| CELEX | 52024AE0535 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | vendredi 31 mai 2024 |
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2024/4660 | 9.8.2024 |
Avis du Comité économique et social européen
Le rôle de la politique de cohésion dans les prochaines séries d’élargissement de l’Union
(avis exploratoire)
(C/2024/4660)
Rapporteure:
María del Carmen BARRERA CHAMORRO| Conseiller | Ioannis GRIGORIADIS, pour la rapporteure |
| Consultation | Commission européenne, 11.12.2023 |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Union économique et monétaire et cohésion économique et sociale» |
| Adoption en section | 17.5.2024 |
| Adoption en session plénière | 31.5.2024 |
| Session plénière no | 588 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 181/2/2 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le Comité économique et social européen (CESE) souligne que la politique d’aide de préadhésion de l’UE est un outil indispensable de la politique d’élargissement dont l’influence peut être renforcée pour promouvoir la paix et la prospérité sur l’ensemble du continent européen, en particulier dans les régions où la paix et la stabilité ont été récemment mises à l’épreuve. |
| 1.2. | Afin de préparer les pays candidats à mettre pleinement en œuvre les instruments de la politique de cohésion à l’avenir, la politique d’aide de préadhésion devrait être mieux adaptée aux points forts, aux défis et aux besoins des régions concernées de ces pays, ainsi que des régions limitrophes ressortissant aux États membres. |
| 1.3. | Le CESE recommande que cette politique, telle qu’elle est déployée dans les pays candidats, investisse plus systématiquement dans le développement du capital humain, l’éducation et l’intégration sociale afin de prévenir et d’atténuer les inégalités sociales. Il est essentiel de promouvoir les liens avec les organisations de la société civile (OSC) et de les associer aux efforts visant à améliorer la planification de la politique d’aide de préadhésion. |
| 1.4. | Dans le cadre de la future politique de cohésion, priorité devrait être accordée à la protection des groupes vulnérables. Ceux-ci sont confrontés à des obstacles supplémentaires fort conséquents qui entravent leur développement économique et social et ils sont susceptibles de faire face à d’autres défis encore lors du futur processus d’adhésion. |
| 1.5. | Le renforcement des partenariats avec les OSC dans les pays candidats n’est pas seulement inestimable du point de vue de la promotion des objectifs de l’élargissement: il participe également de stratégies de développement efficaces et inclusives en utilisant les principes établis d’un partenariat solide et d’une gestion partagée. |
| 1.6. | La politique d’aide de préadhésion devrait bénéficier de tout le soutien nécessaire pour promouvoir la croissance et la relance dans toutes les régions d’Europe; il s’agit notamment de réaliser les transitions écologique et numérique et d’aider les régions à s’adapter aux défis démographiques, industriels, stratégiques et sécuritaires actuels. |
| 1.7. | Le CESE souligne que la politique de cohésion doit avoir un rôle qui aille bien au-delà des investissements essentiels. Elle doit se concentrer sur le renforcement des institutions et des capacités, notamment sous la forme de programmes de jumelage et d’un soutien à la société civile et aux partenaires sociaux (1). L’expérience des États baltes a montré que l’amélioration des capacités institutionnelles permet une utilisation plus efficace des fonds de la politique de cohésion, en accélérant leur intégration et la croissance économique. Ces fonds ont également aidé ces pays à devenir des acteurs de premier plan sur le plan de l’élaboration efficace des politiques publiques. |
| 1.8. | Le CESE souligne que les vagues d’élargissement ont aussi eu une incidence sur les États membres actuels et leurs régions, à mesure que les nouveaux États membres rejoignent le marché unique, impactant ainsi la chaîne de valeur internationale et la migration de la main-d’œuvre dans l’UE. Des fonds supplémentaires sont donc nécessaires pour investir dans les régions limitrophes des pays candidats, ainsi que dans les régions des États membres actuels durement touchées par les changements intervenus dans l’UE et les chaînes de valeur mondiales à la suite de l’élargissement. |
| 1.9. | Le CESE souligne que, compte tenu de l’ampleur des défis, en particulier en Ukraine, il ne suffit pas de s’appuyer uniquement sur la politique d’aide de préadhésion. L’UE devra mener des actions spécifiques, éventuellement au moyen de mécanismes ad hoc, pour faire en sorte que les questions les plus urgentes et les plus exigeantes, telles que la reconstruction d’après-guerre, soient traitées en toute efficacité. Cela est essentiel pour maximiser l’impact et les avantages de toute future politique publique. |
