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AccueilDroit européen52024AE0543
Avis institutionnel52024AE0543

Avis du Comité économique et social européen — Proposition de directive du Parlement européen et du Conseil modifiant la directive 2009/38/CE en ce qui concerne l’institution et le fonctionnement de comités d’entreprise européens et l’application effective des droits d’information et de consultation transnationales [COM(2024) 14 final — 2024/0006 (COD)]

CELEX52024AE0543
TypeAvis institutionnel
Datejeudi 30 mai 2024

Résumé IA

Cet avis du Comité économique et social européen (CESE) porte sur une proposition de révision de la directive 2009/38/CE relative aux comités d'entreprise européens (CEE). Le texte vise à renforcer l'efficacité des droits d'information et de consultation transnationale des travailleurs, notamment en clarifiant les modalités de constitution et de fonctionnement des CEE. Pour un professionnel du droit français, cet avis est une étape consultative dans la procédure législative, pouvant influencer les futures obligations des entreprises transnationales en matière de dialogue social.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2024/4664

9.8.2024

Avis du Comité économique et social européen

Proposition de directive du Parlement européen et du Conseil modifiant la directive 2009/38/CE en ce qui concerne l’institution et le fonctionnement de comités d’entreprise européens et l’application effective des droits d’information et de consultation transnationales

[COM(2024) 14 final — 2024/0006 (COD)]

(C/2024/4664)

Rapporteure:

Sophia REISECKER

Conseillers

Aline CONCHON (pour le groupe II)

Wolfgang GREIF (pour la rapporteure, groupe II)

Consultation

Parlement européen, 26.2.2024

Conseil de l’Union européenne: 29.2.2024

Base juridique

Article 153, paragraphes 1 et 2, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté»

Adoption en section

23.5.2024

Adoption en session plénière

30.5.2024

Session plénière no

588

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

130/100/11

1. Conclusions et recommandations

1.1.

S’appuyant sur ses avis antérieurs, le Comité économique et social européen (CESE) se réjouit des mesures législatives prises par la Commission européenne afin de réviser la directive 2009/38/CE (1) relative aux exigences minimales pour l’institution des comités d’entreprise européens (CEE), garantissant leur bon fonctionnement.

1.2.

Dans le droit fil desdits avis, le CESE accueille favorablement l’objectif consistant à améliorer l’efficacité et la mise en œuvre des droits des CEE afin d’apporter de la clarté juridique en précisant certaines notions clés de la directive relative aux CEE. Il s’agit en particulier de la définition de la transnationalité, de la suffisance des ressources à la disposition des CEE, de l’accès à la justice ainsi que de l’engagement renforcé des États membres à prévoir des sanctions effectives et suffisamment dissuasives en cas de violation des droits des CEE.

1.3.

Le CESE apprécie l’intention de la Commission de revoir la norme en ce qui concerne un processus d’information et de consultation plus efficace et plus constructif en proposant des ajouts substantiels aux prescriptions subsidiaires, d’accroître la fréquence des réunions régulières des CEE et de prévoir l’obligation, pour la direction, de fournir une réponse motivée aux avis exprimés par le CEE. Il note également le renforcement du rôle des représentants syndicaux en tant qu’experts assistant les CEE.

1.4.

Le CESE se félicite tout particulièrement des modifications importantes concernant la capacité des CEE et de leurs membres à exercer leurs fonctions. Elles portent notamment sur les ressources à prévoir par la direction en ce qui concerne la formation, les avis d’experts et la représentation en justice, dont les détails doivent être réglés conjointement par les parties dans l’accord de CEE correspondant, ainsi que sur les précisions attendues à propos de la confidentialité.

1.5.

Tout en approuvant largement la proposition de la Commission et en soulignant que la proposition de révision de la directive devrait améliorer le rôle des CEE en tant qu’instruments d’une culture d’entreprise axée sur le dialogue social et fondée sur la confiance, qui favorise la compétitivité et des emplois de qualité, le CESE recommande ce qui suit:

1.5.1.

Afin de garantir le niveau le plus élevé possible de sécurité juridique en ce qui concerne la portée transnationale des compétences des CEE, les considérants 12 et 16 de l’actuelle directive sur les CEE doivent tous deux être intégrés dans le dispositif de la nouvelle directive.

1.5.2.

Afin de tenir compte de l’évolution de la culture d’entreprise, la définition de l’«entreprise qui exerce le contrôle» devrait être modifiée de sorte que les entreprises qui vendent des biens ou fournissent des services dans le cadre d’un accord de franchise ou de licence entrent également dans le champ d’application de la directive.

1.5.3.

Afin de garantir une transposition et une mise en œuvre correctes, la Commission doit recourir à des outils de suivi et de mise en œuvre efficaces. Elle pourrait également envisager la création d’un groupe d’experts chargé d’appuyer la mise en œuvre de la législation.

1.5.4.

Afin de prendre en compte les transformations induites par le changement climatique, l’évolution démographique et la pénurie de compétences, il conviendrait d’élargir l’éventail de questions devant être abordées par les CEE en intégrant aux prescriptions subsidiaires de la directive des thèmes tels que les investissements, la formation, la santé et la sécurité au travail, la protection des données et la transition climatique, de manière à encourager leur inclusion dans le champ de compétence à définir dans l’accord de CEE. Les CEE devraient en outre avoir le droit de proposer eux-mêmes les sujets qu’ils entendent aborder.

1.5.5.

S’agissant des informations communiquées par la direction à titre confidentiel, le CESE demande qu’il soit en outre précisé que les entreprises sont tenues de respecter leurs obligations légales et que les membres d’un CEE peuvent partager des informations avec les syndicats ou les représentants des travailleurs au niveau national ou local.

1.5.6.

Afin de protéger les CEE qui fonctionnent bien, le CESE demande qu’il soit indiqué clairement que les accords conclus avant l’application de la directive peuvent rester inchangés pour autant qu’il en ait été convenu ainsi par le CEE et la direction centrale, et qu’il n’y a par conséquent aucune obligation de renégocier les accords «réguliers».

1.5.7.

Afin de préserver les normes en vigueur en cas de renégociation d’accords de CEE antérieurs à la directive, une clause de non-régression devrait s’appliquer et le statu quo devrait être maintenu jusqu’à la conclusion d’un nouvel accord.

1.5.8.

