| CELEX | 52024AE3646 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | mercredi 4 décembre 2024 |
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2025/776 | 11.2.2025 |
Avis du Comité économique et social européen
Proposition de décision du Parlement européen et du Conseil relative à l’adoption, par l’Union, de l’accord sur l’interprétation et l’application du traité sur la Charte de l’énergie entre l’Union européenne, la Communauté européenne de l’énergie atomique et leurs États membres
[COM(2024) 257 final]
(C/2025/776)
Rapporteur(e):
Christophe QUAREZ| Conseillère | Julia WEGERER |
| Procédure législative | |
| Consultation | Parlement européen, 13.11.2024 Le Conseil de l'Union européenne, 9.9.2024 |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Documents de la Commission | COM(2024) 257 final |
| Objectifs de développement durable (ODD) pertinents | |
| Compétence | Section «Relations extérieures» |
| Adoption en section | 12.11.2024 |
| Adoption en session plénière | 4.12.2024 |
| Session plénière no | 592 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 187/2/4 |
1. RECOMMANDATIONS
Le Comité économique et social européen (CESE):
| 1.1. | approuve l’accord sur l’interprétation et l’application du traité sur la Charte de l’énergie entre l’Union européenne, la Communauté européenne de l’énergie atomique et leurs États membres; |
| 1.2. | salue l’arrêt Komstroy, dans lequel la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a jugé que l’article 26, paragraphe 2, du traité sur la Charte de l’énergie (TCE) relatif au mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et États (RDIE) n’est pas applicable aux différends opposant un État membre à un investisseur d’un autre État membre. Ainsi, la CJUE a estimé que ce mécanisme n’est pas conforme au droit européen; |
| 1.3. | rappelle que l’Union européenne s’est officiellement retirée (le 27 juin 2024) du TCE, après le retrait unilatéral de plusieurs pays membres (Italie, France, Allemagne, Pologne, Luxembourg, Slovénie, Espagne, Portugal, Pays-Bas) ou l’annonce du retrait de certains autres (Danemark, Irlande); |
| 1.4. | estime que le mécanisme de règlement des différends du TCE n’est pas acceptable. Le CESE a déjà exprimé ses critiques envers le système de RDIE dans ses avis REX/551 et REX/501. Celles-ci, portées par la société civile, concernent essentiellement des questions de légitimité, de cohérence et de transparence de ce système d’arbitrage; |
| 1.5. | rappelle que le TCE protège, entre autres, les investissements dans les sources d’énergie fossiles telles que le pétrole, le gaz et le charbon, qui sont en contradiction avec nos objectifs climatiques, notamment ceux énoncés dans le pacte vert pour l’Europe et l’accord de Paris. Cependant, il importe également de reconnaître que la transition vers un système énergétique décarboné prend du temps. Au cours de cette période de transition, certains investissements dans les énergies fossiles, en tant que vecteurs d’énergie de transition, peuvent encore être nécessaires pour assurer la sécurité d’approvisionnement du système énergétique tout en accélérant le déploiement des énergies renouvelables et des technologies propres. Toutefois, la protection des investissements par le mécanisme de RDIE nuit à notre aspiration de neutralité climatique et doit être rejetée; |
| 1.6. | rappelle la critique du mécanisme de RDIE qu’il a formulée dans ses avis REX/551, REX/501, REX/464 et REX/411, et qui s’applique pleinement au TCE. Le mécanisme de RDIE du TCE pose des problèmes fondamentaux d’état de droit, de démocratie, de transparence et de cohérence. Le mécanisme de RDIE du TCE permet aux investisseurs étrangers de contourner les juridictions nationales en saisissant directement un tribunal d’arbitrage, l’épuisement des voies de recours internes restant facultatif; |
| 1.7. | rappelle par ailleurs que le TCE permet aux investisseurs étrangers d’attaquer toute législation nationale qui peut nuire à leurs attentes de bénéfices, le système d’arbitrage permettant aux investisseurs de remettre en cause des législations nationales en faveur de l’environnement et du climat; |
| 1.8. | rappelle que le TCE n’est pas destiné à s’appliquer aux relations intra-UE puisqu’il avait été négocié en tant qu’instrument de la politique extérieure de l’Union européenne dans le cadre de la coopération énergétique avec des pays tiers. À cet égard, la Commission européenne propose la conclusion d’un accord international entre l’Union, Euratom et les États membres, ayant pour objectif de confirmer leur communauté de vues sur le fait que l’article 26 du TCE n’a jamais été, n’est pas et ne sera jamais applicable dans le cadre des relations intra-EU; |
