| CELEX | 52023IR5442 |
| Type | Initiative législative |
| Date | jeudi 20 juin 2024 |
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2024/5370 | 17.9.2024 |
Avis du Comité européen des régions — Feuille de route de l’UE en matière de lutte contre le trafic de drogue et la criminalité organisée
(avis d’initiative)
(C/2024/5370)
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RECOMMANDATIONS POLITIQUES
LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS (CdR)
Introduction
| 1. | partage la préoccupation de la Commission européenne concernant le trafic de drogue orchestré par la criminalité organisée, qui constitue aujourd’hui l’une des principales et graves menaces qui planent sur la santé et la sécurité en Europe. Les données confirment que la situation à cet égard se détériore dans les villes et régions d’Europe, en raison de la disponibilité accrue de drogues illicites ainsi que de la production et de la prolifération de drogues de synthèse (1); |
| 2. | se réjouit des efforts déployés par la Commission européenne et tous les organismes engagés dans la lutte contre le trafic de drogue et la criminalité organisée. Cette dernière, dans sa quête de profits importants, a recours à la corruption, à l’intimidation ainsi qu’à la violence de rue, qui cause de nombreuses victimes innocentes venant s’ajouter aux milliers de personnes décédées par surdose dans toute l’Europe (2); |
Stratégie et réponse de l’UE
| 3. | se félicite de la stratégie de l’UE visant à lutter contre la criminalité organisée (2021-2025) ainsi que de la stratégie et du plan d’action antidrogue de l’UE (2021-2025), qui sont susceptibles de contribuer à l’intensification des efforts collectifs de l’UE dans la lutte contre les réseaux criminels et à la mise en œuvre d’actions pluridisciplinaires en matière de prévention et de soins; insiste sur le rôle que l’intelligence artificielle et le supercalcul jouent pour renforcer la détection des drogues, la police prédictive et les programmes de réadaptation personnalisés et, ainsi, rendre ces stratégies plus efficaces et opérantes; |
| 4. | accueille favorablement les mesures proposées par la Commission européenne pour lutter contre les réseaux criminels, notamment celles portant sur la confiscation de leurs avoirs et celles visant à faciliter les enquêtes financières et à améliorer la coopération entre les autorités douanières et les services répressifs; |
| 5. | convient que la nature transnationale des réseaux criminels exige une coopération toujours plus étroite avec les pays tiers (qu’il s’agisse des pays de provenance de la drogue ou de ceux par lesquels elle transite avant d’arriver en Europe) et se félicite de la coopération avec l’Amérique latine et les Caraïbes, l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie centrale; |
| 6. | se réjouit du financement prévu pour la plateforme pluridisciplinaire européenne contre les menaces criminelles (EMPACT) ainsi que du soutien apporté à l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT), lequel, en devenant la nouvelle Agence européenne des drogues, pourra améliorer ses capacités d’évaluation des menaces, surveiller la propagation des drogues de synthèse dans l’Union afin de contribuer à la définition de contre-mesures, et s’attaquer aux précurseurs de drogues; |
Mesures prioritaires
| 7. | approuve les quatre domaines prioritaires définis par la Commission, à savoir l’accroissement de la résilience des plateformes logistiques, le démantèlement des réseaux criminels, le renforcement de la prévention et l’amélioration de la coopération internationale; |
| 8. | souligne l’importance, en ce qui concerne la priorité axée sur le renforcement de la prévention, d’adopter des solutions durables et d’y associer les collectivités locales et régionales, en adhérant aux principes de réduction des dommages et de santé publique; |
| 9. | approuve le renforcement de la coopération de l’Union avec les Balkans occidentaux grâce aux collaborations existantes, à leur contribution à la plateforme Empact et à l’échange de données avec l’OEDT; |
| 10. | fait observer que les activités des réseaux criminels impliqués dans le trafic de drogue ont également une incidence négative sur l’environnement dans la mesure où elles contribuent à la déforestation, à la destruction des habitats et à la pollution découlant de la production et de l’élimination des substances chimiques utilisées dans la fabrication de drogues de synthèse; |
Alliance des ports européens: renforcer sensiblement la résilience des plateformes logistiques
| 11. | accueille favorablement les mesures prévues par l’alliance des ports européens pour renforcer sensiblement la résilience des plateformes logistiques, eu égard au volume considérable d’échanges de marchandises et de passagers en transit que ces ports accueillent chaque année (3) et à leur infiltration par les réseaux criminels (4) qui les utilisent pour des expéditions illicites; |
