandé que le processus décisionnel de l’Union soit amélioré afin de garantir la capacité d’action de l’Union, tout en tenant compte des intérêts de tous les États membres et en garantissant un processus transparent et compréhensible pour les citoyens; considérant qu’il existe un intérêt public réel à divulguer des documents législatifs afin que les citoyens puissent exercer efficacement leur droit de contrôler le processus législatif; qu’en vertu de l’article 16, paragraphe 8, du traité UE, le Conseil doit siéger en public lorsqu’il délibère et vote sur un projet d’acte législatif; que la mention «LIMITE» apposée sur la plupart des documents préparatoires des procédures législatives en cours constitue une restriction disproportionnée au droit des citoyens d’accéder aux documents législatifs; que pour permettre aux citoyens d’exercer pleinement leur droit d’accès aux documents, tous les documents législatifs produits ou diffusés au sein des instances préparatoires devraient être répertoriés dans un registre public facilement accessible; que, selon la CJUE, l’accès aux documents législatifs doit être aussi large que possible et que la justification d’un refus d’accès doit être dûment fondée, y compris dans les groupes de travail du Conseil (19); |
| G. | considérant que les principes d’ouverture et de transparence devraient régir non seulement le processus décisionnel, mais aussi la manière dont un texte est rédigé; que la transparence et l’accès aux documents devraient également être garantis en ce qui concerne les modalités de mise en œuvre des politiques de l’Union à tous les niveaux et l’utilisation des fonds de l’Union; |
| H. | considérant que les attentes des citoyens en matière de transparence, d’efficacité et de responsabilité des institutions publiques et en ce qui concerne les solutions techniques possibles ont évolué au cours des dernières années; que, pour tenir compte de ces évolutions et renforcer l’efficacité et la responsabilité, il peut s’avérer nécessaire de garantir l’application de la législation en vigueur ainsi que de la jurisprudence de la CJUE et de la CEDH, l’adoption de nouvelles solutions techniques et lignes directrices et l’adoption de mesures pour suivre les progrès accomplis; |
| I. | considérant que les principales préoccupations mentionnées dans les enquêtes clôturées par la Médiatrice européenne en 2021 étaient la transparence du processus décisionnel, la responsabilité et le refus de l’accès du public aux informations et documents (29 %), suivies de la culture de service (26 %), de l’usage approprié du pouvoir discrétionnaire, y compris dans les procédures d’infraction (18 %), le respect des droits procéduraux (12 %) et la violation des droits fondamentaux (11 %) (20); que selon le rapport annuel du Médiateur pour 2021, le «pantouflage» continue d’être un sujet de préoccupation; |
| J. | considérant que dans l’affaire 1499/2021/SF (21), la Médiatrice a estimé que le refus du Conseil et de la Commission d’octroyer au public l’accès intégral à des documents relatifs à des négociations législatives constituait un cas de mauvaise administration; |
| K. | considérant que l’examen, en 2021, de la procédure «accélérée» du Médiateur pour le traitement des plaintes concernant l’accès du public aux documents a montré à la fois une diminution des deux tiers des délais de traitement des plaintes introduites auprès du Médiateur et une augmentation du nombre de plaintes concernant l’accès aux documents (22); |
| L. | considérant que dans l’affaire 1499/2021/SF (23), la Médiatrice a estimé que le refus du Conseil d’octroyer au public l’accès intégral à des documents relatifs à des négociations législatives constituait un cas de mauvaise administration; que le fait de tenir le public informé de l’évolution des procédures législatives répond à une exigence légale; que l’accès en temps utile aux documents législatifs est une condition essentielle de l’exercice par les citoyens du droit qui leur est reconnu par les traités de participer à la vie démocratique de l’Union; |
| M. | considérant que l’Union, par sa réaction à la crise de la COVID-19, a démontré sa capacité d’action, mais également la nécessité d’accroître la transparence au sein de l’Union, et notamment la nécessité d’adopter une meilleure politique en matière de lutte contre la désinformation, afin d’obtenir des informations plus précises et de meilleure qualité pour le citoyen de l’Union; que le «groupe de travail ad hoc» du Conseil sur les certificats COVID-19 n’a pas mené ses travaux avec la transparence requise; |
| N. | considérant que le Parlement a adopté sa position en première lecture sur la proposition de la Commission concernant un règlement visant à modifier le règlement (CE) no 1049/2001 en décembre 2011; que les négociations relatives audit règlement sont en suspens depuis 2012; que depuis l’entrée en vigueur dudit règlement, de nombreuses responsabilités nouvelles ont été confiées à l’Union; que le renforcement de la responsabilité doit se traduire par un renforcement de la transparence, du contrôle public et de l’obligation de rendre des comptes afin que l’Union puisse conserver sa crédibilité et sa légitimité aux yeux des citoyens et garder leur confiance; |
| O. | considérant que dans son arrêt De Capitani/ Conseil, la CJUE a précisé que le règlement (CE) no 1049/2001 vise à conférer au public un droit d’accès qui soit aussi large que possible de sorte que les exceptions dérogeant à ce principe doivent être interprétées et appliquées strictement; qu’elle a en outre précisé que l’article 4, paragraphe 3, du règlement (CE) no 1049/2001 prévoit notamment une exception à l’accès aux documents législatifs lorsque leur divulgation pourrait avoir une incidence grave sur le processus décisionnel de l’institution en question; que lorsqu’il refuse l’accès à des documents en invoquant cette exception, le Conseil doit démontrer que la divulgation des documents en question pourrait porter concrètement et effectivement atteinte à son processus décisionnel et que le risque d’une telle atteinte est raisonnablement prévisible, et non purement hypothétique; |