Afin de veiller à ce que le non-respect des droits des CEE donne lieu à des sanctions effectives et suffisamment dissuasives, les sanctions pécuniaires que les États membres sont tenus de fixer doivent être proportionnées et être basées sur des critères pertinents — par exemple, le chiffre d’affaires mondial de l’entreprise, de manière comparable à ce que prévoit le règlement général sur la protection des données (RGPD).

1.5.9.

En outre, le CESE est favorable à l’extension du droit d’exiger une injonction judiciaire pour qu’une décision d’une entreprise soit suspendue temporairement jusqu’à ce que la procédure d’information et de consultation du CEE ait été menée à bien.

1.6.

Le CESE invite les institutions législatives à procéder rapidement à la révision de la directive relative au CEE conformément à la proposition de la Commission, et en tenant également compte des recommandations formulées dans le présent avis.

2. Introduction

2.1.

S’appuyant sur ses avis antérieurs, le Comité économique et social européen (CESE) se réjouit des mesures législatives prises par la Commission européenne afin de réviser la directive 2009/38/CE relative aux exigences minimales pour l’institution des comités d’entreprise européens (CEE), garantissant leur bon fonctionnement (2).

2.2.

La proposition de la Commission, qui fait suite aux résolutions du Parlement européen en la matière (3), peut être considérée comme le résultat d’un vaste processus de discussions politiques, qui comportait une consultation des partenaires sociaux en deux phases; ceux-ci ont exprimé des points de vue opposés sur la nécessité de réviser ladite directive, ce qui a amené la Commission à proposer une initiative législative de l’UE (4).

2.3.

La proposition de la Commission repose sur une évaluation complète et des études approfondies de la situation juridique actuelle et des pratiques des CEE en place (5). Le texte propose d’importantes clarifications et modifications juridiques, tout en visant à augmenter encore les effets positifs largement acceptés de l’obligation d’information et de consultation transnationales des salariés, démarche qui préserve la compétitivité des entreprises européennes et contribue à leur capacité à prospérer sur le marché, en créant de la valeur pour elles-mêmes et la société dans son ensemble, tout en favorisant une meilleure prise de décision grâce au renforcement de la confiance mutuelle entre la direction et les travailleurs.

2.4.

Le CESE a exprimé sa position dans plusieurs avis adoptés à une large majorité (6), à savoir:

—

le Comité reconnaît la contribution positive des CEE, pendant des décennies, aux objectifs économiques, sociaux et environnementaux à long terme des entreprises, en particulier dans le contexte des transitions numérique et écologique;

—

il souligne la nécessité d’accorder aux CEE un rôle plus important afin d’améliorer leur capacité à anticiper les changements en cas de transformations de grandes entreprises et dans le cadre des processus transnationaux de restructuration;

—

il réclame dans le même temps un renforcement substantiel de l’efficacité et de la mise en œuvre des droits des CEE, de manière à pouvoir apporter des améliorations en ce qui concerne les sanctions en cas de violation de leurs droits, ainsi qu’un meilleur accès à la justice.

2.5.

Dans le même ordre d’idées, le CESE accueille favorablement les mesures juridiquement contraignantes prises par la Commission pour remédier aux éléments, détectés et avérés, pouvant être considérés comme des lacunes dans la directive actuelle sur les CEE, afin:

—

d’éviter les inégalités de traitement injustifiées dans les procédures d’information et de consultation des travailleurs à l’échelon transnational;

—

d’assurer une égalité entre les entreprises en apportant de la clarté juridique sur les notions clés de la directive relative aux CEE, et en mettant un terme à la mosaïque de situations créée par la trop grande diversité des lois nationales de transposition et la coexistence de différents types d’accords sur les CEE;

—

de garantir un processus d’information et de consultation plus efficace et constructif des CEE avant l’adoption d’une décision de l’entreprise sur des questions transnationales sans préjudice des responsabilités de la direction et dans un délai raisonnable;

—

de promouvoir une approche plus efficiente et efficace pour la création de CEE, garantissant un meilleur équilibre entre les hommes et les femmes;

—

de veiller à une meilleure adéquation des ressources des CEE et d’encourager une application plus efficace de la directive pour améliorer le respect des règles.

2.6.

Dans le présent avis, le CESE s’exprimera avant tout sur la mesure dans laquelle les objectifs fixés par la Commission dans sa proposition de révision de la législation existante peuvent être atteints; il entend par ailleurs soulever des questions ouvertes et formuler des suggestions d’ajouts ou de modifications à cette fin.

3. Observations générales sur la proposition de la Commission

3.1.

Le CESE partage l’avis de la Commission européenne selon lequel le droit à l’information et à la consultation des travailleurs au sein de l’entreprise est consacré par la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (7). Ces droits doivent être pleinement et dûment mis en œuvre et leur efficacité doit être améliorée, en droit et en pratique. Le CESE précise clairement que les CEE ont pour objectif l’information et la consultation transnationales et qu’ils ne sont pas des organes de négociation ou de codétermination.

3.2.

Le CESE invite les institutions législatives à progresser rapidement dans la procédure de révision de la directive sur les CEE, dans le but de garantir à la fois des droits d’information et de consultation transnationaux effectifs et la qualité du processus décisionnel dans les entreprises multinationales relevant du champ d’application de la directive.

3.3.

Le CESE est convaincu que le développement continu de l’acquis social conformément à la mise en œuvre du socle européen des droits sociaux contribuera à stimuler l’infrastructure démocratique de l’Europe.

3.4.

Le CESE approuve la nouvelle norme qu’entend fixer la Commission en ce qui concerne un processus d’information et de consultation plus efficace et plus constructif en proposant des ajouts substantiels aux prescriptions subsidiaires, parallèlement à d’autres concernant la fréquence des réunions régulières des CEE et les obligations des entreprises visant à assurer un suivi approprié des avis des CEE. Il prend également acte de la reconnaissance et du renforcement du rôle des représentants syndicaux en tant qu’experts assistant les CEE, ainsi que de la précision selon laquelle il convient d’inclure les frais d’assistance juridique dans les dépenses de fonctionnement devant être supportées par la direction et définies conjointement dans l’accord de CEE pertinent.

3.5.

