| CELEX | 52023IR5585 |
| Type | Initiative législative |
| Date | mercredi 17 avril 2024 |
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2024/3664 | 26.6.2024 |
Avis du Comité européen des régions — La protection de la biodiversité et la cohabitation avec les grands carnivores en Europe — défis et perspectives pour les collectivités locales et régionales
(Avis d’initiative)
(C/2024/3664)
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RECOMMANDATIONS POLITIQUES
LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS (CdR),
| 1. | souligne l’importance que revêtent la gouvernance à plusieurs niveaux et le principe de subsidiarité. L’action de l’Union européenne apporte une valeur ajoutée en raison de l’aspect transfrontalier que présente la politique relative aux grands carnivores. Le Comité demande généralement de continuer d’associer et d’engager activement les collectivités locales et régionales afin d’ouvrir, dans toute la mesure du possible, de nouvelles voies pour faire coexister de manière durable et sûre les animaux d’élevage, les êtres humains et les grands carnivores, que ce soit sur les terres, dans les eaux ou dans les airs, tout en renforçant la biodiversité. Il propose que les mesures de protection d’une espèce mises en place par les États membres soient fondées sur les données techniques et les critères des collectivités locales qui sont compétentes en matière de gestion et auxquelles incombe la responsabilité d’approuver et de mettre en œuvre les décisions d’application du régime de dérogations, conformément à ce que prévoit la directive 92/43/CEE (1) s’agissant des grands carnivores; |
| 2. | fait valoir l’importance d’une politique européenne objective en matière de grands carnivores qui contribuera à la stratégie de l’Union en faveur de la biodiversité à l’horizon 2030 et au pacte vert pour l’Europe. Le Comité relève que la législation de l’Union a permis, avec succès, de protéger des espèces menacées et d’améliorer la nature et la biodiversité, procurant ainsi des bénéfices à nos collectivités. Il plaide pour que, là où se posent des défis de taille quant à la coexistence entre les grands carnivores et les activités humaines, des efforts soutenus soient déployés aux niveaux européen, national, régional et local afin de les relever et de favoriser une cohabitation harmonieuse. Les mesures adoptées en vue de protéger une espèce doivent toujours prendre en considération les exigences économiques, sociales et culturelles, ainsi que les spécificités régionales; |
| 3. | confirme son évaluation de la directive «Habitats», qu’il juge adaptée à l’objectif poursuivi, et rappelle que son article 16 prévoit déjà des exceptions autorisant les États membres et les collectivités locales et régionales à déployer certains plans ou projets de gestion, dans la mesure où ceux-ci sont jugés nécessaires pour des raisons impératives d’intérêt public majeur (santé humaine, sécurité publique, etc.). Le Comité souligne qu’il faut réexaminer à intervalles réguliers le statut de protection de certaines espèces en fonction de critères objectifs, sur la base de la directive «Habitats» et compte tenu de l’évolution de leurs populations, afin de permettre leur cohabitation avec d’autres espèces et les animaux d’élevage, et d’améliorer à la fois la biodiversité et la gestion traditionnelle des exploitations agricoles en milieu rural, tout en procédant avec toute la prudence qu’exigent l’évaluation et la potentielle modification du niveau de protection des espèces en fonction de l’évolution des taux de population. Si la cohabitation avec des espèces couvertes par la directive, indépendamment de leur niveau de protection, devait poser des difficultés, il conviendrait en priorité de renforcer les actions de prévention, les activités éducatives et les mesures de flexibilité que permet déjà la législation de l’Union, notamment le recours effectif aux dérogations. À cet égard, la Commission européenne doit veiller à ce que les États membres mettent véritablement en œuvre ces dérogations, en leur interdisant de compromettre l’application de ce régime par l’adoption d’une réglementation nationale ou locale; |
