| CELEX | 52024AE0782 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | jeudi 30 mai 2024 |
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2024/4663 | 9.8.2024 |
Avis du Comité économique et social européen
Stratégie industrielle de défense européenne
[JOIN(2024) 10 final]
(C/2024/4663)
Rapporteur:
Maurizio MENSICorapporteur:
Jan PIE| Conseillers | Alberto DAL FERRO (conseiller du rapporteur, groupe III) Vassilis THEODOSOPOULOS (conseiller du corapporteur, groupe I) |
| Consultation | Commission européenne, 27.3.2024 |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Commission consultative des mutations industrielles (CCMI) |
| Adoption en section | 15.5.2024 |
| Adoption en session plénière | 30.5.2024 |
| Session plénière no | 588 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 208/2/10 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le Comité économique et social européen (CESE) se félicite de la stratégie industrielle de défense européenne, qui constitue une étape importante vers le renforcement de la préparation de l’Europe en matière de défense et, partant, de sa capacité à protéger ses citoyens, son territoire, ses valeurs fondamentales et son mode de vie. |
| 1.2. | Le CESE estime que le fait de garantir la préparation et la réactivité de la base industrielle et technologique de défense européenne (BITDE) est un pilier essentiel de la préparation de l’Europe en matière de défense, dans la mesure où ladite BITDE est le fournisseur local fiable du matériel, des logiciels et des services de pointe dont nos forces armées ont besoin pour remplir leur mission. |
| 1.3. | Le CESE accueille favorablement le passage de mesures d’urgence à une réponse structurelle à plus long terme, essentielle pour soutenir l’adaptation de la BITDE au nouvel environnement de sécurité. Il salue en particulier l’accent mis sur la nécessité de renforcer l’approvisionnement européen pour répondre aux besoins de l’Union. À cet égard, il est tout aussi essentiel d’accroître, de consolider et d’orienter la demande européenne vers la BITDE que de renforcer la capacité de celle-ci à répondre à cette demande. |
| 1.4. | Le CESE se réjouit de l’accent mis sur la sécurité d’approvisionnement, qui est essentielle pour la préparation de l’Europe en matière de défense, actuellement compromise par une dépendance excessive à l’égard de fournisseurs tiers et par l’absence de mécanisme de gouvernance au niveau européen en temps de crise. Il note également que le régime de sécurité d’approvisionnement proposé comprend plusieurs éléments intéressants, mais que son application peut poser problème en raison de la complexité des chaînes d’approvisionnement ainsi que de la sensibilité et la classification éventuelles des informations nécessaires à la cartographie et à la surveillance. |
| 1.5. | De plus, le CESE souligne l’importance, pour atteindre les objectifs de la stratégie, de mobiliser des partenariats avec des pays amis ayant des valeurs communes. La participation de l’Ukraine aux programmes industriels de défense de l’Union, ainsi que la promotion de liens plus étroits entre la BITDE et la BITD ukrainienne créeront d’importants avantages stratégiques pour les deux parties. Une coordination renforcée avec l’OTAN sur des sujets d’intérêt mutuel se révélerait également avantageuse, à condition que les intérêts en matière de sécurité de tous les États membres de l’UE soient pleinement respectés. |
| 1.6. | Dans le même temps, le CESE regrette que la stratégie ne tienne pas compte de la perception du public. Il s’agit d’une lacune importante, étant donné que cette perception représente un facteur clé dans les sociétés démocratiques et les marchés libres tels que les nôtres, et qu’elle constitue donc un moteur important en ce qui concerne les défis auxquels la BITDE est confrontée en matière de durabilité, influençant à la fois les décisions politiques et celles relatives au marché. Il convient de régler ce problème de toute urgence, notamment au moyen d’une campagne de communication publique coordonnée à l’échelle de l’UE pour lutter contre les idées fausses qui existent de longue date, d’éveiller le soutien du public européen et de le sensibiliser à la nécessité de préserver la paix, la sécurité, la prospérité et les valeurs de l’Europe, ainsi qu’à la contribution fondamentale de la BITDE à cet égard. |