En outre, le CESE prend acte de l’intention de la Commission de clarifier l’obligation pour les États membres de prévoir des sanctions effectives et suffisamment dissuasives, ces exigences essentielles, précédemment mentionnées dans les considérants de la directive, étant désormais énoncées dans son dispositif. Cela devrait favoriser l’application effective de la directive.

3.6.

Le CESE souligne que l’information et la consultation aux niveaux européen et national ou local sont des processus distincts mais liés. S’ils peuvent concerner la même mesure, chaque niveau abordera des aspects différents. La révision ne doit rien changer au fait que la directive sur les CEE s’applique sans préjudice des dispositions de droit national relatives à l’information et à la consultation des salariés au niveau local et que les méthodes utilisées pour relier les procédures nationales et européennes doivent être définies dans les accords de CEE, à des fins d’efficacité, de cohérence et de sécurité juridique.

3.6.1.

Le CESE se réjouit de l’intention de la Commission de clarifier la présomption de transnationalité en ce qui concerne les questions couvertes par les droits d’information et de consultation des CEE, et demande que les considérants 12 et 16 de l’actuelle directive sur les CEE, qui définissent la portée transnationale de leurs compétences, soient déplacés dans le dispositif de la nouvelle directive.

3.7.

Le CESE accueille favorablement l’intention de la Commission d’apporter des précisions sur des questions telles que l’efficacité de l’information et de la consultation, la notion de transnationalité, les droits des membres et des experts des CEE, l’ampleur du financement des CEE, l’institution des groupes spéciaux de négociation (GSN) et la participation à des réunions extraordinaires.

3.7.1.

Le CESE approuve sans réserve l’objectif consistant à promouvoir la création de CEE dans les entreprises de dimension transnationale et souligne la nécessité de mieux soutenir l’ensemble des partenaires associés au processus dans la pratique. L’intégration d’un plus grand nombre d’entreprises dans le champ d’application de la directive sur les CEE permettra d’accroître considérablement le nombre de CEE dans le marché unique et leur mise en œuvre dans tous les secteurs de nos économies (commerce, hôtellerie et restauration, etc.).

3.7.2.

Afin de tenir compte de l’évolution de la culture d’entreprise, le CESE recommande également de modifier, à l’article 3 de la directive, la définition de l’«entreprise qui exerce le contrôle», de sorte que les entreprises qui vendent des biens ou fournissent des services dans le cadre d’un accord de franchise ou de licence entrent également dans le champ d’application de la directive.

3.8.

Le CESE relève que contrairement aux directives précédentes sur les CEE, la proposition de la Commission ne comporte plus d’article distinct (8) prévoyant une évaluation de la mise en œuvre correcte des dispositions révisées quelques années après leur entrée en vigueur, ainsi qu’un mandat pour présenter des propositions appropriées en vue d’étoffer la législation.

3.8.1.

Afin de garantir une transposition et une mise en œuvre correctes, le CESE invite la Commission à recourir à des outils efficaces de suivi et de mise en œuvre. La Commission pourrait également envisager la création d’un groupe d’experts spécialisé composé de représentants des partenaires sociaux européens, des États membres et de la Commission, chargé d’appuyer l’application de la directive.

4. Observations sur certaines modifications spécifiques de la proposition de la Commission

4.1.

Éventail des sujets à aborder par les CEE: L’expérience pratique tirée du fonctionnement des CEE impose de ne pas limiter leurs domaines d’information et de consultation à la liste existante figurant dans les prescriptions subsidiaires. La transformation actuelle de nos sociétés sous l’effet combiné du changement climatique, de la numérisation, de la démographie et des pénuries de compétences requiert un renforcement du dialogue social dans les entreprises multinationales. Ce dialogue social devrait se concentrer sur des sujets stratégiques, notamment, mais pas exclusivement, les investissements, la formation, la santé et la sécurité au travail, la protection des données et la transition climatique.

4.1.1.

Le CESE aurait espéré que ces questions soient intégrées dans les prescriptions subsidiaires de la directive révisée sur les CEE et que ces derniers se voient octroyer le droit de proposer leurs propres thèmes. Toutefois, afin de tenir compte des circonstances propres à chaque entreprise, le CESE encourage les partenaires respectifs à définir les thèmes à aborder dans chaque accord de CEE.

4.2.

Propositions visant à garantir une information et une consultation efficaces: Le CESE comprend l’objectif de la disposition précisant que l’information doit être fournie en temps utile, en principe lors des réunions plénières. Le CESE accueille favorablement la nouvelle exigence selon laquelle les avis émis par les CEE au cours de la procédure de consultation doivent recevoir une réponse écrite motivée de la direction centrale avant que celle-ci n’adopte sa décision sur la mesure proposée. Cette exigence, déjà appliquée dans un grand nombre de CEE en place, doit être sans préjudice des responsabilités de la direction et être appliquée dans un délai raisonnable. Les procédures respectives d’information et de consultation pourraient être définies dans le cadre des différents accords de CEE.

4.3.

Nombre de réunions des CEE: Le CESE se félicite de ce que la Commission encourage l’extension du dialogue social avec les CEE en proposant, dans les prescriptions subsidiaires, la tenue de deux réunions par an (au lieu d’une) entre le CEE et la direction centrale. Un minimum de deux réunions régulières deviendrait ainsi la norme pour les CEE mis en place.

4.4.

Ressources suffisantes à la disposition des CEE: Le CESE est favorable aux modifications concernant la capacité des CEE et de leurs membres à exercer leurs fonctions. Il s’agit notamment des ressources devant être fournies par la direction pour la formation, l’expertise (y compris lorsqu’elle est fournie par une organisation syndicale compétente reconnue au niveau de l’Union), la représentation en justice, ainsi que la capacité d’assurer la liaison avec les représentants des salariés locaux ou, à défaut, la totalité du personnel. Ces coûts devraient être notifiés préalablement à la direction, ce qui lui permettrait de les planifier en conséquence.

4.5.

Promotion d’un meilleur équilibre entre les hommes et les femmes au sein des CEE: Le CESE se réjouit de l’appel lancé par la Commission en faveur d’une composition des CEE aussi équilibrée que possible entre les femmes et les hommes. En fixant un objectif ambitieux, la Commission envoie un signal fort pour que les femmes puissent jouer un rôle égal à celui des hommes dans le dialogue social.

4.6.

