| CELEX | 52023IR2488 |
| Type | Initiative législative |
| Date | mercredi 29 novembre 2023 |
| Journal officiel | FR Séries C |
| C/2024/1042 | 9.2.2024 |
Avis du Comité européen des régions sur le thème «Mettre fin à la violence fondée sur le genre — Les villes et les régions jouent un rôle pionnier»
(C/2024/1042)
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RECOMMANDATIONS POLITIQUES
LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS (CdR),
Contexte général et principaux défis
| 1. | souligne que la violence fondée sur le genre constitue une violation brutale des droits de l’homme et que ce problème touche l’ensemble de l’Europe; |
| 2. | précise que la violence physique et non physique fondée sur le genre constitue une forme de violence dirigée contre une personne en raison de son genre et de son expression de genre ou qui touche les personnes d’un genre donné de manière disproportionnée. Bien que quiconque puisse être victime de violences simplement en raison de son sexe ou de son genre, les femmes et les filles sont particulièrement menacées. Souligne que la définition de la violence fondée sur le genre, dont fait partie la violence à l’égard des femmes, est aussi un exercice difficile, car elle est fortement conditionnée par des facteurs culturels, historiques, religieux et institutionnels. Cependant, selon la convention d’Istanbul, le terme «violence à l’égard des femmes fondée sur le genre» désigne toute violence faite à l’égard d’une femme parce qu’elle est une femme ou affectant les femmes de manière disproportionnée (1); |
| 3. | observe que le libellé reflète la dimension structurelle de la violence fondée sur le genre, qui affecte la vie privée, professionnelle et sociale, attribuant une connotation multidimensionnelle au phénomène. Cette complexité ne peut être combattue et contrecarrée que par la reconnaissance des stéréotypes culturels dans lesquels la violence à l’égard d’individus de chaque genre éclot et se développe. Il importe dès lors de prendre des mesures à tous les niveaux pour combattre et briser les stéréotypes sexistes afin d’instaurer une société au sein de laquelle ne sera tolérée aucune violence fondée sur le genre; |
| 4. | souligne qu’il est essentiel d’abandonner la perspective fractionnée selon laquelle la violence fondée sur le genre correspond à la somme des comportements criminels et/ou pathologiques individuels, de sortir de ce contexte et de reconnaître que les causes de ce phénomène résident dans un profond déséquilibre dans les relations entre les hommes et les femmes ainsi que dans des normes culturelles et sociales délétères qui cautionnent ou banalisent la violence à l’égard des femmes; |
| 5. | rappelle que, si la violence fondée sur le genre touche les femmes de manière disproportionnée, certaines femmes issues de communautés spécifiques sont exposées à un risque plus élevé, telles que, entre autres, les femmes racisées, les femmes appartenant à la classe ouvrière, les femmes LGBTQIA+, les femmes handicapées, les femmes qui vivent dans un établissement de soins institutionnels, les femmes migrantes et sans papiers, les travailleuses du sexe ou encore les jeunes femmes et filles. Il convient par conséquent d’adopter une approche transversale de la compréhension et de la lutte contre la violence fondée sur le genre et d’assurer aux groupes qui courent un risque spécifique la protection dont ils ont besoin; |
| 6. | est consterné par les faits suivants: un tiers de l’ensemble des femmes en Europe ont subi des actes de violence physique ou sexuelle au moins une fois au cours de leur vie adulte; 20 % des jeunes femmes ont été victimes de harcèlement sexuel en ligne; une femme sur cinq a été harcelée; une femme sur vingt a été violée et plus d’une femme sur dix a subi des violences sexuelles impliquant une absence de consentement ou un recours à la force (2); |
| 7. | se félicite que la présidente Ursula von der Leyen ait expressément et fermement évoqué, dans son discours sur l’état de l’Union, la nécessité urgente de lutter contre la violence fondée sur le genre, en mettant clairement l’accent sur le principe fondamental selon lequel «non, c’est non». Cet engagement sans réserve de la présidente à aborder des questions cruciales telles que le viol et le consentement démontre non seulement le caractère opportun du présent avis, mais renforce également la nécessité d’une action décisive dans la lutte contre la violence fondée sur le genre; |
