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AccueilDroit européen52024AE0224
Avis institutionnel52024AE0224

Avis du Comité économique et social européen — Droits en matière de service universel dans le domaine des communications électroniques au sein de l’Union européenne (avis exploratoire à la demande de la Commission européenne)

CELEX52024AE0224
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 18 septembre 2024

Résumé IA

Le Comité économique et social européen (CESE) examine, à la demande de la Commission, l'évolution des droits en matière de service universel dans les communications électroniques. L'avis explore l'adaptation de ce concept à l'ère numérique, en tenant compte des nouveaux usages (haut débit, accès à internet) et des besoins des consommateurs vulnérables. Il vise à éclairer une éventuelle révision du cadre réglementaire européen pour garantir un accès abordable et de qualité aux services essentiels de communication.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2024/6864

28.11.2024

Avis du Comité économique et social européen

Droits en matière de service universel dans le domaine des communications électroniques au sein de l’Union européenne

(avis exploratoire à la demande de la Commission européenne)

(C/2024/6864)

Rapporteur:

Mateusz SZYMAŃSKI

Consultation

Commission européenne, 11.12.2023

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Transports, énergie, infrastructures et société de l’information»

Adoption en section

18.7.2024

Adoption en session plénière

18.9.2024

Session plénière no

590

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

174/0/1

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Les postulats et les objectifs de la politique européenne en faveur de l’accès à une connectivité internet de qualité n’ont pas été pleinement réalisés. Dans certaines régions, la vitesse et la stabilité de la connexion internet sont insuffisantes au regard des besoins. Le manque de compétences numériques et le prix limitent également l’accès à l’internet. Il est donc possible d’affirmer que l’Europe connaît un problème d’exclusion de l’accès à l’internet, qui exacerbe les inégalités sociales et économiques.

1.2.

Le CESE se prononce dès lors pour renforcer l’engagement de l’Union européenne d’assurer la fourniture d’un accès universel à une connexion internet d’au moins 100 Mb/s permettant une utilisation efficace de services numériques de base en évolution rapide, et d’en faire un objectif contraignant qui devrait être révisé en fonction des évolutions techniques. À cette fin, il est recommandé aux États membres de l’UE de désigner des opérateurs du service universel dans chaque pays et de soutenir la connectivité universelle lorsque les forces du marché ne sont pas suffisantes.

1.3.

Dans le même temps, au regard des réalités socio-économiques de l’heure, le CESE juge légitime de conférer à l’accès à l’internet le statut de droit fondamental. Cette démarche concrétiserait les principes du socle européen des droits sociaux et rendrait compte de manière adéquate de l’ampleur et de l’importance prise par les services publics fournis par voie électronique, y compris ceux aussi essentiels que les services de santé, d’administration publique ou encore d’éducation.

1.4.

Pour réaliser les ambitions de l’Union européenne en matière d’accès à l’internet, les infrastructures constituent un défi notoire. En la matière, les besoins d’investissement sont considérables. Il s’impose donc de chercher de nouvelles sources de financement et d’utiliser efficacement les fonds existants. Le CESE demande qu’il soit envisagé de mettre en place des réglementations qui contraignent les plateformes qui génèrent de grandes quantités de données, en particulier les grandes entreprises technologiques, à contribuer aux frais liés à la maintenance, au développement et à la sécurisation du réseau. Cela constituera une incitation à limiter les coûts environnementaux de l’utilisation des services numériques et permettra de dégager des fonds à cette fin.

1.5.