| 12. | relève que l’alliance des ports européens et le programme «Douane» devraient faciliter la gestion efficace des risques et les contrôles douaniers liés au trafic de drogues illicites et de précurseurs de drogues (5) dans tous les ports (y compris les plus petits) et aéroports de l’Union, ce qui permettrait d’éviter le déplacement ultérieur des trafics illicites vers des plateformes logistiques moins surveillées; |
| 13. | attire l’attention sur la nécessité de généraliser l’utilisation d’outils numériques et technologiques permettant de détecter la présence de substances qui réagissent négativement aux tests de détection de drogues, ainsi qu’à des scanners de conteneurs (déjà présents dans certains ports) pour effectuer des vérifications approfondies qui n’entraînent pas de retards dans les contrôles, notamment pour les marchandises périssables; relève en outre que des ressources informatiques appropriées (6) pour la collecte, l’analyse et la sélection de données sont essentielles et qu’il conviendrait d’octroyer systématiquement des moyens numériques à tous les services douaniers, indépendamment de leurs capacités individuelles. À cet égard, les meilleures pratiques devraient être systématiquement partagées entre les forces chargées des contrôles et de la sécurité; |
| 14. | insiste sur la nécessité d’investir dans des technologies et outils innovants dans l’ensemble des ports et centres logistiques européens. Il pourrait s’agir notamment d’étudier des solutions telles que la surveillance fondée sur l’IA, la chaîne de blocs pour la transparence de la chaîne d’approvisionnement et l’analyse de données avancée à des fins de police prédictive. Le CdR souligne dans ce contexte qu’il importe d’assurer un suivi et une analyse des plateformes en ligne pour le commerce et la distribution de drogues, tout en garantissant que les régions moins développées bénéficient d’un soutien approprié pour mettre en œuvre ces technologies avancées, de manière qu’un niveau cohérent de sécurité et d’efficacité soit maintenu dans l’ensemble de l’Union; |
| 15. | se félicite de la création d’une alliance fondée sur un partenariat public-privé associant tous les acteurs qui jouent un rôle crucial dans la gestion et la protection de la sécurité des ports et sont le premier point de contact dans la lutte contre le trafic de drogue et l’infiltration par des réseaux criminels; fait observer que les collectivités locales et régionales des zones limitrophes des services des douanes et celles qui hébergent des plateformes logistiques sur leur territoire peuvent également être associées à ce partenariat; |
| 16. | fait observer que le partenariat public-privé peut avoir pour objectif d’échanger des informations stratégiques et opérationnelles, de promouvoir l’échange de bonnes pratiques et de définir des mesures de lutte contre la corruption telles que la création d’un canal confidentiel réservé aux employés pour signaler les pressions éventuelles, tout en promouvant des activités de sensibilisation à l’intégrité et à la résilience du personnel; |
| 17. | souligne qu’il importe de demander également aux différents ports et aéroports eux-mêmes de faire part de leurs besoins en matière d’équipement technologique et de formation de leur personnel afin de garantir une efficacité optimale de leurs activités de contrôle; |
Démantèlement des réseaux criminels à haut risque
| 18. | se range sans réserve à l’avis selon lequel il convient de démanteler les réseaux criminels pour faire une réelle différence dans la lutte contre la criminalité organisée, et à cette fin, de promouvoir la coopération entre les forces de police des États membres de l’UE, afin d’améliorer le tableau du renseignement grâce à des services spécialisés et bien formés, dotés des outils qui conviennent; |
| 19. | reconnaît l’importance des activités de recensement des réseaux criminels par Europol; ce recensement devra être régulièrement mis à jour afin que les États membres et les collectivités locales disposent d’informations précieuses concernant les réseaux internationaux actifs sur leur territoire (7); |
| 20. | se félicite du soutien que la Commission entend apporter au réseau européen des laboratoires douaniers et au réseau européen des instituts de police scientifique; se déclare vivement préoccupé par les précurseurs de drogues et insiste sur la nécessité de détecter rapidement les drogues illicites et d’adapter sans tarder la législation afin de faire face à l’arrivée sur le marché de nouvelles molécules utilisées pour la fabrication de substances dangereuses pour la santé; prend acte des différents dispositifs législatifs existant dans les États membres, mais souligne que la lutte contre la toxicomanie doit être une priorité commune; |
