COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 29.7.2024
COM(2024) 322 final
RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL
Premier rapport sur la mise en œuvre du plan pluriannuel pour les pêcheries exploitant des stocks démersaux en Méditerranée occidentale
{SWD(2024) 195 final}
CONCLUSIONS
Depuis l’adoption du plan de gestion pluriannuel pour les pêcheries exploitant des stocks démersaux en Méditerranée occidentale (ci-après le «plan»), un cadre de l’Union à part entière prévoyant des mécanismes de contrôle au niveau des navires et des États membres a été élaboré. Durant la période de transition de cinq ans, la pression exercée par la pêche a diminué et des effets positifs ont été observés dans la plupart des pêcheries. En 2020, seuls 5 % des stocks démersaux (un sur vingt) présentaient une mortalité par pêche proche du rendement maximal durable (FRMD). Aujourd’hui, 28 % des stocks ayant fait l’objet d’une évaluation analytique présentent un taux de mortalité par pêche au niveau du FRMD et 57 % s’en rapprochent rapidement. Ces améliorations ont été obtenues grâce à la participation active des parties prenantes au processus de régionalisation visant à accroître la biomasse des stocks, qui constitue la base économique des pêcheurs. Toutefois, certains stocks, tels que ceux du merlu européen et un stock de langoustine, restent fortement surexploités, dans un contexte global de surpêche et de mutations environnementales qui persiste depuis de nombreuses années.
Les parties prenantes et les États membres consultés ont salué la communication accrue entre les parties prenantes et avec les scientifiques depuis l’adoption du plan. Toutefois, ils ont exprimé des avis divergents en ce qui concerne le plan. Les États membres se sont félicités de ce que le plan ait contribué à l’émergence d’une nouvelle culture de la pêche en Méditerranée. Ils ont soutenu le cadre de gestion coordonnée, qui a permis une meilleure harmonisation et des conditions de concurrence équitables. Toutefois, le conseil consultatif pour la mer Méditerranée (MEDAC) estime que l’évaluation des résultats du plan est prématurée. L’industrie de la pêche demande que le régime de gestion de l’effort de pêche pour les chalutiers soit gelé pour des raisons socio-économiques et que l’échéance prévue à l’article 4, paragraphe 1, du plan pour la réalisation de l’objectif lié au FRMD soit reportée à 2030. Les organisations non gouvernementales (ONG), quant à elles, ont appelé à poursuivre la mise en œuvre du plan et des actions visant à améliorer la sélectivité, le contrôle et la surveillance des engins.
La Commission estime que le plan s’est révélé être un cadre bénéfique pour la mise en œuvre de la politique commune de la pêche et pour atteindre le FRMD au plus tard le 1er janvier 2025. Au cours d’une période de transition de cinq ans, le plan a permis d’améliorer le contrôle de la pêche, notamment en prévoyant la tenue à jour de listes annuelles des navires autorisés et l’adoption de mesures de conservation telles que des zones d’interdiction de la pêche efficaces. Le plan prévoit en outre une série de mesures de flexibilité pour aider le secteur à adopter des pratiques plus durables, telles que des transferts d’effort et d’autres zones d’interdiction. Lors de la poursuite de sa mise en œuvre après 2025, le plan pourra s’appuyer sur l’adaptation réussie des parties prenantes au cadre de l’UE et à ses règles créant des conditions de concurrence équitables et de la transparence.
Le plan a facilité l’accord sur les possibilités de pêche, en fixant un objectif clair d’ici au 1er janvier 2025, à la fois pour la Commission dans sa proposition et pour le Conseil dans sa prise de décision. Le plan a permis de réduire de 40 % l’effort de pêche au chalut entre 2020 et 2024. En 2022, le plan a développé la décision sur les possibilités de pêche et l’a élargie pour y inclure des mesures complémentaires sous la forme d’un plafond pour l’attribution de l’effort aux palangriers en vue de limiter la mortalité par pêche des reproducteurs de merlu et sous la forme de limites de capture pour deux espèces de crevettes afin d’accélérer la reconstitution de leurs stocks. En outre, un mécanisme unique a été institué en 2022 pour offrir une plus grande souplesse, récompensant les chalutiers par des jours de pêche supplémentaires s’ils adoptent des zones d’interdiction efficaces pour protéger les juvéniles ou s’ils utilisent des engins plus sélectifs. Le plan comprend également des mesures visant à réduire la pêche pendant la saison de frai avec des zones d’interdiction temporaire.
