| CELEX | 52023IR5512 |
| Type | Initiative législative |
| Date | mercredi 19 juin 2024 |
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2024/5363 | 17.9.2024 |
Avis du Comité européen des régions —L’avenir de la politique agricole commune
(avis d’initiative)
(C/2024/5363)
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RECOMMANDATIONS POLITIQUES
LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS,
Objectifs de la politique agricole commune après 2027
| 1. | rappelle que la politique agricole commune (PAC), dont l’objectif inscrit dans le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) consiste à garantir le fonctionnement et le développement du marché intérieur pour les produits agricoles, représente également un partenariat entre la société et le secteur agricole, qui vise à assurer un approvisionnement suffisant et stable en denrées alimentaires de qualité et à garantir des revenus décents aux agriculteurs, et qui permet ce faisant de maintenir une main-d’œuvre agricole suffisante dans l’ensemble de l’Union européenne, de protéger l’environnement, de lutter contre le changement climatique et de préserver le développement dynamique des zones rurales; reconnaît que ces objectifs sont liés les uns aux autres et que l’on ne saurait les atteindre isolément, et qu’il est nécessaire de simplifier la méthodologie employée pour les réaliser; |
| 2. | se déclare favorable à ce que la biodiversité agricole s’aligne sur les objectifs de la PAC en matière de protection environnementale et d’atténuation du changement climatique. La biodiversité agricole, qui englobe les diverses espèces végétales et animales au sein des écosystèmes agricoles, contribue à la résilience face aux organismes nuisibles, aux maladies et aux phénomènes climatiques extrêmes, renforçant ainsi les objectifs connexes de la PAC; affirme que la résilience en agriculture est liée à la capacité du système à s’adapter et à se rétablir lorsqu’il est confronté à des défis tels que la variabilité climatique ou les fluctuations du marché, ces considérations revêtant une importance toute particulière dans les régions insulaires; |
| 3. | estime que, compte tenu de l’évolution du contexte géopolitique, la production et la gestion des denrées alimentaires, en particulier dans les régions insulaires, prendront toujours plus d’importance et revêtiront un caractère de plus en plus stratégique dans les années à venir, sur le plan économique (montant du chiffre d’affaires), social (incidence sur la qualité de vie des résidents de l’Union) et environnemental (durabilité et impact écologique); |
| 4. | estime qu’il convient, à cet égard, de concevoir la nouvelle PAC sur la base des meilleures connaissances disponibles, des données scientifiques et des principes fondamentaux relatifs à la préservation et au caractère novateur de la structure de production agricole et agroalimentaire européenne, aux spécificités territoriales ainsi qu’au développement des productions et traditions alimentaires porteuses d’une identité, notamment au moyen d’avancées techniques axées sur la productivité et la durabilité; |
| 5. | relève que les exploitations agricoles doivent être en mesure de concilier les aspects propres à la production et ceux liés au développement durable dans les trois dimensions qui sont les siennes: environnementale, économique et sociale. À cet égard, même si les grandes exploitations peuvent également apporter une contribution précieuse à la sécurité alimentaire, il convient de ne pas négliger le rôle des micro, petites et moyennes exploitations agricoles, dont la plupart sont de type familial et ont une production à petite ou moyenne échelle, qui représentent le mieux le modèle agricole traditionnel de l’Europe, y compris dans le cas de l’agriculture très spécifique des régions ultrapériphériques, tout en étant inextricablement liées au développement des zones rurales. Il convient également de simplifier leur participation à la PAC, par exemple en les exemptant de l’application de certaines mesures; |
| 6. | souligne l’importance du programme d’options spécifiques à l’éloignement et à l’insularité (POSEI) pour les régions ultrapériphériques, s’agissant de garantir l’approvisionnement en produits agricoles essentiels à la consommation humaine, le développement des filières d’élevage et la diversification des cultures, ainsi que de maintenir et d’augmenter la compétitivité des activités agricoles traditionnelles; demande par conséquent que ce programme soit renforcé grâce à une augmentation de sa dotation financière; |
| 7. | rappelle que, dans le cadre de l’aménagement et de la gestion du territoire, la PAC doit reconnaître, rendre visible et valoriser le rôle de l’élevage extensif de races locales pratiqué en montagne, en mettant en avant sa contribution au maintien et à la préservation de systèmes à haute valeur naturelle, à la prévention des incendies et à la biodiversité, contribution au titre de laquelle il conviendrait de rétribuer cette activité tout en prêtant une attention particulière aux préjudices que lui cause la cohabitation avec la faune sauvage; |
| 8. | est fermement convaincu que le débat actuel doit impérativement reposer sur le dialogue et la confiance, raison pour laquelle la Commission européenne devrait non seulement écouter les agriculteurs, lesquels méritent des revenus équitables et ajustés en fonction des conditions agroclimatiques qui règnent sur leur territoire, mais aussi tenir compte des demandes des consommateurs qui souhaitent des produits sains et des citoyens qui veulent améliorer le bien-être animal, tout en protégeant l’environnement et en luttant contre le changement climatique. Il convient également de prendre en considération la politique rurale et le problème du dépeuplement et de la désertification, de manière à éviter une hausse du mécontentement vis-à-vis du projet européen; |
| 9. | estime que tout au long de ses soixante années d’existence, la politique agricole commune a notablement contribué à la cohésion des zones rurales, en garantissant la viabilité et la durabilité des activités agricoles dans toute l’Union européenne. Les instruments de soutien que prévoit cette politique doivent s’attaquer aux défis uniques auxquels sont confrontées des régions subissant des contraintes géographiques spécifiques, telles que les îles et les territoires montagneux; |
| 10. | souligne que la PAC actuelle a le mérite d’avoir introduit, pour la première fois depuis sa création en 1962, un mécanisme européen de contrainte s’agissant du respect des règles en vigueur en matière de droits des travailleurs dans le secteur agricole et ce, sans créer de charge administrative supplémentaire; invite dès lors la Commission à évaluer, d’ici la fin de 2026, les effets de cette dimension sociale de la PAC et à proposer des pistes pour accroître son efficacité, au moyen d’autres politiques et fonds, y compris des mesures visant à améliorer les conditions d’exercice des travailleurs agricoles; |