Accès à la justice: Le CESE prend acte des propositions de la Commission visant à garantir à tous les titulaires de droits au sens de la directive la possibilité et la capacité de faire valoir ces droits. Il se réjouit dès lors du renforcement de l’obligation qui incombe aux États membres de garantir des voies de recours effectives et un accès à la justice, ainsi que d’accroître le contrôle du respect de cette obligation. En ce qui concerne le rôle de la conciliation extrajudiciaire, le CESE prend acte de l’approche de la Commission, qui souligne que ce mécanisme ne doit pas empêcher qu’une question fasse l’objet d’un recours juridictionnel. Le CESE constate que plusieurs États membres ont mis au point des mécanismes de règlement extrajudiciaire des litiges sur la base de l’expérience acquise dans le cadre de mécanismes existants de médiation et de conciliation pour les litiges entre partenaires sociaux. Tout en respectant ces procédures nationales de règlement extrajudiciaire, il y a lieu de veiller à ce que celles-ci ne portent pas atteinte à l’accès à la justice, garanti par la charte des droits fondamentaux (article 47).

4.7.

Sanctions et mesures visant à améliorer l’application de la législation: Comme en témoignent diverses recherches et l’évaluation de la Commission elle-même, les amendes infligées en cas de non-respect des droits des CEE se sont avérées inefficaces, disproportionnées et insuffisamment dissuasives dans un certain nombre d’États membres. Le CESE se félicite de l’obligation faite aux États membres de définir, conformément à l’article 153 du TFUE, des sanctions pécuniaires appropriées qui soient effectives, dissuasives et proportionnées, et tiennent compte de la taille et des finances des entreprises.

4.7.1.

Le CESE demande que les amendes soient proportionnées et fondées sur des critères pertinents (par exemple le chiffre d’affaires mondial de l’entreprise, de manière comparable à ce que prévoient d’autres législations récentes de l’UE) (9). En outre, le CESE est favorable à l’extension du droit d’exiger une injonction judiciaire pour qu’une décision d’une entreprise soit suspendue temporairement jusqu’à ce que la procédure d’information et de consultation du CEE ait été menée à bien, comme c’est le cas dans certains pays.

4.8.

Suppression des exemptions et adaptation des accords existants: Des «accords volontaires» ont été conclus en vertu de l’article 13 de la directive originale sur les CEE (directive 94/45/CE), ou conclus ou révisés au cours de la période de transition ayant suivi l’adoption de la directive de refonte 2009/38/CE; un certain nombre d’entre eux fonctionnent bien, mais d’autres non. Il n’est plus justifié d’exempter les quelque 260 accords ayant été conclus avant l’application de la directive de la possibilité de bénéficier des normes prévues par la législation européenne, près de 30 ans après son adoption.

4.8.1.

Tout en prévoyant la possibilité que tous les accords soient couverts par les nouvelles normes, le CESE juge essentiel de protéger les CEE existants qui fonctionnent bien en veillant à ce qu’aucune modification de ces organes ne devienne automatiquement obligatoire, et que les dispositions actuelles des accords de CEE antérieurs à la directive, sortant du cadre de l’annexe I modifiée, puissent rester inchangées, pour autant qu’il en soit convenu ainsi par le CEE et la direction centrale et que les accords existants restent applicables en vertu de la loi nationale de transposition. En cas de renégociation d’accords de CEE antérieurs à la directive, une clause de non-régression devrait s’appliquer et le statu quo devrait être maintenu jusqu’à la conclusion d’un nouvel accord. Le CESE invite également la Commission à préciser explicitement qu’il n’existe aucune obligation de renégocier les accords de CEE «réguliers» (conclus conformément aux articles 5 et 6 des précédentes directives CEE) auxquels la directive modifiée sera automatiquement applicable.

4.9.

Propositions relatives aux clauses de confidentialité: Le CESE juge utile d’exiger de la direction d’indiquer dans tous les cas au CEE les raisons qui justifient la confidentialité des informations transmises. Il convient de prendre des mesures pour garantir que les droits fondamentaux à l’information et à la consultation ne soient pas compromis par des restrictions injustifiées à la transmission d’informations. Il y a lieu de veiller non seulement à ce que les représentants des travailleurs soient correctement informés et consultés et à ce que l’entreprise puisse prendre des décisions de manière efficace, mais aussi à ce que la confidentialité soit préservée, lorsqu’elle est justifiée, tout au long du processus.

4.10.

Le CESE réclame davantage de clarté, sous la forme d’une disposition qui prévoirait que les membres d’un CEE peuvent partager des informations avec les syndicats et/ou les représentants des travailleurs nationaux ou locaux dans le cadre de leur mission de liaison avec les représentants locaux. Cette clarification doit tenir compte du fait que les décisions relatives à la confidentialité des informations prises par la direction doivent éventuellement garantir le respect, par l’entreprise, de toute obligation légale. La divulgation et le partage d’informations confidentielles avec des tiers sont soumis aux conditions et limites fixées par le droit de l’Union et la législation des États membres.

Bruxelles, le 30 mai 2024.

Le président

du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) Directive 2009/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 6 mai 2009 concernant l’institution d’un comité d’entreprise européen ou d’une procédure dans les entreprises de dimension communautaire et les groupes d’entreprises de dimension communautaire en vue d’informer et de consulter les travailleurs (refonte) (Texte présentant de l'intérêt pour l'EEE ) (JO L 122 du 16.5.2009, p. 28).

(2) Cet accueil favorable du document COM(2024) 14 final s’inscrit dans le prolongement d’un avis adopté récemment par le CESE, dans lequel il invite la Commission à prendre des mesures juridiques pour accroître l’efficacité des travaux des CEE:n Avis du Comité économique et social européen sur le thème «La démocratie sur le lieu de travail» (avis exploratoire à la demande de la présidence espagnole) ( JO C 228 du 29.6.2023, p. 43) (2023, paragraphes 4.1.6 et 4.1.7).

(3) Résolution du Parlement européen du 16 décembre 2021 sur la démocratie au travail: un cadre européen pour les droits de participation des travailleurs et la révision de la directive sur le comité d’entreprise européen (2021/2005(INI)) (JO C 251 du 30.6.2022, p. 104), résolution du Parlement européen du 2 février 2023 contenant des recommandations à la Commission sur la révision de la directive sur les comités d’entreprise européens (2019/2183(INL) (JO C 267 du 28.7.2023, p. 2).