Grâce à cette combinaison de mesures, le plan a permis de maintenir toutes les pêcheries démersales ouvertes, quoiqu’à des niveaux réduits, contribuant ainsi à la reconstitution des stocks. La plupart des stocks démersaux sont désormais sur la voie de la reconstitution. Depuis que le Conseil a décidé de réduire les possibilités de pêche et que les États membres ont adopté de vastes zones d’interdiction de la pêche, certains stocks, comme ceux du rouget de vase dans le golfe du Lion, ont été entièrement reconstitués et affichent désormais des niveaux durables tant du point de vue de la mortalité par pêche que de celui de la biomasse.
Le plan a donné des résultats positifs en ce qu’il a permis d’aller vers des stocks halieutiques sains grâce à des mesures complémentaires et à des mesures d’incitation destinées à accélérer la reconstitution des stocks et la transition du secteur vers la durabilité. Alors que la période de transition du plan s’achève et que le secteur se remet des difficultés importantes dues aux crises liées à la COVID-19 et aux carburants, le plan de gestion porte ses premiers fruits. La plupart des stocks sont exploités à un niveau proche du FRMD ou se reconstituent rapidement. Dans les États membres qui ont amélioré l’équilibre entre la capacité et les possibilités de pêche, des segments de flotte sont devenus plus rentables.
Toutefois, des retards et une appropriation limitée par les États membres sont à l’origine de résultats mitigés en ce qui concerne les stocks démersaux et la rentabilité des pêcheries concernées, notamment l’augmentation des captures de juvéniles, la surcapacité structurelle, l’augmentation de l’utilisation de chalutiers jumeaux, ainsi que des lacunes dans le contrôle et l’application de la réglementation dans certains États membres. La Commission est d’avis que le déséquilibre entre les possibilités de pêche et la capacité de la flotte a sapé les effets positifs du plan et a retardé la reconstitution des stocks, ce qui nuit gravement aux moyens de subsistance des pêcheurs. Néanmoins, la Commission reconnaît les efforts actuellement déployés par le secteur de la pêche et par les parties prenantes pour réduire la pression exercée sur les stocks halieutiques sur la base des avis scientifiques. La Commission a souvent encouragé les États membres à collecter des données de qualité et à veiller à ce que les scientifiques des trois États membres concernés (Espagne, France et Italie) apportent une contribution scientifique au plan.
Le plan prévoit un soutien spécifique provenant de fonds de l’UE qui n’avait pas été pleinement utilisé pour soutenir la transition du secteur vers des pratiques plus durables. Le développement socio-économique des flottes dans le cadre du plan est limité depuis 2020 en raison de la pandémie de COVID-19 et de la hausse des prix du carburant. Toutefois, la valeur des débarquements de certaines espèces a augmenté et les parties prenantes ont fait état d’une rentabilité plus élevée depuis 2022. En revanche, la situation environnementale, y compris les conséquences du changement climatique, l’épuisement des stocks de merlu et la situation économique générale devraient avoir eu une incidence négative plus importante sur la rentabilité de la flotte que les mesures prévues dans le plan. Dans ce contexte, l’objectif du plan consistant à garantir une pêche durable, une densité de poissons plus forte et des poissons de plus grande taille est le meilleur moyen d’améliorer le rendement de la flotte et, dès lors, de renforcer l’économie du secteur.
