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Initiative législative — 52023IP0470

CELEX52023IP0470
TypeInitiative législative
Datemercredi 13 décembre 2023

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2024/4172

2.8.2024

P9_TA(2023)0470

Mise en œuvre des dispositions du traité relatives aux procédures législatives spéciales

Résolution du Parlement européen du 13 décembre 2023 sur la mise en œuvre des dispositions du traité relatives aux procédures législatives spéciales (2023/2083(INI))

(C/2024/4172)

Le Parlement européen,

—

vu le traité sur l’Union européenne (traité UE), et notamment son article 13, paragraphe 2,

—

vu le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (traité FUE), et notamment son article 223, paragraphe 1, son article 226, paragraphe 1, et ses articles 293 et 296,

—

vu sa résolution du 16 février 2017 sur l’amélioration du fonctionnement de l’Union européenne en mettant à profit le potentiel du traité de Lisbonne (1),

—

vu sa résolution du 16 février 2017 sur les évolutions et adaptations possibles de la structure institutionnelle actuelle de l’Union européenne (2),

—

vu le rapport final de la conférence sur l’avenir de l’Europe, et notamment la proposition 39 sur le processus décisionnel de l’Union,

—

vu le règlement (UE, Euratom) 2021/1163 du Parlement européen du 24 juin 2021 fixant le statut et les conditions générales d’exercice des fonctions du Médiateur (statut du Médiateur européen) et abrogeant la décision 94/262/CECA, CE, Euratom (3),

—

vu sa résolution du 9 juin 2022 sur le droit d’initiative du Parlement (4),

—

vu ses résolutions du 18 octobre 2022 (5) et du 12 juillet 2023 (6) sur l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l’espace Schengen,

—

vu sa position du 3 mai 2022 sur la proposition de règlement du Conseil portant élection des députés au Parlement européen au suffrage universel direct, abrogeant la décision du Conseil (76/787/CECA, CEE, Euratom) et l’acte portant élection des membres du Parlement européen au suffrage universel direct, annexé à cette décision (7),

—

vu ses positions du 15 juin 2023 (8) et du 13 septembre 2023 (9) sur la composition du Parlement européen,

—

vu sa résolution législative du 23 mai 2012 sur la proposition de règlement du Parlement européen relative aux modalités de l’exercice du droit d’enquête du Parlement européen et abrogeant la décision 95/167/CE, Euratom, CECA du Parlement européen, du Conseil et de la Commission (10),

—

vu l’article 54 de son règlement intérieur, ainsi que l’article 1er, paragraphe 1, point e), et l’annexe 3 de la décision de la Conférence des présidents du 12 décembre 2002 relative à la procédure d’autorisation pour l’élaboration de rapports d’initiative,

—

vu le rapport de la commission des affaires constitutionnelles (A9-0384/2023),

A.

considérant que les procédures législatives spéciales peuvent prendre plusieurs formes, en vertu desquelles le Parlement européen exerce un droit d’initiative directe ou son approbation est requise ou, dans d’autres cas, le Parlement est seulement consulté et le Conseil adopte la décision finale sans être tenu d’adopter les amendements proposés par le Parlement;

B.

considérant que d’autres procédures législatives spéciales sont envisagées pour le Conseil, en vertu desquelles l’institution est tenue de donner son approbation au Parlement européen, à la majorité qualifiée ou à l’unanimité;

C.

considérant que les procédures législatives spéciales sont des procédures qui réduisent ou affaiblissent le rôle du Parlement en tant que colégislateur sur un pied d’égalité avec le Conseil; que les institutions doivent donc rétablir l’équilibre à cet égard;

D.