| 11. | constate que la PAC en vigueur n’a pas atteint nombre de ses objectifs et qu’elle a subi des dérèglements en raison d’événements critiques tels que la guerre en Ukraine et ses conséquences sur la baisse de la rentabilité de l’agriculture, l’instabilité des marchés, l’augmentation des coûts de production, notamment ceux de l’énergie, et les mutations aussi diverses que rapides des conditions agroclimatiques des régions, et qu’elle n’a pas apporté de réponse adéquate aux attentes des agriculteurs, dont le niveau de revenu moyen reste inférieur au niveau moyen observé dans d’autres secteurs économiques, ainsi que celles des habitants des zones rurales et des consommateurs; |
| 12. | note la difficulté pour la politique agricole commune actuelle d’être pleinement cohérente avec les objectifs du plan d’action de l’UE en faveur de l’agriculture biologique, du pacte vert, de la stratégie de l’Union «De la ferme à la table» et de celle en faveur de la biodiversité, et d’être en mesure de récompenser suffisamment les agriculteurs qui font des efforts supplémentaires pour réaliser la transition écologique dans leur exploitation, par exemple en consacrant leurs terres à cette forme d’agriculture. À cet égard, les exploitations certifiées biologiques devraient être exemptées des obligations relatives aux éco-régimes et rétribuées au titre même de leur certification; |
| 13. | fait valoir que la PAC après 2027 devrait respecter les objectifs suivants:
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| 14. | fait valoir que dans le cadre de ces mêmes objectifs, la PAC de l’après-2027 devra continuer à accorder un traitement particulier à l’agriculture et au développement rural des régions ultrapériphériques, en exécution de l’article 349 du traité sur le fonctionnement de l’Union. Il s’agit, d’une manière générale, d’adapter la politique visée aux contraintes de ces régions, notamment par le maintien du régime POSEI, et, en particulier, de renforcer les ressources budgétaires allouées au titre du Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader) et du Fonds européen agricole de garantie (FEAGA), afin non seulement de relever les défis auxquels elles sont confrontées, du fait de leur vulnérabilité croissante face aux effets du changement climatique et des crises internationales, mais aussi d’accroître la résilience de leur secteur agricole et leur sécurité alimentaire; |
| 15. | souligne que la prévention des crises est plus efficace et moins coûteuse qu’une réponse d’après-crise qui suppose de soutenir des secteurs entiers de l’économie agricole à grand renfort de ressources budgétaires; soutient dès lors fermement les mécanismes de régulation du marché tels que les stocks publics, les dispositifs de contrôle de l’offre, la réduction de la production ou des quotas afin d’éviter la spéculation, les crises et la forte fluctuation des prix agricoles (1); |
Assurer la sécurité alimentaire et la stabilité des marchés
| 16. | insiste sur l’importance cruciale que la sécurité alimentaire à long terme figure au sommet des priorités de la PAC après 2027. Seuls les agriculteurs, que leur activité s’exerce dans le domaine de l’agriculture ou de l’horticulture, sont en mesure d’assurer la sécurité alimentaire, qu’il convient de définir du point de vue de la quantité, de la qualité et de l’économie, en s’attachant au premier chef à faire en sorte que les citoyens de l’Union aient accès à un approvisionnement alimentaire sûr et abondant à des prix raisonnables, tout en préservant la capacité de production et les marchés de consommation; |
| 17. | reconnaît l’importance stratégique que revêt une production alimentaire durable à l’aune du changement climatique et de l’instabilité géopolitique. L’autonomie en matière de sécurité et de production alimentaires doit dès lors s’inscrire comme un objectif stratégique de l’Union dans ses futures politiques. À cet égard, il est nécessaire de reconnaître que certains territoires soumis à des contraintes géographiques spécifiques sont particulièrement dépendants et vulnérables face à cet objectif de la sécurité alimentaire, comme c’est le cas des régions ultrapériphériques ou des territoires insulaires de l’Union. Il convient dès lors que les stratégies et les mesures mises en place pour garantir la sécurité alimentaire soient définies de manière plus ciblée pour ces territoires; dans ce contexte, demande à la Commission européenne de mettre sur pied une stratégie de l’Union pour l’eau dotée d’une forte dimension agricole, puisque les ressources en eau constituent le socle de la production agricole et, partant, de la sécurité alimentaire; |
| 18. | regrette que la Commission européenne n’ait pas présenté la proposition législative sur les systèmes alimentaires durables dans son mandat actuel; demande, à cet égard, qu’aucune des futures propositions liées au climat, à l’agriculture ou à l’alimentation ne promeuve les produits cultivés en laboratoire, afin de préserver le patrimoine culturel des États membres et de protéger les mets préparés de façon traditionnelle; |
| 19. | trouve inacceptable que l’Union devienne encore plus tributaire de fournisseurs extérieurs pour acheter ou produire des denrées alimentaires, ce qui entraînerait un risque démesuré de chantage politique ou économique, de blocus empêchant un accès physique, de fluctuations excessives des prix et de déstabilisation socio-économique; |
| 20. | estime que la notion de sécurité alimentaire englobe une quantité et une qualité suffisantes de denrées alimentaires saines, ainsi que des prix abordables et stables pour les consommateurs, comme le prévoit la législation agricole européenne. En outre, il convient de sensibiliser le consommateur à l’importance d’une alimentation équilibrée et à la relation qui va de la terre à la table, afin de réduire au minimum les incidences négatives sur l’environnement qu’entraînent leur production, leur transformation, leur transport et leur stockage; |
| 21. | juge indispensable que la future PAC soit capable d’accompagner les agriculteurs vers des systèmes de production de plus en plus compétitifs et durables, en rétablissant le lien avec les zones rurales et en favorisant leur développement; se félicite de l’adoption récente du règlement relatif à la protection des indications géographiques, un texte européen unique sur les productions de qualité, qui garantira un meilleur alignement entre tous les secteurs tout en préservant les spécificités des différentes branches; |