Les modifications de l’environnement de la Méditerranée occidentale et de ses stocks démersaux sont le résultat de tendances à long terme qui mettront du temps à s’inverser complètement. Depuis de nombreuses années, les pêcheries en Méditerranée sont confrontées à un déséquilibre entre les possibilités de pêche et la capacité de pêche. C’est pourquoi certains stocks, tels que les stocks de merlu et de crevette rouge, sont fortement surexploités et leur biomasse est faible. Même si le plan a réduit la pression exercée par la pêche et a apporté aux parties prenantes une prévisibilité accrue depuis son lancement, la prévalence d’autres facteurs environnementaux, tels que le réchauffement des eaux, pourrait encore prendre de l’ampleur dans les années à venir. En ce qui concerne les stocks de merlu, les scientifiques étudient l’incidence sur la reproduction de cette espèce des vagues de chaleur océaniques, des changements dans l’approvisionnement en nutriments et de la stratification de la couche supérieure des océans avec des températures de surface et des niveaux de salinité plus élevés.
La Commission considère que les décisions difficiles, mais durables, prises par le Conseil pour les stocks de Méditerranée occidentale ont été rendues possibles parce que le plan était en place. Le plan a permis de faire en sorte que toutes les pêcheries soient aujourd’hui gérées en tenant compte du FRMD, que leurs stocks se reconstituent rapidement pour atteindre le FRMD ou que des mesures puissent être mises en place à partir de 2025 pour les amener rapidement au FRMD. La Commission conclut donc que le plan constitue un instrument stable à long terme pour mettre en œuvre la politique commune de la pêche en Méditerranée occidentale. Il apporte davantage de certitude, de transparence et de prévisibilité, et jette les bases de la rentabilité à long terme de l’industrie de la pêche et des secteurs connexes.
1.Introduction
En 2019, le Parlement européen et le Conseil ont adopté le plan de gestion pluriannuel pour les pêcheries exploitant des stocks démersaux en Méditerranée occidentale. L’article 17, paragraphe 2, du plan exige que la Commission rende compte tous les trois ans aux colégislateurs des résultats et de l’incidence du plan sur les stocks et les pêcheries qui les exploitent. Le présent rapport donne une première vue d’ensemble des progrès accomplis grâce au plan.
Les objectifs du plan sont les suivants: contribuer à la réalisation des objectifs de la politique commune de la pêche (PCP) ; rétablir et maintenir les stocks halieutiques au-dessus des niveaux durables; contribuer à l’élimination des rejets et à la mise en œuvre de l’obligation de débarquement; mettre en œuvre une approche écosystémique et réduire le plus possible l’incidence de la pêche sur les habitats vulnérables et les espèces protégées.
Le plan couvre les espèces ciblées que sont le merlu européen, le rouget de vase, la langoustine, la crevette rose du large, la crevette rouge, le gambon rouge et les espèces faisant l’objet de prises accessoires capturées dans des pêcheries démersales mixtes. Les espèces cibles représentent environ 20 % de l’ensemble des captures en Méditerranée occidentale.
Le plan prévoit des règles claires quant à la fixation des possibilités de pêche afin d’atteindre et de maintenir la mortalité par pêche au niveau de rendement maximal durable (FRMD) pour les stocks sur la base d’une évaluation scientifique. Le plan a été appliqué pour la première fois lors de la campagne de pêche 2020, qui a marqué le début d’une période de transition de cinq ans liée aux spécificités socio-économiques des flottes. Au cours de cette période de transition, l’objectif de mortalité par pêche fondé sur les meilleurs avis scientifiques disponibles a ouvert la voie pour atteindre le FRMD au plus tard le 1er janvier 2025. À partir de 2025, les possibilités de pêche doivent être fixées par le Conseil sur la base d’une fourchette de valeurs de mortalité par pêche fondée sur des données scientifiques, conforme au FRMD. Le plan contient également des règles spécifiques visant à habiliter la Commission à adopter des actes délégués, notamment en ce qui concerne l’obligation de débarquement.
Depuis 2020, les règlements relatifs aux possibilités de pêche du Conseil fixent des limitations annuelles de l’effort de pêche pour les chalutiers. Depuis 2022, les règlements prévoient également un plafond de l’effort de pêche pour les palangriers, des limites de capture maximales pour deux espèces de crevettes et un mécanisme récompensant les pratiques durables.