| 1.10. | Le CESE estime que l’un des plus grands défis pour l’élargissement de l’Union serait une détérioration de l’état de droit après l’adhésion. Ce risque pourrait être atténué par l’inclusion d’outils de conformité postérieurs à l’adhésion dans les nouveaux traités d’adhésion, tels que des méthodes efficaces de suspension des droits de vote et des fonds de l’UE en cas de non-respect des valeurs fondamentales de l’UE et de l’état de droit. D’autres problèmes souvent mentionnés, concernant notamment le fonctionnement des institutions et le budget de l’UE, pourraient être gérés au moyen de périodes de transition et de réformes de l’UE au cours des négociations d’adhésion (2). |
| 1.11. | Parallèlement au processus d’élargissement, la Commission européenne devrait viser à ce que la politique de cohésion soit réformée de sorte à renforcer l’efficacité des politiques actuelles — sur la base d’une spécialisation et d’une diversification accrues — et à les assortir d’une flexibilité et d’une spécialisation financière plus grandes. Aucun soutien financier ne peut réussir à stimuler la prospérité économique s’il ne s’accompagne pas d’efforts tout aussi conséquents en matière de renforcement des institutions, de réforme de la gouvernance et d’engagement de la société civile. |
| 1.12. | Le CESE souligne la nécessité d’agir de toute urgence pour endiguer la vague d’émigration en provenance des pays candidats à l’adhésion à l’UE — qui menace d’étouffer le potentiel de développement économique et social — au moyen de diverses mesures, dont l’investissement dans le capital humain. |
| 1.13. | Le CESE estime qu’il est essentiel d’améliorer la situation des jeunes dans les pays candidats. Des efforts sont nécessaires pour améliorer les compétences et l’emploi des jeunes et accroître les possibilités éducatives et d’emplois de qualité qui s’offrent à eux, ainsi que les solutions de logement. Le dialogue et la participation des jeunes aux initiatives de garantie pour la jeunesse devraient également être encouragés. |
| 1.14. | Le CESE recommande de redoubler d’efforts pour s’occuper des personnes les plus vulnérables et des groupes vulnérables dans les pays candidats, en les intégrant non seulement dans les systèmes de protection, mais aussi en les prenant en compte dans le processus décisionnel, ce qui constitue le meilleur moyen d’atteindre le premier principe fondamental de la politique de cohésion, à savoir «ne laisser personne de côté». |
2. Observations générales
| 2.1. | L’agression de la Russie contre l’Ukraine ne menace pas seulement la souveraineté et l’intégrité territoriale d’un État européen. Elle apparaît comme une menace claire contre l’intégration européenne et les valeurs politiques qui sous-tendent celle-ci depuis 75 ans. Il est donc impératif que l’Union européenne se hisse à la hauteur de ces circonstances historiques et envoie un signal aux Balkans occidentaux et à l’Europe orientale pour qu’ils sachent qu’elle n’abandonnera pas les États confrontés à la menace russe, mais au contraire accélérera tous les efforts visant à promouvoir leur intégration en son sein. Les instruments de la politique de cohésion peuvent contribuer à renforcer l’efficacité des initiatives d’élargissement de l’UE dans les Balkans occidentaux et en Europe orientale (3). |
| 2.2. | La politique de cohésion est devenue l’une des politiques emblématiques de l’Union européenne. Depuis son inscription dans le traité de Rome, elle est devenue la pierre angulaire de la solidarité européenne, contribuant à une Union européenne plus équitable et plus juste. Elle a ainsi acquis une position indispensable dans les priorités de la politique d’élargissement. |
| 2.3. | L’élargissement a été décrit à juste titre comme l’un des instruments les plus puissants de la politique étrangère de l’UE. Au fil de ses différentes vagues d’élargissement, l’Union européenne est devenue plus grande, plus forte, plus pacifique et plus juste. Il n’est pas exagéré d’affirmer que ce processus a renforcé la paix, la prospérité et la sécurité sur l’ensemble du continent. |
| 2.4. | Comme les dirigeants européens l’ont affirmé dans la déclaration de Grenade (4), «l’élargissement représente un moteur pour améliorer les conditions économiques et sociales des citoyens européens et réduire les disparités d’un pays à l’autre; il doit aussi promouvoir les valeurs sur lesquelles l’Union est fondée». Cette déclaration souligne l’importance des politiques d’aide de préadhésion en tant qu’élément essentiel de l’élargissement de l’Union. |
