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Initiative législative — 52023IP0437

CELEX52023IP0437
TypeInitiative législative
Datejeudi 23 novembre 2023

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2024/4223

24.7.2024

P9_TA(2023)0437

Stratégie d’aide humanitaire innovante: coup de projecteur sur les crises actuelles et oubliées

Résolution du Parlement européen du 23 novembre 2023 sur la manière de construire une stratégie innovante en matière d’aide humanitaire: coup de projecteur sur les crises actuelles et oubliées (2023/2000(INI))

(C/2024/4223)

Le Parlement européen,

—

vu les articles 208 et 214 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne,

—

vu l’article 21 du traité sur l’Union européenne,

—

vu le règlement (CE) no 1257/96 du Conseil du 20 juin 1996 concernant l’aide humanitaire (1),

—

vu le règlement (UE) 2021/947 du Parlement européen et du Conseil du 9 juin 2021 établissant l’instrument de voisinage, de coopération au développement et de coopération internationale – Europe dans le monde, modifiant et abrogeant la décision no 466/2014/UE du Parlement européen et du Conseil et abrogeant le règlement (UE) 2017/1601 du Parlement européen et du Conseil et le règlement (CE, Euratom) no 480/2009 du Conseil (2),

—

vu la décision 2003/335/JAI du Conseil du 8 mai 2003 concernant les enquêtes et les poursuites pénales relatives aux génocides, aux crimes contre l’humanité et aux crimes de guerre (3),

—

vu le règlement (UE) 2023/720 du Conseil du 31 mars 2023 modifiant certains règlements du Conseil concernant des mesures restrictives afin d’insérer des dispositions relatives à une dérogation humanitaire (4) et la décision (PESC) 2023/726 du Conseil du 31 mars 2023 modifiant certaines décisions du Conseil concernant des mesures restrictives afin d’y insérer des dispositions relatives à une dérogation humanitaire (5),

—

vu la déclaration conjointe du Conseil et des représentants des gouvernements des États membres réunis au sein du Conseil, du Parlement européen et de la Commission européenne sur le consensus européen sur l’aide humanitaire, publiée au Journal officiel le 30 janvier 2008 (6).

—

vu la convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées (CNUDPH), en particulier l’article 11 sur les situations de risque et d’urgence humanitaire et l’article 4, paragraphe 3 et l’article 33, paragraphe 3 sur la consultation des personnes handicapées, par l’intermédiaire de leurs organisations représentatives, dans l’élaboration, la mise en place et le suivi de la législation et des politiques, ainsi que son protocole opérationnel de décembre 2006, ratifié par l’UE en décembre 2010,

—

vu les lignes directrices du Comité permanent interorganisations (CPI) des Nations unies sur l’inclusion des personnes handicapées dans l’action humanitaire de juillet 2019,

—

vu la résolution 2475 (2019) du Conseil de sécurité des Nations unies sur la protection des personnes handicapées dans les conflits armés,

—

vu la communication de la Commission du 3 mars 2021 intitulée «Union de l’égalité: stratégie en faveur des droits des personnes handicapées 2021-2030» (COM(2021)0101), et les orientations opérationnelles de la direction générale de la protection civile et des opérations d’aide humanitaire européennes (DG ECHO) de la Commission, pour l’inclusion des personnes handicapées dans les opérations d’aide humanitaire financées par l’Union européenne,

—

vu le partenariat humanitaire 2021-2027 de l’Union et son objectif d’améliorer l’efficacité et l’efficience de l’aide humanitaire,

—

vu la communication de l’UNICEF de juillet 2021 intitulée «Financer une reprise inclusive pour les enfants: un appel à l’action»,

—

vu la communication de la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies du 21 décembre 2022 intitulée «Les droits de tirage spéciaux doivent être réaffectés au profit du financement durable en Afrique»,

—

vu la communication du groupe de la Banque africaine de développement du 15 avril 2022 intitulée «Droits de tirage spéciaux et réaffectation aux pays à faible revenu»,

—

vu la communication de la Commission du 10 mars 2021 sur l’action humanitaire de l’UE: nouveaux défis, mêmes principes (COM(2021)0110) et les conclusions du Conseil du 20 mai 2021 en la matière,

—

vu les conclusions du Conseil du 22 mai 2023 sur les mesures à prendre pour combler le déficit de financement humanitaire,

—

vu la résolution 2664 (2022) du Conseil de sécurité des Nations unies relative à une dérogation humanitaire relative aux mesures de gel des avoirs imposées par les régimes de sanctions des Nations unies,

—

vu le rapport du Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés du 21 juin 2023 intitulé «Une menace pour la vie, la dignité et l’espoir: Les conséquences du sous-financement des activités du HCR en 2023»,

—

vu les lignes directrices de l'Union européenne mises à jour concernant la promotion du droit humanitaire international (7),

—

vu la quatrième convention de Genève du 12 août 1949, relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre,

—

vu la résolution 2286 (2016) du Conseil de sécurité des Nations unies du 3 mai 2016 sur la protection des blessés et des malades, du personnel médical et des agents humanitaires en période de conflit armé,

—

vu le rapport du secrétaire général des Nations unies du 23 août 2016 sur les résultats du Sommet mondial sur l’action humanitaire et les engagements pris par les participants lors de ce sommet,

—

vu le «grand compromis» (Grand Bargain), signé le 23 mai 2016, vu les rapports indépendants annuels sur celui-ci, en particulier le rapport de 2021, et vu le cadre et les annexes du «grand compromis 2.0» présentés lors de la réunion annuelle du «grand compromis» du 15 au 17 juin 2021, ainsi que les engagements renouvelés lors de la réunion annuelle du «grand compromis» des 19 et 20 juin 2023,

