COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 13.2.2023
SWD(2023) 36 final
DOCUMENT DE TRAVAIL DES SERVICES DE LA COMMISSION
RÉSUMÉ DU RAPPORT D'ANALYSE D'IMPACT
accompagnant le document:
Proposition de DIRECTIVE DU PARLEMENT EUROPÉEN ET DU CONSEIL
modifiant la directive 98/24/CE du Conseil et la directive 2004/37/CE du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne les valeurs limites pour le plomb, ses composés inorganiques et les diisocyanates
{COM(2023) 71 final} - {SEC(2023) 67 final} - {SWD(2023) 34 final} - {SWD(2023) 35 final}
A.Nécessité d’une action
Pourquoi? Quel est le problème à résoudre?
La présente initiative porte sur les maladies professionnelles causées par deux groupes de produits chimiques: le plomb et ses composés inorganiques (ci-après le «plomb») et les diisocyanates. La réglementation du plomb dans les milieux professionnels relève du champ d’application de la directive sur les agents cancérigènes ou mutagènes et les substances reprotoxiques (DCMR) ( directive 2004/37/CE ), à la suite d’un accord intervenu en mars 2022 entre le Parlement européen et le Conseil en vue d’étendre le champ d’application de la directive 2004/37/CE sur les agents cancérigènes et mutagènes aux substances reprotoxiques. La valeur limite biologique contraignante (VLB) et la valeur limite d’exposition professionnelle (VLEP) pour le plomb énoncées par la DCMR ont été introduites pour la première fois en 1982 dans le cadre d’une directive spécifique sur le plomb et n’ont pas été mises à jour depuis lors. La réglementation des diisocyanates relève de la directive sur les agents chimiques (DAC) ( directive 98/24/CE ). Il n’existe actuellement aucune VLEP ni valeur limite d’exposition de courte durée (LECD) pour les diisocyanates à l’échelle de l’Union.
Le plomb est une importante substance reprotoxique à laquelle les travailleurs sont exposés. Il peut affecter la fonction sexuelle et la fertilité ainsi que le développement du fœtus ou des descendants (toxicité sur le développement). Il peut aussi avoir des effets néfastes sur la santé, tels que la neurotoxicité, la toxicité rénale, les effets cardiovasculaires et les effets hématologiques. Le plomb représente environ la moitié de l’ensemble des expositions professionnelles à des substances reprotoxiques et des cas associés de mauvaise santé génésique. Le risque d’exposition au plomb survient lors de l’extraction minière et de la transformation primaire, ainsi que de l’utilisation ultérieure dans des produits tels que des batteries, et, en raison de ses utilisations historiques, lors des activités de rénovation, de collecte et de recyclage des déchets, ou de dépollution. Étant donné que les principales voies d’exposition sont d’une part l’inhalation et d’autre part la transmission de la main à la bouche et l’ingestion, la plombémie est la meilleure mesure de l’exposition, puisqu’elle reflète ces deux voies. Entre 50 000 et 150 000 travailleurs dans l’EU-27 sont exposés au plomb, et environ 300 cas de maladies dus à une exposition professionnelle au plomb surviennent chaque année. L’un des objectifs de la transition écologique et numérique est de réduire les émissions des voitures de 55 % d’ici à 2030 et d’éliminer les émissions des voitures neuves d’ici à 2035, tout en fixant un objectif de 13 millions de véhicules à émissions faibles ou nulles d’ici à 2025. Dans ce contexte, la volonté d’accroître l’utilisation des transports électriques et des batteries dans les réseaux électriques peut entraîner une utilisation accrue du plomb (croissance annuelle estimée à 25 %) et, par conséquent, des expositions professionnelles supplémentaires.
Les diisocyanates sont des sensibilisants cutanés et respiratoires (asthmogènes) qui peuvent avoir des effets respiratoires néfastes tels que l’asthme, la sensibilisation à l’isocyanate et l’hyperréactivité bronchique professionnels, et provoquer des maladies professionnelles cutanées. Cela peut se produire tant après une exposition aiguë qu’après une exposition de longue durée. Les facteurs professionnels représentent 9 à 15 % des cas d’asthme chez les adultes en âge de travailler. Le nombre annuel de cas d’asthme professionnel lié aux diisocyanates dans l’Union varie entre 2 350 et 7 269,,.
