LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilDroit européen52024DC0270
Acte préparatoire52024DC0270

RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL RAPPORT DE 2024 SUR L'ÉTAT DE LA CONVERGENCE (élaboré conformément à l'article 140, paragraphe 1, du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne)

CELEX52024DC0270
TypeActe préparatoire
Datemercredi 26 juin 2024

Résumé IA

Ce rapport de la Commission évalue les progrès réalisés par les États membres non membres de la zone euro (Bulgarie, République tchèque, Hongrie, Pologne, Roumanie et Suède) vers le respect des critères de convergence nécessaires à l'adoption de l'euro. Il examine la compatibilité de leur législation nationale avec les traités, ainsi que leur degré de convergence économique (stabilité des prix, finances publiques, taux de change et taux d'intérêt à long terme). Pour un professionnel du droit français, ce document est essentiel pour anticiper les évolutions institutionnelles et monétaires de l'Union, notamment en ce qui concerne l'élargissement potentiel de la zone euro et ses implications juridiques.

Texte intégral

european flagCOMMISSION EUROPÉENNE

Bruxelles, le 26.6.2024

COM(2024) 270 final

RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL

RAPPORT DE 2024 SUR L'ÉTAT DE LA CONVERGENCE















(élaboré conformément à l'article 140, paragraphe 1, du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne)






{SWD(2024) 270 final}


1.OBJET DU RAPPORT

L’euro a vocation à devenir la monnaie unique de toute l’Union européenne. Il est à présent utilisé chaque jour par environ 350 millions de personnes dans les 20 États membres de la zone euro. Parmi les avantages pratiques figurent la stabilité accrue des prix, la réduction des coûts de transaction pour les personnes et les entreprises, des marchés plus transparents et compétitifs et l’intensification du commerce intra-européen et international. L’euro est la deuxième monnaie la plus utilisée dans le monde.

Conformément à l’article 140, paragraphe 1, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), tous les deux ans au moins ou à la demande de l’un des États membres faisant l’objet d’une dérogation 1 , la Commission et la Banque centrale européenne (BCE) font rapport au Conseil sur les progrès réalisés par les États membres dans l’accomplissement de leurs obligations pour la réalisation de l’Union économique et monétaire. Les derniers rapports de la Commission et de la BCE sur l’état de la convergence ont été adoptés en juin 2022.

Le rapport de 2024 sur l’état de la convergence concerne les six États membres suivants faisant l’objet d’une dérogation: la Bulgarie, la Tchéquie, la Hongrie, la Pologne, la Roumanie et la Suède 2 . Le document de travail des services de la Commission joint au présent rapport contient une évaluation plus détaillée de l’état de la convergence dans ces pays 3 .

En vertu de l’article 140, paragraphe 1, du TFUE, les rapports doivent examiner notamment si la législation nationale de chacun des États membres faisant l’objet d’une dérogation, y compris les statuts de sa banque centrale nationale, est compatible avec les articles 130 et 131 du TFUE et avec les statuts du Système européen de banques centrales (SEBC) et de la Banque centrale européenne (BCE). Ils doivent aussi examiner si l’État membre concerné a atteint un degré élevé de convergence durable, sur la base des quatre critères de convergence (stabilité des prix, situation des finances publiques, stabilité du taux de change et taux d’intérêt à long terme) et compte tenu également des autres facteurs relatifs à l’intégration économique et à la convergence énumérés à l’article 140, paragraphe 1, dernier alinéa, du TFUE. Les quatre critères de convergence sont développés dans un protocole annexé aux traités (protocole nº 13 sur les critères de convergence).

L’évaluation de la convergence exposée dans le présent rapport a été influencée par plusieurs mesures politiques et chocs économiques majeurs au cours des deux dernières années. L’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie le 24 février 2022 et l’utilisation ultérieure de l’énergie comme arme politique ont perturbé le marché mondial de l’énergie ainsi que les chaînes d’approvisionnement. Les prix de l’énergie ont atteint des niveaux record en août 2022. L’économie de l’Union a fait preuve d’une résilience remarquable dans ce contexte difficile. Elle a réussi à réduire sa dépendance à l’égard des combustibles fossiles russes de même qu’à limiter les retombées néfastes sur l’activité économique. Néanmoins, sous la pression des prix de l’énergie, des denrées alimentaires et des autres matières premières, l’inflation globale dans l’UE a culminé à 11,5 % en glissement annuel en octobre 2022, tandis que les écarts d’inflation entre les États membres de l’UE ont également atteint des sommets historiques. L’économie de l’UE a perdu de sa vigueur en 2023, affaiblie par l’érosion du pouvoir d’achat des ménages, par une conjoncture extérieure défavorable et par le durcissement des conditions de financement. Alors que les prix de l’énergie sont redescendus de leurs sommets et que le resserrement monétaire a produit ses effets sur l’économie, l’inflation annuelle basée sur l’IPCH s’est fortement ralentie, atteignant 2,7 % en mai 2024. La flambée des prix de l’énergie en 2022 a également conduit de nombreux États membres à prendre des mesures de soutien d’urgence dans le domaine de l’énergie pour atténuer les incidences économiques et sociales. En 2023, le coût de ces mesures d’urgence pour le déficit public est estimé à près de 1 % du PIB pour l’ensemble de l’UE, mais une réduction considérable des mesures liées à l’énergie est prévue en 2024 (de 0,8 point de pourcentage à 0,2 % du PIB).

Parallèlement, la mise en œuvre régulière de la facilité pour la reprise et la résilience (FRR) et des programmes de la politique de cohésion continue à soutenir des réformes et investissements majeurs dans un large éventail de domaines stratégiques de l’UE ainsi qu’à appuyer la viabilité budgétaire.

Conçue en réaction aux conséquences économiques et sociales de la pandémie de COVID-19 et mise en place en février 2021, la FRR est la pièce maîtresse de NextGenerationEU (NGEU), l’instrument de relance de l’UE. Elle s’est également révélée être un instrument souple qui aide les États membres à faire face aux défis et circonstances susmentionnés. Dans le cadre du plan REPowerEU, les États membres ont bénéficié de ressources supplémentaires grâce à l’intégration, dans leurs plans pour la reprise et la résilience (PRR), de chapitres REPowerEU, notamment de réformes et d’investissements qui diversifient l’approvisionnement de l’UE en énergie, accélèrent la transition écologique et soutiennent les ménages vulnérables. Au début du mois de juin 2024, 240,3 milliards d’EUR avaient été décaissés en vue du respect de jalons et de cibles pour des réformes et investissements ambitieux. La modélisation de la Commission indique que NGEU peut potentiellement induire une augmentation du PIB réel de l’UE pouvant atteindre 1,4 % en 2026 par rapport à un scénario sans NGEU 4 .

Les fonds de la politique de cohésion de l’UE fournissent 378 milliards d’EUR aux États membres pour la période 2021-2027. La politique de cohésion se concentre sur des domaines essentiels à la promotion de la convergence et de la compétitivité au moyen d’investissements à long terme conformes aux priorités de l’Union. Ses interventions visent tout particulièrement à améliorer la productivité, à promouvoir une croissance durable, à stimuler l’innovation et à améliorer les compétences de la main-d’œuvre, ainsi qu’à faciliter l’accès aux services publics et à favoriser l’intégration dans le marché unique grâce à de meilleures infrastructures.

La politique de cohésion a un impact positif majeur sur la structure des économies de l’UE. Des simulations modélisées récentes suggèrent que les programmes 2014-2020 et 2021-2027, pris ensemble, pourraient augmenter le PIB de l’UE de près de 1 % à la fin de leur mise en œuvre. L’incidence de la politique est particulièrement marquée chez ses principaux bénéficiaires, soutenant ainsi la convergence de ces pays.

La clause dérogatoire générale du pacte de stabilité et de croissance a été désactivée à la fin de 2023. En avril 2024, le Parlement européen et le Conseil ont adopté la législation réformant les règles budgétaires de l’UE 5 . Au cours des prochains mois, les États membres élaboreront leur premier plan budgétaire et structurel à moyen terme, décrivant leurs politiques budgétaires, structurelles et d’investissement pour les quatre à cinq prochaines années. Le cadre réformé favorise la soutenabilité de la dette et la croissance économique. Le 19 juin 2024, dans le cadre de son paquet du printemps 2024 du Semestre européen, la Commission a publié un rapport au titre de l’article 126, paragraphe 3, du TFUE évaluant le respect du critère du déficit prévu par le pacte de stabilité et de croissance dans douze États membres de l’UE, dont la Tchéquie, la Hongrie et la Pologne 6 . En s’appuyant sur les conclusions de son rapport, la Commission a confirmé qu’après examen de l’avis du comité économique et financier, elle proposerait au Conseil en juillet d’adopter des décisions constatant l’existence d’un déficit excessif pour les États membres pour lesquels cela se justifie. L’évaluation du critère de convergence concernant la situation des finances publiques présentée dans le présent rapport tient donc compte des conclusions du rapport publié au titre de l’article 126, paragraphe 3, du TFUE.

Critères de convergence

L’examen de la compatibilité de la législation nationale des États membres faisant l’objet d’une dérogation, y compris les statuts de leur banque centrale nationale, avec l’article 130 et avec les obligations imposées par l’article 131 du TFUE, inclut une évaluation du respect de l’interdiction de financement monétaire (article 123 du TFUE) et de l’interdiction d’accès privilégié aux institutions financières (article 124 du TFUE); de la cohérence avec les objectifs du SEBC (article 127, paragraphe 1, du TFUE) et avec ses missions (article 127, paragraphe 2, du TFUE), ainsi que d’autres aspects liés à l’intégration des banques centrales nationales dans le SEBC.

L’article 140, paragraphe 1, premier tiret, du TFUE définit le critère de stabilité des prix comme «la réalisation d’un degré élevé de stabilité des prix; cela ressortira d’un taux d’inflation proche de celui des trois États membres, au plus, présentant les meilleurs résultats en matière de stabilité des prix».

L’article 1er du protocole sur les critères de convergence précise que «le critère de stabilité des prix […] signifie qu’un État membre a un degré de stabilité des prix durable et un taux d’inflation moyen, observé au cours d’une période d’un an avant l’examen, qui ne dépasse pas de plus d’1,5 point de pourcentage celui des trois États membres, au plus, présentant les meilleurs résultats en matière de stabilité des prix. L’inflation est calculée au moyen de l’indice des prix à la consommation sur une base comparable, compte tenu des différences dans les définitions nationales» 7 .

Pour que la condition du caractère durable soit respectée, les résultats satisfaisants en matière d’inflation doivent être imputables au comportement du coût des intrants et aux autres facteurs structurels qui influencent l’évolution des prix, plutôt qu’à des facteurs temporaires. Par conséquent, l’examen de la convergence comporte une évaluation des facteurs ayant un impact sur les perspectives d’inflation et est complété par une référence aux prévisions les plus récentes de la Commission en matière d’inflation 8 . Le rapport examine également si l’État membre concerné est susceptible d’atteindre la valeur de référence dans les mois à venir.

La valeur de référence pour l’inflation a été établie à 4,1 % en mai 2024, les Pays-Bas, l’Italie et la Lettonie étant les trois «États membres présentant les meilleurs résultats» 9 .