| P. | considérant qu’après que l’arrêt dans l’affaire T-131/18 a été rendu en faveur de Frontex, la CJUE a condamné deux personnes à verser 23 700 EUR à Frontex au titre des dépens, montant que la CJUE a ensuite réduit à 10 520 EUR; que, dans sa décision prononcée le 15 décembre 2022 dans les affaires jointes 1261/2020 et 1361/2020 (24), la Médiatrice a constaté des cas de mauvaise administration dans les pratiques récentes de Frontex en matière d’accès aux documents, en particulier son refus de communiquer par courrier électronique avec des personnes demandant l’accès à des documents; que ces pratiques qui consistent à ériger des obstacles techniques pour entraver l’accès aux documents et à chercher à recouvrer des frais de justice excessifs auprès des plaignants ont un effet dissuasif sur les citoyens désireux d’accéder aux documents de Frontex et peuvent, à terme, contribuer à une plus grande opacité, à un manque de transparence plus important et même à une inaccessibilité totale des documents relatifs aux activités de Frontex; que dans sa résolution du 21 octobre 2021 (25) et dans les conclusions du rapport du groupe de travail sur le contrôle de Frontex, le Parlement a invité Frontex à s’abstenir à l’avenir à recouvrer les frais d’avocats extérieurs parfois disproportionnés auprès de demandeurs dans des affaires de justice fondées sur des demandes d’accès aux informations; |
Évolutions récentes
| 1. | insiste sur le fait que les institutions de l’Union ont l’obligation de mettre en œuvre l’article 15, paragraphe 3, du traité FUE conformément aux principes démocratiques, notamment à ceux visés à l’article 10, paragraphe 3, du traité UE et à l’article 42 de la Charte; rappelle que l’article 10, paragraphe 3, du traité UE dispose que «[t]out citoyen a le droit de participer à la vie démocratique de l’Union» et que les décisions sont prises aussi ouvertement et aussi près que possible des citoyens; souligne que la transparence et l’accès le plus large possible du public aux documents sont essentiels pour garantir la responsabilité et le contrôle démocratique des institutions de l’Union, et que la confiance des citoyens dans l’Union dépend directement de la transparence; |
| 2. | prend acte du fait que la Commission est l’institution qui reçoit le nombre le plus important de demandes initiales d’accès public aux documents (7 445 en 2019, 8 001 en 2020 et 8 420 en 2021), suivie par le Conseil (2 567 en 2019, 2 321 en 2020 et 2 083 en 2021) puis le Parlement (645 en 2019, 442 en 2020 et 499 en 2021); reconnaît que le taux de réponse des institutions est globalement positif (en 2019, 78 % de réponses positives de la part de la Commission, 74,7 % de la part du Conseil et 93 % de la part du Parlement; en 2020, taux de 81 % pour la Commission, de 84,1 % pour le Conseil et de 93 % pour le Parlement; et en 2021, taux de 73,7 % pour la Commission, de 83,3 % pour le Conseil et de 95 % pour le Parlement); souligne toutefois que les retards réguliers et les refus infondés de divulguer, même partiellement, des documents portent atteinte au droit des citoyens de contrôler les institutions européennes; prie instamment les institutions, organes et organismes de l’Union de fournir des statistiques sur les retards dans le traitement des demandes d’accès; souligne que, pour la Commission, les examens des décisions initiales sont retardés dans 85 % des cas (26); |
| 3. | s’inquiète du recours fréquent aux exceptions visées à l’article 4 du règlement (CE) no 1049/2001 pour refuser l’accès complet aux documents; réaffirme qu’une institution, un organe ou un organisme qui invoque l’une des exceptions à l’accès de documents visées par cet article doit procéder à une évaluation objective et individuelle, démontrer que le risque pour l’intérêt protégé est fondé, prévisible et n’est pas purement hypothétique et dûment justifier que l’accès au document pourrait porter concrètement et effectivement atteinte à l’intérêt protégé; (27); invite les institutions, organes et organismes de l’Union à intégrer ces évaluations dans leurs pratiques en matière d’accès aux documents; souligne qu’il reste possible de divulguer certaines parties d’un document dont d’autres parties doivent être protégées, en tenant compte de l’intérêt public supérieur de la divulgation, notamment la nécessité de garantir la bonne gouvernance, l’efficacité et la responsabilité envers les citoyens ainsi que celle d’assurer une participation plus étroite des citoyens au processus décisionnel; renvoie à la jurisprudence de la CJUE (28) qui reconnaît le droit d’accès du public aux documents des groupes de travail du Conseil agissant dans le cadre du processus législatif; relève toutefois que l’accès doit encore être activement demandé (29); relève avec inquiétude que lorsqu’ils demandent l’accès à des documents, les citoyens font souvent face au refus des institutions, organes et organismes de leur accorder un accès, refus basé sur des arguments dénués de fondement et des incohérences dans le traitement de demandes d’accès similaires; demande aux institutions de l’Union de développer de bonnes pratiques pour permettre une application et une interprétation uniformes des dispositions du règlement (CE) no 1049/2001 et de la jurisprudence pertinente de la CJUE; demande en outre aux agences de l’Union d’appliquer le règlement (CE) no 1049/2001 dans leurs politiques d’accès aux documents (30); |
| 4. | rappelle que, selon la Médiatrice européenne, les restrictions d’accès aux documents, particulièrement aux documents législatifs, doivent être exceptionnelles et réduites au strict nécessaire; rappelle également que tout refus d’accès du public à des documents doit reposer sur des exceptions juridiques clairement et strictement définies et s’accompagner d’une justification raisonnée et spécifique, afin de permettre aux citoyens de comprendre ce refus d’accès et d’utiliser efficacement les recours juridiques disponibles; estime qu’une approche plus proactive permettrait de garantir une transparence effective et à prévenir les litiges coûteux et fastidieux entre les citoyens et les institutions; |
