COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 22.5.2024
COM(2024) 197 final
RAPPORT DE LA COMMISSION AU CONSEIL ET AU PARLEMENT EUROPÉEN
sur l’avancement de la mise en œuvre de la directive 2011/70/EURATOM du Conseil, un inventaire des déchets radioactifs et du combustible usé présents sur le territoire de la Communauté et les perspectives futures
TROISIÈME RAPPORT
{SWD(2024) 123 final} - {SWD(2024) 127 final}
1INTRODUCTION
2LES DÉCHETS RADIOACTIFS ET LES COMBUSTIBLES USÉS DANS L’UNION EUROPÉENNE
2.1L’origine des déchets radioactifs et du combustible usé
2.2Estimations et tendances de l’inventaire
2.3Perspectives futures
2.4Tendances et difficultés
3GARANTIR UNE GESTION SÛRE ET RESPONSABLE DU COMBUSTIBLE USÉ ET DES DÉCHETS RADIOACTIFS
3.1Cadres nationaux
3.1.1 Autorités réglementaires compétentes
3.1.2 Titulaires d’une autorisation
3.1.3 Compétences et qualifications
3.1.4 Ressources financières
3.1.5 Transparence et participation du public
3.1.6 Infractions
3.2Programmes nationaux
3.2.1 État d’avancement
3.2.2 Principaux plans et politiques
3.2.3 Suivi des progrès dans la mise en œuvre
3.2.4 Activités de recherche, de développement et de démonstration
3.2.5 Infractions
3.3Autoévaluations et évaluations internationales par des pairs
4CONCLUSIONS
1INTRODUCTION
Aux termes de l’article 14, paragraphe 2, de la directive 2011/70/Euratom du Conseil sur la gestion responsable et sûre du combustible usé et des déchets radioactifs (ci-après la «directive»), la Commission a l’obligation de remettre au Parlement européen et au Conseil:
·des rapports sur les progrès réalisés dans la mise en œuvre de la directive; et
·un inventaire des déchets radioactifs et du combustible usé présents sur le territoire de la Communauté européenne de l’énergie atomique (ci-après la «Communauté») et des prévisions pour l’avenir, établis sur la base des rapports nationaux que les États membres doivent présenter tous les trois ans conformément à l’article 14, paragraphe 1, de la directive.
En 2017 et 2019, la Commission a présenté au public de l’Union deux rapports sur l’avancement de la mise en œuvre,, qui donnent une vue d’ensemble complète de la situation. Ce troisième rapport porte sur la période allant de 2018 à 2021.
Il s’appuie sur les rapports nationaux que les États membres devaient présenter à la Commission pour le 23 août 2021 (ci-après la «date de présentation des rapports»). Il porte sur l’inventaire global des déchets radioactifs et du combustible usé présents sur le territoire de l’Union (section 2) ainsi que sur le respect par les États membres des principaux éléments de la directive (section 3), et présente les conclusions de la Commission (section 4).
Deux documents de travail des services de la Commission sont joints au présent rapport:
·le premier présente l’inventaire des déchets radioactifs et du combustible usé de l’Union européenne et les perspectives à cet égard, avec comme date de référence décembre 2019; et
·le second décrit la situation générale en matière de gestion du combustible usé et des déchets radioactifs dans la Communauté sur la base d’analyses des rapports nationaux effectuées par la Commission.
La section 2 ci-dessous donne une vue d’ensemble des inventaires des déchets radioactifs et du combustible usé dans l’EU‑27, y compris des tendances et des perspectives à cet égard. La section 3 résume l’évaluation de la manière dont les cadres et politiques nationaux sont actuellement mis en œuvre dans le cadre de la directive, en mettant en évidence les progrès réalisés et les défis à relever par rapport aux cycles de rapports précédents.
2LES DÉCHETS RADIOACTIFS ET LES COMBUSTIBLES USÉS DANS L’UNION EUROPÉENNE
Conformément aux exigences de la directive, la Commission fournit, périodiquement, une vue d’ensemble transparente et complète des inventaires de combustible usé et de déchets radioactifs présents sur le territoire de la Communauté ainsi que des perspectives. Ces informations sont essentielles pour déterminer si les États membres ont prévu des mesures raisonnables dans leurs politiques et programmes nationaux pour réduire au minimum les quantités produites et garantir en temps utile des capacités d’entreposage et de stockage suffisantes afin d’éviter de faire peser une charge excessive sur les générations futures en ce qui concerne la gestion du combustible usé et des déchets radioactifs.