| 22. | souligne que la mise en œuvre de la PAC devrait passer principalement par la protection et la réglementation du marché commun agricole et alimentaire de l’Union, moyennant notamment l’application de nouveaux principes équitables d’importation et d’exportation de produits agricoles et alimentaires qui ne créent pas de charge administrative supplémentaire pour nos agriculteurs, mais instaurent des conditions de concurrence équitables, tels que l’exécution de «clauses miroirs» dans les accords commerciaux européens existants et futurs et un nouveau cadre commercial international fondé sur la souveraineté alimentaire et la durabilité. En outre, il s’impose de renforcer les contrôles aux frontières extérieures pour éviter l’introduction de parasites et de maladies; |
| 23. | demande que la nouvelle PAC contribue à lutter contre les pratiques commerciales déloyales et à éviter les comportements préjudiciables pour les acteurs vulnérables de la chaîne agroalimentaire, en particulier les agriculteurs. La Commission est donc invitée à renforcer les règles de l’UE sur les pratiques commerciales déloyales dans la chaîne d’approvisionnement agroalimentaire, notamment en sanctionnant les achats inférieurs aux coûts de production, en envisageant aussi de soutenir concrètement le pouvoir de négociation de ses maillons les plus faibles; |
| 24. | estime que, parallèlement à cette directive sur les pratiques déloyales, il serait également nécessaire de rendre la contractualisation attractive pour les producteurs, d’introduire des mesures supplémentaires en matière de transparence des prix et de garantir une concurrence loyale dans les secteurs de la distribution, de l’agroalimentaire et de l’agrofourniture (2); |
| 25. | appelle l’Union à redéfinir sa politique d’exportation agricole, sans nuire aux populations agricoles des pays tiers, en donnant la priorité à son commerce intérieur et à la réduction de ses importations agricoles; |
| 26. | demande à l’UE de peser de tout son poids de plus grand marché au monde et de premier importateur et exportateur mondial de denrées alimentaires pour modifier les règles du commerce international agricole (OMC, 1994) dans le sens de relations commerciales plus justes et plus solidaires et qui accordent une plus grande importance à la réciprocité (3). Les activités de l’OMC ne peuvent être dissociées du programme de développement durable à l’horizon 2030, étant donné que le fonctionnement de l’économie réelle nécessite des réglementations publiques afin d’atténuer les dysfonctionnements du marché; |
| 27. | fait observer que la future réforme de la PAC après 2027 devrait jeter les bases de l’adhésion à l’Union européenne de l’Ukraine et d’autres pays candidats, en prenant dûment en considération le bien-être des agriculteurs de l’UE, ainsi que la nécessité d’augmenter les financements, en adaptant le budget de la PAC afin de soutenir la production agricole européenne; en outre, il y a lieu de définir des instruments financiers novateurs susceptibles d’accroître les revenus agricoles dans toute l’Europe; relève, au vu de l’importance de la stabilité, de la sécurité, de la durabilité et de la solidarité alimentaires, que toute PAC après 2027 devrait être mise en œuvre dans la perspective d’une stratégie alimentaire à long terme pour l’UE, qui tienne compte d’éléments tels que les choix de produits, les volumes d’alimentation, les domaines de production clés appropriés ou encore les liens entre les concentrations de consommateurs et la sécurité des chaînes d’approvisionnement; |
| 28. | invite la Commission européenne à élaborer des instruments de gestion de l’offre de production agricole dans l’Union européenne, lesquels devraient porter sur les stocks publics, de sorte à éviter la spéculation et à stabiliser les prix du marché, une politique commune d’exportation de produits agricoles et une aide humanitaire, afin d’atténuer les troubles sociaux dans les zones touchées par de mauvaises cultures ou menacées de famine en raison du changement climatique ou des guerres, des quotas de production, ainsi que des tunnels de prix définissant un minimum et un maximum entre lesquels le prix convenu peut fluctuer, en vue de tenir compte des coûts de production. |
| 29. | souligne que la flexibilité des politiques en matière de biocarburants doit également être considérée comme un instrument de régulation du marché afin de donner la priorité aux utilisations alimentaires et de servir d’amortisseur des chocs en cas d’écart trop important entre l’offre et la demande; |
| 30. | fait valoir que la PAC doit répondre aux besoins alimentaires de la population de l’Union et aboutir à un équilibre entre exportations et importations; |
| 31. | met en avant l’importance de stabiliser les marchés des produits alimentaires en évitant les fortes fluctuations aux répercussions considérables sur les consommateurs comme sur les agriculteurs; |
| 32. | signale que les importations de produits agricoles et d’élevage dans l’Union européenne doivent satisfaire à des normes en matière de respect de l’environnement et de santé publique équivalentes à celles imposées aux productions de l’UE, raison pour laquelle celle-ci doit s’assurer de leur niveau d’exigence et de leur application dans les accords commerciaux conclus avec des pays tiers; |
Simplifier la PAC et garantir une répartition équitable des ressources pour soutenir l’agriculture de demain
| 33. | souscrit résolument aux appels à simplifier les procédures concernant l’exercice d’activités agricoles soutenues au titre de la PAC après 2027. La réduction de la charge administrative qui pèse sur les agriculteurs et la définition de règles cohérentes et simples à mettre en œuvre en vue de leur contrôle par des moyens informatisés augmenteront l’efficacité de leurs activités, en ce qu’elles réduiront les procédures inutiles, leur permettront de se concentrer sur la production, l’innovation et les investissements et amélioreront la résilience et la durabilité du secteur agricole; demande, au cours de la prochaine période de programmation, une simplification des exigences de l’Union en matière de plans stratégiques nationaux, ainsi qu’une adoption plus rapide des règlements d’exécution de l’Union, étant donné que les importants retards qu’ils ont parfois connus au cours de la période de programmation actuelle ont compliqué leur mise en œuvre; ces simplifications doivent s’appliquer à tous les domaines de la PAC, y compris au développement rural; |
| 34. | souligne qu’il n’y a pas de temps à perdre et qu’il faut introduire une nouvelle réglementation pour que l’agriculture européenne retrouve sa rentabilité, ce qui nécessitera une meilleure réglementation du marché et de nouveaux principes relatifs à l’octroi des paiements directs, et notamment la révision des règles de plafonnement des paiements pour éviter d’affaiblir davantage la position concurrentielle des petites et moyennes entreprises. Le respect des exigences découlant du pacte vert doit intervenir en temps utile. Ce faisant, il convient d’accorder une attention particulière à la nécessité d’éviter une charge administrative supplémentaire. Les mesures concernant le transit et l’importation de denrées alimentaires en provenance de pays tiers doivent être améliorées à cet effet. Il est inacceptable que les agriculteurs européens aient à endurer les défaillances de la réglementation existante. L’aide apportée à l’Ukraine dans sa lutte pour survivre devrait être coordonnée de sorte à ne pas nuire au secteur agricole de l’Union. Il y a lieu de préserver l’agriculture européenne pour éviter que la solidarité de l’Europe à l’égard de l’Ukraine ne s’amenuise et continuer à la soutenir dans son combat pour défendre sa liberté et les valeurs européennes; |