| 8. | attire l’attention sur le fait qu’avec la pandémie de COVID-19, tous les types de violence à l’égard des femmes et des filles se sont intensifiés (3); |
| 9. | reconnaît que la violence fondée sur le genre sévit non seulement au sein des ménages ou dans les espaces publics, mais aussi dans l’environnement numérique où l’absence de réglementation et d’approche systématique a engendré de la violence et des menaces fondées sur le genre à grande échelle; |
| 10. | demande qu’une attention particulière soit accordée à la protection des femmes migrantes et réfugiées et de leurs enfants (y compris dans le contexte de la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine), étant donné qu’ils sont fortement exposés aux abus, à la violation de leurs droits et à de multiples formes de violence. Invite les collectivités locales et régionales à accorder une attention particulière et des soins spécifiques aux femmes et aux filles qui se trouvent sur le territoire de l’Union européenne dans le cadre du regroupement familial. Ces femmes sont particulièrement vulnérables à la violence domestique, étant donné que leur statut est étroitement lié au fait qu’elles doivent rester dans le même ménage que les auteurs potentiels des sévices; |
| 11. | souligne néanmoins qu’environ un tiers seulement des femmes victimes d’abus physiques ou sexuels contactent les autorités (4), principalement en raison de l’impunité, du silence, de la stigmatisation, de la peur et de la honte qui l’entourent; |
| 12. | attire l’attention de tous les décideurs sur le fait qu’en plus d’être dévastatrice pour les victimes et leurs familles, la violence fondée sur le genre entraîne des coûts sociaux et économiques importants pour notre société et ne pas l’éradiquer engendre un coût important pour l’avenir, car le cycle de la violence peut se perpétuer; |
| 13. | reconnaît que la stratégie de la Commission européenne intitulée «Une Union de l’égalité: stratégie en faveur de l’égalité entre les hommes et les femmes 2020-2025» constitue un progrès en vue de libérer la société européenne de la violence fondée sur le genre; |
| 14. | se félicite que le Conseil ait finalement approuvé l’adhésion de l’Union à la convention d’Istanbul. Cela oblige l’Union à élaborer concrètement des politiques afin d’assurer la prévention de la violence fondée sur le genre, la protection des victimes et les poursuites à l’encontre des auteurs de ces violences, tout en donnant aux collectivités locales et régionales la possibilité d’introduire des mesures concrètes au sein de leurs communautés pour prévenir la violence à caractère sexiste; |
| 15. | invite les autres États membres de l’Union à ratifier dès que possible la convention d’Istanbul; |
| 16. | se félicite de la proposition de directive de la Commission européenne sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique au niveau de l’Union (5) et soutient la position ambitieuse (6) du Parlement européen sur cette proposition, notamment la proposition d’insérer un nouvel article 5 bis; |
| 17. | rappelle toutefois que la violence fondée sur le genre touche également les personnes qui ne se définissent pas comme des femmes, et souligne que si la directive est intitulée «violence à l’égard des femmes», il convient de considérer qu’elle se rapporte aussi à d’autres genres; |
| 18. | se félicite que le rôle des collectivités locales et régionales ait été reconnu par le Parlement européen et le Conseil. Demande toutefois que l’on aille au-delà du simple rôle de coordination qui leur est attribué, dans la mesure où les collectivités locales et régionales disposent de nombreux leviers pour prévenir la violence fondée sur le genre, s’occuper des victimes, former et sensibiliser aux effets néfastes de ce type de violence et, en fin de compte, pour contribuer de manière active à une plus grande égalité entre les hommes et les femmes; |
| 19. | demande que des actions et des cadres plus efficaces soient mis en place à tous les niveaux de gouvernance afin de veiller à ce que les auteurs soient poursuivis et de mettre l’accent sur la prévention de la violence et l’aide aux victimes; ces cadres devraient adopter des approches multidimensionnelles et associer de nombreuses parties prenantes; |
| 20. | comprend que, selon l’enquête interne du CdR sur la violence fondée sur le genre sur le territoire de l’Union, distribuée aux membres de la commission de la politique sociale, de l’éducation, de l’emploi, de la recherche et de la culture (commission SEDEC), les collectivités locales et régionales adoptent trois types d’approches dont découlent des différences géographiques manifestes à l’échelle de l’UE:
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Manque de données: nous ne pouvons ni jauger ni combattre un phénomène que nous ne connaissons pas
| 21. | attend avec intérêt la publication de la prochaine mise à jour des données nationales sur la violence fondée sur le genre et d’autres formes de violence interpersonnelle, attendue en 2024 (7); |
| 22. | reconnaît que certains États membres, tels que l’Italie, collectent régulièrement des données nationales sur la violence fondée sur le genre, mais que cette collecte de données n’est pas homogène dans tous les pays, ni souvent sur le même territoire, ce qui rend difficile une vue d’ensemble de la situation sur le terrain; |
| 23. | invite dès lors tous les États membres à recueillir des données comparables, fiables, de haute qualité et ventilées sur la violence fondée sur le genre (y compris la violence domestique à l’égard des hommes et des enfants) et suggère de considérer les indicateurs de l’Institut européen pour l’égalité entre les hommes et les femmes (EIGE) (8) sur la violence conjugale, le viol et le féminicide comme des points de repère pour la comparabilité; |
| 24. | est conscient des goulets d’étranglement qui affectent la récolte des données au niveau infranational; demeure néanmoins fermement convaincu de l’importance pour les collectivités locales et régionales de contribuer au suivi national, car la fréquence mais aussi les types et les causes profondes de la violence fondée sur le genre varient non seulement d’un État membre à l’autre, mais aussi au sein des pays et des régions; |
| 25. | invite dès lors les collectivités locales et régionales et les acteurs de la société civile sur le terrain à mieux coopérer et coordonner la collecte de données administratives comparatives et fondées sur des enquêtes, et demande aux acteurs nationaux de mettre ces données à disposition tout en veillant au respect de la vie privée; |
| 26. | se déclare préoccupé par le fait que les cas de violence fondée sur le genre sont souvent tolérés car considérés comme un problème d’ordre privé et, de ce fait, ne sont signalés à aucune autorité; est également convaincu de l’importance d’utiliser des méthodes qui sont déjà disponibles, telles que les enquêtes menées auprès de la population, pour évaluer régulièrement la situation sur le terrain; |
| 27. | estime qu’il est de la plus haute importance de s’attaquer aux causes profondes de la violence fondée sur le genre afin de prévenir les actes de violence. La réalisation d’une Union européenne exempte de toute forme de violence fondée sur le genre nécessite des changements institutionnels et structurels; |
Prévention: des mesures pour un changement immédiat
| 28. | réaffirme que les villes et les régions peuvent concevoir et mettre en place des cadres globaux, des politiques et des mesures tenant compte de la dimension de genre pour lutter contre la violence fondée sur le genre, dans certains cas en coopération avec des tiers tels que des organisations de la société civile, et en particulier avec des organisations de défense des droits des femmes; |
| 29. | invite les collectivités locales et régionales à reconnaître l’importance de l’urbanisme et de la planification des transports en tant que moyens de créer des espaces sûrs susceptibles de contribuer à réduire le taux d’agressions fondées sur le genre dans nos rues, dans et aux alentours des transports publics, des écoles, des lieux de travail, des toilettes publiques, des sites de distribution d’eau et de nourriture, des parcs et d’autres espaces publics; |
| 30. | salue à cet égard l’initiative mondiale de l’ONU Femmes «Des villes sûres et des espaces publics sûrs pour les femmes et les filles» et invite davantage de villes de l’Union à bénéficier de ce cadre en y adhérant; |
| 31. | demande à tous les membres du CdR qui ont instauré de bonnes pratiques, par exemple veiller à garantir la sécurité durant les festivités organisées par les villes, mettre en place un éclairage sûr et suffisant dans les espaces publics, permettre d’accéder aux transports publics pendant les heures de nuit même en dehors des arrêts prévus, signaler de manière appropriée les sorties dans les espaces confinés du réseau de transport et bien d’autres, de les partager au sein du réseau européen de prévention de la violence sexiste et domestique, et plaide pour l’établissement sur le site internet du Comité d’une plateforme en ligne dans le but de compiler et de présenter ces pratiques; invite les décideurs politiques au niveau des États membres et de l’Union à se familiariser avec les bonnes pratiques qui existent sur le terrain et à en tenir compte lorsqu’ils adoptent une législation ambitieuse; |