Un aspect essentiel de la réalisation de l’idée de service universel doit résider dans la participation des acteurs publics à la création d’un espace destiné à développer des contenus et des outils numériques et à faire valoir les bonnes manières d’utiliser le réseau. À cet égard, on peut notamment citer la politique visant à concevoir des applications servant à communiquer avec l’administration publique, le développement de codes sources publics, le débat sur l’utilisation éthique de l’internet, le recours aux infrastructures publiques pour fournir un accès à l’internet, ainsi que la vérification et le signalement des contenus qui ne sont pas fiables ou qui menacent la sécurité des personnes, en particulier des jeunes, également sous l’angle de la dépendance à l’internet. Cette action contribuerait grandement à décentraliser les technologies, à démocratiser leur développement et à asseoir leur sécurité et leur transparence, notamment en ce qui concerne l’utilisation des données. À cet égard, le CESE demande que soit reconnu le droit de ne pas utiliser les services internet et de protéger la vie privée.

1.6.

La politique en faveur de la connectivité dans l’Union européenne devrait englober les éléments importants que sont les compétences numériques, l’apprentissage tout au long de la vie et l’aptitude à vérifier les informations, ainsi que la connaissance des différents types de risques inhérents à la mise à disposition sur l’internet de données à caractère personnel. Le CESE invite à mettre les bouchées doubles dans ce domaine, compte tenu de la possibilité que le vif essor des services en ligne entraîne l’exclusion de la partie de la société la moins bien pourvue de compétences numériques. De telles tâches peuvent être menées à bien par les acteurs publics, les organisations civiques et, sur les lieux de travail, les employeurs. Cet aspect est d’autant plus important que la toile est devenue un espace où la désinformation et la manipulation prennent une place toujours plus grande.

1.7.

Il convient de rechercher d’autres possibilités d’action des organismes de réglementation, de manière à ce qu’ils puissent relever les défis existants. Parmi ces autres domaines d’action, on peut citer notamment la question de la régulation des prix, le risque lié à la désinformation, ou encore l’organisation du marché des télécommunications. C’est pourquoi il est demandé de renforcer les capacités de ces organes afin qu’ils puissent analyser l’impact de leurs décisions de manière plus large et prendre en compte des dimensions telles que, notamment, la politique industrielle, les investissements, l’emploi, les conditions de travail et les salaires et les implications sociales. Il est nécessaire d’assurer le suivi de la mise en œuvre du service universel et, à cet égard, le CESE invite à mettre en place une coopération avec la société civile et d’autres parties prenantes.

2. Historique et contexte

2.1.

La pandémie de COVID-19 a mis en relief toute l’importance que peuvent revêtir les services essentiels fournis au moyen d’outils de communication électronique. Bon nombre des solutions numériques testées et déployées au cours de la pandémie sont à présent d’usage courant; aussi continuent-elles d’être développées et sont-elles considérées comme un élément important de la résilience de l’Union européenne en cas de crises futures.

2.2.

En 2018, il a été établi un code des communications électroniques européen (ci-après le «code»), destiné à être mis en œuvre par la suite par les États membres de l’Union européenne. Ce code a remplacé la directive de 2002 concernant le «service universel», qui visait à faire en sorte que les utilisateurs puissent se connecter au réseau public de communications dans un lieu donné, en tenant tout particulièrement compte de la situation des personnes démunies, éloignées des grands centres urbains ou encore handicapées. En outre, cette directive prévoyait de mettre à disposition un annuaire téléphonique complet, de donner un accès au numéro d’appel d’urgence «112», de promouvoir des numéros spéciaux et de mettre en place des mécanismes de protection des consommateurs.

2.3.

Le code renforce ces dispositions et établit de nouveaux objectifs et missions. Il fait entre autres référence à un accès abordable et adéquat à l’internet à haut débit, qui doit être offert à tous les consommateurs quel que soit le lieu où ils se trouvent et quel que soit leur revenu. Le code prend pour point de référence un débit de connexion à l’internet d’un niveau de 100 Mb/s. Il pose également l’exigence d’assurer un système d’alerte du public et définit comme objectifs la prévisibilité de la réglementation et le développement de la 5G. Bien que le délai imparti pour mettre en œuvre ces dispositions, à savoir jusqu’en décembre 2020, soit à présent écoulé, le code n’est toujours pas, malheureusement, pleinement appliqué dans tous les États (1). De ce fait, il n’est guère aisé d’en évaluer l’efficacité.