| 35. | prend acte du vote relatif à la simplification de certaines règles de la PAC afin de modifier six des neuf bonnes conditions agricoles et environnementales (BCAE) et d’exempter les petites exploitations des contrôles de conformité; demande une analyse complète de l’impact de la mise en œuvre du pacte vert et d’autres politiques sur l’agriculture et la sécurité alimentaire, tout en gardant à l’esprit les préoccupations de la communauté agricole; |
| 36. | insiste sur l’importance que l’Union européenne aide l’Ukraine; suggère néanmoins de proposer les produits ukrainiens dans les pays tiers, afin d’éviter toute perturbation du marché européen et de manière à préserver la sécurité alimentaire des pays tiers qui en ont davantage besoin; |
| 37. | note que la PAC devrait soutenir le conseil, l’éducation et la formation dans le domaine agricole, comprendre des outils qui soutiendraient les agriculteurs grâce à des solutions innovantes à même d’améliorer la durabilité, et encourager les consommateurs à adopter un comportement approprié et respectueux de l’environnement. Elle devrait en outre promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes dans les professions agricoles, créer des conditions propices au développement des exploitations familiales et préserver les aspects culturels des zones rurales; |
| 38. | demande à la Commission européenne de prévoir un instrument de «revenu équitable et garanti» pour les exploitants qui ne tirent pas un revenu satisfaisant de leurs activités agricoles. Cet instrument devrait compléter le revenu agricole, fournir une garantie de sécurité sociale et contribuer à rapprocher le revenu agricole de celui d’autres secteurs. Il pourrait être utilisé pour les exploitations qui jouent un rôle important dans la préservation de terres agricoles à usages multiples, telles que les zones agricoles à haute valeur naturelle, pour celles qui appliquent des modèles de production traditionnels ou pour celles qui sont nécessaires afin de prévenir l’abandon des activités agricoles et le dépeuplement des zones rurales et de préserver des systèmes à haute valeur naturelle, telles que les exploitations d’élevage extensif, de montagne, ou de races locales; |
| 39. | considère que la PAC devrait garantir un revenu équitable aux producteurs agricoles. Il est en outre important d’assurer la stabilité relative des règles et des incitations; |
| 40. | demande que la PAC prenne en compte la perspective du défi démographique, en favorisant par des fonds supplémentaires et des politiques spécifiques les régions où, en raison du dépeuplement, du vieillissement ou de la combinaison de ces deux facteurs, l’avenir de l’activité agricole se trouve compromis; |
| 41. | estime que pour faire face au problème du vieillissement des agriculteurs, il est nécessaire de soutenir les jeunes exploitants agricoles, par exemple concernant les reprises d’activités et le transfert de connaissances. Après tout, les jeunes agriculteurs perpétuent les traditions culturelles, participent à la cohésion socio-économique des zones rurales et sont ouverts à des solutions novatrices; invite à cet égard la Commission à promouvoir et à faciliter l’activation d’un plan extraordinaire de renouvellement générationnel qui favorise l’accès des jeunes à la terre, la diffusion de l’innovation et les services permettant de rendre les entreprises agricoles plus efficaces, dynamiques et durables. Les aides octroyées aux jeunes agriculteurs appliquant des méthodes agroécologiques devraient par ailleurs s’étendre au-delà des cinq premières années suivant l’ouverture de leur exploitation agricole, afin d’accompagner de manière continue sa croissance et sa compétitivité, et il conviendrait de favoriser le renouvellement générationnel des exploitations agricoles grâce à la création d’un registre public des exploitations; |
| 42. | souligne qu’en plus des aides à l’installation, une meilleure coordination entre la PAC et les politiques foncières des États membres est indispensable, car l’accès à la terre est l’étape essentielle pour assurer le renouvellement des générations; fait également observer que c’est au stade de l’installation des jeunes agriculteurs que les investissements sont les plus susceptibles de pouvoir orienter les opérations vers la durabilité, qu’elle soit environnementale, économique ou sociale; rappelle, dans ce contexte, les recommandations formulées dans le rapport d’initiative du Parlement européen sur la concentration de la terre agricole dans l’UE et les directives volontaires pour une gouvernance responsable des régimes fonciers adoptées par la FAO en 2012 (4); |
| 43. | souligne que les métiers agricoles sont souvent considérés comme peu attrayants et que les défis auxquels les zones rurales sont confrontées exacerbent ce problème. Pour que l’agriculture soit préservée dans l’ensemble de l’UE, les jeunes doivent pouvoir s’installer dans des zones rurales offrant un accès aux services, aux loisirs et aux possibilités d’emploi. Il faut aussi, pour ce faire, que les aides soient adaptées à la réalité agroclimatique des territoires afin d’assurer la rentabilité économique des exploitations et, partant, le renouvellement générationnel; |
| 44. | invite par ailleurs la Commission européenne à réformer les modalités des paiements directs pour tenir compte des conditions dans lesquelles les activités agricoles sont exercées et pour permettre ainsi de redistribuer les paiements en fonction du type et de la taille des exploitations, selon les besoins fixés au sein des territoires. Plus précisément, elle devrait introduire des paiements redistributifs obligatoires et renforcés (paiements destinés aux petites et moyennes exploitations) et plafonner les subventions de la PAC afin d’accroître les revenus de l’ensemble des agriculteurs; demande en outre à la Commission d’accroître le recours aux instruments financiers pour faciliter l’accès des agriculteurs au crédit; |
