| CELEX | 52024AE1425 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | jeudi 11 juillet 2024 |
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2024/6028 | 23.10.2024 |
Avis du Comité économique et social européen
Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions —
Matériaux avancés pour assurer la primauté industrielle
[COM(2024) 98 final]
(C/2024/6028)
Rapporteur:
Anastasis YIAPANISCorapporteur:
Gerardo Luís ARROYO HERRANZ| Conseillers | Mihai IVAŞCU (pour le rapporteur du groupe III) Francisco FERNÁNDEZ MARTÍNEZ (pour le corapporteur de la catégorie 1) |
| Consultation | Commission européenne, 27.3.2024 |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Commission consultative des mutations industrielles |
| Adoption en commission | 6.6.2024 |
| Adoption en session plénière | 11.7.2024 |
| Session plénière no | 589 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 172/0/3 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le CESE apprécie la communication de la Commission en ce qu’elle marque une première étape vers le renforcement des capacités de l’UE dans le domaine des matériaux avancés, mais estime qu’elle ne saurait être considérée comme une stratégie à part entière, car elle ne comporte pas d’objectifs quantifiables, de délais ni d’indicateurs de performance clés (IPC) spécifiques. La mise en place d’un écosystème complexe des matériaux avancés nécessite une stratégie globale, un financement substantiel, des incitations et, surtout, un soutien politique de haut niveau. |
| 1.2. | Le Comité se félicite du dialogue renforcé entre l’UE et le Japon sur les matériaux avancés (1) et du projet de création d’une plateforme qui permettra de partager les évolutions des politiques et d’examiner les possibilités de recherche communes; il estime que de telles initiatives devraient être étendues à d’autres pays à la pointe dans ce domaine, tels que la Corée du Sud et les États-Unis. |
| 1.3. | L’Union européenne a besoin d’une approche globale pour réduire la consommation de matériaux, promouvoir la circularité et faciliter la transition vers des modèles économiques et des comportements de consommation durables. Le dialogue social et civique doit être encouragé afin de faciliter l’échange d’informations, le partage des connaissances et l’innovation en vue d’améliorer l’efficacité et la durabilité. |
| 1.4. | Une collaboration étroite entre experts, de la conception des produits à leur recyclage en fin de vie, est indispensable. Le CESE estime qu’il est essentiel de favoriser la compétitivité dans le domaine de la recherche, du développement et de l’innovation (R&D&I) en associant les acteurs industriels, les pouvoirs publics, les partenaires sociaux et le monde universitaire, et en créant un réseau intégré d’infrastructures de recherche transfrontière, interconnectées par le biais des technologies des chaînes de blocs et accessible à partir d’un point d’entrée unique. |
| 1.5. | Pour tirer pleinement parti des capacités des matériaux avancés, il est primordial d’intégrer les technologies et innovations numériques dans les processus de développement des matériaux, tout en établissant un cadre unifié pour mesurer la durabilité des nouveaux matériaux. Le CESE est favorable à l’introduction de passeports numériques de produits indiquant les normes et les détails en matière d’information, et ce depuis la production jusqu’au recyclage, tout en mettant en garde contre l’instauration d’une bureaucratie ou de coûts supplémentaires pour les entreprises ou les consommateurs. |
| 1.6. | Le CESE souligne le défi que représente pour l’UE la phase qui consiste à transformer les innovations conçues dans des laboratoires en produits commercialement viables et insiste sur la nécessité d’adopter des mesures et des incitations supplémentaires lors des étapes finales de la commercialisation des produits. Il demande également d’accélérer les procédures d’autorisation pour les installations produisant des matériaux avancés. |
| 1.7. | L’UE devrait renforcer ses capacités internes grâce à des mesures de politique industrielle et supprimer les obstacles à l’extraction, au raffinage et à la transformation des matières premières stratégiques essentielles. Il y a lieu de diversifier les sources de matières premières critiques en concluant des contrats à long terme avec les petits pays afin d’atténuer les effets d’éventuelles ruptures d’approvisionnement par de grands fournisseurs tels que la Chine. |