2.4.

Le socle européen des droits sociaux constitue pour l’Union la base d’une politique équitable et durable. Ses 20 principes prévoient entre autres l’accès aux services essentiels, au nombre desquels figure la communication numérique. Par ailleurs, le socle confère à cet accès le statut d’un droit et met ce faisant en lumière l’obligation particulière qui incombe à l’Union européenne et à ses États membres.

2.5.

À cet égard, l’on ne saurait passer sous silence les objectifs fixés à l’échelon de l’Union à l’horizon 2030 dans le cadre du programme d’action pour la décennie numérique (2). Parmi les objectifs de cette stratégie, l’on peut notamment citer: un taux de 75 % d’utilisation par les entreprises de l’informatique en nuage, de l’intelligence artificielle et des mégadonnées; un taux de plus de 90 % des PME qui parviennent au moins à un niveau élémentaire d’intensité numérique; une connectivité au niveau du gigabit et la 5G pour tous, un accès universel en ligne aux services publics clés et des compétences numériques accrues.

3. Observations générales

3.1.

Le débit minimal de connexion qui permet d’utiliser de manière confortable le courrier électronique est d’environ 5 Mbps, sachant que pour se servir des médias sociaux et bénéficier des services de diffusion en continu, il doit être porté à 10 Mbps au moins. À cet égard, l’objectif fixé de 100 Mbps apparaît adapté, voire ambitieux. Il convient toutefois de noter que l’internet 5G permet de transmettre beaucoup plus rapidement les données, de sorte qu’il importe de tenir compte de l’adaptation à l’avenir de cet objectif aux performances réelles du réseau et aux besoins qui se manifestent.

3.2.

Dans le contexte de ce qui précède, l’annexe V du code définit l’ensemble minimal de services que le service d’accès adéquat à l’internet à haut débit doit pouvoir prendre en charge, ce dont il convient de tenir compte lors de la fixation du débit minimum de la connexion. En outre, la liste de l’annexe apparaît à présent insuffisante en ce qu’elle omet, entre autres, les services d’apprentissage en ligne, la diffusion en continu en ligne ou encore les services médicaux. Il est recommandé de mettre à jour les listes de cette sorte au regard des évolutions technologiques.

3.3.

Les données montrent qu’en moyenne, les différences de débit descendant entre les États membres sont importantes et que, bien souvent, elles le portent assez loin des objectifs de la politique de l’Union. Les données affinées à l’échelon régional brossent un tableau où les disparités sont encore plus accusées (3). Elles font également apparaître des différences de qualité du réseau disponible (4). En outre, selon le rapport de la Commission sur l’accès aux services publics essentiels dans l’Union européenne (5), quelque 2,4 % des citoyens de l’Union n’ont pas les moyens de se connecter à l’internet. Toutefois, parmi les personnes exposées au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale, cette proportion s’élève déjà en moyenne dans l’Union à 7,6 %, sachant qu’en Roumanie, en Bulgarie et en Hongrie, elle prend respectivement des valeurs supérieures à 25 %, 20,5 % et 16,5 %. Cette situation montre qu’en dépit d’un progrès notable en matière de développement économique, il continue d’exister au sein de l’Union des zones d’exclusion numérique.

3.4.

Il ressort de ce qui précède que les objectifs poursuivis ne sont pas réalisés partout. Aussi le CESE est-il d’avis qu’il convient de garantir à tous les citoyens de l’Union le droit aux communications électroniques, lequel constituerait la pleine réalisation de ce service universel. Un élément clé de ce droit consisterait à fournir un accès universel et stable à l’internet d’un débit d’au moins 100 Mbps.

3.5.

