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AccueilDroit européen52024AE1873
Avis institutionnel52024AE1873

Avis du Comité économique et social européen — Garantir l’égalité des chances et l’inclusion sociale dans l’accès à la culture et à l’apprentissage tout au long de la vie: le rôle des institutions culturelles publiques dans ce processus (avis exploratoire à la demande de la présidence hongroise)

CELEX52024AE1873
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 18 septembre 2024

Résumé IA

Cet avis exploratoire du CESE, sollicité par la présidence hongroise, examine le rôle des institutions culturelles publiques dans la promotion de l'égalité des chances et de l'inclusion sociale via l'accès à la culture et à l'apprentissage tout au long de la vie. Il souligne la nécessité de politiques européennes et nationales pour renforcer la fonction sociale de ces institutions, notamment en réduisant les obstacles financiers, géographiques et numériques. Le texte invite à reconnaître la culture comme un bien public essentiel pour la cohésion sociale et l'épanouissement personnel, au-delà de sa seule valeur économique.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2024/6870

28.11.2024

Avis du Comité économique et social européen

Garantir l’égalité des chances et l’inclusion sociale dans l’accès à la culture et à l’apprentissage tout au long de la vie: le rôle des institutions culturelles publiques dans ce processus

(avis exploratoire à la demande de la présidence hongroise)

(C/2024/6870)

Rapporteur:

Carlos Manuel TRINDADE

Saisine du Comité par la présidence hongroise du Conseil

Lettre, 14.3.2024

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté»

Adoption en section

4.9.2024

Adoption en session plénière

18.9.2024

Session plénière n°

590

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

206/2/4

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le CESE souscrit pleinement à la vision et aux principes consacrés par le traité sur l’Union européenne selon lesquels la culture, dans ses différentes acceptions, est primordiale à la construction d’un projet sociétal fondé sur le respect de la liberté, de la démocratie, des droits de l’homme et de l’état de droit. Le CESE soutient le cadre général du programme de travail 2023-2026 de l’Union européenne en faveur de la culture et accueille favorablement l’avis sur les politiques culturelles adopté par le Comité européen des régions lors de sa 158e session plénière, en novembre 2023 (1).

1.2.

Le CESE approuve l’approche globale des concepts de culture et de participation culturelle qui vise à y intégrer la dimension de la participation civique, laquelle est fondamentale pour réaliser des objectifs sociaux tels que le renforcement de la cohésion sociale et de la démocratie. Il reconnaît également que la démocratisation culturelle exige que la culture soit accessible à tous, de par sa nature de «bien public».

1.3.

Le CESE estime que les dimensions de la liberté créative et de la liberté d’expression sont autant de facteurs de renforcement des principes démocratiques et de la tolérance, qui nous poussent à réfléchir et à nous remettre en question individuellement et collectivement, et excluent catégoriquement l’imposition de dogmes ou de normes. Les citoyens engagés sur les plans social et culturel sont des citoyens plus résilients, notamment dans les situations de crise.

1.4.

Le CESE propose que la Commission et les États membres adoptent des politiques publiques visant à réduire les inégalités économiques et éducatives, qui sont les principaux facteurs conduisant à une baisse très significative de la consommation et de la participation culturelles, particulièrement importantes dans les zones rurales.

1.5.

Le CESE recommande vivement à la Commission européenne et aux États membres de renforcer ou de créer de nouveaux programmes visant à lever ou à réduire les obstacles physiques, économiques, financiers, linguistiques et psychologiques, afin que tous les citoyens — en particulier ceux qui souffrent d’inégalités ou sont victimes de discrimination — s’intègrent socialement dans les communautés, y compris par la participation à des activités culturelles.

1.6.

Le CESE propose à la Commission européenne que la stratégie budgétaire de l’Union européenne et des États membres visant à soutenir les politiques publiques en faveur de la culture dans les zones rurales à faible densité de population soit érigée en pilier du développement durable de ces territoires.