| 1.8. | Le CESE souligne l’importance de répondre aux besoins actuels et futurs en matière de compétences, en particulier dans le contexte de la révolution numérique et technologique. Cela suppose la mise en œuvre de programmes de perfectionnement et de reconversion professionnels pour la main-d’œuvre actuelle, ainsi que des initiatives en matière d’enseignement et de formation professionnels dans les secteurs des matériaux et de la fabrication. En outre, une orientation professionnelle efficace est essentielle pour attirer les talents vers les carrières dans les domaines des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM) et pour orienter les individus vers des possibilités d’emploi fondées sur des informations précises relatives au marché du travail. |
| 1.9. | La somme de 250 millions d’euros que l’on propose d’allouer à ce secteur pour la période 2025-2027 dans le cadre d’un partenariat coprogrammé au titre du programme Horizon Europe ne permet pas de faire progresser les matériaux avancés essentiels de manière significative et donc de réaliser les ambitions de l’UE. Le CESE préconise que les PME bénéficient d’un soutien concret en faveur de leur participation et que des incitations soient prévues pour les encourager à prendre part à de futurs partenariats. |
| 1.10. | Les incitations fiscales peuvent stimuler l’investissement, l’innovation et la production dans le domaine des matériaux avancés, favorisant ainsi la croissance économique et le progrès technologique, mais un suivi attentif est essentiel pour éviter de provoquer des distorsions du marché ou des répercussions imprévues. En outre, la simplification des procédures administratives est cruciale pour favoriser l’innovation et la collaboration, et permettre ainsi aux entreprises innovantes de se concentrer sur leurs objectifs fondamentaux. |
| 1.11. | Le CESE prend acte de l’intensification de la concurrence mondiale pour l’accès aux ressources et craint que les progrès technologiques ne conduisent à des conflits économiques, à des hausses de prix et à une complexification du paysage politique. Il recommande d’établir des critères et des indicateurs de durabilité transparents pour les processus de production des matériaux avancés et d’introduire des conditions sociales obligatoires pour accéder aux fonds, aux incitations et aux processus de passation de marchés publics de l’Union. |
| 1.12. | Une approche fondée sur la chaîne de valeur s’avère nécessaire pour favoriser un environnement équitable et concurrentiel pour l’industrie de l’UE, en s’attaquant aux pratiques commerciales déloyales, à la surcapacité de production et aux subventions des pays tiers, tout en plaidant en faveur des réformes en cours de l’OMC. Le CESE salue la mise en place future d’un conseil des technologies de l’UE et demande à être associé à ses activités. |
| 1.13. | Le CESE propose d’inscrire les soins de santé parmi les domaines stratégiques initiaux, étant donné qu’ils représentent l’une des plus grandes industries d’Europe qui génère une importante quantité d’émissions et dont les matériaux avancés liés aux soins de santé se recoupent souvent avec des secteurs tels que l’électronique et l’énergie. |
| 1.14. | Afin d’être en mesure de concurrencer sur la scène internationale les entreprises d’autres régions qui bénéficient d’un soutien important des pouvoirs publics, le CESE juge nécessaire de renforcer la production européenne, de rationaliser l’accès au marché et d’améliorer la surveillance de ce dernier afin de vérifier la conformité des marchandises importées, y compris de leur contenu recyclé. |
2. Introduction et observations générales
| 2.1. | La pandémie de COVID-19 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie ont mis en évidence les vulnérabilités fondamentales des chaînes d’approvisionnement mondiales, ainsi que la dépendance importante de l’UE à l’égard de pays tiers pour certaines matières premières. |
| 2.2. | Bien que les matières premières critiques représentent généralement une part faible du bilan de matière global d’un produit, leurs trajectoires actuelles en matière d’offre et de demande suggèrent que leur disponibilité ne permettra pas de répondre à la demande. Le CESE estime judicieux d’étendre rapidement les sources d’approvisionnement, grâce à des contrats à long terme avec les petits pays afin d’atténuer les effets d’éventuelles ruptures d’approvisionnement par de grands fournisseurs de matières premières critiques tels que la Chine. |
| 2.3. | L’introduction de la communication de la Commission européenne débute par l’affirmation suivante: «Par la présente communication, la Commission définit une stratégie européenne visant à garantir la primauté industrielle dans le domaine des matériaux avancés». On ne saurait cependant la considérer comme une stratégie à part entière; la communication constitue plutôt le point de départ de discussions sur la mise en place d’une stratégie consacrée à cette question. En outre, elle ne comporte pas d’objectifs quantifiables, de délais dans lesquels ces objectifs devraient être atteints, ni d’IPC spécifiques. |