Faire de l’accès à l’internet un droit fondamental découle du rôle éminent que celui-ci joue dès lors que l’on entend garantir un large éventail de droits fondamentaux de la personne. En l’occurrence, il s’impose d’adopter une approche qui prévoit de traiter l’accès à l’internet comme un métadroit, c’est-à-dire un droit de l’homme qui constitue une condition préalable et nécessaire pour garantir d’autres droits de l’homme, que ceux-ci soient matériels (droit à la vie privée, liberté d’expression et d’opinion, etc.) ou procéduraux (droit à l’information et à la participation à la sphère publique, politique, environnementale, etc.). Selon les règles en vigueur, il est donc justifié d’envisager le droit en question dans le cadre d’une nouvelle conception (normative), tout en excluant la possibilité de le confiner au rang d’un simple idéal qui, par sa nature même, serait susceptible de ne pas se matérialiser. La Cour européenne des droits de l’homme entend également de la même manière le droit à la connectivité internet, lorsqu’elle interprète l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme (6) au sens d’une garantie de l’accès à une partie du contenu de l’internet en tant que droit de l’homme.

3.6.

Adopter cette perspective et ancrer dans les nouvelles initiatives législatives l’accès à l’internet au titre de droit de l’homme en accroîtra le caractère universel, et élargira la palette des instruments juridiques dans le cadre desquels chacun pourra faire valoir ce droit. Ceci est d’autant plus vrai que dans de nombreux États membres, les services en ligne se hissent progressivement au rang de moyen élémentaire pour réaliser les droits fondamentaux favorisant l’épanouissement de la personne. L’administration électronique cesse d’être un simple auxiliaire dans les domaines traditionnels de l’action des États pour se muer en une modalité de plein droit lorsqu’il s’agit de communiquer et de faire valoir les intérêts individuels. Cette évolution contribue également à rendre d’autant plus pressante l’application des dispositions du code.

3.7.

De l’avis du CESE, l’état actuel de l’acquis juridique de l’Union européenne permet de répondre aux défis liés à l’accès universel à l’internet sur la base de l’égalité. L’espace juridique européen pourra constituer un modèle dont pourront s’inspirer d’autres systèmes — de portée universelle ou régionale — visant à protéger les droits de l’homme, qui commencent à jeter les bases des normes réglementaires dans ledit domaine de la protection des droits de l’homme. En particulier, il ne serait pas sans intérêt de se pencher sur les solutions adoptées dans ce domaine en Estonie.

3.8.

Il convient également de s’intéresser aux travaux menés par l’Organisation des Nations unies visant à reconnaître l’accès à l’internet comme un droit de l’homme. L’on s’écarte progressivement d’une conception de l’accès à l’internet comme relevant de la catégorie d’un service pour tendre à traiter cet accès sous l’angle du respect des droits de l’homme, en particulier de l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. En juillet 2021, le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a publié une résolution sur «La promotion, la protection et l’exercice des droits de l’homme sur Internet» (7). En la matière, il s’agit déjà de la cinquième résolution adoptée par le Conseil, où ont été introduites, dès 2012, les premières initiatives visant à reconnaître l’accès à l’internet comme un droit de l’homme (métadroit). Le Conseil de l’Europe s’engage également dans la même direction. Son Assemblée parlementaire a affirmé dès 2014 dans sa résolution 1987 (2014) sur «Le droit d’accès à internet» que chacun doit en jouir car ce droit autorise l’exercice des droits de l’homme posés par la Convention européenne des droits de l’homme, et elle y a défini 12 principes qui régissent ledit accès (8).

3.9.

L’un des arguments opposés à l’idée de compter l’accès à l’internet à haut débit au nombre des services universels faisait valoir que l’ampleur de l’utilisation de telles connexions ne justifierait pas les coûts encourus. Les usages et les besoins actuels rendent toutefois caduques de telles assertions. Il y a lieu d’évaluer les incidences socio-économiques des décisions sur les actions aussi bien individuelles que collectives, notamment et en premier lieu lorsqu’il s’agit de lutter contre l’exclusion numérique et le creusement des inégalités sociales.

3.10.