1.7.

Le CESE recommande vivement que les politiques publiques en matière d’investissements publics et d’infrastructures critiques qui ciblent les zones rurales fassent partie d’une stratégie visant à revitaliser ces territoires. Le CESE conclut que, dans le cadre d’une approche économique, les politiques publiques contribuent à stimuler et à attirer les investissements privés ainsi qu’à encourager les populations urbaines à participer à des activités culturelles organisées dans les zones rurales.

1.8.

Le CESE recommande à la Commission et aux États membres que les politiques culturelles ciblant les zones rurales et faiblement peuplées visent avant tout à accroître la participation des communautés à la prise de décision, en élargissant leur sentiment d’appartenance, leur participation démocratique et leur cohésion sociale, qu’elles associent donc ces communautés à leur démarche et qu’elles ne recourent pas à des méthodes qui, sur le plan structurel, imposent des mesures prédéfinies par les autorités politiques centrales ou locales.

1.9.

Le CESE souligne l’importance que les politiques publiques en faveur de la culture revêtent:

1.9.1.

pour favoriser le dialogue civil entre les organisations de la société civile et les autorités politiques centrales et locales, dans le but de promouvoir et de développer les zones rurales et, partant, de renforcer la cohésion sociale et territoriale;

1.9.2.

pour créer ou améliorer des mécanismes qui favorisent une culture du dialogue social, de la négociation et de la négociation collective dans les zones rurales, car il s’agit d’un facteur qui dynamise leur économie et leurs conditions de vie et de travail, mobilise la participation démocratique des populations et contribue à renforcer la résilience des communautés.

1.10.

Le CESE invite la Commission et les États membres à veiller à ce que:

1.10.1.

les structures du système éducatif mettent davantage l’accent sur la formation culturelle et artistique, afin de promouvoir la formation de nouveaux créateurs et l’apparition de nouveaux publics;

1.10.2.

les professionnels spécialisés soient valorisés et bénéficient d’une stabilité professionnelle et d’incitations à s’installer dans les zones rurales, de sorte qu’en interagissant sur un pied d’égalité avec les communautés, ils contribuent à créer les conditions nécessaires au succès des politiques culturelles favorisant le développement économique et social;

1.10.3.

de vastes campagnes en faveur de l’habileté numérique, civique et culturelle soient mises au point dans les territoires ruraux afin d’encourager l’apprentissage tout au long de la vie et de défendre les valeurs et les principes de l’Union européenne, y compris en luttant contre les campagnes de désinformation;

1.10.4.

les données statistiques relatives au secteur de la culture soient correctement mises à jour, collectées et traitées.

1.11.

Le CESE propose la création de l’Année européenne des zones rurales, dans le but de donner de la visibilité à leurs caractéristiques spécifiques, notamment culturelles, et d’être un moteur du développement économique, du progrès et de la cohésion sociale.

1.12.

Il s’engage à examiner la nécessité de mettre en place, au sein de sa propre structure, un organe spécifique traitant de la question culturelle et de ses différentes dimensions.

2. Observations générales

2.1.

Le CESE souligne que le préambule du traité sur l’Union européenne (2) s’ouvre en soulignant l’inspiration que suscitent les valeurs culturelles partagées par les différents États membres en tant qu’élément important de la construction du projet européen.

2.2.

De cet héritage commun se distinguent «les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité, de l’État de droit, ainsi que de respect des droits de l’homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités. Ces valeurs sont communes aux États membres dans une société caractérisée par le pluralisme, la non-discrimination, la tolérance, la justice, la solidarité et l'égalité de genre» (3), en tant que principes fondateurs d’une communauté de pays partageant et construisant un projet de civilisation commun.

2.3.

Nonobstant la reconnaissance de ce cadre collectif, c’est dans la diversité culturelle et linguistique que se concrétise la richesse de l’Union, étant donné que les interactions renforcent les principes que représentent le respect de la différence, la promotion du dialogue interculturel et la lutte contre les inégalités.