| 1.9. | salue les efforts de la Commission européenne visant à réduire le plus possible les risques de procédures arbitrales intra-UE. L’accord inter se constitue une étape importante pour réaliser cet objectif; |
| 1.10. | encourage la Commission, les États membres et le Parlement européen à conclure d’autres accords inter se avec des pays tiers s’étant retirés du TCE, comme le Royaume-Uni, pour éliminer le risque de procédures d’arbitrage dû à la clause de survie de vingt ans du TCE (1). Même si la réforme du TCE est adoptée à l’unanimité, comme le prévoit l’article 36 du TCE, en décembre 2024, les problèmes de fond subsistent. En premier lieu, le mécanisme de RDIE défectueux reste l’élément clé du traité. Concernant les autres défaillances mentionnées ci-dessus, seuls des ajustements partiels pour remédier aux abus les plus évidents ont été négociés. L’abandon progressif de la protection des investissements dans les énergies fossiles prévu dans la version réformée du TCE est peu ambitieux: il ne concerne pas toutes les parties contractantes et les longs délais prévus ne parviennent pas à réconcilier le TCE avec la législation européenne; |
| 1.11. | invite la Commission européenne et les États membres à étudier des mécanismes juridiques permettant de neutraliser collectivement les effets de la clause de survie de vingt ans du TCE, afin d’éviter que les anciennes parties contractantes ne soient soumises à des risques d’arbitrage prolongés susceptibles d’entraver les objectifs de l’Union européenne en matière de climat et de transition énergétique; |
| 1.12. | compte tenu des problèmes évoqués, invite les États membres qui sont encore parties contractantes du TCE à envisager leur retrait de ce traité; |
| 1.13. | plaide pour l’élaboration d’un nouveau cadre multilatéral de coopération énergétique qui donne la priorité aux sources d’énergie durables et renouvelables, en veillant à ce que tout accord futur soit pleinement aligné sur les objectifs du pacte vert pour l’Europe, prenne en compte la transition juste et respecte les principes de transparence, de démocratie et d’état de droit. |
2. NOTES EXPLICATIVES
Arguments à l’appui de la recommandation 1.1
| 2.1. | Le traité sur la Charte de l’énergie (TCE) est un accord multilatéral de commerce et d’investissement applicable au secteur de l’énergie, signé en 1994 et entré en vigueur en 1998. Le mécanisme de RDIE constitue l’élément clé du TCE, qui est le traité d’investissement le plus utilisé par les investisseurs étrangers, dans le monde entier, pour poursuivre les pays. L’on dénombre actuellement 162 procédures d’arbitrage d’investissements engagées en vertu du traité sur la Charte de l’énergie (2). Environ 70 % d’entre elles sont des procédures d’arbitrage d’investissements intra-UE, jugées illicites par la CJUE. |
| 2.2. | Le TCE n’a fait l’objet d’aucune mise à jour importante depuis sa création il y a plus de vingt-cinq ans. Il est généralement reconnu que le TCE est en contradiction avec le droit de l’Union européenne dans les domaines de la législation du pacte vert pour le climat et des normes de protection des investissements. |
Arguments à l’appui des recommandations 1.3, 1.4 et 1.5
| 2.3. | En juin 2022, lors de la présentation du prétendu «accord de principe» qui clôturait les négociations sur la réforme du TCE, l’UE, Euratom et tous les États membres (à l’exception de l’Italie qui s’était déjà retirée en 2016), étaient parties contractantes au TCE, tout comme le Japon, la Suisse, la Turquie et la plupart des pays des Balkans occidentaux et de l’ex-URSS, à l’exception de la Russie et de la Biélorussie. |
| 2.4. | Vu les résultats insuffisants des négociations, la réforme du TCE n’a pas obtenu la majorité qualifiée des voix des États membres et a donc échoué en novembre 2022. Par la suite, de plus en plus d’États membres se sont retirés du traité: la France, l’Allemagne, la Pologne, le Luxembourg, la Slovénie, le Portugal, l’Espagne et les Pays-Bas. Le Danemark et l’Irlande ont également annoncé leur intention de se retirer du TCE. Le Royaume-Uni est le premier pays n’appartenant pas à l’UE à s’être retiré du traité. Le Parlement européen a également déclaré clairement qu’il ne soutenait pas la réforme du TCE, invitant l’Union et les États membres à organiser un retrait coordonné dudit traité (3). |
