| CELEX | 52023IR5587 |
| Type | Initiative législative |
| Date | jeudi 20 juin 2024 |
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2024/5367 | 17.9.2024 |
Avis du Comité européen des régions — Vers une gestion résiliente de l’eau pour lutter contre la crise climatique dans le cadre d’un pacte bleu pour l’Europe
(Avis d’initiative)
(C/2024/5367)
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I. RECOMMANDATIONS POLITIQUES
LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS (CdR)
| 1. | fait valoir que l’eau, en tant qu’élément essentiel à la vie, contribue à préserver la santé humaine, la production alimentaire et les écosystèmes et participe à la régulation du climat, mais qu’elle est menacée par de nombreux problèmes, notamment la pollution par les produits chimiques industriels, les pesticides, les nutriments, les produits pharmaceutiques, la pollution par les plastiques, la pollution sonore sous-marine, l’extraction de matières premières, les déchets et les effets profonds du changement climatique; note que la rareté de l’eau ne devrait pas uniquement être considérée comme un phénomène naturel, mais aussi comme la conséquence d’une mauvaise gestion prolongée et généralisée des ressources en eau; souligne que la manière dont l’eau est actuellement gérée n’est plus satisfaisante et doit être modifiée afin de garantir qu’une action résolue et des mesures courageuses soient mises en œuvre dans le domaine de l’atténuation du changement climatique et de l’adaptation à celui-ci, ainsi que de la prévention des catastrophes naturelles; |
| 2. | souligne que la gestion de l’eau au sein de l’UE est profondément influencée par le changement climatique, l’agriculture, l’industrialisation et l’urbanisation (1). Les défis interdépendants liés à l’eau comprennent notamment, mais pas exclusivement, les inondations, les sécheresses, le stress thermique, les pénuries d’eau, la pollution des eaux de surface et souterraines, l’appauvrissement de la biodiversité présente dans les masses d’eau, la gestion des eaux usées et des eaux de drainage urbain, ainsi que l’élévation du niveau de la mer. En 2019, 29 % du territoire de l’Union a été touché par le stress hydrique pendant au moins une saison (2); s’inquiète du fait que les pénuries d’eau contraignent de nombreuses collectivités locales et régionales à déclarer des situations d’urgence liées à la sécheresse, alimentant ainsi les tensions dans les communautés locales et les régions transfrontalières; |
| 3. | souligne l’incidence négative que les épisodes de sécheresse, les inondations et d’autres phénomènes météorologiques extrêmes ont sur la cohésion économique, sociale et territoriale de l’Union, ce qui entrave la mise en œuvre de sa politique de cohésion et accroît le risque d’aggravation des inégalités sociales; |
| 4. | reconnaît que les défis qui se posent en matière de gestion de l’eau sont appelés à s’intensifier considérablement dans les années et décennies à venir en raison des effets du changement climatique, et que la limite planétaire de l’eau douce a déjà été dépassée (3); fait valoir que des mesures coordonnées d’atténuation, d’adaptation et de résilience sont nécessaires de toute urgence dans tous les secteurs pour réduire et maîtriser les incidences à court, moyen et long terme sur le bien-être et la santé, l’environnement ainsi que l’économie; demande que la gestion de l’eau soit fondée sur des stratégies à long terme et qu’elle permette de passer de la gestion des crises à la gestion des risques, par exemple en mettant davantage l’accent sur la demande plutôt que sur des mesures axées sur l’offre et en donnant la priorité à l’eau potable par rapport aux autres utilisations de cette ressource; |
| 5. | insiste sur le fait qu’une utilisation plus rationnelle des ressources en eau a un effet direct sur la consommation d’énergie et la lutte contre le changement climatique; met en exergue l’importance d’instaurer une société intelligente dans ses usages de l’eau par des mesures visant par exemple à prévenir les fuites d’eau et à supprimer le gaspillage de l’eau; exhorte la Commission européenne tout comme les États membres à coopérer avec les collectivités locales et régionales et à leur fournir le soutien nécessaire, notamment économique, en particulier concernant l’articulation entre l’eau, l’énergie, les denrées alimentaires, la santé humaine et les écosystèmes (nexus); |
| 6. | invite la Commission européenne à élaborer une stratégie globale dans le domaine de l’eau qui aborde les défis liés à l’eau en accordant une attention particulière à divers secteurs et qui protège le droit à une eau propre et en quantité suffisante pour tous. Les politiques que mène actuellement l’Union dans le domaine de l’eau restent fragmentées et suivent une approche cloisonnée: une stratégie globale reliant différents aspects des politiques existantes de gestion de l’eau dans tous les secteurs s’impose; |