(4) Alors que l’ensemble des organisations syndicales ayant participé à cette consultation des partenaires sociaux européens ont estimé qu’une révision juridiquement contraignante de la directive est nécessaire pour remédier à ses lacunes, la plupart des organisations patronales s’opposent à une révision, considérant que la législation existante est adaptée à l’objectif poursuivi et, partant de l’hypothèse qu’une réglementation trop détaillée pourrait nuire à l’efficacité des processus d’information et de consultation, estiment qu’aucune charge réglementaire supplémentaire ne doit être imposée aux entreprises multinationales.

(5) COM(2018) 292 final, ICF (2023).

(6) Voir en particulier suivants: Avis du Comité économique et social européen sur «Le dialogue social comme pilier important de la durabilité économique et de la résilience des économies, en tenant compte de l’influence du dialogue animé avec la société civile dans les États membres» (avis exploratoire) ( JO C 10 du 11.1.2021, p. 14) (paragraphes 5.4 et 5.9); Avis du Comité économique et social européen sur la transition industrielle vers une économie européenne verte et numérique: exigences réglementaires et rôle des partenaires sociaux et de la société civile (avis exploratoire) ( JO C 56 du 16.2.2021, p. 10); Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Pas de pacte vert sans pacte social» (avis d’initiative) ( JO C 341 du 24.8.2021, p. 23) (paragraphe 3.9), qui fait référence à la nécessité d’améliorer la mise en œuvre de la directive sur les CEE; et Avis du Comité économique et social européen sur le thème «La démocratie sur le lieu de travail» (avis exploratoire à la demande de la présidence espagnole) ( JO C 228 du 29.6.2023, p. 43) (paragraphes 1.6, 4.1.6 et 4.1.7), qui réclame, à une majorité des deux tiers, une révision de la directive relative aux CEE (voir les amendements du groupe des employeurs annexés à l’avis, lesquels expriment en partie l’opposition fondamentale des organisations patronales à une révision de la directive).

(7) Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, article 27.

(8) Voir l’Article 15 de la Directive 94/45/CE du Conseil, du 22 septembre 1994, concernant l'institution d'un comité d'entreprise européen ou d'une procédure dans les entreprises de dimension communautaire et les groupes d'entreprises de dimension communautaire en vue d'informer et de consulter les travailleurs (JO L 254 du 30.9.1994, p. 64) ainsi que l’Article 15 de la directive 2009/38/CE.

(9) Il pourrait être fait référence ici à l’article 83, paragraphe 4, du Règlement (UE) 2016/679 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016 relatif à la protection des personnes physiques à l'égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données, et abrogeant la directive 95/46/CE (règlement général sur la protection des données) (Texte présentant de l'intérêt pour l'EEE) (JO L 119 du 4.5.2016, p. 1).


ANNEXE

L’amendement ci-après, qui a recueilli au moins le quart des suffrages exprimés, a été rejeté au cours des débats (article 74, paragraphe 3, du règlement intérieur):

AMENDEMENT 1

SOC/791 – Comité d’entreprise européen

Remplacer intégralement l’avis présenté par la section SOC par le texte ci-après (l’explication/exposé des motifs figure à la fin du document):

Amendement du CdR

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le meilleur moyen d’anticiper et de gérer les changements sur le lieu de travail est de mettre en place un dialogue social efficace et une participation significative des travailleurs, respectant l’autonomie des partenaires sociaux et tenant compte de la situation particulière des systèmes du marché du travail des États membres et des besoins spécifiques de chaque entreprise.

1.2.

Le Comité économique et social européen (CESE) estime que la révision de la directive proposée par la Commission (1), et demandée en particulier par le Parlement européen, compliquerait sérieusement le fonctionnement des comités d’entreprise européens (CEE) et risquerait de transformer ces mécanismes d’information et de consultation constructifs au niveau des entreprises en organes lourds et fonctionnant mal, sources de conflits et d’insécurité juridique, ce qui compromettrait l’esprit de coopération et de confiance indispensable sur le lieu de travail.

1.3.

Le CESE propose d’autoriser le maintien des accords antérieurs à la directive, dans le respect de leur statut juridique spécifique et sans leur imposer d’exigences contraignantes.

1.4.

Le CESE estime que la définition actuelle de la transnationalité ne devrait pas être modifiée, dans la mesure où le texte indique à juste titre qu’une question ne peut être considérée comme transnationale que si elle concerne au moins deux entreprises ou établissements de l’entreprise ou du groupe situés dans deux États membres différents.

1.5.

Le CESE partage le point de vue de la Commission selon lequel les CEE ne sont pas des organes de codécision et ne devraient pas retarder la prise de décision dans les entreprises.

1.6.

Le CESE estime que la directive ne devrait pas empêcher les entreprises d’adopter leurs décisions dans un délai raisonnable, avec la rapidité qui s’impose dans un environnement économique évoluant vite, dans le plein respect des procédures nationales d’information et de consultation. Le CESE est d’avis que le CEE devrait également pouvoir être consulté, se réunir et fournir sa contribution par des moyens numériques.

1.7.

Le CESE souligne que pour protéger les informations commerciales confidentielles et assurer une prise de décision fluide, toute décision relative au caractère confidentiel des informations doit relever de la compétence exclusive de la direction.

1.8.

Le CESE fait observer que, dans la mesure où la directive existante permet d’obtenir l’assistance d’un expert, le recours à des experts supplémentaires devrait être soumis à l’approbation préalable de la direction.

1.9.

Le CESE rejette l’idée d’obliger la direction centrale à couvrir les frais de représentation en justice et de participation à des procédures administratives ou judiciaires. Ces frais devraient être répartis conformément au droit national, comme c’est actuellement le cas.

1.10.

Le CESE déplore l’approche de la Commission consistant à encourager l’intervention des tribunaux plutôt que les mécanismes alternatifs de règlement des litiges susceptibles de favoriser des solutions négociées entre les partenaires sociaux.

1.11.