| 4. | s’inquiète de la montée des tensions sociales découlant de la gestion des grands carnivores et de son incidence négative sur les politiques de conservation et de restauration de la nature et de développement rural, en particulier dans les zones rurales où les conflits de cohabitation avec certaines espèces se sont multipliés du fait que leur nombre d’individus a fortement augmenté; |
| 5. | considère que les grands carnivores peuvent jouer un rôle crucial en contribuant à restaurer les écosystèmes et à en préserver l’équilibre, notamment en ce qu’ils régulent les populations d’autres espèces. Ils occupent une place centrale dans le patrimoine naturel de l’Europe, et leur retour dans des régions européennes où ils avaient été éradiqués s’avère une réussite remarquable en matière de conservation, bien qu’il puisse également poser d’importants défis dont il ne faut pas faire abstraction; |
| 6. | demande de mettre en œuvre une approche véritablement «ascendante» dans le cadre des mesures qui favorisent un retour approprié de certains grands carnivores sur le territoire de l’Union et qui vont de pair avec des mesures ciblées et praticables pour protéger autant que possible les animaux d’élevage et ceux de pâturage, tout comme les êtres humains, notamment dans les régions de montagne, et à cet égard, recommande expressément d’échanger par-delà les frontières les expériences tirées des bonnes pratiques; |
| 7. | appuie fermement les travaux menés par la plateforme européenne sur les grands carnivores et encourage leur diffusion aux niveaux local et régional, tout comme la création de synergies avec des initiatives similaires. Le Comité réserve un accueil positif au projet pilote visant à mettre sur pied des plateformes régionales sur les grands carnivores, et suggère qu’elles soient étendues, moyennant un soutien et des conseils appropriés de la part de l’Union, afin de promouvoir le partage des connaissances et des bonnes pratiques. Il propose en particulier que la Commission offre un soutien financier pour mettre en place des plateformes régionales là où il existe des conflits majeurs entre les grands carnivores et l’élevage extensif afin de favoriser la cohabitation, en encourageant la participation ascendante des régions, des collectivités locales et des éleveurs, ainsi qu’en évaluant l’obtention de résultats comme critère mesurable d’un tel financement; |
| 8. | suggère que les plateformes régionales s’emploient à surveiller les comportements des différentes espèces qui s’attaquent aux exploitations d’élevage dans chaque région, et propose en outre de surveiller et de prévenir les comportements de grands prédateurs comme l’aigle et le vautour dans le sud de l’Europe; |
| 9. | avertit les décideurs de ne pas négliger le fait que cette question entretient aussi des liens étroits avec celle de l’importance des zones rurales, de leurs habitants et de leur agriculture paysanne. La nécessité d’une coexistence entre les grands carnivores et les activités traditionnelles d’élevage extensif oblige les décideurs à faire preuve d’une extrême précaution et à s’appuyer sur les rapports techniques les plus récents pour élaborer des normes législatives visant à garantir la préservation de la flore comme de la faune et le maintien d’activités économiques humaines dans les zones rurales et dépeuplées d’Europe; |
| 10. | juge essentiel que l’Union européenne finance à hauteur de 100 % les mesures visant à prévenir, réduire ou compenser les dommages causés au bétail ou dans les cultures et plantations de fruits et de légumes par les grands carnivores. La Commission européenne doit veiller à mettre à disposition, de manière non bureaucratique, des ressources suffisantes au titre du prochain cadre financier pluriannuel pour soutenir les communautés rurales, en particulier là où les niveaux de population des grands carnivores sont significatifs. La mise en œuvre de ces mesures compensatoires ne doit en aucun cas donner lieu à une baisse des aides couvrant les coûts supplémentaires et pouvant être accordées aux éleveurs à titre de compensation pour les services environnementaux fournis dans des zones d’élevage extensif et, le cas échéant, des indemnités perçues pour des dommages objectifs, en raison du régime juridique de responsabilité patrimoniale établi dans les États membres ou leurs régions; |
| 11. | demande un dialogue étroit, technique et transfrontière des responsables politiques avec des spécialistes de la biodiversité, des chercheurs, des défenseurs de la nature, des agriculteurs, des éleveurs, des apiculteurs, des experts en gestion cynégétique, des organisations de protection animale, ainsi qu’avec les experts et les praticiens des associations de chasseurs et du secteur forestier; |
