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AccueilDroit européen52024AE1815
Avis institutionnel52024AE1815

Avis du Comité économique et social européen — Initiatives sectorielles et compétitivité globale de l’Union (avis exploratoire à la demande de la présidence hongroise du Conseil de l’Union européenne)

CELEX52024AE1815
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 18 septembre 2024

Résumé IA

Cet avis exploratoire du CESE, sollicité par la présidence hongroise, analyse comment les initiatives sectorielles de l'UE (notamment dans l'industrie, l'énergie et le numérique) peuvent renforcer la compétitivité globale de l'Union. Il examine les interactions entre ces politiques sectorielles et la nécessité de cohérence pour éviter des effets contradictoires sur le marché intérieur. Le texte propose des recommandations pour améliorer la coordination et l'efficacité des actions européennes face aux défis économiques et géopolitiques actuels.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2024/6871

28.11.2024

Avis du Comité économique et social européen

Initiatives sectorielles et compétitivité globale de l’Union

(avis exploratoire à la demande de la présidence hongroise du Conseil de l’Union européenne)

(C/2024/6871)

Rapporteur:

András EDELÉNYI

Corapporteur:

Guido NELISSEN

Conseiller

Benjamin DENIS (pour le corapporteur du groupe II)

Consultation

Présidence hongroise du Conseil de l’Union européenne, 14.3.2024

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Commission consultative des mutations industrielles

Adoption en session plénière

18.9.2024

Session plénière no

590

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

153/2/0

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Sous l’effet des crises et évolutions géopolitiques qui se sont produites récemment et ont exercé une incidence sur l’économie mondiale, l’éventail des champs qui composent la compétitivité a évolué rapidement. Outre la productivité et l’efficacité, elle inclut désormais aussi des aspects liés à la durabilité, à l’ingéniosité et à la résilience. Une base industrielle solide est nécessaire pour mettre au point des processus adaptés face à l’avenir.

1.2.

Les politiques sectorielles, ou verticales, gagnent en importance, étant donné qu’elles fournissent aux écosystèmes essentiels des orientations et un soutien, qui revêtent différentes formes, de nature législative, financière et institutionnelle.

1.3.

La compétitivité de l’Union européenne est mise à l’épreuve, en particulier dans les industries à forte intensité énergétique, les technologies propres et celles de l’information, ainsi qu’en raison des politiques mercantilistes menées par des pays tiers. Il est possible d’inverser ce mouvement de déclin en renforçant les moteurs de la compétitivité d’une manière globale et harmonisée. À cet égard, le CESE invite la prochaine Commission à élaborer et mettre en œuvre un pacte industriel, assorti au «nouveau pacte pour la compétitivité», sur la base des acquis du modèle social européen.

1.4.

Il s’impose de parachever le marché unique, de faire respecter ses règles et d’éliminer les obstacles qui l’encombrent. Il conviendrait d’intégrer les marchés de la finance, des communications et de l’énergie et de les compléter par l’adjonction des secteurs de la santé et du numérique, ainsi que de la «cinquième liberté», à savoir celle qui a trait à la recherche et développement et à l’innovation (R&D&I).

1.5.

Il y a lieu d’assurer un accès équitable aux matières premières critiques, en recourant à l’extraction durable, à la diversification visant à réduire les risques, au développement d’une économie circulaire, à des procédures efficaces d’octroi de permis et au développement de nouvelles méthodes substitutives, comme les matériaux avancés et les technologies, ou biotechnologies, novatrices. En outre, il convient d’envisager des partenariats stratégiques avec des pays tiers afin de garantir la sécurité de la chaîne d’approvisionnement et d’éviter les goulets d’étranglement.

1.6.

Le soutien financier en faveur des politiques doit prévoir un financement et des aides d’État qui soient plus intégrés et, par ailleurs, s’attacher à encourager les écosystèmes public-privé, exercer un contrôle public et garantir une allocation efficace des ressources.

1.7.

L’énergie bas carbone doit devenir abordable, grâce à la stimulation de l’efficacité énergétique et des renouvelables, ainsi que par l’intensification des investissements, assortis de dispositifs d’aides ciblées, qui sont réalisés en la matière dans des systèmes intégrés et intelligents.

1.8.

Il est nécessaire de faciliter la diffusion rapide de la numérisation en développant les infrastructures, en déployant de nouvelles technologies, en opérant une évolution dans le sens de la souveraineté, en mettant l’accent sur le renforcement des compétences et la formation, ainsi qu’en réalisant les objectifs stratégiques que fixe le programme d’action pour la décennie numérique à l’horizon 2030.

