| CELEX | 52023IR1537 |
| Type | Initiative législative |
| Date | mardi 10 octobre 2023 |
| Journal officiel | FR Séries C |
| C/2023/1325 | 22.12.2023 |
Avis du Comité européen des régions sur le thème «Le mentorat, un outil puissant et concret pour l’Europe de demain»
(C/2023/1325)
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LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS (CdR),
I. OBSERVATIONS LIMINAIRES
| 1. | rappelle que l’Année européenne des compétences a pour objectif d’apporter les moyens de tirer parti des nouvelles possibilités qu’offrent les transitions vertes et numériques, de soutenir l’innovation et la compétitivité, de faire face aux pénuries de compétences dans l’Union européenne et d’encourager un état d’esprit de perfectionnement (1) et d’apprentissage tout au long de la vie; s’attend à ce qu’elle permette aux collectivités locales et régionales d’être soutenues dans leurs efforts pour mettre en œuvre des politiques d’emploi et d’éducation appropriées; |
| 2. | fait remarquer que les inégalités socio-économiques qui persistent dans l’Union européenne ont un impact négatif sur son économie, sa cohésion sociale et sa stabilité politique et celles de ses États membres; |
| 3. | souligne que plus des trois quarts des entreprises de l’Union déclarent avoir des difficultés à trouver des travailleurs possédant les compétences nécessaires, tandis que seulement 37 % des adultes suivent régulièrement une formation (2); |
| 4. | insiste sur l’importance de l’apprentissage tout au long de la vie, de la formation et du développement des compétences pour la population européenne, et sur l’urgence de renforcer leur orientation, leur employabilité, leur résilience et leur engagement social pour répondre aux objectifs stratégiques de l’Union européenne; |
| 5. | fait valoir que les États membres se sont engagés à mener des politiques innovantes et inclusives, par la reconnaissance des compétences formelles et informelles, en faveur d’une éducation, d’une formation et d’un apprentissage tout au long de la vie, et à apporter une aide adaptée aux besoins afin d’améliorer les perspectives d’emploi (3); |
| 6. | met en garde contre les disparités territoriales en matière d’emploi et d’inadéquation des compétences dans l’Union européenne, en particulier chez les jeunes, avec des régions et des villes où le taux de chômage est plus élevé que la moyenne ou qui connaissent une fuite des cerveaux importante; |
II. LE MENTORAT, UN OUTIL PUISSANT POUR LUTTER CONTRE LES INÉGALITÉS
| 7. | note que le mentorat est considéré en général comme une relation interpersonnelle d’accompagnement et de soutien, ancrée sur l’apprentissage mutuel, visant à favoriser l’autonomie du mentoré par des objectifs adaptés à ses besoins et lui donnant ainsi la possibilité d’acquérir des compétences, des connaissances et des perspectives; |
| 8. | attire l’attention sur les effets positifs du mentorat en matière de responsabilisation personnelle et professionnelle et d’engagement citoyen, notamment pour les personnes et les communautés marginalisées, étant donné qu’il s’agit là de facteurs clés de la cohésion sociale, dans la mesure où ils promeuvent la mobilité sociale et la création de conditions équitables; |
| 9. | se félicite qu’en France, le mentorat a réduit de 30 % le décrochage en première année d’enseignement supérieur et augmente de 18 % les chances d’accéder à un emploi au bout de six mois en fin d’études (4); précise que la création d’un collectif national d’associations de mentorat a permis en deux ans de passer de 30 000 à 200 000 binômes mentor-mentoré; |
| 10. | salue la décision du gouvernement français de mettre le mentorat au rang des grandes causes nationales, ainsi que l’organisation du Sommet européen du mentorat à Paris en 2024; |
| 11. | se félicite de l’initiative régionale que le gouvernement de Navarre, en Espagne, a prise pour soutenir l’économie sociale et solidaire par le biais d’un dispositif de mentorat pour les entrepreneurs sociaux; souligne que ce plan contribue à la consolidation, à la transformation et à la croissance des entreprises qui ont un impact sur la société et l’environnement; |
| 12. | relève qu’en Italie, une étude montre que les jeunes professionnels qui ont bénéficié du mentorat ont un taux de réussite plus élevé dans leur carrière et sont plus susceptibles d’obtenir un poste à responsabilité, par rapport à ceux qui n’ont pas bénéficié d’un tel accompagnement (5); |