considérant que les traités confèrent des droits d’initiative directs au Parlement en ce qui concerne sa propre composition, l’élection de ses députés et leur statut, le statut du Médiateur européen et le droit d’enquête du Parlement, des cas dans lesquels s’appliquent des procédures législatives spéciales; que les différents domaines d’application de la procédure législative spéciale doivent faire l’objet d’un examen attentif, tout comme les différents rôles du Parlement en vertu desquels son approbation est requise, qu’il est simplement consulté ou qu’il est au contraire l’initiateur de la législation, étant entendu que les traités prévoient de recourir à la procédure législative spéciale dans certains domaines politiques plus sensibles (budget, accords internationaux, etc.);

E.

considérant que toutes les procédures législatives spéciales sont définies au cas par cas par le traité FUE;

F.

considérant que les procédures législatives spéciales ont un caractère constitutionnel particulier et renforcé par rapport à celui des procédures législatives ordinaires en raison de leur disposition spécifique dans les traités et qu’en conséquence les obligations procédurales des deux institutions – le Conseil et le Parlement – ne sont pas inférieures à celles qui découlent des procédures législatives ordinaires;

G.

considérant que, dans certains cas où une procédure législative spéciale est utilisée, le Conseil doit statuer à l’unanimité;

H.

considérant que dans plusieurs cas de procédure législative spéciale le Conseil a refusé d’engager des négociations car il avait déjà exprimé son désaccord sur le projet initial présenté par le Parlement;

I.

considérant que le respect de l’autorité et du rôle des institutions est l’un des principes fondamentaux du droit constitutionnel des États membres;

J.

considérant que, dans de nombreux cas, la position du Conseil a ignoré les recommandations de longue date de la Commission et du Parlement, en retardant la décision sans fixer de délai, voire en bloquant complètement la décision; que, dans certains cas, le Conseil a appliqué des vetos qui n’étaient pas juridiquement justifiés par des arguments ou des explications concrets fondés sur le traité;

K.

considérant que la coopération entre les institutions doit s’effectuer dans le respect des principes de l’équilibre institutionnel et de la coopération loyale énoncés à l’article 13, paragraphe 2, du traité UE;

L.

considérant que le principe de coopération loyale impose aux institutions de coopérer de bonne foi, de se soutenir mutuellement et de s’abstenir de toute mesure qui empêcherait les autres institutions d’exercer leurs compétences;

Considérations générales

1.

rappelle que le droit primaire de l’Union prévoit deux procédures principales pour l’adoption d’actes législatifs: la procédure législative ordinaire et la procédure législative spéciale;

2.

note que ces procédures respectives associent le Parlement et le Conseil à des degrés divers;

3.

souligne que, bien que le Parlement et le Conseil soient tous deux associés, les procédures législatives spéciales ne mettent pas les deux institutions sur un pied d’égalité;

4.

regrette que, dans la plupart des procédures législatives spéciales, le Parlement ne dispose pas de droits de participation et de prise de décision complets; demande que le rôle du Parlement dans les procédures législatives spéciales soit renforcé afin de lui permettre de participer pleinement et sur un pied d’égalité aux négociations avec le Conseil;

5.

reconnaît que les droits des institutions dans le cadre des différentes procédures et les spécificités de ces procédures offrent des marges de manœuvre, lesquelles s’inscrivent dans la concurrence interinstitutionnelle; souligne toutefois que ces marges de manœuvre doivent toujours être considérées comme un élément de la bonne foi dans l’exercice effectif du pouvoir colégislatif conféré, et que la limite entre marge de manœuvre et obstruction ne doit pas être franchie;

6.

reconnaît que les traités n’imposent aucun délai au Conseil pour réagir à une initiative législative adoptée par le Parlement; est toutefois d’avis que le Conseil devrait adopter sa position dans un délai raisonnable, afin de respecter le principe de coopération loyale;

Actes adoptés par le Conseil ou par le Conseil européen à l’initiative du Parlement et après approbation de celui-ci

7.