| 2.5. | Il est vital de veiller à ce que les pays candidats puissent accéder à l’aide de préadhésion, car cela facilitera l’intégration future des pays candidats dans l’Union et renforcera l’attrait des valeurs européennes essentielles dans les États membres tout comme dans les pays candidats. |
3. Considérations et garanties sociales
| 3.1. | Le CESE estime qu’il est essentiel de garantir le plein respect de l’acquis pour l’admission dans l’UE, en ce y compris les droits fondamentaux, l’acquis social et le respect et le renforcement du dialogue social et civil; une attention particulière devrait être prêtée au plein respect des droits des partenaires sociaux et des organisations de la société civile. Dans ce cadre, il est nécessaire de garantir un financement adéquat du renforcement des capacités des partenaires sociaux et des organisations de la société civile dans les pays candidats. L’élargissement doit être une réussite pour les travailleurs, les entreprises, les PME et les organisations de la société civile, tant dans les États membres nouveaux qu’existants. |
| 3.2. | Le CESE se déclare fermement convaincu qu’une approche graduelle, prévisible et fondée sur le mérite pour obtenir toujours plus d’avantages au cours du processus d’adhésion est la meilleure façon de procéder à l’élargissement. La Commission devrait élaborer une proposition visant à faciliter la connectivité institutionnelle des candidats et leur accès aux travaux des institutions de l’UE, y compris des différentes directions générales de la Commission, et ce au cours déjà du processus d’adhésion. La Commission devrait veiller à ce que les bénéficiaires reçoivent en temps utile une assistance technique pour l’adaptation et la mise en œuvre de l’acquis. Le CESE demande que toute approche fragmentaire des discussions sur l’adhésion soit clairement rejetée: l’accès au marché intérieur, ou à certaines parties de celui-ci, devrait être subordonné à un alignement complet sur les droits fondamentaux et l’acquis social. Dans le même temps, l’accès au marché intérieur devrait reposer sur une concurrence loyale, ce qui signifie, dans la pratique, un alignement sur l’acquis pertinent de l’UE (par exemple, dans les domaines social, environnemental, des aides d’État, etc.). |
| 3.3. | Le CESE estime que les discussions sur l’élargissement offrent une occasion de réfléchir à la manière dont le cadre institutionnel européen devrait être adapté. Une réforme des institutions de l’UE doit être menée afin de garantir un cadre institutionnel qui soit à la fois plus efficace, plus social et plus progressif permettant à l’Union européenne de mettre en place une économie plus dynamique et plus concurrentielle allant de pair avec de meilleures conditions de vie et de travail, une compétitivité accrue et une économie plus performante. |
| 3.4. | L’UE doit réagir aux inégalités croissantes et garantir une amélioration pour les citoyens, déjà frappés par les effets à long terme des politiques d’austérité, de la pandémie et de l’inflation élevée des années 2022 et 2023. |
| 3.5. | Dans la perspective de l’élargissement, le CESE demande que soit conçu un nouvel instrument budgétaire d’investissement, sous la forme d’un fonds de souveraineté de l’UE pour une transition socio-économique juste et le bien commun, qui permette de ne laisser aucun citoyen ni aucune région de côté. |
| 3.6. | Il est nécessaire de mettre en place une politique industrielle européenne forte permettant le déploiement d’importants investissements publics et privés qui soient efficaces et servent de base à des emplois de qualité et au progrès social. Le déclin de la compétitivité reste le principal obstacle à l’économie européenne ainsi qu’à l’avenir de la politique de cohésion. |
| 3.7. | La Commission devrait contribuer à orienter le débat sur les futures réformes institutionnelles: |
| 3.7.1. | en plaidant pour la mise en œuvre d’une réforme digne de ce nom, complète et détaillée de la gouvernance économique, afin de veiller à ce que la justice sociale, le progrès social, l’amélioration des conditions de travail et de vie des personnes ainsi que la protection de l’environnement soient considérés comme des objectifs clés des politiques économiques, ce qui se traduirait notamment par un renforcement des investissements dans les services publics; |
| 3.7.2. | en renforçant le rôle des partenaires sociaux et des organisations de la société civile dans le processus décisionnel. Cela ne pourrait se faire qu’en mettant en œuvre les principales valeurs de la politique de cohésion, telles que le principe de partenariat en matière de solidarité, le développement multiniveaux et la gouvernance à plusieurs niveaux. |
4. Élargissement et politique de cohésion: enseignements tirés de la vague d’élargissement 2004/2007