| 1.7. | Dans ce contexte, le CESE estime que la stratégie souffre de certaines faiblesses, comme souligné ci-dessous. En ce qui concerne ses objectifs, il est peu probable que l’instrument clé de sa mise en œuvre, à savoir le programme pour l’industrie européenne de la défense (EDIP), soit opérationnel avant fin 2025. Par conséquent, la stratégie doit être complétée par d’autres mesures à court terme visant à répondre aux besoins immédiats. |
| 1.8. | Le CESE invite dès lors les États membres à accepter l’invitation de la Commission à chercher à court terme les possibilités de stimuler, au moyen des instruments disponibles, les acquisitions conjointes de grande ampleur dans le domaine de la défense, la montée en puissance à grande échelle de la BITDE et le lancement de projets de défense phares. |
| 1.9. | Le CESE est également d’avis qu’il est essentiel, d’un point de vue tant industriel que stratégique, de garantir que le secteur de la défense accède aux compétences, aux technologies et à la recherche nécessaires. À cette fin, les investissements en faveur de la formation, de la recherche et de l’élaboration de stratégies sont essentiels. En outre, la campagne susmentionnée visant à sensibiliser le public européen à la contribution qu’apporte la BITDE à la sécurité, à la prospérité et aux valeurs de l’Europe devrait comporter un volet destiné à promouvoir la diversité et l’attractivité de la BITDE auprès des futurs professionnels et des jeunes travailleurs, ainsi qu’à encourager la levée d’obstacles tels que les clauses civiles dans les règlements universitaires. Des initiatives visant à promouvoir la mobilité de la main-d’œuvre à des fins de défense, qui pourraient s’inspirer du programme «Erasmus militaire», pourraient également être étudiées. |
| 1.10. | Le CESE souligne que le succès de la stratégie reposera avant tout sur la pleine participation des États membres et sur leur reconnaissance de la valeur ajoutée d’une approche européenne. Il invite donc les États membres à veiller à ce que sa mise en œuvre soit entreprise dans les meilleurs délais et soit soutenue par des ressources financières adéquates. À cet égard, le CESE soutient aussi sans réserve l’appel lancé par la Commission à la Banque européenne d’investissement pour qu’elle modifie ses politiques de prêt et soutienne pleinement l’industrie de la défense. Il se félicite en outre des éclaircissements concernant la non-inclusion des activités de défense dans la taxinomie environnementale de l’UE. Il est essentiel d’établir des relations et une coopération plus étroites entre l’industrie, le secteur militaire, la science et la recherche. |
2. Contexte de l’avis, y compris la proposition législative à l’examen
| 2.1. | Le 5 mars 2024, la Commission européenne et le haut représentant ont présenté la toute première stratégie industrielle de défense européenne, ainsi que le programme pour l’industrie européenne de la défense (EDIP). |
| 2.2. | L’objectif de cette stratégie est de renforcer de manière plus générale la préparation et la compétitivité de la base industrielle et technologique de défense européenne (BITDE), qui constituent des conditions préalables essentielles à la préparation de la défense européenne. |
| 2.3. | L’état de préparation de la défense est devenu crucial dans le nouvel environnement de sécurité, marqué par une forte augmentation des menaces qui pèsent sur la sécurité régionale et mondiale, et en particulier par le retour d’une guerre conventionnelle de haute intensité en Europe, à la suite de l’invasion illégale, brutale et à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en février 2022. |
| 2.4. | Dans ce contexte, l’UE et ses États membres sont confrontés à deux grands défis. À très court terme, ils doivent être en mesure d’aider l’Ukraine à résister à l’agression russe, et par ailleurs, l’Union doit se préparer de toute urgence à l’éventualité d’un conflit de grande ampleur. Cette mesure est essentielle, étant donné que les experts militaires européens ont averti à plusieurs reprises que la Russie, qui achemine de plus en plus ses ressources vers son appareil militaire, pourrait lancer une attaque hybride ou militaire à grande échelle contre un État membre de l’UE d’ici quelques années, un dirigeant européen ayant récemment averti explicitement que l’Europe est entrée dans une «ère d’avant la guerre». |