souligne que le traité de Lisbonne lui confère déjà quelques droits d’initiative directs qui englobent différentes procédures législatives spéciales concernant sa compétence de s’organiser, sa fonction de contrôle et sa légitimité démocratique, y compris les processus électoraux, en tant que seule institution de l’Union directement élue par les citoyens; souligne le caractère constitutionnel particulier et renforcé des questions qui font l’objet de l’initiative du Parlement; regrette que ces procédures législatives spéciales aient été trop rarement menées à bien en raison de l’absence d’accord de la Commission et de la nécessité d’un vote à l’unanimité au sein du Conseil (11), ce qui réduit fondamentalement le pouvoir de négociation du Parlement; estime que ces procédures ne sont guère encadrées par les traités et réclame un nouvel accord interinstitutionnel entre les trois institutions, qui traite exclusivement de ce sujet, dans le plein respect de son caractère constitutionnel particulier;

8.

rappelle que, le 23 mai 2012, le Parlement a présenté une proposition de nouveau règlement visant à modifier les dispositions régissant l’exercice de son droit d’enquête, afin de renforcer les outils d’enquête disponibles et l’autorité des commissions d’enquête;

9.

déplore l’impasse dans laquelle se trouvent les négociations avec le Conseil et la Commission sur le droit d’enquête et déplore le dialogue limité qu’ont engagé le Conseil et la Commission avec le Parlement en vue d’organiser des discussions formelles; rappelle que la réticence persistante du Conseil à réagir à la proposition du Parlement constitue une violation de l’article 265 du traité FUE et donc un cas manifeste d’inaction; invite le Conseil et la Commission à respecter le principe de coopération loyale consacré par l’article 13, paragraphe 2, du traité UE et à dialoguer avec le Parlement afin de surmonter le blocage institutionnel actuel avant la fin de la législature actuelle; rappelle que l’adoption d’un nouveau règlement sur le droit d’enquête du Parlement ne requiert pas l’unanimité au Conseil;

10.

rappelle que, le 3 mai 2022, le Parlement a adopté sa position sur la proposition de réforme de la loi électorale européenne visant à favoriser l’européanisation de la sphère publique de l’Union, l’émergence d’un véritable débat politique paneuropéen avant les élections européennes et l’intérêt des citoyens pour la politique européenne, et à renforcer la légitimité démocratique de l’Union;

11.

reconnaît que certains États membres ont émis des réserves sur certains éléments de cette proposition; déplore toutefois le report injustifié de l’ouverture des négociations sur le rapport du Parlement, qui méconnaît le principe de coopération loyale; réaffirme que l’absence d’unanimité sur un projet de rapport législatif ne constitue pas une justification valable pour ne pas s’engager dans la recherche d’un compromis; prie instamment les présidences espagnole et belge du Conseil d’ériger ce dossier en priorité et de s’engager dans la recherche d’un consensus en vue d’élaborer une position du Conseil afin d’œuvrer à la conclusion d’un accord avec le Parlement sur la réforme de la loi électorale européenne avant les prochaines élections européennes;

12.

souligne que les préoccupations politiques et juridiques exprimées par le Conseil ne devraient pas servir de prétexte pour ne pas s’atteler à la conclusion d’un accord sur la proposition du Parlement; souligne que ces préoccupations devraient être faire l’objet de discussions en temps utile dans le cadre d’un dialogue ouvert et constructif entre les colégislateurs;

13.

souligne qu’outre le droit d’engager la procédure, le Parlement est invité à donner son approbation à la position du Conseil; estime que tout retard dans les travaux du Conseil compromet la démocratisation de l’Union avant les élections de 2024, étant donné que la décision du Conseil ne peut entrer en vigueur qu’une fois approuvée par les États membres conformément à leurs règles constitutionnelles respectives;

14.

recommande que la procédure législative découlant du droit d’initiative législative conféré au Parlement par les traités comprenne, conformément à l’accord interinstitutionnel «Mieux légiférer» (12), une demande d’établissement d’un calendrier législatif pour les initiatives concernées similaire à celui de la procédure législative ordinaire; rappelle que, bien que l’article 226 du traité FUE n’oblige pas le Conseil et la Commission à négocier, une telle procédure législative spéciale doit respecter les dispositions de l’accord interinstitutionnel relatives à l’obligation institutionnelle des trois institutions de négocier;