| 21. | admet la nécessité de supprimer tous les obstacles pratiques susceptibles de ralentir les enquêtes afin de garantir l’harmonisation des stratégies d’enquête et d’accélérer la collecte transfrontière d’éléments de preuve; |
| 22. | convient de l’importance du système d’information Schengen (SIS) pour entraver les mouvements des personnes impliquées dans la grande criminalité et le crime organisé, y compris le trafic de drogue, dans l’UE; invite les États membres à exploiter pleinement les instruments disponibles dans le cadre du SIS pour cibler et démanteler les réseaux responsables de ces activités criminelles dans les régions et les villes européennes; |
Prévention
| 23. | partage l’avis de la Commission selon lequel la prévention de la criminalité fait partie intégrante d’une action à long terme pour lutter contre la criminalité organisée; souligne que la prévention, grâce à la coopération multipartite et à une communication adéquate, peut devenir un outil concret pour réduire la demande de drogues illicites et la corruption et lutter contre la criminalité organisée; |
| 24. | estime qu’il convient de prendre en considération et de reconnaître le travail et les capacités d’intervention des polices locales en matière de trafic et de consommation de stupéfiants, ainsi que s’agissant d’enquêter sur les infractions pénales mineures qui trouvent leur origine dans l’usage de ce type de substances; |
| 25. | convient de la nécessité d’établir des procédures adéquates aux niveaux national et local en ce qui concerne les vérifications, les appels d’offres, les subventions et les autorisations afin d’empêcher l’infiltration par des réseaux criminels; souligne que certains États membres, comme l’Italie (8), ont déjà mis en place des cadres bien définis dans lesquels les collectivités locales sont habilitées à utiliser des outils administratifs pour empêcher l’infiltration d’entreprises légales et d’infrastructures administratives par des réseaux criminels; tient à faire observer que le bâtiment, en rapport avec le développement urbain, ainsi que la gestion des déchets, celle des ports et les marchés publics constituent les secteurs les plus exposés à la corruption au niveau local; lance un appel pour que des stratégies anticorruption ciblées soient lancées dans ces domaines, y compris par la création de portails en ligne qui assurent la transparence et permettent un contrôle public, et préconise que l’échange de bonnes pratiques et d’orientations entre tous les États membres soit renforcé afin d’aider ces derniers à établir des cadres nationaux pour l’application d’une telle approche administrative; |
| 26. | estime indispensable que les polices locales des grandes villes européennes mènent une action coordonnée et intégrée afin de renforcer la lutte contre la drogue et que, concernant le traitement des catégories de délits afférentes, les réseaux policiers d’information d’échelle locale soient associés à la démarche; |
| 27. | reconnaît que les réseaux criminels, y compris les trafiquants de drogue, exploitent les personnes vulnérables et, pour mener des activités criminelles, utilisent souvent des jeunes qui quittent ensuite l’école ou arrêtent de travailler; met l’accent sur la nécessité de réaliser des interventions ciblées à l’intention des jeunes qui n’ont pas d’emploi ni ne suivent d’études ou de formation (NEET) et de leur fournir des possibilités de se former et des perspectives d’emploi; |
| 28. | juge essentiel de protéger les jeunes de la criminalité organisée et de lutter contre celle-ci grâce à des investissements dans des politiques et des outils efficaces de prévention de la criminalité, en associant les communautés locales, les familles, les écoles, le secteur de la protection sociale, la société civile, les autorités répressives, le pouvoir judiciaire, les autorités pénitentiaires et le secteur privé; |
| 29. | reconnaît qu’il importe d’améliorer les enquêtes financières au moyen d’outils et d’approches spécifiques et de partenariats public-privé pour permettre l’échange d’informations entre les autorités et institutions financières, ainsi que grâce au renforcement des règles en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et à la confiscation et au recouvrement d’avoirs; relève l’importance des activités de formation de l’Agence de l’Union européenne pour la formation des services répressifs (CEPOL) pour aider les États membres à accroître les compétences et l’expertise des services répressifs en matière d’enquêtes financières; |