| 2.5. | Pour atteindre ces objectifs, la BITDE doit, à tout moment, être prête et apte à fournir l’ensemble des capacités qualitativement supérieures requises par les forces armées européennes. |
| 2.6. | Or, ce n’est pas le cas pour l’instant. Après trois décennies de sous-investissement dans les formations et les compétences en matière d’armement et de défense dans toute l’Europe, la capacité de production de la BITDE est considérablement affaiblie. Les États membres de l’Union ont principalement consacré les budgets limités dont ils disposent pour leurs acquisitions dans le domaine de la défense à l’achat de produits non européens sans se coordonner. |
| 2.7. | Depuis février 2022, les dépenses liées aux investissements dans le domaine de la défense ont fortement augmenté dans l’ensemble de l’UE, mais la tendance à faire des achats isolés auprès de pays tiers s’est accentuée. Selon une étude récente, 78 % des acquisitions réalisées dans le domaine de la défense par les États membres de l’UE entre le début de la guerre d’agression menée par la Russie et juin 2023 provenaient de fournisseurs de pays non membres de l’Union. En outre, les derniers chiffres de l’Agence européenne de défense (AED) montrent qu’en 2022, seuls 18 % des dépenses totales en équipements dans l’UE ont été consacrés à des acquisitions collaboratives. Cette tendance a des effets extrêmement néfastes sur la BITDE, car elle entraîne des pertes de revenus, de capacités d’investissement, d’économies d’échelle, de savoir-faire et de capacités de production. |
| 2.8. | Pour résoudre ce problème, la stratégie industrielle de défense européenne définit plusieurs actions qui s’articulent autour de quatre piliers, à savoir 1) permettre aux États membres de plus facilement planifier, investir dans la BITDE et s’approvisionner auprès de celle-ci conjointement, ainsi que de les encourager dans ce sens (1); 2) soutenir la capacité de production et d’innovation de la BITDE et mettre en place un cadre de l’UE en matière de sécurité d’approvisionnement; 3) intégrer les considérations industrielles dans le domaine de la défense à toutes les politiques de l’Union; et 4) tirer parti des partenariats avec l’Ukraine, l’OTAN et d’autres partenaires pour contribuer à la réalisation de ces objectifs. |
| 2.9. | La stratégie reconnaît que les ressources disponibles pour l’EDIP, à savoir 1,5 milliard d’EUR, au titre de l’actuel cadre financier pluriannuel (CFP) de l’Union ne suffisent qu’à couvrir des efforts à petite échelle et qu’elles devraient être complétées par d’autres moyens importants et d’autres sources de financement à court terme. Au-delà de 2027, il est jugé essentiel de disposer d’une enveloppe financière ambitieuse au titre du prochain CFP. |
| 2.10. | La stratégie propose des objectifs non contraignants à moyen terme en ce qui concerne la part des échanges commerciaux liés à la défense au sein l’UE sur le marché européen global de la défense. |
3. Observations générales
| 3.1. | Le CESE se félicite de la stratégie industrielle de défense européenne, qui constitue une étape importante vers le renforcement de la préparation de l’Europe en matière de défense et, partant, de sa capacité à protéger ses citoyens, son territoire, ses valeurs fondamentales et son mode de vie. Il s’agit là d’un intérêt capital pour l’ensemble des États membres de l’Union. |
| 3.2. | Le CESE estime en outre que le fait de garantir la préparation et la réactivité de la base industrielle et technologique de défense européenne (BITDE) est un pilier essentiel de la préparation de l’Europe en matière de défense. |
| 3.3. | Le CESE accueille favorablement le passage de mesures d’urgence à une réponse structurelle à plus long terme, essentielle pour soutenir l’adaptation de la BITDE au nouvel environnement de sécurité. |