| 12. | insiste sur la nécessité de garantir l’obligation d’une indemnisation pour les dommages causés au bétail et aux animaux domestiques en général du fait des grands prédateurs, sans bureaucratie inutile. Les systèmes d’indemnisation devraient intervenir en temps utile et prendre pleinement en considération l’incidence économique des dommages, y compris les effets collatéraux allant au-delà du nombre d’animaux tués. Les mécanismes de dédommagement devraient être soumis à un système de contrôle fiable et proportionné, lié à la preuve que des efforts suffisants ont été déployés en matière de prévention, et être accessibles à tous les agriculteurs; |
| 13. | est d’avis qu’il serait important, dans ce contexte, de tenir compte de la dimension de l’équilibre entre les hommes et les femmes pour renforcer l’autonomie de ces dernières dans l’agriculture rurale et leur donner les moyens d’agir en faveur de la biodiversité. L’égalité entre les hommes et les femmes constitue une valeur européenne essentielle et un principe fondamental de l’Union européenne consacré par les traités et l’article 23 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. Elle compte parmi les outils de lutte contre le dépeuplement des zones rurales européennes; |
| 14. | estime qu’il convient de créer un environnement qui favorise l’équilibre entre les hommes et les femmes et encourage la participation active de ces dernières ainsi que leur rôle moteur dans la conservation de la biodiversité et l’agriculture durable. Il importe dès lors de prôner des politiques qui promeuvent l’égalité entre les hommes et les femmes dans les secteurs ruraux, de manière à garantir une représentation et une participation équitables de celles-ci à la prise de décision. Il apparaît primordial de concevoir des programmes éducatifs ciblés, axés sur les techniques agricoles et l’esprit d’entreprise, afin d’attirer les femmes dans ces domaines. L’architecture projetée pour la politique agricole commune après 2027 devrait par ailleurs consacrer de manière éminente l’objectif d’égalité entre les hommes et les femmes; |
| 15. | reconnaît que la cohabitation avec les grands carnivores peut poser des problèmes sur le plan de la vie et de la sécurité humaines en général, et note qu’il est crucial de répondre à ces préoccupations. Le Comité souligne la nécessité de comprendre pleinement les défis auxquels sont confrontées les collectivités locales, reconnaissant que la question de la sécurité va au-delà du nombre d’attaques. Il juge essentiel de promouvoir l’éducation des communautés locales afin d’éviter les comportements susceptibles d’accroître les risques d’attaques, tels qu’une gestion inadéquate des déchets alimentaires. Un système de dérogations opportun et efficace ainsi que des équipes d’intervention dûment formées et outillées sont nécessaires pour gérer les situations dangereuses. Le Comité fait valoir qu’il est essentiel de fonder les politiques de sécurité sur des critères objectifs, en faisant abstraction des points de vue émotionnels qui exagèrent de manière disproportionnée le danger que représentent les grands carnivores; |
| 16. | rappelle que plusieurs régions d’Europe font état d’une cohabitation réussie entre les humains et les grands carnivores, en particulier les loups, grâce à la mise en œuvre de mesures préventives efficaces, susceptibles de contribuer à réduire les dommages, notamment l’installation de différents types de clôtures, l’acquisition de chiens gardiens de troupeaux et le gardiennage, mais est conscient que ces initiatives de prévention ne peuvent être déployées que de manière limitée dans certaines exploitations d’élevage extensif, en raison de leur mode de conduite, par exemple l’élevage en semi-liberté; |
| 17. | reconnaît que le suivi relatif au statut de conservation des grands carnivores et l’activation du régime de dérogations ne peuvent se fonder sur un calcul du nombre d’individus, qui est impossible à réaliser, mais doivent s’effectuer sur la base des meilleures informations disponibles, obtenues au moyen de méthodologies scientifiquement éprouvées; |