15.

rappelle à la Commission de ne pas négliger son rôle de «gardienne des traités» et de «médiatrice impartiale» dans le cadre de ces procédures législatives spéciales; attend de la Commission qu’elle joue un rôle actif de facilitatrice du dialogue sur les dossiers en question en collaborant de manière proactive avec le Conseil et le Parlement et en présentant des propositions sur les moyens de surmonter les blocages existants;

Procédure législative spéciale nécessitant l’approbation du Parlement

16.

rappelle que le Conseil européen est tenu d’adopter une décision sur la composition du Parlement européen à l’unanimité à l’initiative du Parlement et après avoir obtenu son approbation à la majorité des membres qui le composent; souligne qu’en raison du droit d’initiative dont dispose le Parlement dans le cadre de cette procédure et de son incidence directe sur la représentation des citoyens de l’Union, un degré élevé de dialogue et de concertation interinstitutionnels, conformément au principe de coopération loyale, s’impose dans le cadre des négociations sur cette décision; souligne que, même si la proposition émane du Parlement lui-même, son approbation ultérieure est importante, étant donné que le Conseil européen a le droit de la modifier;

17.

souligne que le Parlement souhaite conserver une réserve de 28 sièges pour les députés élus dans une future circonscription paneuropéenne, conformément à la proposition du Parlement sur la loi électorale européenne, qui est en attente de progression au sein du Conseil;

18.

rappelle que, le 15 juin 2023, le Parlement a adopté un projet de proposition de décision du Conseil européen sur la composition du Parlement européen pour la législature 2024-2029, visant à adapter la répartition des sièges afin de garantir une représentation dégressivement proportionnelle des États membres; rappelle la proposition du Parlement d’attribuer 28 sièges à une circonscription paneuropéenne, conformément à sa proposition du 3 mai 2022 sur la réforme de la loi électorale européenne; rappelle, à cet égard, que la décision sur la composition du Parlement européen et la réforme de la loi électorale européenne sont inextricablement liées sur les plans politique et juridique; regrette que, contrairement à la demande exprimée par le Parlement dans sa position du 15 juin 2023 sur la composition du Parlement européen, le Conseil européen ait considérablement modifié la proposition et ait omis d’informer le Parlement de son intention de supprimer des dispositions essentielles de la proposition qu’il a présentée;

19.

rappelle que le règlement (UE, Euratom) 2020/2093 du Conseil fixant le cadre financier pluriannuel (CFP) (13) est adopté conformément à une procédure législative spéciale en vertu de laquelle le Conseil statue à l’unanimité après approbation du Parlement à la majorité absolue;

20.

se félicite de l’évolution vers une pratique interinstitutionnelle qui veut que, même lorsque le Parlement n’est saisi que pour approbation, des négociations se déroulent sous la forme d’un «dialogue trilatéral» sur un train de mesures comprenant le règlement CFP et la décision du Conseil relative aux ressources propres (14); déplore toutefois le rôle croissant du Conseil européen dans les négociations sur le CFP, qui altère gravement le principe de l’équilibre interinstitutionnel établi par les traités; estime que la procédure législative ordinaire devrait s’appliquer aux négociations sur le CFP et que le Parlement devrait se voir conférer les pleins pouvoirs budgétaires, conformément aux propositions de la conférence sur l’avenir de l’Europe;

21.

souligne que, même si la proposition émane du Parlement lui-même, son approbation ultérieure est importante, étant donné que le Conseil a le droit de modifier la proposition et que seule l’approbation de l’acte final par le Parlement garantit que celui-ci approuve les règles relatives à sa propre élection; estime que tout retard dans les travaux du Conseil nuirait au succès de l’ensemble du processus, étant donné que la décision du Conseil ne peut entrer en vigueur qu’après avoir été approuvée par les États membres conformément à leurs règles constitutionnelles respectives;

