| CELEX | 52024AE0141 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | mercredi 10 juillet 2024 |
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2024/6024 | 23.10.2024 |
Avis du Comité économique et social européen
Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil visant à améliorer la coopération policière en ce qui concerne la prévention, la détection et les enquêtes en matière de trafic de migrants et de traite des êtres humains, et à renforcer le soutien apporté par Europol pour prévenir et combattre ces formes de criminalité, et modifiant le règlement (UE) 2016/794
[COM(2023) 754 final — 2023/0438 (COD)]
Proposition de directive du Parlement européen et du Conseil établissant des règles minimales pour prévenir et combattre l’aide à l’entrée, au transit et au séjour non autorisés dans l’Union, et remplaçant la directive 2002/90/CE du Conseil et la décision-cadre 2002/946/JAI du Conseil
[COM(2023) 755 final — 2023/0439 (COD)]
(C/2024/6024)
Rapporteur:
Florin BERCEA| Conseiller | Claudiu CRĂCIUN (pour le rapporteur, groupe I) |
| Consultation | Commission européenne, 21.6.2024 |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté» |
| Adoption en section | 23.5.2024 |
| Adoption en session plénière | 10.7.2024 |
| Session plénière n° | 589 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 197/2/0 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Les propositions législatives présentées par la Commission précisent à juste titre que les causes profondes de la migration sont l’émergence et l’aggravation des crises, notamment les récessions économiques, les urgences environnementales causées par le changement climatique, ainsi que les conflits et la pression démographique dans de nombreux pays tiers. Il convient donc d’adopter une approche globale et exhaustive de la gestion de la migration, et plus particulièrement de la question qui fait l’objet du présent avis, c’est-à-dire le trafic de migrants. |
| 1.2. | Le trafic de migrants et la lutte contre celui-ci ne sont que des éléments d’un système complexe qui englobe les causes profondes de la migration dans les pays d’origine, la capacité et la volonté des pays de transit de limiter ce trafic, et les stratégies en constante évolution des passeurs. Les deux textes législatifs et l’alliance mondiale qui sont proposés prévoient de renforcer les capacités de façon proportionnelle et progressive, mais nécessitent davantage d’ambition stratégique et d’engagement pour gérer efficacement le processus. |
| 1.3. | La lutte contre le trafic de migrants a besoin d’un nouvel élan et d’une meilleure coordination, à tous les niveaux. Parallèlement, il est essentiel d’ouvrir des routes migratoires légales et de créer des procédures pour ceux qui veulent rejoindre l’Union de façon sûre et légale. Ces routes réduiront le besoin de services liés au trafic de migrants, prévenant ainsi les dommages et les vulnérabilités qui en découlent. |
| 1.4. | Pour que le régime d’asile de l’UE fonctionne efficacement, il est essentiel de trouver des moyens de résoudre les problèmes que pose le recours systématique au refoulement à la frontière extérieure de l’UE; cette pratique est en effet interdite par la convention de Genève. En l’absence de voies d’entrée sûres et légales dans l’Union, les réfugiés et les migrants en quête de sécurité n’ont d’autre option que d’emprunter des itinéraires plus dangereux qui mettent leur vie en danger. |
| 1.5. | Le Comité rappelle que l’Union européenne est un acteur clé en matière d’économie, de politique et de développement. Elle a la capacité d’aider des pays tiers à gérer les crises qui mettent leurs communautés et leurs institutions sous pression et poussent les individus à décider d’entreprendre un voyage long, coûteux et dangereux en vue d’atteindre l’Union européenne, parfois au prix de leur vie, et c’est dans son intérêt de le faire. Ces pays tiers sont confrontés à différentes crises et pressions sur leurs capacités, et leur niveau de participation à la coopération en matière de migrations varie considérablement. La coopération n’est pas simplement technique et administrative. Elle est aussi politique, et doit être soutenue par des engagements budgétaires, surtout dans les pays où les passeurs opèrent, qui se trouvent en dehors de l’Union. |
| 1.6. | Le Comité exhorte la Commission à développer une approche plus solide, qui dépasse l’alliance mondiale, afin de renforcer les capacités des pays tiers et d’encourager la coopération avec Europol et les services répressifs des États membres. |