| 5. | regrette que l’accès aux conseils prodigués par les services juridiques des institutions, organes et organismes de l’Union soit trop restreint; souligne que la protection de l’intérêt des institutions, organes et organismes à demander des avis juridiques et à recevoir des avis francs, objectifs et complets en limitant l’accès du public ne peut être réalisée que si le risque d’atteinte au processus décisionnel est raisonnablement prévisible et non purement hypothétique et si les avis juridiques concernent des questions particulièrement sensibles; prend note de l’arrêt de la CJUE (31), selon lequel le règlement (CE) no 1049/2001 impose, en principe, une obligation de divulguer les avis du service juridique du Conseil relatifs à un processus législatif; relève que, selon la CJUE, les seuls motifs possibles de refus au titre de la protection des avis juridiques donnés dans le cadre du processus législatif sont le caractère particulièrement sensible du contenu de l’avis ou sa portée particulièrement large qui dépasse le cadre du processus législatif; fait écho à l’avis de la CJUE selon lequel, dans un tel cas, l’institution concernée est tenue de fournir un exposé détaillé des raisons de ce refus; |
| 6. | relève avec inquiétude qu’en 2021, après une demande d’accès public aux SMS échangés entre la présidente de la Commission et le PDG d’une entreprise pharmaceutique concernant l’achat de vaccins contre la COVID-19 par la Commission, la Commission a refusé de reconnaître que ces messages constituaient des «documents» au sens du règlement (CE) no 1049/2001; observe que même si la Commission doit enregistrer et rechercher lesdits SMS, elle peut toujours décider de ne pas octroyer au public l’accès complet à ceux-ci si les exceptions énumérées dans le règlement (CE) no 1049/2001, telles que l’intérêt commercial, s’appliquent; rappelle que l’enregistrement d’un document est conséquence de son existence et non un prérequis de celle-ci; prend note du constat de mauvaise administration de la part de la Commission dressé par la Médiatrice dans cette affaire (32); est préoccupé par le fait que la Commission n’a pas suivi la recommandation formulée par la Médiatrice à l’issue de son enquête, à savoir celle d’effectuer une nouvelle recherche pour retrouver les SMS en question; demande à la Commission de procéder d'urgence à une recherche complète; exprime sa vive inquiétude quant à la distance qui s’installe entre les citoyens et les institutions européennes du fait de cette situation; |
| 7. | regrette que la Commission applique une politique interne consistant à ne pas enregistrer les SMS, considérant qu’il s’agit de «documents éphémères» par nature, qui «ne sont pas censés contenir des informations importantes relatives aux politiques, activités et décisions de la Commission»; relève toutefois que, dans la pratique, les SMS sont utilisés à cette fin; invite instamment la Commission à mettre ses lignes directrices internes sur l’enregistrement des documents en conformité avec le règlement (CE) no 1049/2001 et à enregistrer les SMS relatifs à ses politiques, activités et décisions; note avec intérêt que dans plusieurs États membres, il est devenu courant pour les organismes publics d’archiver les SMS relatifs à leurs politiques, activités et décisions, sous réserve des lois sur l’accès aux documents; |
| 8. | note que la Commission a supprimé des documents, y compris des comptes rendus de réunions à huis clos, des rapports et des documents internes; exprime sa préoccupation quant au fait que cette pratique a conduit à la disparition d’une importante correspondance pertinente pour les décisions politiques; invite la Commission à assurer l’enregistrement et l’archivage systématiques par défaut de la correspondance non privée relative aux décisions politiques importantes; |
| 9. | regrette que le Parlement peine à obtenir de la Commission des informations complètes et détaillées sur la mise en œuvre et l’application du droit de l’Union; déplore l’absence de publication proactive de synthèses d’informations actualisées sur les dernières étapes de chaque procédure d’infraction, en particulier des procédures concernant des infractions pendantes depuis longtemps, ainsi que le manque d’informations sur EU Pilot, un dialogue informel entre la Commission et les États membres sur l’application du droit de l’Union avant une éventuelle infraction; estime que cela entrave le contrôle parlementaire et public; invite les institutions de l’Union à respecter le principe de coopération loyale et à publier ces informations de manière proactive; |
| 10. | regrette que la Commission ne publie pas de manière proactive des statistiques sur l’efficacité des politiques de l’Union, en particulier celles qui concernent la justice et les affaires intérieures, ce qui, dans une large mesure, empêche l’exercice du contrôle public sur les politiques qui ont une incidence significative sur les droits fondamentaux; invite la Commission à publier de telles statistiques avec davantage de spontanéité afin de prouver que ces politiques sont nécessaires et proportionnées pour atteindre leur objectif; |
| 11. | déplore que les documents officiels fassent souvent l’objet d’une surclassification par les institutions de l’Union; réaffirme la position exprimée dans des rapports antérieurs sur l’accès aux documents concernant la nécessité d’établir des règles claires et uniformes pour la classification et la déclassification des documents et de mettre en place une autorité indépendante de l’Union chargée de superviser l’application de ces règles; déplore l’absence de suivi sérieux de la part de la Commission et du Conseil; |
| 12. | souligne que les accords internationaux ont force contraignante et influent sur la législation de l’Union, et insiste sur la nécessité d’assurer la transparence des négociations à l’égard du Parlement tout au long du processus, notamment en permettant aux députés européens d’accéder aux documents pertinents; rappelle que, conformément à l’article 218 du traité FUE, le Parlement doit être «pleinement et immédiatement informé à chaque étape des négociations»; |
| 13. | prend note du fait que le Conseil, en 2021, sur un total de 3 586 documents versés au registre, a classé 1 327 documents législatifs comme «LIMITE», et que 839 d’entre eux ont ensuite été rendus publics sur demande (33); souligne que l’utilisation excessive de la mention «LIMITE» entrave et retarde considérablement l’accès des citoyens aux documents; invite le Conseil à réviser ses lignes directrices pour la classification des documents en tant que «LIMITE» en vue de garantir une publication proactive par défaut et de n’utiliser LIMITE que pour des cas exceptionnels dûment justifiés et de réexaminer régulièrement cette limitation; regrette que le Conseil présente les informations disponibles au sujet des documents législatifs dans un registre incomplet et peu convivial; |
