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AccueilDroit européen52023IR4562
Initiative législative52023IR4562

Avis du Comité européen des régions — Le logement intelligent, durable et abordable, un outil au service des pouvoirs locaux pour relever de multiples défis (Avis d’initiative)

CELEX52023IR4562
TypeInitiative législative
Datemercredi 17 avril 2024

Résumé IA

Cet avis d'initiative du Comité européen des régions souligne le rôle central des collectivités locales dans la promotion d'un logement intelligent, durable et abordable. Il appelle à une meilleure intégration des politiques de l'UE (numérique, énergétique, sociale) pour soutenir les pouvoirs locaux face aux défis du vieillissement, de la précarité énergétique et de la transition écologique. Le texte insiste sur la nécessité d'un financement adéquat et d'une simplification des règles pour permettre aux autorités locales de développer des solutions innovantes et inclusives.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2024/3667

26.6.2024

Avis du Comité européen des régions — Le logement intelligent, durable et abordable, un outil au service des pouvoirs locaux pour relever de multiples défis

(Avis d’initiative)

(C/2024/3667)

Rapporteur

:

Andres JAADLA (EE/Renew Europe), membre du conseil municipal de Rakvere

I. RECOMMANDATIONS POLITIQUES

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS (CdR),

1.

fait observer que la crise du logement en Europe s’aggrave actuellement du fait de l’urbanisation rapide et des tendances migratoires, phénomènes exacerbés par les crises successives, en particulier la pandémie de COVID-19 ainsi que la hausse des coûts de l’énergie et l’inflation dues à la guerre en Ukraine, ce qui pousse les collectivités locales et régionales à leurs limites pour ce qui est de garantir un parc de logements suffisant et abordable, un environnement social inclusif et des conditions de vie décentes, salubres et durables;

2.

constate avec inquiétude que la surcharge des coûts du logement et la tendance constante à la hausse des loyers et des prix de l’immobilier dans les grandes villes et les zones métropolitaines touchent de plus en plus les ménages, non seulement ceux à faibles revenus, mais aussi ceux à revenu intermédiaire: 10,4 % de la population urbaine de l’Union vit dans un ménage pour lequel le coût total du logement représente plus de 40 % du revenu disponible. La gentrification et la touristification (la tendance à privilégier la location de courte durée pour les touristes) exercent une pression à la hausse sur les prix et la précarité énergétique touche environ 34 millions d’Européens, ce qui augmente le risque d’exposition à des expulsions et exacerbe le sans-abrisme, en particulier pour les ménages à faibles revenus, les jeunes, les personnes handicapées, les personnes âgées, les familles nombreuses, les migrants et certains groupes culturels ou ethniques spécifiques et les personnes LGBTQIA+;

3.

réaffirme le droit de chaque personne à disposer d’un logement abordable, accessible et salubre, conformément au principe 19 du socle européen des droits sociaux, à l’objectif de développement durable no 11 des Nations unies, intitulé «Villes et communautés durables», et à la charte de Genève des Nations unies sur le logement durable;

4.

souligne que c’est aux autorités locales et régionales qu’il incombe au premier chef de répondre à la demande de logements et de gérer d’importants parcs de bâtiments et d’espaces publics, et qu’elles jouent un rôle essentiel dans la planification et le financement en la matière;

5.

met en garde contre le fait que les coûts excessifs du logement ont une incidence négative non seulement sur les économies locales et régionales, mais aussi sur la mobilité au sein du marché unique. Les personnes qualifiées et les diplômés estiment souvent qu’il est financièrement prohibitif de déménager dans des zones offrant des possibilités professionnelles dans leur domaine d’activité; de même, de nombreuses professions essentielles, telles que les enseignants, les policiers et les infirmières, sont exclues du marché du logement des grandes villes, et les travailleurs critiques qui occupent des emplois à bas salaires consacrent quotidiennement des heures à effectuer leur trajet domicile-travail. Dans de nombreux cas, les collectivités locales et régionales, les agences publiques et les entreprises privées qui fournissent ces services sont confrontées à des difficultés extrêmes pour pourvoir les postes vacants pour certains de ces emplois essentiels;

6.

affirme que le droit des autorités publiques locales et régionales de réglementer des objectifs d’intérêt public, notamment en relation avec le logement et la planification urbaine, dans les limites du cadre juridique applicable, est un élément clé pour parvenir à la cohésion et constitue une question de subsidiarité;

7.

rappelle que les coûts élevés du logement posent un problème d’accessibilité à l’éducation, en particulier dans les grandes villes où l’enseignement supérieur est concentré et où les loyers sont les plus élevés. Le manque de logements abordables limite l’accès à l’éducation, ce qui souligne la nécessité de mettre en place des politiques qui garantissent l’égalité en matière d’éducation et autonomisent les jeunes;