| 18. | relève qu’il importe de préparer les systèmes de santé animale, en particulier pour ce qui est des systèmes d’alerte et de la coopération transfrontières, à un risque croissant d’épidémies dues à des facteurs tels que le changement climatique, la perte d’habitats en général et, dans les régions où les populations de grands carnivores sont en augmentation, les interactions accrues entre les animaux sauvages, les animaux d’élevage et les êtres humains. Le Comité signale dans le même temps que les grands carnivores peuvent contribuer à prévenir les zoonoses en prélevant des ongulés sauvages âgés et malades, ce qui, grâce à la réduction des réservoirs et de la transmission d’agents pathogènes et de maladies, s’avère bénéfique pour le bétail et la santé humaine; |
| 19. | affirme que la politique agricole commune devrait soutenir la protection de la biodiversité et le bien-être animal. Les fonds de développement rural provenant du Feader recèlent un potentiel inexploité s’agissant de favoriser la cohabitation: on pourrait notamment engager des investissements et augmenter les paiements agroenvironnementaux à la surface pour les zones où la présence de grands prédateurs serait susceptible de faire obstacle à l’application de pratiques de pâturage bénéfiques pour l’environnement; |
| 20. | estime que l’élevage traditionnel en zone montagneuse est essentiel au maintien d’écosystèmes précieux. Le respect des lignes directrices de l’UE relatives aux prairies s’avère primordial pour préserver les trésors naturels que sont notamment les alpages et les pâturages; |
| 21. | observe que les aires de répartition des grands carnivores coïncident bien souvent avec les zones d’activités liées à l’élevage, ce qui requiert la mise en œuvre de mesures appropriées pour prévenir les conflits, comme le déploiement d’actions de prévention, lorsqu’elles revêtent un caractère réaliste, ou l’application effective du régime dérogatoire prévu dans la directive; |
| 22. | fait remarquer que, dans le contexte de l’élargissement de l’Union, il convient de s’assurer que les pays candidats bénéficient d’une aide pour pouvoir appliquer les normes européennes relatives à la protection environnementale et à la cohabitation avec les grands carnivores, tout en veillant à ce que les futurs États membres aient accès, de manière organisée et dans les meilleurs délais, aux bonnes pratiques accumulées en la matière; |
| 23. | insiste sur l’importance de donner la priorité à la vie et la sécurité humaines lorsque de grands carnivores pénètrent des zones habitées et présentent une menace pour les populations qui y vivent et pour l’activité économique de celles-ci. Le Comité recommande que les collectivités locales et régionales reçoivent une aide pour pouvoir gérer de telles situations avec habileté et faire en sorte que des dispositions en matière d’urbanisme prévoient également l’évacuation en toute sécurité des carnivores, lorsque cela s’avère nécessaire. Le Comité rappelle que dans de telles situations, il s’impose d’activer en temps utile les dérogations prévues, dès lors que les conditions requises sont réunies; |
| 24. | note que, malgré leur utilisation répandue, la mise en place de barrières électriques ou d’autres types de clôtures se heurte, dans les reliefs morcelés, à des limitations, qui, en pratique, compliquent le déploiement d’interventions préventives, voire l’empêchent totalement, en particulier dans les zones agricoles de petite taille, ou dans les espaces naturels protégés, où ces dispositifs auraient pour conséquence de restreindre la circulation pour les espèces animales visées ou d’autres, et demande de ce fait de diversifier plus avant les mesures de prévention et d’échanger de manière coordonnée les expériences concernant les méthodes éprouvées par les collectivités locales touchées et menacées, tout en reconnaissant que, dans certains territoires ou exploitations, l’instauration de mesures préventives s’avère impraticable ou inefficace; |
| 25. | suggère qu’Eurostat complète les données existantes sur la biodiversité par des données sur les grands carnivores collectées au niveau NUTS 3 et par d’autres données pertinentes pour le suivi des politiques, offrant ainsi la possibilité que le domaine d’action repose sur des données actualisées et vérifiées, qui auront été recueillies selon une méthodologie harmonisée dans tous les États membres; |