| 2.4. | Le CESE se félicite du dialogue renforcé entre l’UE et le Japon sur les matériaux avancés qui a récemment été annoncé et du projet de création d’une plateforme qui permettra d’échanger des informations sur les avancées politiques et d’examiner les possibilités de recherche communes sur les matériaux avancés. Compte tenu de l’importance mondiale des matériaux avancés et des investissements qui y sont consacrés, cette initiative devrait être reproduite avec d’autres pays tels que la Corée du Sud et les États-Unis. |
| 2.5. | Garantir l’accès aux financements tant publics que privés est crucial pour préserver l’autonomie stratégique ouverte de l’Union et pour mettre en place une base de production solide et compétitive. L’achèvement de l’union des marchés des capitaux et de l’union bancaire améliorera l’accès au financement. |
3. Recherche et innovation dans le domaine des matériaux avancés en Europe
| 3.1. | La promotion de la recherche et de l’innovation dans le domaine des matériaux avancés suppose que la sécurité et la durabilité soient pleinement prises en compte tout au long du cycle de vie des produits, et que l’ensemble des parties prenantes soient formées en ce qui concerne l’incidence des substances et des matériaux sur l’homme, l’environnement et la durabilité. Une approche globale est requise pour réduire la consommation de matières et faciliter la transition vers des modèles économiques durables et des changements de comportement en matière de consommation. Le dialogue social et civique aux niveaux sectoriel, régional, national et européen est indispensable pour l’échange d’informations et de connaissances et pour orienter l’innovation vers une efficacité et une durabilité accrues. |
| 3.2. | Il est essentiel de renforcer la coopération inclusive tout au long de la chaîne de valeur pour remédier à la fragmentation de l’environnement européen en matière de R&D&I, et à la complexité croissante qui caractérise la mise au point de nouveaux matériaux et processus. Une collaboration étroite entre les experts est cruciale. L’UE devrait créer un réseau intégré d’infrastructures de recherche transfrontières, interconnectées par le biais des technologies des chaînes de blocs et accessible à partir d’un point d’entrée unique, ouvert à toutes les parties prenantes et qui associe les PME au développement et à l’expérimentation de nouveaux matériaux. |
| 3.3. | Pour tirer pleinement parti des propriétés des matériaux avancés, il est impératif d’intégrer les innovations numériques dans leurs processus de développement et d’instaurer un cadre unifié pour mesurer, quantifier et comparer la durabilité des nouveaux matériaux. Il convient de mettre l’accent sur les technologies numériques telles que l’IA, le calcul à haute performance et la gestion des mégadonnées, ainsi que sur leur incidence sur les résultats à venir de la R&D. |
| 3.4. | Le CESE estime qu’il convient d’accorder une plus grande attention à l’adoption d’une technologie de gestion des données fondée sur la chaîne de blocs, y compris des systèmes de détection intelligents permettant de collecter et d’interpréter les grandes quantités de données disponibles, afin de garantir un accès et une vérification en temps réel pour les différentes parties prenantes impliquées dans les projets de R&D. |
| 3.5. | Des passeports numériques pour les produits doivent être mis en place, comportant des normes d’information et des détails appropriés, ainsi que des informations relatives aux substances de valeur existantes. De tels passeports peuvent améliorer la transparence dans le traitement des déchets de matériaux avancés, mais ne devraient pas alourdir les formalités administratives ou imposer des coûts supplémentaires aux entreprises ni aux consommateurs. |
| 3.6. | Les efforts de recherche et de développement devraient donner la priorité à la durabilité et à l’efficacité, les incitations devant être en adéquation avec ces objectifs, et devraient s’abstenir d’utiliser de grandes quantités de matières premières ou de dépendre de matières premières extraites de manière non durable. Le CESE préconise la mise en place de critères et d’indicateurs de durabilité clairs afin de garantir la transparence des processus de production des matériaux avancés, ainsi que l’application du principe de précaution pour anticiper et atténuer les risques qui y sont associés. |
4. Procédure accélérée pour passer du laboratoire à la fabrication
| 4.1. | Depuis longtemps, l’Europe joue un rôle moteur dans le développement des matériaux avancés. Elle continue néanmoins à faire face à d’importantes difficultés pour traduire efficacement les innovations issues des laboratoires en produits commercialement viables. Le CESE estime que davantage de mesures et d’incitations méritent d’être consacrées aux phases finales de la mise sur le marché de nouveaux produits et souligne qu’une action politique dépourvue d’une base industrielle solide ne permettra pas d’obtenir les résultats escomptés. |