| 7. | met l’accent sur la nécessité de lutter contre les maladies transmises par l’eau ou liées à l’eau, la pollution et la rareté de l’eau, qui ont une incidence sur la santé publique et sont exacerbées par le changement climatique; se félicite du plan d’action «zéro pollution» et de la plateforme des acteurs concernés par l’ambition «zéro pollution», qu’il copréside avec la Commission européenne et dont il invite la prochaine Commission à poursuivre les travaux; |
| 8. | reconnaît les interconnexions qui existent entre la question de l’eau et l’ensemble des objectifs de développement durable (ODD) et se félicite que le rôle de l’eau dans la lutte contre le changement climatique ait été reconnu dans l’accord adopté lors de la COP 28, dit «consensus des Émirats arabes unis»; invite l’UE à poursuivre ses efforts pour mettre en œuvre le programme d’action pour l’eau ainsi que les engagements pris lors de la conférence des Nations unies sur l’eau 2023, et en particulier celui de mener à bien le sixième ODD («eau propre et assainissement»); appelle la Commission européenne à s’engager activement au côté du CdR au sein de ces enceintes internationales; |
| 9. | insiste sur l’importance de la qualité des sols pour la rétention et la filtration des eaux; appelle la Commission et les colégislateurs à faire de la rétention hydrique, de la filtration des eaux et de l’humidité des sols un pilier central de la législation sur la santé des sols, tout en tenant compte des conditions pédologiques et climatiques de chaque territoire; fait observer que les bassins de retenue, les systèmes de collecte et les structures de surface de forme différente, dans les zones rurales comme urbaines, devraient permettre aux précipitations de percoler lentement dans le sol plutôt que de s’écouler rapidement dans le système d’égouts, contribuant ainsi à prévenir les inondations; met l’accent sur la nécessité de limiter l’artificialisation des sols et l’imperméabilisation des surfaces naturelles au moyen de politiques qui favorisent la réutilisation de zones et de bâtiments désaffectés plutôt que l’utilisation de sites vierges aux fins de la construction et de l’utilisation des sols; souligne le potentiel des tourbières et des forêts saines en tant que puits de carbone et leur rôle dans le filtrage de l’eau et l’atténuation des inondations, des sécheresses et des incendies de forêt; insiste sur l’importance de faire en sorte que les politiques de développement appuient le rôle qui revient aux activités agricoles pour assurer une bonne gestion de l’eau; rappelle le rôle du règlement européen sur la restauration de la nature dans le renforcement des synergies entre les actions d’atténuation et d’adaptation, la prévention des catastrophes et la restauration de la nature, en vue de lutter contre les trois crises planétaires que sont la perte de biodiversité, la pollution et le changement climatique; |
| 10. | invite la prochaine Commission à donner la priorité à l’adoption de l’initiative pour la résilience dans le domaine de l’eau sans plus tarder, à faire de l’eau une priorité stratégique lors de son prochain mandat 2024-2029 et à intégrer l’eau dans toutes les politiques pertinentes de l’Union; à cette fin, appelle de ses vœux la désignation d’un commissaire européen spécifiquement chargé du portefeuille de l’eau, qui superviserait et implanterait une approche intersectorielle dans le domaine de l’eau; |
Un consensus européen pour une stratégie dans le domaine de l’eau
| 11. | réitère son appel en faveur d’une réduction de la consommation d’eau, de processus circulaires, consistant notamment à réutiliser l’eau, ainsi que d’une approche économe en eau pour les bâtiments, et préconise de durcir la réglementation de l’UE au niveau des bassins (4) en renforçant les mesures de protection des ressources en eau, en particulier les ressources souterraines, de meilleure qualité; rappelle les recommandations qu’il a formulées en 2016 pour parvenir à une société européenne intelligente dans ses usages de l’eau (5); |
| 12. | note la reconnaissance par le Conseil de l’importance stratégique d’une approche de l’Union en matière de sécurité de l’eau et de la nécessité d’une action renforcée au niveau de l’UE et à l’échelle mondiale dans le domaine de l’eau (6); prend acte du plan «REWaterEU» proposé par plusieurs États membres de l’Union; note les résolutions du Parlement européen pour la COP 27 (7) et la COP 28 (8), qui soulignent l’importance d’instaurer des sociétés intelligentes dans le domaine de la gestion de l’eau pour atteindre les objectifs climatiques; |
| 13. | salue les travaux du Comité économique et social européen (CESE) et du groupe du Parlement européen sur l’eau concernant le pacte bleu pour l’Europe, qui plaident en faveur d’efforts radicaux et d’une adaptation de la gouvernance européenne de l’eau afin d’anticiper les besoins, de protéger les ressources en eau et de gérer les risques liés à l’eau au moyen d’un plan d’action (9); |