| 26. | estime qu’il est de la plus haute importance que les régions amenées à se réadapter à la cohabitation avec les grands carnivores bénéficient d’une attention particulière, d’autant plus qu’elles sont nombreuses à faire face également à d’autres difficultés sur le plan géographique, économique et démographique, et considère que la politique de l’Union comme la planification des États membres devraient suivre une approche globale; |
| 27. | relève que l’élevage extensif constitue un pilier essentiel pour certains territoires de l’UE, dans la mesure où il contribue au maintien en bon état de ses zones de pâturage, génère des produits de qualité, façonne le paysage, aide à contrôler les incendies de forêt, régule les cycles de l’eau et la qualité des sols, favorise la biodiversité et contribue à préserver le patrimoine culturel et l’identité territoriale. Il s’agit en conséquence d’une activité qui se caractérise par une démarche qui complète et respecte des processus écologiques locaux, étant donné qu’elle doit obligatoirement s’y adapter pour maintenir ses processus de production; |
| 28. | souligne l’importance de l’élevage extensif en tant qu’il fait partie intégrante de la structure du milieu rural et constitue un atout essentiel pour son développement, sa vitalité et son économie. Face au défi que représente le dépeuplement des zones rurales européennes, il s’impose de soutenir les activités économiques qui assurent le maintien des populations de nos campagnes; |
| 29. | observe que, dans bien des États membres, les programmes d’indemnisation et de prévention font peser des charges administratives sur les personnes lésées et les agriculteurs. Le Comité suggère que des recommandations soient élaborées à l’échelle de l’Union sur l’indemnisation des biens et des personnes et exhorte par conséquent les institutions publiques à supprimer toute charge administrative inutile, puisqu’il s’agit là du seul moyen de garantir l’égalité des chances pour les personnes peu qualifiées, qui vivent souvent dans la pauvreté et habitent des zones isolées. Le Comité promeut dès lors la diffusion des bonnes pratiques, en tenant compte par exemple des expériences tirées du projet pilote relatif à la création de plateformes régionales sur les grands carnivores; |
| 30. | estime nécessaire, sachant que l’élevage extensif et à petite échelle, en particulier sous ses formes traditionnelles et respectueuses de l’environnement, concourt dans une mesure significative à préserver et enrichir la biodiversité, de prendre des mesures spécifiques pour remédier aux importants enjeux de travail, de santé et de sécurité inhérents à cette activité, lesquels incluent les problèmes causés par la présence de grands carnivores, ainsi que les journées de travail continu pendant 24 heures, le stress et le manque de repos adéquat. Dans ce contexte, le Comité souligne la nécessité de fournir un soutien financier supplémentaire afin d’apporter une solution efficace à ces problèmes; |
| 31. | suggère que les États membres reçoivent des ressources supplémentaires servant à couvrir le coût total des mesures préventives et compensatoires mises en place pour garantir une cohabitation harmonieuse; |
| 32. | accueille favorablement les activités de recherche scientifique et d’innovation menées dans plusieurs États membres afin de contribuer à prévenir ou à atténuer les conflits et d’améliorer la cohabitation avec les grands carnivores, et se félicite que, dans de nombreux cas, les outils d’agriculture et d’élevage intelligents tels que les drones, l’imagerie thermique et les systèmes de l’internet des objets contribuent à réduire, voire à prévenir, les dommages; |
| 33. | rappelle que, pour mettre en œuvre des outils intelligents et numériques visant à prévenir les attaques de grands carnivores, il importe de déployer intégralement les technologies de haut débit dans toutes les régions de l’Union européenne, en particulier les zones rurales, reculées et montagneuses, qui coïncident avec celles qui sont les plus touchées par ces agressions; |
| 34. | invite la Commission à s’assurer que les États membres consultent les collectivités locales et régionales concernées pour faire en sorte d’inclure les perspectives locales dans les rapports sur la biodiversité qu’ils devront présenter d’ici à 2025, en veillant à y intégrer les informations dont disposent les administrations compétentes s’agissant de la gestion des grands carnivores, et à y reprendre des méthodologies objectives d’évaluation de l’état de conservation de ces taxons; |