| 13. | avance que dans l’ensemble, le mentorat constitue un outil efficace pour renforcer les compétences, la confiance en soi et la motivation des individus, et aide à briser les barrières à l’emploi, à la réussite professionnelle et à l’intégration; |
| 14. | fait remarquer que le recours au mentorat reste trop fragmenté au sein de l’Union européenne, avec des disparités importantes dans les États et les régions; |
| 15. | souligne que même si les modalités du mentorat peuvent varier selon les pays et les cultures en Europe, le mentorat a pour but d’améliorer les compétences et de lutter contre les inégalités sociales et économiques, ainsi que celles liées à la naissance, au territoire, à l’origine ethnique, au genre, ou d’autres encore; souligne la nécessité de créer une définition et un cadre européen du mentorat à caractère global; |
| 16. | défend l’idée d’une standardisation des pratiques pour assurer un mentorat de qualité au sein des régions et des villes, et ainsi viser à sa généralisation dans l’Union européenne; |
| 17. | fait valoir que le soutien aux associations et organismes de mentorat est nécessaire à l’émergence d’une culture européenne du mentorat; |
III. RECOMMANDATIONS POLITIQUES
A) Généralités
| 18. | propose une définition générale du mentorat comme suit: «le mentorat est un processus de transmission de savoirs, de compétences et de connaissances qui soutient le développement individuel, éducatif et professionnel et encourage l’inclusion sociale, la solidarité et la tolérance. Il joue un rôle essentiel en établissant des liens entre les cultures, les générations et les sociétés, créant ainsi une plateforme d’échange intergénérationnel et interculturel. Il permet au mentor de développer des compétences formelles et informelles et renforce son engagement citoyen. Les participants à une relation de mentorat ont la possibilité d’échanger leurs connaissances, leurs expériences et leurs perspectives, créant un environnement d’apprentissage dynamique et enrichissant pour toutes les parties impliquées. Le mentor, ayant déjà parcouru un chemin similaire, apporte une reconnaissance, un modèle, un encouragement et une attention personnelle aux aspirations personnelles, professionnelles ou académiques des mentorés»; |
| 19. | défend l’idée que le mentorat fonctionne de manière comparable pour différents sujets, groupes cibles, objectifs et organisations malgré les différences de contexte culturel, traditionnel et juridique des États membres; |
| 20. | reconnaît que les programmes de mentorat contribuent aux objectifs de l’Union européenne, comme l’implication dans la vie démocratique, la réalisation d’une économie plus compétitive et durable, une société plus inclusive, ainsi que la lutte contre les inégalités sociales et économiques; |
| 21. | demande que les programmes de mentorat soient intégrés dans les programmes éducatifs et de formation, et qu’ils soient encouragés par des initiatives européennes et nationales, de manière que leur accessibilité et leur pertinence soient promues; |
| 22. | appelle également à reconnaître et soutenir les programmes de mentorat destinés aux personnes ne travaillant pas et ne suivant pas d’études ou de formation (NEET), ainsi qu’aux personnes incarcérées ou touchées par des vulnérabilités d’autres natures, afin de les aider à s’intégrer ou se réintégrer sur le marché du travail; |
| 23. | défend l’idée de la création d’un réseau européen du mentorat, chargé de l’organisation de rencontres, de conférences, d’ateliers et de formations en ligne participant à des échanges de bonnes pratiques; |
| 24. | exhorte à créer un label de qualité pour le mentorat, qui permettra de garantir le professionnalisme, la performance et l’efficacité des programmes à travers l’Union européenne, conformément aux règles juridiques en vigueur, et prie instamment la Commission européenne d’établir un registre public des initiatives de mentorat qui ont reçu le label européen, offrant ainsi une visibilité et une reconnaissance accrues aux programmes de mentorat de qualité en Europe; |
| 25. | appelle à la création d’un label européen du mentorat, contribuant à l’établissement de normes de qualité fondées sur la transparence et le respect d’un code d’éthique, en vue de renforcer la confiance des bénéficiaires et des partenaires potentiels dans le processus, en s’appuyant sur les critères suivants:
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| 26. | encourage les organismes de formation et d’apprentissage, y compris les universités et celles de sciences appliquées à reconnaître le rôle que jouent les mentors pour aider les étudiants à mener à bien leur cursus universitaire et créer un environnement propice à leur épanouissement personnel et professionnel; |
| 27. | appelle à la reconnaissance des compétences formelles, informelles et transversales acquises par le mentor, telles que la communication, la résolution de problèmes, la collaboration et l’empathie, et à la valorisation de ces compétences, y compris dans les entreprises; |
| 28. | insiste sur l’importance de garantir la continuité des financements européens, étatiques et ceux relevant des pouvoirs locaux et régionaux, par la conclusion de conventions pluriannuelles, de manière à assurer le développement et une gestion efficace des programmes de mentorat. Il est primordial que pour leur financement et leur appropriation, les programmes de mentorat bénéficient, chaque fois que possible, d’un ancrage local, afin de ne pas être interrompus en cas de suppression des crédits extérieurs; |
| 29. | recommande que les fonds européens existants, tels que le Fonds social européen (FSE), soient utilisés de manière stratégique pour soutenir les initiatives de mentorat, avec un accent mis sur les régions et les groupes défavorisés qui pourraient bénéficier le plus de cette pratique; |
| 30. | encourage les entreprises et autres organismes privés à promouvoir un écosystème de mentorat favorable via des programmes de mécénat, des communautés et des réseaux de mentorat afin de rendre possible l’émergence de mentors parmi leurs salariés; |
| 31. | se félicite de tout le soutien exprimé par des députés au Parlement européen, tout en demandant qu’il prenne des initiatives concrètes afin que le mentorat bénéficie d’une reconnaissance renforcée en tant que moyen de produire un changement systémique et de créer une société plus inclusive; se tient prêt à apporter sa contribution à cet égard, grâce à son expérience de terrain; |
B) Perspectives locales et régionales de développement du mentorat
| 32. | souligne le rôle central que jouent les villes et les régions pour piloter des programmes de mentorat, assurer une mise en œuvre adaptée aux besoins locaux de la population et répondre de manière adéquate aux demandes et spécificités territoriales; |
| 33. | demande aux autorités locales et régionales de mettre en place un réseau et des possibilités de mentorat qui soient inclusifs, équitables et accessibles; |
| 34. | invite les régions européennes à coopérer et à échanger leurs expériences et leurs connaissances en matière de mentorat, en encourageant la création de partenariats transnationaux pour favoriser l’apprentissage mutuel et la diffusion des meilleures pratiques; |
| 35. | suggère aux collectivités locales et régionales d’établir des partenariats avec les universités, les écoles, les organisations de mentorat, les entreprises et d’autres organismes pour créer un écosystème collaboratif et favorable qui promeut les avantages du mentorat et encourage son implantation généralisée au niveau local; |
C) Recommandations aux États membres
| 36. | invite les États membres à établir des politiques nationales pour promouvoir des programmes de mentorat efficaces, accessibles et inclusifs; note que ces programmes doivent avoir pour objectif d’améliorer l’accès aux compétences, aux ressources et aux réseaux nécessaires pour réussir dans les étapes clés du développement, en incluant des programmes de formation pour les mentors et les mentorés, et en encourageant la participation de divers secteurs de la société; |
| 37. | appelle les États membres à «flécher» des fonds issus du programme Fonds social européen plus (FSE+) pour soutenir les programmes de mentorat qui ont démontré leur capacité à répondre aux besoins des populations locales et des groupes vulnérables et pour en faciliter l’accès pour les collectivités locales et régionales; |
D) Recommandations à la Commission européenne
| 38. | invite la Commission européenne à repenser et à promouvoir activement le CV Europass existant afin qu’il soit mieux connu des citoyens des États membres et qu’il mette davantage en valeur les expériences de bénévolat et d’engagement civique, notamment celles acquises par l’intermédiaire du mentorat; souligne la nécessité d’une collaboration étroite avec les services publics de l’emploi nationaux et les organismes privés ad hoc pour garantir sa prise en compte effective dans les processus de recrutement; |