Éducation: des mesures pour un changement de société à long terme
| 32. | souligne qu’un changement social durable ainsi que l’égalité entre les hommes et les femmes peuvent être favorisés par des campagnes de sensibilisation et d’éducation qui s’attaquent aux causes profondes de la violence fondée sur le genre. Par conséquent, l’objectif premier devrait être de lutter contre les inégalités entre les hommes et les femmes, de faire évoluer leurs rôles respectifs ainsi que la dynamique du pouvoir, et d’éduquer à la question du consentement. À cet égard, les collectivités locales et régionales et d’autres acteurs territoriaux (associations, établissements d’enseignement et de formation, par exemple) jouent un rôle fondamental puisque la culture et l’éducation relèvent de leurs compétences; |
| 33. | rappelle que, selon la consultation publique de la Commission (2021) (9), la plupart des répondants estiment que les lacunes en matière de protection contre le harcèlement sexuel résultent de la perception selon laquelle ce harcèlement n’est pas considéré comme un véritable problème par le grand public (66 %); |
| 34. | se félicite que la Commission européenne ait lancé, le 8 mars 2023, une campagne visant à combattre les stéréotypes de genre; s’interroge néanmoins sur la portée réelle de cette initiative pour les citoyens des villages, des villes et des régions d’Europe. Invite, à cet égard, la Commission à associer le CdR à de futures initiatives similaires et à lancer une campagne ciblée sur la nécessité d’éradiquer la violence fondée sur le genre; |
| 35. | est conscient du fait que, même si les campagnes de sensibilisation sont relativement nombreuses, elles n’atteignent souvent pas de manière significative les groupes cibles, l’accent n’étant pas suffisamment mis sur le droit à une protection face à la violence (10), et demande par conséquent que les campagnes soient adaptées au public, non seulement dans le but d’informer, mais aussi de contribuer à changer les comportements qui banalisent et tolèrent la violence fondée sur le genre dans le monde en ligne comme hors ligne, de manière à introduire ces changements malgré la fracture numérique et les différents niveaux de compétences numériques; |
| 36. | estime que ces campagnes devraient non seulement viser à sensibiliser le grand public, mais aussi à susciter une volonté politique d’agir et de trouver les moyens de prévenir et d’éradiquer toutes les formes de violence fondée sur le genre. Certains types de violence fondée sur le genre sont ancrés dans les pratiques culturelles et religieuses, telles que les mutilations génitales féminines et les crimes d’honneur. Les attitudes patriarcales, les inégalités entre les hommes et les femmes et la domination masculine peuvent être considérées comme faisant partie de ces pratiques, et des changements doivent se produire dans ces croyances et pratiques culturelles ou religieuses; |
| 37. | souligne que l’action de prévention de la violence ne consiste pas seulement à intervenir lorsqu’elle est avérée, mais à empêcher qu’elle ne se produise. La connaissance des stéréotypes sexistes, de la masculinité hégémonique, des perspectives et des expériences féminines, du contrôle coercitif et de la violence fondée sur le genre constitue une base importante pour un travail efficace de prévention de la violence. Il importe de souligner plus clairement qu’il est indispensable que les mesures de prévention de la violence ciblent et incluent les hommes, promeuvent l’égalité entre les hommes et les femmes et luttent contre les normes de masculinité et stéréotypes destructeurs en matière de genre et de sexualité. Une prévention universelle de la violence doit être au cœur de l’action des villes et des régions; |
| 38. | estime que l’obtention d’une représentation plus équilibrée des hommes et des femmes dans toute leur diversité en politique contribuerait fortement à bâtir la volonté politique d’éradiquer efficacement la violence fondée sur le genre; |
| 39. | souligne qu’il convient d’accorder une attention particulière à la nécessité d’éradiquer les messages, les contenus et les discours émanant de la sphère publique qui favorisent les stéréotypes sexistes ou justifient la violence fondée sur le genre, qui tentent d’expliquer ou d’excuser, ou encore qui soutiennent les actes de violence ou les préjudices fondés sur le genre; |