Le Danemark, la Finlande et la Belgique ont été exclus, car leurs taux d’inflation s’écartent considérablement de la moyenne de la zone euro et dépendent de facteurs propres à chaque pays qui limitent leur capacité à servir de critères de référence significatifs pour les autres États membres 10 . Cette position est conforme aux pratiques adoptées par le passé: des États membres ont également été exclus (leurs données ayant été jugées atypiques) dans les rapports sur l’état de la convergence de 2004, 2010, 2013, 2014, 2016 et 2022. Il y a exclusion sur la base de deux critères combinés: i) un taux d’inflation nettement inférieur à la moyenne de la zone euro et ii) un taux d’inflation lié à des facteurs propres à chaque pays qui ne peuvent être considérés comme représentatifs de la progression de l’inflation dans la zone euro. Dans de précédents rapports sur l’état de la convergence, les États membres dont le taux d’inflation était inférieur de 1,5 point de pourcentage ou plus à celui de la zone euro étaient généralement considérés comme des pays dont les données sont atypiques. En mai 2024, les taux d’inflation moyens sur 12 mois du Danemark, de la Finlande et de la Belgique étaient respectivement de 2,3, 1,6 et 1,5 points de pourcentage inférieurs à la moyenne de la zone euro de 3,4 %.

En outre, l’inflation au Danemark, en Finlande et en Belgique était liée à des facteurs propres à chaque pays. Dans le cas du Danemark, les facteurs propres à chaque pays qui ont conduit à un taux d’inflation moyen relativement très faible comprenaient une résorption plus rapide du choc exceptionnel de l’inflation des prix de l’énergie que dans la zone euro, qui s’explique principalement par le fait que la plupart des contrats d’électricité au Danemark ont des prix variables, qui sont ajustés sur une base mensuelle ou trimestrielle. La baisse des prix de gros de l’énergie s’en est retrouvée bien plus rapidement répercutée sur les prix de détail au Danemark par rapport à la moyenne de la zone euro. Un taux d’inflation très bas pour les produits alimentaires et les produits industriels non énergétiques par rapport à la zone euro a également contribué au faible taux d’inflation au Danemark.

Dans le cas de la Finlande, le taux d’inflation moyen relativement très bas par rapport au taux d’inflation moyen de la zone euro dans son ensemble reflétait une inflation des prix de l’énergie moindre ainsi qu’un ajustement par le bureau de la statistique finlandais (Statistics Finland) de l’indice des prix de l’électricité, la hausse des prix ayant été comptabilisée deux fois dans l’indice par erreur 11 . La correction, qui a été introduite en août 2023, a réduit le taux d’inflation basé sur l’IPCH en glissement annuel de 0,7 point de pourcentage au cours de ce mois. Elle continuera de réduire artificiellement l’inflation basée sur l’IPCH en Finlande jusqu’en juillet 2024. En outre, la moyenne sur 12 mois de l’inflation basée sur l’IPCH hors énergie et produits alimentaires en Finlande était nettement inférieure au taux d’inflation correspondant pour toute la zone euro, traduisant une position conjoncturelle bien plus faible et une hausse des salaires plus timide que celle de la zone euro dans son ensemble.

Dans le cas de la Belgique, les facteurs propres à chaque pays à l’origine du taux d’inflation moyen relativement très faible comprennent la baisse des prix de détail de l’énergie en 2023. Après une répercussion rapide des prix de gros du gaz et de l’électricité exceptionnellement élevés sur les prix de détail en 2022, l’inflation des prix de l’énergie a fortement diminué tout au long de l’année 2023. Une combinaison de facteurs a pesé sur l’inflation des prix de l’énergie. Les prix contractuels du gaz et de l’électricité reposent généralement sur des formules qui utilisent les futurs prix du gaz et de l’électricité. La baisse des prix de gros de l’énergie s’en est retrouvée bien plus rapidement répercutée sur les prix de détail en Belgique par rapport à la moyenne de la zone euro. Cet effet a été renforcé par i) le calcul de l’inflation IPCH sur la base des prix des nouveaux contrats; et ii) les nouvelles pondérations de l’IPCH pour 2023 qui reflètent une forte augmentation de la part de la composante énergétique, qui a amplifié l’effet de la chute très importante des prix de l’énergie sur l’inflation basée sur l’IPCH en 2023.

L’article 140, paragraphe 1, deuxième tiret, TFUE définit le critère de convergence relatif aux finances publiques comme étant «le caractère soutenable de la situation des finances publiques; cela ressortira d’une situation budgétaire qui n’accuse pas de déficit public excessif au sens de l’article 126, paragraphe 6».

L’article 2 du protocole sur les critères de convergence précise que le respect de ce critère signifie qu’un «État membre ne fait pas l’objet, au moment de l’examen, d’une décision du Conseil visée à l’article 126, paragraphe 6, dudit traité concernant l’existence d’un déficit excessif dans l’État membre concerné».

L’article 140, paragraphe 1, troisième tiret, du TFUE définit le critère du taux de change comme «le respect des marges normales de fluctuation prévues par le mécanisme de taux de change du système monétaire européen pendant deux ans au moins, sans dévaluation de la monnaie par rapport à l’euro».

L’article 3 du protocole sur les critères de convergence dispose ce qui suit: «Le critère de participation au mécanisme de change du système monétaire européen […] signifie qu’un État membre a respecté les marges normales de fluctuation prévues par le mécanisme de change du système monétaire européen sans connaître de tensions graves pendant au moins les deux dernières années précédant l’examen. Notamment, l’État membre n’a, de sa propre initiative, pas dévalué le taux central bilatéral de sa monnaie par rapport à l’euro pendant la même période» 12 .

La période de deux ans prise en compte pour l’évaluation de la stabilité du taux de change dans le présent rapport s’étendait du 19 juin 2022 au 18 juin 2024. Dans son évaluation de la stabilité du taux de change, la Commission tient compte de l’évolution d’indicateurs auxiliaires tels que l’évolution de la réserve de devises et les taux d’intérêt à court terme. Elle tient également compte du rôle des mesures politiques (notamment les interventions sur le marché des changes) et l’assistance financière internationale (le cas échéant) dans le maintien de la stabilité du taux de change. Un État membre faisant l’objet d’une dérogation examiné dans le présent rapport participe pour l’instant au mécanisme de taux de change européen (MCE II): la Bulgarie. L’adhésion à ce mécanisme est décidée sur demande d’un État membre et par consensus entre tous les États membres qui y participent déjà 13 . Le présent rapport ne porte pas sur la procédure d’adhésion au MCE II et n’évalue la capacité d’aucun État membre à adhérer à ce mécanisme.

L’article 140, paragraphe 1, quatrième tiret, du TFUE impose que «le caractère durable de la convergence atteinte par l’État membre faisant l’objet d’une dérogation et de sa participation au mécanisme de taux de change» [...] «se reflète dans les niveaux des taux d’intérêt à long terme».

L’article 4 du protocole sur les critères de convergence précise que «le critère de convergence des taux d’intérêt […], au cours d’une période d’un an précédant l’examen, signifie qu’un État membre a eu un taux d’intérêt nominal moyen à long terme qui n’excède pas de plus de deux points de pourcentage celui des trois États membres, au plus, présentant les meilleurs résultats en matière de stabilité des prix. Les taux d’intérêt sont calculés sur la base d’obligations d’État à long terme ou de titres comparables, compte tenu des différences dans les définitions nationales».

La valeur de référence pour le taux d’intérêt a été établie à 5,5 % en mai 2024 14 .

L’article 140, paragraphe 1, du TFUE exige également que les rapports tiennent compte d’autres facteurs pertinents pour l’intégration économique et la convergence: l’intégration des marchés, l’évolution du compte des transactions courantes de la balance des paiements, des coûts salariaux unitaires et d’autres indices de prix. Ces derniers sont traités dans l’évaluation de la stabilité des prix. Les facteurs supplémentaires devant être pris en compte sont des indicateurs importants pour établir si l’intégration d’un État membre dans la zone euro s’effectuerait sans difficulté. Ils élargissent en outre l’analyse du caractère durable de la convergence.

L’évaluation du degré de convergence durable pour les États membres faisant l’objet d’une dérogation présentée dans le présent rapport s’appuie sur les prévisions économiques du printemps 2024 de la Commission et sur les orientations politiques du Semestre européen, ainsi que, plus particulièrement, sur la surveillance budgétaire menée dans le cadre du pacte de stabilité et de croissance et de la procédure concernant les déséquilibres macroéconomiques. Elle est également le reflet des évaluations effectuées par la Commission des risques liés à la viabilité budgétaire et des cadres budgétaires nationaux, ainsi que de la mise en œuvre des plans pour la reprise et la résilience.

2.BULGARIE

À la lumière de son évaluation de la compatibilité de la législation et du respect des critères de convergence, et compte tenu des autres facteurs pertinents, la Commission considère que la Bulgarie ne remplit pas les conditions exigées pour l’adoption de l’euro.

La législation de la Bulgarie. Sous réserve des conditions et interprétations énoncées à la section 2.1 de l’annexe technique, la loi sur la Banque nationale bulgare Bulgarska Narodna Banka (BNB) peut être considérée comme compatible avec les dispositions pertinentes du droit de l’Union relatives à l’indépendance de la banque centrale, à l’interdiction du financement monétaire et de l’accès privilégié, ainsi qu’à l’intégration de la banque centrale dans le SEBC au moment de l’adoption de l’euro en ce qui concerne les objectifs de la BNB ainsi que les missions du SEBC prévues à l’article 127, paragraphe 2, du TFUE et à l’article 3 des statuts du SEBC et de la BCE.

La Bulgarie ne satisfait pas au critère de stabilité des prix. Sur la période de douze mois qui s’est terminée en mai 2024, le taux d’inflation moyen en Bulgarie a été de 5,1 %, ce qui est supérieur à la valeur de référence de 4,1 %. Selon les prévisions de la Commission, il restera légèrement supérieur à cette valeur de référence dans les prochains mois, mais l’écart se résorbera la fin 2024 ou début 2025.

L’inflation annuelle basée sur l’IPCH de la Bulgarie a été en moyenne de 13,0 % en 2022 et s’est ralentie en 2023, à 8,6 %. Le taux d’inflation annuel basé sur l’IPCH a augmenté, pour passer de 12,1 % en avril 2022 à 15,6 % en septembre 2022. L’inflation globale s’est ensuite stabilisée à 14,3 % entre novembre 2022 et janvier 2023, avant de ralentir pour atteindre 2,7 % en mai 2024. La contribution directe des prix de l’énergie à l’inflation globale a d’abord bondi en 2022 mais a progressivement diminué après le premier semestre pour devenir négative à partir d’avril 2023. Les contributions des autres composantes de l’IPCH à l’inflation ont continué de grimper tout au long de 2022. En 2023, le ralentissement de l’inflation s’est généralisé, avec une contribution importante des prix des denrées alimentaires. L’inflation des prix des services a été plus persistante, malgré la baisse de l’inflation dans les services de transport, de restauration et d’hébergement. La saison touristique plus intense que la normale au cours de l’été 2023 a également temporairement freiné la désinflation des services touristiques. En 2022 et 2023, les taux annuels d’inflation basés sur l’IPCH ont été en moyenne plus élevés en Bulgarie que dans toute la zone euro.