Le CESE accueille favorablement la proposition de la Commission relative à la mise en place de sanctions effectives, dissuasives et proportionnées, qui restera du ressort des États membres, conformément à la pratique législative de l’Union dans le cadre du chapitre du traité sur l’Union européenne consacré à la politique sociale. Dans le même ordre d’idées, le CESE partage le point de vue de la Commission de ne pas accepter l’idée d’infliger des sanctions équivalentes à celles prévues par le RGPD ni le droit des travailleurs d’exiger une injonction judiciaire afin de suspendre temporairement une décision d’une entreprise, étant donné que ces mesures seraient disproportionnées par rapport au champ d’application de la directive et pourraient nuire gravement à la compétitivité des entreprises européennes.

1.12.

Le CESE se félicite que la Commission ne souscrive pas à la proposition présentée dans la résolution du Parlement européen (2) qui consiste à étendre le champ d’application de la directive aux entreprises structurellement indépendantes telles que celles fondées sur des contrats de franchise.

1.13.

Bien que le CESE n’approuve pas la révision proposée, il présente son point de vue sur un certain nombre d’aspects figurant dans la proposition de la Commission et la résolution du Parlement européen.

2. Introduction: contexte et historique de la proposition de la Commission européenne

2.1.

Le CESE a toujours été un fervent partisan du dialogue social à tous les niveaux des entreprises et autres organisations. Le meilleur moyen d’anticiper et de gérer les changements sur le lieu de travail, pour pouvoir ainsi relever les défis induits par les transformations économiques, environnementales et sociales dans le monde du travail, est de mettre en place un dialogue social efficace et une participation significative des travailleurs, respectant l’autonomie des partenaires sociaux et tenant compte de la situation particulière des systèmes du marché du travail des États membres et des besoins spécifiques de chaque entreprise.

2.2.

L’environnement économique des entreprises européennes s’étant de plus en plus ouvert et internationalisé au fil des ans pour relever les défis du marché unique et de la mondialisation, les entreprises ont généralement eu besoin d’adapter les systèmes de participation des travailleurs en conséquence afin de mieux répondre aux exigences qui leur étaient imposées.

3.

Les comités d’entreprise européens ont été créés, à juste titre, afin de servir de base solide pour informer et consulter les travailleurs des entreprises ou groupes multinationaux. Les plus de 350 accords volontaires efficaces conclus et approuvés par les partenaires sociaux au niveau de l’entreprise sont une preuve de leur utilité (3). Ces accords reposent sur des concepts clés de la directive existante ainsi que sur des pratiques bien établies au sein des entreprises.

3.1.

La révision de la directive sur les comités d’entreprise européens (ci-après dénommés «CEE») proposée par la Commission à la demande du Parlement européen (4), qui a lui-même donné suite aux appels des syndicats européens en faveur d’une telle révision, est en contradiction flagrante avec la réalité actuelle et le retour d’information des entreprises ayant mis en place des CEE. En outre, cette proposition ne tient pas compte des réalités des entreprises et n’est pas cohérente avec l’approche politique faite sienne par l’Union européenne, qui vise à protéger la compétitivité des entreprises européennes et à réduire les obstacles réglementaires.

3.2.

Le CESE fait observer que les analyses d’impact de la Commission n’ont pas permis de déterminer si et dans quelle mesure des exemptions relevant des «accords volontaires» conclus en vertu de l’article 13 de la directive originale sur les CEE (directive 94/45/CE), ou conclus ou révisés au cours de la période de transition ayant suivi l’adoption de la directive de refonte 2009/38/CE, créent des incertitudes juridiques ou empêchent une information et une consultation efficaces dans ces entreprises.

3.3.

Le CESE déplore que la proposition de la Commission se fonde sur une analyse d’impact qui ne tient pas compte des données réelles fournies par les entreprises sur le fonctionnement des CEE, ni, en particulier, de l’effet cumulatif que pourraient avoir de nouvelles obligations pour les entreprises. Le CESE rappelle que si les employeurs se sont montrés très sceptiques sur la révision proposée en raison de son incidence négative sur la compétitivité des entreprises européennes, le comité d’examen de la réglementation a lui aussi exprimé des doutes quant aux conclusions de l’analyse d’impact menée par la Commission (5). Le comité d’examen de la réglementation a en outre estimé que le rapport de la Commission n’était pas suffisamment clair en ce qui concerne le champ d’application et les objectifs de l’initiative ainsi que sa cohérence avec le principe de subsidiarité, notamment en ce qui concerne le plein respect des prérogatives des partenaires sociaux et des compétences des États membres.

3.4.

Le CESE prend acte des points de vue exprimés dans les amendements déposés par plusieurs membres du groupe I à l’avis du CESE sur «La démocratie sur le lieu de travail» (6), qui indiquait clairement que le dialogue social transnational pouvait être encouragé par d’autres moyens que la révision de la directive: «Depuis des décennies, les comités d’entreprise européens contribuent de manière positive aux objectifs économiques, sociaux et écologiques que les entreprises poursuivent sur le long terme. Pour accroître leur potentiel et leur efficacité, le CESE estime qu’il est nécessaire de continuer à promouvoir une mise en œuvre efficace et des orientations fondées sur des outils pratiques tels que l’évaluation comparative avec les meilleures pratiques. Dans ce contexte, le CESE prend acte de la résolution que le Parlement européen a récemment adoptée concernant la révision de la directive sur les comités d’entreprise européens, et il invite la Commission à adopter en temps utile des dispositions appropriées en la matière pour favoriser la bonne application de ladite directive.»

3.5.

Le CESE déplore qu’en dépit des informations de terrain concrètes fournies par les entreprises et de leurs préoccupations quant à une incidence négative manifeste des amendements proposés sur la compétitivité des entreprises européennes, la Commission européenne ait décidé de lancer la révision de la directive sous sa forme actuelle au lieu d’envisager d’autres mesures politiques.

4. Observations générales sur la proposition de la Commission et le point de vue du Parlement européen

4.1.

Le CESE estime que la révision de la directive proposée par la Commission, et demandée en particulier par le Parlement européen, compliquerait sérieusement le fonctionnement des CEE et risquerait de transformer ces mécanismes d’information et de consultation constructifs au niveau des entreprises en organes lourds et fonctionnant mal, sources de conflits et d’insécurité juridique, ce qui compromettrait l’esprit de coopération et de confiance indispensable sur le lieu de travail.

4.2.