2.4.

Le combat mené contre les inégalités structurelles contribuera grandement à lutter contre toute forme de discrimination, conformément à la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (4).

2.5.

Le CESE note que l’expression culturelle et artistique, dans ses différentes manifestations, est reconnue comme une composante de la cohésion sociale et du renforcement de l’Union, et constitue dès lors un secteur d’action stratégique des institutions européennes.

2.6.

C’est dans ce contexte que le programme de travail 2023-2026 de l’Union européenne en faveur de la culture (5) définit quatre priorités d’action:

—

les artistes et professionnels de la culture: donner aux secteurs de la culture et de la création les moyens d’agir;

—

la culture pour les citoyens: renforcer la participation culturelle et le rôle de la culture dans la société;

—

la culture pour la planète: libérer le pouvoir de la culture;

—

la culture pour des partenariats cocréatifs: renforcer la dimension culturelle des relations extérieures de l’UE.

3. Observations particulières

3.1. Culture et liberté

3.1.1.

En raison de la polysémie du mot «culture», il est nécessaire de clarifier la manière dont il est conceptualisé et compris dans le contexte du présent avis.

3.1.2.

Le CESE entend ici la culture comme l’ensemble des pratiques créatives associées à des manifestations artistiques. Toutefois, ces pratiques ne se limitent pas à ce que l’on appelle communément la «haute culture» (musique, littérature, arts du spectacle, etc.), mais incluent également des expressions populaires de la culture telles que l’artisanat, les foires, les festivals, le folklore, la gastronomie et le patrimoine, ainsi que d’autres manifestations fondées sur des traditions, des us et des coutumes.

3.1.3.

La notion de participation à des activités culturelles englobe également toute une série d’activités actives et passives, qui comprennent à la fois la création artistique stricto sensu, la contribution à l’organisation de manifestations culturelles et la simple présence au sein du public (6).

3.1.4.

Le CESE met l’accent sur le concept de «démocratie culturelle», qui refuse le «dénigrement des citoyens et des publics non associés aux élites, en valorisant les connaissances, les traditions et la voix de chacun» (7). Cette démarche nécessite des politiques publiques appropriées pour prévenir la discrimination culturelle dans les régions éloignées et économiquement plus faibles.

3.1.5.

Les politiques publiques doivent s’appuyer sur le budget de l’État afin de rendre réalisables les programmes visant à promouvoir la démocratie culturelle, et en particulier ceux des régions susmentionnées, étant donné qu’il s’agit là du seul moyen de les soutenir.

3.1.6.

La transition numérique actuelle ouvre de nouvelles possibilités dans le domaine de la culture, car elle ouvre la voie à de nouvelles formes de création artistique, de diffusion des œuvres et d’accès pour de nouveaux publics. Les médias publics et privés jouent un rôle important à cet égard.

3.1.7.

Le CESE note que les outils numériques actuels permettent à la culture d’ignorer les frontières. Ainsi, les forces hostiles à la démocratie (qu’elles soient issues d’États membres ou de pays tiers) peuvent plus facilement renverser et manipuler les concepts de culture populaire en les utilisant pour des campagnes de propagande et d’intoxication de l’opinion publique qui sont dirigées contre les valeurs fondatrices de l’Union européenne. Dans ce contexte, il est nécessaire de promouvoir la sensibilisation et la résistance du public face à la propagande.

3.1.8.

Les sports et jeux traditionnels sont également des facteurs de participation civique et d’intégration sociale qui renforcent le sentiment d’appartenance aux communautés. Selon l’UNESCO, la sauvegarde et la promotion des jeux et sports traditionnels (JST) créent des parcours temporels et culturels conduisant à des dialogues interculturels et intercommunautaires. Ils favorisent la compréhension des pratiques culturelles, sociales et sportives contemporaines et anticipent leur évolution future. En outre, ils donnent aux gouvernements, aux communautés et aux individus la possibilité d’exprimer leur fierté culturelle et leur richesse (8).