1.9.

S’agissant des ressources humaines de l’Union européenne, qui constituent un atout essentiel de son industrie, il est nécessaire qu’elles soient mises en capacité de s’adapter à l’évolution rapide que connaît l’éventail des compétences demandées, grâce à un suivi, à des parcours flexibles, à la cohésion sociale, au dialogue participatif et à la consultation. Les établissements d’enseignement et les entreprises doivent collaborer pour créer des programmes d’études dynamiques qui répondent à l’évolution des besoins de l’industrie, en accordant une attention particulière à la promotion des compétences dans le domaine du numérique, de l’écologie, ainsi que des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM).

1.10.

Les dépenses consenties par l’Union en matière de recherche et développement devraient équivaloir à celles de ses concurrents et être canalisées vers les domaines dans lesquels ses écosystèmes industriels et ses moteurs d’innovation sont susceptibles de dégager un maximum de valeur ajoutée. Il convient de prévoir des incitations à la collaboration transfrontalière en matière de recherche et de développement, afin de garantir une utilisation efficace des ressources et d’accélérer les avancées technologiques. Un environnement réglementaire propice revêt une importance primordiale pour tirer pleinement parti des avantages que la recherche et développement recèle aux fins d’assurer la compétitivité et la cohésion et retenir sur le territoire de l’Union les talents et les entreprises.

1.11.

Il est tout aussi crucial d’assurer, dans le domaine des politiques mises en œuvre, un environnement harmonisé qui évite de faire peser des charges d’un poids excessif sur les entreprises, en particulier petites et moyennes, et qui rétablisse une cohérence réglementaire au profit des écosystèmes industriels. Le CESE appelle à appliquer le contrôle de compétitivité et à instaurer une épreuve de robustesse du point de vue de l’innovation.

2. Le défi de la compétitivité

2.1.

Selon la théorie économique, les entreprises compétitives sont celles qui, tout en étant capables de contrôler leurs coûts, fournissent des produits demandés par les marchés. Elles augmentent leur part de marché au détriment de celles dont l’efficacité est moindre. Les économies compétitives, quant à elles, sont définies comme celles qui sont à même de générer de la valeur ajoutée afin que tous les membres de la société puissent concourir à sa prospérité et en bénéficier de manière durable. Grâce au parti tiré des avantages comparatifs, le commerce avec d’autres nations conduit même à des situations où chaque partie est gagnante. Les économies compétitives doivent disposer d’une base industrielle solide, car c’est l’industrie qui ouvre les pistes nécessaires pour transformer les sociétés et les conduire vers un avenir intelligent, durable et neutre pour le climat.

2.2.

Dans la perspective classique, la notion de compétitivité s’articule toujours autour de la productivité et de l’efficacité. Toutefois, le concept s’est enrichi à présent de nouvelles dimensions. Les économies devront devenir tout à la fois durables, pour parvenir au zéro émission nette d’ici à 2050 et accéder à la résilience face aux bouleversements du climat, intelligentes, dès lors que les données constitueront leur matière première dominante, et résilientes, la sécurité économique pouvant être considérée comme un nouveau bien public. Le CESE a la conviction que les quatre dimensions de la compétitivité durable, à savoir l’environnement, la productivité, la justice sociale et la stabilité économique, doivent être placées sur un pied d’égalité et se conforter mutuellement.

2.3.

Longtemps, l’Union a cru qu’elle pourrait remodeler l’économie mondiale à son image, celle d’un marché libre et équitable, qui n’est pas faussé par des aides d’État ou d’autres formes de comportement anticoncurrentiel et qui est fondé sur les réglementations de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Toutefois, elle a été déçue dans l’espoir qu’elle nourrissait de voir la mondialisation et le commerce transformer d’autres pays en économies sociales de marché et acteurs responsables d’un ordre multilatéral basé sur des règles. Sur la scène mondiale, l’industrie européenne doit désormais affronter un environnement de concurrence qui est inégalitaire, en ce qui concerne les subventions, les prix de l’énergie et les politiques climatiques, et faire face à des relations économiques fondées sur la force. Pourtant, les institutions de l’Europe, ses mécanismes décisionnels et ses milieux financiers restent largement conçus en fonction du «monde d’hier».

2.4.