L’exposition professionnelle aux diisocyanates se produit principalement lors de la fabrication de polyuréthane sous forme de solides et de mousses, de matières plastiques, de revêtements, de vernis, de peintures bicomposants et d’adhésifs. Ces produits sont largement utilisés dans la construction, la réparation de véhicules et les réparations générales, ainsi que dans la fabrication de textiles, de meubles, de véhicules à moteur et d’autres moyens de transport, d’appareils ménagers, de machines et d’ordinateurs. Selon les estimations, 42 millions de travailleurs sont exposés aux diisocyanates. Les mesures prises dans le cadre de la vague de rénovations du pacte vert pour l’Europe pour améliorer l’isolation thermique de l’environnement bâti pourraient accroître le risque d’exposition aux diisocyanates.
En l’absence d’action au niveau de l’Union, sur la base des données d’exposition actuelles, environ 298 cas de maladie et 36 cas de toxicité pour le développement sont prévus chaque année. Sur 40 ans, il s’agirait de 12 000 cas de maladie liés au plomb et de 1 400 cas de toxicité pour le développement, sur une main-d’œuvre de 98 850 personnes. En ce qui concerne les diisocyanates, on estime à 5 000 les cas d’asthme et à 1 300 les cas d’irritation (par exemple, de la peau, des muqueuses, des yeux et des voies respiratoires) par an. Les coûts de soins de santé dans l’EU-27 sur 40 ans s’élèveraient à 612,7 millions d’EUR (valeur actuelle) pour l’exposition au plomb, à 7,2 milliards d’EUR pour l’asthme et à 10,4 millions d’EUR pour l’irritation, en raison de l’exposition aux diisocyanates.
Quels sont les objectifs de cette initiative?
L’objectif général de cette initiative est de renforcer encore le droit des travailleurs à un niveau élevé de protection de leur santé et de leur sécurité au travail en réduisant l’exposition professionnelle au plomb et aux diisocyanates. Cette initiative s’articulera autour des objectifs spécifiques suivants:
1.renforcer l’efficacité de l’exposition professionnelle et des valeurs limites biologiques pour le plomb établies par la DCMR sur la base des connaissances scientifiques et techniques;
2.renforcer l’efficacité de la DAC en introduisant des valeurs limites pour les diisocyanates;
3.parvenir à une protection plus équilibrée et plus efficace des travailleurs dans l’ensemble de l’Union contre le plomb et les diisocyanates, en contribuant ainsi à réduire la charge liée aux maladies professionnelles.
Quelle est la valeur ajoutée d’une action à l’échelle de l’Union?
Les valeurs limites actuelles de l’Union, à savoir une VLEP de 0,150 mg/m³ et une VLB de 70 µg/100 ml de sang, n’ont pas été mises à jour depuis plus de 40 ans, ce qui signifie que les travailleurs de l’Union sont actuellement soumis à différents niveaux de protection contre l’exposition au plomb. Les États membres ont réduit l’exposition à des degrés divers. À l’heure actuelle, 15 États membres ont une VLEP égale ou inférieure à la valeur de l’Union, les chiffres allant de 0,05 mg/m³ à 0,15 mg/m³ (la VLEP actuelle de la DCMR).
Pour les diisocyanates, trois États membres ont une VLEP générale et plusieurs ont des VLEP différentes pour certains diisocyanates, mais pas pour tous. Dix-sept ont une LECD.
La révision de la DCMR et de la DAC permettra d’établir les mêmes normes minimales dans tous les États membres, qui resteront toutefois libres de fixer des niveaux plus stricts. Il en résultera une plus grande harmonisation, contribuant ainsi à une meilleure protection des travailleurs, en particulier contre les diisocyanates. Cela permettra aussi de créer des conditions de concurrence plus équitables pour les entreprises dans l’ensemble de l’Union et se traduira probablement par une répartition plus équitable et une réduction des coûts des soins de santé pour les différents États membres. Cela supprime aussi la nécessité pour les États membres de procéder à leurs propres analyses scientifiques, ce qui pourrait entraîner des économies substantielles sur les coûts administratifs. La modification de la DAC et de la DCMR ne peut se faire qu’au niveau de l’Union.