Procédure législative spéciale nécessitant la consultation du Parlement

22.

rappelle que dans un certain nombre de cas, la procédure législative spéciale consiste en l’adoption d’un acte législatif par le Conseil après que celui-ci a obtenu l’avis du Parlement; souligne que, s’il est seulement tenu de consulter le Parlement, le Conseil ne peut pas prendre la décision finale avant que le Parlement n’ait rendu son avis, de manière à ce que le Conseil puisse effectivement en prendre connaissance; souligne, à cet égard, que le Parlement devrait agir dans un délai raisonnable;

23.

souligne que, bien que le Conseil ne soit pas tenu de tenir compte de l’avis du Parlement, la consultation du Parlement dans le contexte de certaines procédures législatives spéciales constitue non seulement une forme substantielle, mais envoie également un signal politique fort et renforce la légitimité démocratique des décisions; invite les trois institutions à étudier les pistes possibles pour veiller à ce que l’avis du Parlement soit dûment pris en compte en tant qu’obligation institutionnelle et se reflète dans la législation;

24.

rappelle que l’un des cas dans lesquels le Conseil ne peut prendre une décision qu’après consultation du Parlement concerne l’application des dispositions de l’acquis de Schengen – une obligation découlant de l’article 4, paragraphe 2, de l’acte d’adhésion de 2005 de la Bulgarie et de la Roumanie (15);

25.

demande une nouvelle fois au Conseil d’adopter immédiatement une décision positive sur l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l’espace Schengen de libre circulation;

26.

souligne que l’espace Schengen est l’une des plus grandes réussites de l’Union européenne et considère comme inacceptable le fait que le Conseil n’a pas pris de décision quant à l’admission de la Bulgarie et de la Roumanie, alors même que la Commission a déjà formulé une recommandation officielle à cet effet, que le Parlement l’a demandé dans plusieurs résolutions et que les deux pays ont depuis longtemps rempli les conditions requises;

27.

rappelle qu’en novembre 2021 la Commission a présenté une proposition de directive du Conseil fixant les modalités de l’exercice du droit de vote et d’éligibilité aux élections au Parlement européen pour les citoyens de l’Union résidant dans un État membre dont ils n’ont pas la nationalité, proposition soumise à la consultation du Parlement; souligne que l’analyse d’impact de la Commission jointe à la proposition susmentionnée énumère une série d’obstacles importants et persistants à l’exercice des droits électoraux par les citoyens mobiles; rappelle que le Parlement a adopté sa position en février 2023, dans le but de faciliter l’entrée en vigueur de cette directive à temps pour les élections européennes de 2024; déplore que la Commission ait répondu de manière extrêmement négative à la position du Parlement et qu’au lieu d’adopter une approche constructive consistant à s’engager de façon crédible en apportant d’éventuelles améliorations grâce aux suggestions du Parlement, elle ait pris cette décision en rejetant les propositions pour des motifs essentiellement de pure forme; attend du Conseil qu’il examine ce dossier et attend en outre de lui qu’il traite son avis et qu’il mette tout en œuvre pour coopérer avec le Parlement en vue d’améliorer la situation des citoyens mobiles de l’Union;

28.

relève que, si l’on s’en tient au libellé des traités, la consultation est la seule obligation juridique; fait toutefois observer que dans le cadre d’une coopération loyale, l’institution qui adopte l’acte doit examiner l’avis et devrait motiver ses raisons de ne pas le suivre; invite le Conseil à justifier, sur le plan juridique, la non-prise en compte de l’évaluation de la Commission et des appels du Parlement en faveur de l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l’espace Schengen;

29.

réaffirme que, lorsqu’une procédure législative spéciale s’applique et qu’aucun accord n’est dégagé dans un délai raisonnable, la Commission devrait retirer ou remanier la proposition législative;