| 4.2. | L’UE doit renforcer ses capacités intérieures grâce à des mesures de politique industrielle et éliminer les obstacles à l’extraction, au raffinage et à la transformation des matières premières stratégiques essentielles. En outre, l’Union devrait plaider en faveur d’un approvisionnement durable et responsable en matières premières non primaires et non fossiles pour la conception de matériaux avancés et ne devrait importer que des matières premières provenant de pays appliquant des normes environnementales et sociales élevées. |
| 4.3. | Conformément aux conclusions rendues par le Conseil en 2020, le CESE reconnaît que les bacs à sable réglementaires offrent des possibilités intéressantes d’apprentissage aux entreprises, en particulier aux PME, aux microentreprises et aux jeunes pousses. Le Comité préconise la mise en place de bacs à sable dans l’ensemble des industries, car ils favorisent l’expérimentation et l’innovation sans engendrer de coûts de mise en conformité rapide et ne subissent pas de limitations réglementaires. |
| 4.4. | Pour garantir une large acceptation par le public et une mise en œuvre rapide des technologies de pointe, il convient de permettre au public de mieux comprendre les technologies génériques et de le sensibiliser à cet enjeu, en tenant compte de manière proactive des considérations éthiques et environnementales. En outre, le fait d’investir dans les pratiques et les technologies de maintenance renforce les capacités d’innovation, de recherche et de production dans le domaine des matériaux avancés, tout en soutenant leur fiabilité, leurs performances, leur qualité, leur sécurité et leur efficacité. |
| 4.5. | La pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans le secteur des matériaux avancés persiste et devrait s’aggraver en raison des départs à la retraite et de l’évolution démographique. Les talents hautement qualifiés et les capacités éducatives sont indispensables pour la double transition dans les chaînes d’approvisionnement spécialisées et à forte intensité de recherche, ainsi que pour la transition vers une économie à faible intensité de carbone et pour les activités de R&D&I ayant pour objectif la réduction de l’utilisation des matériaux et le recours à des matières de substitution. Le CESE insiste sur le fait qu’il importe non seulement de répondre à la demande actuelle de compétences, mais aussi d’anticiper les besoins futurs dans ce domaine. |
| 4.6. | La Commission européenne et les États membres doivent lancer des campagnes de sensibilisation adéquates afin d’attirer la main-d’œuvre, en particulier les jeunes et les femmes, vers l’enseignement des STIM. Une orientation professionnelle pertinente est essentielle pour accroître l’intérêt des personnes pour les carrières et les disciplines STIM, et pour les orienter vers les emplois disponibles. Les décideurs politiques européens et nationaux devraient également investir dans des campagnes de sensibilisation consacrées à l’importance de l’apprentissage tout au long de la vie. |
| 4.7. | Pour renforcer l’autonomie stratégique européenne, il est primordial de renforcer l’attractivité et l’accessibilité des possibilités d’emploi dans les projets relatifs aux matériaux avancés. Il s’agit notamment d’attirer des talents et du personnel hautement qualifié qui, en collaboration avec des universités spécialisées et avec le soutien financier nécessaire, favorisera un rôle de premier plan et stimulera la recherche et le développement dans les secteurs stratégiques. Le CESE insiste sur la nécessité de se doter de programmes de perfectionnement et de reconversion professionnels pour la main-d’œuvre actuelle, ainsi que de programmes d’enseignement et de formation professionnels dans les secteurs des matériaux et de la fabrication. Par ailleurs, les entreprises, en particulier les PME, devraient bénéficier d’un soutien pour développer des initiatives de formation des travailleurs afin de leur permettre d’acquérir les compétences adéquates. |
5. Accroître l’investissement en capital et améliorer l’accès au financement
| 5.1. | La Commission européenne prévoit d’allouer 250 millions d’euros pour la période 2025-2027 afin de mobiliser un montant qui soit au moins équivalent, fourni par l’industrie dans le cadre d’un partenariat coprogrammé au titre du programme Horizon Europe. Le CESE approuve cette initiative, mais considère le montant insuffisant pour accélérer de manière significative le développement de matériaux avancés qui sont essentiels à la primauté industrielle de l’UE dans le cadre des transitions écologique et numérique. À l’heure actuelle, les fonds qui y sont consacrés ne sont pas à la hauteur des ambitions de l’UE. |