| 40. | est fermement convaincu qu’il importe de travailler avec les enfants et les jeunes afin de changer les comportements et de remettre en question les stéréotypes de genre grâce à l’éducation. Invite à cet égard les collectivités locales et régionales dotées des compétences idoines à envisager de mettre en place des campagnes et des cours pertinents dans les écoles, à l’instar de la région bruxelloise; |
| 41. | appelle les acteurs participant à l’éducation et à la sensibilisation à la violence fondée sur le genre à utiliser tous les canaux disponibles, y compris les médias sociaux, pour toucher les jeunes et, éventuellement, identifier des personnalités publiques populaires auprès d’eux qui pourraient défendre cette cause; |
| 42. | avertit que pour prévenir la violence, ces campagnes devraient d’abord empêcher les auteurs de violences domestiques d’agir. Il conviendrait qu’elles visent à modifier les normes de masculinité destructrices qui conduisent à la violence et aux abus, et à donner aux personnes de l’entourage les moyens de s’exprimer si elles voient ou entendent des actes de ce type. Il est primordial de souligner que la violence fondée sur le genre ne relève pas de la sphère privée, et de diffuser des informations qui s’adressent à la fois aux personnes exposées à la violence mais aussi aux auteurs potentiels, afin de les renseigner sur leurs droits et les ressources disponibles pour les aider; |
| 43. | est extrêmement préoccupé par les messages qui sont transmis aux jeunes par l’industrie pornographique sous forme de normes de masculinité destructrices, d’infractions sexuelles graves et d’humiliations à l’égard des femmes et des filles, ainsi que par la facilité avec laquelle les mineurs peuvent accéder à de tels contenus; créer des environnements destinés aux enfants qui soient exempts de toute pornographie et empêcher sa diffusion est essentiel lorsqu’il s’agit de lutter contre la violence fondée sur le genre; |
| 44. | demande que la sensibilisation à la violence fondée sur le genre soit reconnue comme un outil efficace pour lutter contre le faible taux ou l’absence de signalement de tels comportements; de récentes conclusions (11) suggèrent en effet que des initiatives comme le mouvement #MeToo contribuent à libérer la parole; |
| 45. | se félicite des campagnes de sensibilisation telles que la campagne intitulée «lieu sûr pour les femmes» (#SafePlace4Women) (12), qui invite les autorités à déclarer leurs villes et leurs régions comme des espaces sûrs pour les femmes et invite tous les membres du CdR à s’engager en faveur de la cause en se joignant à cette initiative ou à des initiatives similaires; |
Protection immédiate des victimes: lorsque la prévention et l’éducation échouent
| 46. | insiste sur le fait qu’il y a lieu de renforcer, à tous les niveaux de gouvernement, une approche axée sur les victimes de la violence fondée sur le genre et sur leurs droits; souligne l’importance d’une formation complète destinée aux professionnels susceptibles d’être le premier point de contact des victimes de violence fondée sur le genre, tels que les agents de police, les médecins ou les travailleurs sociaux, afin de s’assurer que les victimes se sentent en sécurité, respectées et protégées, et d’éviter toute retraumatisation; attire en outre l’attention sur le fait que les collectivités locales et régionales sont souvent en première ligne pour répondre aux besoins des victimes, en veillant à ce qu’elles soient prises en charge par les services sociaux, médicaux et de santé mentale locaux, et protégées en faisant respecter la loi; |
| 47. | invite les membres du CdR, son réseau européen de conseillers régionaux et locaux et les jeunes mandataires politiques à franchir une étape supplémentaire et à adhérer à la «Charte européenne pour l’égalité des femmes et des hommes dans la vie locale» (13), qui réunit déjà un ensemble divers de plus de 2 000 collectivités locales et régionales dans toute l’Europe; |