| 30. | constate que les jeunes entrent dans le monde des substances illicites et sont approchés par les réseaux criminels à un âge de plus en plus précoce, et insiste sur la nécessité de mener une vaste campagne de communication qui sensibilise les citoyens à la question et cible tout particulièrement les adolescents pour les informer correctement sur les dangers liés à la consommation de substances illicites et le risque de tomber dans la criminalité; |
| 31. | salue les efforts déployés par la Commission pour renforcer la capacité des autorités des États membres à mener des enquêtes numériques en aidant le groupe européen de formation et d’enseignement sur la cybercriminalité et en soutenant l’Association européenne pour le développement de technologies de lutte contre la cybercriminalité; |
| 32. | demande aux États membres et à la Commission européenne de soutenir la mise en place de cette campagne d’information, qui doit être menée sur tous les canaux de communication, en particulier les médias sociaux les plus utilisés par les jeunes, en coopération avec l’ensemble des organisations locales telles que les écoles, la police, les autorités sanitaires et les administrations locales, ainsi que les psychologues, les éducateurs spécialisés et les experts en technologie; souligne que cette campagne devrait avoir un triple objectif: informer les jeunes sur les substances illicites et les sensibiliser aux risques liés à leur consommation, les responsabiliser quant aux infractions qu’ils sont susceptibles de commettre et leur faire prendre conscience du soutien qu’ils pourraient eux-mêmes apporter à des organisations criminelles dangereuses et violentes en achetant ou en vendant des substances illégales; |
| 33. | insiste en outre sur la nécessité de renforcer les canaux d’assistance aux familles et de formation des enseignants et des policiers locaux; plaide en faveur de la mise en place de formations en matière de santé mentale pour les enseignants, les agents de police et d’autres acteurs locaux, afin de pouvoir reconnaître les signes de problèmes de santé mentale, d’apporter un soutien approprié et de déstigmatiser ce type de problèmes; |
| 34. | fait observer qu’il existe des lieux de socialisation (associations sportives, espaces culturels, patronages, etc.) traditionnellement éloignés de la distribution de substances illicites et de l’infiltration par des réseaux criminels, et qu’il convient dès lors de les promouvoir comme exemples positifs. Il importe, même dans ces milieux, d’observer des lignes directrices assorties de cadres et d’exigences clairs concernant les plaintes adressées aux autorités compétentes; |
| 35. | constate que des projets visant à réduire l’influence des réseaux criminels sur les enfants ont déjà été mis en œuvre, par exemple en Irlande (9) et au Portugal (10), que certains États membres ont mis en place, ces dernières années, des mesures pour lutter contre le recrutement de jeunes par la criminalité organisée, par exemple aux Pays-Bas, et qu’en Suède, une nouvelle disposition entrée en vigueur en juillet 2023 criminalise l’acte consistant à impliquer des mineurs dans des activités criminelles; souligne que ces bonnes pratiques doivent être mieux connues au niveau européen; |
| 36. | prend acte du fait que plus de 80 % des réseaux criminels actifs aujourd’hui dans l’UE utilisent des structures commerciales légales pour mener leurs activités criminelles (11), et, par exemple, créent de petites entreprises pour blanchir leurs gains illicites ou participent à des appels d’offres publics en escroquant les institutions publiques; estime dès lors, comme la Commission, qu’il est essentiel que les autorités administratives soient conscientes du rôle majeur qu’elles peuvent jouer dans la lutte contre la criminalité organisée; |
| 37. | reconnaît que les grandes divergences entre les États membres en ce qui concerne les infractions, les sanctions et les outils d’enquête liés à la participation à une organisation criminelle, mises en évidence par une étude publiée en février 2023 et évaluant l’efficacité de la décision-cadre de 2008 relative à la lutte contre la criminalité organisée (12), constituent un problème critique et créent des obstacles à la coopération transfrontière; convient qu’il importe d’intensifier la coopération entre les États membres afin de renforcer leurs instruments juridiques destinés à lutter contre la criminalité organisée; |
| 38. | demande l’élaboration d’un guide pratique, fondé sur des données probantes et destiné à divers contextes (familial, scolaire, professionnel et communautaire) pour l’évaluation, l’orientation et le soutien aux citoyens confrontés à des difficultés liées à la drogue; souligne la nécessité de fournir des soins complets couvrant également la réhabilitation physique et mentale; |