| 5.2. | Le CESE demande que des politiques nationales et européennes soient élaborées immédiatement, en vue de renforcer l’écosystème des jeunes entreprises du secteur des matériaux avancés dans l’ensemble des États membres, notamment grâce à des mesures visant à garantir le financement indispensable. En outre, tous les États membres de l’Union doivent faire en sorte que des progrès significatifs soient accomplis dans la réalisation de l’objectif de la stratégie de Lisbonne (3 % du PIB consacré à la R&D). Cela s’avère d’autant plus crucial qu’en 2022, les dépenses consacrées par l’UE à sa R&D équivalaient à 2,24 % de son PIB, alors que cette proportion représentait 3,34 % au Japon, 3,46 % aux États-Unis et près de 5 % en Corée du Sud (2). |
| 5.3. | Les institutions de financement doivent disposer de l’expertise technique nécessaire pour évaluer les propositions de financement d’innovations dans le domaine des matériaux, en veillant à ce que les aspects liés à la sécurité et à la durabilité soient rapidement pris en considération. Les investissements publics devraient cibler les investissements essentiels destinés aux infrastructures et soutenir la R&D ainsi que l’expansion des technologies de pointe. Le CESE demande la création d’un Fonds européen de souveraineté pour soutenir une politique industrielle consistant à «fabriquer en Europe» et des efforts visant à explorer tous les outils possibles pour le financer. |
| 5.4. | Les incitations fiscales (telles que les crédits d’impôt pour la R&D, les exonérations fiscales, les crédits de formation, etc.) peuvent contribuer à stimuler les investissements, l’innovation et la production dans l’industrie des matériaux avancés, favorisant ainsi la croissance économique et le progrès technologique. Un suivi attentif doit être mis en place pour s’assurer qu’elles ne faussent pas le marché ou ne provoquent pas de conséquences imprévues. |
| 5.5. | Les programmes européens de financement destinés au développement de matériaux innovants impliquent une bureaucratie excessive qui nécessite du personnel supplémentaire pour la rédaction des demandes et l’établissement de rapports, ce qui entrave la participation aux projets. La rationalisation des procédures administratives est indispensable pour renforcer l’innovation et la collaboration, en permettant aux entreprises innovantes de se concentrer sur leurs objectifs premiers. |
6. Favoriser la production et l’utilisation de matériaux avancés
| 6.1. | Selon les estimations de l’OCDE, la consommation mondiale de ressources devrait augmenter d’environ 40 % d’ici à 2040 et de près de 90 % d’ici à 2060 (3); tous les pays seront en concurrence pour puiser dans le même réservoir de matières premières. Étant donné qu’une part importante des matières premières essentielles dont a besoin l’industrie européenne provient de l’extérieur de l’Europe, l’industrie est confrontée à une concurrence mondiale accrue pour garantir l’accès à ces ressources. En outre, le CESE s’inquiète de la situation actuelle concernant la propriété des installations minières dans les pays tiers, la Chine jouissant d’une position dominante (4) et rendant plus difficile l’entrée de l’UE sur les marchés. Compte tenu de la hausse drastique que devrait connaître la demande de ressources, le Comité craint que les progrès technologiques ne conduisent à des conflits économiques, à des hausses de prix et à un contexte politique plus complexe. |
| 6.2. | Le CESE estime que l’UE doit plaider en faveur de contenus européens dans les produits issus de la chaîne de valeur mondiale, en rendant les conditions sociales obligatoires pour l’accès aux fonds, aux incitations et aux marchés publics de l’UE, encourageant ainsi la production de biens à partir de composants provenant de l’Union. Le Comité soutient l’idée de créer une académie des matériaux avancés pour analyser la situation actuelle du marché et la compétitivité, ainsi que les défis à venir. |
| 6.3. | Le CESE préconise une approche fondée sur la chaîne de valeur aux niveaux européen, national et régional. L’objectif de l’Union devrait être de promouvoir un environnement équitable et concurrentiel pour son industrie en luttant contre les pratiques commerciales déloyales, la surcapacité de production et les subventions déloyales de pays tiers, tout en poursuivant les réformes de l’OMC. |
| 6.4. | L’analyse des données joue un rôle important dans les actions des décideurs et des autorités, lesquelles requièrent une base de données complète et doivent être fondées sur les principes FAIR (5) et faire l’objet d’un suivi approfondi afin de déceler les manques de connaissances. Cette analyse devrait être accessible à l’ensemble des acteurs de l’UE. |