3.2. Culture et citoyenneté

3.2.1.

Le CESE reconnaît que la participation culturelle joue un rôle dans les stratégies de lutte contre toutes les formes d’exclusion. Le développement d’activités culturelles constitue un terrain de socialisation des communautés et contribue à créer des espaces d’inclusion, entre autres en créant des champs d’expression d’identités individuelles ou collectives. Ce processus suscite des sentiments d’appartenance à la communauté au sens large.

3.2.2.

Les citoyens qui sont actifs au sein de leurs communautés, notamment en encourageant les activités culturelles en lien avec leurs traditions ou leurs spécificités linguistiques et culturelles, sont plus résilients dans les situations de crise, en ce qu’ils éprouvent un puissant sentiment d’appartenance à la communauté.

3.2.3.

On peut citer, à titre d’exemple, l’impact différencié qui a été constaté dans les réactions lors de la pandémie de COVID-19. En effet, l’adhésion aux mesures de protection et de lutte contre la pandémie a été bien plus forte dans les communautés plus actives et affichant des niveaux plus élevés de participation citoyenne (9).

3.2.4.

Le CESE attire l’attention sur les études, réalisées dans plusieurs pays, qui montrent qu’il existe une corrélation entre les habitudes de consommation culturelle et la violence. L’étude intitulée «Knocking on Hell’s door: dismantling hate with cultural consumption» (Frapper à la porte de l’enfer: éradiquer la haine par la consommation culturelle), réalisée en Italie en 2022, conclut, par exemple, qu’une augmentation de 1 % de la consommation culturelle se traduit par une réduction de 20 % des crimes de haine (10).

3.2.5.

Stimuler l’intégration des citoyens dans des projets de création artistique contribue à lever des obstacles sociaux, qu’ils relèvent de l’appartenance à une classe, une ethnie, une génération, une religion ou un genre donnés. De même, lorsque des personnes handicapées participent à une communauté culturelle, les stéréotypes qui peuvent entacher leur propre vision de la différence et celle des autres peuvent évoluer et, en fin de compte, s’atténuer.

3.2.6.

Les données montrent également que la participation à des activités culturelles, qu’elles soient passives ou actives, contribue à améliorer le bien-être et la santé mentale et physique (11).

3.2.7.

Il apparaît ainsi que les activités culturelles contribuent au maintien de communautés unies et exercent une incidence positive sur les attitudes et les comportements à l’égard de la démocratie et de l’action civique des citoyens qui y prennent part (12).

3.3. Culture, inégalités et discrimination

3.3.1.

Le CESE constate que d’importantes inégalités persistent en matière d’accès à la participation culturelle.

3.3.2.

La principale est d’ordre socio-économique. En effet, les personnes ayant des niveaux d’éducation et de revenus plus élevés sont davantage susceptibles de participer à des activités culturelles.

3.3.3.

Les chiffres de la Commission (13) montrent que pour celles ayant suivi un enseignement supérieur, cette probabilité de prendre part à des activités culturelles est de 20 % plus forte que pour celles qui disposent seulement d’un diplôme de l’enseignement secondaire.

3.3.4.

Lorsque la comparaison est effectuée sur la base des revenus, il apparaît qu’environ 80 % des citoyens appartenant au groupe qui perçoit les plus hautes rentrées participent à des activités culturelles et que ce pourcentage est réduit de moitié (40 %) dans le groupe où elles sont plus faibles.

3.3.5.

Toutes ces inégalités s’accentuent dans les territoires périphériques, ruraux et faiblement peuplés.

3.3.6.

Le CESE souligne que des facteurs tels que le handicap, l’origine ethnique, le genre, l’âge et le statut de migrant ou de réfugié réduisent également la probabilité d’accéder à des activités culturelles, de manière active ou passive.

3.3.7.