| 35. | tient à signaler que la sauvegarde des grands carnivores et en particulier du loup constitue notre priorité européenne commune, raison pour laquelle on pourrait encore améliorer la collecte de données, l’évaluation et la planification des politiques relatives aux grands carnivores dans les États membres. Le Comité recommande dès lors à la Commission d’élaborer une méthodologie adéquate grâce à laquelle les États membres pourront mesurer par des critères homogènes l’état de conservation des grands carnivores et déployer ainsi des politiques réalistes et conformes à l’objectif de les protéger et de favoriser leur coexistence avec les activités humaines, en particulier celles d’élevage; |
| 36. | estime que, par rapport à la situation antérieure à 1992, le nombre et la répartition géographique des grands carnivores ont augmenté à un point tel qu’ils sont présents non seulement dans leurs anciens habitats, mais aussi dans des régions où ils étaient absents depuis des siècles, voire, dans certains cas, où ils n’avaient jamais existé. Ainsi, un quart du territoire de l’Union est à présent directement concerné par la cohabitation avec les grands carnivores, de sorte qu’il est temps d’examiner si le soutien et les dispositifs institutionnels en vigueur sont conçus à l’échelle appropriée et peuvent réagir efficacement à une évolution significative des circonstances; |
| 37. | invite la Commission à informer les États membres de la nécessité de progresser dans la résolution des conflits dus à l’expansion excessive des grands carnivores en activant des mesures prévues par la réglementation européenne, y compris, de manière limitée et selon des critères sélectifs, sous la forme de la mise à mort de spécimens, conformément au régime dérogatoire prévu à l’article 16 de la directive 92/43/CEE, dans le cas d’espèces dont l’état de conservation à l’échelle locale garantit qu’une telle intervention aura un effet neutre; |
| 38. | assure la Commission et les États membres de son soutien s’ils appliquent le test rural aux côtés des principes de gouvernance à plusieurs niveaux et de subsidiarité lorsqu’ils élaborent des politiques et adaptent les systèmes de développement et de soutien pour tenir compte des grands carnivores, en particulier sachant que ces animaux vivent presque exclusivement dans des régions rurales; |
| 39. | invite la Commission à accorder, lors de l’élaboration des politiques, une grande importance à l’aide à la recherche fondamentale, au développement technologique et à l’innovation dans le domaine de la cohabitation avec les grands carnivores, afin que les agriculteurs et les collectivités locales et régionales puissent disposer de technologies plus efficaces, plus accessibles et plus abordables; |
| 40. | fait savoir qu’il est par ailleurs disposé à effectuer, en coopération avec la Commission, des analyses d’impact territorial en ce qui concerne le cadre législatif en vigueur et les futures politiques relatives aux grands carnivores; |
| 41. | met l’accent sur le fait qu’en l’absence d’acceptation sociale adéquate, les conflits relatifs aux grands carnivores peuvent mettre en péril la cohabitation, et estime dès lors qu’il est de la plus haute importance d’utiliser des canaux de communication appropriés, qui répondent aux divers besoins des citoyens et sont accessibles à tous. Il est notamment impératif de déployer des politiques qui reposent sur des données objectives et soient adaptées à la réalité des territoires, de diffuser des informations, de partager les bonnes pratiques, de dispenser des conseils et de fournir une assistance afin de renforcer l’inclusion, en tenant compte, le cas échéant, de la situation spécifique de la minorité linguistique concernée; |
| 42. | souligne la nécessité de former avec efficacité les chiens gardiens de troupeaux et les chiens de berger pour protéger les êtres humains et réduire le danger que courent les autres animaux. Le Comité suggère également que des pratiques relatives au bien-être de ces chiens soient mises au point et recommande que des lignes directrices soient élaborées concernant la prise en charge des vieux chiens; |