Selon les prévisions économiques du printemps 2024 de la Commission, l’inflation annuelle moyenne devrait diminuer sensiblement, passant de 8,6 % en 2023 à 3,1 % en 2024, avant de décélérer progressivement pour s’établir à 2,6 % en 2025. Une diminution de l’inflation globale est à escompter en raison des prix à l’importation qui devraient exercer une pression à la baisse sur les composantes énergie, produits alimentaires et produits industriels non énergétiques. L’inflation des prix des services devrait également ralentir grâce aux effets de second tour de la baisse des prix des intrants et à une modération attendue de la croissance des salaires. Le niveau des prix relativement faible en Bulgarie (environ 55 % de la moyenne de la zone euro en 2022) indique un potentiel de convergence des niveaux de prix à long terme.

La Bulgarie satisfait au critère relatif aux finances publiques. La Bulgarie ne fait pas l’objet d’une décision du Conseil concernant l’existence d’un déficit public excessif. Le déficit public s’est réduit de 1,1 point de pourcentage pour s’établir à 2,9 % du PIB en 2022 puis a encore diminué pour atteindre 1,9 % du PIB en 2023. En 2022, le gouvernement a mis en place un ensemble de mesures visant à réduire le déficit, notamment une augmentation progressive des droits d’accise sur le tabac ainsi que des taxes de péage. Il a également adopté des mesures d’augmentation des dépenses dont les effets se feront sentir au cours de l’exercice budgétaire suivant, notamment des augmentations du salaire minimum et des modifications des paramètres de la politique des retraites. Qui plus est, certaines mesures clés de soutien liées à la COVID-19, le soutien apporté aux réfugiés ukrainiens et les mesures visant à atténuer l’incidence des prix élevés de l’énergie ont pesé sur le solde des administrations publiques en 2022. En 2023, les augmentations des salaires et des retraites qui avaient été inscrites dans la législation en 2022 ont commencé à avoir une incidence budgétaire qui a été atténuée par des mesures visant à accroître la perception de recettes ainsi que par la suppression progressive de mesures de soutien antérieures liées à l’énergie. Selon les prévisions économiques du printemps 2024 de la Commission, le solde des administrations publiques devrait se détériorer pour se situer à -2,8 % du PIB en 2024 et atteindre -2,9 % en 2025, dans l’hypothèse de politiques inchangées. Le ratio de la dette publique au PIB a augmenté, passant de 22,6 % en 2022 à 23,1 % en 2023, et devrait poursuivre sa hausse pour atteindre 24,8 % du PIB en 2024, avant de diminuer légèrement pour se situer à 24,6 % en 2025. À moyen terme, malgré le faible niveau d’endettement attendu d’ici à 2034 (41 % du PIB), les risques pesant sur la soutenabilité de la dette de la Bulgarie apparaissent moyens. Cependant, les projections s’accompagnent d’un degré d’incertitude considérable. La Bulgarie dispose des principaux éléments nécessaires à un cadre budgétaire solide, mais des problèmes de mise en œuvre subsistent. Elle possède un système de règles budgétaires nationales complexe, dont certaines dimensions clés pourraient être améliorées, notamment le mandat restreint du conseil budgétaire.

La Bulgarie satisfait au critère du taux de change. La Bulgarie fait partie du MCE II depuis le 10 juillet 2020, c'est-à-dire depuis près de quatre ans au moment de l’adoption du présent rapport. Le lev bulgare doit se maintenir autour d'un cours-pivot central de 1,95583 lev pour un euro, avec une marge de fluctuation standard de ± 15 %. La Banque nationale bulgare poursuit son objectif prioritaire de stabilité des prix au moyen de l’ancrage du taux de change dans le cadre d’un système de caisse d’émission. La Bulgarie s’est dotée d’une caisse d’émission en 1997, en choisissant initialement le deutsche mark puis l’euro comme monnaie d’ancrage. La Bulgarie a adhéré au MCE II en conservant son système existant de caisse d’émission sous la forme d’un engagement unilatéral, n’imposant ainsi aucune obligation supplémentaire à la BCE. Le taux de change du lev est resté à son cours pivot dans le MCE II pendant les deux années couvertes par l’évaluation, sans aucun signe de tension ni de dévaluation par rapport à l’euro. Des indicateurs supplémentaires, tels que l’évolution des réserves de devises et des taux d’intérêt à court terme, laissent penser que la perception du risque de la part des investisseurs à l’égard de la Bulgarie est restée favorable. L’écart (négatif) entre le taux d’intérêt à court terme de référence bulgare [c’est-à-dire le taux d’intérêt de base à trois mois (BIR)] et l’Euribor s’est creusé tout au long de l’année 2022, mais il s’est ensuite réduit, passant de -30 points de base en décembre 2022 à 1 point de base en avril 2024. La caisse d’émission continue à résister grâce à des réserves officielles abondantes. Lors de son entrée dans le MCE II, la Bulgarie a pris l’engagement de mettre en œuvre un ensemble de mesures après avoir rejoint le mécanisme («engagements pour après l’entrée»), pour faire en sorte que sa participation au MCE II soit durable et que le pays atteigne un degré élevé de convergence économique avant l’adoption de l’euro. Ces mesures portent sur quatre domaines d’action: i) le secteur financier non bancaire; ii) le cadre en matière d’insolvabilité, iii) le cadre de lutte contre le blanchiment de capitaux, et iv) la gouvernance des entreprises publiques.

La Bulgarie satisfait au critère de convergence des taux d’intérêt à long terme. Au cours de la période de douze mois qui s’est terminée en mai 2024, le taux d’intérêt à long terme moyen a été de 4,0 %, ce qui est inférieur à la valeur de référence de 5,5 %. Après avoir été faible au début de l’année 2022, le taux d’intérêt à long terme de la Bulgarie a augmenté progressivement. Il a connu une hausse au cours des premiers mois de 2022 avant de rester dans une fourchette étroite de 1,6 à 1,9 %, d’avril 2022 à janvier 2023. Il a ensuite grimpé à nouveau de manière substantielle au cours des deux mois qui ont suivi. Toutefois, entre mars 2023 et décembre 2023, le taux d’intérêt est resté dans une fourchette très étroite de 4,0 à 4,2 %. L’écart de rendement par rapport à l’obligation de référence allemande s’est maintenu dans une fourchette de 0,4 à 0,9 % entre le début de l’année 2022 et février 2023, avant d’augmenter pour se situer dans une fourchette de 1,2 à 1,9 % entre mars 2023 et mai 2024.

La Commission a également examiné d’autres facteurs, notamment l’évolution de la balance des paiements, l’intégration des marchés et l’environnement institutionnel. Le solde extérieur de la Bulgarie (combinant le compte des transactions courantes et le compte de capital) s’est amélioré pour atteindre - 0,5 % du PIB en 2022, puis 1,3 % en 2023. L’économie de la Bulgarie est bien intégrée dans la zone euro par le biais des échanges commerciaux et des investissements. D’après une sélection d’indicateurs concernant l’environnement institutionnel, la Bulgarie obtient des résultats moins bons que beaucoup d’États membres de la zone euro. Les défis portent particulièrement sur l’état de droit, la corruption et l’efficacité des pouvoirs publics. Cependant, dans le contexte de sa participation au MCE II et conformément à son PRR, la Bulgarie prend actuellement des mesures pour améliorer son cadre institutionnel et l’environnement des entreprises, y compris dans les quatre domaines couverts par les engagements pris après son entrée dans le MCE II. Le secteur financier bulgare est plus petit et moins développé que dans la zone euro. Il est dominé par le secteur bancaire, qui est bien intégré dans le secteur financier de la zone euro (notamment du fait d’un niveau élevé de participations étrangères). Le sous-développement du financement par les marchés de capitaux se traduit par la très petite taille des marchés d’actions et des marchés d’obligations du secteur privé. La poursuite de l’action des pouvoirs publics et un environnement macroéconomique favorable ont réduit les risques et les vulnérabilités pour le secteur financier. Dans le cadre de la procédure concernant les déséquilibres macroéconomiques, la Commission a conclu, dans son rapport sur le mécanisme d’alerte de 2024, qu’un bilan approfondi n’était pas nécessaire pour la Bulgarie.

Le PRR de la Bulgarie comprend des mesures visant à relever une série de défis structurels, en synergie avec d’autres fonds de l’UE, y compris les fonds de la politique de cohésion, en vue de renforcer sa compétitivité, de stimuler la croissance durable ainsi que de réduire les disparités territoriales et sociales du pays. Le financement au titre de la FRR octroie à la Bulgarie 5,7 milliards d’EUR de subventions sur la période 2021-2026. La Bulgarie a présenté deux demandes de paiement qui ont donné lieu à un décaissement global de 1,37 milliard d’EUR le 16 décembre 2022. La mise en œuvre du PRR bulgare accuse des retards importants. La Bulgarie doit encore réaliser des réformes et des investissements majeurs en faveur de la décarbonation du secteur de l’énergie, ainsi que des réformes clés de l’environnement des entreprises dans les domaines de l’état de droit, de la lutte contre la corruption, de la gouvernance des entreprises publiques et des marchés publics.

En outre, la politique de cohésion octroie à la Bulgarie 10,7 milliards d’EUR pour la période 2021-2027. Les financements prévus au titre de la politique de cohésion visent en particulier à apporter un soutien supplémentaire à la compétitivité de la Bulgarie, à sa transition écologique, y compris à son indépendance énergétique, à une transition juste et à sa résilience face au changement climatique, ainsi qu’à soutenir sa convergence sociale ascendante, notamment en remédiant aux pénuries de main-d’œuvre, en poursuivant le développement de ses systèmes d’éducation et de formation et en les rendant plus inclusifs pour les groupes défavorisés. La Bulgarie a progressé dans la mise en œuvre de la politique de cohésion, mais des défis subsistent.

3.TCHÉQUIE

À la lumière de son évaluation de la compatibilité de la législation et du respect des critères de convergence, et compte tenu des autres facteurs pertinents, la Commission considère que la Tchéquie ne remplit pas les conditions exigées pour l’adoption de l’euro.

La législation de la Tchéquie – en particulier la loi du Conseil national tchèque nº 6/1993 sur la Banque nationale tchèque Česká národní banka (la «loi sur la ČNB») – n’est pas totalement compatible avec les obligations prévues par l’article 131 du TFUE. Les points d’incompatibilité concernent notamment l’indépendance de la banque centrale et son intégration dans le SEBC au moment de l’adoption de l’euro en ce qui concerne les objectifs de la ČNB et les missions du SEBC prévues à l’article 127, paragraphe 2, du TFUE et à l’article 3 des statuts du SEBC et de la BCE. En outre, la loi sur la ČNB contient également des imperfections relatives à l’interdiction du financement monétaire et aux missions du SEBC.

La Tchéquie ne satisfait pas au critère de stabilité des prix. Sur la période de douze mois qui s’est terminée en mai 2024, le taux d’inflation moyen en Tchéquie a été de 6,3 %, ce qui est nettement supérieur à la valeur de référence de 4,1 %. Il devrait être inférieur à la valeur de référence au cours des prochains mois.