La nécessité de relever le triple défi mentionné au paragraphe 2.2, qui exige d’énormes investissements, tant publics que privés, et comporte des risques considérables, a conduit à l’émergence d’une politique industrielle européenne de plus en plus affirmée, y compris sous la forme de financements émanant de l’Union. Cette tendance n’a fait que s’accentuer après que les États-Unis ont promulgué leur loi sur la réduction de l’inflation (IRA), soit un plan d’investissement dans la sécurité énergétique et le climat qui est doté d’une enveloppe de 369 milliards de dollars et soutenu par de généreux crédits d’impôt, des subventions en faveur des consommateurs et des exigences en matière de contenu local. De même, la stratégie «Made in China 2025», destinée à pourvoir la Chine de chaînes de valeur industrielles à caractère stratégique, notamment dans les technologies vertes, a réussi elle aussi à mettre l’Europe au défi.

3. Politiques sectorielles, types d’intervention

3.1.

Les secteurs verticaux englobent l’ensemble des chaînes de valeur des écosystèmes concernés. Sur l’axe perpendiculaire, les secteurs horizontaux regroupent quant à eux les principales technologies ou méthodologies qui contribuent à la valeur ajoutée de l’ensemble ou d’une partie des secteurs verticaux, s’agissant, par exemple, de la numérisation ou de l’intelligence artificielle.

3.2.

La troisième dimension inclut l’ensemble des moteurs de la compétitivité analysés dans le dernier chapitre. Parmi les plus importants de ces facteurs figurent le marché unique commun, l’accès équitable aux ressources essentielles, qu’il s’agisse des matières premières, de l’eau, de l’énergie, des compétences, des données, de la connectivité ou du financement, ainsi que l’innovation et un environnement stimulant et cohérent en matière de politiques et de réglementation.

3.3.

Au sein de l’Union, le retour en grâce d’une politique industrielle sectorielle plus directe a pris différentes formes, en l’occurrence des règlements, tels que le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) ou le règlement européen sur les semi-conducteurs, la coopération public-privé, avec les projets importants d’intérêt européen commun (PIIEC), des initiatives de coordination et de coopération, par des alliances industrielles et des trajectoires de transition pour les écosystèmes industriels, le renforcement des instruments de défense commerciale, l’assouplissement des règles en matière d’aides d’État, ainsi que des financements communs, comme les dispositifs InvestEU et Next Generation EU.

4. État des lieux et indications de tendances

4.1.

Certains indices donnent à penser qu’aujourd’hui, la compétitivité de l’industrie de l’Union est à nouveau sous pression. En février 2024, sa production industrielle était en effet inférieure de 5,4 % à celle enregistrée un an auparavant. Ce recul a été particulièrement marqué dans le secteur des biens d’investissement (–9,5 %) et dans celui des biens de consommation durables tels que les voitures et les appareils électroniques (–7,2 %). Dans le même temps, la croissance des investissements y a ralenti en 2023 pour tomber à 1,5 %, contre 4,5 % sur la période précédant la pandémie, de 2015 à 2019. En ce qui concerne les technologies propres, qui sont essentielles pour atteindre nos objectifs climatiques, l’Union est désormais un importateur net, dans la mesure où son industrie rencontre des difficultés pour se développer et rester concurrentielle, face à la stagnation de la demande ou à la concurrence financée par l’État dans des pays tiers, notamment dans les domaines des véhicules électriques, des batteries ou de l’énergie éolienne et solaire.

4.2.

Par conséquent, le CESE est fermement convaincu que la politique industrielle de l’Europe devra continuer à renforcer les moteurs de compétitivité de son industrie afin de maintenir, d’en restaurer et d’en développer les capacités, tout en créant des emplois de qualité. Aussi lance-t-il un appel pour que la prochaine Commission élabore et mette en œuvre un pacte industriel fondé sur les réalisations du modèle social européen, à savoir la stabilité des conditions d’investissement, une société inclusive, une main-d’œuvre motivée et bien formée, des services publics de qualité, la pratique de la négociation collective et le dialogue social.

5. Les principaux moteurs de la compétitivité — observations spécifiques

5.1. Réaliser l’intégration du marché unique et le consolider

5.1.1.

Il est avéré que le marché unique a constitué une assise essentielle pour l’intégration de l’Europe et ses valeurs et qu’il a fourni un puissant levier pour y faire progresser la croissance économique, la prospérité et la solidarité. Ces avantages ont été mis en évidence, une fois de plus, lors de la pandémie et de la crise énergétique. Toutefois, la convergence des législations nationales et la reconnaissance mutuelle ont progressé avec une lenteur excessive et s’effectuent de manière trop complexe pour qu’il soit possible d’exploiter pleinement le potentiel de l’intégration du marché.