2.Évolution dans les domaines concernés
Ce premier rapport se fonde sur une consultation ciblée des parties prenantes , sur les derniers rapports du comité scientifique, technique et économique de la pêche (CSTEP) pour les stocks concernés de la Méditerranée occidentale , sur les analyses du CSTEP relatives à l’obligation de débarquement et sur les informations détenues par la Commission. Le rapport se concentre sur l’évolution de la situation au cours de quatre années complètes de mise en œuvre dans les domaines suivants: les niveaux de pêche et les mesures complémentaires; les aspects socio-économiques; l’obligation de débarquement et la réduction au minimum des captures indésirées; la réduction au minimum de l’incidence de la pêche sur les habitats vulnérables et les espèces protégées; et, enfin, la coopération régionale.
2.1.Niveaux de pêche et mesures complémentaires pour les pêcheries mixtes
-État des stocks
Au cours des vingt années qui ont précédé l’entrée en vigueur du plan, la biomasse halieutique a diminué, tandis que la pression exercée par la pêche et la capacité de la flotte sont restées à des niveaux élevés . Depuis 2019, le CSTEP a réalisé des évaluations pour vingt stocks démersaux en Méditerranée occidentale, qui montrent une diminution de la mortalité par pêche et des progrès considérables pour plus de la moitié des stocks. Cette amélioration a été rendue possible grâce aux efforts déployés par les États membres et les parties prenantes pour améliorer la collecte des données et gérer correctement les stocks halieutiques.
La dernière évaluation du CSTEP montre que quatre stocks sur vingt sont pêchés à des niveaux approchant ou atteignant le FRMD, tandis que huit stocks pour lesquels on dispose de nombreuses données semblent se reconstituer rapidement et deux autres (merlu et langoustine dans les eaux espagnoles) restent fortement surexploités. En outre, le CSTEP n’a émis des avis de précaution que pour cinq stocks, dont un avis de catégorie 5 du CIEM pour lequel les données relatives aux débarquements ou aux captures ne couvrent qu’une courte période. Sur les dix stocks surexploités, sept accusent un retard de transition vers le FRMD d’ici à 2025 et trois se rapprochent rapidement du FRMD. Pour les six stocks qui n’ont pas fait l’objet d’une évaluation analytique, il n’y a pas de niveau de référence pour évaluer l’état du stock par rapport au FRMD.
Le plan a eu des effets positifs pour plusieurs pêcheries, ce qui a permis d’améliorer la santé des stocks. Toutefois, le CSTEP estime qu’il n’y a pas encore eu d’augmentation de la biomasse des stocks équivalente à la diminution de la mortalité par pêche. D’après le CSTEP, les niveaux de biomasse de merlu, une espèce à longue durée de vie, resteront inférieurs au niveau de précaution à moyen terme, même en l’absence totale de pêche. Le CSTEP estime que les captures de merlu dans les eaux espagnoles et françaises ont augmenté, ce qui maintient la biomasse à un faible niveau, probablement depuis l’adoption du plan, en dessous du niveau de référence critique en deçà duquel la capacité de reproduction peut chuter (Blim). Le CSTEP considère que l’utilisation accrue de chalutiers jumeaux et l’augmentation du niveau des captures de merlus juvéniles entravent les possibilités de reconstitution des stocks. La biomasse de merlu étant très faible, il pourrait s’agir d’une espèce à quotas limitants pour le régime de gestion de l’effort de pêche. Pour les deux stocks de merlu, tous deux inférieurs à la Blim, les analyses du CSTEP de 2023 préconisent des réductions importantes de la mortalité par pêche afin de reconstituer les stocks de merlu à des niveaux sûrs.