Toutes ces réalités sont susceptibles d’entraîner des discriminations. Les politiques publiques de l’Union et des États membres constituent l’outil essentiel pour y faire face. Cette stratégie doit aller de pair avec un appui budgétaire correspondant.

3.4. Culture et asymétries territoriales

3.4.1.

Le CESE fait observer que les communautés rurales occupent 83 % du territoire de l’Union européenne et que, selon les estimations, 137 millions de citoyens européens, soit environ 30 % de la population, y vivent. On assiste, dans ces aires, à un lent dépeuplement. Le repli des services publics et des activités économiques ainsi que l’inaccessibilité des services numériques font que l’accès à la culture et à la participation à des manifestations culturelles y devient de plus en plus difficile.

3.4.2.

La forte asymétrie entre les territoires et les régions qui existe dans chaque État membre, y compris en matière d’accès aux infrastructures culturelles, est particulièrement dommageable. Le CESE tient à souligner que les inégalités régionales dans l’accès aux activités culturelles tendent à favoriser d’autres types d’inégalités, notamment en ce qui concerne la participation civique.

3.4.3.

La distance à parcourir, en moyenne, pour assister à une séance de cinéma est un exemple de ces asymétries: dans les villes, elle est d’environ 3 km, alors que dans les territoires ruraux, elle est six fois plus importante et atteint 18 km. Le CESE relève que seules des politiques publiques de promotion et de diffusion culturelles jouent un rôle décisif pour atténuer ces asymétries.

3.4.4.

Le Comité européen des régions a publié un avis (14) dans lequel il attire l’attention sur le potentiel des activités culturelles dans le développement des zones rurales. Dans ce texte, il «souligne que la culture rurale joue un rôle important dans la préservation et la gestion des paysages culturels, de la biodiversité et des valeurs traditionnelles, et que certaines zones rurales à haute valeur naturelle forment des zones bioculturelles spécifiques où l’environnement et l’économie locale coexistent de manière durable, comme ancrés dans la culture et la tradition de ces communautés».

3.4.5.

Le CESE fait valoir que les disparités territoriales en matière d’accès aux activités culturelles tendent à favoriser des inégalités, notamment en matière de participation civique.

3.4.6.

Certains territoires ruraux de l’Union européenne constituent des zones où réside une importante main-d’œuvre immigrée: les stratégies de promotion des activités culturelles contribuent à y jeter des ponts afin de briser les préjugés et les stéréotypes entre les communautés, en favorisant les relations interculturelles et, par conséquent, la cohésion sociale et le sentiment d’appartenance.

3.4.7.

Les zones à faible densité de population tendent à être plus isolées culturellement et à se caractériser par un monolithisme culturel. Il conviendrait de respecter et de stimuler leurs spécificités et traditions culturelles et linguistiques, notamment en encourageant les activités d’échange avec des personnes d’autres territoires.

3.4.8.

En ce qui concerne les asymétries territoriales, le CESE rappelle que la charte de Porto Santo (15), un document élaboré à l’issue de la conférence qui s’est tenue dans la région ultrapériphérique où se trouve l’île éponyme, «préconise de créer les conditions nécessaires à une participation plus active et à la reconnaissance des pratiques culturelles des différents groupes sociaux».

3.4.9.

La charte indique qu’il n’y a pas lieu «de faire entrer la culture dans l’une ou l’autre zone, étant donné qu’elle existe déjà dans tous les territoires, mais qu’il importe de valoriser la culture locale et de la compléter à l’aide d’autres expressions culturelles, en ouvrant l’expérience locale à tous et en encourageant le dialogue» (16).

3.4.10.

La charte insiste sur la nécessité d’autonomiser et d’associer les citoyens «en tant que sujets culturels actifs» en facilitant l’«accès aux moyens de production culturelle» et la démocratisation des «processus décisionnels» (17).

3.4.11.