| 39. | accueille favorablement l’intention de la Commission d’utiliser le Fonds social européen+ pour soutenir les initiatives locales de lutte contre la pauvreté et le chômage des jeunes et favoriser l’inclusion sociale, conformément à la mise en œuvre du socle européen des droits sociaux; souligne la nécessité de définir des indicateurs quantitatifs et qualitatifs concernant l’utilisation du Fonds social européen+, en particulier pour les activités visant à l’inclusion des jeunes vulnérables, et ce afin de garantir des résultats positifs et continus sur tous les territoires de l’Union européenne présentant des situations à risque et de prendre, le cas échéant, des mesures correctives; |
| 40. | constate que les criminels utilisent et détournent les produits chimiques nécessaires à la production de produits courants pour fabriquer des drogues illicites et qu’ils peuvent facilement contourner les contrôles existants pour ces substances en créant sans cesse de nouveaux précurseurs sur mesure; se réjouit de la volonté de la Commission de passer de l’approche de la «classification substance par substance» (qui est chronophage et ne permet pas de suivre la vitesse d’innovation de la criminalité organisée) à des moyens innovants pour accélérer et élargir l’approche actuelle de classification des précurseurs de drogues; |
| 41. | insiste sur l’importance d’avoir été lui-même associé à la conférence organisée sous les auspices de la Commission en 2024 (13) et souhaite à l’avenir être encore pleinement partie prenante de conférences sur ces sujets, qui présenteront, en collaboration avec les États membres, le réseau européen de prévention de la criminalité et les professionnels de la santé et de la prévention de la criminalité, une compilation des bonnes pratiques concernant la prévention du recrutement dans le milieu de la criminalité organisée; |
| 42. | reconnaît que certains lieux, dont des quartiers urbains, gares, stations de métro et friches urbaines, sont particulièrement touchés par la vente et la consommation de drogue et les infractions qui y sont liées; constate que c’est souvent dans les couches sociales les plus vulnérables, notamment parmi les personnes en situation de pauvreté et les migrants en situation irrégulière, que l’on peut trouver des individus disposés à coopérer avec la criminalité organisée ou contraints de le faire, et que ceux-ci sont ciblés de manière disproportionnée par la criminalité organisée à des fins d’exploitation en raison de leur situation précaire. Les motivations varient d’une personne à l’autre, mais sont souvent liées à la pauvreté, à l’intimidation, au désespoir et à l’exclusion sociale. Le Comité fait observer que cette situation est source d’insécurité pour les communautés locales et y entraîne une détérioration spectaculaire de la qualité de vie globale. Il souligne l’importance des initiatives locales qui renforcent la résilience face à l’exploitation criminelle en favorisant un sentiment d’appartenance et en offrant des solutions de substitution à la participation à des activités illicites; |
| 43. | souligne que les collectivités locales sont les plus directement concernées par la sécurité sur leur territoire et la santé des citoyens; insiste sur la nécessité que toutes les villes disposent des ressources nécessaires pour assurer une présence suffisante de policiers locaux correctement formés. Il est essentiel d’apporter des améliorations ad hoc aux infrastructures urbaines, telles qu’un éclairage et des systèmes de surveillance appropriés, parallèlement au déploiement d’activités de sensibilisation aux risques et au soutien disponible; |
| 44. | constate que c’est dans les couches sociales les plus faibles que l’on peut trouver des personnes disposées à coopérer avec la criminalité organisée, par exemple des chômeurs ou des étrangers en situation irrégulière et non intégrés ou sans emploi qui sont chargés de transporter des doses de substances illicites, des personnes qui n’ont rien à perdre et qui ne craignent même pas les conséquences judiciaires de leurs actes; |
| 45. | prend acte des liens étroits qui existent entre la toxicomanie et la traite des êtres humains et l’instrumentalisation des drogues par les trafiquants pour piéger et contrôler leurs victimes; demande, pour remédier à cette situation, qu’une action coordonnée soit mise en place afin de lutter contre ces deux formes de trafic, souvent simultanées ou orchestrées par les mêmes réseaux criminels; |
| 46. | souligne la pénurie d’agents de police, dont la présence pourrait permettre non seulement de renforcer les activités d’enquête et de lutte contre le trafic de drogue et la criminalité organisée, tout en améliorant la sécurité de la population locale, mais aussi de mener des activités de prévention à l’intention des jeunes afin de diminuer le risque qu’ils entrent en contact avec des criminels et des trafiquants dès leur plus jeune âge; insiste, à cet égard, sur la nécessité d’une rémunération équitable et d’une reconnaissance adéquate du travail des services municipaux chargés de l’application de la loi et des agents de police afin d’améliorer l’attractivité de leur profession; |