-Règles régissant la fixation des possibilités de pêche
Depuis 2019, le plan est en période de transition. Les possibilités de pêche sont fixées sur la base de l’article 7 du plan, qui prévoit un effort de pêche maximal autorisé pour les chalutiers, complété par des mesures techniques ou de conservation, pour atteindre le FRMD au plus tard le 1er janvier 2025. Au cours de la période de transition, la fixation des possibilités de pêche pour les stocks faisant l’objet d’une évaluation analytique n’utilise pas une fourchette de valeurs autour du FRMD. L’objectif de la Commission était de proposer des possibilités de pêche fondées sur les meilleurs avis scientifiques disponibles afin que les valeurs de mortalité par pêche atteignent le FRMD au plus tard le 1er janvier 2025. Au fur et à mesure que la mise en œuvre du plan a progressé, la Commission a encouragé la collecte et le partage des données entre le MEDAC et le CSTEP afin de poursuivre l’élaboration de modèles socio-économiques et de scénarios de gestion.
Étant donné qu’une évaluation analytique n’est possible que pour les stocks pour lesquels on dispose de nombreuses données, l’approche de précaution a dû être suivie concernant les stocks pour lesquels les données étaient limitées. Grâce aux progrès accomplis en matière de collecte des données et de modélisation scientifique, le CSTEP a pu calculer les niveaux de référence de conservation pour certains stocks et poursuivre l’élaboration des évaluations socio-économiques, ce qui a permis de mieux tracer la trajectoire de la transition pour atteindre le FRMD. Toutefois, en 2022, tous les États membres n’ont pas fourni suffisamment de données en raison de retards dans l’organisation des campagnes océanographiques, de sorte que six stocks sont désormais concernés par une insuffisance des données.
Les parties prenantes consultées ont salué l’amélioration de la communication depuis 2019, mais ont exprimé des avis divergents sur les possibilités de pêche et les ambitions du plan. Les administrations nationales ont apprécié la facilitation du processus de fixation des possibilités de pêche, soulignant l’importance des évaluations analytiques des stocks et des facteurs non liés à la pêche. Le MEDAC a souligné les efforts déployés par les flottes au début de la mise en œuvre du plan pendant la crise de la COVID-19 et la crise des carburants, qui ont exacerbé les difficultés socio-économiques rencontrées par les flottes. Le MEDAC a apprécié la possibilité d’observer certaines réunions du CSTEP, de fournir des informations et de discuter des évaluations des stocks et des scénarios de gestion avec les scientifiques. Toutefois, le MEDAC a demandé à plusieurs reprises de geler les mesures et de reporter à 2030 l’échéance prévue à l’article 4, paragraphe 1, du plan pour la réalisation de l’objectif FRMD, pour des raisons socio-économiques. En revanche, les ONG ont demandé que les possibilités de pêche soient liées à l’amélioration de la sélectivité des engins et à un meilleur contrôle (par exemple, en installant un SSN sur tous les navires).
-Régimes de gestion de l’effort de pêche, limites de capture et mécanisme de compensation
Le plan a été déployé sur quatre cycles de possibilités de pêche (2020-2023). Le régime de gestion de l’effort de pêche pour les chalutiers a été au cœur de la réussite du plan. Sur la base d’avis scientifiques et de l’obligation juridique prévue à l’article 7, paragraphe 3, le nombre de jours de chalutage a été progressivement réduit de 40 % par rapport au niveau de référence de la période 2015-2017. Cela a conduit à une adaptation progressive des flottes et à une familiarisation du secteur avec le suivi des normes de l’UE.
En 2022, la Commission a proposé des mesures complémentaires sous la forme d’une approche globale, fondée sur les meilleurs avis scientifiques disponibles. Cette approche combine des mesures pour les chalutiers et les palangriers ayant une incidence sur la mortalité des reproducteurs de merlu et des limites de capture afin d’amorcer la reconstitution des stocks de crevette rouge ainsi que des stocks de gambon rouge. En 2022, le règlement sur les possibilités de pêche a mis en place un mécanisme de compensation qui récompense, avec des jours de chalutage supplémentaires, les navires qui remplissent certains critères (zones d’interdiction efficaces pendant les périodes de frai ou utilisation d’engins plus sélectifs pour réduire les captures de juvéniles). Le CSTEP a évalué les critères et la mise en œuvre de ce mécanisme de compensation. En 2022, le mécanisme de compensation a été mis en œuvre pour la majeure partie de la flotte d’un État membre et pour les navires dans certains ports d’un autre État membre. Toutefois, en 2023, même si les trois États membres ont demandé des jours supplémentaires au titre du mécanisme de compensation, certains États membres ne les ont pas utilisés.