—

vu le rapport du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés de juillet 2021 sur l’utilisation du financement flexible en 2020 et ses mises à jour,

—

vu le cadre d’action de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe pour la période 2015-2030, adopté le 18 mars 2015 lors de la troisième conférence mondiale des Nations unies sur la réduction des risques de catastrophe, qui s’est tenue à Sendai (Japon), les résultats des sessions de la plateforme mondiale pour la réduction des risques de catastrophe qui se sont tenues à Cancun (Mexique) en 2017 et à Genève (Suisse) en 2019, et le rapport de 2023 sur l’examen à mi-parcours de la mise en œuvre du cadre de Sendai,

—

vu la recommandation de la Commission du 8 février 2023 relative aux objectifs de l’Union en matière de résilience face aux catastrophes (8),

—

vu la charte sur le climat et l’environnement pour les organisations humanitaires et la déclaration des donateurs sur le climat et l’environnement de mars 2022;

—

vu le programme de développement durable à l’horizon 2030 des Nations unies et ses objectifs de développement durable (ODD),

—

vu le rapport 2022 sur l’aide humanitaire mondiale de l’organisation mondiale «Development initiatives»,

—

vu l’aperçu de la situation humanitaire mondiale 2023 du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies et ses mises à jour mensuelles,

—

vu la résolution du Parlement européen du 23 octobre 2020 sur l’égalité des genres dans la politique étrangère et de sécurité de l’Union (9),

—

vu ses résolutions sur l’aide humanitaire, en particulier celles du 15 décembre 2021 sur de nouvelles orientations pour l’action humanitaire de l’Union européenne (10), du 6 juillet 2022 sur la sécurité alimentaire dans les pays en développement (11) et du 15 décembre 2022 sur le renforcement du cadre financier pluriannuel 2021-2027 pour un budget de l’Union résilient et adapté aux nouveaux défis (12),

—

vu l’article 54 de son règlement intérieur,

—

vu le rapport de la commission du développement (A9-0321/2023),

A.

considérant que les besoins humanitaires se trouvent à un niveau record et augmentent à une vitesse sans précédent, avec 339 millions de personnes qui, selon les estimations, seraient dans le besoin en 2023, contre 274 millions en 2022;

B.

considérant que les crises humanitaires sont de plus en plus longues et complexes, et qu’elles ont des retombées à l’échelle mondiale; que l’augmentation du nombre de conflits, les risques liés au changement climatique et leurs conséquences, les catastrophes naturelles, l’insécurité alimentaire croissante, la crise énergétique et la pandémie de COVID-19 ont accru la vulnérabilité économique et les déplacements de population, ce qui a entraîné des besoins encore plus importants; que ces crises ont considérablement augmenté les inégalités et gravement perturbé la fourniture et le maintien de services de santé essentiels et vitaux; que la réduction des besoins humanitaires dans le monde peut contribuer à réduire le risque de violence et à maintenir la paix; que l’objectif principal de l’action humanitaire reste toutefois de répondre aux besoins vitaux et d’atténuer les souffrances;

C.

considérant que l’écart entre les besoins humanitaires mondiaux et les ressources allouées à ces besoins continue de se creuser; qu’en 2022, le déficit de financement s’élevait à 23 milliards de dollars et que 55 % seulement des besoins mondiaux étaient couverts; qu’il est manifestement nécessaire de faire participer des donateurs potentiels disposant d’une capacité de financement appropriée; que l’Union européenne, avec ses États membres et les États-Unis représentent la grande majorité du financement mondial de l’aide humanitaire; que le budget humanitaire de l’Union pour 2023 a été fixé à 1,7 milliard d’euros, ce qui est loin d’être suffisant pour continuer à respecter les engagements de l’Union en tant que l’un des principaux donateurs mondiaux; qu’il existe des déséquilibres frappants en matière de financement entre les appels humanitaires, révélateurs du fait que de plus en plus de crises sont oubliées; que l’aide humanitaire se distingue des autres formes de dépenses de l’Union dans la mesure où elle permet de sauver des vies;

D.

considérant qu’il n’existe pas de définition officielle universellement reconnue des «crises oubliées»; que le terme «crise oubliée» est souvent utilisé pour décrire les crises humanitaires qui bénéficient d’une attention et d’une couverture médiatique limitées, sont souvent éclipsées par d’autres urgences ou conflits en cours, ou qui ne donnent pas lieu à une réponse internationale malgré la gravité de la situation et son incidence sur les populations touchées;

E.

considérant que la Commission consacre au moins 15 % de son budget humanitaire annuel initial aux crises oubliées et qu’elle a montré l’exemple en veillant à ce que l’aide ne soit pas détournée à la suite de l’invasion massive de l’Ukraine par la Russie; que, dans le monde, les budgets humanitaires, y compris ceux des États membres, ont néanmoins été réduits à la suite de la guerre;

F.

considérant que 83 % des personnes dans le besoin vivent dans des pays qui ont fait l’objet d’appels d’urgence soutenus par les Nations unies pendant au moins cinq années consécutives; que près des trois quarts des personnes en situation de besoin humanitaire vivent dans des pays confrontés à au moins deux des principales causes de crise: conflit, climat ou fragilité économique (13);

G.