| 47. | constate avec inquiétude la multiplication dans les villes européennes des zones de non-droit liées au commerce de détail de drogues, qui sont souvent situées autour de grandes infrastructures de logement social; estime qu’au-delà des interventions policières indispensables, afin de construire et de restaurer la culture de la légalité dans ces zones et pas seulement de déplacer temporairement les activités des gangs, les pouvoirs publics tant nationaux que locaux devraient proposer d’autres options aux maillons les plus faibles de la chaîne et remplacer cette situation d’illégalité par un développement urbain inclusif; |
| 48. | souligne que pour prévenir l’utilisation de substances illicites et les problèmes liés à la toxicomanie, il est nécessaire de veiller à la présence, dans les différentes villes, d’un groupe de travail multipartite qui adopte une approche intégrée, promeuve des projets public-privé de partage d’expertise et d’informations, permette le partage de bonnes pratiques, effectue un travail de prévention à deux niveaux — à l’intention des personnes qui utilisent déjà des substances illicites et de celles potentiellement à risque —, et offre un soutien psychologique également aux familles; |
| 49. | demande à la Commission de sensibiliser tous les États membres à la nécessité de mettre en place un tel groupe de travail, en coopération avec les collectivités locales et régionales, dans toutes les villes où cela n’existe pas déjà, afin de pouvoir disposer, en quelques années, d’un réseau de centres de référence pour les personnes à risque et leurs familles, dont l’objectif serait de soigner la santé physique et mentale des personnes dépendantes aux substances illicites et victimes de réseaux criminels, de sensibiliser les victimes potentielles et d’aider les personnes et les communautés vulnérables; souligne que l’initiative proposée ici viserait à la fois à protéger la santé, à prévenir les infractions liées à la drogue et à contribuer à l’affaiblissement des réseaux criminels; |
| 50. | s’engage à faire valoir les arguments qui sous-tendent la Journée internationale des Nations unies contre l’abus et le trafic illicite des drogues (le 26 juin); |
Coopération internationale
| 51. | estime, tout comme la Commission, que dans le cadre de la lutte contre le trafic de drogue, il convient de coopérer avec les pays et régions où passent les principales voies d’approvisionnement du trafic, et que l’UE devrait continuer d’améliorer la coopération avec les services répressifs et les autorités judiciaires des pays dont les cadres juridiques nationaux sont utilisés de manière abusive par les criminels pour se cacher ou dissimuler leurs avoirs; souligne qu’il importe également d’encourager la coopération environnementale afin de lutter contre les incidences écologiques de la production et du trafic de drogues, y compris la déforestation et la pollution, et de les atténuer; |
| 52. | partage l’avis de la Commission sur l’importance des différentes activités liées à l’Afrique et visant à intercepter les marchandises et à couper les principales voies d’approvisionnement de drogue en provenance d’Amérique du Sud; |
| 53. | partage la préoccupation liée à la propagation des drogues de synthèse, qui prolifèrent au niveau international et sont également produites en Europe, et qui constituent une véritable menace pour la santé et la sécurité; |
| 54. | convient qu’étant donné que les réseaux criminels modernes sont transnationaux par nature et exploitent les failles entre les pays et les territoires pour se livrer au trafic de drogue et dissimuler et blanchir leurs recettes, il est nécessaire de coopérer efficacement avec les pays tiers et, par conséquent, de renforcer la coopération policière et judiciaire existante avec ces pays. |
| 55. | souligne que même lorsqu’il existe une coopération fructueuse, il convient de moderniser le cadre législatif et juridique et de prévoir la mise en œuvre d’outils technologiques ainsi que l’application de nouvelles formes de communication sur le terrain afin de renforcer la collaboration des collectivités locales; |
| 56. | accueille favorablement toutes les initiatives de coopération avec les différents pays d’Amérique latine et les accords de coopération judiciaire internationale avec Eurojust; |
| 57. | se réjouit de l’adhésion de l’Union à la coalition mondiale de lutte contre les menaces liées aux drogues de synthèse lancée par les États-Unis, susceptible d’améliorer la capacité de surveillance à l’échelle mondiale. |
Bruxelles, le 20 juin 2024.
Le président
du Comité européen des régions
Vasco ALVES CORDEIRO
(1) https://www.euda.europa.eu/publications/eu-drug-markets_en.