| 43. | met en avant les possibilités économiques qu’offre la présence de grands carnivores en lien avec le tourisme durable, la recherche et les stratégies de marque appliquées aux produits locaux, et encourage la diffusion des bonnes pratiques; |
| 44. | est d’avis que, dans certains cas, l’expansion accrue des grands carnivores est dans notre intérêt commun, bien que dans d’autres, cette augmentation de leurs effectifs soit source de problèmes pour l’intérêt général en milieu rural. Les externalités négatives associées à ces difficultés ne sauraient être à la seule charge des collectivités directement touchées, et le Comité en appelle par conséquent à la solidarité des régions urbaines et des citoyens en général qui ne sont pas encore confrontés à la présence de grands carnivores à leurs portes; |
| 45. | se félicite des efforts déployés par le Parlement européen pour veiller à ce que le droit de l’Union sur la biodiversité et les grands carnivores cadre davantage avec les obligations juridiques internationales qui incombent aux États membres; |
| 46. | propose que la Commission intègre les conclusions pertinentes des autres institutions de l’Union lorsqu’elle planifiera la période postérieure à 2027, afin d’évaluer les modalités que pourrait revêtir un financement plus ciblé provenant des fonds de l’Union aux fins de protéger la biodiversité et de garantir la cohabitation avec les grands carnivores, moyennant, le cas échéant, la mise en place d’outils de soutien sur mesure; |
| 47. | est favorable à ce que les parties prenantes locales, notamment les pouvoirs publics, les chercheurs, les défenseurs de la nature, les ONG, les chasseurs, les gardes-chasses, les sylviculteurs et les éleveurs, participent à transmettre les connaissances et à diffuser les bonnes pratiques, y compris celles tirées des projets LIFE et les bons exemples de gestion Natura 2000; |
| 48. | considère que la présence d’espèces telles que le loup et l’ours dans des environnements humanisés nécessite un effort d’arbitrage pour parvenir à un compromis entre les intérêts de certaines exploitations économiques et la protection de l’animal concerné, afin de réduire l’impact de la prédation sur le bétail élevé en mode extensif. La préservation des populations de ces espèces doit s’effectuer moyennant la promotion de mesures qui réduisent et indemnisent de manière adéquate les dommages causés à l’élevage extensif; |
| 49. | souligne que, si le débat public se concentre souvent uniquement sur les ours et les loups, il importe de s’occuper de toutes les espèces de grands carnivores. Les lynx d’Eurasie, les lynx pardelles, les chacals dorés, les gloutons, les aigles, les vautours, les gypaètes barbus et d’autres oiseaux de proie posent des défis propres et donnent lieu à des conflits particuliers, parfois liés à des zones régionales spécifiques, comme la prédation des rennes semi-domestiques par le glouton en Suède et en Finlande; |
| 50. | se déclare préoccupé par la présence d’hybrides chiens-loups, qui posent des problèmes pour la biodiversité et sont susceptibles de nuire aux activités humaines. Il convient d’encourager les mesures visant à prévenir l’hybridation, tout particulièrement le contrôle des chiens errants ou circulant librement. Si les hybrides devraient continuer à ne pas figurer parmi les espèces protégées dans l’Union, il y aurait toutefois lieu de prendre des mesures pour éviter que des loups ne soient pris pour des hybrides chiens-loups et tués, intentionnellement ou par erreur; |
| 51. | accorde son soutien et toute son attention aux projets qui sont actuellement en phase d’élaboration et d’expérimentation dans un certain nombre de territoires de montagne caractérisés par le pâturage d’un grand nombre d’animaux durant la saison estivale, et qui ont la capacité de combiner des démarches diverses, en valorisant notamment l’histoire, la culture et les traditions de l’alpage. Outre le fait qu’ils mettent en valeur les spécificités locales, les projets en question conjuguent l’usage des systèmes de prévention traditionnels avec l’expérimentation d’outils technologiques qui font appel à l’intelligence artificielle; |