L’inflation annuelle basée sur l’IPCH en Tchéquie a été en moyenne de 12,0 % en 2023, contre 14,8 % en 2022. Les taux d’inflation élevés en 2022 et 2023 étaient principalement dus à la hausse des prix de l’énergie et des produits alimentaires, provoquée par l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie et par des goulets d’étranglement en matière d’approvisionnement. L’inflation annuelle basée sur l’IPCH a culminé à 19,1 % en janvier 2023 et a progressivement diminué tout au long de l’année, en raison de la stabilisation des prix de l’énergie et des produits alimentaires au cours du second semestre 2023. Les prix élevés des matières premières ont également eu des répercussions sur d’autres catégories de l’inflation basée sur l’IPCH, qui ont également enregistré des taux de croissance élevés. L’inflation globale est redescendue à 7,6 % en décembre 2023 et a poursuivi sa baisse au cours des cinq premiers mois de 2024, pour atteindre 2,8 % en mai 2024. En 2022 et 2023, les taux annuels d’inflation basés sur l’IPCH ont été en moyenne plus élevés en Tchéquie que dans toute la zone euro.

Selon les prévisions économiques du printemps 2024 de la Commission, le taux annuel moyen de l’inflation basé sur l’IPCH devrait retomber à 2,5 % en 2024, et à 2,2 % en 2025. Cette baisse significative prévue par rapport à 2022 et 2023 est attribuée à une baisse des prix de gros de l’énergie et des produits alimentaires, conjuguée à une reprise très modeste de la demande intérieure. Compte tenu du niveau relativement faible des prix en Tchéquie (environ 80 % de la moyenne de la zone euro en 2022), il reste possible que la convergence des prix se poursuive à long terme.

Le rapport de la Commission établi en vertu de l’article 126, paragraphe 3, conclut que la Tchéquie respecte le critère du déficit prévu par le pacte de stabilité et de croissance. Le 19 juin 2024, la Commission a adopté un rapport au titre de l’article 126, paragraphe 3, du TFUE. Ce rapport examinait la situation budgétaire de la Tchéquie, puisque son déficit public en 2023 était supérieur à la valeur de référence de 3 % du PIB fixée par le traité. Il concluait que le critère du déficit prévu par le pacte de stabilité et de croissance était respecté, si l'on tenait compte des facteurs pertinents mis en avant par la Tchéquie. Alors que son déficit public en 2023 a dépassé sensiblement la valeur de référence de 3 % du PIB prévue par le traité, et que ce dépassement n’est pas considéré comme exceptionnel, la Tchéquie a pris des mesures d’assainissement en 2024 qui devraient permettre une réduction du déficit en glissement annuel pour le ramener nettement en dessous des 3 % du PIB en 2024. La Commission a conclu qu’elle ne proposerait pas d’ouvrir la procédure concernant les déficits excessifs. Le déficit public s’élevait à 3,2 % du PIB en 2022 et à 3,7 % du PIB en 2023, dépassant ainsi la valeur de référence de 3 % du PIB prévue par le traité. Selon les prévisions économiques du printemps 2024 de la Commission, le déficit public diminuera pour s’établir à 2,4 % du PIB en 2024, principalement grâce à l’abrogation des mesures de soutien d’urgence en matière d’énergie. Il devrait encore se réduire pour atteindre 1,9 % du PIB en 2025, dans l’hypothèse de politiques inchangées. Le ratio de la dette publique au PIB a diminué, passant d’environ 44,2 % en 2022 à 44,0 % en 2023, mais il devrait augmenter pour atteindre 45,2 % du PIB en 2024 puis 45,5 % du PIB en 2025. À moyen terme, les risques pour la soutenabilité de la dette de la Tchéquie semblent moyens. La dette publique devrait augmenter légèrement, passant d’environ 45 % du PIB en 2024 à près de 48 % en 2034.

La Tchéquie ne satisfait pas au critère du taux de change. La couronne tchèque ne participe pas au MCE II. Depuis la fin des années 1990, la ČNB applique un système de ciblage explicite de l’inflation combiné à un régime de taux de change flottant, qui permet à la banque centrale d’intervenir sur le marché des changes. Après une période de stabilité relative en 2018-2019, la couronne tchèque a connu une forte volatilité depuis la pandémie de COVID-19. Elle s’est fortement dépréciée en 2020, en raison d’une récession économique plus prononcée que prévu. Cette évolution a été suivie d’une tendance à l’appréciation modérée jusqu’au début de l’année 2022. Les pressions à la dépréciation à la suite de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie ont déclenché des interventions de stabilisation de la ČNB sur le marché des changes entre mai et octobre 2022. La couronne a ensuite repris sa tendance à l’appréciation précédente jusqu’en avril 2023, après quoi elle s’est dépréciée pour revenir à un niveau proche de ceux d’avant la pandémie, en raison des attentes du marché d’une baisse des taux d’intérêt. En mai 2024, la couronne était environ 0,3 % plus faible par rapport à l’euro que deux ans auparavant. Les différentiels de taux d’intérêt à court terme par rapport à la zone euro ont augmenté considérablement tout au long de l’année 2022, atteignant 720 points de base en juillet 2022, ce qui reflète le resserrement précoce de la politique monétaire de la ČNB en réaction aux niveaux d’inflation élevés et à la dépréciation monétaire. L’écart à court terme a sensiblement diminué en 2023 et au début de l’année 2024, pour s’établir à environ 140 points de base en mai 2024.

La Tchéquie satisfait au critère de convergence des taux d’intérêt à long terme. Au cours de la période de douze mois qui s’est terminée en mai 2024, le taux d’intérêt à long terme moyen a été de 4,2 %, ce qui est inférieur à la valeur de référence de 5,5 %. Le taux d’intérêt à long terme en Tchéquie a augmenté au cours du premier semestre 2022 pour culminer à 5,1 % en juin 2022. Il a ensuite diminué progressivement pour retomber à 4 % en décembre 2023, l’inflation ayant rapidement fléchi. Il a atteint 4,2 % en mai 2024, accusant un écart de presque 164 points de base par rapport à l’obligation de référence allemande.

La Commission a également examiné d’autres facteurs, notamment l’évolution de la balance des paiements, l’intégration des marchés et l’environnement institutionnel. Le solde extérieur de la Tchéquie (combinant le compte des transactions courantes et le compte de capital) a enregistré un excédent de 0,5 % du PIB en 2023. L’économie tchèque est fortement intégrée dans la zone euro par le biais des échanges commerciaux et des investissements. D’après une sélection d’indicateurs concernant l’environnement institutionnel, les résultats de la Tchéquie se situent au-dessus de la moyenne des cinq États membres de la zone euro affichant les notes les plus faibles, en particulier en ce qui concerne les indicateurs mesurant la qualité de la réglementation, l’état de droit, le contrôle de la corruption, l’efficacité des pouvoirs publics, la stabilité politique et l’absence de violence. Le secteur financier tchèque est plus petit et moins développé que dans la zone euro. Le financement par les marchés de capitaux est moins développé, ce que reflète la très petite taille des marchés d’actions et des marchés d’obligations du secteur privé. Le secteur bancaire tchèque est fortement intégré dans le système financier de la zone euro, notamment du fait d’un niveau élevé de participation étrangère au capital des banques. Dans le cadre de la procédure concernant les déséquilibres macroéconomiques, la Commission a conclu, dans son rapport sur le mécanisme d’alerte de 2024, qu’un bilan approfondi n’était pas nécessaire pour la Tchéquie.

Le PRR de la Tchéquie comprend des mesures visant à relever une série de défis structurels, en synergie avec d’autres fonds de l’UE, y compris les fonds de la politique de cohésion, en vue de renforcer sa compétitivité, de stimuler la croissance durable ainsi que de réduire les disparités territoriales et sociales du pays. Dans le cadre des financements accordés au titre de la FRR, la Tchéquie peut bénéficier de 8,4 milliards d’EUR sous forme de subventions et de 818 millions d’EUR sous forme de prêts sur la période 2021-2026. La Tchéquie a présenté deux demandes de paiement qui ont donné lieu à un décaissement global de 2,69 milliards d’EUR le 2 avril 2024. Pour honorer les engagements du plan d’ici août 2026, il est indispensable que la Tchéquie rattrape les nouveaux retards tout en renforçant sa capacité d’absorption, laquelle est restreinte par les limitations de la capacité administrative de certains des organismes de mise en œuvre et est particulièrement visible dans des domaines qui exigent une plus grande expertise, tels que la transition numérique et écologique.

En outre, la politique de cohésion accorde à la Tchéquie 21,1 milliards d’EUR pour la période 2021-2027. Le financement au titre de la politique de cohésion vise particulièrement à apporter un soutien supplémentaire à la compétitivité de la Tchéquie, en aidant le pays à effectuer le passage à l’ère numérique et la transition écologique, y compris l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables et la transition juste, ainsi qu’en aidant les travailleurs et les entreprises à s’adapter au changement.

4.HONGRIE

À la lumière de l’évaluation de la compatibilité de la législation et du respect des critères de convergence, et compte tenu des autres facteurs pertinents, la Commission considère que la Hongrie ne remplit pas les conditions d’adoption de l’euro.

La législation de la Hongrie – en particulier la loi sur la Banque nationale hongroise Magyar Nemzeti Bank (la «loi sur la MNB») – n’est pas totalement compatible avec les obligations prévues par l’article 131 du TFUE. Les points d’incompatibilité concernent notamment l’indépendance de la MNB, l’interdiction du financement monétaire et l’intégration de la banque centrale dans le SEBC au moment de l’adoption de l’euro en ce qui concerne les missions du SEBC prévues à l’article 127, paragraphe 2, du TFUE et à l’article 3 des statuts du SEBC et de la BCE. En outre, la loi sur la MNB contient quelques autres imperfections relatives à l’indépendance de la banque centrale et à son intégration dans le SEBC.

La Hongrie ne satisfait pas au critère de stabilité des prix. Au cours de la période de douze mois qui s’est terminée en mai 2024, le taux d’inflation moyen en Hongrie a été de 8,4 %, ce qui est nettement supérieur à la valeur de référence de 4,1 %. Il devrait rester supérieur à la valeur de référence au cours des prochains mois.

L’inflation annuelle basée sur l’IPCH en Hongrie s’est accélérée en 2022 et 2023, atteignant respectivement 15,3 % et 17,0 %. Plus particulièrement, l’inflation annuelle basée sur l’IPCH est passée de 10,9 % en mai 2022 à 26,2 % en janvier 2023. Elle est ensuite rapidement tombée à 3,7 % en janvier 2024. La hausse de l’inflation en 2022 résultait principalement de l’évolution des prix de l’énergie et des matières premières alimentaires, de la dépréciation du forint et de la forte demande jusqu’à la mi-2022. Les interventions des pouvoirs publics sur les prix à la consommation de l’énergie et de certains produits alimentaires ont également eu une incidence importante sur la tenue de l’inflation. L’inflation s’élevait à 3,9 % en mai 2024. En 2022 et 2023, les taux annuels d’inflation basés sur l’IPCH ont été en moyenne plus élevés en Hongrie que dans la zone euro dans son ensemble.