considérant que des solutions structurelles innovantes sont nécessaires pour relever les défis humanitaires mondiaux et pour faire en sorte que le système humanitaire soit plus souple, mieux préparé et plus réactif face aux crises humanitaires, qu’il intègre davantage la dimension de genre, qu’il soit dirigé localement et qu’il rende des comptes; que ces solutions devraient se concentrer sur la garantie d’un financement suffisant et de qualité, la mise en œuvre effective de l’approche associant aide humanitaire, développement et paix (triple lien) et la création d’un environnement humanitaire propice pour les travailleurs et les organisations humanitaires; que le rôle et la participation des acteurs locaux et des premiers intervenants dans les réponses humanitaires doivent être reconnus et appuyés; que, selon les estimations, plus de 40 % des quelque 500 000 travailleurs humanitaires de première ligne sont des femmes; que les efforts déployés pour relever les défis humanitaires actuels et futurs doivent être guidés par une approche tenant compte des conflits et centrée sur les personnes, qui prenne en considération les divers besoins humanitaires de toutes les personnes et de toutes les communautés et assure la protection de leurs droits en vertu du droit humanitaire international;

H.

considérant qu’il existe un risque accru en matière de droits sexuels et génésiques dans les situations humanitaires, y compris les conflits armés, qui nécessite une attention spécifique; que plus de 26 millions de femmes et de filles en âge de procréer dans le monde ont été contraintes de quitter leur foyer et vivent désormais dans des camps de réfugiés et des zones de crise, ce qui les expose à un risque accru de violence sexuelle;

I.

considérant que, dans les contextes fragiles et touchés par les conflits, les parties aux conflits n’assument pas leurs responsabilités et obligations au titre du droit humanitaire international, ce qui a une incidence sur la protection des civils et sur la capacité des organisations et des travailleurs humanitaires à se rapprocher des populations touchées et à répondre à leurs besoins, augmentant et prolongeant ainsi leurs besoins humanitaires;

Financement

1.

invite instamment la Commission et les États membres à augmenter considérablement leurs budgets d’aide humanitaire – sans compromettre leurs budget d’aide au développement – afin de répondre aux besoins humanitaires, qui sont à un niveau record; demande une nouvelle fois aux États membres d’allouer une part fixe de 0,7 % de leur revenu national brut à l’aide publique au développement (APD); soutient, à cet égard, les conclusions du Conseil du 22 mai 2023 encourageant les États membres à consacrer 10 % de leur APD à l’action humanitaire et demande leur mise en œuvre rapide, en veillant à ce que les fonds alloués soient utilisés de manière efficiente, efficace et axée sur des solutions durables à long terme, en étroite concertation et coopération avec les partenaires humanitaires; invite les États membres à fixer des objectifs ambitieux et à élaborer des feuilles de route pour augmenter progressivement l’APD afin d’atteindre l’objectif final de 10 %;

2.

note que la réduction du déficit de financement relève de la responsabilité mondiale; réaffirme, par conséquent, la nécessité de mettre en place une structure de financement plus équilibrée et d’élargir la base de ressources humanitaires en encourageant une plus grande participation des pays donateurs non traditionnels et émergents à fort potentiel économique et en mobilisant des fonds privés, accompagnés de mécanismes de suivi, dans le respect total des principes humanitaires d’humanité, de neutralité, d’impartialité et d’indépendance;

3.

invite le haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, en sa qualité de président du Conseil des affaires étrangères, à plaider contre le détournement et la réduction de l’aide humanitaire par les États membres; souligne qu’élargir la base des donateurs à l’échelle mondiale nécessitera des mesures diplomatiques et politiques considérables de la part de l’Union; attire l’attention sur la nécessité d’exploiter le potentiel des États membres moins expérimentés dans le domaine de l’aide humanitaire et de la coopération au développement;

4.

souligne les préoccupations relatives à l’additionnalité en matière de développement des mécanismes de financement mixte, telles qu’elles ont été évaluées par la Cour des comptes européenne dans le cas du Fonds européen pour le développement durable; invite la Commission et les institutions financières, y compris la Banque européenne d’investissement, à s’assurer que toutes les opérations humanitaires entreprises par l’intermédiaire du financement mixte sont conformes aux objectifs de l’action extérieure de l’Union tels que définis à l’article 21 du traité sur l’Union européenne, y compris le respect et la promotion des droits de l’homme, l’éradication de la pauvreté et la gestion des risques environnementaux; invite la Commission à fournir au Parlement une évaluation écrite de la mise en œuvre du projet pilote de financement mixte pour l’action humanitaire, défini dans la communication de la Commission du 10 mars 2021, afin d’évaluer l’alignement de ce mécanisme financier sur les objectifs de l’action extérieure;

5.

souligne que le rôle accru des partenariats avec le secteur privé, y compris le soutien à la stratégie «Global Gateway», rend plus complexe l’accès à l’aide pour les acteurs locaux et limite leur accès à des partenariats équitables qui ne laissent personne de côté; insiste pour que la transparence et la responsabilité des actions extérieures de l’Union et des instruments financiers connexes soient pleinement garanties, y compris pour les initiatives «Équipe Europe» visant à mettre en place une aide humanitaire;

6.

insiste sur l’importance de préserver l’expertise et la non-ingérence dans le principe de neutralité des acteurs humanitaires; souligne qu’un renforcement de la collaboration avec le secteur privé nécessite une analyse préalable des résultats obtenus jusqu’à présent grâce à cette collaboration, la promotion exclusive de partenariats conformes aux principes humanitaires internationaux, aux normes environnementales, sociales et relatives aux droits de l’homme, ainsi qu’à l’obligation de rendre des comptes aux populations touchées;

7.

demande que la révision du cadre financier pluriannuel (CFP) inclue une augmentation substantielle du budget de l’aide humanitaire afin de répondre au nouveau paysage humanitaire et aux nouveaux besoins humanitaires, y compris les besoins spécifiques des femmes et des filles; s’inquiète que les fonds affectés aux crises extérieures au titre de la réserve de solidarité et d’aide d’urgence aient déjà été épuisés au premier trimestre de 2023; suggère de scinder la réserve de solidarité et d’aide d’urgence en deux parties distinctes, reflétant les dimensions interne et externe, et de doter chaque partie d’un financement adéquat;