8.

souligne que le coût du logement entraîne une vulnérabilité sociale, en ce qu’il limite le choix des individus de quitter des environnements insalubres ou propices aux abus. Cela met en évidence la nécessité d’une politique globale du logement qui aborde non seulement les aspects économiques, mais aussi le bien-être individuel, en faisant rentrer dans la problématique du logement les préoccupations en matière de santé publique et de sécurité des personnes;

9.

prend acte de la résolution du Parlement européen du 21 janvier 2021 qui demande que des mesures soient prises pour résoudre la crise du logement et que le logement adéquat soit reconnu comme un droit humain fondamental dans l’Union européenne; se félicite du débat sur le logement décent pour tous qui s’est tenu au Parlement européen (en octobre 2023) et de l’appel en faveur d’un plan d’investissement social solide, d’un financement adéquat et d’une approche politique globale pour traiter la question de la disponibilité, du caractère abordable et de l’adéquation des logements en Europe;

10.

se félicite vivement de la déclaration de Gijón de 2023 et de la déclaration de Nice de 2022, signées par les ministres européens du logement et du développement urbain, dans lesquelles est reconnue la nécessité d’appliquer les principes de subsidiarité et de gouvernance à plusieurs niveaux dans l’élaboration des politiques du logement dans l’Union européenne; se félicite tout particulièrement que la dernière déclaration de Liège, adoptée le 5 mars 2024, envisage des mesures concrètes pour accélérer la rénovation, diversifier les sources de financement, améliorer la gouvernance et les synergies, et encourager l’innovation dans ce domaine;

11.

demande que l’accent soit mis à nouveau sur les initiatives en cours en matière de logement coopératif, public et social, fondé sur des partenariats public-privé ou à but non lucratif, ainsi que sur des initiatives en faveur de logements privés abordables et sans but spéculatif, et qu’une impulsion financière soit donnée à leur mise en œuvre, ce qui permettrait de doter les collectivités locales et régionales d’instruments qui les rendent capables de faire face aux crises en cours; demande aussi que le recours au FEDER soit possible pour la construction de nouveaux logements sociaux ainsi que la mise à niveau et la réfection de bâtiments résidentiels dans toutes les régions européennes. Des investissements accrus dans le secteur du logement permettraient concrètement d’améliorer l’accessibilité et le caractère abordable des logements, de stimuler la base économique locale, et de contribuer à inverser les tendances démographiques, à atteindre les objectifs en matière de climat et à améliorer la résilience locale face au changement climatique, tout en répondant aux impératifs d’intégration des réfugiés et des migrants;

12.

appelle de ses vœux une meilleure coordination entre les politiques de l’Union et celles des États membres, de leurs régions et de leurs collectivités locales, ainsi que le lancement, sur le modèle du programme urbain pour l’UE, d’un programme de logement pour l’Union européenne, visant à apporter une réponse institutionnelle commune, à plusieurs niveaux et associant de multiples acteurs, aux défis en matière de logement au moyen d’une coordination accrue des politiques, des financements et des modèles de logement à l’échelle de l’Europe;

13.

souligne que, si les politiques de logement restent une compétence exercée au niveau pertinent dans les États membres de l’Union, plusieurs règlements de l’Union — en matière de protection sociale, d’économie sociale, de développement urbain, d’efficacité énergétique, de régulation des marchés et d’aides d’État — ont une forte incidence sur la problématique du logement au niveau local. Afin de contribuer à la mise en place d’un agenda positif de l’UE pour le logement, le Comité européen des régions soutient la proposition du Parlement européen d’amender l’article 153, paragraphe 1, point j), du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne en introduisant une compétence d’appui à l’Union européenne dans le domaine du logement social (1);

14.

en matière de régulation des marchés, le Comité européen des régions demande à la Commission européenne de traiter la question de la spéculation et du blanchiment dans le marché immobilier au niveau européen à travers un registre européen de transparence de l’immobilier qui inclurait le nom des propriétaires des différentes propriétés, assurant par là même que chaque locataire connaisse l’identité réelle de son bailleur. Un tel registre pourrait contribuer à éviter les tendances prédatrices d’une large gamme de grandes entreprises immobilières et de particuliers multipropriétaires, ainsi qu’à prévenir le phénomène des bâtiments vides et inutilisés;

15.