Selon les prévisions économiques du printemps 2024 de la Commission, l’inflation annuelle basée sur l’IPCH devrait diminuer pour atteindre 4,1 % en 2024 et ralentir jusqu’à s’établir à 3,7 % en 2025, à mesure que la répercussion de l’envolée des prix des matières premières sur les prix à la consommation s’achèvera. Le niveau relativement faible des prix en Hongrie (environ 64 % de la moyenne de la zone euro en 2022) suggère qu’il existe un potentiel de plus grande convergence des niveaux de prix à long terme.

Dans le rapport de la Commission établi en vertu de l’article 126, paragraphe 3, il est conclu que, après avoir examiné l’avis du comité économique et financier, la Commission entend proposer d’ouvrir une procédure concernant les déficits excessifs visant la Hongrie, en proposant au Conseil d’adopter une décision au titre de l’article 126, paragraphe 6, constatant l’existence d’un déficit excessif. Le 19 juin 2024, la Commission a adopté un rapport au titre de l’article 126, paragraphe 3, du TFUE. Ce rapport examinait la situation budgétaire de la Hongrie, puisque son déficit public en 2023 était supérieur à la valeur de référence de 3 % du PIB fixée par le traité. Le rapport concluait que le déficit public en 2023 était supérieur à la valeur de référence de 3 % du PIB prévue par le traité et qu’il n’en était pas proche. Le dépassement de la valeur de référence du traité n’a pas été considéré comme exceptionnel et ne devrait pas être temporaire. Le déficit public s’élevait à 6,2 % du PIB en 2022 et à 6,7 % du PIB en 2023, dépassant ainsi la valeur de référence de 3 % du PIB prévue par le traité. Selon les prévisions économiques du printemps 2024 de la Commission, le déficit public devrait diminuer pour retomber à 5,4 % du PIB en 2024, en raison de la forte croissance des recettes fiscales, de la diminution escomptée des subventions aux entreprises publiques et d’une diminution de l’investissement public. Il devrait encore se réduire pour atteindre 4,5 % du PIB en 2025, dans l’hypothèse de politiques inchangées. Le ratio de la dette publique au PIB est passé d’environ 74,1 % en 2022 à 73,5 % en 2023. Il devrait augmenter pour atteindre 74,3 % en 2024, avant de revenir à 73,8 % en 2025. À moyen terme, les risques pesant sur la soutenabilité de la dette de la Hongrie semblent moyens. La dette publique devrait augmenter légèrement, passant d’environ 74 % du PIB en 2024 à près de 78 % du PIB en 2034. Le cadre budgétaire de la Hongrie est progressivement devenu plus conforme aux exigences légales de l’UE, mais il n’est pas allé dans le sens d'une plus grande transparence ni d'une orientation budgétaire prudente. Le cadre budgétaire à moyen terme du pays pourrait être plus contraignant pour les budgets nationaux, et le rôle du Conseil budgétaire hongrois pourrait être renforcé.

La Hongrie ne satisfait pas au critère du taux de change. Le forint ne participe pas au MCE II. La Hongrie applique un régime de taux de change flottant qui permet à la banque centrale d’intervenir sur le marché des changes. Globalement, le forint s’est déprécié par rapport à l’euro en 2022 et 2023 dans un contexte de fortes fluctuations du taux de change. L’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie a déclenché une phase de forte dépréciation, qui a été suivie d’une reprise partielle après la fin de l’année 2022, puis d'une nouvelle dépréciation au second semestre 2023. En mai 2024, le forint était environ 0,7 % plus faible contre l’euro que deux ans auparavant. Les différentiels de taux d’intérêt à court terme par rapport à la zone euro ont augmenté considérablement tout au long de l’année 2022 pour atteindre 1 400 points de base, la politique monétaire réagissant beaucoup plus fortement que dans la zone euro à la flambée des niveaux d’inflation et à la dépréciation de la monnaie. L’écart à court terme a sensiblement diminué en 2023 et au début de l’année 2024 mais est resté important, se situant à 343 points de base en mai 2024.

La Hongrie ne satisfait pas au critère de convergence des taux d’intérêt à long terme. Au cours de la période de douze mois qui s’est terminée en mai 2024, le taux d’intérêt à long terme moyen a été de 6,8 %, ce qui est supérieur à la valeur de référence de 5,5 %. Le taux d’intérêt à long terme en Hongrie a fortement grimpé en 2022, sous l’effet d’une hausse rapide de l’inflation, d’un resserrement de la politique monétaire et d’un accroissement de l’aversion au risque à la suite de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie. Il a culminé à 10,2 % en octobre 2022, avant de commencer à chuter sous l’effet de la baisse de l’inflation et de l’assouplissement monétaire. L’écart de taux d’intérêt à long terme par rapport à l’obligation de référence allemande s’est considérablement creusé en 2022 et a culminé à environ 800 points de base en octobre, traduisant une inflation et des taux directeurs de la banque centrale nettement plus élevés en Hongrie ainsi qu’une augmentation du risque souverain dans un contexte de déséquilibres macroéconomiques émergents, comme en témoigne l’élargissement des écarts de contrats d’échange sur risque de crédit. L’inflation ayant rapidement diminué et commencé à converger avec celle de la zone euro, l’écart de taux d’intérêt à long terme s’est considérablement réduit sous l’effet de l’assouplissement monétaire en 2023. Le taux d’intérêt à long terme de la Hongrie a connu une hausse durant les cinq premiers mois de 2024, pour atteindre 6,8 % en mai 2024. L’écart à long terme par rapport à l’obligation de référence allemande était de 427 points de base ce même mois, contre 806 points de base en octobre 2022.

La Commission a également examiné d’autres facteurs, notamment l’évolution de la balance des paiements, l’intégration des marchés et l’environnement institutionnel. Le solde extérieur s’est sensiblement amélioré, passant de - 6,2 % du PIB en 2022 à 1,2 % en 2023, en raison de la baisse de la demande intérieure et des prix de l’énergie. L’économie de la Hongrie est fortement intégrée dans la zone euro par le biais des échanges commerciaux et des investissements. D’après une sélection d’indicateurs concernant l’environnement institutionnel, la Hongrie obtient des résultats moins bons que beaucoup d’États membres de la zone euro, notamment en ce qui concerne les indicateurs évaluant les dimensions de la voix citoyenne et de la responsabilité, de la qualité de la réglementation et du contrôle de la corruption. Elle obtient également des résultats inférieurs à la moyenne de la zone euro pour ce qui est de l’efficacité des pouvoirs publics et l’état de droit. Le système financier hongrois se caractérise par la présence importante de holdings étrangères qui ne jouent aucun rôle d’intermédiation financière dans l’économie nationale. Si l’on exclut ces holdings, le système financier hongrois est moins développé que dans la zone euro. Le secteur bancaire de la Hongrie représente une part importante et relativement stable du secteur financier et il est bien intégré dans le système financier de la zone euro en raison d’une proportion relativement importante de participations étrangères. Le marché des actions et le marché obligataire sont de petite taille et relativement moins développés. Dans le cadre de la procédure concernant les déséquilibres macroéconomiques, la Commission a conclu, dans son rapport sur le mécanisme d’alerte de 2024, qu’un bilan approfondi était justifié pour la Hongrie. Ce rapport concluait que la Hongrie connaît des déséquilibres macroéconomiques. Les vulnérabilités sont liées aux fortes pressions exercées sur les prix et les coûts, aux besoins de financement public et extérieur, ainsi qu’aux prix des logements.

Le PRR de la Hongrie comprend des mesures visant à relever une série de défis structurels, en synergie avec d’autres fonds de l’UE, y compris les fonds de la politique de cohésion, en vue de renforcer sa compétitivité, de stimuler la croissance durable ainsi que de réduire les disparités territoriales et sociales du pays. Dans le cadre des financements accordés au titre de la FRR, la Hongrie peut bénéficier de 10,4 milliards d’EUR sur la période 2021-2026. La mise en œuvre du PRR hongrois accuse des retards importants. À ce jour, la Hongrie n’a présenté aucune demande de paiement. Les défis structurels liés à l’application des mesures nécessaires pour assurer la protection des intérêts financiers de l’UE exigent une action rapide pour que les réformes et les investissements puissent être réalisés dans les délais.

En outre, la politique de cohésion octroie à la Hongrie 21,7 milliards d’EUR pour la période 2021-2027. Les financements prévus au titre de la politique de cohésion visent à apporter un soutien supplémentaire à la compétitivité de la Hongrie, notamment à l’innovation et à l’adoption de technologies de pointe, à la transition écologique ainsi qu’à l’amélioration des systèmes éducatifs et des compétences. Si la Hongrie a progressé dans la mise en œuvre de la politique de cohésion, des défis subsistent et d’importantes disparités sociales et régionales persistent.

5.POLOGNE

À la lumière de l’évaluation de la compatibilité de la législation et du respect des critères de convergence, et compte tenu des autres facteurs pertinents, la Commission considère que la Pologne ne remplit pas les conditions exigées pour l’adoption de l’euro.

La législation de la Pologne – en particulier la loi sur la Banque centrale polonaise Narodowy Bank Polski (la «loi sur la NBP») et la Constitution de la République de Pologne – n’est pas totalement compatible avec les obligations prévues par l’article 131 du TFUE. Les points d’incompatibilité concernent l’indépendance de la banque centrale, l’interdiction du financement monétaire et l’intégration de la banque centrale dans le SEBC au moment de l’adoption de l’euro. En outre, la loi sur la NBP contient également certaines imperfections relatives à l’indépendance de la banque centrale et à l’intégration de la NBP dans le SEBC au moment de l’adoption de l’euro en ce qui concerne les objectifs de la NBP et les missions du SEBC prévues à l’article 127, paragraphe 2, du TFUE et à l’article 3 des statuts du SEBC et de la BCE.

La Pologne ne remplit pas le critère de stabilité des prix. Sur la période de douze mois qui s’est terminée en mai 2024, le taux d’inflation moyen en Pologne a été de 6,1 %, ce qui est nettement supérieur à la valeur de référence de 4,1 %. Il devrait rester supérieur à la valeur de référence au cours des prochains mois.

La Pologne a enregistré une hausse significative et généralisée de l’inflation annuelle basée sur l’IPCH en 2022, suivie d’une désinflation rapide au cours du second semestre de 2023. L’inflation globale a été en moyenne de 13,2 % en 2022 et de 10,9 % en 2023. En 2022, l’inflation résultait de la hausse des prix de l’énergie et des produits alimentaires ainsi que de l’accélération de l’inflation basée sur l’IPCH hors énergie et produits alimentaires. Les prix à la consommation de l’énergie et des produits alimentaires ont augmenté en dépit des importantes mesures gouvernementales prises pour freiner la hausse des prix de l’énergie ainsi que d’une réduction de la TVA sur certains produits alimentaires (ces deux mesures ayant été introduites au début de l’année). L’inflation annuelle a culminé à 17,2 % en février 2023 et est progressivement retombée à 6,2 % à la fin de 2023, grâce à l’atténuation des pressions exercées sur les prix de l’énergie et des produits alimentaires. Elle a continué de ralentir au cours des trois premiers mois de l’année 2024, mais l’expiration du taux de TVA nul sur les produits alimentaires a fait augmenter l’inflation basée sur l’IPCH en avril. En 2022 et 2023, l’inflation annuelle basée sur l’IPCH en Pologne est restée plus élevée que dans la zone euro.