8.

souligne que tout renforcement de la réserve de solidarité et d’aide d’urgence devrait être venir en complément de l’augmentation nécessaire de la ligne budgétaire de l’aide humanitaire et non s’y substituer; demande à l’Union de prévoir un budget annuel solide pour l’aide humanitaire de l’Union afin d’assurer un financement opportun, prévisible et souple au début de chaque exercice financier, de conserver une enveloppe bien définie au sein de la réserve de solidarité et d’aide d’urgence pour les crises humanitaires en dehors de l’Union et de maintenir la capacité actuelle à mobiliser rapidement des fonds supplémentaires en cas de situations d’urgence émergentes, croissantes ou soudaines; demande au Parlement et au Conseil d’augmenter considérablement l’instrument d’aide humanitaire dans le cadre du budget annuel 2024;

9.

s’inquiète des déséquilibres de financement entre les crises et dans les secteurs et met en garde contre les conséquences d’un sous-financement chronique sur les plus vulnérables; relève qu’en 2022, 27,7 % seulement de l’appel humanitaire pour l’El Salvador ont été financés, contre 94,5 % de l’appel humanitaire pour la République centrafricaine, ce qui montre que les déséquilibres de financement peuvent avoir pour conséquence que certains appels reçoivent jusqu’à trois fois plus de fonds que d’autres; fait remarquer le sous-financement critique et continu des secteurs de la protection et de la violence fondée sur le genre, qui a une incidence considérable sur l’accès aux services des personnes dans le besoin; demande une répartition des fonds plus équitable et fondée sur les besoins afin de veiller à ce que personne ne soit laissé pour compte; invite la Commission à élaborer une approche plus harmonisée des crises oubliées et à rendre compte de son engagement d’allouer 15 % de son budget humanitaire annuel initial aux crises oubliées et à empêcher le transfert de ressources relatif aux crises déjà sous-financées; invite le Conseil à mieux coordonner l’attention et le soutien des États membres à ces crises;

10.

invite la Commission et les États membres à appuyer et à mettre en place la déclaration des ministres des affaires étrangères du G7 sur les mesures d’anticipation et à investir une part accrue du financement humanitaire dans l’alerte précoce et les mesures d’anticipation; invite la Commission et les États membres à renforcer les systèmes d’alerte précoce existants et en cours de développement (par exemple le cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), le réseau des systèmes d'alerte précoce contre la famine et les systèmes locaux) afin d’améliorer et de diffuser les données probantes relatives à une alerte politique et au déclenchement d’une réponse appropriée de la part des gouvernements, des donateurs et des partenaires pour éviter que les situations de niveau IPC 2 ne se détériorent en urgences IPC 3, 4 ou 5;

11.

invite la Commission et les États membres à fournir davantage de financements de qualité, plus prévisibles, en particulier lors des crises de longue durée, grâce à des financements souples non affectés, affectés de manière non contraignante et pluriannuels, adaptés aux contextes locaux, axés sur les besoins et centrés sur les personnes; demande un renforcement des financements pluriannuels, flexibles, qui sont particulièrement critiques pour les programmes de renforcement de la résilience; souligne la charge que représentent les obstacles administratifs auxquels sont confrontées les organisations humanitaires pour lever des fonds et satisfaire aux obligations de déclaration, ce qui nuit à leur efficacité et à la rapidité de leur réaction aux crises, et insiste sur la nécessité de réduire cette charge; est préoccupé par les difficultés rencontrées par les acteurs locaux et les organisations humanitaires pour accéder au financement et lever des fonds, y compris l’accès aux fonds communs, en raison de la charge des obstacles bureaucratiques et d’un manque de capacités; considère que les acteurs locaux devraient bénéficier d’une souplesse maximale, notamment en ce qui concerne les seuils de frais généraux; invite la Commission et les États membres à œuvrer à l’application plus stricte des engagements, pris dans le cadre du «grand compromis», d’augmenter le financement pluriannuel de 30 % par rapport à leur propre base de référence, et de fournir au moins 30 % de leur financement sous la forme d’un financement souple ou affecté de manière non contraignante; souligne la nécessité d’harmoniser et de simplifier les procédures de candidature, de passation de marchés, de gestion des subventions et de présentation de rapports pour les donateurs, de permettre à ces derniers de concevoir des programmes visant à aider les gouvernements et la société civile à gérer les risques et à répondre aux situations de crises; invite la Commission et les États membres à envisager l’utilisation des droits de tirage spéciaux pour financer l’aide humanitaire et la coopération au développement (pour les pays à revenu faible et moyen);

12.

insiste sur le fait qu’il est essentiel de garantir une réaction plus efficace et mieux orientée au niveau local; souligne le rôle important de la société civile, des organisations humanitaires et des partenaires locaux dans le recensement des besoins et la fourniture de l’aide humanitaire directement aux personnes dans le besoin; préconise toutefois une meilleure coordination de l’aide entre les ONG et les donateurs afin de garantir la prévisibilité de l’aide tout en évitant de la fragmenter et ou de faire double emploi; invite la Commission et les États membres à permettre un meilleur accès à l’information, à la prise de décision et aux mécanismes de coordination pour les acteurs locaux et à allouer un financement direct accru aux ONG et aux acteurs locaux qui peuvent l’utiliser de manière plus efficiente et à moindre coût; demande une plus grande transparence concernant les bénéficiaires et les montants des financements sur le site internet de la DG ECHO; souligne la nécessité d’atteindre l’objectif global fixé par le «grand compromis», à savoir attribuer au moins 25 % des fonds humanitaires directement aux organisations d’intervenants locaux et se félicite de l’engagement pris par la Commission en ce sens; demande à la Commission et aux États membres de contrôler la mise en œuvre de cet engagement et d’en rendre compte régulièrement;