| 14. | déplore le retard pris dans l’adoption de l’initiative européenne pour la résilience dans le domaine de l’eau et invite instamment la Commission à dialoguer efficacement avec les collectivités locales et régionales, les acteurs économiques et les organisations de la société civile pour ouvrir la voie à une stratégie européenne de l’eau ambitieuse et globale afin d’intégrer l’eau dans toutes les politiques de l’Union au moyen de mesures concrètes et d’un calendrier précis; |
| 15. | demande que l’initiative européenne pour la résilience dans le domaine de l’eau évalue la législation actuelle et mette en œuvre de nouvelles mesures visant à assurer l’adaptation au changement climatique et à concilier les besoins des différents utilisateurs de l’eau avec la disponibilité actuelle et future de cette ressource, à éviter toute incohérence entre les démarches des échelons national et infranational, à rétablir le cycle naturel de l’eau et à intégrer des objectifs liés à l’eau dans toutes les politiques sectorielles et tous les programmes d’investissement pertinents de l’Union; |
| 16. | préconise une meilleure mise en œuvre de l’acquis communautaire dans le domaine de l’eau, y compris une révision de la directive sur les eaux de baignade (10), de la directive sur les nitrates (11), de la directive «inondations» et de la directive-cadre «stratégie pour le milieu marin» (12), ainsi qu’un renforcement de la mise en œuvre de la directive-cadre sur l’eau (13); demande à la Commission d’étudier soigneusement la manière dont interagissent les exigences de la directive relative au traitement des eaux urbaines résiduaires (14) et l’obligation de prévenir la détérioration de l’état des masses d’eau prévue par la directive-cadre sur l’eau, de sorte à assurer la cohérence de ces deux textes législatifs, tout en conservant toutes les incitations à l’adoption de mesures techniques de traitement adaptées; encourage la Commission à prendre si nécessaire des mesures législatives; |
| 17. | se déclare préoccupé par les lenteurs enregistrées dans la mise en œuvre des politiques relatives à l’eau, imputables à un financement inadapté et à une intégration insuffisante dans les politiques sectorielles; demande que les collectivités locales et régionales ainsi que les acteurs du secteur de l’eau bénéficient d’un soutien financier accru pour les dépenses en capital et souligne la nécessité d’une meilleure coordination des fonds et instruments de financement régionaux, notamment LIFE Europe, Interreg, Horizon Europe et la boîte à outils financiers de la Banque européenne d’investissement; |
| 18. | attire l’attention sur le fait que dans la plupart des États membres, la gestion de l’eau relève des missions et compétences institutionnelles et politiques des collectivités locales et régionales, lesquelles façonnent dès lors la mise en œuvre concrète de la majeure partie des directives européennes sur l’eau; demande donc à l’Union et à ses États membres de créer les conditions favorables pour permettre aux collectivités locales et régionales de contribuer à la gestion de l’eau, et notamment de prévoir des ressources financières suffisantes pour garantir une bonne qualité de l’eau et accroître la résilience de la gestion de l’eau vis-à-vis du changement climatique; |
Vers une gouvernance européenne de l’eau inclusive, centrée sur les collectivités locales et régionales
| 19. | note que les collectivités locales et régionales sont des acteurs clés de la gestion de l’eau, notamment en ce qui concerne la fixation des prix et la supervision des services, et qu’elles remplissent une tâche essentielle dans la mise en œuvre des politiques environnementales (15); souligne qu’elles ont un rôle important à jouer pour renforcer l’acceptation par le public des actions en faveur du climat et lutter contre la désinformation, et qu’elles sont en première ligne face aux effets du changement climatique; |
| 20. | souligne que les collectivités locales et régionales œuvrent de manière active en faveur de la résilience dans le domaine de l’eau en réformant leur planification urbaine et rurale, en rénovant leurs infrastructures et espaces verts et bleus et en en construisant de nouveaux, en restaurant et protégeant leurs eaux et leurs sols, et en mettant en place des plans de gestion des inondations et des épisodes de sécheresse, comme en témoignent des initiatives telles que la Convention des maires et l’accord des villes vertes; insiste sur le fait que les collectivités locales et régionales mettent en œuvre des mesures tout en favorisant la collaboration avec les fournisseurs d’eau, l’industrie agroalimentaire, les entreprises, les urbanistes et les citoyens, ainsi qu’avec leurs homologues dans les bassins hydrographiques; fait valoir la nécessité que la Commission apporte un soutien financier et structurel accru aux collectivités locales et régionales pour la mise en œuvre de ces initiatives; |
| 21. | s’inquiète de l’absence d’un cadre européen complet et clair en matière d’adaptation au changement climatique, et notamment de l’absence de la législation adéquate et d’une répartition des responsabilités pour remédier à l’inaction dans ce domaine; demande que la stratégie européenne de l’eau traite explicitement ces défis dans le cadre de la gestion de l’eau; |