| 4.1. | Le CESE se félicite de la décision du Conseil européen de décembre 2023 d’entamer des négociations d’adhésion avec la Bosnie-Herzégovine, la Moldavie et l’Ukraine. Toutefois, le CESE estime que ce processus nécessite l’activation d’un ensemble d’instruments d’aide de préadhésion pour promouvoir les politiques clés de l’UE dans les pays candidats à l’adhésion. |
| 4.2. | La politique d’aide de préadhésion a joué un rôle clé dans presque tous les élargissements, facilitant l’adhésion des nouveaux États membres d’une manière qui leur soit utile tout en profitant au reste de l’Union. La politique de cohésion actuelle est née en tant que politique visant, entre autres, à faciliter une intégration réussie de l’Espagne et du Portugal dans ce qui était alors la Communauté économique européenne (5). Le futur élargissement sera le huitième exercice du genre. Chacun de ses prédécesseurs a permis à l’UE de combiner efficacement élargissement et approfondissement. |
| 4.3. | Le CESE tient à mettre en exergue l’élargissement de 2004, qui est le plus important à ce jour. Les investissements visant à préparer les pays d’Europe centrale et orientale ont entraîné des augmentations ultérieures des crédits de financement, contribuant ainsi à des progrès au niveau des infrastructures et à des investissements dans le capital productif, le capital humain, l’investissement étranger direct (IED), l’environnement et l’emploi dans tous les États membres post-2004. L’élargissement renforce le fonctionnement du marché unique, ce dont les autres États membres tirent parti, sachant que le marché unique et la politique de cohésion sont des moteurs de croissance pour tous les États membres. |
| 4.4. | Le CESE souligne dès lors que la situation complexe dans laquelle se trouvent de nombreux pays candidats requiert une politique de cohésion solide et adaptable aux circonstances propres à chacun d’entre eux. Il peut tout autant s’agir, dans de nombreux pays candidats, de questions institutionnelles que du redressement post-conflictuel en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo (6), ou encore de l’avenir — incertain — qui sera celui de l’Ukraine après le -conflit. La politique de cohésion peut jeter les fondements de solutions en fournissant des investissements essentiels à l’intégration et au développement, quelle que soit la situation de chaque pays. |
| 4.5. | Le CESE souligne qu’il est nécessaire d’adopter une approche sur mesure de la politique d’aide de préadhésion, en envisageant également des outils ad hoc mettant l’accent sur l’expertise technique associant des partenaires de l’UE et des États membres. L’Albanie et la Macédoine du Nord, par exemple, ont des structures économiques et sociales qui diffèrent de celles des États membres. L’Ukraine, de son côté, nécessitera un effort de reconstruction massif après la guerre d’agression menée par la Russie. Une stratégie territorialisée spécifique pour chaque pays et chaque région garantira que les investissements au titre de la politique de cohésion sont adaptés aux besoins et priorités spécifiques en matière de développement de chaque pays et région. |
| 4.6. | Le CESE souligne l’expérience des élargissements précédents sur le plan des synergies, étant donné que les avantages à long terme d’une politique de cohésion mise en œuvre comme il se doit pour les nouveaux membres comprennent la croissance durable, la cohésion sociale et l’amélioration de la compétitivité. L’inclusion de tous ces pays pourrait également servir de facteur stabilisateur dans une partie historiquement fragmentée et conflictuelle de l’Europe, jetant les bases d’une stabilité sociale et politique beaucoup plus forte et, partant, d’un développement économique plus durable. |
| 4.7. | Alors que l’Union européenne entame un nouveau processus d’élargissement qui devrait porter le nombre de ses membres de 27 à 36, il est important de rappeler que la cohésion est indissociable de l’élargissement. En particulier, le processus d’élargissement actuel présente des similitudes importantes avec l’élargissement de 2004/2007 s’agissant du nombre de citoyens concernés et des niveaux de développement. Cette expérience passée peut dès lors nous offrir des enseignements en ce qui concerne l’efficacité des politiques, leur mise en œuvre et leur impact, le caractère inclusif du processus et ses effets pour ce qui est de remédier à certains déséquilibres. |