13.

invite l’Union à atteindre son objectif de consacrer au moins 20 % de l’APD au développement humain en tant qu’outil essentiel pour atteindre les objectifs de développement durable (ODD), et à adopter des objectifs spécifiques axés sur l’égalité entre les femmes et les hommes qui soient quantifiés en termes de financement spécifique et pas seulement en pourcentage des programmes globaux; réitère son appel à l’adoption d’une approche soucieuse d’équité entre les sexes pour le budget global de l’Union, afin de garantir la réalisation de l’ODD 5 sur l’égalité des sexes; invite les délégations de l’Union et tous les États membres à donner la priorité au développement humain dans leur programmation conjointe;

Le triple lien

14.

note que le triple lien est essentiel pour s’attaquer aux causes sous-jacentes et aux besoins spécifiques au contexte dans les crises complexes et prolongées et pour renforcer la résilience face aux crises futures, afin d’améliorer la cohérence et la complémentarité des réponses et de mieux faire le lien entre les mécanismes de soutien à court et à long terme, conformément aux principes humanitaires, et qu’il joue un rôle central dans la stabilisation de la situation dans les pays en crise et dans le renforcement de la sécurité internationale; souligne que la pauvreté, les conflits, l’instabilité et les déplacements forcés de populations sont étroitement liés et doivent être abordés d’une façon globale et cohérente; insiste sur le renforcement du financement spécifique au lien, de la transparence, de la visibilité, de la coordination, et du partage des connaissances entre les parties prenantes lors de l’application de l’approche fondée sur le triple lien, y compris par une meilleure participation des acteurs locaux;

15.

s’inquiète de la diminution du financement lié au développement pour aider les pays à sortir de l’aide humanitaire; fait remarquer qu’au niveau mondial, la part de l’aide au développement dans le total de l’APD aux pays qui subissent une crise de longue durée est passée de 50 % à 48 % sur les cinq années qui ont précédé 2021, tandis que la part de l’aide humanitaire est passée de 37 % en moyenne à 41 % (14);

16.

invite la Commission à veiller à la mise en œuvre effective du triple lien entre ses politiques et ses structures et à rendre compte régulièrement de sa mise en œuvre; appelle à la promotion d’un plus grand nombre d’évaluations, d’analyses et de planifications conjointes entre les différents instruments de financement, en particulier au niveau national; prend acte du potentiel de l’instrument de voisinage, de coopération au développement et de coopération internationale – Europe dans le monde (IVCDCI-EM) pour mettre en pratique l’approche fondée sur le triple lien; demande une meilleure coordination entre la direction générale des partenariats internationaux (DG INTPA) de la Commission, la DG ECHO et le Service européen pour l’action extérieure dans la mise en œuvre du pilier «réaction rapide» de l’IVCDCI-EM, afin de veiller à ce que leurs réponses soient complémentaires;

17.

invite la Commission à suivre et mettre en œuvre les recommandations de l’étude commandée par la DG INTPA sur le lien entre l’aide humanitaire, le développement et la paix (HDP), intitulée «Le lien HDP: difficultés et opportunités relatives à sa mise en œuvre», en particulier la recommandation de suivre la mise en œuvre du lien dans l’ensemble des services concernés;

18.

invite les États membres à collaborer avec la Commission pour définir des objectifs et des critères de référence pour les contextes régionaux afin d’orienter la mise en œuvre future du triple lien jusqu’à la fin de ce CFP;

19.

souligne que les crises prolongées sont toujours des contextes humanitaires et qu’une partie substantielle du «financement intégré» est versée par l’intermédiaire d’enveloppes de développement qui ne peuvent offrir la même souplesse que l’aide humanitaire pour ce qui est de l’allocation des fonds; demande à l’Union et à ses États membres d’envisager des solutions concrètes pour une allocation effective des fonds aux partenaires opérant dans ces contextes;

Justice climatique

20.

demande que le financement de la lutte contre le changement climatique soit renforcé afin de prévenir et d’atténuer les effets alarmants du changement climatique sur les crises humanitaires et d’y faire face; est préoccupé par le fait que les dépenses de l’IVCDCI-EM qui ont un objectif climatique sont loin d’être conformes à l’engagement selon lequel ces dépenses devraient représenter 30 % de l’enveloppe financière globale de l’IVCDCI-EM; invite la Commission à augmenter cette proportion sans retard, en se concentrant en particulier sur l’adaptation au changement climatique et la réduction des risques de catastrophe dans les pays les moins avancés; rappelle que les pays développés se sont engagés sur un objectif collectif de mobilisation de 100 milliards de dollars par an pour l’action climatique dans les pays en développement lors de la 15e conférence des parties (COP15) à la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) à Copenhague en 2009, et que cet engagement a été renouvelé lors de la 27e conférence des Parties (COP27) à Charm el-Cheikh en 2022; invite l’Union européenne à contribuer à l’achèvement de cet objectif à sa juste mesure et à utiliser tous ses moyens diplomatiques pour encourager tous les pays développés à en faire de même;

21.