| 1.7. | Le Comité regrette que le train de mesures ne prévoie pas de disposition à l’intention des personnes qui font appel aux services des passeurs, même si elles sont reconnues comme victimes potentielles. L’Union se doit d’intégrer dans sa stratégie de lutte contre le trafic de migrants une dimension relative aux droits fondamentaux des personnes qui sont suffisamment désespérées et vulnérables pour avoir recours aux passeurs, mais aussi l’adapter davantage aux groupes de personnes encore plus fragiles, comme celles qui sont handicapées. |
| 1.8. | Le CESE plaide en faveur d’une plus grande transparence dans la préparation des propositions, qui ne sont assorties d’aucun rapport d’analyse d’impact ex ante. Il demande instamment à la Commission de procéder à ce type d’analyse lorsque les propositions ont des conséquences significatives sur les droits fondamentaux et que leur mise en œuvre peut avoir une incidence directe sur la vie, les droits et la sécurité d’un individu. Le Comité demande à la Commission de publier les résultats des consultations, en tenant compte des nombreuses données provenant de la société civile et de la recherche universitaire. |
| 1.9. | Le CESE accueille favorablement la directive, mais avertit que son contenu pourrait porter gravement atteinte aux droits fondamentaux des migrants et de ceux qui les aident pour des raisons humanitaires. Les actions en justice, les obstacles administratifs et pratiques et le harcèlement par la police rendent la fourniture d’une aide humanitaire plus compliquée et plus dangereuse, ce qui entraîne un effet dissuasif. Le Comité estime que la création et le maintien d’un tel climat de peur autour de l’aide humanitaire, juridique ou même administrative représentent un moyen inapproprié et inacceptable de lutter contre le trafic de migrants. |
| 1.10. | En outre, les travailleurs humanitaires, les membres de la famille et les autres personnes fournissant des services aux migrants ne devraient pas pouvoir être poursuivis. De telles poursuites ne devraient être possibles qu’en présence d’un avantage financier indu. |
| 1.11. | Le CESE remarque que la proposition de directive introduit une nouvelle infraction pénale: le fait d’«inciter publiquement» des ressortissants de pays tiers à entrer, transiter ou séjourner de manière irrégulière dans l’Union (article 3, paragraphe 2). Il constate avec une vive inquiétude que cette disposition peut être utilisée contre les organisations de la société civile qui fournissent des informations juridiques et de l’aide aux migrants. Le Comité demande donc la suppression de l’infraction consistant à «inciter publiquement» à entrer, transiter ou séjourner de manière irrégulière (article 3, paragraphe 2 et considérant 25). Il réclame également des garanties contre l’utilisation de nouveaux outils d’enquête à l’encontre des défenseurs des droits des migrants et des avocats. |
| 1.12. | Lors de la définition, dans le règlement proposé, des tâches stratégiques et opérationnelles du centre européen chargé de lutter contre le trafic de migrants, il convient d’accorder une plus grande attention à la protection des droits fondamentaux des migrants. Cette responsabilité devrait être ancrée dans la gestion du centre, garantissant ainsi que son personnel soit informé et conscient des aspects de son travail qui sont liés aux droits fondamentaux. |
| 1.13. | S’ils disposent d’une base juridique multilatérale pour lutter contre le trafic de migrants, les deux textes législatifs et l’alliance mondiale qui sont proposés doivent encore offrir des incitations claires pour pousser les pays tiers d’origine et de transit à coopérer en matière répressive. Il s’agit là de l’une des principales lacunes que présente la nouvelle dynamique de l’Union visant à rendre efficaces les mesures de lutte contre le trafic de migrants. |
2. Observations générales
| 2.1. | Les propositions sont présentées dans un contexte inquiétant, décrit par la Commission européenne. En 2022, environ 331 000 entrées irrégulières ont été détectées aux frontières extérieures de l’UE, soit le niveau le plus élevé depuis 2016 et une augmentation de 66 % par rapport à l’année 2021. En 2023, durant les neuf premiers mois de l’année, environ 281 000 franchissements irréguliers des frontières ont été recensés aux frontières extérieures de l’UE, ce qui représente une augmentation de 18 % par rapport à la même période en 2022. Cela coïncide avec une augmentation des activités de trafic de migrants, qui ont atteint un nouveau record: plus de 15 000 passeurs ont été signalés à l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex) en 2022. Selon les estimations, plus de 90 % des migrants en situation irrégulière qui arrivent dans l’UE ont recours à des passeurs. Les activités des passeurs, en particulier en mer, ont en outre fait plus de 28 000 morts depuis 2014. |