(2) https://www.euda.europa.eu/publications/european-drug-report/2024/drug-induced-deaths_en.
(3) Commission européenne, direction générale de la mobilité et des transports, «Assessment of potential of maritime and inland ports and inland waterways and of related policy measures, including industrial policy measures — Final report», Office des publications de l’Union européenne, 2020 (https://data.europa.eu/doi/10.2832/03796).
(4) Europol_Joint-report_Criminal networks in EU ports_Public_version.pdf.
(5) Règlement (UE) 2021/444 du Parlement européen et du Conseil du 11 mars 2021 établissant le programme «Douane» aux fins de la coopération dans le domaine des douanes et abrogeant le règlement (UE) no 1294/2013 (JO L 87 du 15.3.2021, p. 1).
(6) La section de la Garde des finances de l’aéroport international de Milan Malpensa (par où passent 70 % des marchandises transitant par les aéroports italiens et où ont lieu 75 % des saisies de toutes les drogues empruntant les escales aéroportuaires du pays, comme l’indique l’édition de 2023 de la Relazione Annuale al Parlamento sul fenomeno delle tossicodipendenze — Rapport annuel au Parlement sur le phénomène des toxicomanies en Italie) a développé le système S3 — Sistema Selezione Spedizioni (système de sélection des envois), qui permet de repérer les envois devant faire l’objet d’une vérification physique, ainsi que le logiciel Geo S.A.T. — Sistemi Analisi Tabulati GEOlocalizzati (système d’analyse de listings géolocalisés) et la base de données A.CR.A.PAX — Analisi criminale aeroportuale passeggeri (analyse criminelle des passagers aéroportuaires).
(7) https://www.europol.europa.eu/publication-events/main-reports/decoding-eus-most-threatening-criminal-networks.
(8) L’approche italienne prévoit le contrôle préalable de toute entreprise souhaitant participer à un marché public.
(9) https://eucpn.org/document/ireland-the-greentown-project.
(10) https://efus.eu/activities/european-cooperation/the-city-of-lisbon-rewarded-for-its-work-on-community-policing/.
(11) https://www.europol.europa.eu/publications-events/main-reports/socta-report.
(12) Décision-cadre 2008/841/JAI du Conseil du 24 octobre 2008 relative à la lutte contre la criminalité organisée (JO L 300 du 11.11.2008, p. 42).
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/5370/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
P10_TA(2024)0075 — Recommandation au Conseil sur les priorités de l’Union européenne pour la 69e session de la commission de la condition de la femme des Nations unies — Recommandation du Parlement européen du 19 décembre 2024 à l'intention du Conseil concernant les priorités de l’Union européenne pour la 69e session de la Commission de la condition de la femme (CSW) des Nations unies (2024/2057(INI))
19/12/2024
P10_TA(2024)0074 — Répression constante exercée contre la société civile et les médias indépendants en Azerbaïdjan, et le cas de Gubad Ibadoghlu, d'Anar Mammadli, de Kamran Mammadli, de Rufat Safarov et de Meydan TV — Résolution du Parlement européen du 19 décembre 2024 sur la répression constante exercée contre la société civile et les médias indépendants en Azerbaïdjan, et le cas de Gubad Ibadoghlu, d’Anar Mammadli, de Kamran Mammadli, de Rufat Safarov et de MeydanTV (2024/2994(RSP))
19/12/2024
P10_TA(2024)0073 — La situation des droits de l'homme au Kirghizstan, en particulier le cas de Temirlan Sultanbekov — Résolution du Parlement européen du 19 décembre 2024 sur la situation des droits de l’homme au Kirghizstan, en particulier le cas de Temirlan Sultanbekov (2024/2993(RSP))
19/12/2024
P10_TA(2024)0072 — La 11e année d'occupation de la République autonome de Crimée et de la ville de Sébastopol par la Fédération de Russie et la détérioration de la situation des droits de l’homme en Crimée occupée, notamment les cas d'Iryna Danylovych, de Tofik Abdulhaziiev et d'Amet Suleymanov — Résolution du Parlement européen du 19 décembre 2024 sur la 11e année d’occupation de la République autonome de Crimée et de la ville de Sébastopol par la Fédération de Russie et la détérioration de la situation des droits de l’homme en Crimée occupée, notamment les cas d’Irina Danilovich, de Tofik Abdoulgaziev et d’Amet Suleymanov (2024/2992(RSP))
19/12/2024