| 22. | insiste sur la nécessité de renforcer la gestion des bassins hydrographiques transfrontières. Étant donné que les cours d’eau s’étendent sur plusieurs pays, l’interdépendance entre les régions européennes n’en est que plus étroite; appelle la Commission à inclure les aspects liés à l’eau dans ses initiatives relevant de la politique de voisinage et dans celles ayant une portée régionale ou internationale, tout en renforçant la coopération dont font l’objet les bassins transfrontières, en ce qui concerne les aspects tant qualitatifs que quantitatifs des ressources hydriques. On constate à l’heure actuelle une absence de réglementation en ce qui concerne la quantité des eaux fluviales, alors que de nombreuses régions européennes utilisent l’eau fluviale comme ressource d’eau potable; |
| 23. | demande instamment une meilleure gouvernance à plusieurs niveaux dans le domaine de l’eau au sein des États membres afin d’aider les collectivités locales et régionales à élaborer des stratégies de planification et de gestion de l’eau, à garantir l’alignement entre les actions nationales et infranationales, à intégrer la gestion de l’eau dans l’aménagement du territoire, et à créer des outils d’apprentissage mutuel structuré, conduisant à une plus grande intégration des politiques aux niveaux national, régional et local; |
| 24. | demande à l’Union européenne de veiller à ce que les États membres élaborent des plans nationaux de ressources hydriques, qui examineront globalement les besoins en ce qui concerne l’eau potable, la nature, l’industrie et l’agriculture et devront par ailleurs prendre également en considération les risques d’inondations; |
| 25. | souligne que la Méditerranée est la région la plus soumise au stress hydrique, quelque 30 % de ses habitants étant confrontés à un stress hydrique permanent et jusqu’à 70 % à un stress hydrique saisonnier (16); salue le travail consacré par l’Assemblée régionale et locale euro-méditerranéenne (ARLEM) du CdR à son rapport intitulé «Renforcer la résilience dans le domaine de l’eau: le rôle des villes et des régions méditerranéennes»; réaffirme que les régions montagneuses, ultrapériphériques et insulaires sont particulièrement vulnérables au stress hydrique et qu’elles sont confrontées à des problèmes spécifiques en lien avec l’accès à l’eau potable et l’assainissement des eaux usées (17); ces difficultés devraient être prises en compte lors de la révision de la législation en vigueur et de l’élaboration de nouvelles normes; estime que dans le cadre de ces travaux, l’Union européenne devrait prévoir la faculté d’adapter sa législation aux conditions locales des différents États membres; |
Amélioration de la mise en œuvre du principe de l’accès à l’eau et à l’assainissement
| 26. | souligne que l’accès à un approvisionnement suffisant, physiquement accessible et à un coût abordable d’une eau salubre et de qualité acceptable, ainsi qu’à l’assainissement, est un droit humain (18), et rappelle que la refonte de la directive sur l’eau potable (19) et de la directive relative au traitement des eaux urbaines résiduaires vise à garantir ce droit dans l’UE; exprime cependant son inquiétude car malgré ces efforts, dans certaines zones locales ce droit n’est toujours pas effectivement garanti; rappelle que 10 millions d’Européens n’ont toujours pas accès aux services sanitaires de base (20); estime que l’eau devrait être considérée comme un bien commun naturel dont la gestion concilie efficacité et contrôle public; |
| 27. | affirme que la perte de services écosystémiques essentiels, tels que l’eau potable et la biodiversité, porte atteinte à ces droits, car elle entraîne par exemple une baisse de la production de l’agriculture et de la pêche, des effets nocifs sur la santé ou la suppression des filtres naturels dans le cycle de l’eau; souligne que la sécurité alimentaire à long terme et la résilience des systèmes alimentaires dépendent de la disponibilité d’eau douce propre; |
| 28. | souligne que les collectivités locales et régionales sont le niveau de gouvernance le plus pertinent pour garantir ce droit et invite dès lors la Commission et les États membres à leur apporter un soutien politique et financier afin de réaliser les investissements nécessaires dans les infrastructures pour atteindre le sixième ODD dans l’ensemble de l’Union; |
| 29. | fait observer que de nombreuses collectivités locales et régionales sont chargées de fixer les tarifs et d’appliquer des réductions tarifaires pour les citoyens vulnérables qui ne sont pas en mesure de payer leurs factures d’eau; invite la Commission européenne et les États membres à redoubler d’efforts pour lutter contre la précarité hydrique et à déployer des instruments efficaces pour résoudre les problèmes actuels, qui ne cessent de croître, concernant l’accès à l’eau à un prix abordable, notamment en établissant une approche commune et en échangeant les exemples de bonnes pratiques au niveau de l’Union pour une fixation équitable des prix de l’eau; |