| 14. | se déclare préoccupé par les difficultés d’accès aux documents de certaines agences de l’Union, qui empêchent les citoyens et les députés au Parlement européen de contrôler efficacement ces agences; estime que la divulgation des réunions et des interactions entre les agences de l’Union et les tiers est nécessaire pour assurer une meilleure transparence; |
| 15. | prend acte de la mise en place par Frontex d’un registre de documents sur un site internet spécifique, et du fait que Frontex a téléversé près de 2 000 documents dans ce registre au cours de la première année qui a suivi sa mise en place en mars 2022; regrette, toutefois, que ce registre ne contienne que très peu de documents relatifs à la mise en œuvre des opérations conjointes, qui constituent le cœur des activités de cette agence; souligne que l’accès du public aux documents de Frontex est nécessaire pour comprendre le travail de l’agence et regrette qu’en 2020, moins de 5 % des demandes d’accès public aux documents aient abouti à l’octroi d’un accès intégral, ce qui empêche l’exercice d’un contrôle public efficace; rejoint la recommandation formulée par la Médiatrice à l’issue de son enquête d’initiative 4/2021/MHZ, selon laquelle l’agence devrait adopter une approche plus volontariste en matière de transparence dans le but de mieux rendre compte de ses opérations; |
| 16. | se déclare vivement préoccupé par le fait que les députés au Parlement européen aient dû attendre longtemps avant d’obtenir l’accès au rapport de l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) sur les fautes commises par plusieurs employés de Frontex, y compris des cadres supérieurs, dans le cadre des activités opérationnelles de l’agence; est préoccupé par le fait que ni le conseil d’administration de Frontex ni l’OLAF n’aient défini la propriété du rapport ou les processus décisionnels pour sa publication à la suite des demandes des députés européens et de la Médiatrice; souligne que la décision de ne pas mettre rapidement à la disposition de l’ensemble des députés au Parlement européen le rapport de l’OLAF pourrait venir contredire la nécessité d’une surveillance démocratique de l’agence; demande que les conclusions des prochains rapports de l’OLAF sur Frontex soient mises à la disposition du public et qu’un accès immédiat à ces nouveaux rapports soit accordé aux députés afin que ceux-ci puissent exercer leur contrôle sur l’agence; |
| 17. | est vivement préoccupé par le fait que des députés au Parlement européen, anciens députés au Parlement européen et agents du Parlement européen sont soupçonnés d’activités de corruption, de blanchiment de capitaux et de participation à une organisation criminelle en contrepartie d’une influence sur des décisions prises par le Parlement; rappelle l’importance de la transparence et de l’accès aux documents pour prévenir la corruption et lutter contre celle-ci et garantir que les personnes exerçant des fonctions publiques assument leurs responsabilités; relève qu’un niveau de transparence élevé, y compris par l’accès aux documents, facilite le suivi des activités relevant du processus décisionnel et peut contribuer à la révélation d’activités criminelles; rappelle les recommandations formulées dans ses résolutions du 15 décembre 2022 et du 16 février 2023 et demande leur mise en œuvre rapide et intégrale; |
| 18. | se félicite que la commission spéciale sur l’ingérence étrangère dans l’ensemble des processus démocratiques de l’Union européenne, y compris la désinformation, et sur le renforcement de l’intégrité, de la transparence et de la responsabilité au Parlement européen (INGE 2) ait été chargée de recenser les lacunes éventuelles des règles du Parlement et de formuler des propositions de réformes visant à renforcer la confiance du public à l’égard du Parlement, tout en protégeant le droit des députés au Parlement européen d’exercer librement leur mandat; demande que les recommandations finales de la commission INGE 2 soient rapidement mises en œuvre; demande une nouvelle fois l’instauration d’une obligation contraignante pour tous les députés du Parlement européen, les assistants parlementaires accrédités et le personnel de rendre publiques l’ensemble de leurs rencontres programmées avec des personnes extérieures au Parlement dès lors que ces rencontres concernent un rapport, un rapport d’initiative ou une résolution du Parlement européen; |
| 19. | demande plus de transparence sur les demandes nationales de financement de l’Union, la communication entre la Commission et les États membres et la mise en œuvre du financement de l’Union; |
| 20. | déplore vivement qu’il n’existe toujours aucun récapitulatif complet et public des financements de l’Union octroyés aux pays tiers afin de faciliter la coopération sur les questions migratoires; invite la Commission à veiller à la transparence, y compris en dressant une vue d’ensemble claire de tous les instruments relevant du budget de l’Union utilisés pour financer la coopération avec les pays non membres de l’Union dans le domaine de la gestion des migrations, donnant notamment des informations sur le montant, l’objectif et la source du financement ainsi que des informations détaillées sur toute autre mesure de soutien éventuelle appliquée par des agences de l’Union telles que Frontex, afin de veiller à ce que le Parlement et le public puissent exercer un contrôle sur la mise en œuvre du budget de l’Union; invite la Commission à élaborer et à mettre en œuvre une méthode précise pour assurer le suivi des 10 % de dépenses consacrées aux migrations et aux déplacements forcés, afin de garantir la transparence et la responsabilité à l’égard de ces dépenses, comme l’exige le règlement (UE) 2021/947 (34); |