| 3.4. | Le CESE est d’avis que, compte tenu des compétences de l’Union en matière de défense, la stratégie couvre les principales dimensions de la question — notamment la consolidation de la demande, le soutien à l’industrie, y compris en ce qui concerne la recherche et le développement, l’innovation, la sécurité de l’approvisionnement, l’intégration de la préparation en matière de défense dans les politiques de l’UE et les partenariats — et fournit un cadre solide et des instruments pour encourager davantage la coopération européenne. |
| 3.5. | Le CESE salue en particulier l’accent mis sur la nécessité d’améliorer l’approvisionnement européen pour répondre aux besoins de l’Union. À cet égard, il est tout aussi essentiel d’accroître, de consolider et d’orienter la demande européenne vers la BITDE que de renforcer la capacité de celle-ci à répondre à cette demande. |
| 3.6. | Les objectifs à moyen terme proposés par la stratégie sont d’importants indicateurs de progrès, qui sont nécessaires pour évaluer et éventuellement calibrer les efforts à l’avenir. Toutefois, le CESE regrette que les objectifs ne soient pas contraignants et estime qu’ils ont été fixés à un niveau trop bas et à un rythme trop lent compte tenu des risques qui pèsent sur la sécurité. Le secteur a estimé que la mise en place d’une BITDE adaptée au nouvel environnement de sécurité nécessite d’investir, en Europe, 80 % des budgets européens consacrés aux acquisitions dans le domaine de la défense. Le CESE est d’avis qu’il convient donc de réaliser cet objectif et que l’UE devrait s’efforcer d’y parvenir de toute urgence, au plus tard en 2040. |
| 3.7. | Le CESE invite les États membres ainsi que la Commission européenne et le Parlement européen à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour veiller à ce que ces objectifs ne restent pas de simples aspirations et soient pleinement atteints. Cette mesure permettra également d’éviter une fragmentation et des doubles emplois inutiles et de garantir une allocation plus efficace des ressources limitées. |
| 3.8. | L’intégration des considérations industrielles du domaine de la défense dans l’ensemble des politiques de l’Union joue un rôle primordial à cette fin. Le message clair de la Commission concernant la contribution essentielle de la BITDE à la résilience et à la sécurité et concernant la nécessité de refléter cette contribution dans l’accès de l’industrie aux financements est particulièrement pertinent. Le CESE soutient aussi pleinement l’appel lancé par la Commission à la Banque européenne d’investissement pour qu’elle modifie ses politiques de prêt et soutienne pleinement l’industrie de la défense. Il se félicite en outre des éclaircissements concernant la non-inclusion des activités de défense dans la taxinomie environnementale de l’UE. |
| 3.9. | Le CESE se réjouit par ailleurs de l’attention essentielle pour la préparation en matière de défense que la stratégie prête à la sécurité d’approvisionnement, aux matières premières critiques, aux puces et aux compétences. En Europe, la sécurité d’approvisionnement est actuellement compromise par une dépendance excessive à l’égard de fournisseurs tiers et par l’absence de mécanisme de gouvernance au niveau de l’Union en temps de crise. Le régime proposé en matière de sécurité d’approvisionnement comprend plusieurs éléments intéressants, tels que la distinction entre différents types de crises et des mesures graduelles, ainsi que le soutien éventuel à la constitution de stocks stratégiques de composants de base. D’autres dispositions, telles que l’ouverture des contrats-cadres existants en période de crise, pourraient également renforcer considérablement la sécurité d’approvisionnement. Dans le même temps, la mise en œuvre d’un tel régime peut s’avérer difficile. La complexité des chaînes d’approvisionnement dans le domaine de la défense pourrait rendre la cartographie complète et la surveillance difficiles et exigeantes en ce qui concerne les ressources, en particulier pour les éléments situés en dehors de l’Union. La sensibilité et la classification éventuelles des informations requises peuvent constituer une autre difficulté. L’utilisation principalement d’informations accessibles au public et de demandes d’informations volontaires pourrait atténuer cette difficulté, mais elle pourrait également limiter l’exactitude, la validité, la pertinence et l’exhaustivité des informations. |