| 48. | rappelle que, selon la consultation publique de la Commission européenne (2021) sur la directive relative à la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, 60 % des personnes interrogées estiment nécessaire d’améliorer l’information des victimes concernant leurs droits, les services auxquels elles peuvent s’adresser et les suites données à leurs plaintes; les réponses indiquent également que les informations ne sont pas fournies assez rapidement (43 %), qu’elles sont difficiles à trouver (42 %), qu’elles sont incohérentes et réparties entre différentes sources (42 %); enfin, 41 % des personnes interrogées affirment que les victimes ne peuvent pas accéder aux informations sur les services d’aide en temps utile ni dans une langue qu’elles comprennent; |
| 49. | rappelle que, selon une étude du Parlement européen (14), la sensibilisation aux services de soutien aux victimes de violences fondées sur le genre et de violences domestiques varie d’un État membre à l’autre, les citoyens d’Europe orientale étant les moins susceptibles d’avoir entendu parler de ces services; |
| 50. | appelle l’ensemble des collectivités régionales à mettre en place des systèmes de signalement accessibles et centrés sur les victimes, tels que des lignes d’assistance téléphonique et des conseillers confidentiels, tout en créant des plateformes et du matériel d’information multilingues (numériques mais aussi physiques) afin que les victimes potentielles puissent accéder facilement et rapidement aux informations concernant leurs droits ainsi que la protection et l’aide disponibles, et en garantissant l’égalité d’accès et l’homogénéité des interventions sur l’ensemble du territoire. Il existe d’excellents exemples de telles plateformes, par exemple en Bavière et au Pays basque; |
| 51. | invite les collectivités locales et régionales à envisager la création d’un parcours pour les victimes de crimes de haine pour les femmes et les enfants, comme l’illustre l’exemple de la Toscane. Le réseau régional «Code rose» offre aux victimes des voies d’accueil, de soins et de protection tenant compte de la dimension de genre, en reliant l’ensemble des services de santé toscans au ministère public, aux services répressifs et aux associations. De cette manière, les victimes suivent un parcours qui leur garantit des soins médicaux, un refuge d’urgence ainsi que des conseils et des orientations afin qu’elles puissent échapper de manière réelle et réalisable à la violence; |
| 52. | observe qu’il y a lieu de développer des programmes d’intervention qui ciblent les auteurs de crimes et ceux qui craignent d’en commettre afin de réduire au minimum le risque de récidive dans les cas de crimes et de violences à l’égard des femmes; souligne également, à cet égard, qu’il importe que des ressources en matière de santé mentale soient disponibles et accessibles pour permettre aux personnes concernées d’explorer et de traiter les problèmes sous-jacents susceptibles d’engendrer des violences; |
| 53. | invite, dans ce contexte, les États membres et les collectivités locales et régionales à investir dans des programmes systématiques d’intervention précoce, de prévention et de formation tenant compte de la dimension de genre pour les professionnels qui entrent en contact avec des victimes, notamment les agents de police et le personnel médical, afin qu’ils comprennent la violence dans une perspective de genre et qu’ils ne sous-estiment pas ce qui est signalé, mais qu’ils puissent faire face rapidement et de manière appropriée à la situation; |
| 54. | estime qu’il est clairement nécessaire de prévoir des formations différentes pour les opérateurs participant à la phase préventive, à la phase de prise en charge et à la phase d’exécution; |
| 55. | demande aux membres du CdR de montrer l’exemple en améliorant la sensibilisation à l’égalité entre les hommes et les femmes ainsi que les compétences tenant compte des spécificités de genre de leur administration publique dans ce domaine; |
| 56. | met toutefois en garde contre la nécessité de garantir également un équilibre entre les hommes et les femmes dans la participation à ces formations, certaines initiatives existantes révèlent en effet qu’elles sont actuellement surtout suivies par des femmes; |
| 57. | invite les États membres et les collectivités locales et régionales à suivre l’exemple de certaines régions, telles que la Catalogne, et à instaurer une police spécifique et des tribunaux spécialisés en matière de violence fondée sur le genre; |
Financement et difusion de projets visant à lutter contre la violence fondée sur le genre
| 58. | se félicite du financement fourni grâce à l’initiative Daphné dans le cadre du programme «Citoyens, égalité, droits et valeurs» afin de lutter contre la violence fondée sur le genre et la violence à l’encontre des enfants; observe néanmoins que la répartition géographique entre les bénéficiaires du financement au titre de Daphné est inégale et que la région d’Europe centrale et orientale, en particulier, manque d’initiatives pour bénéficier de ces fonds européens (15); |