| 21. | félicite la CJUE d’avoir diffusé en direct sur son site internet le prononcé de ses arrêts et la lecture des conclusions des avocats généraux, ce qui permet aux citoyens de suivre les audiences dans les mêmes conditions que s’ils étaient physiquement présents; demande à la CJUE de diffuser également toutes les audiences en direct; |
| 22. | souligne à quel point il importe d’améliorer la transparence des décisions prises dans le cadre des procédures d’infraction; regrette le manque de transparence en ce qui concerne les lettres de mise en demeure et les procédures d’infraction visant les États membres; invite la Commission à veiller au respect de l’article 218 du traité FUE et à rendre publics les documents pertinents, tels que les documents envoyés aux États membres, dans le cadre des procédures d’infraction; |
État des lieux en matière de documents législatifs
| 23. | rappelle que depuis l’entrée en vigueur du traité UE et du traité FUE, le droit d’accès aux documents concerne l’ensemble des institutions, organes et agences de l’Union (35); fait valoir que, étant donné les obligations de transparence renforcées consacrées par les traités, une révision du règlement (CE) no 1049/2001 ne saurait en aucun cas abaisser le niveau actuel de transparence; insiste sur l’importance prépondérante de la jurisprudence applicable pour actualiser le règlement compte tenu des évolutions récentes (36); insiste sur la nécessité de codifier la jurisprudence applicable, de renforcer encore la transparence et de garantir la responsabilité au sein de l’Union; |
| 24. | rappelle que ce n’est ni son support ni son enregistrement qui font d’un document le document d’une institution en particulier mais bien le fait que son contenu touche à un sujet relatif aux politiques, activités et décisions relevant du domaine de compétence de l’institution en question; |
Recommandations
| 25. | se félicite de l’intention manifestée par la Commission d’améliorer la transparence au sein de l’Union en appliquant le principe de la «transparence par défaut»; prie instamment la Commission de n’envisager aucune proposition de révision du règlement (CE) no 1049/2001 qui affaiblisse les normes en matière de transparence et d’accès aux documents; regrette la longue mise en suspens des négociations et presse le Conseil et la Commission de reprendre les négociations avec les autres institutions à partir des propositions de la Commission de 2008 et 2011; fait valoir que toute réforme devra aborder les sujets essentiels que sont l’élargissement du champ d’application du règlement (CE) no 1049/2001 à toutes les institutions et tous les organes et organismes de l’Union, le champ des motifs de refus d’accès aux documents, la définition de «document», le critère d’intérêt public, la transparence du processus législatif et l’opposition aux exemptions par catégorie, mais aussi intégrer la jurisprudence de la CJUE et de la CEDH et tenir compte des nouvelles évolutions en matière de technologie; demande donc aux institutions de l’Union de travailler de manière constructive pour que les citoyens de l’Union puissent exercer pleinement leur droit d’accès aux documents et ainsi exercer leur rôle de contrôle à l’égard des institutions, organes et organismes de l’Union; |
| 26. | regrette que le Parlement ait refusé à plusieurs reprises d’accorder l’accès du public aux documents, même après que cette pratique a été qualifiée de mauvaise administration par le Médiateur, et l’invite à se montrer exemplaire; demande plus de transparence, notamment par un meilleur accès aux documents, afin de garantir un contrôle démocratique; |
| 27. | souligne, au vu des récents scandales, les risques liés aux réunions à huis clos; regrette profondément que la Commission, le Conseil et les agences de l’Union insistent trop souvent pour que les réunions se tiennent à huis clos, et ce sans motif valable; estime que les demandes de réunions à huis clos devraient être évaluées de manière appropriée; demande l’élaboration de règles et de critères clairs en ce qui concerne les demandes de séances à huis clos au sein des institutions de l’Union; |
| 28. | invite la Commission à être plus transparente en ce qui concerne les contrats avec des tiers; demande à la Commission d’être plus spontanée par rapport à ses pratiques actuelles lors de la publication d’un maximum d’informations sur les procédures d’appel d’offres; |
| 29. | salue les recommandations concrètes de la Médiatrice sur la manière d’enregistrer les messages textuels et instantanés envoyés ou reçus par les membres du personnel dans le cadre de leur activité professionnelle (37); reconnaît que les messages textuels et instantanés de nature professionnelle constituent des «documents» au sens du règlement (CE) no 1049/2001 relatif à l’accès du public aux documents et invite les autres institutions, organes et organismes de l’Union à le reconnaître également, à suivre les recommandations de la Médiatrice en conséquence et à porter ce suivi à la connaissance du public; demande aux autres institutions, organes et organismes de l’Union d’interpréter de manière plus large le concept de «document», ce qui revêt une importance particulière dans une société de l’information et eu égard aux nouvelles formes de communication qui sont utilisées pour discuter de questions relatives aux politiques, aux activités et aux décisions; |
| 30. | accueille favorablement les lignes directrices de la Médiatrice de 2021 à l’intention de l’administration de l’Union sur les politiques et pratiques visant à donner effet au droit d’accès du public aux documents en vue d’améliorer les procédures internes pour rendre le processus facile et ouvert aux citoyens, notamment en fournissant au public des informations sur la manière de soumettre une demande d’accès public aux documents, sur la procédure suivie par les institutions pour traiter les demandes et sur les moyens de recours (38); invite les institutions, organes et organismes de l’Union à s’appuyer sur ces lignes directrices pour leurs procédures d’accès aux documents; |
| 31. | encourage les institutions, organes et organismes de l’Union à mettre en place sur leurs sites internet respectifs des conseils sur les informations qu’une demande de documents au titre du règlement (CE) no 1049/2001 devrait contenir afin de rationaliser le traitement des demandes; |