salue, dans ce contexte, le document de travail des services de la Commission de 2022 sur l’évaluation des règles de l’UE en matière d’aides d’État relatives aux services d’intérêt économique général (SIEG) applicables aux services sociaux et de santé, qui a conclu que le paquet SIEG de 2012 en ce qui concerne les services sociaux et de santé est globalement adapté à sa finalité, mais que des améliorations sont encore possibles, notamment pour clarifier certains concepts tels que celui du logement social ou du logement abordable, en faisant en sorte que la définition soit la même dans tous les États membres;

16.

prend également acte de la déclaration de Bruxelles des maires européens du 24 janvier 2024 et du manifeste d’Eurocities pour les élections européennes, qui date de décembre 2023, lesquels, à côté d’autres documents similaires, appellent à faire du logement l’une des principales priorités de la prochaine législature du Parlement européen et de la Commission européenne, et s’engage à collaborer avec toutes les parties prenantes concernées afin de veiller à ce que ce vœu devienne réalité;

17.

estime qu’il convient d’envisager des mécanismes capables de réglementer le marché du logement vide, qui pourraient faire partie des solutions supplémentaires pour répondre à la pénurie de logements abordables;

18.

demande une nouvelle fois à la Commission européenne de réviser la décision 2012/21/UE (2) relative aux aides d’État sous forme de compensations de service public, d’envisager d’autoriser des investissements plus larges dans le logement conformément aux règles en matière d’aides d’État et d’élargir la définition du logement social figurant dans la décision de sorte qu’il ne s’adresse plus seulement «aux personnes défavorisées ou aux groupes sociaux moins avantagés», afin de tenir compte du pouvoir d’appréciation conféré aux États membres en ce qui concerne la planification, la fourniture, le financement et l’organisation de la construction de logements sociaux, de garantir la liberté démocratique de décision et de fournir l’accès à un logement adéquat et abordable en raison de l’incapacité des marchés actuels du logement à répondre, dans certains endroits, aux besoins en matière d’hébergement, non seulement pour les personnes qui n’ont aucun accès à un logement, mais également les résidents de logements dangereux pour la santé, inadaptés ou surpeuplés, ainsi que celles qui consacrent l’essentiel de leurs revenus au paiement de leur loyer ou de leur mensualité de prêt;

19.

demande que le Semestre européen tienne mieux compte des questions urbaines: la coordination des politiques économiques et sociales dans l’Union doit embrasser le logement abordable, les inégalités et les investissements à long terme;

20.

souligne la dimension de genre dans les politiques du logement et insiste sur le fait que les écarts de salaires dus au genre ont souvent un impact plus important sur les femmes. Les femmes, en particulier les mères célibataires et celles qui sont à l’âge de la retraite, sont exposées à un risque plus élevé compte tenu des écarts de rémunération et de pension qui subsistent entre les hommes et les femmes; appelle donc les autorités locales et régionales à prendre les mesures nécessaires pour créer des opportunités égales pour toutes et tous; en particulier, souligne la situation particulièrement précaire des familles monoparentales et les discriminations qu’elles subissent dans la recherche d’un logement et demande à ce que la situation des parents isolés, qui sont en grande majorité des femmes aux carrières professionnelles tronquées, soit prise en compte également de façon prioritaire dans les critères d’attribution des logements sociaux;

21.

se félicite que la directive (UE) 2022/542 du Conseil (3) autorise le maintien de taux réduits de TVA pour la fourniture et la construction de logements, dans le cadre d’une politique sociale, ainsi que pour la rénovation et la transformation d’habitations et de logements privés;

22.

souligne que de nombreuses responsabilités également assumées par les gouvernements nationaux, telles que la fiscalité, les dépenses publiques et la politique sociale, ont une incidence profonde sur les résultats en matière de logement et appellent à une gouvernance à plusieurs niveaux et à un partenariat solides entre les acteurs publics dotés de multiples outils stratégiques coordonnés pour fournir un logement abordable; souligne que des taxes récurrentes bien conçues sur les biens immobiliers résidentiels peuvent contribuer à répondre aux questions d’inégalités, favoriser une croissance plus durable des prix de l’immobilier et fournir aux collectivités locales et régionales les ressources indispensables pour investir dans les infrastructures critiques et la transition écologique;

23.

souligne que les solutions axées sur le logement pour les personnes dans le besoin devraient être comprises comme un droit et que la garantie du logement devrait s’inscrire dans le cadre d’une approche globale qui garantisse la fourniture de services d’aide tant structurels que personnalisés tout en mettant l’accent sur la prévention et l’aide aux personnes les plus vulnérables et exposées au sans-abrisme et en contribuant au bien commun. Dans ce cadre, appelle les États membres de l’Union européenne à rejoindre le programme «Un Logement d’abord» pour combattre le sans-abrisme et à bannir les discriminations liées au sans-abrisme en Europe;