| 52. | souligne qu’il est important, surtout dans les élevages de type extensif pratiquant un pâturage en liberté ou semi-liberté, de soutenir économiquement le personnel auxiliaire de l’éleveur, sachant que la présence des grands carnivores requiert de surveiller en permanence les animaux qui paissent, aussi bien le jour que la nuit, et de favoriser dans le même temps la technique du pâturage dirigé, plus efficace que le pâturage libre. Il a été démontré que les attaques de grands carnivores se produisent principalement la nuit, surtout dans ce type d’élevage. De fait, il a été constaté, lors des dernières saisons d’alpage, qu’un changement naturel s’était opéré dans le système de pâturage des animaux, en ce sens qu’avec l’arrivée des grands carnivores, l’équilibre qui s’était installé au fil du siècle passé a été profondément bouleversé. Dans de nombreux alpages, il a été observé que les animaux avaient tendance à éviter de paître dans les zones les plus marginales des pâtures situées à proximité des zones boisées et qu’ils favorisaient celles immédiatement adjacentes aux bâtiments, précisément par crainte de subir une attaque inopinée de grands carnivores. Cette situation entraîne une modification du tapis herbager, avec une augmentation des adventices et par conséquent une avancée des surfaces boisées, dont il résulte un appauvrissement de la biodiversité; |
| 53. | invite la Commission à envisager des financements plus ciblés et à soutenir les projets, à l’heure actuelle financés essentiellement par les collectivités locales et régionales, qui sont menés dans les territoires ruraux de montagne caractérisés par des élevages extensifs pratiquant le pâturage en liberté ou semi-liberté. Il est très souvent difficile, voire impossible, de mettre en œuvre les systèmes de prévention traditionnels dans de tels élevages. Or, ceux-ci sont les garants et les protecteurs de la biodiversité, du paysage et des traditions culturelles au niveau local. |
| 54. | fait observer que l’une des causes des manifestations menées actuellement par le secteur agricole consiste en ce qu’il a conscience des défis que lui posent la transition verte et celle du numérique. Il importe de partager les inquiétudes des agriculteurs et des éleveurs et de formuler des solutions auxquelles ils soient associés et qui apaisent leur sentiment d’être laissés pour compte. |
Bruxelles, le 17 avril 2024.
Le président
du Comité économique et social européen
Vasco ALVES CORDEIRO
(1) Directive 92/43/CEE du Conseil, du 21 mai 1992, concernant la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvages (JO L 206 du 22.7.1992, p. 7).
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/3664/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
P10_TA(2024)0075 — Recommandation au Conseil sur les priorités de l’Union européenne pour la 69e session de la commission de la condition de la femme des Nations unies — Recommandation du Parlement européen du 19 décembre 2024 à l'intention du Conseil concernant les priorités de l’Union européenne pour la 69e session de la Commission de la condition de la femme (CSW) des Nations unies (2024/2057(INI))
19/12/2024
P10_TA(2024)0074 — Répression constante exercée contre la société civile et les médias indépendants en Azerbaïdjan, et le cas de Gubad Ibadoghlu, d'Anar Mammadli, de Kamran Mammadli, de Rufat Safarov et de Meydan TV — Résolution du Parlement européen du 19 décembre 2024 sur la répression constante exercée contre la société civile et les médias indépendants en Azerbaïdjan, et le cas de Gubad Ibadoghlu, d’Anar Mammadli, de Kamran Mammadli, de Rufat Safarov et de MeydanTV (2024/2994(RSP))
19/12/2024
P10_TA(2024)0073 — La situation des droits de l'homme au Kirghizstan, en particulier le cas de Temirlan Sultanbekov — Résolution du Parlement européen du 19 décembre 2024 sur la situation des droits de l’homme au Kirghizstan, en particulier le cas de Temirlan Sultanbekov (2024/2993(RSP))
19/12/2024
P10_TA(2024)0072 — La 11e année d'occupation de la République autonome de Crimée et de la ville de Sébastopol par la Fédération de Russie et la détérioration de la situation des droits de l’homme en Crimée occupée, notamment les cas d'Iryna Danylovych, de Tofik Abdulhaziiev et d'Amet Suleymanov — Résolution du Parlement européen du 19 décembre 2024 sur la 11e année d’occupation de la République autonome de Crimée et de la ville de Sébastopol par la Fédération de Russie et la détérioration de la situation des droits de l’homme en Crimée occupée, notamment les cas d’Irina Danilovich, de Tofik Abdoulgaziev et d’Amet Suleymanov (2024/2992(RSP))
19/12/2024