| 45. | conseille de conserver les dispositions actuelles de la PAC qui permettent aux États membres d’équilibrer les paiements et les interventions entre le premier et le second pilier, et recommande que les paiements directs ne relèvent plus d’une approche fondée sur la surface mais plutôt d’un système combinant plusieurs facteurs: intensité du travail, taille de l’exploitation, type d’exploitant, soutien notamment aux jeunes agriculteurs, valeur ajoutée agricole, zones dans lesquelles des mesures d’adaptation au changement climatique sont mises en œuvre, zones dans lesquelles l’agriculture durable est pratiquée et, enfin, degré de consommation et de préservation des ressources environnementales (incidence des activités sur l’environnement). Ce changement doit intervenir de manière progressive afin que les agriculteurs puissent s’adapter aux nouvelles règles; |
| 46. | recommande également de compléter les paiements directs par des subventions contracycliques afin de stabiliser les revenus des agriculteurs dans un contexte caractérisé par des crises imprévisibles; |
| 47. | fait remarquer que la PAC devrait appuyer les investissements qui contribuent aux mesures d’adaptation au changement climatique et à l’atténuation de ses effets, ainsi que ceux qui réduisent les pressions que l’agriculture exerce sur l’environnement; |
| 48. | juge nécessaire de promouvoir et de soutenir le rôle des contrats régissant la chaîne d’approvisionnement, de manière à garantir la stabilité du système et permettre aux agriculteurs de procéder à une planification à moyen terme; |
| 49. | recommande de renforcer la gestion des terres et les chaînes alimentaires respectueuses de l’environnement grâce à la politique agricole commune; préconise aussi que la politique agricole commune tienne compte de l’agriculture qui souffre face aux conséquences du changement climatique et au risque de désertification; estime que le stockage du carbone dans les sols agricoles ouvre des possibilités pour indemniser économiquement les agriculteurs qui mettent en œuvre des activités régénératrices sur des surfaces à rendement économique faible ou nul qui sont conduites sans irrigation, ce qui permettrait d’éviter l’abandon de terres et rendrait possibles le renouvellement générationnel et le maintien de la production alimentaire; à cet égard, les dispositions de la politique agricole commune actuelle apparaissent insuffisantes; |
Favoriser le développement des zones rurales
| 50. | souligne l’importance de soutenir le développement des zones rurales pour garantir un cadre de vie agréable et de haute qualité aux populations qui y vivent, tout en veillant à la durabilité de l’agriculture, de l’élevage et de l’environnement naturel; plaide en faveur d’un programme rural européen et de la consolidation des travaux réalisés dans le cadre du pacte rural sur la base de la communication «Une vision à long terme pour les zones rurales de l’UE», et demande que, dans le cadre du soutien fourni, le modèle de production agricole traditionnel, familial et ancré dans le territoire soit encouragé; |
| 51. | estime qu’il est nécessaire de favoriser le renouvellement générationnel dans les entreprises rurales, grâce à différentes mesures d’aide et à des instruments tels que des banques d’affaires rurales; |
| 52. | souligne que les zones rurales devraient s’efforcer d’offrir une qualité de vie élevée et faire office de sanctuaire de l’identité locale et régionale et du patrimoine culturel; insiste dès lors sur le fait que la PAC après 2027 doit contribuer à influencer le développement de l’activité agricole et, de manière complémentaire, grâce à une approche globale et à d’autres fonds européens, celui des zones rurales, qu’il convient de considérer comme des espaces où sont menées à la fois des activités agricoles et non agricoles, et qui fournissent des services d’appui direct et les infrastructures nécessaires pour créer des conditions propices à la compétitivité du secteur rural et agricole. Les zones rurales constituent un lieu de vie, de sorte qu’elles doivent répondre aux besoins sociaux, récréatifs et en matière de bien-être, influant ainsi directement sur la qualité de vie des populations rurales. L’accès à l’internet à haut débit est crucial pour un développement rural solide, tout comme des infrastructures éducatives, culturelles, médicales et sanitaires bien établies; |
| 53. | plaide pour le renforcement et la simplification de Leader, l’instrument de développement local mené par les acteurs locaux (CLLD), qui permet aux petits territoires de proposer leurs propres stratégies de développement local; relève que la politique de cohésion devrait, avec l’ensemble des autres politiques et fonds de l’Union, soutenir et compléter l’action de la PAC, en ce qu’à l’instar du pourcentage destiné à financer l’urbanisme durable, soit 10 % à l’heure actuelle, 5 % de ses fonds devraient être consacrés au développement rural non agricole dans le cadre des mécanismes du CLLD; |
| 54. | souligne que la fusion du FEAGA et du Feader a, comme l’a fait remarquer le réseau RegHub du CdR, entraîné une charge bureaucratique supplémentaire. En outre, le fait d’avoir séparé le Feader du reste des Fonds structurels a rendu plus difficile la recherche de synergies entre ces différents fonds et la situation plus complexe en ce qui concerne l’évaluation et les indicateurs de performance; |
| 55. | fait observer que le développement économique et social des zones rurales doit faire l’objet d’un accord global qui tienne compte d’autres fonds, tels que ceux de la politique régionale. Indépendamment de cela, le développement des zones rurales doit demeurer un élément essentiel de la prochaine PAC et il devrait également bénéficier du soutien de la future politique de cohésion; |
| 56. | recommande que les régions rurales et leurs résidents participent activement à la mise en œuvre rapide de systèmes, technologies et infrastructures d’énergies renouvelables, favorisant un approvisionnement durable, rentable et indépendant sur le plan énergétique qui renforce par la même occasion la compétitivité de ces régions dans l’Union; souligne que la numérisation et l’utilisation des nouvelles technologies peuvent rendre l’agriculture plus efficace, productive et durable. Les techniques de l’agriculture de précision utilisant des dispositifs GPS et des appareils de l’internet des objets permettent aux agriculteurs de surveiller la santé des cultures, l’état des sols et les conditions météorologiques en temps réel, en optimisant l’utilisation des ressources et en diminuant les déchets. L’analyse avancée des données et l’apprentissage automatique permettent d’améliorer les plans de culture, la lutte contre les nuisibles et la gestion de l’irrigation, accroissant ainsi la productivité et réduisant au minimum les incidences sur l’environnement; |
| 57. | juge nécessaire d’intensifier la recherche et l’innovation en matière de solutions de mobilité pour améliorer les réseaux de transport et de communication en milieu rural et accroître ainsi la qualité de vie dans ces territoires; |
Accélérer la transition vers une agriculture durable