| 32. | souligne que la transparence et le plein accès aux documents détenus par les institutions doivent être la règle et que les exceptions à cette règle doivent être interprétées de manière stricte, en tenant compte de l’intérêt public supérieur de la divulgation; invite l’ensemble des institutions, organes et organismes de l’Union à publier des documents de manière proactive sur leurs sites internet et à faciliter la recherche de ces documents pour les citoyens afin de permettre un contrôle démocratique; souligne que le fait de ne pas avoir connaissance de l’existence effective de documents peut empêcher les citoyens d’exercer leur droit de demander l’accès; souligne que les traités et la Charte imposent de s’assurer que les citoyens sont en mesure de comprendre, de suivre en détail et de participer au processus législatif, et qu’il s’agit d’une condition essentielle du contrôle démocratique et de la démocratie en tant que telle; souligne que, selon la CJUE (39), les citoyens doivent également pouvoir suivre en détail le processus décisionnel au sein des organes préparatoires participant aux procédures législatives et avoir accès à toutes les informations pertinentes; demande aux institutions, organes et organismes de l’Union de mener une politique de «transparence délibérée» et de publier de manière anticipée les documents relatifs aux dossiers législatifs, y compris les documents qui font partie de procédures législatives ou qui y afférent, dans un délai raisonnable et sous une forme facilement accessible, et de publier les plaintes introduites à la suite de refus d’accès; estime que les documents de trilogues tels que les ordres du jour, les résumés des conclusions, les procès-verbaux et les orientations générales au sein du Conseil se rapportent à des procédures législatives et doivent être traités comme des documents législatifs; demande à toutes les institutions de l’Union de se conformer intégralement à l’arrêt rendu par la CJUE dans l’affaire T-540/15 (40) sur l’accès aux documents des trilogues; insiste pour que les institutions de l’Union, en particulier le Conseil, améliorent leurs règles et procédures en matière de transparence législative, y compris en ce qui concerne l’accessibilité et la classification des documents législatifs; demande une nouvelle fois à Frontex de mettre immédiatement fin à sa pratique consistant à exiger des demandeurs qu’ils prennent en charge les frais d’avocats externes dans les affaires judiciaires liées à des demandes d’accès à des informations (41); |
| 33. | se félicite des nouvelles mesures de transparence prises par le Conseil en 2020, conformément aux propositions formulées par la Médiatrice dans ses enquêtes sur la transparence législative au Conseil et sur la transparence des trilogues (42), pour étendre la divulgation proactive des documents législatifs, y compris les rapports sur l’état d’avancement des négociations sur les projets de loi et les mandats du Conseil pour les négociations avec le Parlement européen, et faire en sorte de restreindre l’apposition de la mention «LIMITE» sur ces documents, y compris en limitant le nombre de documents portant cette mention mais également la durée de validité de cette mention; regrette qu’il y ait encore des différences entre les présidences en ce qui concerne les pratiques en matière de publication proactive des documents; affirme que la publication systématique du mandat d’ouverture de négociations en trilogue et de la position finale du Conseil approuvant le résultat des négociations constitue le strict minimum et que, pour faire pendant à la transparence dont fait preuve le Parlement dans les négociations législatives, il conviendrait que le Conseil enregistre également de manière systématique le nom des États membres qui expriment une position en son sein; demande la mise en place de lignes directrices permanentes et contraignantes pour toutes les présidences, sur la base de l’initiative de la présidence finlandaise; |
| 34. | invite le Conseil à publier de manière proactive ses contacts avec les lobbyistes; invite le Conseil à rouvrir le dialogue entre les États membres et le Secrétariat général sur les mesures visant à améliorer la cohérence, la normalisation et la clarté de la gestion des documents au sein du Conseil; souligne la nécessité pour le Conseil de publier les documents en temps utile; |
| 35. | se félicite de l’intention manifestée par la Commission d’élaborer de nouvelles lignes directrices internes en matière de transparence et d’accès aux documents et invite les autres institutions à faire de même; encourage la Commission à veiller à ce que ces lignes directrices prévoient une politique de «transparence délibérée» et reprennent la jurisprudence applicable ainsi que les recommandations de la Médiatrice récentes (43); |
| 36. | demande à la Commission, ainsi qu’aux autres institutions, organes et organismes de l’Union de faire davantage preuve d’initiative dans la publication de documents et de statistiques relatives à leur traitement des demandes d’accès à des documents, car ces informations seraient utiles à l’évaluation des pratiques proactives des institutions en matière d’accès aux documents; |
| 37. | demande une nouvelle fois de toute urgence aux institutions de l’Union d’accélérer les travaux en vue d’établir une base de données commune spécifique et conviviale sur l’état d’avancement des dossiers législatifs (base de données législative commune), comme convenu dans l’accord interinstitutionnel «Mieux légiférer» du 13 avril 2016 (44), afin de garantir une plus grande transparence; souligne que les documents rendus publics doivent être publiés dans un format permettant leur recherche et leur lecture automatique; |