| 30. | est d’avis qu’étant donné les vives évolutions enregistrées ces dernières années dans la situation en matière de politique de sécurité et compte tenu de l’existence d’un intérêt européen s’agissant de remédier à d’éventuelles vulnérabilités, il est opportun que la législation de l’Union européenne garantisse qu’une coopération intersectorielle vigoureuse soit menée entre les fournisseurs de services d’utilité publique dans le domaine de l’électricité, de l’adduction d’eau, du traitement des eaux usées, du gaz et de la chaleur; demande que les instances publiques compétentes au niveau local, régional ou national assurent que chaque année, des représentants autorisés issus des différents secteurs de services d’utilité publique se concertent à propos de la préparation aux risques; |
| 31. | insiste à nouveau sur la nécessité d’une affectation durable des ressources en eau, y compris grâce à des objectifs en matière d’économies d’eau, afin de répartir les risques de pénurie de manière équitable entre les différents utilisateurs; souligne que toute suspension temporaire de l’approvisionnement en eau ou réduction de la pression devrait en priorité toujours garantir un volume suffisant pour la population, tout en veillant à maintenir les débits écologiques qui sont vitaux pour préserver la santé des écosystèmes aquatiques, promouvoir la diversité biologique ainsi qu’une utilisation adéquate des ressources en eau; |
| 32. | souligne la nécessité d’empêcher la spéculation sur l’eau afin de garantir un accès équitable, la justice sociale et une gestion durable des ressources; demande l’interdiction du négoce de l’eau en tant que marchandise sur les marchés financiers et insiste sur l’importance d’associer le contrôle public à la participation du secteur privé en les adaptant aux besoins et au contexte spécifiques de la communauté ou de la région concernée; |
Un appel à l’action pour mobiliser l’ensemble de la société
| 33. | met l’accent sur le besoin d’une approche globale portant à la fois sur les aspects qualitatifs et quantitatifs afin de garantir la sécurité, la durabilité et la résilience dans le domaine de l’eau, ce qui requiert la mobilisation de l’ensemble de la société; appelle la Commission et les États membres à renforcer la gouvernance inclusive au moyen de programmes nationaux d’éducation et d’information à long terme ciblant toutes les parties prenantes selon une approche «Une eau», dans laquelle toutes les parties prenantes de différents secteurs d’une région donnée siègent autour de la même table, comme les laboratoires vivants axés sur l’eau; invite la Commission à s’appuyer sur le pacte européen pour le climat pour donner aux citoyens les moyens de bâtir une société intelligente dans ses usages de l’eau; |
| 34. | insiste sur l’importance de lutter contre la pollution à la source et sur la nécessité, pour les opérateurs du secteur de l’eau potable, de pouvoir tabler sur des ressources en eau de haute qualité pour réduire au minimum les coûts de traitement et garantir une eau potable propre; appelle l’ensemble des institutions de l’Union et les États membres à collaborer à la mise en œuvre du principe du «pollueur-payeur» afin de lutter contre la pollution, notamment par les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS), les pesticides, les nouveaux contaminants préoccupants et les microplastiques; |
| 35. | fait valoir que la participation des citoyens doit être la pierre angulaire d’une approche globale des politiques de l’Union européenne relatives à l’eau. Ceux-ci devraient contribuer à la mise en œuvre et à la conception de solutions européennes à cet égard, et il conviendrait de renforcer la prise de conscience de la population quant à l’urgence que représentent les défis liés à l’eau; appelle de ses vœux une campagne de sensibilisation à l’échelle de l’Union, dans le prolongement de la Semaine verte de l’UE 2024, qui est consacrée au thème de la résilience dans le domaine de l’eau; |
| 36. | souligne l’importance de la relation entre le sol et l’eau pour la gestion de cette dernière; note qu’il importe de continuer à investir dans des solutions qui atténuent les incidences environnementales, telles que la salinisation des sols et la gestion des eaux salines, qui ont des répercussions significatives sur notre environnement, notre société et notre agriculture; invite la Commission à intégrer une approche axée sur l’eau et les sols dans ses politiques et à tirer les enseignements des pays qui adoptent ce principe; en effet, si l’eau et les sols entrent en ligne de compte pour orienter l’aménagement du territoire, les écosystèmes en deviendront plus résilients et moins vulnérables; |