| 2.2. | La plupart des activités liées au trafic de migrants se déroulent en dehors du territoire de l’Union, y compris dans les eaux internationales: il s’agit là de l’un des principaux obstacles à une stratégie efficace de lutte dans ce domaine, qui n’est pas abordé de manière adéquate dans le train de mesures correspondant. L’accent mis sur le renforcement d’Europol, et notamment de son travail avec les États membres, est bienvenu et nécessaire. |
| 2.3. | Le Comité réaffirme son soutien à une approche axée sur «l’ensemble de la route», telle qu’elle a déjà été avancée par la Commission européenne. Elle implique de renforcer les mesures proposées pour lutter contre les réseaux de passeurs en améliorant la coopération judiciaire et policière; d’intensifier la coopération et le dialogue avec les pays voisins en matière de lutte contre ces réseaux; de renforcer les actions visant à prévenir l’exploitation des personnes victimes de trafic et à assurer leur protection; et de combattre l’emploi illégal et l’exploitation par le travail avec plus de fermeté et de coordination (1). Ces mesures pourraient également empêcher les violations des droits aux frontières extérieures de l’Union en garantissant que sa politique de lutte contre le trafic de migrants est mise en œuvre dans le respect de sa charte des droits fondamentaux, du droit international et de ses obligations légales en matière d’asile et de migration. |
| 2.4. | Les garanties en matière de droits fondamentaux qui sont mentionnées dans les propositions doivent aller au-delà de la simple préoccupation concernant la protection des données à caractère personnel et le respect de la vie privée, et englober les droits des personnes qui font appel aux passeurs. L’accent mis sur l’identification des passeurs et les poursuites à leur encontre ne devrait pas avoir pour effet d’abandonner des personnes qui se trouvent dans une situation périlleuse et une position vulnérable. |
| 2.5. | Le Comité estime que les deux propositions législatives devraient prévoir des garde-fous contre la criminalisation de la solidarité. Comme il l’a déjà fait dans un avis précédent, le CESE souligne que les personnes qui en protègent d’autres, leur prodiguent des soins médicaux et leur apportent une aide humanitaire ne doivent pas être criminalisées ni traitées de la même manière que celles appartenant à des réseaux de passeurs. Elles ne devraient être poursuivies que lorsque le trafic est réalisé sciemment et afin d’obtenir, directement ou indirectement, un avantage financier ou un autre avantage matériel (2). |
| 2.6. | Le Comité constate avec une vive inquiétude que la proposition de directive actuelle ne prévoit pas de garde-fous satisfaisants contre la criminalisation de la solidarité. Le Comité suggère de supprimer la formule «directement ou indirectement» de l’article 3, paragraphe 1, point a), car une telle disposition pourrait conduire à la criminalisation de l’entraide, des interventions des propriétaires de logements et des chauffeurs de taxi, et de la fourniture d’autres services à des personnes sans papiers. |
| 2.7. | En outre, dans le nouvel article 3, paragraphe 1, point b), les États membres sont tenus de veiller à ce que le fait d’aider un ressortissant de pays tiers à entrer ou à séjourner irrégulièrement constitue une infraction pénale lorsqu’il existe une forte probabilité de causer un préjudice grave, même si la personne agissant de la sorte n’a pas reçu, demandé ou accepté un quelconque avantage financier ou matériel. L’article 3, paragraphe 1, point b) devrait ainsi être supprimé, et la notion de «causer un préjudice grave» devrait être ajoutée à la liste des infractions pénales aggravées prévues à l’article 4. |
| 2.8. | Le Comité réaffirme sa position selon laquelle l’instrumentalisation des migrants par les pays tiers, en particulier ceux qui sont limitrophes de l’Union comme la Biélorussie, constitue une menace hybride et est totalement inacceptable. Il souligne aussi que toutes les mesures visant à prévenir cette menace hybride doivent garantir que les migrants reçoivent l’aide humanitaire prévue par la législation de l’Union, surtout afin de soutenir les personnes vulnérables. Les organisations humanitaires devraient pouvoir apporter une aide dans les zones concernées et ne pas être pénalisées pour leur intervention solidaire (3). |