Tout en reconnaissant la valeur des points de vue des travailleurs, qui contribuent de manière notable à une meilleure prise de décision, le CESE souligne la nécessité de garantir une prise de décision rapide dans les entreprises multinationales, laquelle devrait être soutenue par des structures d’information et de consultation des travailleurs qui fonctionnent bien. À cet égard, le CESE partage le point de vue de la Commission selon lequel les CEE ne sont pas des organes de codécision et ne devraient pas retarder la prise de décision dans les entreprises.

4.3.

Quelque 1 000 entreprises disposent aujourd’hui d’un CEE, et environ 2 600 autres sont potentiellement concernées. Le cadre juridique régissant le fonctionnement des CEE traite de questions cruciales pour les partenaires sociaux et ne devrait pas être transformé en un cadre surréglementé fondé sur une approche très légaliste qui exposerait les entreprises à des risques judiciaires, ce qui les dissuaderait de créer de nouveaux CEE.

4.4.

Par conséquent, le CESE regrette que la proposition de la Commission introduise une série de modifications qui, globalement, compliqueraient à l’excès le fonctionnement des CEE et nuiraient ainsi à la compétitivité des entreprises européennes. Ces effets négatifs sont susceptibles d’avoir un effet dissuasif en ce qui concerne l’augmentation du nombre de CEE. L’adoption de la directive sur les CEE telle qu’elle est proposée actuellement pourrait aussi diminuer l’attrait de l’Union pour les investissements des multinationales au profit d’autres régions à l’échelle mondiale.

4.5.

La mise à disposition de ressources pour agir à l’encontre de l’entreprise, couvrant notamment les frais juridiques et la rémunération d’experts juridiques, encourage une approche judiciaire et risque de transformer les CEE, qui cesseraient d’être de précieux forums de dialogue social entre les salariés et la direction pour devenir des organes hautement conflictuels de contestation légaliste. En outre, les nouvelles dispositions relatives aux consultations, à la confidentialité et à la transnationalité risquent de fausser l’objectif de consultation et d’information des travailleurs et réduisent effectivement la coopération fondée sur la confiance entre les deux parties, essentielle au fonctionnement des CEE.

5. Observations particulières sur les points essentiels de la proposition de la Commission

5.1. Accords existants antérieurs à la directive

5.1.1.

Le CESE déplore vivement l’approche de la Commission concernant les «accords volontaires» d’information et de consultation conclus avant l’entrée en vigueur de la directive originale sur les CEE (directive 94/45/CE), ou conclus ou révisés au cours de la période de transition ayant suivi l’adoption de la directive de refonte 2009/38/CE, de juin 2009 à juin 2011. Il convient de respecter ces accords qui ont fait leurs preuves et de ne pas les remettre en cause unilatéralement. Les accords antérieurs à la directive sont le résultat de négociations entre la direction et les représentants des travailleurs et sont spécialement adaptés aux besoins des deux parties au niveau de l’entreprise.

5.1.2.

Le CESE renvoie à l’analyse d’impact de la Commission, qui n’a pas permis de déterminer si les accords antérieurs à la directive créeraient des incertitudes juridiques ou empêcheraient une information et une consultation efficaces dans ces entreprises.

5.1.3.

Par conséquent, il serait contraire à l’esprit de dialogue social constructif et de confiance mutuelle entre les employeurs et les travailleurs au sein des entreprises de permettre aux représentants des travailleurs de contester unilatéralement l’existence d’accords volontaires qui fonctionnent bien.

5.1.4.

Le CESE propose d’autoriser le maintien des accords antérieurs à la directive, dans le respect de leur statut juridique spécifique et sans leur imposer d’exigences contraignantes.

5.2. Notion de transnationalité

5.2.1.

Un autre sujet de grande préoccupation pour le CESE est le concept proposé de transnationalité, qui pourrait avoir de sérieuses conséquences sur la sécurité juridique en créant des situations de chevauchement entre les processus d’information et de consultation nationaux et transnationaux.

5.2.2.

La formulation proposée suggère que la présomption de transnationalité ne devrait pas uniquement concerner les cas dans lesquels l’on peut raisonnablement s’attendre à ce que les mesures envisagées par la direction aient des répercussions sur les travailleurs dans plus d’un État membre, mais aussi les cas dans lesquels de telles mesures, quoique ne visant les travailleurs que d’un seul État membre, sont raisonnablement susceptibles de toucher les travailleurs d’un autre État membre au moins. Une telle structure crée une zone d’incertitude et est source de litiges, car elle déclencherait un processus d’analyse d’un nombre accru de décisions de gestion purement nationales dans les entreprises plutôt que de permettre au CEE de se concentrer sur de véritables affaires transnationales.

5.2.3.

Le CESE estime que la définition actuelle de la transnationalité ne devrait pas être modifiée, dans la mesure où le texte indique à juste titre qu’une question ne peut être considérée comme transnationale que si elle concerne au moins deux entreprises ou établissements de l’entreprise ou du groupe situés dans deux États membres différents.

5.3. Processus d’information et de consultation et définition de l’information et de la consultation

5.3.1.

Le CESE nourrit de sérieux doutes quant à certaines des modifications proposées dans la révision dans la mesure où elles sont susceptibles de provoquer des retards et des incertitudes dans la prise de décision des entreprises. L’article 9 proposé précise que la consultation doit permettre aux représentants des travailleurs d’exprimer un avis avant l’adoption de la décision et que la direction centrale doit, avant d’adopter sa décision sur la mesure proposée, apporter une réponse motivée audit avis. Le CESE estime que le processus proposé est formaliste, fastidieux et incompatible avec les méthodes de communication largement admises au sein des CEE.

5.3.2.

Le CESE estime que la directive ne devrait pas empêcher les entreprises d’adopter leurs décisions dans un délai raisonnable, avec la rapidité qui s’impose dans un environnement économique évoluant vite, dans le plein respect des procédures nationales d’information et de consultation. En outre, le CESE préférerait que le calendrier des consultations soit défini dans le cadre de chaque accord de CEE, et non par des règles contraignantes.

5.3.3.

Le CESE est d’avis que le CEE devrait également pouvoir être consulté, se réunir et fournir sa contribution par des moyens numériques. Cela est d’autant plus important si le nombre minimal de réunions annuelles est de deux, comme le suggère la proposition de la Commission.

5.3.4.

S’agissant des questions à traiter par les CEE, le CESE demande que la direction et les CEE jouissent d’une flexibilité maximale pour pouvoir s’accorder sur les questions pertinentes pour leur entreprise.