Coopération entre les institutions

30.

souligne que la relation entre les institutions de l’Union est régie par les principes d’équilibre institutionnel et de coopération loyale énoncés à l’article 13, paragraphe 2, du traité UE;

31.

rappelle que la participation du Parlement, quelle que soit la forme envisagée par les traités, reflète un principe démocratique fondamental selon lequel les citoyens devraient prendre part au processus décisionnel par l’intermédiaire de leurs représentants élus;

32.

rappelle que le devoir de coopération loyale entre les institutions impose à celles-ci de se tenir mutuellement informées et de se consulter afin que le consentement puisse être donné à la fin de la procédure; insiste par conséquent sur le fait que le consentement ne se résume pas à une simple décision de validation ou de rejet, mais implique en réalité une adhésion au contenu de l’acte législatif et devrait par conséquent être le résultat d’un dialogue constant visant à trouver un accord mutuellement acceptable grâce à une coopération loyale;

33.

rappelle le mode opératoire adopté par l’équipe de négociation du Parlement qui a conduit à l’adoption du statut révisé du Médiateur européen après des années de refus du Conseil de donner son approbation, qui comprenait des consultations informelles avec le Conseil et la Commission; rappelle que cette approche a permis au Conseil d’anticiper les principales options législatives du Parlement et, lorsque nécessaire, aux deux institutions de trouver des solutions de compromis afin de déboucher sur l’adoption du dossier; estime que cela devrait constituer un précédent concret applicable à d’autres domaines où l’approbation est requise;

34.

estime que, lorsque le principe de coopération loyale n’est pas respecté, la Cour de justice de l’Union européenne devrait intervenir et qu’une solution immédiate devrait s’appliquer, y compris, le cas échéant, l’annulation du vote;

Recommandations

35.

invite la Commission à présenter immédiatement une proposition de révision de l’accord interinstitutionnel «Mieux légiférer» dans le but de définir les procédures législatives spéciales; souligne que l’accord interinstitutionnel révisé devrait particulièrement mettre l’accent sur les procédures pour lesquelles le Parlement jouit du droit d’initiative, les justifications juridiques des vetos au Conseil et les moyens de favoriser le plein respect des droits de participation respectifs et des principes d’équilibre institutionnel et de coopération loyale dans le cadre des procédures législatives spéciales, y compris un ensemble de modalités procédurales exigeant des colégislateurs qu’ils s’engagent dans un dialogue et des négociations ouverts et constructifs sur un pied d’égalité en ce qui concerne les dossiers législatifs pour lesquels est envisagée une procédure législative spéciale, afin de remédier aux réticences du Conseil à négocier avec le Parlement;

36.

souligne la nécessité de définir des exigences précises concernant le calendrier d’adoption ou de rejet d’un acte par le Conseil, y compris des délais, afin de mieux garantir le respect du principe de coopération loyale et d’éviter les blocages institutionnels; regrette que le Conseil ait retardé de douze ans la décision relative à l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l’espace Schengen, malgré les recommandations positives de la Commission sur le respect des critères;

37.

souligne que les délais qui s’appliquent aux institutions dans les différentes procédures, en vertu du droit primaire ou des modalités inscrites dans l’accord interinstitutionnel, doivent également respecter le principe d’égalité entre les institutions;

38.

insiste sur sa demande de divulguer les positions publiques des États membres au moment de l’adoption d’un acte par le Conseil; insiste en outre sur le fait que le Conseil devrait enregistrer systématiquement l’identité des États membres lorsqu’ils expriment leurs positions au sein du Conseil; demande que les justifications soient corrélées aux dispositions des traités, aux droits fondamentaux de tous les citoyens de l’Union et des États membres et à la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne dans tous les cas où les États membres appliquent un veto à une décision donnée; souligne que, lorsqu’un vote ne fait pas l’objet d’une justification juridique ou enfreint les dispositions du traité, la Cour de justice de l’Union européenne devrait être saisie et qu’une solution immédiate devrait s’appliquer, y compris l’annulation du vote; invite l’Union et les institutions nationales à trouver des solutions efficaces pour abandonner l’unanimité lors de la réflexion à venir sur les modifications des traités, notamment en comblant le fossé politique entre la prise de décision à la majorité qualifiée et la prise de décision à l’unanimité;