| 6.5. | Afin de bâtir un écosystème des matériaux avancés efficace, comme le suggère la Commission européenne, il y a lieu de réunir les parties prenantes de l’ensemble de la chaîne de valeur (R&D, développement, recyclage, déchets, aspects numériques, construction de machines, etc.) ainsi que des domaines de l’éducation et de la formation. La mise en place d’un écosystème aussi complexe requiert à la fois une stratégie globale pour les matériaux avancés (avec des objectifs et des délais concrets), un financement et des incitations importants et, surtout, un soutien politique de haut niveau. |
7. Cadre général de gouvernance
| 7.1. | Tous les États membres doivent collaborer pour faire progresser le développement des matériaux avancés, en tirant parti des atouts collectifs de l’Europe dans l’intérêt mutuel. De nouveaux modèles de coopération inclusive tout au long de la chaîne de valeur seront essentiels pour remédier à la fragmentation que connaît actuellement l’environnement de production européen dans lequel s’inscrit la R&D&I et à la complexité croissante de la mise au point de nouveaux matériaux et processus. Le CESE salue la mise en place future d’un conseil des technologies de l’UE pour les matériaux avancés et demande à être associé à ses activités. |
| 7.2. | Après consultation des États membres, la Commission européenne recommande que quatre priorités en matière de recherche et d’innovation (énergie, mobilité, construction et électronique) deviennent des priorités stratégiques préliminaires guidant les efforts de collaboration dans le domaine des matériaux avancés. Le CESE suggère d’inscrire les soins de santé parmi les domaines stratégiques, car il s’agit de l’un des principaux secteurs industriels d’Europe qui génère d’importantes émissions; en outre, le développement de matériaux avancés pour les soins de santé recoupe souvent d’autres secteurs tels que l’électronique et l’énergie. |
| 7.3. | Le CESE exhorte la Commission européenne et les États membres à élaborer et à mettre en œuvre des systèmes d’alerte précoce pour recenser les matériaux et les applications préoccupants dans le secteur des matériaux avancés, y compris le développement de capacités de suivi et d’outils d’évaluation des risques pour les chaînes d’approvisionnement stratégiques. Le Comité souligne également qu’il importe de réduire la bureaucratie à tous les niveaux tout en maintenant en vigueur les réglementations relatives à la sécurité et à la santé au travail (SST) et en accélérant les procédures d’autorisation pour les installations. |
| 7.4. | Comme dans d’autres secteurs industriels, les entreprises européennes de l’industrie des matériaux avancés sont confrontées à un paysage mondial extrêmement concurrentiel, où les entreprises d’autres régions bénéficient d’un soutien substantiel des pouvoirs publics. Pour maintenir la compétitivité de l’UE sur cette scène mondiale, il est essentiel de renforcer la production européenne, de faciliter l’accès au marché et de renforcer la surveillance de ce dernier afin de garantir la conformité des marchandises importées, y compris leur contenu recyclé. |
| 7.5. | Le CESE insiste sur l’importance de protéger les droits de propriété intellectuelle pour les entreprises désireuses de vendre leurs produits sur les marchés internationaux, et demande que l’Union s’efforce d’harmoniser la législation dans le cadre des discussions de l’OCDE et des accords bilatéraux. |
| 7.6. | Nombre de nouvelles évolutions dans le domaine des matériaux proviennent des PME, qui sont souvent confrontées à des problèmes allant de l’échec de l’innovation technologique à la difficulté de lever rapidement des capitaux suffisants pour développer leurs innovations et pénétrer sur le marché. Le CESE préconise que les PME bénéficient d’un soutien concret en faveur de leur participation et que des incitations soient prévues pour les encourager à prendre part à de futurs partenariats. |
Bruxelles, le 11 juillet 2024.
Le président
du Comité économique et social européen
Oliver RÖPKE
(1) L’UE et le Japon lancent un dialogue renforcé sur les matériaux avancés.
(2) Dépenses de R&D — Statistics Explained.
(3) Rapport de l’OCDE intitulé « Global Material Resources Outlook to 2060: Economic Drivers and Environmental Consequences » (Perspectives mondiales de l’OCDE en matière de ressources matérielles jusqu’en 2060: moteurs économiques et conséquences environnementales).
(4) Au Congo, par exemple, 70 % des mines de cobalt sont détenues par la Chine.
(5) Des données faciles à trouver, accessibles, interopérables et réutilisables.
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/6028/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.114781
30/12/2024
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.114943
30/12/2024
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.116252
30/12/2024
Avis institutionnel — 52024AB0042
30/12/2024