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AccueilDroit européen52024AE4085
Avis institutionnel52024AE4085

Avis du Comité économique et social européen — Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (UE) 2020/2220 en ce qui concerne des mesures spécifiques au titre du Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader) visant à fournir une aide supplémentaire aux États membres touchés par des catastrophes naturelles [COM(2024) 495 final — 2024/0274 (COD)]

CELEX52024AE4085
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 4 décembre 2024

Résumé IA

Cet avis du Comité économique et social européen (CESE) porte sur une proposition de règlement visant à modifier le règlement (UE) 2020/2220 afin d'activer des mesures spécifiques du Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader). L'objectif est de fournir une aide financière supplémentaire et ciblée aux États membres confrontés à des catastrophes naturelles, en assouplissant les règles de gestion des fonds pour répondre plus rapidement aux crises. Pour un professionnel du droit français, ce texte est pertinent car il pourrait permettre à la France de mobiliser des fonds européens additionnels pour soutenir les agriculteurs et les zones rurales sinistrés, en dérogeant temporairement à certaines obligations de programmation.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2025/775

11.2.2025

Avis du Comité économique et social européen

Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (UE) 2020/2220 en ce qui concerne des mesures spécifiques au titre du Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader) visant à fournir une aide supplémentaire aux États membres touchés par des catastrophes naturelles

[COM(2024) 495 final — 2024/0274 (COD)]

(C/2025/775)

Rapporteur général:

Peter SCHMIDT

Consultation

Conseil, 25.10.2024

Parlement européen, 25.10.2024

Base juridique

Article 43, paragraphe 2, et article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Agriculture, développement rural et environnement

Adoption en session plénière

4.12.2024

Session plénière n°

592

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

138/2/6

1. Conclusions et recommandations

Le Comité économique et social européen (CESE),

1.1.

considère l’aggravation des répercussions des catastrophes climatiques comme un élément moteur de la proposition à l’examen. Les phénomènes induits par le climat, y compris les récentes inondations en Europe centrale et orientale, les incendies de forêt au Portugal et les inondations catastrophiques à Valence, en Espagne, témoignent d’une crise qui connaît une aggravation rapide. Le CESE soutient pleinement le principe de l’aide d’urgence en cas de catastrophe pour faire face à ces crises récentes et reconnaît qu’il est urgent d’agir rapidement afin que les communautés touchées puissent bénéficier d’une assistance rapide. La proposition de la Commission vise à répondre à ces besoins immédiats et reflète la reconnaissance par l’UE du fait que la fréquence et la gravité des phénomènes liés au climat ne feront qu’augmenter, exposant les régions rurales vulnérables à un risque plus élevé;

1.2.

réaffirme son soutien résolu aux zones rurales, comme il l’a déjà souligné dans de précédents avis (1). À mesure que les phénomènes météorologiques extrêmes augmentent, les zones rurales d’Europe, souvent déjà en situation de vulnérabilité, sont confrontées à une aggravation des difficultés alors qu’elles disposent de peu de marge de manœuvre pour absorber de nouvelles pertes. Sans une planification délibérée, ces communautés, d’une importance vitale pour la sécurité alimentaire et le patrimoine culturel de l’Europe, risquent d’être laissées pour compte. Par conséquent, il est essentiel que les fonds réaffectés pour répondre aux besoins urgents n’éclipsent pas ou ne compromettent pas les priorités à long terme en matière de développement rural;

1.3.

souligne que la proposition actuelle, tout en apportant une réponse nécessaire et rapide en cas de crise, repose sur la réaffectation de fonds provenant du programme de développement rural existant. Cette approche, bien qu’efficace à court terme, pourrait entraîner une situation où des besoins critiques en matière de développement rural resteraient non satisfaits. Priver ces communautés de fonds dans le cadre d’une réaction en cas de crise pourrait, de manière non intentionnelle, accroître les inégalités et aggraver les difficultés économiques dans des zones qui ne peuvent pas se le permettre. La réaction de l’Europe aux catastrophes naturelles doit être conçue de manière non seulement à apporter une aide immédiate, mais aussi à protéger la stabilité et la résilience à long terme des communautés rurales. Les politiques élaborées aujourd’hui devraient tenir compte de la menace croissante que représente le changement climatique et mettre en place des mesures proactives qui garantissent que personne ne sera laissé pour compte, comme le souligne la vision à long terme de l’UE pour les zones rurales. Cette vision plaide en faveur de la résilience et d’une planification à long terme afin de renforcer les communautés rurales et de les protéger contre les défis environnementaux et économiques qui se multiplient;

1.4.

invite dès lors la Commission européenne à veiller à ce que les projets de développement rural ne soient pas relégués au second plan ou sacrifiés en faveur d’une aide d’urgence en cas de catastrophe. Des initiatives rurales vitales apportent une stabilité et offrent des possibilités à ces régions; priver ces programmes de ressources pourrait susciter du ressentiment et, partant, alimenter le sentiment anti-européen et l’extrémisme. L’Union doit accorder la priorité à la fois à l’aide d’urgence et au bien-être durable des communautés rurales;

1.5.