L’objectif ultime est d’assurer la pluralité non seulement en ce qui concerne l’accès à la culture, mais aussi dans sa production et sa diffusion, en promouvant «le pluralisme et l’ancrage territorial des décisions, ainsi que le partage du pouvoir» (18).

3.5. Culture et économie

3.5.1.

Le CESE fait observer que par la valorisation de la culture populaire, des traditions et des événements festifs, les activités culturelles jouent, dans les zones rurales, un rôle économique qui doit bénéficier d’une plus grande médiatisation, être promu auprès des communautés urbaines et jouir d’un soutien financier renforcé.

3.5.2.

Dans les environnements ruraux, la culture encourage l’entrepreneuriat et la création de micro, petites et moyennes entreprises, qui centrent leurs activités économiques sur la production de biens ou de services ainsi que sur l’organisation de manifestations, notamment dans les domaines de la gastronomie, de l’artisanat, des produits régionaux, du tourisme rural, des activités ludiques, des foires et des festivals.

3.5.3.

Le CESE note que le rôle de la culture dans le développement économique des territoires ruraux et faiblement peuplés revêt une importance stratégique. Envisagée sous l’angle de l’économie circulaire, la culture peut être à la fois la cause et le résultat d’un processus holistique dans lequel elle assure une fonction de catalyseur de la croissance économique tout en profitant de l’impact de cette même croissance sur les communautés.

3.5.4.

Ce processus concourt en particulier à maintenir les populations sur place, en particulier les jeunes.

3.6. Culture, enseignement, qualifications et apprentissages

3.6.1.

Le CESE est d’avis que les programmes scolaires axés sur les compétences techniques tendent à accorder moins d’attention aux aptitudes créatives et artistiques des enfants et des jeunes, et qu’il y a lieu de remédier à cette situation.

3.6.2.

La mobilisation et la mise en valeur des professionnels spécialisés dans la création, la production et la gestion artistiques qui assurent l’animation des infrastructures existantes en matière de culture, en particulier les bibliothèques et les centres sociaux et communautaires, contribuent à créer une dynamique communautaire dans le domaine de la production culturelle.

3.6.3.

Le CESE estime que les acteurs locaux et régionaux doivent être parties prenantes du recensement des besoins de main-d’œuvre spécialisée et de formation tout au long de la vie, de manière à «adapter les actions aux besoins des zones rurales, en accordant une attention particulière aux zones dépeuplées ou à celles exposées à des risques en rapport avec le déclin démographique ou l’environnement» (19).

3.6.4.

Si la formation tout au long de la vie tend à s’adapter aux besoins du marché, il y a lieu cependant de tenir dûment compte du droit des citoyens à l’apprentissage. Les activités culturelles constituent également des apprentissages non formels qui favorisent l’estime de soi, la qualité de vie et le développement personnel des individus.

3.6.5.

Les évolutions de l’écosystème social créent des besoins d’apprentissage sur le plan de l’habileté numérique, civique et culturelle. Dans les zones rurales, le déficit d’apprentissage est plus fortement marqué encore. L’habileté dans les domaines susmentionnés a des conséquences dans toutes les dimensions de la vie sociale, depuis le sentiment d’appartenance à la communauté jusqu’à la lutte contre la propagande et les campagnes d’intoxication de l’opinion publique.

3.6.6.

La numérisation des sociétés représente un défi qui peut entraîner une exclusion d’un nouveau type, qui est plus accentuée en milieu rural. L’investissement dans les infrastructures numériques et l’habileté numérique revêtent donc une importance essentielle pour éviter que les citoyens dotés de compétences numériques moindres ne soient affectés par une nouvelle forme d’aliénation vis-à-vis des biens culturels.

3.6.7.

Comme il l’a déjà indiqué, le CESE considère que la culture représente un facteur qui contribue à la formation de citoyens plus engagés et plus tolérants, en stimulant les compétences civiques et démocratiques, dans les zones tant urbaines que rurales.

3.7. Culture et infrastructures

3.7.1.