| 4.8. | Les fonds d’aide de préadhésion ont joué un rôle crucial pour préparer les futurs États membres aux performances économiques impressionnantes qui ont été les leurs post-adhésion. Des investissements relativement modestes ont ouvert la voie à un développement rapide et ont entraîné des augmentations ultérieures des crédits de financement, contribuant ainsi à des progrès au niveau des infrastructures et à des investissements dans le capital productif, le capital humain, les IDE, l’environnement et l’emploi dans tous les États membres post-2004 (7). |
| 4.9. | La déclaration de Grenade dispose que l’élargissement «constitue un investissement géostratégique dans la paix, la sécurité, la stabilité et la prospérité...». Nous nous pencherons sur les grandes questions liées à nos priorités et politiques ainsi que sur notre capacité à agir. L’UE en sortira plus solide et la souveraineté européenne renforcée. |
| 4.10. | L’élargissement reste la raison d’être de l’Europe ainsi qu’une occasion d’améliorer la structure institutionnelle de l’UE. |
| 4.11. | Le point de vue des organisations de la société civile des pays candidats est inestimable pour une meilleure planification de l’élargissement et pour lui apporter un réglage fin par rapport aux politiques d’aide de préadhésion. |
| 4.12. | Le CESE souligne que l’élargissement de l’UE va non seulement créer des tensions financières, mais aussi apporter des avantages stratégiques, politiques et financiers majeurs à l’Union européenne (8), notamment s’agissant de l’Ukraine, le plus grand pays candidat à l’adhésion à l’UE (9). |
5. L’importance de la politique de cohésion dans l’élargissement de l’UE
| 5.1. | Le développement des pays candidats dans les Balkans occidentaux et en Europe orientale nécessite un soutien financier et institutionnel fort qui est au cœur des politiques européennes d’aide de préadhésion. Le soutien à la cohésion devrait être considéré comme une condition sine qua non de la réussite de l’intégration effective des futurs États membres dans l’Union européenne. |
| 5.2. | Les économies des pays candidats des Balkans occidentaux ont récemment montré quelques signes positifs. Toutefois, beaucoup reste à faire pour contribuer au processus de convergence des économies des Balkans occidentaux vers la moyenne européenne; il y a notamment lieu de procéder à des réformes économiques et politiques, de renforcer les capacités, de lutter contre la corruption et l’économie informelle et enfin de renforcer l’état de droit. La guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine a porté atteinte aux espoirs d’une reprise économique plus forte. |
| 5.3. | Les économies de l’Ukraine et d’autres pays candidats d’Europe orientale ont été confrontées à des défis sans précédent en raison de la guerre d’agression menée par la Russie. L’adhésion de l’Ukraine améliorerait la sécurité énergétique de l’UE et pourrait réduire les coûts de l’énergie. Elle serait également susceptible de stabiliser le voisinage oriental de l’UE et de renforcer les capacités militaires et de sécurité européennes. Les craintes quant à l’effet de l’adhésion de l’Ukraine sur les finances de l’UE sont exagérées, étant donné que le coût de l’élargissement sera considérable mais restera gérable. L’aide apportée pour remédier aux conséquences de la guerre et la planification de mesures de développement économique pour la période d’après la guerre sont apparues comme une dimension essentielle de la politique européenne d’aide de préadhésion (10). |
| 5.4. | La politique d’aide de préadhésion ne peut répondre aux besoins de l’élargissement sans tenir dûment compte du modèle européen de croissance ainsi que du nouveau plan de croissance de la Commission pour les Balkans occidentaux. Ses piliers sont axés sur: |
| 5.4.1. | le renforcement de l’intégration économique avec le marché unique de l’UE. Sept domaines d’action prioritaires sont proposés:
|
| 5.4.2. | la stimulation de l’intégration économique avec les Balkans occidentaux grâce au marché commun régional; |
| 5.4.3. | l’accélération des réformes fondamentales, y compris dans l’ensemble des «fondamentaux», qui soutiennent les Balkans occidentaux sur la voie de l’adhésion à l’UE, améliorent la croissance économique durable, notamment en attirant des investissements étrangers, et renforcent la stabilité régionale; |
| 5.4.4. | l’accroissement de l’assistance financière destinée à soutenir les réformes. |
| 5.5. | Des défis tels que la crise climatique, l’inflation, la migration, la résilience sociale, la numérisation et l’innovation sont tous essentiels, compte tenu de la situation stratégique et économique en Europe et dans le monde. |
| 5.6. | La Commission devrait orienter le débat sur les futures réformes institutionnelles en partant des conclusions de la conférence sur l’avenir de l’Europe et de la résolution du Parlement européen sur ses projets tendant à la révision des traités, tout en tenant compte de l’évolution du socle européen des droits sociaux. Cet objectif ne peut être atteint qu’en appliquant les principales valeurs de la politique de cohésion. |