Depuis 2022, l’approche globale des possibilités de pêche a permis de réduire efficacement la mortalité par pêche tout en limitant le plus possible les incidences socio-économiques. La Commission considère que le plan a facilité l’adoption et l’intégration des trois piliers de la PCP (environnemental, social et économique) dans les décisions relatives aux possibilités de pêche. Le plan fournit une orientation de gestion claire pour guider à la fois les propositions de la Commission et le processus décisionnel du Conseil débouchant sur les règlements annuels régissant les possibilités de pêche. Depuis 2019, les décisions sont cohérentes et compatibles avec les objectifs de la PCP. Les résultats sont satisfaisants, étant donné que jusqu’à 55 % des stocks devraient se reconstituer d’ici à 2025 et que les stocks de merlu sont sur la voie de la reconstitution.
-Suivi de l’évolution de la situation et des obligations des États membres
Pendant les premières années de mise en œuvre du plan, l’Espagne, l’Italie et la France ont adopté un système de surveillance harmonisé comportant des notifications mensuelles et une série de mesures de gestion flexibles (articles 9 et 10). Les services de la Commission ont mis en place un réseau technique au moyen de réunions de coordination mensuelles entre les trois administrations nationales. Cela a permis une compréhension commune des mesures contenues dans le plan et des résultats scientifiques, promouvant ainsi une nouvelle culture de gestion. Dans l’ensemble, les trois États membres ont présenté des rapports détaillés sur la plupart des aspects de la mise en œuvre du plan. Les premières années, ils sont parvenus à une bonne mise en conformité et à une bonne application des principales mesures, telles que les mises à jour annuelles des listes des navires autorisés, les notifications mensuelles et l’attribution des jours de pêche et de zones d’interdiction de pêche. Le plan couvre également la durée de la journée de pêche pour les chalutiers et les fermetures de pêcheries. Trois pêcheries ont été fermées par la Commission en 2022, trois par un État membre en 2021 et deux par le même État membre en 2023. Enfin, la surveillance approfondie des activités de chalutage a permis de garantir que les possibilités de pêche allouées n’ont pas été dépassées depuis l’entrée en vigueur du plan.
Toutefois, la Commission a relevé plusieurs lacunes au niveau national. Des moyens d’améliorer les procédures nationales de contrôle et d’application des mesures ont été examinés avec les autorités des États membres, notamment la révocation de la dérogation nationale autorisant les chalutiers congélateurs à dépasser la durée maximale de chalutage fixée dans le cadre du plan. En ce qui concerne la capacité de la flotte (article 9, paragraphes 7 et 9, du plan), la Commission a régulièrement demandé aux États membres de remédier au déséquilibre entre la capacité de leur flotte et les possibilités de pêche. La Commission a présenté de manière claire des exemples illustrant une hausse de l’activité annuelle et de la rentabilité des navires dans les États membres dont les flottes sont équilibrées et ciblent des stocks gérés de manière durable.
Les parties prenantes se sont félicitées du renforcement de la coordination entre les administrations et des réunions tenues régulièrement avec le groupe de travail du MEDAC sur le plan, qui ont favorisé la confiance et les échanges harmonieux entre la Commission et toutes les parties prenantes. La Commission estime que cela a permis d’élaborer le mécanisme de compensation et d’autres mesures adaptées pour atteindre les objectifs du plan, en tenant compte des spécificités des pêcheries locales. En ce qui concerne la capacité de la flotte, le MEDAC a exprimé des préoccupations quant à la réduction du nombre de chalutiers, compte tenu de l’importance de ce secteur, qui fournit plus de 80 % des ventes à la criée en Méditerranée.