| 2.5. | Un retrait du TCE est possible conformément à son article 47, paragraphe 3. Après la notification du retrait d’un pays, ce pays reste encore partie contractante du TCE pendant un an. Après cette date, la clause de survie s’applique, ce qui signifie que le recours au mécanisme de RDIE pour les investissements existants reste possible pendant une durée de vingt ans. |
| 2.6. | En juin 2024, l’Union européenne et Euratom ont notifié leur retrait respectif du TCE (4). En parallèle, les États membres qui sont encore parties contractantes au TCE ont été tenus de ne pas empêcher une réforme future du TCE étant donné la non-conformité du traité obsolète avec les objectifs climatiques de l’UE et les normes de protection des investissements. |
Arguments à l’appui des recommandations 1.6 et 1.7
| 2.7. | Le troisième axe d’action de l’UE quant au TCE concerne la nécessité d’agir face aux investisseurs étrangers déposant des plaintes en arbitrage dans le cadre de litiges intra-UE, ce qui est contraire à la jurisprudence de la CJUE. Bien qu’il ne soit plus possible de faire exécuter un jugement arbitral intra-UE au sein de l’Union européenne, cela n’arrête pas les investisseurs étrangers. Les cabinets d’avocats spécialisés recommandent ouvertement à leurs clients potentiels d’effectuer des recherches pour trouver des pays tiers où les États membres ont des actifs et d’entamer des procédures d’exécution dans ces pays-là. Un conflit de normes s’annonce. |
| 2.8. | La Commission européenne a donc proposé une démarche en deux étapes: une déclaration et un accord international au contenu similaire ont été élaborés, et confirment la communauté de vues des États membres sur le fait que le mécanisme de RDIE du TCE n’a jamais été, n’est pas et ne sera jamais applicable dans les relations intra-UE. |
Arguments à l’appui des recommandations 1.8 à 1.10
| 2.9. | La réforme envisagée du traité n’a pas pu résoudre les problèmes de fonds du TCE. En particulier, le mécanisme de RDIE reste en place sans grandes modifications. Bien que certaines définitions, comme celles du «traitement loyal et équitable» ou de l’investisseur, aient été légèrement modifiées, force est de constater que le processus de réforme s’est restreint à limiter les dysfonctionnements les plus évidents sans toucher au système de RDIE proprement dit. |
| 2.10. | Le même constat est valable pour le conflit entre le TCE et les objectifs climatiques. Bien que l’abandon progressif de la protection des investissements fossiles soit prévu dans le TCE, les délais de transition fixés ne répondent pas à l’urgence de sortir des énergies fossiles et ne concernent que les parties contractantes ayant opté pour une sortie des énergies fossiles (UE et Royaume-Uni). |
| 2.11. | Étant donné le résultat insuffisant de la réforme, celle-ci n’a pas obtenu le consentement de la majorité des États membres et a donc échoué. Depuis, l’UE, avec Euratom et 9 États membres (Italie, France, Allemagne, Pologne, Luxembourg, Slovénie, Portugal, Espagne, Pays-Bas) et le Royaume-Uni ont déjà notifié leur retrait du TCE, deux autres États membres (Danemark, Irlande) ayant également annoncé leur intention d’en sortir. |
| 2.12. | De plus, les tribunaux arbitraux ne respectent pas la jurisprudence de la CJUE, à savoir l’arrêt Komstroy, et continuent à rendre des sentences dans des litiges intra-UE. Étant donné que la plupart des litiges sur la base du TCE sont des litiges intra-UE, l’Union doit agir de manière appropriée et immédiate. |
Bruxelles, le 4 décembre 2024.
Le président
du Comité économique et social européen
Oliver RÖPKE
(1) Model Inter Se Agreement to Neutralize the Survival Clause of the Energy Charter Treaty Between the EU and Other non-EU Contracting Parties | International Institute for Sustainable Development (iisd.org).
(2) Statistics – Energy Charter Treaty ainsi que Search Cases | ICSID (worldbank.org) pour les litiges entamés au cours de l’année 2024.
(3) Résolution du Parlement européen du 24 novembre 2022 sur le résultat de la modernisation du traité sur la Charte de l’énergie.
(4) Traité sur la Charte de l’énergie: l’UE notifie son retrait – Consilium (europa.eu).
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/776/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.114781
30/12/2024
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.114943
30/12/2024
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.116252
30/12/2024
Avis institutionnel — 52024AB0042
30/12/2024