2.1L’origine des déchets radioactifs et du combustible usé
Tous les États membres produisent des déchets radioactifs résultant de diverses activités, des applications médicales à la production d’électricité. Dix-sept États membres au total gèrent également du combustible nucléaire usé sur leur territoire. Il importe de veiller à la gestion sûre de ces matières, depuis leur production jusqu’à leur stockage final, en raison de leurs propriétés radiologiques et des dangers potentiels qu’elles représentent pour les travailleurs, la population et l’environnement. Il faut pour ce faire assurer un confinement de ces matières et les isoler des personnes et du milieu vivant pendant des périodes allant de plusieurs jours à plusieurs centaines de milliers d’années, en fonction de la teneur en radioactivité de la matière.
La plupart des déchets radioactifs proviennent de centrales nucléaires et d’activités connexes liées au cycle du combustible nucléaire. De plus petites quantités de déchets radioactifs résultent d’utilisations de matières radioactives à des fins autres que la production d’électricité, comme la production de radio-isotopes destinés à des applications médicales et industrielles, ou proviennent d’installations de recherche telles que des laboratoires ou des réacteurs de recherche.
Chaque État membre décide de la composition de son bouquet énergétique et, à la date du rapport, on comptait des centrales nucléaires en activité dans 13 pays. Deux autres États membres, la Lituanie et l’Italie, avaient mis fin à leur programme nucléaire et étaient en train de déclasser leurs installations nucléaires. À la fin de la période de référence, les 15 États membres disposant de programmes nucléaires représentaient ensemble 99,5 % en volume de l’inventaire des déchets radioactifs présents sur le territoire de l’Union.
À la date du rapport, on comptait 103 réacteurs nucléaires en exploitation, soit une capacité totale installée d’environ 101 GWe, 66 réacteurs nucléaires arrêtés définitivement et en cours de déclassement, et trois intégralement déclassés. On comptait par ailleurs 30 réacteurs de recherche dans 18 États membres, soit en exploitation, soit en arrêt de longue durée, soit en cours de déclassement. De nouvelles quantités de déchets radioactifs à vie longue et de combustible usé seront donc produites et devront être gérées sur le long terme de manière sûre, jusqu’à ce qu’elles soient stockées.
2.2Estimations et tendances de l’inventaire
Les services de la Commission ont collaboré avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et l’Agence pour l’énergie nucléaire de l’OCDE afin de définir un ensemble harmonisé de données sur la déclaration des inventaires nationaux, et ont soutenu l’élaboration d’un outil harmonisé de l’AIEA pour l’établissement des rapports – le système d’information sur le combustible usé et les déchets radioactifs (SRIS) – afin d’aider les États membres à présenter des inventaires complets et à jour.
La Commission a également réalisé une étude sur l’analyse comparative des inventaires nationaux , puis une autre étude sur les systèmes de classification des déchets radioactifs dans l’Union européenne.
Dans la première étude, elle a conclu que la méthode de communication normalisée employée entre les titulaires d’une autorisation et les autorités semblait efficace et adaptée aux besoins des utilisateurs. Elle a également souligné que la classification des déchets radioactifs pouvait ne pas s’appliquer systématiquement à tous les déchets déclarés dans les rapports nationaux, et que les approches, méthodes et outils employés par les États membres pour établir leurs inventaires n’étaient pas systématiquement publiés.
Dans la deuxième étude, elle a confirmé qu'il ne semblait pas nécessaire d’adopter un système harmonisé de classification des déchets dans l’ensemble des États membres, bien qu’il demeure nécessaire d’harmoniser l’établissement des rapports.
La qualité de l’inventaire n’a pas beaucoup changé par rapport au cycle de rapports précédent. Un tiers des États membres (principalement ceux disposant d’un programme nucléaire) ont fourni des informations détaillées dans leurs inventaires, tandis que la plupart des autres ont communiqué des données d’inventaire incomplètes et dans le même format que lors du premier cycle de rapports. En juin 2023, huit États membres avaient introduit leurs données d’inventaire dans le SRIS. Les autres États membres sont encouragés à profiter, eux aussi, de l’établissement systématique de rapports au moyen de ce système. La Commission continuera d’aider les États membres pour les aspects liés à la qualité et à l’harmonisation des rapports, principalement en encourageant l’utilisation du SRIS.