| 38. | demande à toutes les institutions de l’Union de faire en sorte que tous les documents officiels soient fournis dans un format ouvert, convivial et lisible par machine, ce qui est particulièrement essentiel pour les données numériques ou financières, et de garantir le même format pour les documents publiés dans le passé; demande que l’article 122, paragraphe 3, de son règlement intérieur soit modifié afin de garantir la fourniture des données dans un format ouvert et lisible par machine; invite toutes les institutions de l’Union à envisager d’accroître le nombre des documents et de catégories de documents qu’elles mettent directement à disposition dans leurs registres publics et de rendre les documents plus faciles à trouver et plus accessibles sur leurs pages internet; estime que les catégories de documents devant être rendus directement accessibles par l’intermédiaire du registre public du Parlement devraient comprendre les documents législatifs préparatoires, qu’ils soient élaborés par le seul Parlement ou conjointement avec les autres institutions, par exemple les documents politiques et techniques de trilogue, y compris toutes les versions du document commun en colonnes visé dans le code de conduite pour la négociation dans le cadre de la procédure législative ordinaire, sous réserve des exceptions prévues par le règlement (CE) no 1049/2001 et la jurisprudence du Tribunal et de la Cour de justice; |
| 39. | considère que la manière dont l’historique de vote des députés européens peut être trouvé, c’est-à-dire en parcourant des fichiers PDF contenant des centaines de votes sur le site Internet du Parlement, n’est pas conviviale et ne contribue à la transparence; invite le Bureau du Parlement à développer un système convivial où, pour chaque vote par appel nominal, le texte voté et les résultats du vote par groupe et par député sont visibles; demande la mise à disposition dans des formats lisibles par machine des résultats des votes par appel nominal, des données relatives à la présence des députés et des textes mis aux voix; |
| 40. | rappelle l’importance de traiter avec promptitude les demandes d’accès aux documents (45); relève avec une vive inquiétude que le Médiateur reçoit nombre de plaintes de citoyens relatives aux très longs retards dans l’obtention d’un accès aux documents demandés; rejoint la Médiatrice lorsqu’elle estime qu’un accès retardé équivaut de fait à un accès refusé et qu’il convient que les procédures administratives soient rationalisées afin de donner aux citoyens accès aux documents en temps utile; demande aux institutions, organes et agences de l’Union de veiller au respect des délais, de fournir davantage de données sur le respect des délais et de fournir aux demandeurs des explications sur non-respect des délais; demande en outre à la Commission de prendre des mesures pour faire respecter les délais par les autres institutions de l’Union; souligne que la publication proactive des documents au registre est la meilleure solution pour réduire le nombre de demandes d’accès aux documents et éviter les retards; |
| 41. | souligne que la pandémie et l’adaptation des méthodes de travail des institutions de l’Union a pu ralentir le traitement des demandes d’accès aux documents; insiste sur le fait qu’il est indispensable que les institutions mettent en place des mécanismes permettant de garantir que le plus haut niveau de transparence et d’accès aux documents soit maintenu même en cas de crise; |
| 42. | relève avec préoccupation qu’à l’heure actuelle, les citoyens qui souhaitent contester le rejet d’une demande d’accès à un document ou l’absence de réponse en temps utile en cas de non-respect des délais n’ont d’autres solutions que de déposer une plainte auprès du Médiateur, dont les recommandations ne sont malheureusement pas juridiquement contraignantes, ou d’entamer une procédure judiciaire contre l’institution devant la CJUE et ainsi de déclencher un processus extrêmement long et coûteux à l’issue incertaine, ce qui engendre une charge déraisonnable qui dissuade les citoyens désireux de contester une décision de refus d’accès (partiel); souligne que cela signifie, en pratique, qu’il n’existe pas de recours effectif en cas de décision défavorable concernant une demande d’accès à des documents; demande aux institutions de l’Union d’assurer néanmoins un suivi complet et rapide des décisions et recommandations de la Médiatrice; demande aux institutions, organes et organismes de l’Union d’adopter des procédures de traitement des plaintes en cas de refus d’accès qui soient plus rapides, plus accessibles et simplifiées ainsi que des mesures visant à garantir que les citoyens puissent contester les décisions si nécessaire; recommande, à cet égard, la désignation d’experts indépendants ou de hauts fonctionnaires chargés d’examiner, sans délai indu, les recours relatifs aux demandes d’accès aux documents; souligne que le fait d’imposer à la société civile des frais de justice particulièrement élevés a un effet dissuasif sur son accès à la justice dans le domaine de l’accès aux documents, lequel est un droit fondamental énoncé à l’article 42 de la Charte, et compromet le droit de la société civile à un recours effectif conformément à l’article 47 de la Charte; ° ° ° |
| 43. | charge sa Présidente de transmettre la présente résolution au Conseil et à la Commission. |
(1) JO L 145 du 31.5.2001, p. 43.
(2) JO C 168 E du 14.6.2013, p. 159.
(3) JO C 337 du 20.9.2018, p. 120.
(4) JO C 411 du 27.11.2020, p. 149.
(5) JO L 305 du 26.11.2019, p. 17.
(6) JO C 465 du 17.11.2021, p. 54.
(7) JO C 117 du 11.3.2022, p. 159.
(8) JO C 184 du 5.5.2022, p. 99.
(9) JO C 342 du 6.9.2022, p. 58.
(10) JO L 45 du 14.2.2023, p. 13.
(11) JO C 177 du 17.5.2023, p. 109.
(12) Textes adoptés de cette date, P9_TA(2023)0054.
(13) Arrêt du 25 janvier 2023, De Capitani/Conseil, T-163/21, ECLI:EU:T:2023:15.
(14) Arrêt du 27 novembre 2019, Luisa Izuzquiza et Arne Semsrott/Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, T-31/18, ECLI:EU:T:2019:815.
(15) JO L 264 du 25.9.2006, p. 13.
(16) Article 10, paragraphe 3, du traité UE, lu à la lumière du treizième considérant, de l’article premier, deuxième alinéa, et de l’article 9 dudit traité.
(17) Article 15 du traité FUE.
(18) Arrêt de la CJUE du 1er juillet 2008, Suède et Turco/Conseil de l’Union européenne, affaires jointes C-39/05 P et C-52/05 P, ECLI:EU:C:2008:374; et arrêt de la CJUE du 17 octobre 2013, Conseil de l’Union européenne/Access Info Europe, C-280/11 P, ECLI:EU:C:2013:671.
(19) Arrêt de Capitani/Conseil.
(20) Médiateur européen, Rapport annuel 2021, 18 mai 2022, p. 31.
(21) Médiateur européen, « Décision concernant le refus du Conseil de l’Union européenne d’octroyer au public l’accès intégral à des documents relatifs aux négociations sur le projet de «législation sur les marchés numériques », 27 juin 2022.