| 2.9. | Dans son appel à former une alliance mondiale, l’UE invite les pays tiers, entre autres, à développer et renforcer les cadres juridiques nationaux et les capacités; à consolider la gestion des frontières; à élaborer des campagnes d’information et de sensibilisation; à consacrer des ressources adéquates et ciblées; à améliorer la collecte et le partage des données; à promouvoir la réalisation d’enquêtes conjointes par les services répressifs et la coopération opérationnelle; à améliorer la coopération entre les autorités judiciaires; à coopérer dans le cadre des enquêtes financières et en matière de confiscation et de recouvrement d’avoirs; ainsi qu’à garantir la protection des droits des migrants et à assurer une assistance à ces derniers. |
Certes, la Commission prévoit l’organisation de conférences de haut niveau et la création de groupes d’experts, et son appel présente la lutte contre le trafic de migrants comme faisant partie intégrante des partenariats de l’Union en matière de migration, mais elle n’y propose aucun instrument, programme ou engagement concret pour réaliser la coopération souhaitée.
| 2.10. | Le Comité se félicite de la création, au sein d’Europol, du centre européen chargé de lutter contre le trafic de migrants, ainsi que d’un cadre de gouvernance pour réglementer et soutenir ses activités, ce centre étant destiné à servir de point de contact pour aider les États membres à prévenir et à combattre le trafic de migrants et la traite des êtres humains. |
| 2.11. | Le Comité accueille favorablement la proposition faite dans la directive, qui consiste à définir les infractions pénales aggravées (par exemple, les infractions commises par une personne appartenant à un groupe criminel organisé, entraînant un préjudice grave ou mettant en danger la vie ou la santé, ou causant la mort) auxquelles correspondent des niveaux de sanctions pénales plus élevés. |
| 2.12. | Le Comité attire l’attention sur les effets néfastes de la lutte contre le trafic de migrants sur différents secteurs économiques tels que celui du transport routier. Les chauffeurs de camion, dont beaucoup sont eux-mêmes des migrants, pourraient par exemple être touchés de manière disproportionnée par la politique de lutte contre le trafic de migrants. Des efforts supplémentaires devraient être consentis pour protéger les conducteurs et les entreprises de transport. |
| 2.13. | L’élargissement de la compétence territoriale est une avancée nécessaire. Le Comité salue le fait que la proposition de directive élargisse la compétence des États membres aux cas où l’aide à l’entrée non autorisée dans l’UE échoue et où des ressortissants de pays tiers décèdent. Le texte mentionne, à titre d’exemple, les cas où des bateaux impropres à la navigation font naufrage dans les eaux internationales, c’est-à-dire avant d’atteindre les eaux territoriales d’un État membre ou d’un pays tiers. Dans ces cas, et dans d’autres, l’élargissement est justifié. |
Bruxelles, le 10 juillet 2024.
Le président
du Comité économique et social européen
Oliver RÖPKE
(1) Avis du Comité économique et social européen sur la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions intitulée «Un plan d’action renouvelé de l’UE contre le trafic de migrants (2021-2025)» [COM(2021) 591 final] ( JO C 290 du 29.7.2022, p. 90).
(2) Avis du Comité économique et social européen sur la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions intitulée «Un plan d’action renouvelé de l’UE contre le trafic de migrants (2021-2025)» ( JO C 290 du 29.7.2022, p. 90) et article 6 du protocole des Nations unies contre le trafic illicite de migrants par terre, air et mer, additionnel à la convention des Nations unies contre la criminalité transnationale organisée.
(3) Avis du Comité économique et social européen sur la communication conjointe au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — «Réagir à l’instrumentalisation étatique des migrants à la frontière extérieure de l’UE» ( JO C 365 du 23.09.2022, p. 60.
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/6024/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.114781
30/12/2024
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.114943
30/12/2024
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.116252
30/12/2024
Avis institutionnel — 52024AB0042
30/12/2024