5.1.2.

Au sein de l’Union, les échanges continuent à se heurter à des obstacles résultant des disparités entre les réglementations nationales, de sorte que son industrie éprouve davantage de difficultés à réaliser des économies d’échelle. Le marché intérieur reste inachevé dans des secteurs comme ceux des communications, où l’Union compte 34 groupes de réseaux mobiles, ou de la défense, dans lequel les États-Unis utilisent 30 systèmes d’armes contre 178 dans le cas de l’Europe, tandis que ses marchés de l’énergie ne sont pas suffisamment interconnectés et qu’elle n’a pas développé dans une mesure satisfaisante la passation collaborative de marchés, qui n’y intervient que pour moins de 20 % des dépenses.

5.1.3.

Par conséquent, le CESE souligne qu’il est nécessaire:

—

de garantir le bon fonctionnement du marché unique et d’en promouvoir les libertés en faisant respecter ses règles, tout en éliminant les obstacles au marché ou en prévenant leur apparition;

—

de s’assurer que la politique de concurrence et celle menée dans le domaine de l’industrie s’épaulent mutuellement et prennent mieux en considération les trajectoires adoptées par des pays tiers en matière de stratégie industrielle. À cet égard, le CESE accueille favorablement le rapport actualisé de la Commission sur les distorsions d’origine étatique dans l’économie chinoise;

—

de développer à tout prix l’interconnectivité, en menant une action méthodique en faveur de l’accessibilité et du transport des ressources tant matérielles, comme l’électricité, le pétrole, le gaz, les routes ou le rail, qu’immatérielles, telles que l’internet, les transferts de données, les flux d’information ou les réseaux;

—

d’avoir conscience que la pandémie a stimulé le développement d’une union de la santé, tandis que la crise énergétique nous a rappelé l’importance que revêt l’union de l’énergie, dans toutes ses dimensions;

—

de poursuivre l’intégration des marchés de la finance, des communications et de l’énergie, dans la mesure où ils représentent des facteurs essentiels de compétitivité;

—

de parachever le marché unique numérique, par exemple en créant des espaces pour les données et en en promouvant l’échange, que ce soit d’un écosystème industriel à l’autre ou au sein de chacun d’entre eux;

—

de concevoir et mettre en œuvre la «cinquième liberté», telle que préconisée par le rapport Letta, afin de renforcer la recherche, l’innovation et l’éducation dans le marché unique;

—

d’avoir à l’esprit que le marché unique a également besoin de s’appuyer sur un solide pilier social, lequel, à l’instar du socle européen des droits sociaux, constitue un facteur de compétitivité.

5.2. Assurer un accès équitable aux matériaux essentiels

5.2.1.

Pour réduire ses dépendances stratégiques dans le domaine des matières premières critiques, l’Union a besoin d’une stratégie globale couvrant tous les maillons des chaînes d’approvisionnement en ressources critiques, dont il a été estimé qu’elles présentaient, pour 53 d’entre elles, des vulnérabilités significatives. Bien qu’elle conserve des positions d’une solidité appréciable dans la fabrication de produits finis, l’Europe est affectée, pour cinq technologies de tête, à savoir les batteries, l’énergie solaire photovoltaïque, le stockage des données et les serveurs, les téléphones intelligents, tablettes et ordinateurs portables, et, enfin les drones, de faiblesses qui couvrent toute l’étendue de sa chaîne d’approvisionnement et soulignent que, de ce fait, elle se trouve également dans une situation de dépendance en ce qui concerne les produits finis.

5.2.2.

Afin d’écarter à l’avenir les risques de perturbation des chaînes d’approvisionnement essentielles et d’éviter de ne faire que remplacer ces dépendances actuelles par d’autres, l’Union se doit d’explorer toutes les pistes substitutives d’approvisionnement et réaliser des investissements à cet égard.

5.2.3.