24.

reconnaît que l’Union dispose de modèles efficaces de logement social et demande une plus grande publicité des bonnes pratiques de l’Union en matière de sécurité sociale et de maintien dans leur logement des ménages à revenus faibles et moyens, ainsi que d’efforts en faveur de l’intégration sociale des sans-abri les plus vulnérables, en mettant particulièrement l’accent sur les jeunes de l’Union qui sont confrontés au sans-abrisme ou qui risquent de devenir sans abri;

25.

souligne que dans les villes et les régions d’Europe, il existe des traditions différentes en matière de location, de propriété immobilière et de politique du logement, et que la gamme des outils stratégiques utilisés devrait en tenir compte; fait toutefois observer que seule une combinaison saine de logements publics, logements coopératifs, sociaux et privés, avec des modalités de financement variées, y compris public-privé, s’est avérée essentielle pour garantir la disposition suffisante de logements répondant aux besoins de tous les citoyens;

26.

souligne que les services de location de logements de courte durée doivent respecter les objectifs de politique publique en ce qui concerne le logement disponible et abordable et les efforts visant à protéger les centres urbains contre une «touristification» excessive. Il est essentiel de trouver un équilibre entre les besoins des résidents locaux, des entrepreneurs et des touristes afin de préserver la qualité de vie des quartiers, sans compromettre le degré d’acceptation élevé du tourisme dans les régions et les villes d’Europe et les avantages économiques qu’il apporte;

27.

se félicite, à cet égard, de l’accord politique conclu en novembre 2023 entre le Parlement européen et le Conseil sur l’amélioration de la transparence et de l’échange d’informations dans le secteur de la location de courte durée et considère qu’il s’agit d’une étape importante pour permettre aux collectivités locales et régionales de contrôler correctement ce marché; demande une mise en œuvre complète et rapide de ce nouveau cadre européen pour réguler l’impact des plateformes digitales sur les marchés immobiliers, particulièrement en ce qui concerne les obligations desdites plateformes de respecter les réglementations locales et régionales et d’informer les autorités locales et régionales sur les unités de logements utilisées pour des locations de courte durée;

28.

fait observer que si de nombreuses zones rurales sont confrontées à des défis démographiques et au dépeuplement, les prix des logements restent souvent stables, voire augmentent, à mesure que les citadins achètent des résidences secondaires; attire en particulier l’attention sur les défis qui se posent sur le marché du logement de vacances, dans la mesure où les possibilités pour les populations locales d’accéder à un logement sont limitées face à la concurrence d’acheteurs de biens immobiliers disposant de moyens financiers plus importants. Afin de contribuer à résoudre le problème, il convient d’encourager les programmes de subventions publiques et de garanties de prêts pour les jeunes, destinés à l’achat, à la restauration et à la construction en tant qu’autopromoteur d’un logement permanent et régulier dans les petites municipalités;

29.

reconnaît que le parc immobilier de l’Union européenne comprend plus de 220 millions d’unités de bâtiment construites avant 2001 (soit 85 % dudit parc immobilier) et que la part des bâtiments à usage d’habitation (en surface au sol) représente plus de 66 % du parc immobilier dans la plupart des États membres de l’Union;

30.

souligne que le taux de rénovation énergétique, s’il dépasse les 2 % par an en calcul pondéré pour les bâtiments résidentiels dans certains États membres, reste globalement de 1,0 % et que la rénovation en profondeur des bâtiments résidentiels accuse un retard, avec des taux inférieurs à ceux des bâtiments non résidentiels; invite à développer les incitations et le soutien financier en faveur de la rénovation en profondeur résidentielle dans l’Union, en les assortissant d’une fiscalité favorable, évitant de taxer les montants reçus d’une administration sous forme de subventions ou d’aides pour des actions d’accessibilité, de conservation, d’efficacité énergétique et de salubrité, comme le désamiantage, tout en maintenant les mesures sociales visant à prévenir l’expulsion des locataires ou propriétaires de logements, et plus particulièrement les personnes vulnérables ou appartenant à des groupes défavorisés. Un autre facteur qui a une incidence sur la rénovation énergétique fondée sur les aides européennes est la complexité de la procédure administrative pour pouvoir en disposer, en particulier pour le segment de population le plus défavorisé;

31.

souligne que plusieurs facteurs ont une incidence sur la rénovation résidentielle, notamment les taux de propriété élevés, le faible pouvoir juridique des collectivités locales, l’inadéquation de la planification en termes de réhabilitation écologique et durable des bâtiments et l’insuffisance des financements pour des investissements territorialisés capables de répondre aux besoins locaux et de renforcer la résilience économique, la prospérité et le développement durable au niveau local;