Selon les prévisions économiques du printemps 2024 de la Commission, le taux annuel de l’inflation basé sur l’IPCH devrait se situer en moyenne à 4,3 % en 2024 et à 4,2 % en 2025. La désinflation devrait se poursuivre, mais l’inflation restera élevée en raison d’un dégel progressif des prix de l’énergie (en supposant que les prix mondiaux de l’énergie continueront à s’affaiblir). L’assouplissement de la politique monétaire en septembre et octobre 2023 devrait avoir une incidence différée sur l’inflation et pourrait soutenir la croissance des prix en 2024-2025. Les perspectives d’inflation restent incertaines en raison des risques à la baisse liés à une demande intérieure plus faible que prévu et, en ce qui concerne la hausse, à un marché du travail tendu. Le niveau relativement faible des prix en Pologne (environ 57 % de la moyenne de la zone euro en 2022) indique un potentiel de convergence des niveaux de prix à long terme.

Dans le rapport de la Commission établi en vertu de l’article 126, paragraphe 3, il est conclu que, après avoir examiné l’avis du comité économique et financier, la Commission entend proposer d’ouvrir une procédure concernant les déficits excessifs visant la Pologne, en proposant au Conseil d’adopter une décision au titre de l’article 126, paragraphe 6, constatant l’existence d’un déficit excessif. Le 19 juin 2024, la Commission a adopté un rapport au titre de l’article 126, paragraphe 3, du TFUE. Ce rapport examinait la situation budgétaire de la Pologne, puisque son déficit public en 2023 était supérieur à la valeur de référence de 3 % du PIB fixée par le traité. Le rapport concluait que le déficit public en 2023 était supérieur à la valeur de référence de 3 % du PIB prévue par le traité et qu’il n’en était pas proche. Le dépassement de la valeur de référence du traité n’a pas été considéré comme exceptionnel et ne devrait pas être temporaire. Le déficit public a augmenté pour s’établir à 3,4 % du PIB en 2022, puis à 5,1 % en 2023. Selon les prévisions économiques du printemps 2024 de la Commission, le déficit public augmentera pour atteindre 5,4 % du PIB en 2024 (reflétant les dépenses élevées consacrées à la défense, à l’augmentation des salaires dans le secteur public et aux nouvelles prestations sociales) avant de retomber à 4,6 % du PIB en 2025. Le ratio de la dette publique au PIB a augmenté, passant de 49,2 % en 2022 à 49,6 % en 2023, et devrait encore poursuivre sa hausse pour atteindre 53,7 % du PIB en 2024 puis 57,7 % en 2025. À moyen terme, les risques pour la soutenabilité de la dette de la Pologne semblent moyens. La dette publique devrait connaître une augmentation constante, passant d’environ 54 % du PIB en 2024 à près de 85 % du PIB en 2034. Le cadre budgétaire polonais est globalement solide, avec en son centre des règles budgétaires chiffrées.

La Pologne ne satisfait pas au critère du taux de change. Le zloty ne participe pas au MCE II. La Pologne applique un régime de taux de change flottant librement qui permet à la banque centrale d’intervenir sur le marché des changes. Tout au long de l’année 2022, le zloty a continué de s’échanger contre l’euro à ses niveaux les plus faibles depuis près de vingt ans, dans un contexte d’accroissement de l’aversion au risque à la suite de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie. Cette évolution a été suivie d’une période d’appréciation générale en 2023, traduisant le renforcement de la confiance des investisseurs. Au cours des cinq premiers mois de l’année 2024, le taux de change s’est stabilisé à environ 4,30 PLN/EUR, ce qui était similaire à ses niveaux d’avant la pandémie. En mai 2024, le zloty était environ 8,6 % plus fort par rapport à l’euro que deux ans auparavant. Le différentiel de taux d’intérêt à court terme par rapport à la zone euro s’est accentué en 2022, en raison du cycle de resserrement précoce et strict de la NBP. Il a culminé à environ 710 points de base en juin 2022 avant de se resserrer à nouveau à mesure que la BCE a entamé son propre cycle de resserrement. En 2023, le taux à trois mois de la zone euro a continué d’augmenter, tandis que le taux à trois mois polonais s’est stabilisé, contribuant ainsi à de nouvelles réductions de l’écart. Après les baisses de taux directeurs de la NBP en septembre et octobre 2023, le différentiel de taux d’intérêt s’est stabilisé à environ 190 points de base. L’écart a augmenté pour s’établir à un peu plus de 200 points de base en mai 2024.

La Pologne ne satisfait pas au critère de convergence des taux d’intérêt à long terme. Au cours de la période de douze mois qui s’est terminée en mai 2024, le taux d’intérêt à long terme moyen a été de 5,6 %, ce qui est légèrement supérieur à la valeur de référence de 5,5 %. Le taux d’intérêt à long terme de la Pologne a poursuivi sa tendance à la hausse en 2022, culminant à 7,8 % en octobre, soit le niveau le plus élevé depuis 2002. Cette évolution reflète les hausses du taux directeur, les fortes pressions inflationnistes et l’accroissement de l’aversion au risque à la suite de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie. Au cours de cette période, l’écart de taux d’intérêt à long terme par rapport à l’obligation de référence allemande a atteint à plusieurs reprises des niveaux records, malgré de fortes fluctuations. En octobre 2022, un tournant a coïncidé avec la fin du cycle de relèvement des taux de la NBP, après quoi le taux d’intérêt à long terme a progressivement diminué, retombant à 5,7 % en mai 2024. L’écart par rapport à l’obligation de référence allemande s’est réduit, passant d’un pic d’environ 570 points de base en juin 2022 à environ 315 points de base en mai 2024.

La Commission a également examiné d’autres facteurs, notamment l’évolution de la balance des paiements, l’intégration des marchés et l’environnement institutionnel. Le solde extérieur de la Pologne (combinant le compte des transactions courantes et le compte de capital) a été volatil en 2022-2023, notamment en raison des fluctuations des prix des matières premières. Le déficit de 2022 (‑1,9 % du PIB) est devenu un excédent en 2023 (1,8 % du PIB). L’économie de la Pologne est bien intégrée dans la zone euro par le biais des échanges commerciaux et des investissements. D’après une sélection d’indicateurs concernant l’environnement institutionnel, la Pologne a obtenu des résultats moins bons que beaucoup d’États membres de la zone euro, notamment en ce qui concerne les indicateurs évaluant les dimensions de la voix citoyenne et de la responsabilité ainsi que de l’efficacité des pouvoirs publics. Le secteur financier polonais est plus petit et moins développé que dans la zone euro. Il est fortement dominé par les banques, qui sont bien intégrées dans le système financier de la zone euro grâce à un niveau élevé de participations étrangères. Le financement par les marchés de capitaux est moins développé, ce que reflète la très petite taille des marchés d’actions et des marchés d’obligations du secteur privé. Dans le cadre de la procédure concernant les déséquilibres macroéconomiques, la Commission a conclu, dans son rapport sur le mécanisme d’alerte de 2024, qu’un bilan approfondi n’était pas nécessaire pour la Pologne.

La mise en œuvre du PRR de la Pologne est en cours, mais son achèvement en temps utile exige des efforts accrus. La Pologne a présenté une demande de paiement, correspondant à 38 jalons et cibles indiqués dans le plan et donnant lieu à un décaissement de 6,3 milliards d’EUR le 15 avril 2024. À ce jour, la Commission a versé un montant total de 11,4 milliards d’EUR à la Pologne, dont 8,1 milliards d’EUR sous forme de prêts, comprenant 5,1 milliards d’EUR de préfinancements. La mise en œuvre du PRR polonais connaît de nouveaux retards. L’envergure et la complexité du plan, ainsi que les défis liés à la capacité d’absorption, appellent à accélérer les investissements et à rattraper les nouveaux retards tout en renforçant les capacités administratives afin que les réformes et les investissements puissent être réalisés dans les délais. Bien que la Pologne prenne certaines mesures pour remédier au manque de capacités administratives, des défis subsistent, surtout en ce qui concerne l’achèvement des investissements les plus importants au cours de la durée de vie de la FRR.

En outre, la politique de cohésion accorde à la Pologne 75,5 milliards d’EUR pour la période 2021-2027. Les financements accordés au titre de la politique de cohésion visent en particulier à apporter un soutien supplémentaire à la compétitivité de la Pologne en stimulant les investissements dans la R&D et les exportations de produits de haute technologie, la numérisation, une transition écologique juste et une amélioration des compétences et des services publics, notamment de l'accès à des structures officielles d'accueil pour les enfants de moins de trois ans. La Pologne a progressé dans la mise en œuvre de la politique de cohésion, mais des défis subsistent et les disparités régionales entre les régions orientales et le reste du pays n’ont cessé de se creuser.

6.ROUMANIE

À la lumière de son évaluation de la compatibilité de la législation et du respect des critères de convergence, et compte tenu des autres facteurs pertinents, la Commission considère que la Roumanie ne remplit pas les conditions d’adoption de l’euro.

La législation de la Roumanie – en particulier la loi nº 312 du 28 juin 2004 sur les statuts de la Banque nationale de Roumanie (la «loi sur la BNR») – n’est pas totalement compatible avec les obligations prévues par l’article 131 du TFUE. Les points d’incompatibilité concernent l’indépendance de la banque centrale, l’interdiction du financement monétaire et l’intégration de la banque centrale dans le SEBC au moment de l’adoption de l’euro. En outre, la loi sur la BNR contient des imperfections touchant à l’indépendance de la banque centrale et à son intégration dans le SEBC au moment de l’adoption de l’euro, au regard, d’une part, des objectifs de la BNR et, d’autre part, des missions du SEBC prévues à l’article 127, paragraphe 2, du TFUE et à l’article 3 des statuts du SEBC et de la BCE.

La Roumanie ne satisfait pas au critère de stabilité des prix. Sur la période de douze mois qui s’est terminée en mai 2024, le taux d’inflation moyen en Roumanie a été de 7,6 %, ce qui est nettement supérieur à la valeur de référence de 4,1 %. Il devrait rester largement supérieur à cette valeur de référence au cours des prochains mois.

L’inflation annuelle basée sur l’IPCH en Roumanie a été en moyenne de 9,7 % en 2023, contre 12 % en 2022. L'année 2022 a été marquée par une accélération de l’inflation annuelle basée sur l’IPCH, car l’envolée des prix mondiaux du pétrole, du gaz et des matières premières alimentaires a été répercutée sur les prix de l’industrie nationale et les prix de détail de l’alimentation et de l’énergie. Le taux d’inflation annuel a culminé à 14,6 % en novembre 2022. Il a ralenti depuis lors, sous l’effet de la chute des prix de l’énergie et du resserrement de la politique monétaire et des conditions financières. Le taux d’inflation globale est revenu à un chiffre à la mi-2023 et s'établissait à 7,0 % en décembre 2023. Il a continué à ralentir durant les cinq premiers mois de 2024, pour se chiffrer à 5,8 % en mai 2024. En 2022 et 2023, les taux annuels d’inflation basés sur l’IPCH ont été en moyenne plus élevés en Roumanie que dans la zone euro dans son ensemble.