Le CESE souligne qu’il y a lieu:

—

d’intensifier, en matière de minéraux essentiels, les nouvelles découvertes et l’extraction verte et durable, de renforcer leur traitement de base, tout en accroissant fortement la productivité, et d’améliorer l’efficacité du dialogue social et des procédures d’octroi de permis;

—

de monter en puissance dans la mise en œuvre de l’économie circulaire en prêtant tout particulièrement attention au recyclage visant à réutiliser les matières premières stratégiques et critiques, notamment par le recours tant à des procédés d’ingénierie d’une conception avancée qu’à des interventions dans des domaines spécifiques, comme dans le cas de l’extraction dans les déchets et les eaux;

—

de développer la recherche sur des démarches de substitution, grâce à l’utilisation de matériaux avancés et de technologies de remplacement, telles que la biotechnologie et la bioproduction. Une efficacité accrue dans l’approvisionnement et l’utilisation des matériaux revêt également une importance capitale;

—

d’effectuer un suivi serré des chaînes d’approvisionnement en matières premières critiques, qui visera à orienter leur diversification et celle des filières d’approvisionnement et se placera dans une perspective d’atténuation et de gestion des risques. Il conviendrait que l’Union, en s’approvisionnant de manière durable et en respectant le devoir de diligence, réduise l’empreinte écologique de l’exploitation minière et promeuve des pratiques éthiques et des échanges équitables;

—

de s’efforcer de conclure des accords avec des pays tiers, sous la forme de conventions de libre-échange ou de partenariats de nature sectorielle, d’une plus grande souplesse.

5.3. Favoriser les investissements

5.3.1.

Les politiques budgétaires accommodantes qui ont été mises en place lors de la pandémie et du choc énergétique ont stimulé les investissements tant publics que privés. Grâce à cette démarche, l’Union a pu éviter une récession prolongée et préserver l’emploi, tout en favorisant sa transformation économique. Toutefois, la hausse des taux d’intérêt, l’assainissement budgétaire, la suppression progressive de l’encadrement temporaire des aides d’État et l’expiration de la facilité pour la reprise et la résilience (FRR) après 2026 auront pour effet qu’il deviendra plus difficile de soutenir l’investissement.

5.3.2.

Pourtant, l’Europe devra prévoir chaque année une enveloppe de 650 milliards d’euros pour mener à bien la double transition et assurer sa résilience économique.

5.3.3.

Afin de maintenir le niveau d’investissement nécessaire, le CESE propose:

—

de renforcer les instruments qui contribuent à réduire les risques liés aux investissements privés stratégiques et à soutenir les industries essentielles, comme les garanties publiques européennes ou un dispositif européen commun de crédits d’impôt;

—

de consolider le Fonds pour l’innovation et le règlement pour une industrie «zéro net», en créant un actif sûr qui sera commun à toute l’Union;

—

de remplacer les régimes nationaux d’aides d’État par des programmes européens, ou du moins les coordonner au niveau de l’Union, afin de ne pas enclencher de cercle vicieux sous l’effet d’une surenchère dans les subventions;

—

de transformer l’union des marchés des capitaux, actuellement inachevée, en une union de l’épargne et des investissements, comme le propose le rapport Letta, car il s’agit d’une initiative essentielle pour convertir en investissements productifs l’épargne européenne, qui peut être dormante;

—

d’encourager les écosystèmes public-privé et la coopération entre industries en développant plus avant les alliances industrielles, les projets importants d’intérêt européen commun (PIIEC), les entreprises communes au titre du programme Horizon Europe et les pôles d’industrie. Ces réseaux d’excellence implantés dans des chaînes de valeur stratégiques des industries revêtent une importance capitale pour préserver l’autonomie stratégique européenne et articuler les initiatives politiques de l’Union avec les plans industriels des entreprises européennes;

—

de faire des marchés publics, qui représentent 14 % du PIB, un outil au service du développement des chaînes de valeur stratégiques pour l’industrie européenne. La focalisation sur le moins-disant devrait céder le pas à une approche plus globale, qui accorde la même importance aux coûts calculés tout au long du cycle de vie, à des critères plus larges, tenant compte des enjeux sociaux, de l’environnement et de la résilience, et à la création d’emplois de qualité;

—

de créer des marchés pilotes pour les produits durables;

—

de veiller à ce que les fonds publics servent l’intérêt général en prescrivant que les entreprises bénéficiant d’aides d’État soient tenues de respecter des conditions sociales et de se soumettre à un contrôle public.

5.4. Garantir l’accès à une énergie bas carbone sûre et abordable

5.4.1.

De toutes les régions du monde, l’Europe est celle qui présente la plus haute efficacité dans l’utilisation de l’énergie, et il convient qu’elle préserve cet avantage de compétitivité. En ce qui concerne les prix de cette même énergie, elle n’en souffre pas moins d’un désavantage concurrentiel structurel, qui a une incidence sur ses secteurs à forte intensité énergétique, à savoir, principalement, les industries traditionnelles.