32.

reconnaît que l’architecture durable est le modèle de l’avenir, capable d’améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments, de réduire au minimum les déchets et les matériaux chimiquement toxiques, de créer des environnements sains et productifs pour les occupants, tout en insérant l’architecture dans un cadre culturel beaucoup plus large fait d’interactions entre l’homme et la nature; note par conséquent que le nouveau Bauhaus européen, les actions de l’Union en matière d’innovation urbaine et l’initiative de l’Union en faveur d’un logement abordable peuvent être des instruments utiles pour relever les multiples défis auxquels sont confrontées les collectivités locales;

33.

observe avec intérêt les phénomènes récents tels que les communautés de jeunes professionnels vivant en cohabitation («coliving») dans les grandes villes, la prolifération de studios et appartements unipersonnels, comprenant des aménagements limités pour la cuisine et la socialisation, qui densifient les centres urbains et les rendent plus durables sur le plan environnemental, accessibles aux jeunes générations et davantage adaptés à leurs modes de vie, mais met en garde contre le fait que, dans certains cas, il peut s’agir d’une réponse partielle du marché qui s’accompagne de ses propres problèmes, par exemple l’insuffisance des infrastructures de soutien nécessaires à un nombre accru et une densité plus élevée de résidents. Il s’agit d’initiatives qui doivent être soutenues afin de favoriser le maintien de l’usage résidentiel des bâtiments au centre des villes et de rajeunir leur population, tout en veillant à ne pas dépasser la capacité des infrastructures existantes. Si un risque se présente en la matière, il convient que les collectivités locales et régionales soient en mesure de réglementer le coliving afin que les infrastructures et les services locaux puissent s’adapter à cette densification des centres urbains;

34.

reconnaît la contribution importante du financement de l’UE, et en particulier du Fonds européen de développement régional (FEDER), du Fonds de cohésion et de la facilité pour la reprise et la résilience (FRR), à l’investissement dans l’efficacité énergétique dans le logement, l’acquisition et la réhabilitation d’unités de logement collectif, la régénération de zones de logement urbain et social ou encore le développement de logements sociaux et protégés. Le Comité européen des régions appelle d’ailleurs les États membres à inclure des plans nationaux pour le logement abordable dans leurs programmes nationaux de réforme. Au total, ce sont quelque 22,3 milliards d’EUR qui sont programmés sur la période 2021-2027 pour l’efficacité énergétique des habitations et les investissements dans le secteur du logement dans le cadre de l’inclusion sociale au titre du FEDER, de la FRR et du Fonds de cohésion. Par ailleurs, le Fonds social européen plus soutient les programmes d’aide au logement, le renforcement des capacités et la fourniture de services sociaux aux personnes exposées au risque de sans-abrisme. Toutefois, le déficit d’investissement annuel dans le logement social et abordable atteint 57 milliards d’EUR (4);

35.

soutient la promotion et l’échange de bonnes pratiques en matière de solutions de logement décentralisées et socialement innovantes, et souligne l’intérêt des logements intergénérationnels, particulièrement ceux où se mélangent les personnes plus âgées et les étudiants, apprentis ou stagiaires qui bénéficieraient ainsi d’un échange intergénérationnel et de coûts de logements préférentiels; encourage de même la mise en œuvre à une plus grande échelle de projets de logement temporaire pour lutter contre le sans-abrisme et promouvoir l’intégration et l’économie circulaire par la création de communautés dynamiques et diversifiées, en prévenant ainsi l’occupation illégale de bâtiments vides, laquelle pose un problème croissant, des personnes n’ayant pas d’autre choix pour s’abriter;

36.

reconnaît la nécessité d’une coopération entre les collectivités locales, les gouvernements nationaux et le monde universitaire dans le cadre d’Horizon Europe et d’autres initiatives afin d’évaluer et de développer davantage les régimes de subventions à la rénovation et d’autres mesures incitatives afin de permettre une rénovation efficace et hautement reproductible, par exemple avec des éléments préfabriqués à coût abordable et des mécanismes de financement qui ne pèsent pas davantage sur les occupants en situation de précarité énergétique;

37.

appelle de ses vœux un meilleur accès au crédit et aux prêts hypothécaires pour les jeunes dont la situation financière est moins favorable, y compris, par exemple, au moyen de systèmes publics de garantie de prêts. Les parties prenantes aux niveaux local, régional et national doivent s’aligner sur les valeurs d’autonomisation des jeunes et de croissance économique, en insistant sur l’importance de donner aux jeunes générations les moyens d’investir dans leur avenir grâce à l’accession à la propriété immobilière;