| 37. | fait observer que les plastiques mis en décharge libèrent des substances chimiques toxiques dans le sol et les eaux souterraines. Lorsqu’ils sont mal gérés, les plastiques polluent les terres, les cours d’eau et les océans. Les additifs et microplastiques toxiques présents dans la pluie, les sols, les cours d’eau, les océans et sur les cimes des montagnes ne peuvent être éliminés par recyclage, mise en décharge ou incinération. Ce problème ne peut être résolu qu’en appliquant, au niveau mondial, des limites juridiquement contraignantes à la production de plastiques destinés à des utilisations essentielles; |
Économie circulaire et utilisation rationnelle de l’eau
| 38. | fait observer que pour la Chambre de commerce internationale, l’eau est un facteur clé de l’économie circulaire en ce qu’elle facilite la récupération des matières premières, améliore l’approvisionnement alimentaire, prévient la rareté de l’eau et en réduit le risque d’eutrophisation; demande à la Commission européenne et aux États membres d’accélérer la transition vers des matériaux à faible consommation d’eau et la récupération énergétique tout au long des processus industriels afin d’instaurer des symbioses industrielles intelligentes dans les usages de l’eau; |
| 39. | prie instamment la Commission d’adopter un principe d’utilisation rationnelle de l’eau dans l’Union parallèlement au principe d’efficacité énergétique afin de permettre une réutilisation efficace de l’eau et des économies d’eau à des fins agricoles, industrielles et domestiques; |
| 40. | note que les industries, en particulier les secteurs stratégiques des transitions écologique et numérique, ont une importante consommation hydrique et que la rareté de l’eau peut entraver la décarbonation, la croissance économique et l’autonomie stratégique de l’Union; demande donc à la Commission d’adopter la législation qui permettra de construire des secteurs économiques écologiques qui utiliseront l’eau de manière rationnelle et respecteront le principe consistant à «ne pas nuire» dans les domaines de l’énergie, de l’agroalimentaire, du tourisme, de l’aquaculture, de la technologie numérique et de la construction, en coopération avec les collectivités locales et régionales et les parties prenantes concernées; |
| 41. | estime qu’au vu de la limitation des ressources en eau et de la pression croissante qui s’exerce sur elles, la prévention des fuites d’eau devrait être la première priorité pour renforcer l’utilisation rationnelle de l’eau; l’accès à l’eau et à l’assainissement constitue un droit humain, dès lors, les fuites à grande échelle alors que cette ressource se fait de plus en plus rare sont inacceptables; on observe de manière générale un manque de prise de conscience quant aux fuites d’eau, en raison d’un sous-investissement dans l’entretien et le renouvellement des infrastructures hydriques (21); souligne que malgré les investissements que consacrent de nombreuses collectivités locales et régionales au développement et à la modernisation des infrastructures, les financements destinés aux investissements sur le long terme demeurent limités et requerront une importante mobilisation de fonds; rappelle par conséquent la nécessité de favoriser les investissements dans les infrastructures, les services et les nouvelles technologies dans le cadre des Fonds structurels et d’investissement européens, actuels et futurs, et de l’instrument NextGenerationEU, y compris son instrument de suivi pour l’après-2026; |
| 42. | insiste sur le fait que l’avenir de l’agriculture et la sécurité alimentaire dépendent fortement de la disponibilité de l’eau; affirme qu’il est nécessaire de renforcer les pratiques d’utilisation durable des ressources en eau dans le cadre de la politique agricole commune (PAC) pour a) parvenir à une résilience à long terme, grâce à des solutions fondées sur la nature, b) améliorer la rétention de l’eau dans les paysages, notamment en adoptant des pratiques agricoles prévoyant un travail réduit du sol ou la création de prairies permanentes et autres systèmes d’infiltration naturelle; c) lutter contre la pollution, d) se tourner vers des cultures plus économes en eau; e) encourager la diminution de la consommation d’eau et sa réutilisation, notamment en créant des systèmes experts de conseil en irrigation visant à indiquer aux utilisateurs, sur la base des données hydroclimatiques, à quel moment précis irriguer et quel volume d’eau utiliser; f) remplacer les systèmes d’irrigation peu efficaces par d’autres, plus économes en eau; préconise que ces pratiques soient soutenues plus avant grâce à des investissements suffisants, consacrés aux pratiques agricoles innovantes, afin d’éliminer les effets négatifs sur les environnements naturels et le changement climatique tout en préservant la biodiversité et en stimulant une production durable basée au sein de l’Union, qui garantisse la compétitivité des agriculteurs et des entreprises agroalimentaires et redynamise les communautés rurales; |