(22) Médiateur européen, Rapport annuel 2021, 18 mai 2022.
(23) Médiateur européen, « Décision concernant le refus du Conseil de l’Union européenne d’octroyer au public l’accès intégral à des documents relatifs aux négociations sur le projet de «législation sur les marchés numériques », 27 juin 2022.
(24) Médiateur européen, « Décision sur des questions liées à la manière dont l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex) communique avec les citoyens sur son portail d’accès aux documents », 15 décembre 2022.
(25) Résolution du Parlement européen du 21 octobre 2021 contenant les observations qui font partie intégrante de la décision concernant la décharge sur l’exécution du budget de l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes pour l’exercice 2019 (JO L 47 du 25.2.2022, p. 11).
(26) Médiateur européen, « La Médiatrice demande à la Commission de faire face de toute urgence aux retards systémiques dans le traitement des demandes d’accès du public aux documents », 28 mars 2023.
(27) Arrêt de la CJUE du 22 mars 2018, Emilio De Capitani/Parlement européen, T-540/15, ECLI:EU:T:2018:167; arrêt de la CJUE du 1er juillet 2008, Suède et Turco/Conseil de l’Union européenne, affaires jointes C-39/05 P et C-52/05 P, ECLI:EU:C:2008:374;
(28) Arrêt de Capitani/Conseil.
(29) Arrêt de Capitani/Conseil.
(30) Becker, M., « The European Commission Deletes Mass Amounts of Emails and Doesn’t Archive Chats » (La Commission européenne supprime des courriels en masse et n’archive pas les discussions instantanées), Der Spiegel, 12 novembre 2021.
(31) Arrêt de la CJUE du 21 avril 2021, Laurent Pech/Conseil de l’Union européenne, T-252/19, ECLI:EU:T:2021:203.
(32) Médiateur européen, « Décision sur le refus de la Commission européenne d’accorder au public l’accès aux messages SMS échangés entre la présidente de la Commission et le PDG d’une entreprise pharmaceutique sur l’achat d’un vaccin contre la COVID-19 », 16 septembre 2021.
(33) Projet de vingtième rapport annuel du Conseil sur la mise en œuvre du règlement (CE) no 1049/2001 du Parlement européen et du Conseil du 30 mai 2001 relatif à l'accès du public aux documents du Parlement européen, du Conseil et de la Commission.
(34) Règlement (UE) 2021/947 du Parlement européen et du Conseil du 9 juin 2021 établissant l’instrument de voisinage, de coopération au développement et de coopération internationale Europe dans le monde, modifiant et abrogeant la décision n° 466/2014/UE du Parlement européen et du Conseil et abrogeant le règlement (UE) 2017/1601 du Parlement européen et du Conseil et le règlement (CE, Euratom) n° 480/2009 du Conseil (JO L 209 du 14.6.2021, p. 1).
(35) Article 15, paragraphe 3, du traité FUE.
(36) Voir, par exemple, l’arrêt de la CJUE du 18 juillet 2017, Commission européenne/Patrick Breyer, T-213/15, ECLI:EU:C:2017:563, l’arrêt de la CJUE du 1er septembre 2021, Andrea Homoki/Commission européenne, T-517/19, ECLI:EU:T:2021:529 et l’arrêt de la CJUE du 21 avril 2021, Laurent Pech/Conseil de l’Union européenne, T-252/19, ECLI:EU:T:2021:203.
(37) Médiateur européen, « Closing note on the strategic initiative on how EU institutions, bodies, offices and agencies record text and instant messages sent/received by staff members in their professional capacity » (Note finale sur l’initiative stratégique relative à la manière dont les institutions, organes et organismes de l’Union enregistrent les messages textuels et instantanés envoyés/reçus par les membres du personnel à titre professionnel), 13 juillet 2022.
(38) Médiateur européen, « Petit guide à l’intention des administrations de l’Union sur les politiques et les pratiques qu’elles devraient mettre en œuvre pour donner effet au droit d’accès du public aux documents », 27 octobre 2021;
(39) Arrêt de Capitani/Conseil.
(40) Arrêt de la CJUE du 22 mars 2018, Emilio De Capitani/Parlement européen, T-540/15, ECLI:EU:T:2018:167;
(41) Décision (UE, Euratom) 2021/1613 du Parlement européen du 28 avril 2021 concernant la décharge sur l’exécution du budget de l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes pour l’exercice 2019 (JO L 340 du 24.9.2021, p. 324).
(42) Médiateur européen, «La Médiatrice se félicite de l’avancée des mesures qui rendent le processus législatif de l’UE plus accessible au public», 16 juillet 2020.
(43) Voir, par exemple, la décision de la Médiatrice européenne dans l’affaire 2142/2018/EWM concernant le refus de la Commission européenne d’octroyer l’accès aux positions des États membres sur un document d’orientation relatif à l’évaluation des risques que présentent les pesticides pour les abeilles; l’arrêt de la CJUE du 14 septembre 2022, Pollinis France/Commission européenne, affaires jointes T-371/20 et T-554/20, ECLI:EU:T:2022:556; et l’arrêt de la CJUE du 22 mars 2018, Emilio De Capitani/Parlement européen, T-540/15, ECLI:EU:T:2018:167.
(44) Accord interinstitutionnel entre le Parlement européen, le Conseil de l’Union européenne et la Commission européenne «Mieux légiférer» (JO L 123 du 12.5.2016, p. 1).
(45) Règlement (CE) no 1049/2001, article 7.
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/4014/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
Initiative législative — 52023IE0430
14/12/2023
Initiative législative — 52023IE0848
14/12/2023
Initiative législative — 52023IE1864
14/12/2023
Initiative législative — 52023IE1906
14/12/2023