Le CESE entend à cet égard faire observer qu’une infrastructure adéquate de l’internet constitue aussi une stimulation déterminante du développement économique de chaque région, et concourt ainsi aux objectifs de la politique de cohésion de l’Union. L’accès à une infrastructure adéquate de connectivité peut constituer un facteur important pour les entreprises lorsqu’elles décident de leurs investissements. Les investissements dans la fibre optique, les communications par satellite ou encore dans la 5G constituent des volets essentiels de cette stratégie. À l’avenir, des solutions plus décentralisées, telles que les réseaux urbains maillés, pourraient gagner en importance.

3.11.

Les prestataires du service universel désignés ont un rôle important à jouer. Comme l’indique le rapport de l’ORECE (9), seuls neuf États membres ont décidé de désigner des fournisseurs de services. Cela donne à penser que, dans la plupart des cas, on attend du marché qu’il garantisse l’accès universel aux services de base. De l’avis du CESE, étant donné que les États membres sont responsables du niveau minimal de connectivité et qu’ils n’ont pas encore pleinement mis en œuvre le code, cela n’est pas suffisant. Il est préférable de désigner dans chaque État membre le prestataire du service universel et de le rémunérer pour ce service minimal à un niveau suffisant pour que cela soit rentable, ou, à défaut, d’envisager directement d’autres mesures de politique publique qui permettront aux utilisateurs finaux de se connecter d’une manière abordable.

3.12.

À supposer que la politique de réglementation dans ce domaine aille au-delà du simple calcul des coûts, il apparaît judicieux d’envisager un rôle supplémentaire pour les organismes de réglementation, qui doivent être habilités à contrôler les barèmes de prix, ainsi qu’à les corriger si ces prix restreignaient l’accès aux services électroniques essentiels, et notamment l’accès à l’internet à haut débit. Dans le même temps, lesdits barèmes doivent tenir compte à la fois de la nécessité d’investir, de la politique industrielle et des conditions de travail et de rémunération dans le secteur des services de communication.

3.13.

En principe, le CESE estime que la charge de la responsabilité de fournir des services de communication électronique ne devrait pas uniquement incomber à l’État, aux consommateurs et aux fournisseurs d’infrastructures. Il faut également prendre en considération les avantages que procure la numérisation aux acteurs du marché qui génèrent d’importants flux de données. Il conviendrait donc d’élaborer des cadres adéquats pour que ces entités qui génèrent des données participent elles aussi de manière proportionnée à l’entretien et au développement des infrastructures. De telles mesures pourraient s’inspirer de la politique du «pollueur-payeur» qui s’applique d’ores et déjà lors d’investissements qui ont une incidence sur l’environnement. À cet égard, les acteurs du marché dont l’activité repose sur le transfert de grandes quantités de données rendent nécessaire le développement de l’infrastructure, contribuent à l’augmentation du coût de maintenance et ont une incidence sur l’environnement. Il apparaît également judicieux de mieux faire connaître les sources existantes de financement dans le cadre des instruments de l’Union européenne et de la Banque européenne d’investissement. D’autre part, pour trouver le juste équilibre, on serait en droit d’attendre que l’infrastructure internet soit ouverte à d’autres fournisseurs de services et que toute limitation dans ce domaine soit écartée.

3.14.

Il convient de ne pas perdre de vue que les services numériques ne sont pas sans effets sur l’environnement. Chaque processus dans le monde virtuel nécessite d’importantes ressources en énergie et en eau. Ainsi, l’extension de la liste des entités qui contribuent aux frais d’entretien et de développement du réseau pourrait permettre d’assurer les moyens nécessaires pour protéger l’environnement et d’encourager dans le même temps la création de technologies permettant de réduire l’impact environnemental négatif.

3.15.