39.

rappelle l’importance d’une coopération précoce et d’une analyse juridique coordonnée entre les institutions de l’Union, ce qui pourrait contribuer à éviter les blocages institutionnels dus à des préoccupations purement juridiques plutôt qu’à des réserves politiques;

40.

estime qu’il est nécessaire que toutes les institutions redoublent d’efforts pour publier, en tant que fruit du processus législatif, des textes dont le contenu est cohérent dans toutes les langues officielles et qui, dans l’intérêt d’une application uniforme du droit dans l’ensemble de l’Union, doit être interprété et appliqué de manière fiable par tous les acteurs compétents intervenant dans la mise en œuvre législative au sein des autorités judiciaires et de l’exécutif à tous les niveaux;

41.

demande une nouvelle fois que les traités soient modifiés de toute urgence afin d’étendre l’application de la procédure législative ordinaire à certains domaines d’action dans lesquels des procédures législatives spéciales sont actuellement envisagées, par exemple aux questions liées à l’espace Schengen ou au CFP; note toutefois que l’unanimité et les ratifications nationales devraient être abandonnées de manière générale;

42.

demande l’activation immédiate des clauses «passerelle» afin de remplacer des procédures législatives spéciales par des procédures législatives ordinaires dans des domaines politiques clés afin d’améliorer la capacité d’action de l’Union, en attendant l’entrée en vigueur des modifications des traités;

43.

invite les partis politiques à veiller à ce que leurs programmes électoraux affirment leur engagement en faveur de la proposition du Parlement de nouveau règlement actualisé concernant son droit d’enquête, et invite les différentes têtes de liste à apporter publiquement leur soutien politique à ce sujet;

°

° °

44.

charge sa Présidente de transmettre la présente résolution au Conseil européen, au Conseil et à la Commission, ainsi qu’aux gouvernements et aux parlements des États membres.

(1) JO C 252 du 18.7.2018, p. 215.

(2) JO C 252 du 18.7.2018, p. 201.

(3) JO L 253 du 16.7.2021, p. 1.

(4) JO C 493 du 27.12.2022, p. 112.

(5) JO C 149 du 28.4.2023, p. 11.

(6) Textes adoptés de cette date, P9_TA(2023)0278.

(7) JO C 465 du 6.12.2022, p. 171.

(8) P9_TA(2023)0243.

(9) P9_TA(2023)0311.

(10) JO C 264 E du 13.9.2013, p. 41.

(11) Département thématique des droits des citoyens et des affaires constitutionnelles de la direction générale des politiques internes, «The European Parliament’s right of initiative» (Le droit d’initiative du Parlement européen), p. 34-35, juillet 2020.

(12) Accord interinstitutionnel du 13 avril 2016 entre le Parlement européen, le Conseil de l’Union européenne et la Commission européenne «Mieux légiférer», JO L 123 du 12.5.2016, p. 1.

(13) Règlement (UE, Euratom) 2020/2093 du Conseil du 17 décembre 2020 fixant le cadre financier pluriannuel pour les années 2021 à 2027, JO L 433 I du 22.12.2020, p. 11.

(14) Décision (UE, Euratom) 2020/2053 du Conseil du 14 décembre 2020 relative au système des ressources propres de l’Union européenne et abrogeant la décision 2014/335/UE, Euratom, JO L 424 du 15.12.2020, p. 1.

(15) JO L 157 du 21.6.2005, p. 203.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/4172/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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