Selon les prévisions économiques du printemps 2024 de la Commission, le taux d’inflation annuel moyen devrait diminuer pour retomber à 5,9 % en 2024 et ralentir encore pour s’établir à 4,0 % en 2025, grâce à des prix de l’énergie relativement bas et à des prix à l’importation modérés. Le niveau relativement faible des prix en Roumanie (environ 56 % de la moyenne de la zone euro en 2022) indique un potentiel de convergence des niveaux de prix à long terme.

La Roumanie ne remplit pas le critère relatif aux finances publiques. La Roumanie fait l’objet d’une procédure pour déficit excessif. Le 18 juin 2021, le Conseil a adopté une recommandation au titre de l’article 126, paragraphe 7, du TFUE en vue de mettre un terme à la situation de déficit public excessif en Roumanie en 2024 au plus tard. Le 19 juin 2024, la Commission a recommandé une décision du Conseil établissant que la Roumanie n’avait pas engagé d’action suivie d’effets en réponse à la recommandation adoptée au titre de l’article 126, paragraphe 7. Le déficit public est resté élevé en 2023, atteignant 6,6 % du PIB. Cela s’explique principalement par la poursuite de la forte croissance des dépenses publiques, en particulier pour les biens et les services, les transferts sociaux et les dépenses de personnel. Un ralentissement des recettes publiques, résultant d’une croissance du PIB nominal plus faible que prévu, a également joué un rôle. Selon les prévisions économiques du printemps 2024 de la Commission, le déficit public augmentera pour s’établir à 6,9 % du PIB en 2024. Il devrait encore se creuser légèrement pour atteindre 7,0 % du PIB en 2025, dans l’hypothèse de politiques inchangées. Le ratio de la dette publique au PIB a augmenté, passant de 47,5 % en 2022 à 48,8 % en 2023, et devrait poursuivre sa hausse pour atteindre 50,9 % du PIB en 2024 puis 53,9 % en 2025. À moyen terme, les risques pesant sur la soutenabilité de la dette de la Roumanie apparaissent élevés, en particulier au regard de projections annonçant une augmentation rapide de la dette publique, qui s’établirait à 103 % du PIB en 2034. La Roumanie dispose du cadre législatif approprié, mais la mise en œuvre de son cadre budgétaire a été de façon générale faible et ne s’est pas amélioré depuis le dernier rapport.

La Roumanie ne satisfait pas au critère du taux de change. Le leu roumain ne participe pas au MCE II. La Roumanie applique un régime de taux de change dit «crawl-like», qui permet à la banque centrale d’intervenir sur le marché des changes. La BNR a recouru à la stabilité du taux de change en tant que mécanisme important visant à garantir la stabilité financière et à ancrer les anticipations d’inflation. Le leu s’est déprécié par rapport à l’euro en 2022 et 2023. En mai 2024, le leu était environ 0,6 % plus faible contre l’euro que deux ans auparavant. L’écart de taux d’intérêt à court terme par rapport à la zone euro s’est sensiblement creusé (d’environ 400 points de base) entre janvier et août 2022, reflétant la hausse du taux directeur de la BNR au cours de cette période. L’écart à court terme a culminé à environ 760 points de base en août 2022. Par la suite, l’écart s’est constamment réduit au cours des quatre derniers mois de l’année 2022 et tout au long de 2023, reflétant le resserrement monétaire de la BCE au cours de cette période et l’excédent considérable de liquidité sur le marché monétaire roumain. Il s’élevait à environ 225 points de base en mai 2024.

La Roumanie ne satisfait pas au critère de convergence des taux d’intérêt à long terme. Au cours de la période de douze mois qui s’est terminée en mai 2024, le taux d’intérêt à long terme moyen a été de 6,4 %, ce qui est supérieur à la valeur de référence de 5,5 %. Il avait fortement augmenté au cours du premier semestre de 2022, passant de 5,4 % en janvier 2022 à 9,3 % en juillet 2022, en grande partie sous l’effet d’un resserrement monétaire et de la hausse de l’inflation, ainsi que d’une accentuation de l’aversion au risque des marchés. Il a ensuite nettement diminué au second semestre 2022 et durant la majeure partie de l’année 2023, du fait des perspectives de baisse de l’inflation. Au cours des cinq premiers mois de 2024, le taux d’intérêt à long terme de la Roumanie est resté globalement stable, s’établissant à 6,3 % en mai 2024. L’écart à long terme par rapport à l’obligation de référence allemande était de 377 points de base ce même mois, contre 818 points de base en juillet 2022.

La Commission a également examiné d’autres facteurs, notamment l’évolution de la balance des paiements, l’intégration des marchés et l’environnement institutionnel. Le solde extérieur de la Roumanie (combinant le compte des transactions courantes et le compte de capital) s’est amélioré, passant de - 6,7 % du PIB en 2022 à - 4,9 % en 2023, principalement en raison d’une chute significative du déficit des échanges de marchandises résultant d’une baisse de la facture énergétique extérieure et à un tassement général des importations sous l’effet d’un ralentissement notable de la demande intérieure. Toutefois, le déficit de la balance courante reste important, ce qui est principalement attribuable à des déficits publics élevés et croissants, et il ne devrait pas s’améliorer cette année et l’année prochaine. L’économie de la Roumanie est bien intégrée dans la zone euro par le biais des échanges commerciaux et des investissements. D’après une sélection d’indicateurs concernant l’environnement institutionnel, la Roumanie obtient des résultats moins bons que beaucoup d’États membres de la zone euro. Les principaux obstacles aux investissements et à la croissance de la productivité sont les pénuries et les inadéquations de main-d’œuvre et de compétences, la volatilité de l’environnement fiscal et réglementaire, certains aspects concernant le fonctionnement du système judiciaire, une concurrence insuffisante dans le cadre des marchés publics, la mauvaise qualité de l’éducation et de la formation ainsi que les importantes lacunes dans les infrastructures de transport. Le secteur financier roumain est plus petit et moins développé que dans la zone euro. Le secteur bancaire de la Roumanie est bien intégré dans le système financier de la zone euro, en particulier grâce à un niveau élevé de participations étrangères. Cependant, le financement par les marchés de capitaux est moins développé, ce dont témoigne la très petite taille des marchés d’actions et des marchés de la dette privée. Dans le cadre de la procédure concernant les déséquilibres macroéconomiques, la Commission a conclu, dans son rapport sur le mécanisme d’alerte de 2024, qu’un bilan approfondi était justifié pour la Roumanie. Ce dernier concluait que la Roumanie connaît des déséquilibres macroéconomiques excessifs. Les vulnérabilités concernent les comptes extérieurs et sont principalement liées à d’importants déficits publics, tandis que les pressions sur les prix et les coûts se sont accrues, ce qui pourrait avoir une incidence négative sur la compétitivité des coûts. Parallèlement, l’action des pouvoirs publics a été faible.

Le PRR de la Roumanie comprend des mesures visant à relever une série de défis structurels, en synergie avec d’autres fonds de l’UE, y compris les fonds de la politique de cohésion, en vue de renforcer sa compétitivité, de stimuler la croissance durable ainsi que de réduire les disparités territoriales et sociales du pays. Le financement au titre de la FRR octroie à la Roumanie 28,5 milliards d’EUR au cours de la période 2021-2026. La Roumanie a présenté trois demandes de paiement qui ont donné lieu à un décaissement global de 9,4 milliards d’EUR le 29 septembre 2023. La mise en œuvre du PRR roumain accuse des retards importants. Les défis structurels sont liés à des capacités administratives limitées et à l’absence d’actions spécifiques visant à garantir que les réformes et investissements prévus soient achevés dans les délais.

En outre, la politique de cohésion accorde à la Roumanie 31 milliards d’EUR pour la période 2021-2027. Les financements accordés au titre de la politique de cohésion visent à apporter un soutien supplémentaire à la compétitivité et à la convergence sociale ascendante de la Roumanie, y compris à l’innovation et à la numérisation, à la transition écologique et juste, à la modernisation des services publics de l’emploi, à l’amélioration des compétences et des qualifications ainsi qu'à la réduction de la pauvreté. La Roumanie a progressé dans la mise en œuvre de la politique de cohésion, mais des défis subsistent et d’importantes disparités territoriales en matière d’investissement et d’emploi persistent entre la région de la capitale et les autres régions, ainsi qu’entre les zones urbaines et non urbaines.

7.SUÈDE

À la lumière de son évaluation de la compatibilité de la législation et du respect des critères de convergence, et compte tenu des autres facteurs pertinents, la Commission considère que la Suède ne remplit pas les conditions exigées pour l’adoption de l’euro.

La législation de la Suède - en particulier la nouvelle loi sur la Sveriges Riksbank, n’est pas totalement compatible avec les obligations prévues par l’article 131 du TFUE. Les points d’incompatibilité et d’imperfection concernent l’indépendance de la banque centrale, l’interdiction du financement monétaire et de l’accès privilégié ainsi que l’intégration de la banque centrale dans le SEBC au moment de l’adoption de l’euro en ce qui concerne les objectifs de la Riksbank et les missions du SEBC prévues à l’article 127, paragraphe 2, du TFUE et à l’article 3 des statuts du SEBC et de la BCE.

La Suède satisfait au critère de stabilité des prix. Sur la période de douze mois qui s’est terminée en mai 2024, le taux d’inflation moyen basé sur l’IPCH en Suède a été de 3,6 %, ce qui est inférieur à la valeur de référence de 4,1 %. Selon les prévisions de la Commission, il devrait être inférieur à la valeur de référence au cours des prochains mois.

Le taux d’inflation annuelle de la Suède est tombé à 5,9 % en 2023, contre 8,1 % en 2022. Après avoir augmenté en 2021, l’inflation a grimpé en flèche en 2022 en raison de la hausse des prix de l’énergie et des produits alimentaires dans le contexte de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie et de goulets d’étranglement en matière d’approvisionnement. Les hausses de prix se sont ensuite étendues dans l’économie. En outre, l’affaiblissement du taux de change effectif de la couronne entre 2021 et le dernier trimestre 2023 a contribué aux hausses de prix des biens et services importés. Après avoir culminé à 10,8 % en décembre 2022, l’inflation est retombée à un peu moins de 2 % en décembre 2023 grâce à une baisse des prix de l’énergie et à des effets de base généralisés. Début 2024, les effets de base liés à l’inflation des prix de l’énergie et des services ont entraîné un léger rebond de l’inflation globale, tandis que les prix des produits alimentaires ont encore fléchi. En mai 2024, l’inflation annuelle basée sur l’IPCH s’élevait à 2,5 %. En 2022 et 2023, les taux annuels d’inflation basés sur l’IPCH de la Suède ont été en moyenne globalement conformes à ceux de la zone euro dans son ensemble.