| 3.10. | De plus, le CESE souligne l’importance, pour atteindre les objectifs de la stratégie, de mobiliser des partenariats avec des pays amis ayant des valeurs communes. La participation de l’Ukraine aux programmes industriels de défense de l’Union, ainsi que la promotion de liens plus étroits entre la BITDE et la BITD ukrainienne, créeront d’importants avantages stratégiques pour les deux parties, pendant et après la guerre, et en vue de l’adhésion éventuelle de l’Ukraine à l’Union. Une coordination renforcée avec l’OTAN sur des sujets d’intérêt mutuel se révélerait également avantageuse, à condition que les intérêts en matière de sécurité de tous les États membres de l’UE soient pleinement respectés. |
| 3.11. | Dans le même temps, le CESE regrette que la stratégie ne tienne pas compte spécifiquement de la perception du public. Il s’agit d’une lacune importante, étant donné que cette perception représente un facteur clé dans les sociétés démocratiques et les marchés libres tels que les nôtres, et qu’elle constitue donc un moteur important en ce qui concerne les défis auxquels la BITDE est confrontée en matière de durabilité, influençant à la fois les décisions politiques et celles relatives au marché. En particulier, un grand nombre d’Européens continuent de considérer l’industrie de la défense comme un secteur «non viable», qui absorbe les dépenses sociales et qui est donc indigne de soutien, négligeant à la fois la contribution essentielle de la défense au bien public qu’est la sécurité et l’enrichissement mutuellement avantageux entre les technologies civiles et de défense et l’innovation. Ces perceptions erronées peuvent être exacerbées par les opérations étrangères de manipulation de l’information et d’ingérence dans nos sociétés et nos processus politiques, que mènent des acteurs malveillants, en particulier la Russie, dans le cadre de campagnes hybrides. Cette image négative de l’industrie de la défense pose de sérieux problèmes à la BITDE en ce qui concerne l’accès non seulement aux financements, mais aussi aux assurances, à l’énergie, aux installations et aux compétences. Il convient de régler ce problème de toute urgence, notamment au moyen d’une campagne de communication publique coordonnée à l’échelle de l’UE pour lutter contre les idées fausses qui existent de longue date, d’éveiller le soutien du public européen et de le sensibiliser à la nécessité de préserver la paix, la sécurité, la prospérité et les valeurs de l’Europe, ainsi qu’à la contribution fondamentale de la BITDE à cet égard. Il est du devoir des dirigeants politiques de rappeler aux citoyens de nos sociétés libres et démocratiques que la paix et la liberté ne sont pas gratuites et qu’elles doivent être défendues. Dans le même temps, la boîte à outils hybride de l’UE envisagée dans la boussole stratégique devrait également être déployée en vue de protéger la BITDE contre les menaces hybrides. |
| 3.12. | Dans l’ensemble, le CESE salue le fait que la stratégie reconnaisse le défi sans précédent que représente l’agression russe pour l’Europe. Dans le même temps, cette dernière est également confrontée à d’autres risques importants, tels que les conflits actuels et potentiellement à venir dans son voisinage et au-delà, ainsi que l’éventuel désengagement de son allié clé. La stratégie arrive à un moment où ces questions se sont aggravées et où la nécessité, discutée de longue date, que l’Europe assume une plus grande responsabilité pour sa propre sécurité est devenue une urgence. Le véritable critère de référence de la stratégie sera donc sa capacité à relever ces défis. |
| 3.13. | Dans ce contexte, le CESE estime que la stratégie souffre de certaines faiblesses, qui sont soulignées ci-dessous. En ce qui concerne ses objectifs, il est peu probable que l’instrument clé de sa mise en œuvre, à savoir le programme pour l’industrie européenne de la défense (EDIP), soit opérationnel avant fin 2025. Ce calendrier ne peut pas répondre aux besoins urgents de l’Ukraine ni aux lacunes en matière de capacités à court terme des États membres, qui exigent des mesures impérieuses. Par conséquent, la stratégie doit être complétée par d’autres mesures à court terme visant à répondre aux besoins immédiats. |