| 58. | fait remarquer que la PAC devrait appuyer l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à celui-ci, ainsi que la lutte contre les sources de pollution environnementale, et garantir le réel bien-être des animaux d’élevage. Le budget de la PAC après 2027 devrait donc correspondre aux besoins du secteur et au niveau d’ambition, dans le but premier de garantir la sécurité alimentaire; |
| 59. | plaide pour la fin de l’élevage en cage, comme l’a réclamé une récente initiative citoyenne couronnée de succès et comme il l’a demandé dans son avis sur la PAC, en soulignant la nécessité d’améliorer les normes en matière de bien-être animal; |
| 60. | considère que l’application de principes de développement durable, y compris le pacte vert pour l’Europe et la stratégie «De la ferme à la table», doit reposer avant tout sur des incitations plutôt que sur la contrainte, et s’appuyer sur une analyse scientifique approfondie et des consultations sociales concernant les incidences réelles sur l’environnement. Il conviendra également de considérer des mesures de simplification à destination des exploitations certifiées biologiques. Un budget de la PAC dévolu au verdissement devrait dès lors être complété par des ressources supplémentaires; |
| 61. | insiste sur le fait que les agriculteurs doivent être soutenus durant la transition vers une agriculture durable, qui doit refléter les trois piliers de la durabilité, c’est-à-dire les aspects économiques, sociaux et environnementaux. En complément du budget de la PAC consacré aux programmes écologiques et aux mesures agroenvironnementales, le Comité recommande aux État membres, comme il l’a déjà fait dans son avis sur l’agroécologie, d’instaurer des bonus dans le cadre des éco-dispositifs de la nouvelle politique agricole commune, afin de favoriser la transition agroécologique; |
| 62. | souligne, comme l’a signalé le réseau RegHub du CdR, que les différences entre les éco-régimes du premier pilier et les mesures agroenvironnementales du deuxième pilier sont difficiles à communiquer aux candidats et qu’il existe un risque de chevauchement entre les deux instruments; |
| 63. | demande l’établissement de fonds nationaux qui soutiennent la mise en œuvre et l’adoption d’une lutte intégrée et durable contre les nuisibles. Les ressources nécessaires au financement de ces fonds pourraient provenir entre autres d’une taxation des produits phytopharmaceutiques fondée sur les risques qui y sont associés, de contributions des détaillants ou du produit de sanctions (5); |
| 64. | note que la PAC devrait continuer à soutenir fermement les interventions axées sur la prévention qui contribuent à prévenir et indemniser les dommages et à favoriser la résilience face au changement climatique, notamment face aux inondations et aux sécheresses, et ce en finançant à la fois la gestion durable de l’eau, par exemple en améliorant les systèmes d’irrigation existants ou en en construisant de nouveaux, et la protection contre les crues, ainsi qu’en renforçant les fonds de solidarité de l’Union en faveur des agriculteurs ayant subi des pertes dues à des catastrophes. Il faut considérer comme un facteur critique la récurrence de conditions météorologiques anormales dans certaines régions, afin de faire preuve de flexibilité ou d’appliquer des dispositifs d’aide spécifiques; |
| 65. | souligne que la PAC doit continuer, moyennant différentes mesures incitatives, d’appuyer vigoureusement les interventions qui aident à promouvoir des formes durables de développement agricole, qui réduisent les émissions de gaz à effet de serre, l’utilisation de substances phytosanitaires nocives pour l’environnement, l’épandage d’engrais de synthèse, la consommation inappropriée d’eau et d’énergie, ainsi que l’emploi de produits chimiques dangereux pour la santé humaine et le bien-être animal, tout en contribuant à la sécurité alimentaire dans le monde et en préservant la compétitivité extérieure et interne des agriculteurs et du secteur agroalimentaire de l’Union. Aussi est-il essentiel d’étendre les surfaces d’intérêt écologique, ainsi que de tenir compte des progrès réalisés sur le plan scientifique et technologique et d’encourager les agriculteurs à les mettre en œuvre; |
| 66. | fait valoir que la PAC devrait encourager une plus grande efficacité dans l’utilisation de l’eau brute, la restauration des cycles naturels de l’eau et les recherches scientifiques menées dans le but de renforcer la résilience des plantes et des animaux au changement climatique et d’atténuer les effets des émissions de gaz à effet de serre, également grâce aux progrès de l’agronomie, tout en augmentant le stockage et la séquestration du carbone; souligne qu’il conviendrait donc que la PAC continue à établir des liens avec le programme Horizon Europe de l’après 2027, lequel devrait à nouveau comprendre un budget conséquent destiné au défi de société «Alimentation, bioéconomie, ressources naturelles, agriculture et environnement»; |
| 67. | relève que le changement climatique et les pratiques d’adaptation à celui-ci devraient entrer en ligne de compte dans la production agricole, et reconnaît qu’il est nécessaire de faire un usage approprié de la ressource en eau pour la production végétale et de ne pas porter ce faisant préjudice aux sources souterraines; souligne que son usage devrait être limité grâce à l’optimisation de l’irrigation et que, dès lors que cela est possible et pertinent, les cultures nécessitant de grandes quantités d’eau doivent être remplacées par des cultures plus adaptées au climat; insiste par ailleurs sur la nécessité de préserver et de renforcer le potentiel des zones forestières et des pâtures situées à proximité des surfaces agricoles, car elles font office de zones tampons de protection et améliorent la biodiversité; |
| 68. | plaide pour une réflexion plus approfondie sur les moyens de soutenir les cultures ligneuses, compte tenu des difficultés auxquelles les agriculteurs de l’Union européenne sont confrontés; un tel soutien devrait prévoir notamment de réguler le marché grâce à la gestion des volumes de production et à l’amélioration de la qualité, ainsi que de mettre en place un système d’urgence à l’échelon européen en cas de crise; |
| 69. | demande que l’élevage extensif soit déclaré stratégique et qu’il soit soutenu par des fonds spéciaux de la PAC, compte tenu de son rôle dans la gestion de vastes parcelles dans les régions montagneuses et d’autres zones soumises à des contraintes naturelles, de sa contribution indéniable à la fourniture de multiples services écosystémiques, qu’il s’agisse de fournir des aliments sains, sûrs et de qualité, de préserver les paysages et la diversité biologique qui y est associée ou de prévenir les incendies, ou encore de l’importance qu’il revêt pour la vitalité démographique dans les zones reculées, entre autres; |