| 39. | lance un appel à la Commission européenne pour qu’elle travaille en étroite collaboration avec les partenaires locaux, régionaux, étatiques et européens afin d’élaborer un cadre commun, favorisant le développement d’un mentorat de qualité dans l’Union européenne; |
| 40. | recommande que la Commission européenne soutienne la création de programmes de mentorat transfrontière («cross-border») pour les citoyens en mettant en avant les avantages sociaux et économiques qui en résultent pour les personnes qui en bénéficient; |
| 41. | demande à la Commission de soutenir les collectivités locales et régionales, les organismes publics et privés, ainsi que les acteurs associatifs afin qu’ils disposent des ressources financières et humaines et des outils nécessaires pour assurer une gestion efficace des programmes de mentorat; |
| 42. | incite la Commission européenne à faciliter l’accès à des ressources financières pour les organisations et les initiatives de mentorat en Europe, en simplifiant les procédures administratives, en fournissant des informations et des conseils sur les sources de financement disponibles et en encourageant le partage de bonnes pratiques dans le domaine du financement du mentorat; |
| 43. | encourage la Commission européenne à mettre en place un label européen de mentorat, qui permette de reconnaître les initiatives de mentorat qui répondent à des critères de qualité préétablis, favorisant ainsi la confiance et l’excellence dans le domaine du mentorat en Europe; |
| 44. | demande à la Commission européenne d’explorer des mécanismes de financement innovants, tels que les partenariats à impact social, les fonds d’investissement à impact ou les initiatives de financement participatif, pour soutenir les projets de mentorat et garantir leur durabilité à long terme; |
| 45. | partage l’analyse estimant que «les disponibilités actuelles du budget de l’UE ne sont plus suffisantes pour relever les défis les plus urgents auxquels l’UE est confrontée, et encore moins pour répondre à d’éventuels besoins futurs dans les années à venir» (6), et souligne en conséquence qu’il est nécessaire d’augmenter les ressources allouées au Fonds social européen plus (FSE+); |
| 46. | demande à la Commission européenne d’établir un rapport sur l’impact du mentorat et la recherche concernant cette pratique afin qu’il soit utilisé comme base pour l’élaboration de politiques et de mesures concrètes visant à renforcer et à promouvoir cet outil de politique publique en Europe, en soutenant notamment le développement des compétences formelles et informelles des mentors et en encourageant la mise en place de programmes de mentorat dans différents domaines et secteurs; |
| 47. | invite instamment la Commission à envisager de développer la dimension du mentorat dans le programme Erasmus+ et de l’inclure comme partie intégrante dans les programmes gérés directement par l’Agence exécutive européenne pour l’éducation et la culture (EACEA). |
Bruxelles, le 10 octobre 2023.
Le président du Comité européen des régions
Vasco ALVES CORDEIRO
(1) Commission européenne (s. d.), «Année européenne des compétences 2023», Commission.europa.eu. Consulté le 11 mars 2023. https://commission.europa.eu/strategy-and-policy/priorities-2019-2024/europe-fit-digital-age/european-year-skills-2023_fr.
(2) Commission européenne (s. d.), «Année européenne des compétences 2023». Commission.europa.eu. https://commission.europa.eu/strategy-and-policy/priorities-2019-2024/europe-fit-digital-age/european-year-skills-2023_fr.
(3) Résolution du Conseil relative à un cadre stratégique pour la coopération européenne dans le domaine de l’éducation et de la formation, dans la perspective de l’espace européen de l’éducation et au-delà (2021-2030) (2021/C 66/01).
(4) Rapport d’information du Sénat (France) no 848 (2020-2021), déposé le 23 septembre 2021.
(5) Rapport de recherche, Meyer et Associates, 2012.
(6) Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions «Révision à mi-parcours du cadre financier pluriannuel 2021-2027», p. 15.
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2023/1325/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
Initiative législative — 52023IE0430
14/12/2023
Initiative législative — 52023IE0848
14/12/2023
Initiative législative — 52023IE1864
14/12/2023
Initiative législative — 52023IE1906
14/12/2023