| 3.14. | Le CESE souligne également que, si la Commission et le haut représentant annoncent, dans le cadre de la stratégie, un changement de paradigme dans l’approche de l’Union à l’égard de l’industrie de la défense, la stratégie elle-même ne fournira pas la base industrielle de défense pour la guerre, dont l’Europe a besoin. En fait, les États membres disposent des ressources et du pouvoir décisionnel nécessaires pour inverser les tendances en matière d’acquisitions dans le domaine de la défense, pour coopérer dans le cadre de programmes relatifs aux capacités et pour asseoir une vision de la défense en tant que garantie de la sécurité. La Commission peut inviter les États membres à agir en ce sens et prévoir des mesures d’encouragement à cet effet. Les incitations disponibles à l’heure actuelle sont toutefois limitées et, en ce qui concerne le financement, elles dépendent en fin de compte aussi de la volonté des États membres. |
| 3.15. | Le CESE fait valoir que, depuis plusieurs dizaines d’années, il existe un énorme fossé entre la rhétorique et les actions des États membres sur un large éventail de questions liées à la défense, allant de l’harmonisation des besoins militaires et des projets de coopération à l’exclusion durable et contrôlée par les États membres de la défense dans les politiques d’investissement de nombreux fonds de pension nationaux, pour ne citer que quelques exemples. Il est important de noter que la défense a souvent été considérée, dans les États membres, comme une question secondaire et non comme une priorité essentielle. En outre, les budgets de défense, en particulier leurs éléments relatifs aux investissements, ont maintes fois servi de régulateurs budgétaires en période de contraintes financières. |
| 3.16. | Le CESE partage également l’avis de la Commission selon lequel les moyens disponibles jusqu’à présent pour mettre en œuvre la stratégie sont insuffisants. Le budget de 1,5 milliard d’EUR proposé pour le programme pour l’industrie européenne de la défense (EDIP) représente une part trop faible des dépenses et des besoins européens de défense pour avoir un effet structurel sur le marché, tandis que l’utilisation potentielle des bénéfices exceptionnels des avoirs russes gelés pour financer ce programme reste loin d’être certaine. |
| 3.17. | Le CESE invite dès lors les États membres à accepter l’invitation de la Commission à chercher à court terme les possibilités de stimuler, au moyen des instruments disponibles, les acquisitions conjointes de grande ampleur dans le domaine de la défense, la montée en puissance à grande échelle de la BITDE et le lancement de projets de défense phares. Il pourrait s’avérer particulièrement judicieux, pour financer de tels projets, d’envisager de considérer l’investissement dans le domaine de la défense comme un facteur pertinent dans le cadre du pacte de stabilité et de croissance révisé. |
| 3.18. | Le CESE fait écho à l’évaluation de la Commission selon laquelle la réalisation des objectifs de la stratégie nécessitera une enveloppe financière véritablement ambitieuse au titre du prochain CFP. Soutenir l’adaptation de la BITDE à la nouvelle ère de la concurrence stratégique pourrait nécessiter une ligne budgétaire de l’UE pour la défense de l’ordre de 100 milliards d’EUR pour la période 2028-2035. Cette enveloppe financière serait nécessaire pour financer de manière adéquate les projets de recherche et développement, au titre d’un Fonds européen de la défense (FED) renforcé, ainsi que pour encourager et soutenir la passation conjointe de marchés par les États membres et le maintien des capacités, en particulier les catalyseurs critiques, et pour aider l’industrie à accroître sa préparation, ses capacités de production et la résilience de sa chaîne d’approvisionnement, dans le cadre d’un programme qui serait le successeur à part entière de l’EDIP. |