38.

est fermement convaincu que la rénovation énergétique devrait aller de pair avec des mises à niveau structurelles des bâtiments et contribuer à les amener à respecter les normes de sécurité antisismique, en matière d’incendies et en matière d’accessibilité universelle pour toutes les personnes, entre autres normes les plus récentes. Il y a lieu que les logements rénovés adoptent les normes les plus élevées en matière de résilience face au changement climatique afin de ne pas perdre de nouveaux logements en cas de phénomènes climatiques extrêmes; demande que soit accélérée la prise en compte des enjeux climatiques dans le parc immobilier existant de sorte à le rendre plus résilient face aux phénomènes météorologiques extrêmes, y compris, le cas échéant, les vagues de chaleur extrêmes, qui touchent particulièrement les personnes âgées et les groupes vulnérables dans les quartiers urbains densément peuplés;

39.

reconnaît l’efficacité du contrôle des loyers en tant que mesure temporaire contre les hausses rapides des loyers, mais met en garde contre la dépendance à long terme à l’égard de cet instrument. S’il existe toujours un besoin immédiat de freiner les augmentations de loyer, il est de la plus haute importance de s’engager à trouver des solutions durables et axées sur le marché, qui garantissent un logement abordable, étant donné qu’il existe un risque de créer des marchés parallèles, à savoir un marché pour les logements à loyer contrôlé et le marché commercial;

40.

invite la Commission à encourager les collectivités locales et régionales à mettre en avant les modules intégrés de rénovation des bâtiments en matière de chauffage, de ventilation et de refroidissement et à soutenir la formation du personnel de rénovation dans le cadre des programmes financés par le Fonds social européen plus et au titre de REPowerEU, étant donné que la transition vers une approche circulaire systématique en matière de rénovation des bâtiments nécessite des efforts considérables en termes de reconversion et de soutien aux compétences locales, tant dans le secteur public que dans le secteur privé. Ces modules intégrés ont évidemment davantage de pertinence s’ils s’accompagnent d’améliorations visant à rendre les logements passifs;

41.

souligne que la principale solution pour faire face aux prix élevés du logement est la construction de nouvelles unités, qui augmente l’offre et réduit en conséquence les coûts de production, les prix des terrains et les prix de vente et de location des logements; souligne, à cet égard, le rôle essentiel des collectivités locales et régionales pour veiller à ce que des réglementations adéquates, des infrastructures et des terrains appropriés soient disponibles pour permettre et encourager la construction de nouveaux logements. Il convient dès lors de promouvoir la simplification des procédures prévues par les instruments d’urbanisme;

42.

reconnaît la nécessité de cibler les bâtiments les moins efficaces et les bâtiments dotés d’un fort potentiel d’économies d’énergie; souligne la nécessité de disposer d’une main d’œuvre et d’entrepreneurs qualifiés; est conscient de l’effet sur la valeur des bâtiments et sur les marchés immobiliers, qui ne saurait entraîner la moindre hausse des coûts pour les locataires; demande par conséquent de donner aux États membres la possibilité juridique de solliciter une extension des délais fixés, si elle est justifiée par des circonstances exceptionnelles;

43.

reconnaît toutefois que l’augmentation des volumes et l’intensification de la construction de nouvelles unités constituent une solution, mais pas la seule et unique solution miracle pour réduire les coûts du logement, et souligne la nécessité de mettre en œuvre parallèlement et plus largement, au niveau des collectivités locales et régionales, d’autres solutions innovantes visant à réduire les obstacles à l’accès à un logement stable et de qualité. Pourraient figurer parmi celles-ci la réaffectation de biens immobiliers vacants et leur transformation en logements, ou une mobilisation accrue des capacités de logement existantes non utilisées par l’intermédiaire de centres d’aide et d’agences de location municipales, agissant en tant que partenaires fiables pour les propriétaires privés et apportant une aide aux personnes qui ont besoin d’un logement. Pour les propriétaires de logements, ces acteurs prévoient une série de garanties et de services, tels que le paiement régulier de revenus garantis ou la réparation du logement au-delà des normes imposées par la loi, tandis que, pour les personnes à la recherche d’un logement, ils fournissent une aide au logement, ainsi que d’autres services sociaux, le cas échéant;

44.