| 70. | rappelle que les terres agricoles sont destinées à la production agricole. Un pourcentage minimal de terres agricoles devrait être mis en jachère en vue d’améliorer l’efficacité des cultures et la régénération des sols. En complément de la production de denrées alimentaires ou d’aliments pour animaux, il convient de promouvoir le recours aux terres agricoles pour la production de biomasse à des fins énergétiques, dans des zones de l’Union sélectionnées avec soin. Les règles de «conditionnalité» ne devraient pas exclure certaines terres de la production agricole, ni promouvoir ou exiger la subordination des paiements directs à la mise en jachère obligatoire d’une quelconque partie de la surface. Elles devraient au contraire favoriser les pratiques de gestion des terres qui, en particulier sur les sols de mauvaise qualité, améliorent la rentabilité, participent à l’enrichissement des sols grâce à l’apport de matières organiques, renforcent leur capacité de sorption et contribuent à protéger la biodiversité, les eaux souterraines et les sources d’eau de surface; souligne qu’il importe de découpler la production alimentaire dans les exploitations agricoles du modèle de production qui repose unilatéralement sur les énergies fossiles. Il est possible de dégager à l’échelle régionale la surface destinée aux énergies renouvelables en mobilisant par exemple des surfaces laissées en jachère annuelle; rappelle que l’agroécologie et les pratiques agricoles durables cultivent des sols vivants, qui soutiennent des plantes saines, stockent des quantités importantes de carbone et d’eau et présentent une plus grande résistance à la sécheresse et aux températures élevées; |
| 71. | reconnaît la nécessité de soutenir le secteur de la transformation alimentaire, l’essor des énergies renouvelables locales et la réduction des coûts financiers et environnementaux liés aux systèmes durables de transport, de stockage et de conditionnement; |
Créer un système alimentaire au service de la santé des personnes et de la planète
| 72. | souligne que la PAC devrait épauler les producteurs d’aliments sains, produits de manière durable, tels que les aliments biologiques, tout comme les systèmes de production circulaires; recommande d’intensifier la mise en place du système circulaire dans le traitement des déchets d’élevage afin d’en tirer parti sur le plan agronomique (compost et engrais organiques) et de s’orienter vers une gestion sobre et économe des ressources; |
| 73. | insiste sur la nécessité de considérer les déchets comme une ressource, par exemple lorsque des eaux recyclées et riches en nutriments essentiels sont utilisées pour irriguer des zones en déficit hydrique, ou que les résidus de paille de la culture céréalière servent de matériau exploité pour l’élevage, la bioconstruction ou la couverture des sols grâce au paillis; |
| 74. | fait observer que les denrées alimentaires mises à la disposition des résidents de l’Union doivent être bénéfiques pour leur santé. Par conséquent, améliorer la qualité des aliments devrait viser en premier lieu à obtenir les propriétés les plus favorables à la santé, c’est-à-dire des caractéristiques qui permettent aux consommateurs de vivre longtemps et en bonne santé; estime que les produits alimentaires dont les effets négatifs sur la santé des consommateurs sont avérés devraient faire l’objet d’une taxation de plus en plus lourde, en fonction de leur composition, de leurs valeurs calorique et nutritionnelle, de leur degré de transformation et de leurs propriétés addictives. Les recettes tirées de cette taxe pourraient contribuer à financer la PAC après 2027; relève en outre que les denrées alimentaires présentes sur le marché de l’Union ne devraient provenir de fournisseurs extérieurs qu’à la condition qu’elles respectent au moins les mêmes normes que celles produites au sein de l’UE; |
| 75. | recommande à la Commission d’élaborer de nouvelles lignes directrices, dans le cadre des règles actuelles en matière de marchés publics, afin d’encourager les collectivités locales et régionales à organiser leurs appels d’offres de manière à privilégier les denrées alimentaires produites de façon durable à proximité de leur lieu d’achat. Cette démarche devrait s’appliquer tout particulièrement aux aliments servis dans les écoles, les jardins d’enfants, les établissements de soins et les infrastructures médicales, ainsi que lors de manifestations organisées par le secteur public; |
| 76. | reconnaît que les denrées alimentaires produites localement doivent arborer une étiquette visible précisant leur origine, et recommande que la PAC après 2027 continue de proposer des interventions qui soutiennent la promotion, la commercialisation et la vente locale d’aliments issus d’une production locale, y compris en favorisant la construction de marchés couverts; |
| 77. | met en avant la nécessité d’intensifier la recherche et sa mise en application et de continuer à tenir compte de l’importance que revêt le système de connaissances et d’innovation agricoles (SCIA), sachant que la production alimentaire est un domaine ouvert à l’innovation; souligne que la sécurité alimentaire durable repose également sur un grand nombre d’agriculteurs bien formés possédant des connaissances approfondies sur les spécificités de leurs régions, les dynamiques climatiques, les pratiques agricoles durables et la mise en œuvre d’un système alimentaire résilient et pérenne; |
| 78. | regrette que les dialogues stratégiques sur l’avenir de l’agriculture de l’Union lancés par la Commission n’associent aucune collectivité locale ou régionale; |
Renforcer le rôle des régions dans la gouvernance de la PAC
| 79. | invite la Commission européenne à associer le Comité européen des régions en tant qu’organe consultatif à part entière à l’élaboration de la future PAC. La communication directe entre les autorités régionales de gestion des plans stratégiques relevant de la PAC et la Commission européenne devrait être encouragée. Les collectivités régionales et locales représentées au sein du CdR présentent des liens intrinsèques avec les zones rurales et, partant, avec l’agriculture. Elles représentent également les zones urbaines et les consommateurs, et œuvrent pour la protection de l’environnement et l’ordre socio-économique; |
| 80. | souligne qu’il convient d’améliorer et de formaliser la collaboration entre les autorités de gestion nationales et régionales ainsi qu’entre les comités de suivi nationaux et régionaux. Une plateforme d’échange électronique pourrait faciliter la communication entre les niveaux régional et national; |
| 81. | fait remarquer que les représentants des agriculteurs européens doivent être associés à chaque étape et à tous les niveaux lors de la création du cadre de la PAC après 2027 et recommande de mettre en place un forum approprié pour que le Comité européen des régions et les représentants des différentes parties prenantes, en particulier ceux des agriculteurs, puissent contribuer à l’élaboration de la PAC après 2027; |