recommande à la Commission de mettre en place un fonds européen spécifique pour les catastrophes climatiques afin de lutter efficacement contre celles-ci. Ce nouveau fonds permettrait à l’Union de réagir aux catastrophes liées au climat à l’intérieur de ses propres frontières, tout en préservant les budgets du développement rural. Un tel fonds spécifique européen viendrait compléter le fonds international mis en place lors de la COP 28 et n’aurait pas d’incidence sur les engagements pris par l’UE au niveau mondial en faveur de la résilience internationale face au changement climatique, ni n’entrerait en concurrence avec ceux-ci. Ce fonds de l’UE refléterait plutôt l’engagement de l’Union en faveur d’un avenir dans lequel la croissance et la résilience rurales peuvent coexister avec une réaction efficace aux catastrophes. En outre, il viendrait compléter les fonds existants couvrant les catastrophes naturelles, tels que la réserve agricole au titre du règlement OCM (article 226), l’aide à l’investissement au titre de la PAC, qui vise à restaurer le potentiel agricole ou forestier à la suite de catastrophes naturelles, de phénomènes climatiques défavorables ou d’événements catastrophiques, et le Fonds de solidarité de l’Union européenne;

1.6.

reconnaît la nécessité de telles mesures immédiates de réaction aux crises, mais souligne que l’UE ne peut pas compter uniquement sur des mesures réactives. Une stratégie fondée sur une réaffectation dictée par l’urgence risque de laisser certaines communautés rurales à la traîne. Un cadre européen global et proactif pour la préparation aux catastrophes, visant notamment à faire face aux effets du changement climatique, est essentiel pour maintenir la stabilité et favoriser la résilience dans l’ensemble des régions rurales de l’UE. À cette fin, le Comité apprécie le fait que le principe «Reconstruire en mieux» soit repris dans l’amendement au règlement, cette approche prospective étant de nature à renforcer la résilience face aux catastrophes futures;

1.7.

souligne en outre que la prévention demeure de loin l’option la plus efficace et la plus durable sur le long terme. Des données scientifiques montrent que les solutions fondées sur la nature, comme la restauration des zones humides, la reforestation des zones dégradées et la mise en œuvre de systèmes durables de gestion de l’eau, peuvent atténuer les effets des phénomènes météorologiques extrêmes (2) (3). Ces mesures présentent un bon rapport coût-efficacité et contribuent à ralentir le cycle de l’eau, à améliorer la rétention d’eau verte et à se prémunir contre les températures extrêmes. Investir dans de telles actions préventives permettrait non seulement de réduire le besoin de recourir à des mesures réactives coûteuses, mais aussi de renforcer la résilience des zones rurales et des écosystèmes;

1.8.

invite la Commission à intégrer davantage les approches préventives, en particulier les solutions fondées sur la nature, dans les politiques de résilience face aux catastrophes et de développement rural. Cela permettrait de s’attaquer aux causes profondes des vulnérabilités et de réduire au fil du temps la charge financière et sociétale pesant sur les mécanismes de réaction d’urgence;

1.9.

se félicite de la possibilité prévue dans la proposition de simplifier les procédures, ce qui permettra d’accélérer l’acheminement de l’aide et de réduire les charges administratives pesant sur les régions touchées. Le CESE recommande que des processus rationalisés soient intégrés dans les futures politiques en vue d’une plus grande réactivité en temps de crise;

1.10.

demande que la future planification de la réaction aux catastrophes climatiques donne la priorité à la préservation et à l’augmentation des budgets consacrés au développement rural. Si le CESE soutient pleinement les amendements proposés visant à faire face à la crise actuelle, il souligne l’importance de préserver ces fonds afin de servir les objectifs plus larges de l’UE en matière de développement. Le Comité invite la Commission à éviter de puiser à nouveau dans les fonds de développement rural pour assurer l’aide réactive en cas de catastrophe. Pour être prête à faire face aux futures catastrophes climatiques, l’UE doit passer de mesures réactives à une planification proactive, comme indiqué au point 1.5, et mettre en place des mécanismes spécifiques dotés d’un financement et d’une cohérence accrus tout en renforçant les fonds existants, de manière à ne pas compromettre le développement rural à long terme. Le CESE souligne que, si cette approche est justifiée par la crise actuelle, l’UE ne peut pas systématiquement revoir les fonds de développement rural ou d’autres instruments tels que la politique de cohésion chaque fois que des catastrophes surviennent;

1.11.

souligne l’urgence d’adopter une approche coordonnée de l’UE en matière de résilience au changement climatique. Ce règlement illustre la vulnérabilité de l’Europe aux répercussions du changement climatique et met en exergue la nécessité d’une planification solide à long terme. Si la proposition à l’examen répond efficacement aux besoins immédiats, elle met également en lumière l’importance de disposer d’un cadre à l’échelle de l’UE pour la résilience au changement climatique qui prévoie un financement stable et spécifique pour des mesures tant proactives que réactives.

Bruxelles, le 4 décembre 2024.

Le président

du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) JO C 517 du 22.12.2021, p. 114.

JO C 290 du 29.7.2022, p. 137.

JO C, C/2024/1570, 5.3.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/1570/oj.

JO C, C/2024/4055, 12.7.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/4055/oj.

(2) Document de position de l’UICN pour la COP 27 de la CCNUCC, 2022.

(3) Des solutions fondées sur la nature pour l’atténuation du changement climatique, PNUE, 2021.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/775/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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