souligne qu’il importe de tirer parti des bonnes pratiques locales et de partager les connaissances concernant les pratiques d’urbanisme, les modèles de logement, la mise en place d’actions d’innovation et les technologies intelligentes entre les collectivités locales et régionales de l’Union; prend dès lors acte du lancement positif du nouveau Bauhaus européen, qui comprend 22 idées inspirantes de projets liés au logement et à la mise en œuvre du programme urbain de l’UE (PUUE), avec son partenariat PUUE pour le logement et la création de l’un des premiers centres dans le cadre des centres d’excellence de la charte des Nations unies de Genève;

45.

reconnaît qu’une approche systématique et intégrée en matière de rénovation apporte plus de valeur aux lieux européens riches de leur patrimoine historique et, en ce sens, invite la Commission européenne et les États membres de l’UE à fournir des orientations sur l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments historiques, y compris en tirant parti des travaux du nouveau Bauhaus européen. Il conviendrait de soutenir la rénovation de ces bâtiments par des régimes de financement spécifiques adossés à des calendriers suffisamment souples;

46.

prend également acte du lancement de l’initiative en faveur du logement abordable dans le cadre de la stratégie de la Commission «Une vague de rénovations pour l’Europe», qui portera sur 100 districts phares pour la rénovation et la construction, le but étant de doubler les taux de rénovation d’ici à 2030. À l’heure actuelle, de nombreuses communes mettent déjà en œuvre des projets de logement comportant des solutions intelligentes pour l’efficacité énergétique des bâtiments municipaux;

47.

réaffirme que l’initiative «Une vague de rénovations» devrait contribuer à la mise en œuvre du droit à un logement abordable, accessible et salubre, et estime que l’action en matière d’efficacité énergétique est un moyen structurel de lutter contre la précarité énergétique;

48.

propose d’utiliser les recettes du système d’échange de quotas d’émission de l’UE (SEQE) et le Fonds social pour le climat pour financer des subventions destinées à aider les citoyens européens vulnérables à rénover leur logement, ainsi que des allocations de logement liées à des objectifs climatiques pour les personnes dans le besoin — en gérant conjointement ce système avec les régions — et de mettre en place une politique globale visant à surmonter la précarité énergétique et à faire en sorte que la vague de rénovations et l’initiative en faveur d’un logement abordable rendent le logement plus abordable dans l’ensemble de l’UE;

49.

note en outre la nécessité d’inclure l’approche fondée sur le cycle de vie dans la définition des bâtiments à émissions nulles et à émissions quasi nulles, en vue de promouvoir un parc immobilier neutre pour le climat d’ici à 2050;

50.

rappelle, comme indiqué dans l’avis sur la proposition de directive sur la performance énergétique des bâtiments, que le renforcement de la rénovation des bâtiments est l’occasion de lutter contre la précarité énergétique et de rendre positifs sur le plan énergétique les bâtiments accueillant des ménages vulnérables; regrette toutefois que la directive entraîne des coûts de rénovation accrus pour de nombreuses personnes, et notamment les bas salaires et les ménages, déjà touchés par l’augmentation du coût de la vie, de l’énergie et de l’inflation; à cette fin, demande instamment que soit adoptée une politique globale relative à la précarité énergétique, de manière à éviter une aggravation des problèmes liés à ce phénomène dans toute l’Union européenne, en se penchant tout particulièrement sur l’égalité entre les femmes et les hommes; invite dès lors la Commission à mettre en place une stratégie globale pour éradiquer la précarité énergétique et réaffirme qu’il est prêt à coopérer avec le groupe de coordination sur la précarité énergétique et les consommateurs vulnérables, récemment créé, en vue de concevoir une stratégie adaptée à sa mise en œuvre aux niveaux local et régional;

51.

dans ce cadre, demande à la Commission européenne de réfléchir sur la possibilité que les revenus du système européen d’échange des émissions carbone (ETS) et du Fonds social pour le climat soient utilisés pour financer des subventions en faveur des citoyens européens les plus vulnérables, afin de les aider, au travers de programmes gérés par les autorités de gestion des fonds structurels, à rénover leur foyer et afin d’établir une politique globale contre la pauvreté énergétique et ainsi assurer que la vague de rénovation améliore l’accès à un logement abordable en Europe et que les procédures administratives pour l’accès à ces aides soient aussi simplifiées que possible;

52.

se félicite des recommandations de la Commission, publiées le 20 octobre 2023, sur les mesures et les politiques que les États membres peuvent adopter pour lutter contre la précarité énergétique, certaines étant liées au logement. Les investissements dans l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables figurent parmi les mesures structurelles qui ont une incidence durable, en s’attaquant aux causes profondes de la précarité énergétique, telles que la faible performance énergétique des habitations et des appareils ménagers, les dépenses énergétiques élevées en proportion des budgets des ménages et les faibles niveaux de revenus (exacerbés par l’inflation). Dans le même temps, le Comité souligne que la précarité énergétique est l’une des dimensions de la pauvreté, qui requiert des mesures de politique économique, sociale et du marché de l’emploi;