B.Options
Quelles sont les options législatives et non législatives envisagées? Y a-t-il une option privilégiée? Pourquoi?
Plusieurs scénarios ont été évalués en tenant compte de l’évaluation scientifique réalisée par le comité d’évaluation des risques (CER) de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), des avis du comité consultatif pour la sécurité et la santé sur le lieu du travail (CCSS), ainsi que des VLEP, des VLB et des LECD en vigueur dans les différents États membres. L’évaluation scientifique garantit une base factuelle solide, tandis que les avis du CCSS, qui tiennent aussi compte des aspects socio-économiques et de faisabilité, contiennent des informations importantes sur la bonne application des valeurs limites révisées et nouvelles.
Pour le plomb, quatre options pour une VLB (µg/100 ml) ont été examinées lors de l’analyse d’impact: 70 (référence), 20, 15 et 4,5. Il n’est pas possible d’établir une corrélation numérique claire entre les niveaux de plomb dans l’air auxquels les travailleurs sont exposés et les plombémies consécutives. Par conséquent, il n’est pas possible de déterminer les options de VLEP et d’évaluer de manière indépendante leurs incidences avec un quelconque degré de certitude. Toutefois, une valeur numérique pour une VLEP révisée est présentée sur la base des points de vue exprimés par les principales parties prenantes dans l’avis du CCSS.
Pour les diisocyanates, les options suivantes pour une VLEP (µg NCO/m³) ont été envisagées: pas de niveau (niveau de référence), 10, 6 et 3, ainsi qu’une LECD. Sur la base de son évaluation scientifique, y compris la relation entre exposition et risque, le CER a recommandé que la LECD ne dépasse pas 6 µg/m³ de NCO et qu’elle ne représente pas plus de deux fois la VLEP.
Sur la base d’une analyse d’impact approfondie, une VLB pour le plomb de 15 µg/100 ml de sang, assortie d’une VLEP de 0,03 mg/m³ en moyenne pondérée dans le temps (TWA) sur huit heures, a été choisie comme option privilégiée. Pour les diisocyanates, une VLEP de 6 µg/m³ assortie d’une LECD de 12 µg/m³ et des observations «Sensibilisation cutanée et respiratoire» et «Peau» sont les options privilégiées. En outre, pour les diisocyanates, une valeur transitoire de 10 µg/m³ assortie d’une LECD de 20 µg/m³ devrait s’appliquer jusqu’au 31 décembre 2028. Il s’agit des meilleurs scénarios en matière d’efficacité, d’efficience et de cohérence.
Qui soutient quelle option?
La consultation formelle des partenaires sociaux en deux phases a confirmé la nécessité de réviser la VLB et la VLEP actuelles pour le plomb et de proposer une VLEP et une LECD pour les diisocyanates. Dans leur avis de novembre 2021, les trois groupes d’intérêt du CCSS ont soutenu la nécessité de revoir à la baisse les valeurs limites pour le plomb et d’introduire des valeurs limites pour les diisocyanates. Alors que l’option privilégiée pour le plomb bénéficie du soutien du groupe d’intérêt «Employeurs» et du groupe d’intérêt «Gouvernements», le groupe d’intérêt «Travailleurs» est favorable à des valeurs plus faibles. L’option privilégiée pour les diisocyanates est pleinement soutenue par les trois groupes d’intérêt du CCSS.
C.Incidences de l’option privilégiée:
Quels sont les avantages des options privilégiées?
En ce qui concerne le plomb, cette initiative permettrait d’éviter 10 500 cas de maladie, avec un avantage chiffré en matière de santé évalué entre 160 et 250 millions d’EUR au cours des 40 prochaines années. En ce qui concerne les diisocyanates, les données sont insuffisantes pour pouvoir quantifier les avantages pour les travailleurs, mais il existe un large consensus entre les parties prenantes, notamment les partenaires sociaux, sur le fait qu’une LECD réduirait le nombre de cas de maladie.