5.4.2.

Pour parvenir à décarboner ces branches d’activité industrielle, qui sont essentielles pour son autonomie stratégique, tout en en préservant la compétitivité, l’Union doit déployer un large éventail de politiques, qui poursuivent les objectifs suivants:

—

garantir la disponibilité, à des tarifs abordables, d’une énergie bas carbone:

—

en intégrant et en renforçant les infrastructures et les marchés énergétiques. Les avantages résultant de l’intégration iront croissant à mesure que les énergies renouvelables prendront leur essor, puisque leur progression offrira une certaine flexibilité et réduira les besoins d’investissement. Pour mener à bien l’électrification ambitieuse de l’industrie par des filières à faible intensité de carbone, les conditions à réunir seront de disposer d’interconnecteurs améliorés et de réseaux intelligents, de réaliser l’intégration entre les systèmes, d’assurer la flexibilité de la demande et de prévoir des procédés de stockage;

—

en établissant dans le domaine de l’électricité un marché à long terme, afin de réduire la volatilité des prix;

—

en réduisant la corrélation entre les prix du gaz et ceux de l’électricité;

—

accroître l’attrait financier de la décarbonation aux yeux de l’industrie:

—

en faisant progresser le «niveau de maturité technologique» des différentes technologies à faible intensité de carbone grâce au soutien à la recherche et au développement ou à la conclusion de partenariats public-privé en vue de la phase initiale de leur introduction sur le marché;

—

en mettant au point des régimes d’aide, couvrant à la fois les charges d’exploitation et les dépenses en capital, qui favoriseront l’élaboration de scénarios économiques et une montée en puissance continue de démarches à faible intensité de carbone;

—

en mettant en place un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) qui soit efficace et veille notamment à éliminer les failles du système en matière d’importations, à maintenir la compétitivité des exportations et à tenir compte des répercussions produites sur les industries en aval;

—

en établissant un environnement réglementaire solide pour le captage, l’utilisation et le stockage du carbone (CUSC);

—

créer un projet important d’intérêt européen commun (PIIEC) pour l’industrie à faibles émissions de dioxyde de carbone.

5.5. Exploiter le potentiel de la transformation numérique

5.5.1.

Les technologies numériques seront au cœur des processus de fabrication et des modèles commerciaux de demain. Bien que les technologies de l’information et de la communication (TIC) représentent un facteur essentiel pour la compétitivité de nombreux secteurs, la part de l’Union européenne sur le marché mondial afférent a chuté, passant de 21,8 % en 2013 à 11,3 % en 2022, et 90 % de ses données sont gérées dans des pays tiers. Si elle entend conserver sa primauté industrielle, elle doit nourrir l’ambition de jouer un rôle de premier plan dans les technologies et infrastructures numériques clés.

5.5.2.

De l’avis du CESE, concrétiser cette ambition nécessite:

—

d’atteindre les objectifs du programme d’action pour la décennie numérique à l’horizon 2030, s’agissant, par exemple, de faire en sorte que 90 % des PME atteignent un niveau élémentaire d’intensité numérique et qu’au moins 75 % des entreprises aient recours à des services d’informatique en nuage, aux mégadonnées ou aux technologies d’intelligence artificielle;

—

d’encourager des investissements substantiels dans des infrastructures numériques sûres et durables en déployant des réseaux à très haute capacité et en mettant en place une infrastructure européenne de données, fondée sur le calcul à haute performance et le calcul quantique, qui soit tout premier rang à l’échelle mondiale;

—

d’investir dans de nouvelles technologies numériques telles que l’intelligence artificielle générative, l’informatique quantique, les jumeaux numériques, ou encore l’informatique en périphérie ou en nuage;

—

d’améliorer la souveraineté numérique de l’Union, en établissant des espaces de données industrielles, des normes ouvertes et des installations d’essai et d’expérimentation, et de mettre au point des écosystèmes numériques innovants et assurer leur montée en puissance;

—

de promouvoir des approches numériques qui soutiennent la transition vers une économie neutre pour le climat, circulaire et efficace dans l’utilisation des ressources, par exemple en créant des passeports numériques destinés aux produits tels que les batteries;

—

d’investir massivement dans le perfectionnement, la reconversion et la formation de la main-d’œuvre, tant pour accroître ses compétences numériques de base que pour combler l’énorme fossé entre la demande et l’offre d’experts numériques, tout en rétablissant l’équilibre entre les hommes et les femmes dans ce secteur.