| 43. | souligne qu’il importe au plus haut point de donner la priorité aux pratiques de gestion durable de l’eau qui s’attachent à préserver l’intégrité des écosystèmes d’eau douce; rappelle que si la construction de bassins de retenue pourrait sembler logique pour garantir la sécurité de l’eau, de telles mesures ne représentent qu’une solution limitée car elles perturbent fortement l’équilibre naturel des écosystèmes d’eau douce et réduisent la capacité de ces derniers à reconstituer naturellement les ressources en eau; |
| 44. | souligne qu’il faut s’efforcer de mettre en place un système fiscal équitable pour les grands consommateurs d’eau, qui garantisse une juste contribution de leur part tout en les incitant à s’employer activement à diminuer leur consommation d’eau; fait valoir la nécessité d’élaborer un plan européen pour permettre aux grands consommateurs d’eau d’améliorer leur utilisation rationnelle de cette ressource tout en renforçant leur compétitivité; |
| 45. | invite les institutions de l’Union et les États membres à donner la priorité aux solutions fondées sur la nature; préconise de n’utiliser les solutions grises que lorsque les vertes ne permettent pas de garantir une fiabilité suffisante et continue des services de distribution d’eau requis (22); |
Numérisation
| 46. | demande à la Commission d’encourager la numérisation dans le secteur de l’eau, de tirer parti des avantages de l’interconnectivité des personnes, des appareils et des processus, et de créer des réseaux capillaires capables de surveiller le système hydrique et ses infrastructures sous-jacentes de manière globale; recommande que cette surveillance débute au niveau des nombreuses sources et s’étende aux utilisateurs finaux individuels, afin de générer des flux de données permanents pour les systèmes innovants d’aide à la décision à différents niveaux de gouvernance, notamment pour garantir l’interopérabilité au niveau des bassins; fait valoir dans le même temps qu’il importe de garantir la sécurité de l’information, l’éthique et l’intégrité; |
| 47. | note que les données sont disponibles, mais dispersées entre plusieurs sources; préconise le soutien à une approche intelligente quantitative en matière de gestion et de conservation de l’eau grâce au suivi, à une plus grande transparence et un partage de données renforcé avec les secteurs public et privé, les citoyens et l’ensemble des acteurs concernés afin de promouvoir la coopération pluridisciplinaire au niveau le plus pertinent et d’instaurer une plateforme de données commune pour les paramètres quantitatifs et qualitatifs de l’eau au niveau de l’UE; |
La recherche et l’innovation
| 48. | fait observer que dans le domaine de la recherche et de l’innovation, la collaboration et le partenariat sont essentiels pour faire face aux risques liés à l’eau; souligne que l’Unesco reconnaît les bonnes pratiques de l’Europe, telles que les laboratoires vivants axés sur l’eau, et invite la Commission et les États membres à soutenir ces partenariats en coopération avec les collectivités locales et régionales. Sachant que les conditions préalables varient d’un État membre à l’autre, il y a lieu de souligner que chaque région doit tenir compte de sa situation spécifique en conséquence; |
| 49. | note qu’il existe un risque que les investissements consacrés à l’eau puissent être utilisés à mauvais escient pour la recherche et l’innovation (23); appelle la Commission et les États membres à encourager la recherche et l’innovation dans le domaine de l’eau, à soutenir des partenariats essentiels dans ce même domaine tels que Water4all, à favoriser la participation des collectivités locales et régionales à l’élaboration de solutions qui ne laissent personne ni aucune région de côté; préconise qu’une mission Horizon soit consacrée à une Europe intelligente dans ses usages de l’eau dans un monde résilient dans le domaine de l’eau; |
| 50. | observe qu’il existe une pénurie de professionnels qualifiés dans le secteur de l’eau; estime qu’il est urgent de déployer des efforts considérables pour garantir la disponibilité de professionnels dans l’Union et mettre en place de nouvelles formes de qualification professionnelle continue et tout au long de la vie; réclame des plans spécifiques pour la reconversion et la formation des travailleurs et des chercheurs dans le secteur de l’eau. |
Bruxelles, le 20 juin 2024.
Le président
du Comité européen des régions
Vasco ALVES CORDEIRO
(1) https://climate.ec.europa.eu/system/files/2023-12/SWD_2023_932_1_EN.pdf.
(2) Agence européenne pour l’environnement (AEE), 2023.
(3) Nombre de dépassements des limites planétaires dans l’UE, en 2010 et 2021 — Agence européenne pour l’environnement (europa.eu).
(4) Avis du Comité des régions Faire face aux problèmes de rareté de la ressource en eau et de sécheresse dans l'Union européenne (JO C 172 du 5.7.2008, p. 49).
(5) Avis du Comité européen des régions — Système efficace de gestion de l’eau: une approche pour des solutions innovantes (JO C 207 du 30.6.2017, p. 45).
(6) https://www.consilium.europa.eu/fr/press/press-releases/2023/03/23/european-council-conclusions-23-march-2023/.