L’action proposée permettra, entre autres, de réduire la souffrance des travailleurs et de leurs familles et de les amener à jouir d’une vie plus longue, de meilleure qualité et plus productive. Elle peut aussi rendre l’industrie concernée plus attrayante, ce qui facilite le recrutement et augmente la productivité.
Quels sont les coûts des options privilégiées?
Les actions visant à adapter les pratiques de travail (mesures de gestion des risques, surveillance de la santé, suivi et formation) afin de se conformer aux nouvelles valeurs entraîneront une augmentation des coûts pour les entreprises. Le coût estimé des options privilégiées est globalement supportable pour les entreprises. Pour le plomb, les coûts s’élèveraient à 30 000 EUR par entreprise sur 40 ans (moins de 1 % du chiffre d’affaires). Pour les diisocyanates, une entreprise devrait dépenser 6 000 EUR sur 40 ans, ce qui ne représenterait pas non plus une part significative de son chiffre d’affaires. Étant donné qu’il s’agit de secteurs industriels caractérisés par un degré élevé de concurrence, les incidences sur les consommateurs devraient être limitées.
Quelle sera l’incidence sur les entreprises, les PME et les micro-entreprises?
Les entreprises bénéficieront de la révision des valeurs limites pour le plomb et de l’introduction d’une VLEP pour les diisocyanates qui viendront simplifier les dispositions de conformité dans tous les États membres et supprimer la nécessité de concevoir et d’appliquer des mesures adaptées dans chaque État membre. Cela profitera tout particulièrement aux entreprises exerçant leurs activités dans plusieurs États membres. Ces entreprises tireront aussi profit de l’amélioration de la productivité de la main-d’œuvre, de la réduction des coûts des congés de maladie et d’autres coûts liés au remplacement des travailleurs. Les avantages pourraient être chiffrés entre 5 millions d’EUR et 6 millions d’EUR dans l’EU-27 sur 40 ans. Étant donné que 99 % des entreprises qui travaillent avec du plomb et des diisocyanates dans l’Union sont des PME, les PME supporteront aussi les incidences recensées dans le présent rapport.
Y aura-t-il une incidence notable sur les budgets nationaux et les administrations nationales?
Les coûts administratifs supplémentaires et ceux liés à la mise en application qui pourraient être supportés par les autorités chargées de la mise en application ne devraient pas être importants. La réduction des cas de maladie contribuera à atténuer les pertes financières en réduisant les charges pesant sur les systèmes de sécurité sociale et de soins de santé. Les économies pour les pouvoirs publics sont estimées à environ 100 millions d’EUR pour le plomb sur 40 ans, ce qui l’emporte sur les coûts (500 000 EUR). Pour les diisocyanates, les administrations publiques de l’Union devront supporter des coûts ponctuels d’environ 970 000 EUR, qui devraient aussi être compensés par les avantages (1 750 000 EUR).
Y aura-t-il d’autres incidences notables?
Les options privilégiées auront une incidence positive sur les droits fondamentaux, notamment en ce qui concerne l’article 2 (droit à la vie) et l’article 31 (droit du travailleur à des conditions de travail justes et équitables qui respectent sa santé, sa sécurité et sa dignité) de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.
En outre, cette proposition contribuera positivement à la réalisation des objectifs de développement durable (ODD) en matière de bonne santé et de bien-être (ODD 3), ainsi que de travail décent et de croissance économique (ODD 8). Elle devrait aussi avoir une incidence positive sur l’ODD 9 relatif à l’industrie, l’innovation et les infrastructures et l’ODD 12 relatif à la production et la consommation durables.
D.Suivi
Quand la législation sera-t-elle réexaminée?
L’efficacité des révisions proposées de la DCMR et de la DAC sera mesurée dans le cadre de l’évaluation des directives européennes sur la sécurité et la santé au travail, conformément à l’article 17 bis de la directive 89/391/CEE .