insiste sur le fait que les effets du changement climatique augmentent considérablement les besoins humanitaires dans les pays en développement; souligne la nécessité de localiser la réduction du risque de catastrophe, la préparation, l’adaptation et la réaction au changement climatique, et de renforcer les capacités des acteurs et des communautés locales afin de limiter les conséquences préjudiciables liées aux incidences humanitaires provoquées par le changement climatique et de garantir la résilience au changement climatique des groupes les plus vulnérables; invite la Commission à déterminer les meilleurs moyens d’atteindre les communautés vivant dans les environnements les plus précaires et les plus fragiles, en particulier au moyen de mesures d’adaptation décidées au niveau local; insiste sur l’importance d’associer les populations autochtones et les communautés locales à ce processus de localisation; invite la Commission à apporter un soutien politique, financier et technique aux organisations de la société civile qui fournissent des services de proximité, afin de garantir que les personnes les plus vulnérables puissent bénéficier de services adaptés et appropriés;

22.

demande aux donateurs et aux États membres d’adopter et de mettre en place la déclaration des donateurs d’aide humanitaire sur le climat et l’environnement en augmentant leur financement pour la prévention et la préparation des catastrophes, les mesures d’anticipation et les réactions; invite les acteurs humanitaires à signer et à mettre en place la charte sur le climat et l’environnement pour les organisations humanitaires, afin de renforcer la durabilité environnementale de leur travail;

23.

invite la Commission et les États membres à renforcer le mécanisme international de Varsovie sur les pertes et dommages liés aux incidences du changement climatique (mécanisme de pertes et dommages), afin de mieux prendre en compte cette problématique;

24.

encourage les efforts multipartites visant à mettre en œuvre une réponse humanitaire plus verte et numérisée; souligne le bon rapport coût-efficacité des mesures d’anticipation; appelle à une approche de la numérisation axée sur l’humain et à une utilisation responsable des outils numériques intelligents; demande le renforcement du potentiel des outils numériques pour gérer d’énormes volumes de données humanitaires complexes et accélérer la détection et la prévision des catastrophes climatiques;

Une approche centrée sur l’humain

25.

souligne l’importance de renforcer la résilience humaine en améliorant la protection, en réduisant autant que possible les risques auxquels les personnes sont confrontées en cas de crise et en garantissant le plein respect de leurs droits tout en assurant l’accès à l’éducation et aux services de santé essentiels; demande que des efforts soient réalisés pour renforcer la production agricole et alimentaire locale et durable en promouvant des méthodes agroécologiques et la pêche durable afin d’accroître les disponibilités alimentaires et d’éviter la dépendance à l’égard des approvisionnements extérieurs en période de crise humanitaire; souligne la nécessité d’associer efficacement les personnes touchées et les communautés locales, ainsi que les acteurs humanitaires dans les structures de coordination, à la mise en œuvre de systèmes d’alerte précoce, en garantissant leur capacité à agir en prévision des catastrophes, en procédant à la réalisation d’évaluations des besoins ainsi qu’à la détermination et au suivi de la réponse humanitaire;

26.

souligne le rôle et l’importance des organisations locales, formelles et informelles de la société civile dans la réponse humanitaire; invite la Commission et les États membres à garantir leur inclusion et leur participation à tous les processus, conformément aux lignes directrices de la Commission sur la promotion de partenariats équitables avec les acteurs locaux dans les situations humanitaires;

27.

demande à la Commission de mieux évaluer, traiter et surveiller les besoins et l’accès effectif à l’aide humanitaire des groupes les plus vulnérables, y compris les minorités, les enfants, les femmes, les personnes âgées, les communautés locales, les populations autochtones et, en particulier, les personnes handicapées et les vulnérabilités intersectionnelles, afin de veiller à ce que la politique humanitaire de l’Union ne laisse personne de côté; souligne les difficultés auxquelles ces groupes et les minorités sont confrontés pour accéder à l’aide humanitaire en raison de leur marginalisation, d’un ciblage actif sur le terrain ou de leur situation socio-économique précaire; encourage l’utilisation du marqueur relatif au handicap de l’Organisation de coopération et de développement économiques pour suivre les progrès de l’action humanitaire; invite la Commission à aider le Service d’action extérieure à mettre à jour les lignes directrices de l’Union sur les enfants face aux conflits armés et à veiller à leur mise en œuvre;

28.

demande à la Commission de renforcer la stratégie en faveur des droits des personnes handicapées 2021-2030 pour veiller à ce que les besoins des personnes handicapées soient pris en considération de manière effective dans l’aide humanitaire financée par l’Union européenne, ce qui devrait inclure la collecte de données ventilées sur les personnes handicapées dans les contextes humanitaires en encourageant l’utilisation du petit ensemble de questions sur le handicap du groupe de Washington; demande à la Commission de consulter la société civile et les organisations représentant les personnes handicapées à toutes les étapes de la préparation de la stratégie, et rappelle que, pour être effectifs, ces objectifs doivent être pris en considération – avec l’attribution d’un budget spécifique – au tout début de la planification et de la prise de décision;

29.

soutient fermement l’initiative de la Commission d’intégrer l’éducation dans les situations d’urgence; souligne la nécessité d’accroître l’aide humanitaire et l’aide au développement afin de soutenir la protection de l’enfance, une éducation et une formation de qualité à tous les niveaux, y compris dans les situations de crise, afin d’éviter que les enfants et les jeunes n’abandonnent l’école, en garantissant l’accès aux services de soins de santé de base et les perspectives d’emploi productif dans les petites économies faibles, en particulier en cas de conflits de longue durée; déplore l’existence de «générations perdues», qui se manifeste particulièrement lors des crises oubliées;

30.