Selon les prévisions économiques du printemps 2024 de la Commission, l’inflation devrait baisser pour retomber à environ 1,9 % en 2024 avant de diminuer légèrement pour s’établir à 1,7 % en 2025, à mesure que l’économie se normalise, et malgré une certaine persistance de la tendance à la hausse des prix (en particulier pour les services). Le niveau des prix en Suède est relativement élevé (environ 116 % de la moyenne de la zone euro en 2022).

La Suède satisfait au critère relatif aux finances publiques. La Suède ne fait pas l’objet d’une décision du Conseil concernant l’existence d’un déficit public excessif. Le solde des administrations publiques s’est détérioré, passant d’un excédent de 1,2 % du PIB en 2022 à un déficit de 0,6 % du PIB en 2023, reflétant le ralentissement de l’économie, ainsi que des augmentations des dépenses publiques consacrées à des postes tels que la défense et l’augmentation des coûts des retraites en raison de la hausse de l’inflation. Selon les prévisions économiques du printemps 2024 de la Commission, le solde des administrations publiques devrait atteindre - 1,4 % du PIB en 2024 et - 0,9 % du PIB en 2025, reflétant en partie l’affaiblissement des recettes nominales et l’augmentation des transferts sociaux vers les ménages. Le ratio de la dette publique au PIB a diminué, passant de 33,2 % du PIB en 2022 à 31,2 % du PIB en 2023, et il devrait se situer à 32,0 % du PIB en 2024 et à 31,3 % du PIB en 2025. À moyen terme, les risques pesant sur la soutenabilité de la dette de la Suède apparaissent faibles, en particulier au regard de projections annonçant une diminution de la dette publique, qui se situerait à 22 % du PIB en 2034. La Suède dispose d’un cadre budgétaire solide ayant fait l’objet d’une réforme en 2019, qui en a préservé les principaux piliers et l’a renforcé au moyen de nouveaux éléments (tel qu’un ancrage de la dette à 35 % du PIB).

La Suède ne satisfait pas au critère du taux de change. La couronne suédoise ne participe pas au MCE II. La Suède applique un régime de taux de change flottant librement qui permet à la banque centrale d’intervenir sur le marché des changes. La couronne a repris sa tendance à la dépréciation par rapport à l’euro en 2022 et 2023, dans un contexte de volatilité qui a également entraîné des épisodes temporaires d’appréciation. De novembre 2021 à septembre 2023, la couronne s’est dépréciée d’environ 15 % par rapport à l’euro et a atteint un niveau historiquement bas de 12 SEK/EUR en septembre 2023. Elle a ensuite récupéré une partie de ses pertes et s’élevait en moyenne à 11,2 SEK/EUR en décembre 2023. Depuis début 2024, la couronne s’est à nouveau dépréciée. Durant cet épisode de dépréciation, l’écart STIBOR-EURIBOR à trois mois est passé d’environ 50 points de base fin 2021 à 110 points de base en juillet 2022, avant de retomber à environ 15 points de base au début de l’année 2024. Il avait atteint en moyenne 66 points de base en 2022 et 27 points de base en 2023. En mai 2024, l’écart s’établissait à - 2 points de base et le taux de change était de 11,6 SEK/EUR, soit plus faible de 10 % par rapport à l’euro que deux ans auparavant.

La Suède satisfait au critère de convergence des taux d’intérêt à long terme. Au cours de la période de douze mois qui s’est terminée en mai 2024, le taux d’intérêt à long terme moyen a été de 2,5 % en Suède, ce qui est largement inférieur à la valeur de référence de 5,5 %. Les taux d’intérêt à long terme ont fortement augmenté en 2022 et 2023, conformément aux tendances de la zone euro, reflétant le resserrement de la politique monétaire et les pressions inflationnistes persistantes. Les taux d’intérêt à long terme suédois sont passés de 0,1 % fin 2021 à 3,0 % en octobre 2023. Ils sont retombés à 2,2 % début 2024 avant de rebondir légèrement pour s’établir à 2,4 % en mai 2024. L’écart par rapport à l’obligation de référence allemande a été volatil en 2022 et 2023. Il a culminé à un peu plus de 80 points de base en mai 2022 et est revenu à des niveaux légèrement négatifs à la fin de cette même année. En mai 2024, il s’élevait à - 14 points de base.

La Commission a également examiné d’autres facteurs, notamment l’évolution de la balance des paiements, l’intégration des marchés et l’environnement institutionnel. Le solde extérieur de la Suède (combinant le compte des transactions courantes et le compte de capital) est resté excédentaire, à 5,5 % du PIB en 2022 et à 6,8 % du PIB en 2023. L’économie de la Suède est bien intégrée dans la zone euro par le biais des échanges commerciaux et des investissements. D’après une sélection d’indicateurs concernant l’environnement institutionnel, la Suède obtient des résultats meilleurs que la plupart des États membres de la zone euro. Le secteur financier suédois est très développé et bien intégré dans le système financier de la zone euro. Le secteur bancaire domine le secteur financier, mais les assurances et les fonds de pension en occupent des parts intégrantes et importantes. En outre, la Suède possède l’un des marchés du crédit et des marchés des actions les plus développés de l’UE, et le niveau de financement par les marchés y est l’un des plus élevés parmi les États membres. Dans le cadre de la procédure concernant les déséquilibres macroéconomiques, la Commission a conclu, dans son rapport sur le mécanisme d’alerte de 2024, qu’un bilan approfondi était justifié pour la Suède. Ce dernier a conclu que la Suède connaissait des déséquilibres macroéconomiques liés à son marché immobilier et à une dette privée élevée. Les vulnérabilités concernent les prix fixes élevés de l’immobilier et l’endettement privé élevé. En outre, il existe des risques de nouvelles corrections dans les évaluations immobilières commerciales.

Le PRR de la Suède comprend des mesures visant à relever une série de défis structurels, en synergie avec d’autres fonds de l’UE, y compris les fonds de la politique de cohésion, en vue de renforcer sa compétitivité, de stimuler la croissance durable ainsi que de réduire les disparités territoriales et sociales du pays. Le financement au titre de la FRR octroie à la Suède 3,4 milliards d’EUR au cours de la période 2021-2026. À ce jour, la Suède n’a présenté aucune demande de paiement. La mise en œuvre du PRR suédois accuse des retards importants.

En outre, la politique de cohésion accorde à la Suède 1,7 milliard d’EUR pour la période 2021-2027. Le financement au titre de la politique de cohésion vise particulièrement à améliorer davantage les conditions de la recherche et de l’innovation, à créer des possibilités d’entrepreneuriat et de transformation industrielle ainsi qu’à soutenir la numérisation, l’internationalisation et la compétitivité. La Suède a progressé dans la mise en œuvre de la politique de cohésion, mais des défis subsistent et les disparités entre la région de la capitale et le reste du pays persistent.

(1) Les États membres ne remplissant pas encore les conditions nécessaires pour l’adoption de l’euro sont dénommés ci-après «États membres faisant l’objet d’une dérogation». Le Danemark a négocié avant l’adoption du traité de Maastricht une clause de non-participation à la troisième phase de l’Union économique et monétaire.
(2) N’ayant pas exprimé le souhait d’adopter l’euro, le Danemark n’est pas pris en considération dans l’évaluation.
(3) Aucune donnée postérieure au 18 juin 2024 n’a été prise en compte dans le présent rapport. L’évaluation de la convergence repose sur une série d’indicateurs de convergence mensuels qui ont été calculés jusqu’au mois de mai 2024.
(4) QUEST est le modèle macroéconomique de portée internationale que la direction générale des affaires économiques et financières (DG ECFIN) utilise pour ses activités d’analyse et de recherche dans le domaine des politiques macroéconomiques. Voir https://economy-finance.ec.europa.eu/economic-research-and-databases/economic-research/macroeconomic-models/quest-macroeconomic-model_en?prefLang=fr ainsi que le document de travail des services de la Commission sur l’évaluation à mi-parcours de la FRR pour de plus amples informations sur les résultats de QUEST en ce qui concerne les incidences macroéconomiques de la FRR.
(5) JO L, 2024/1264, 30.4.2024; JO L, 2024/1263, 30.4.2024; et JO L, 2024/1265, 30.4.2024.
(6) La Roumanie fait l’objet d’une procédure pour déficit excessif depuis le printemps 2020.
(7) En ce qui concerne le critère de stabilité des prix, l’inflation est mesurée au moyen de l’Indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH) défini dans le règlement (UE) 2016/792 du Parlement européen et du Conseil.
(8) Toutes les prévisions concernant l’inflation et les autres variables du présent rapport proviennent des prévisions économiques du printemps 2024 de la Commission, qui reposent sur une série d’hypothèses communes relatives aux variables extérieures, ainsi que sur l’hypothèse de politiques inchangées, mais tiennent compte également des mesures connues avec un degré de détail suffisant.
(9) Taux d’inflation moyens sur 12 mois de 2,5 %, 2,6 % et 2,6 % respectivement.
(10) En mai 2024, les taux d’inflation moyens sur 12 mois du Danemark, de la Finlande et de la Belgique s’affichaient à 1,1 %, 1,9 % et 1,9 %, respectivement, et celui de la zone euro s’élevait à 3,4 %.
(11) Statistics Finland, Adjustment of the price index of electricity in the releases of the Consumer Price Index and the Harmonised Index of Consumer Prices for August 2023 (Ajustement de l’indice des prix de l’électricité dans les publications de l’indice des prix à la consommation et de l’indice des prix à la consommation harmonisé pour août 2023), août 2023. Voir https://stat.fi/en/revisionrelease/clm92f0dg5s810avvk7mlerjj.
(12) Pour évaluer le respect du critère du taux de change, la Commission vérifie si le taux de change est resté proche du taux central du MCE II. Les raisons à la base d’une appréciation peuvent être prises en considération, conformément à la déclaration commune sur les pays adhérents et le MCE II du Conseil informel Ecofin réuni à Athènes le 5 avril 2003.
(13) Les participants au MCE II sont les ministères des finances de la zone euro, la BCE, les ministères des finances hors zone euro qui participent au MCE II et les banques centrales.
(14) La valeur de référence pour mai 2024 a été calculée comme étant la moyenne simple des taux d’intérêt moyens à long terme sur 12 mois des Pays-Bas (2,8 %), de l’Italie (4,1 %) et de la Lettonie (3,7 %), plus deux points de pourcentage.

Documents similaires

Acte préparatoire52024M11764

Notification préalable d’une concentration (Affaire M.11764 – DP WORLD / ARCESE / JV) — Cas susceptible d’être traité selon la procédure simplifiée

27/12/2024

Acte préparatoire52024M11789

Notification préalable d’une concentration (Affaire M.11789 – APOLLO / BARNES GROUP) — Cas susceptible d’être traité selon la procédure simplifiée

23/12/2024

Acte préparatoire52022HB0026R(01)

Acte préparatoire — 52022HB0026R(01)

20/12/2024

Acte préparatoire52025M11717

Non-opposition à une concentration notifiée (Affaire M.11717 — SUMITOMO / EEW HOLDING / EEW OFFSHORE WIND EU HOLDING)

20/12/2024

← Retour au droit européenVoir aussi sur EUR-Lex →