5.6. Valoriser le capital humain

5.6.1.

Dans l’Union européenne, les pénuries de compétences ont pris un tour structurel et, de ce fait, entravent la croissance dans nombre de secteurs de l’économie. Par conséquent, la disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée est désormais devenue un critère essentiel dans les décisions d’investissement. Une attention particulière doit être accordée aux emplois peu et moyennement qualifiés, qui risquent de disparaître, dès lors qu’ils seront remplacés par les outils du numérique et l’automatisation, alors que la demande de compétences numériques et vertes, pour sa part, ne fera qu’augmenter. Il convient de prêter attention aux travailleurs âgés, dont les qualifications risquent de devenir obsolètes.

5.6.2.

Un degré élevé de cohésion sociale et la disponibilité d’une main-d’œuvre hautement qualifiée et engagée comptent parmi les atouts les plus importants de l’Europe. C’est pour cette raison que la participation des travailleurs s’avère essentielle au succès des mutations de l’industrie. À cette fin, il est indispensable de pouvoir s’appuyer sur un dialogue social solidement établi, couvrant un champ qui ira des lieux mêmes de travail jusqu’à la prise de décision stratégique. S’agissant d’anticiper et de gérer les mutations industrielles, informer et consulter en temps utile le personnel et ses représentants devrait aider à élaborer des approches communes quant à la stratégie des entreprises et à établir des parcours de transition pour chaque travailleur concerné par les restructurations.

5.6.3.

En conséquence, le CESE propose:

—

de renforcer la veille stratégique sur les besoins en qualifications et de surveiller les processus de destruction et création d’emplois ou de compétences;

—

de mettre en place, par exemple sous la forme de filières d’apprentissage en alternance, des parcours flexibles entre le monde du travail et celui de l’éducation, lequel aura toujours un temps de retard, et de créer une culture de l’apprentissage tout au long de la vie, s’appuyant sur la validation des compétences acquises ou passant par l’instauration de comptes de formation individuels;

—

de nouer de solides partenariats sectoriels en matière de compétences, qui seront conclus entre les partenaires sociaux et l’ensemble des parties prenantes concernées et prévoiront, par exemple, d’augmenter considérablement le nombre de places d’apprentissage;

—

de promouvoir une approche «centrée sur l’humain» pour l’industrie 5.0 afin de renforcer l’attrait des emplois industriels;

—

de transformer les entreprises en «organisations apprenantes», sachant tirer le meilleur parti des capacités de leurs travailleurs;

—

de créer un marché européen du travail, grâce à la portabilité des droits des travailleurs, au rapprochement des systèmes éducatifs, à la reconnaissance des compétences ou à la convergence des conditions de travail.

5.7. Stimuler l’innovation et la recherche et développement

5.7.1.

Depuis 2016, les performances générales de l’Union européenne en matière d’innovation n’ont enregistré qu’une faible progression, d’à peine 8,3 %. Cette inertie s’explique en partie par les crises des deux ou trois dernières années et par les flambées des prix de l’énergie et l’inflation, qui ont été surtout observées en Europe, produisant des répercussions négatives sur les dépenses en matière d’innovation et de capital-risque, de même que sur les ventes dans des domaines novateurs. Or, il se fait qu’en la matière, sur la période de 2016 à 2023, la Chine a progressé quatre fois, la Corée et le Canada deux fois, et les États-Unis et le Brésil une fois et demie plus que l’Union.

5.7.2.

Les dépenses totales en recherche et développement, quant à elles, ont stagné à un niveau de 2,2 % du PIB dans l’Union européenne, alors que l’objectif fixé était de 3 % et tandis qu’elles atteignaient 2,3 % en Chine, 3,4 % aux États-Unis et 4,8 % en Corée.

5.7.3.

Dans le même temps, l’écart de performance entre les premiers et les derniers de la classe en Europe s’est à peine réduit, montrant ainsi qu’il existe une grande marge de progression, par le renforcement de la coordination et de la coopération.

5.7.4.

Si l’on utilise la grille d’analyse des «atouts en matière d’innovation» par rapport à la «chaîne de valeur de l’innovation», on constate que les points forts de l’Union se concentrent principalement au début du cycle d’innovation, à savoir dans les activités de recherche et de développement de base, ainsi qu’à sa fin, c’est-à-dire lors de la commercialisation. Ses faiblesses en la matière sont observées aux stades intermédiaires, lesquels consistent à faire passer les innovations «du laboratoire à la fabrication», et sont celles qui génèrent la valeur ajoutée la plus forte.