(7) https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/B-9-2022-0461_FR.html.
(8) https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/B-9-2023-0458_FR.html.
(9) https://www.eesc.europa.eu/fr/agenda/our-events/events/pacte-bleu-europeen.
(10) Directive 2006/7/CE du Parlement européen et du Conseil du 15 février 2006 concernant la gestion de la qualité des eaux de baignade et abrogeant la directive 76/160/CEE (JO L 64 du 4.3.2006, p. 37).
(11) Directive 91/676/CEE du Conseil, du 12 décembre 1991, concernant la protection des eaux contre la pollution par les nitrates à partir de sources agricoles (JO L 375 du 31.12.1991, p. 1).
(12) Directive 2008/56/CE du Parlement Européen et du Conseil du 17 juin 2008 établissant un cadre d’action communautaire dans le domaine de la politique pour le milieu marin (directive-cadre stratégie pour le milieu marin ) (JO L 164 du 25.6.2008, p. 19).
(13) Directive 2000/60/CE du Parlement européen et du Conseil du 23 octobre 2000 établissant un cadre pour une politique communautaire dans le domaine de l'eau (JO L 327 du 22.12.2000, p. 1).
(14) Directive 91/271/CEE du Conseil, du 21 mai 1991, relative au traitement des eaux urbaines résiduaires (JO L 135 du 30.5.1991, p. 40).
(15) The governance of water services in Europe , («La gouvernance des services liés à l’eau en Europe»), EurEau (Association européenne des professionnels du secteur de l’approvisionnement en eau).
(16) Situations de pénurie d’eau en Europe (indice d’exploitation des ressources en eau Plus) (europa.eu).
(17) COM(2022) 198 final (europa.eu).
(18) https://digitallibrary.un.org/record/687002/files/A_RES_64_292-FR.pdf?ln=fr.
(19) Directive (UE) 2020/2184 du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2020 relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine (refonte) (JO L 435 du 23.12.2020, p. 1).
(20) Urban wastewater - European Commission (europa.eu).
(21) La mauvaise adaptation désigne les mesures prises dans le but de réduire les effets du changement climatique, mais qui finissent par aggraver les risques et la vulnérabilité.
(22) Multisource project, policy brief: integrated nature-based solutions for water-smart cities (projet multisources, note politique: des solutions intégrées fondées sur la nature pour des villes intelligentes dans leur gestion de l’eau), mars 2023, projet financé par l’UE no 101003527.
(23) https://op.europa.eu/fr/publication-detail/-/publication/dfc5df4f-0073-11ee-87ec-01aa75ed71a1/language-en.
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/5367/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
P10_TA(2024)0075 — Recommandation au Conseil sur les priorités de l’Union européenne pour la 69e session de la commission de la condition de la femme des Nations unies — Recommandation du Parlement européen du 19 décembre 2024 à l'intention du Conseil concernant les priorités de l’Union européenne pour la 69e session de la Commission de la condition de la femme (CSW) des Nations unies (2024/2057(INI))
19/12/2024
P10_TA(2024)0074 — Répression constante exercée contre la société civile et les médias indépendants en Azerbaïdjan, et le cas de Gubad Ibadoghlu, d'Anar Mammadli, de Kamran Mammadli, de Rufat Safarov et de Meydan TV — Résolution du Parlement européen du 19 décembre 2024 sur la répression constante exercée contre la société civile et les médias indépendants en Azerbaïdjan, et le cas de Gubad Ibadoghlu, d’Anar Mammadli, de Kamran Mammadli, de Rufat Safarov et de MeydanTV (2024/2994(RSP))
19/12/2024
P10_TA(2024)0073 — La situation des droits de l'homme au Kirghizstan, en particulier le cas de Temirlan Sultanbekov — Résolution du Parlement européen du 19 décembre 2024 sur la situation des droits de l’homme au Kirghizstan, en particulier le cas de Temirlan Sultanbekov (2024/2993(RSP))
19/12/2024
P10_TA(2024)0072 — La 11e année d'occupation de la République autonome de Crimée et de la ville de Sébastopol par la Fédération de Russie et la détérioration de la situation des droits de l’homme en Crimée occupée, notamment les cas d'Iryna Danylovych, de Tofik Abdulhaziiev et d'Amet Suleymanov — Résolution du Parlement européen du 19 décembre 2024 sur la 11e année d’occupation de la République autonome de Crimée et de la ville de Sébastopol par la Fédération de Russie et la détérioration de la situation des droits de l’homme en Crimée occupée, notamment les cas d’Irina Danilovich, de Tofik Abdoulgaziev et d’Amet Suleymanov (2024/2992(RSP))
19/12/2024