La plupart des États membres ont présenté leur inventaire des déchets radioactifs en utilisant le système de classification appliquant la norme nº GSG‑1 du guide de sûreté de l’AIEA ou ont fourni des matrices permettant de convertir les données de leur système national de classification dans le système de classification recommandé par l’AIEA.
À la fin de l’année 2019, l’inventaire estimatif total de déchets radioactifs sur le territoire de l’EU‑27 était de 2 334 000 m³ (soit une augmentation de 5 % par rapport à la période de référence précédente, ce qui correspond à une production annuelle moyenne inférieure à 40 000 m³).
Environ 66 % de ces déchets avaient été stockés (1 552 000 m³) et 34 % (782 000 m³) étaient entreposés et devront être gérés ultérieurement. Les données montrent que, dans les États membres disposant de filières d’évacuation des déchets de très faible et de faible activité, le processus qui couvre la production jusqu’au stockage final semble généralement bien rodé; pour ces catégories de déchets, les quantités entreposées ont diminué de 10 % (28 000 m³), tandis que les quantités stockées ont augmenté de 8 % (122 000 m³). Sans surprise, la situation était différente pour les déchets de moyenne et de haute activité ainsi que pour le combustible usé, étant donné qu’il n’existe pas actuellement d’installations de stockage opérationnelles pour traiter ces catégories de déchets.
| Encadré 1 Volume et statut des déchets radioactifs au sein de l’Union européenne, fin 2016 et 2019. | Volumes (en milliers de m3) | | Année | Déchets entreposés | Déchets stockés | Total | | | 2016 | 2019 | 2016 | 2019 | 2016 | 2019 | | DTFA | 233 | 233 | 369 | 462 | 601 | 695 | | DFA | 381 | 353 | 1 039 | 1 068 | 1 420 | 1 421 | | DMA | 178 | 191 | 12 | 22 | 190 | 213 | | DHA | 4,5 | 4,8 | 0 | 0 | 4,5 | 4,8 | | Total | 796 | 782 | 1 420 | 1 552 | 2 216 | 2 334 | Répartition des volumes totaux de déchets radioactifs dans les États membres dotés d’un programme nucléaire, fin 2019. |
La répartition des déchets radioactifs par catégorie est restée, pour l’essentiel, inchangée, la plus grande partie étant constituée des déchets de faible activité, suivis des déchets de très faible activité. Il convient de relever, en particulier, que certains États membres ne prévoient pas de catégorie distincte pour les déchets de très faible activité, telle que définie dans le système de classification des déchets GSG‑1 de l’AIEA. Ces déchets sont déclarés dans la catégorie des déchets de faible activité. Il en résulte que les quantités de déchets de très faible activité déclarées sont sous-estimées, tandis que les quantités de déchets de faible activité déclarées sont surestimées.
Les déchets de moyenne et de haute activité sont produits et entreposés de manière sûre principalement dans les États membres dotés d’un programme nucléaire.
| Encadré 2 – Répartition des déchets radioactifs par catégorie. |
À la fin de l’année 2019 , environ 54 700 tonnes de métal lourd (tML) de combustible usé étaient entreposées dans l’EU‑27 (soit une augmentation d’environ 5 % par rapport à 2016 et de 12 % par rapport à 2013). Environ 1,5 % de ce combustible usé a été expédié en vue de son retraitement en dehors de l’Union européenne, les déchets radioactifs résultant du retraitement devant être réacheminés dans l’Union.
Tout le combustible usé présent dans l’Union est actuellement entreposé, car il n’existe dans le monde aucun centre de stockage civil en service pour le combustible usé. La plupart des États membres qui exploitent des centrales nucléaires prévoient le stockage définitif de leur combustible usé, sans retraitement, dans des installations en couches géologiques profondes. Toutefois, certains procèdent au retraitement de leur combustible usé, tandis que d’autres maintiennent la possibilité d’un retraitement dans leurs politiques.
2.3Perspectives futures
Dans le rapport précédent, les données d’inventaire communiquées par les États membres avaient permis à la Commission de présenter, pour la première fois, les perspectives de création d’un inventaire Euratom des déchets radioactifs et du combustible usé jusqu’en 2030. Au cours du cycle de rapports actuel, certains États membres ont fourni des prévisions d’inventaire actualisées, qui ont permis d’établir des prévisions actualisées à l’horizon 2030.
| Encadré 3 – Évolution des inventaires des déchets radioactifs (à gauche) et du combustible usé (à droite).  Documents similaires |