5.7.5.

Le CESE préconise dès lors:

—

de mettre en place la cinquième liberté du marché unique, pour renforcer la recherche, l’innovation et l’éducation dans l’ensemble de l’Union, de manière à pouvoir tirer parti de synergies et d’économies d’échelle;

—

de faire un usage plus intégré du financement public de la recherche et développement, de sorte à encourager les investissements privés et, ainsi, à atteindre rapidement, au minimum, le niveau de financement ciblé, à savoir 3 % du PIB;

—

de réaliser des analyses d’impact minutieuses sur le rapport entre les coûts et les bénéfices, afin d’optimiser les investissements dans les segments qui, parmi les chaînes de valeur de l’innovation des écosystèmes, génèrent le plus de valeur ajoutée;

—

de gérer et de financer les jeunes pousses, les entreprises en expansion, les projets pilotes et les opérations d’industrialisation, de manière à retenir les talents, les entreprises et les bénéfices dans l’Union européenne;

—

de mettre en œuvre le nouveau programme européen d’innovation, dont l’encadrement révisé en matière d’aides d’État en faveur de la recherche, de l’innovation et du développement, la législation sur l’admission à la cote et les initiatives relatives au réservoir de talents et aux vallées régionales de l’innovation;

—

d’exploiter l’outil offert par le prochain programme-cadre (10e PC), en portant son budget à 200 milliards d’euros, tout en adoptant une approche plus pragmatique de l’innovation à double usage;

—

de déployer des efforts spécifiques pour exploiter le potentiel novateur des petites et moyennes entreprises, par exemple en améliorant leur intégration dans des réseaux d’innovation.

5.8. Réaliser de meilleures performances en matière de réglementation

5.8.1.

Il apparaît évident que l’Union européenne doit encourager en priorité des actions et des comportements concertés et cohérents afin d’atteindre ses objectifs communs de grande envergure, tels que la double transition au titre du pacte vert. Par ailleurs, l’économie et les entreprises ont besoin d’un cadre réglementaire favorable et harmonisé, qui encourage l’entrepreneuriat et incite les sociétés à innover, à investir et à mener leurs actions commerciales de manière compétitive et durable. Or, ce ne sont pas moins, au total, de 850 obligations nouvelles que le législateur européen a imposées aux entreprises sur la période de 2017 à 2022, représentant plus de 5 000 pages de textes législatifs qui, s’accompagnant d’un nombre bien plus élevé encore d’actes délégués, alourdissent le fardeau qu’elles doivent supporter. Cette inflation réglementaire inflige aux sociétés européennes, dont en particulier les petites et moyennes entreprises, des coûts importants, pour faire rapport et se mettre en conformité. Il importe d’éviter les redondances entre les réglementations ainsi que les lourdeurs administratives générées par le système complexe de gouvernance de l’Union européenne, avec ses niveaux multiples.

5.8.2.

Le CESE formule dès lors les recommandations suivantes:

—

que l’élaboration de politiques et de lois dans l’Union soit systématiquement guidée par les principes d’une meilleure réglementation, notamment grâce à une mise en œuvre appropriée de l’approche «un ajout, un retrait», à la suppression des charges administratives excessives et au respect du principe de proportionnalité;

—

que le contrôle de compétitivité soit solidement intégré aux processus décisionnels de l’Union;

—

que soit mise en place une épreuve de robustesse du point de vue de l’innovation, à titre de composante essentielle de la boîte à outils pour une meilleure réglementation;

—

que soit concrétisé l’objectif de réduire de 25 % les obligations de déclaration imposées aux microentreprises et petites et moyennes entreprises;

—

que le recours aux actes délégués soit rigoureusement ciblé, car ce type de réglementation génère de l’incertitude et de l’imprévisibilité dans l’environnement des entreprises;

—

que les délais d’octroi des permis soient raccourcis, grâce à des améliorations dans la conception des processus, ainsi qu’à l’augmentation des capacités des autorités et à l’accroissement de leur efficacité;

—

que les procédures importantes de consultation publique soient accélérées quand il y a lieu;

—

que la préférence soit donnée à l’utilisation des règlements plutôt que des directives; de manière à parvenir à une harmonisation dans l’ensemble de l’Union;

—

que la mise en œuvre du programme «Mieux légiférer» s’effectue dans le respect de l’acquis social européen.

Bruxelles, le 18 septembre 2024.

Le président

du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/6871/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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