Le CESE souligne que les infrastructures constituent la pierre angulaire de la promotion des activités culturelles. Les bibliothèques, les salles de sport et les écoles, en particulier dans les zones rurales, sont des biens publics susceptibles de revêtir un caractère multifonctionnel et d’encourager le développement d’actions culturelles.

3.7.2.

Selon le rapport intitulé «Libraries on the European Agenda» (20), l’Union européenne compte plus de 65 000 bibliothèques, dans lesquelles plus de 100 millions de citoyens se rendent chaque année. Ces structures publiques ont la capacité de promouvoir la participation des communautés, sous une forme active ou passive, ainsi que l’apprentissage tout au long de la vie, en faisant office d’interfaces entre les citoyens et les autres institutions culturelles, et l’attachement aux valeurs de la démocratie.

3.7.3.

Les bibliothèques publiques constituent une ressource culturelle essentielle pour les communautés locales et peuvent contribuer à lutter contre les inégalités sociales et économiques, en rendant la culture accessible à tous. Toutefois, cela signifie qu’elles ont besoin d’un financement et de ressources qui soient adéquats, ainsi que d’un personnel qualifié qui bénéficie de salaires et de conditions de travail décents.

3.7.4.

Le CESE fait valoir qu’indépendamment de l’importance des infrastructures d’appui aux activités culturelles dans les zones rurales, il est encore plus essentiel, pour y retenir les populations et assurer le renouvellement des générations, qu’elles disposent d’équipements publics, notamment dans le domaine des transports, des services de santé, de l’énergie, des communications, de l’éducation, de l’eau et de l’assainissement.

3.7.5.

Toutes ces infrastructures publiques sont non seulement complémentaires mais également pertinentes pour assurer le développement durable et la promotion de la cohésion sociale et de la démocratie.

3.8. Culture, politiques publiques et société civile

3.8.1.

Le CESE fait valoir que les politiques publiques arrêtées par les autorités politiques centrales ou locales jouent un rôle essentiel pour définir les stratégies de développement des zones rurales.

3.8.2.

Dans ce cadre, les politiques culturelles constituent l’un des piliers de la relation avec les communautés locales, en ce qu’elles favorisent leur participation et qu’elles valorisent et amplifient la culture populaire.

3.8.3.

Le CESE souligne que les organisations de la société civile, dans leurs différentes formes structurelles, ainsi que les syndicats, ont un rôle essentiel à jouer dans ce processus, car ils constituent le forum de socialisation des communautés et représentent des interlocuteurs privilégiés qui, par le dialogue civil, assument une fonction d’interface entre les autorités politiques et les communautés.

3.8.4.

Le CESE souligne que la promotion de conditions de travail décentes dans les zones rurales forme un autre facteur qui contribue grandement à retenir les populations sur place, en particulier les jeunes, et à y attirer de nouveaux habitants. Une culture du dialogue social, de la négociation et de la conclusion de conventions collectives entre les partenaires sociaux constitue une valeur ajoutée importante pour ces régions.

4. Le CESE et la question culturelle

4.1.

La question de la diversité socioculturelle et de la pluralité de l’expression populaire dans la démocratie incite le CESE à accorder une plus grande attention au secteur culturel, appréhendé sous un angle global, eu égard notamment à son rôle dans la promotion des valeurs fondamentales de l’Union européenne.

4.2.

Le CESE reconnaît qu’il n’existe aucun organisme interne de promotion systématique des travaux de suivi, d’étude et de présentation dans le secteur culturel.

4.3.

L’objectif d’une telle structure consisterait à évaluer les incidences que les politiques publiques exercent pour le secteur culturel au niveau de l’Union européenne et des États membres, ainsi que la contribution qu’elles apportent à la construction du projet européen, à la cohésion économique, sociale et territoriale, à la promotion de la démocratie et à la lutte contre toutes les formes de désinformation.

Bruxelles, le 18 septembre 2024.