5.4. Confidentialité des informations commerciales

5.4.1.

Le CESE attire en outre l’attention sur les problèmes liés à la protection des informations confidentielles car la proposition de la Commission en la matière nuirait à la compétitivité des entreprises, pourrait entrer en conflit avec d’autres exigences légales (par exemple, la réglementation relative aux abus de marché) et retarderait la prise de décision par les entreprises.

5.4.2.

Le CESE souligne que pour protéger les informations commerciales confidentielles et assurer une prise de décision fluide, toute décision relative au caractère confidentiel ou non des informations doit relever de la compétence exclusive de la direction. Afin de souligner et de clarifier cette prérogative, le CESE souhaite que la possibilité pour les États membres d’imposer une autorisation administrative ou judiciaire préalable soit supprimée de l’article 8.

5.5. Experts et frais juridiques

5.5.1.

La formulation proposée concernant les experts et les frais juridiques sans accord préalable de la direction est vague et pourrait conduire à des litiges inutiles. Le CESE fait observer que, dans la mesure où la directive existante permet d’obtenir l’assistance d’un expert, il n’est au fond pas nécessaire de modifier le texte. Au cas où des experts supplémentaires seraient nécessaires, notamment en vue d’une assistance juridique, il devrait appartenir à la direction d’approuver le rôle de l’expert, l’étendue de sa mission et les frais qui en découlent.

5.5.2.

Concernant les frais juridiques, le CESE rejette l’idée d’obliger la direction centrale à couvrir les frais de représentation en justice et de participation à des procédures administratives ou judiciaires. Une telle obligation pourrait conduire à une situation dans laquelle l’entreprise serait tenue de payer à l’avance les frais de justice de l’équipe de négociation du CEE dans le cadre d’un éventuel litige contre l’entreprise. Ces frais devraient être répartis conformément au droit national, comme c’est actuellement le cas.

5.5.3.

En outre, étant donné que les CEE représentent l’ensemble des travailleurs de l’entreprise, la participation des syndicats aux CEE à titre consultatif devrait également respecter les diverses pratiques industrielles en Europe. Le droit des représentants syndicaux de siéger dans chaque CEE indépendamment du nombre de travailleurs syndiqués dans l’entreprise peut, dans certains cas, être incompatible avec les pratiques nationales.

5.6. Mécanismes alternatifs de règlement des litiges

5.6.1.

S’agissant du règlement des litiges, le CESE déplore l’approche de la Commission consistant à accorder la priorité à l’intervention des tribunaux au détriment des mécanismes alternatifs de règlement des litiges. Cette approche nuit aux structures nationales existantes de médiation et de conciliation entre partenaires sociaux qui fonctionnent bien. Les États membres devraient plutôt encourager, avec le soutien de la Commission européenne, le recours à des mécanismes alternatifs de règlement des litiges, aisément accessibles et dont les partenaires sociaux reconnaissent qu’ils font partie intégrante de systèmes de dialogue social efficaces.

5.7. Sanctions

5.7.1.

Le CESE accueille favorablement la proposition de la Commission relative à la mise en place de sanctions effectives, dissuasives et proportionnées, qui restera du ressort des États membres, conformément à la pratique législative de l’Union dans le cadre du chapitre du traité sur l’Union européenne consacré à la politique sociale. Le CESE suggère que la fixation de sanctions financières soit limitée aux cas de violation manifeste et délibérée des règles. Dans le même ordre d’idées, le CESE partage le point de vue de la Commission de ne pas accepter l’idée d’infliger des sanctions équivalentes à celles prévues par le RGPD ni le droit des travailleurs d’exiger une injonction judiciaire afin de suspendre temporairement une décision d’une entreprise, étant donné que ces mesures seraient disproportionnées par rapport au champ d’application de la directive et pourraient nuire gravement à la compétitivité des entreprises européennes.

5.7.2.

Enfin, le CESE se félicite que la Commission ne souscrive pas à la proposition présentée dans la résolution du Parlement européen qui consiste à étendre le champ d’application de la directive aux entreprises structurellement indépendantes telles que celles fondées sur des contrats de franchise, étant donné que ce type d’arrangement ne doit pas être pris en ligne de compte pour définir l’«influence dominante».

Exposé des motifs

Le texte ci-dessus constitue un amendement qui vise à exprimer une position globalement divergente par rapport à l’avis présenté par la section, et doit donc être considéré comme un contravis. Il expose les raisons pour lesquelles le CESE estime que la révision de la directive proposée par la Commission — et demandée en particulier par le Parlement européen — compliquerait sérieusement le fonctionnement des CEE et risquerait de transformer ces mécanismes d’information et de consultation constructifs au niveau des entreprises en organes lourds et fonctionnant mal, sources de conflits et d’insécurité juridique.

Résultat du vote

Voix pour:

104

Voix contre:

125

Abstentions:

11


(1) Proposition de directive du Parlement européen et du Conseil modifiant la directive 2009/38/CE en ce qui concerne l’institution et le fonctionnement de comités d’entreprise européens et l’application effective des droits d’information et de consultation transnationales [COM(2024) 14 final].

(2) Textes adoptés — Révision de la directive relative aux comités d’entreprise européens — Jeudi 2 février 2023 (europa.eu).

(3) Comme l’indique une étude d’Eurofound, «l’évolution de certains comités d’entreprise européens couverts par l’étude de cas démontre que les processus peuvent s’améliorer au fil du temps, à mesure que la confiance s’établit et que les travailleurs et les employeurs acquièrent une meilleure compréhension de la valeur ajoutée de l’information et de la consultation transnationales. Il n’est, en un sens, pas possible de légiférer sur ce processus de construction de relations, de création d’une compréhension commune et de mise au point de procédures efficaces d’information et de consultation, qui doit être entretenu en permanence afin de ne pas menacer les progrès accomplis.».https://www.eurofound.europa.eu/en/publications/2022/challenges-and-solutions-case-studies-european-works-councils.

(4) https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-9-2023-0028_FR.pdf.

(5) Avis du comité d’examen de la réglementation (en anglais), 30.11.2023 [SEC(2024) 35]: https://data.consilium.europa.eu/doc/document/ST-5837-2024-ADD-2/en/pdf.

(6) JO C 228 du 29.6.2023, p. 43.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/4664/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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