53.

soutient les systèmes d’énergie renouvelable décentralisés et les communautés énergétiques locales liées aux aménagements résidentiels; demande de procéder à une analyse plus approfondie et de supprimer les obstacles législatifs qui empêchent un partage plus large de l’énergie afin d’exploiter pleinement le potentiel de ces systèmes. Plus particulièrement, afin d’améliorer l’efficacité des mesures envisagées dans les plans en matière de chaleur et de froid qui devront être élaborés conformément à la directive sur la performance énergétique des bâtiments, le Comité appelle de ses vœux une réglementation européenne sur les réseaux de chaleur et de froid qui viserait à résoudre les problèmes liés à leur promotion et à leur gestion, tant dans de nouvelles zones urbaines que dans des zones urbaines bien établies, par exemple s’agissant des droits des utilisateurs;

54.

est favorable à une adoption plus rapide des solutions numériques et énergétiques intelligentes en encourageant l’accessibilité et la facilité d’utilisation des systèmes, la mise à disposition pour les ménages de conseils techniques suffisants de la part des entreprises, l’habileté numérique et les compétences des utilisateurs finaux au niveau local et en soutenant le transfert de technologies vers les constructeurs et installateurs locaux;

55.

souligne l’importance des plans nationaux intégrés en matière d’énergie et de climat, ainsi que des plans sociaux pour le climat et des plans nationaux de rénovation des bâtiments, qui offrent de nouvelles possibilités aux États membres et aux collectivités locales et régionales de promouvoir des logements intelligents et abordables dans l’ensemble de l’Union;

56.

demande un soutien financier ciblé pour les villes et les régions afin de leur permettre de faire face aux défis de l’accueil des réfugiés, considérant qu’un logement adéquat est la première étape vers l’intégration. Dans ce contexte, le Comité européen des régions exprime son soutien à l’initiative citoyenne européenne en faveur d’un accueil digne pour les migrants (5);

57.

se félicite des initiatives de partenariat et de jumelage avec les villes ukrainiennes en vue d’une reconstruction rapide et durable; rappelle que les villes et les régions de l’UE sont les mieux placées pour offrir l’expertise et les solutions prêtes à l’emploi pour aider les Ukrainiens à retourner dans des habitations sûres et bien chauffées dans les meilleurs délais. La reconstruction du parc immobilier ukrainien devrait bénéficier de toutes les initiatives de l’Union en matière de logement susmentionnées;

58.

estime que, de même, les villes et les régions des pays du voisinage, et en particulier des pays visés par l’élargissement, qu’elles soient touchées par des catastrophes naturelles telles que les tremblements de terre ou par les migrations et certaines tendances démographiques, devraient avoir accès à des outils stratégiques et à une expertise pour améliorer leur parc immobilier, avec le soutien d’instruments de financement appropriés.

59.

demande à la Commission européenne d’organiser, en partenariat avec le CdR, un sommet européen annuel sur le logement social et abordable, réunissant tous les acteurs intervenant dans la coordination des actions des États membres en matière de logement social et abordable, sur la base d’une approche à plusieurs niveaux et dans le respect du principe de subsidiarité.

Bruxelles, le 17 avril 2024.

Le président

du Comité économique et social européen

Vasco ALVES CORDEIRO


(1) https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-9-2023-0427_FR.html.

(2) 2012/21/UE: Décision de la Commission du 20 décembre 2011 relative à l’application de l’article 106, paragraphe 2, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne aux aides d’État sous forme de compensations de service public octroyées à certaines entreprises chargées de la gestion de services d’intérêt économique général [notifiée sous le numéro C(2011) 9380] (JO L 7 du 11.1.2012, p. 3).

(3) Règlement délégué (UE) 2022/54 de la Commission du 21 octobre 2021 modifiant le règlement délégué (UE) 2020/692 en ce qui concerne les exigences complémentaires applicables à l’entrée dans l’Union de certains ongulés originaires de l’Union qui sont déplacés vers un pays tiers ou territoire afin qu’ils y participent à des manifestations, des expositions, des présentations ou des spectacles, et qui reviennent ensuite dans l’Union (JO L 10 du 17.1.2022, p. 1).

(4) Allocution d’ouverture du commissaire Schmit à l’occasion du débat en plénière sur le thème «Un logement décent pour tous» au Parlement européen.

(5) https://citizens-initiative.europa.eu/news/new-initiative-registered-ensuring-dignified-reception-migrants-europe_fr.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/3667/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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