| 5.7. | Dans un avis antérieur, le CESE estime que le concept de «politique de cohésion 2.0» (11), qui inclut la gestion partagée, une approche régionale et des taux de préfinancement et de cofinancement, revêt une importance primordiale. |
| 5.8. | Le dialogue et la coopération avec les partenaires sociaux et les organisations de la société civile dans les pays candidats sont de la plus haute importance. Les partenaires sociaux et les organisations de la société civile devraient être associés à toutes les phases de la politique de cohésion, de sa conception à son réexamen, en passant par sa mise en œuvre. Cette participation et cet engagement des partenaires économiques et sociaux favorisent l’appropriation, l’autonomisation et une approche holistique de la conception et de la gestion des politiques: une telle démarche permettra une absorption efficace des fonds. |
| 5.9. | Comme lors de l’élargissement de 2004/2007, la politique de cohésion ne devrait pas être considérée comme synonyme de soutien financier. Toutes les mesures d’aide devraient inclure le renforcement des capacités de l’administration publique et de la société civile ainsi que le renforcement des institutions afin que ces acteurs puissent intervenir de manière efficace et préparer la mise en œuvre de la politique de cohésion. |
| 5.10. | En particulier, la politique de cohésion doit tenir compte de l’effet potentiel de l’élargissement dans les régions de l’UE adjacentes aux pays candidats, en Bulgarie, en Roumanie, en Hongrie, en Croatie, en Grèce, en Pologne et en Slovaquie. La coopération transfrontalière est essentielle au succès de cette politique. |
| 5.11. | Par conséquent, le CESE signale la pertinence d’un CFP plus ambitieux qu’il appelle de ses vœux pour la prochaine période de programmation afin de gérer efficacement les défis de l’élargissement. |
| 5.12. | Une longue expérience de la politique de cohésion conçue et mise en œuvre par les institutions de l’UE et les États membres a conduit à la constitution d’un ensemble de normes et de pratiques et à l’essor d’une «culture de la cohésion». La diffusion de cette culture de cohésion dans les pays candidats au moyen du processus d’élargissement et des négociations d’adhésion devrait être l’une des principales priorités de l’UE. |
6. La voix de la société civile
| 6.1. | Les organisations de la société civile des pays candidats ont une vision négative de la mise en œuvre des politiques de préadhésion dans leurs pays respectifs. |
| 6.2. | Le dialogue social et la consultation des partenaires sociaux de la société civile sont considérés comme essentiels. Toutefois, les organisations représentatives affirment que ces instruments ne sont pris en compte ni de manière efficace ni de manière efficiente dans les processus mis en place pour l’élargissement et dans la prise de décision. |
| 6.3. | L’attention accordée aux groupes les plus vulnérables est considérée comme essentielle, mais les organisations représentatives déclarent que ces groupes ne bénéficient pas d’une attention particulière, que la protection sociale est insuffisante et qu’ils ne sont pas pris en compte dans la prise de décision. |
| 6.4. | Une écrasante majorité des répondants ont déclaré qu’ils étaient conscients des grands principes de la gouvernance à multiniveaux et de la gestion partagée dans le cadre de la politique de cohésion et de la manière d’appliquer le principe de partenariat. |
| 6.5. | Le nouveau plan de croissance pour les Balkans occidentaux est considéré comme une occasion unique de se concentrer sur le capital humain et les aspects économiques et sociaux de l’aide de préadhésion. Les pays candidats peuvent être associés au débat sur la politique d’aide de préadhésion (12). |
| 6.6. | L’émigration de main-d’œuvre qualifiée est l’une des plus grandes menaces pour l’économie et la société des pays candidats. Les jeunes sont poussés à émigrer par un manque de confiance dans les institutions et par un manque de motivation et d’opportunités, imputable notamment aux carences du système éducatif. Le chômage et le manque d’emplois de qualité sont des problèmes pressants, de même que le manque de logement pour les jeunes. Ces derniers estiment également qu’il y a un manque de dialogue et de participation aux initiatives de garantie pour la jeunesse. |
| 6.7. | Les personnes handicapées font état d’un manque de soutien public. Le manque d’attention dont souffrent les groupes les plus vulnérables éloigne les pays candidats de l’objectif fondamental de la politique de cohésion, à savoir «ne laisser personne de côté». |
Bruxelles, le 31 mai 2024.