| 82. | souligne que le nouveau modèle de mise en œuvre de la PAC a entraîné, comme l’a signalé le réseau RegHub du CdR, une augmentation de la charge administrative pour les autorités régionales de gestion des plans stratégiques relevant de la PAC, un manque de flexibilité dans l’adaptation de ces plans stratégiques et des retards dans la mise en œuvre de la politique; |
| 83. | suggère, conformément aux résultats de la consultation du réseau RegHub, d’autoriser des modifications des plans stratégiques sans demander l’approbation de la Commission européenne lorsqu’y figurent des erreurs manifestes et que ces erreurs n’affectent pas les objectifs ni les étapes des plans au niveau national; |
| 84. | estime qu’il serait judicieux de permettre une plus grande flexibilité et d’accorder une attention accrue aux résultats dans le cadre de l’évaluation des plans stratégiques relevant de la PAC, plutôt que de prévoir des modalités de mise en œuvre spécifiques, et juge qu’il serait utile de définir des ensembles communs d’indicateurs pour chaque intervention, sans aller bien au-delà des obligations réglementaires; |
| 85. | souligne que les objectifs susmentionnés de la PAC après 2027 ne peuvent être atteints qu’en renforçant la gouvernance à multiniveaux, en intensifiant la gestion partagée et la décentralisation de la politique, permettant ainsi d’adopter une approche spécifique à chaque territoire, qui rendra les paiements directs plus équitables pour les agriculteurs (s’agissant par exemple des non-salariés et des petites et moyennes entreprises) et offrira de meilleures possibilités en matière de planification à long terme; |
| 86. | est fermement convaincu que c’est au niveau régional que de nombreux aspects cruciaux pour la mise en œuvre de la PAC peuvent être appliqués au mieux; demande dès lors à la Commission européenne d’accorder des pouvoirs nettement plus étendus aux régions (NUTS 2) dans la PAC après 2027, en particulier pour le développement rural. La PAC devrait être décentralisée et mise en œuvre sur la base de stratégies régionales en matière de sécurité alimentaire et de développement rural, le financement duquel devrait provenir de fonds structurels et nationaux. Les collectivités régionales et locales devraient disposer que les surfaces de production agricole sont protégées contre d’autres formes d’utilisation des sols; |
| 87. | souligne qu’il est possible d’atteindre plus efficacement les objectifs de la PAC de l’après-2027 en restaurant l’autonomie régionale en matière de programmation du développement rural, lorsque l’agriculture constitue une compétence traditionnelle et constitutionnelle de la région concernée, et en renforçant ainsi la gouvernance à niveaux multiples, la gestion partagée et la décentralisation; |
| 88. | fait valoir la nécessité de restructurer la PAC en transférant la conception et la gestion à l’échelon régional, tout en préservant l’adhésion cohérente aux objectifs européens communs de la politique agricole commune. Les conditions de sécurité alimentaire et de développement rural, les conditions de distribution des denrées alimentaires dans le cadre de la stratégie «De la ferme à la table», ainsi que les objectifs liés à la préservation de la biodiversité, à la protection des paysages, aux zones protégées, aux enclaves biocénotiques, aux corridors biologiques, à la protection des eaux souterraines et des eaux de surface, à la création de zones tampons, à la protection des espèces et des genres (tels que les pollinisateurs) et aux normes de promotion des produits régionaux devraient tous être définis au sein d’une seule et même stratégie. Dans le cadre des différentes approches de la durabilité du secteur agricole, il conviendrait de pouvoir adapter à la réalité structurelle de chaque région la gestion et la conception du régime de soutien qui lui sera apporté; |
| 89. | demande que le dialogue stratégique sur l’avenir de l’agriculture fasse l’objet d’un suivi attentif, qui mette tout particulièrement l’accent sur l’importance des régions, en ce qu’elles connaissent de première main les défis et les besoins de l’agriculture pratiquée dans nos territoires. |
Bruxelles, le 19 juin 2024.
Le président
du Comité européen des régions
Vasco ALVES CORDEIRO
(1) Les expériences passées, telles que les subventions visant à réduire la production laitière testées en 2016 ou les mécanismes de contrôle de l’offre gérés directement par les acteurs économiques, comme pour la viticulture ou les fromages d’appellation, démontrent l’efficacité de ces approches.
(2) Avis du Comité européen des régions — Pratiques commerciales déloyales au sein de la chaîne d’approvisionnement alimentaire (JO C 387 du 25.10.2018, p. 48).
(3) Avis du Comité européen des régions — La PAC post-2020 (JO C 342 du 12.10.2017, p. 10).
(4) Avis du Comité européen des régions — Agroécologie (JO C 106 du 26.3.2021, p. 19).
(5) Avis du Comité européen des régions — Une utilisation des pesticides compatible avec le développement durable (JO C 188 du 30.5.2023, p. 43).
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/5363/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
P10_TA(2024)0075 — Recommandation au Conseil sur les priorités de l’Union européenne pour la 69e session de la commission de la condition de la femme des Nations unies — Recommandation du Parlement européen du 19 décembre 2024 à l'intention du Conseil concernant les priorités de l’Union européenne pour la 69e session de la Commission de la condition de la femme (CSW) des Nations unies (2024/2057(INI))
19/12/2024
P10_TA(2024)0074 — Répression constante exercée contre la société civile et les médias indépendants en Azerbaïdjan, et le cas de Gubad Ibadoghlu, d'Anar Mammadli, de Kamran Mammadli, de Rufat Safarov et de Meydan TV — Résolution du Parlement européen du 19 décembre 2024 sur la répression constante exercée contre la société civile et les médias indépendants en Azerbaïdjan, et le cas de Gubad Ibadoghlu, d’Anar Mammadli, de Kamran Mammadli, de Rufat Safarov et de MeydanTV (2024/2994(RSP))
19/12/2024
P10_TA(2024)0073 — La situation des droits de l'homme au Kirghizstan, en particulier le cas de Temirlan Sultanbekov — Résolution du Parlement européen du 19 décembre 2024 sur la situation des droits de l’homme au Kirghizstan, en particulier le cas de Temirlan Sultanbekov (2024/2993(RSP))
19/12/2024
P10_TA(2024)0072 — La 11e année d'occupation de la République autonome de Crimée et de la ville de Sébastopol par la Fédération de Russie et la détérioration de la situation des droits de l’homme en Crimée occupée, notamment les cas d'Iryna Danylovych, de Tofik Abdulhaziiev et d'Amet Suleymanov — Résolution du Parlement européen du 19 décembre 2024 sur la 11e année d’occupation de la République autonome de Crimée et de la ville de Sébastopol par la Fédération de Russie et la détérioration de la situation des droits de l’homme en Crimée occupée, notamment les cas d’Irina Danilovich, de Tofik Abdoulgaziev et d’Amet Suleymanov (2024/2992(RSP))
19/12/2024