À cet égard, le CESE souligne que tous les États membres n’assurent pas le suivi de la mise en œuvre du service universel. De l’avis du Comité, il est essentiel de surveiller la manière dont le service universel est fourni dans la pratique et d’améliorer le système si nécessaire. Si, en la matière, le rôle principal incombe aux organismes de réglementation, le CESE recommande toutefois que l’expertise et les observations de la société civile puissent compléter leurs travaux, ce qui suppose de mettre en place une coopération étroite avec les parties prenantes.

3.16.

L’utilisateur de services de communication électronique a non seulement le droit d’utiliser ceux-ci, mais aussi celui de s’abstenir d’y recourir. Le consommateur devrait avoir le droit de définir son héritage numérique et de décider du sort qui sera réservé à ses informations à caractère personnel. En outre, il est très important d’être pleinement informé de la finalité de l’utilisation des informations qu’une plateforme numérique spécifique recueille lorsque l’on utilise ses services et de se voir indiquer la possibilité de refuser de fournir ces informations. Le CESE suggère de mettre en place des mécanismes qui permettraient, par exemple, d’autoriser la mise à disposition de données en contrepartie d’une réduction du prix d’un service donné.

4. Observations particulières

4.1.

Le CESE estime qu’assurer la connectivité ne constitue qu’un volet de la politique souhaitée. Un autre, qui apparaît essentiel, touche à la connaissance des outils disponibles et à la capacité à les utiliser. C’est notamment l’absence de telles connaissances qui limite la généralisation de leur application aux relations avec les administrations publiques. Cet aspect importe notamment dans le contexte du développement du portefeuille européen d’identité numérique (10). De ce fait, améliorer sans cesse les connaissances et les compétences liées aux services de communication numérique constitue une tâche importante, dont la réalisation pourrait incomber aux organisations de la société civile, aux partenaires sociaux et aux services publics de l’emploi. Aussi incite-t-on à renforcer la coopération de sorte à mener à bien de telles activités à l’échelon national et local, ainsi que sur les lieux de travail.

4.2.

En outre, l’on encourage les organes de l’administration publique, les organisations de la société et les entreprises à élaborer des stratégies numériques, qui prendront en compte notamment les éléments suivants: la sécurité, une communication adéquate, une dépense efficace des moyens, les compétences des personnes et une culture d’adaptation aux nouvelles technologies (11).

4.3.

À cet égard, il n’est pas sans intérêt de noter qu’un certain nombre de services fournis jusqu’à présent dans le monde réel perdent de leur importance, tels que les services postaux. Mobiliser les ressources de telles entités, par exemple les bureaux de poste, pour soutenir les personnes qui n’ont que peu de possibilités d’utiliser l’internet pourrait atténuer la pression qu’exercent les avancées de la numérisation des services traditionnels. De telles initiatives, tout comme la généralisation de points d’accès sécurisés, permettraient de compléter de manière essentielle l’offre de connectivité individuelle. Il importe tout autant de veiller à ce que les personnes qui, pour une raison ou une autre, ne peuvent pas ou ne souhaitent pas utiliser l’option numérique puissent continuer d’avoir accès aux services publics fournis de manière traditionnelle.

4.4.

Une forme de service universel pourrait également consister à garantir l’accès du public au code et aux applications essentielles (aux «codes sources publics»). Cette démarche favoriserait le développement décentralisé des technologies, la démocratisation des usages, le renforcement de la résilience et la sécurité des logiciels testés par les utilisateurs.

4.5.

Il importe de prêter tout particulièrement attention à la situation des personnes handicapées. Lutter contre l’exclusion au sein de ce groupe est un véritable défi, car la communication de ces personnes peut être compliquée et nécessiter des solutions technologiques avancées. Cet impératif ouvre des possibilités d’intégration mais il importe toutefois que les solutions adoptées permettent de communiquer avec les organismes publics, par exemple dans le cadre de démarches administratives ou en rapport avec la santé, etc. À cet égard, les lecteurs d’écran, les sous-titres et les commandes vocales seront utiles.

4.6.