Le président
du Comité économique et social européen
Oliver RÖPKE
(1) Avis du Comité économique et social européen — Nouveau plan de croissance et facilité pour les réformes et la croissance pour les Balkans occidentaux [COM(2023) 691 final et COM(2023) 692 final] (JO C, C/2024/4065, 12.7.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/4065/oj).
(2) Darvas, Z., M. Dabrowski, H. Grabbe, L. Léry Moffat, A. Sapir et G. Zachmann (2024), «Ukraine’s path to European Union membership and its long-term implications» (Le chemin de l'Ukraine vers l'adhésion à l'Union européenne et ses implications à long terme), Note stratégique 05/2024, Bruegel.
(3) Avis du Comité économique et social européen — Nouveau plan de croissance et facilité pour les réformes et la croissance pour les Balkans occidentaux [COM(2023) 691 final et COM(2023) 692 final] (JO C, C/2024/4065, 12.7.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/4065/oj).
(4) https://www.consilium.europa.eu/fr/press/press-releases/2023/10/06/granada-declaration/
(5) Rapport du groupe de haut niveau sur l’avenir de la politique de cohésion.
(6) Cette désignation est utilisée sans préjudice des positions sur le statut du Kosovo et se conforme à la résolution 1244/1999 du Conseil de sécurité des Nations unies, ainsi qu’à l’avis de la Cour internationale de justice (CIJ) sur la déclaration d’indépendance du Kosovo.
(7) Report of the High-Level Group on The Future of Cohesion Policy High Level Report — Forging a Sustainable Future Together: Cohesion for a Competitive and Inclusive Europe (Rapport du groupe de haut niveau sur l’avenir de la politique de cohésion — Bâtir un avenir durable ensemble: la cohésion pour une Europe compétitive et inclusive), février 2024, p. 42-44.
(8) Akhvlediani Tinatin et Movchan Veronika, «The Impact of Ukraine’s Accession on the EU’s Economy: The Value Added of Ukraine» (L’impact de l’adhésion de l’Ukraine sur l’économie de l’UE: la valeur ajoutée de l’Ukraine),Tallinn, ICDS, 2024, p. 28-30.
(9) Darvas, Z., M. Dabrowski, H. Grabbe, L. Léry Moffat, A. Sapir et G. Zachmann (2024), «Ukraine’s path to European Union membership and its long-term implications» (Le chemin de l'Ukraine vers l'adhésion à l'Union européenne et ses implications à long terme), Note stratégique 05/2024, Bruegel.
(10) Note de l’institut Bruegel, mars 2024.
(11) Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Facilité pour la reprise et la résilience et politique de cohésion: vers une politique de cohésion 2.0» (avis exploratoire) ( JO C, C/2023/859, 8.12.2023, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2023/859/oj).
(12) Avis du Comité économique et social européen — Nouveau plan de croissance et facilité pour les réformes et la croissance pour les Balkans occidentaux [COM(2023) 691 final et COM(2023) 692 final] (JO C, C/2024/4065, 12.7.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/4065/oj).
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/4660/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.114781
30/12/2024
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.114943
30/12/2024
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.116252
30/12/2024
Avis institutionnel — 52024AB0042
30/12/2024