| 59. | invite la Commission à mieux informer les membres du CdR au sujet du programme Daphné, à aider les collectivités locales et régionales à bénéficier de ce financement et à les utiliser comme plateforme de diffusion pour informer également les autres acteurs sur le terrain; |
| 60. | demande à la Commission de lancer rapidement le réseau européen de prévention de la violence sexiste et domestique, en y associant les collectivités locales et régionales, et de permettre également un échange de bonnes pratiques en matière d’initiatives de prévention, d’éducation et de formation, assorti d’un guide sur les instruments de financement de l’Union disponibles pour ces dernières; |
| 61. | exhorte la Commission européenne et les États membres à mettre en œuvre une budgétisation tenant compte de la dimension de genre dans le cadre financier pluriannuel et les budgets nationaux, en guise d’instrument visant à améliorer l’égalité entre les hommes et les femmes grâce à des mesures budgétaires pouvant contribuer à combler les écarts de genre tout en octroyant des ressources financières et humaines appropriées et étendues sur le long terme pour prévenir et combattre de manière adéquate toutes les formes de violence fondée sur le genre. |
Bruxelles, le 29 novembre 2023.
Le président du Comité européen des régions
Vasco ALVES CORDEIRO
(1) Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique (STCE no 210, https://rm.coe.int/1680084840e).
(2) https://fra.europa.eu/fr/publication/2014/violence-against-women-eu-wide-survey-main-results-report
(3) WHO warns of surge of domestic violence in Europe (https://unric.org/en/who-warns-of-surge-of-domestic-violence-as-covid-19-cases-decrease-in-europe/) («L’OMS met en garde contre la recrudescence de la violence domestique en Europe»).
(4) Ending gender-based violence (https://commission.europa.eu/strategy-and-policy/policies/justice-and-fundamental-rights/gender-equality/gender-based-violence/ending-gender-based-violence_en) («En finir avec la violence fondée sur le genre»).
(5) Proposition de directive du Parlement européen et du Conseil sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique [COM(2022) 105 final].
(6) Rapport sur la proposition de directive du Parlement européen et du Conseil sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, Parlement européen, A9-02342023 (https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/A-9-2023-0234_FR.html).
(7) Gender-based violence: capturing accurate data — Products Eurostat News — Eurostat (https://ec.europa.eu/eurostat/web/products-eurostat-news/-/wdn-20211004-1) («La violence fondée sur le genre: recueillir des données exactes — Produit Actualité Eurostat — Eurostat»).
(8) https://eige.europa.eu/sites/default/files/documents/mh0221655ena_002.pdf
(9) Voir la consultation publique ouverte de la Commission européenne (2021) en vue de la proposition COM(2022) 105 final susmentionnée.
(10) Proposition de directive du Parlement européen et du Conseil sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique [COM(2022) 105 final — 2022/0066 (COD)].
(11) The Silenced Women: What works in encouraging women to report cases of gender-based violence? (https://blogs.worldbank.org/developmenttalk/silenced-women-what-works-encouraging-women-report-cases-gender-based-violence) («Les femmes silencieuses: comment encourager efficacement les femmes à signaler les cas de violence fondée sur le genre?»).
(12) https://pes.cor.europa.eu/sites/default/files/Resolution_Safe%20Place%20For%20Women%20EN.docx
(13) Le texte de la Charte — Observatoire de la Charte européenne (https://charter-equality.eu/the-charter/lobservatoire-europeen-en.html?lang=fr).
(14) Mise en œuvre du programme Daphné et d’autres fonds destinés à la lutte contre la violence envers les femmes et les filles, Parlement européen (2019).
(15) Mise en œuvre du programme Daphné et d’autres fonds destinés à la lutte contre la violence envers les femmes et les filles, Parlement européen (2019).
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/1042/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
Initiative législative — 52023IE0430
14/12/2023
Initiative législative — 52023IE0848
14/12/2023
Initiative législative — 52023IE1864
14/12/2023
Initiative législative — 52023IE1906
14/12/2023