Le CESE suggère de mettre en place des mécanismes pour classer et signaler les plateformes d’information en fonction des risques qu’elles peuvent présenter pour les utilisateurs, par exemple en matière de santé mentale des jeunes, de protection des données à caractère personnel, ou encore pour indiquer l’origine d’une information donnée. Il serait ainsi possible de sensibiliser les utilisateurs à ces types de risques et de leur permettre de choisir eux-mêmes les informations. Nous entendons rappeler le rôle des organisations qui émanent de la société pour sensibiliser à la protection des données à caractère personnel et au risque qui y est associé.

4.7.

Le Comité estime que la stratégie liée à la réalisation du service universel pourrait comprendre l’élaboration de codes de déontologie liés à l’utilisation du réseau internet, que ce soit à l’échelon de l’Union européenne ou de chacun des États. Les risques mentionnés précédemment, mais aussi les nouvelles technologies, notamment celles qui recourent à l’intelligence artificielle, soulèvent des préoccupations d’ordre éthique. Les activités de cette sorte présenteraient un intérêt éducatif et sensibiliseraient aux effets non technologiques de la communication électronique.

4.8.

Il convient de faire état des personnes dont l’emploi requiert de communiquer par voie électronique. Il importe au plus haut point d’éviter la situation où les travailleurs sont contraints d’être connectés en permanence au réseau pour des motifs de service et d’accomplir ainsi de facto leurs tâches professionnelles au-delà du temps de travail prescrit. Circonscrire de telles pratiques grâce au droit à la déconnexion contribuera à améliorer l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, en particulier pour les travailleurs qui exercent leur activité selon les modalités du travail à distance.

4.9.

Il convient de ne pas oublier non plus la situation des travailleurs du secteur des services fournis par voie électronique. À cet égard, il faut noter l’accord récent sur la directive relative au travail via une plateforme, et le CESE demande d’en mettre pleinement en œuvre les dispositions.

4.10.

Le CESE entend également souligner le problème que pose l’impossibilité d’utiliser la messagerie électronique professionnelle à des fins liées à une activité syndicale. Il fait observer que le droit d’utiliser la messagerie électronique des entreprises est inscrit dans la Convention no 135 de l’Organisation internationale du travail concernant les représentants des travailleurs visant à protéger ceux-ci au sein des entreprises et à leur y accorder des facilités.

4.11.

Afin de s’engager sur la voie esquissée par le présent avis, les organismes de réglementation devront faire face à des exigences accrues. Aussi convient-il de les doter de ressources suffisantes, qu’il s’agisse de leur personnel ou de leur organisation, mais aussi des pouvoirs qui leur permettront de s’acquitter efficacement des missions qui leur ont été confiées.

Bruxelles, le 18 septembre 2024.

Le président

du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) Commission européenne, Code des communications électroniques de l’UE, communiqué de presse, 6 avril 2022.

(2) Une boussole numérique pour 2030: l’Europe balise la décennie numérique.

(3) COM(2021) 118 final.

(4) Données d’Opensignal.

(5) «Rapport sur l’accès aux services essentiels dans l’UE», document de travail des services de la Commission, 2023 (en anglais).

(6) L’Union européenne est partie à la Convention européenne des droits de l’homme, dont l’adoption et l’application constituent elles-mêmes une condition de l’appartenance à l’Union.

(7) Résolution A/HRC/47/L.22 du 7 juillet 2021 de l’Assemblée générale des Nations unies sur « La promotion, la protection et l’exercice des droits de l’homme sur Internet ».

(8) Résolution 1987 (2014) de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe du 9 avril 2014 sur « Le droit d’accès à internet ».

(9) Rapport de l’ORECE sur les meilleures pratiques des États membres contribuant à la définition du service d’accès adéquat à l’internet à haut débit, 7 mars 2024 (en anglais).

(10) Cadre européen relatif à une identité numérique.

(11) La stratégie numérique du CESE pour la période 2024-2026 peut constituer une source d’inspiration.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/6864/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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