Le président

du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) Avis du Comité européen des régions — Promouvoir les politiques culturelles en zones rurales dans le cadre des stratégies de développement et de cohésion territoriale et du programme 2030 (JO C, C/2024/1040, 9.2.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/1040/oj).

(2) Traité sur l’Union européenne (version consolidée, 2016), https://eur-lex.europa.eu/resource.html?uri=cellar:9e8d52e1-2c70-11e6-b497-01aa75ed71a1.0009.01/DOC_2&format=PDF.

(3) Traité sur l’Union européenne (version consolidée, 2016), article 2https://eur-lex.europa.eu/resource.html?uri=cellar:9e8d52e1-2c70-11e6-b497-01aa75ed71a1.0009.01/DOC_2&format=PDF.

(4) Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, article 21 https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:12016P/TXT.

(5) Résolution du Conseil sur le programme de travail 2023-2026 de l’UE en faveur de la culture, https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:32022G1207(01).

(6) Commission européenne, Culture and Democracy: the evidence (Culture et démocratie: données probantes), https://op.europa.eu/fr/publication-detail/-/publication/07370fba-110d-11ee-b12e-01aa75ed71a1/language-fr.

(7) Charte de Porto Santo, Culture et promotion de la démocratie: vers une citoyenneté culturelle en Europe (2021).

(8) https://www.unesco.org/fr/sport-and-anti-doping/traditional-sports-and-games.

(9) https://ec.europa.eu/assets/eac/culture/docs/voices-of-culture/voices-of-culture-brainstorming-report-youth-mental-health-culture-2022_en.pdf.

(10) Commission européenne, Culture and Democracy: the evidence (Culture et démocratie: données probantes), https://op.europa.eu/fr/publication-detail/-/publication/07370fba-110d-11ee-b12e-01aa75ed71a1/language-fr.

(11) Grossi, E., et al., «The Interaction Between Culture, Health and Psychological Well-Being: Data Mining from the Italian Culture and Well-Being Project» (L’interaction entre la culture, la santé et le bien-être psychologique: exploration des données du projet italien sur la culture et le bien-être), Journal of Happiness Studies, vol. 13 (I), p. 129-148, 2012.

(12) Commission européenne, Culture and Democracy: the evidence (Culture et démocratie: données probantes), https://op.europa.eu/fr/publication-detail/-/publication/07370fba-110d-11ee-b12e-01aa75ed71a1/language-fr.

(13) Commission européenne, Culture and Democracy: the evidence (Culture et démocratie: données probantes), https://op.europa.eu/fr/publication-detail/-/publication/07370fba-110d-11ee-b12e-01aa75ed71a1/language-fr.

(14) Avis du Comité européen des régions — Promouvoir les politiques culturelles en zones rurales dans le cadre des stratégies de développement et de cohésion territoriale et du programme 2030 (JO C, C/2024/1040, 9.2.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/1040/oj).

(15) Charte de Porto Santo, Culture et promotion de la démocratie: vers une citoyenneté culturelle en Europe (2021).

(16) Charte de Porto Santo, Culture et promotion de la démocratie: vers une citoyenneté culturelle en Europe (2021).

(17) Charte de Porto Santo, Culture et promotion de la démocratie: vers une citoyenneté culturelle en Europe (2021).

(18) Charte de Porto Santo, Culture et promotion de la démocratie: vers une citoyenneté culturelle en Europe (2021).

(19) Avis du Comité européen des régions — Promouvoir les politiques culturelles en zones rurales dans le cadre des stratégies de développement et de cohésion territoriale et du programme 2030 (JO C, C/2024/1040, 9.2.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/1040/oj).

(20) Kish, I., Thominet, H. et Zignani T. (Public Libraries 2030), Libraries on the European Agenda — How can the EU leverage the potencial of public libraries to tackle European chalenges? (Les bibliothèques dans la stratégie européenne — Comment l’UE peut-elle exploiter le potentiel des bibliothèques publiques pour relever les défis européens?).


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/6870/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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