| 3.19. | Le CESE est également d’avis qu’il est essentiel, d’un point de vue tant industriel que stratégique, de garantir que le secteur de la défense accède aux compétences nécessaires. À cette fin, la campagne susmentionnée visant à éveiller le soutien du public européen et à sensibiliser ce public à la contribution qu’apporte la BITDE à la sécurité, à la prospérité et aux valeurs de l’Europe devrait comporter un volet destiné à promouvoir la diversité et l’attractivité de la BITDE auprès des futurs professionnels et des jeunes travailleurs, ainsi qu’à encourager la levée d’obstacles tels que les clauses civiles dans les règlements universitaires. Des initiatives visant à promouvoir la mobilité de la main-d’œuvre à des fins de défense, qui pourraient s’inspirer du programme «Erasmus militaire», pourraient également être étudiées. |
| 3.20. | En conclusion, le CESE estime que la stratégie industrielle de défense européenne constitue une reconnaissance importante des défis auxquels l’Europe est confrontée et de la nécessité urgente d’un effort global pour renforcer la préparation et la compétitivité de la BITDE. Dans le même temps, les mesures proposées pour atteindre cet objectif exposent les limites des compétences et des ressources de l’Union en matière de défense. |
| 3.21. | À ce titre, le CESE souligne que le succès de la stratégie reposera avant tout sur la pleine participation des États membres et sur leur reconnaissance de la valeur ajoutée d’une approche européenne. |
| 3.22. | Le CESE est en outre d’avis que seuls les chefs d’État et de gouvernement peuvent prendre l’initiative et obtenir l’adhésion concrète des États membres, qui est nécessaire de toute urgence pour entraîner une amélioration notable de l’état de préparation (industrielle) de l’Europe dans le domaine de la défense. |
| 3.23. | Par conséquent, le CESE demande que des mesures parallèles soient prises au niveau du Conseil européen et que celles-ci aillent au-delà de la stratégie industrielle de défense européenne et garantissent que la défense européenne et la BITDE bénéficient du plein soutien nécessaire des États membres et du Parlement européen pour renforcer la souveraineté technologique et l’autonomie stratégique européennes dans l’environnement de sécurité critique actuel. |
| 3.24. | Le CESE fait également valoir que l’industrie européenne de la défense est l’une des industries essentielles qui sous-tendent l’avenir de l’autonomie stratégique européenne, non seulement en raison de l’importance cruciale de la défense elle-même, mais aussi parce que les entreprises actives dans ce domaine sont également des actrices clés du secteur spatial d’importance stratégique de l’Europe et qu’elles mettent au point des solutions de cybersécurité fiables et haut de gamme pour protéger les infrastructures numériques critiques de l’Europe. |
| 3.25. | Enfin, compte tenu de l’environnement géopolitique de plus en plus dangereux et des graves conséquences pour notre sécurité européenne commune qui pourraient résulter d’une mise en œuvre non coordonnée et inefficace de la stratégie et d’autres mesures pertinentes, le CESE invite les États membres à étudier toutes les possibilités d’appliquer davantage les dispositions existantes du traité qui prévoient la définition progressive d’une politique de défense commune qui pourrait conduire à une défense commune. |
Bruxelles, le 30 mai 2024.
Le président
du Comité économique et social européen
Oliver RÖPKE
(1) Voir le Règlement (UE) 2023/2418 du Parlement européen et du Conseil du 18 octobre 2023 relatif à la mise en place d’un instrument visant à renforcer l’industrie européenne de la défense au moyen d’acquisitions conjointes (EDIRPA) (JO L, 2023/2418, 26.10.2023, ELI: http://data.europa.eu/eli/reg/2023/2418/oj) et l’avis du Comité économique et social européen sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil relatif à la mise en place de l’instrument visant à renforcer l’industrie européenne de la défense au moyen d’acquisitions conjointes [COM(2022) 349 final] (JO C 486 du 21.12.2022, p. 168).
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/4663/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.114781
30/12/2024
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.114943
30/12/2024
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.116252
30/12/2024
Avis institutionnel — 52024AB0042
30/12/2024