constate que le nombre de personnes déplacées de force dans le monde a atteint un niveau sans précédent; invite l’Union et la communauté mondiale à soutenir et à garantir un accès égal et effectif aux services essentiels et à l’aide humanitaire aux réfugiés, aux déplacés internes et à leurs communautés d’accueil, y compris les groupes difficiles à atteindre, ceux qui se trouvent dans des endroits éloignés et ceux qui sont forcés de fuir en raison des effets du changement climatique, quel que soit leur statut juridique, et à œuvrer en faveur de solutions durables, en particulier dans les crises oubliées; invite la Commission et les États membres à rendre compte et à réitérer les engagements pris dans le cadre du pacte mondial pour les réfugiés afin de garantir un partage plus équitable de la responsabilité mondiale en matière d’accueil des réfugiés; constate que les solutions durables pour les réfugiés et les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays doivent garantir la sûreté et la sécurité à long terme, l’accès à l’emploi et à un niveau de vie correct, aux services publics essentiels ainsi qu’à des voies de recours efficaces et à la justice;

31.

souligne que les inégalités structurelles existantes entre les hommes et les femmes sont aggravées pendant les crises et que, par conséquent, les femmes et les filles ainsi que les groupes les plus marginalisés qui souffrent de formes de discrimination différentes et croisées – comme les personnes handicapées, les LGBTIQ+ ou les personnes âgées – sont touchés de manière disproportionnée par les conflits, les catastrophes naturelles ou les risques liés au changement climatique; insiste sur le fait que les besoins et les droits spécifiques de ces groupes doivent être pris en considération dans toutes les réponses humanitaires; réaffirme la nécessité de prioriser les services de santé en matière de sexualité et de procréation, fournis de façon appropriée et en temps utile, et de les mettre à disposition dans le cadre de la réponse humanitaire immédiate;

32.

invite l’Union et les États membres à prendre des mesures décisives et positives en ce qui concerne l’intégration de la dimension de genre dans l’action humanitaire, étant donné que les femmes et les filles sont les victimes les plus probables des conflits et des catastrophes naturelles mais sont aussi des acteurs du changement, pour faire en sorte que les interventions humanitaires dans tous les secteurs soient véritablement fondées sur les besoins et favorisent l’égalité des genres, et qu’elles appuient la participation effective des organisations de femmes à la conception, à la mise en œuvre, au suivi et à l’évaluation de la réponse humanitaire, conformément aux engagements pris dans le cadre du «grand compromis»; invite la Commission à veiller à ce que l’égalité de participation et l’autonomisation des femmes soient explicitement intégrées dans les futurs mécanismes humanitaires; souligne la nécessité d’accélérer la mise en œuvre du plan d’action III de l’Union sur l’égalité hommes-femmes dans l’ensemble de l’action extérieure de l’UE; déplore l’augmentation de la violence à caractère sexiste dans les situations humanitaires et souligne la nécessité de la prévenir; rappelle que, conformément au principe consistant à «ne pas causer de préjudice important», les acteurs humanitaires de tous les secteurs ont la responsabilité de concevoir et de mettre en place leur programmation de manière à réduire autant que possible les risques de violence fondée sur le genre; invite la Commission à évaluer les expériences passées en matière d’aide humanitaire sectorielle dans le domaine de l’égalité entre les hommes et les femmes, ainsi qu’à introduire des dépenses spécifiques, des programmes et des méthodes de suivi et d’évaluation axés sur les activités liées à la dimension de genre; souligne qu’il importe d’améliorer la collecte de données et l’établissement de rapports sur les financements liés à l’égalité entre les hommes et les femmes, en particulier lorsque ces financements aident à l’intégration de l’égalité entre les hommes et les femmes dans l’action humanitaire;

Environnement favorable

33.

insiste sur la nécessité de renforcer le caractère central et le respect du droit humanitaire international, du droit international des droits de l’homme et des principes humanitaires dans l’action extérieure de l’Union; invite la Commission à élaborer une stratégie de diplomatie humanitaire en collaboration avec les États membres, en garantissant une approche plus systématique et coordonnée de la diplomatie humanitaire et en veillant ce que cette stratégie favorise la protection des civils et le respect du droit humanitaire international et des principes humanitaires; observer qu’il est urgent que les travailleurs humanitaires aient accès aux populations touchées dans les zones de conflit afin de garantir que les efforts visant à fournir une aide humanitaire ne soient pas limités par des mesures restrictives et des obstacles bureaucratiques;

34.

condamne fermement les crimes de guerre et les violations du droit humanitaire international; demande que tous les auteurs de ces actes répondent de leurs actes et que les victimes soient indemnisées; attire l’attention sur la nécessité d’utiliser de manière appropriée les éléments existants afin de traduire effectivement les auteurs en justice; invite la Commission à évaluer la possibilité de mettre en place un cadre de l’Union pour indemniser les victimes de violations du droit humanitaire international; déplore la multiplication des attaques contre les civils, le personnel humanitaire et médical et les infrastructures critiques, notamment les hôpitaux et les écoles, dans le monde entier et insiste sur la nécessité de renforcer les mesures de protection et de sécurité pour les civils, les travailleurs humanitaires et médicaux et pour les infrastructures critiques, ainsi que de définir des mesures spécifiques pour protéger les travailleuses humanitaires de l’exploitation sexuelle et des abus sexuels; condamne les politiques discriminatoires, telles que l’interdiction des travailleuses humanitaires en Afghanistan;

35.

se félicite de l’adoption de la résolution 2664 (2022) du Conseil de sécurité de l’ONU introduisant une exemption humanitaire dans les régimes de sanctions des Nations unies; demande à l’Union et aux États membres de s’aligner davantage sur la norme mondiale fixée par la résolution 2664 du Conseil de sécurité de l’ONU; demande à la Commission d’analyser les effets des sanctions sur l’acheminement de l’aide humanitaire et d’adopter des exemptions humanitaires permanentes dans ses régimes de sanctions autonomes afin de garantir l’assistance humanitaire et l’aide aux besoins humains fondamentaux dans les contextes de conflit armé, comme l’exige le droit humanitaire international; insiste en outre sur la nécessité d’inclure une exemption humanitaire permanente dans la future directive relative à la définition des infractions pénales et des sanctions applicables en cas de violation des mesures restrictives de l’Union, afin de garantir que les activités humanitaires ne soient pas criminalisées dans le cadre des régimes de sanctions de l’Union et que les travailleurs humanitaires soient protégés dans les contextes où les sanctions de l’Union s’appliquent; invite la Commission à travailler en étroite collaboration avec les institutions financières et les acteurs humanitaires pour s’assurer que les barrières administratives, y compris la réduction des risques pour contrôler la conformité, sont traitées pour permettre l’acheminement de l’aide humanitaire; invite la Commission et les États membres à inclure les violations du droit international humanitaire comme critère d’inscription sur les listes de personnes ou d’entités dans le cadre des régimes de sanctions pertinents de l’Union, ainsi qu’à poursuivre et à sanctionner rigoureusement ceux qui utilisent la famine comme arme de guerre;

36.

invite la Commission à créer un Centre européen pour la recherche et l’innovation humanitaires, réunissant des experts du monde universitaire et des praticiens afin de favoriser l’innovation dans le secteur humanitaire, notamment en ce qui concerne l’accès à de nouvelles sources de financement;

37.

salue le rôle que les organisations locales et nationales et les premiers intervenants jouent dans les réponses humanitaires et l’aide aux personnes dont les besoins sont les plus importants; souligne qu’il importe de collaborer avec les acteurs locaux et de les soutenir, afin de renforcer leur capacité d’action dans les zones touchées par des conflits, tout en assurant une formation et une protection adéquates au personnel humanitaire et en renforçant la participation des communautés touchées à la réponse aux besoins humanitaires, conformément à l’engagement pris dans le cadre du «grand compromis» de rendre aussi locale que possible l’action humanitaire fondée sur des principes; souligne que tous les travailleurs humanitaires associés à des situations de conflit, indépendamment de leur nationalité ou de leur pays d’origine, ont droit à une protection et à un soutien égaux au cours des opérations d’évacuation et qu’aucune distinction ne doit être faite en fonction de l’origine des travailleurs ou de tout autre facteur discriminatoire;; salue la note d’orientation de la Commission sur les partenariats équitables et l’engagement de la DG ECHO de faire progresser l’agenda de localisation dans les discussions du «grand compromis»; invite tous les acteurs humanitaires à promouvoir des partenariats plus équitables, en particulier avec les organisations représentant les personnes les plus marginalisées touchées par la crise; demande à la Commission et aux États membres de mettre en place de manière complète et appropriée les engagements énoncés dans la note d’orientation, en garantissant que les responsabilités soient assumées et en veillant à apporter une aide appropriée aux partenaires et à partager équitablement les risques avec les intermédiaires et les entreprises partenaires locales,

Le rôle des médias

38.

souligne que l’action humanitaire de l’Union doit être plus reconnaissable en tant que telle; souligne le rôle essentiel des médias dans la sensibilisation aux crises et le soutien de l’opinion publique à la réaction aux crises; encourage les organisations de médias à assurer la couverture correcte et en temps utile des crises et à consacrer des ressources spécifiques à des reportages approfondis, ce qui implique notamment d’assurer l’accès des journalistes aux zones touchées, de faciliter les entretiens avec les populations concernées et d’aider le journalisme d’investigation à découvrir les causes profondes et la dynamique des crises;

39.

constate que les organisations de médias portent une certaine responsabilité dans le phénomène des crises oubliées en raison d’une couverture sélective et d’un suivi inadapté; souligne que les organisations de médias ne devraient pas cesser de couvrir les conflits, même si ces derniers sont considérés comme «prolongés» ou «oubliés», car continuer à effectuer des reportages sur ces conflits est essentiel pour tenir la communauté internationale informée, pour maintenir la pression sur les parties prenantes concernées ainsi que pour appuyer les mesures en faveur de la résolution des conflits et de la consolidation de la paix; encourage vivement les médias à réfléchir à leur rôle et à veiller à résoudre ce problème en donnant la priorité à une couverture détaillée et complète sur l’ensemble des crises humanitaires, indépendamment de leur durée ou de leur localisation géographique, afin de faire entendre les voix des populations touchées; encourage les initiatives et les projets qui visent à sensibiliser la population aux crises oubliées et qui encouragent les donateurs à augmenter l’aide apportée à ces régions; invite la Commission à proposer une stratégie médiatique pour mettre en avant les crises oubliées, qui devrait inclure des articles et des publications sponsorisés dans la presse écrite, en ligne et dans les médias sociaux, ainsi que des bourses et des formations pour les journalistes;

°

° °

40.

charge sa Présidente de transmettre la présente résolution au Conseil, à la Commission, au vice-président de la Commission/haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, ainsi qu’au Service européen pour l’action extérieure.

(1) JO L 163 du 2.7.1996, p. 1.

(2) JO L 209 du 14.6.2021, p. 1.

(3) JO L 118 du 14.5.2003, p. 12.

(4) JO L 94 du 3.4.2023, p. 1.

(5) JO L 94 du 3.4.2023, p. 48.

(6) JO C 25 du 30.1.2008, p. 1.

(7) JO C 303 du 15.12.2009, p. 12.

(8) JO C 56 du 15.2.2023, p. 1.

(9) JO C 404 du 6.10.2021, p. 202.

(10) JO C 251 du 30.6.2022, p. 80.

(11) JO C 47 du 7.2.2023, p. 149.

(12) JO C 177 du 17.5.2023, p. 115.

(13) Rapport sur l’aide humanitaire mondiale 2023.

(14) https://devinit.org/resources/global-humanitarian-assistance-report-2023/.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/4223/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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