-Des dispositions flexibles pour soutenir la transition du secteur
De nombreuses dispositions flexibles ont été prises pour faciliter la transition du secteur vers des pratiques plus durables et garantir une mise en œuvre active des mesures de gestion. Il s’agit, premièrement, des transferts de jours de pêche au chalut entre segments de flotte afin d’éviter à la fois le dépassement et la sous-utilisation de l’effort de pêche par les chalutiers, sur la base de facteurs de conversion fondés sur des données scientifiques. Un État membre a eu recours à cette première mesure flexible chaque année depuis 2020 et un deuxième État membre y a eu recours occasionnellement. Deuxièmement, les trois États membres ont tous eu recours à la dérogation relative à la durée des jours de chalutage pouvant aller jusqu’à 18 heures pour certains segments de flotte, et à la flexibilité de la durée des sorties de pêche dans certains ports pour les chalutiers ciblant les crevettes dans le cadre de campagnes en mer plus longues et plus profondes. Troisièmement, deux États membres ont eu recours à une dérogation pour d’autres zones d’interdiction en raison de contraintes géographiques spécifiques afin de protéger le merlu juvénile dans les zones côtières.
En outre, l’adoption d’un mécanisme de compensation comportant jusqu’à 12 critères en 2024 afin d’encourager des pratiques plus durables a été utilisée par un État membre et partiellement utilisée par un autre en 2022, et a été demandée par les trois États membres en 2023 et en 2024. Enfin, en 2023 et en 2024, les trois États membres ont demandé à bénéficier d’une souplesse interannuelle pour les stocks soumis à des limites de capture au titre de l’article 4, paragraphe 2, du règlement (CE) nº 847/96 et de l’article 15, paragraphe 9, du règlement relatif à la PCP, ainsi que de la possibilité d’échanger entre États membres des limites de capture qui ne sont utilisées par aucun État membre, même si un État membre a sous-utilisé ses quotas.
-Zones d’interdiction de la pêche
L’article 11 du plan impose aux États membres d’adopter des zones d’interdiction de la pêche afin d’assurer la protection des juvéniles et des reproducteurs. Axé sur la protection des merlus juvéniles en 2020, le plan prévoyait des fermetures supplémentaires pour le 17 juillet 2021 afin de protéger les juvéniles et les reproducteurs de tous les stocks démersaux, sur la base des meilleurs avis scientifiques disponibles. En remplacement de la fermeture de trois mois pour les chalutiers à moins de six milles marins des côtes, deux États membres ont adapté leurs zones d’interdiction car elles se trouvent dans des zones d’une profondeur supérieure à 100 m ou car la taille du plateau continental est limitée.
Dans l’ensemble, le CSTEP a estimé que les zones d’interdiction adoptées dans deux États membres n’avaient pas atteint les objectifs fixés dans le plan: les zones d’interdiction adoptées par plusieurs États membres n’étaient pas suffisamment grandes pour atteindre l’objectif de réduction de 20 % des captures de juvéniles et de reproducteurs.
-Pêche récréative et gestion des stocks faisant l’objet de prises accessoires
Pour tenir compte de toutes les sources de mortalité par pêche des espèces réglementées au titre du plan, le Conseil peut imposer aux pêcheurs récréatifs des limites fondées sur des données scientifiques. De plus, les États membres doivent prendre les dispositions nécessaires et proportionnées pour améliorer la collecte des données (article 8 du plan). Le CSTEP a évalué la contribution de la pêche récréative à la mortalité par pêche des stocks démersaux couverts par le plan. Sur la base des informations disponibles, le CSTEP a conclu que la pêche récréative ne devrait pas avoir d’incidence majeure. Les données à la disposition du CSTEP pour procéder à une évaluation étant insuffisantes, l’article 12 sur la gestion des stocks faisant l’objet de prises accessoires n’a pas été mis en œuvre.
2.2.Soutien des fonds de l’UE et évolution de la situation socio-économique
Le plan contient des articles spécifiques (articles 19 et 20) permettant d’utiliser des fonds de l’UE pour des arrêts temporaires et permanents visant à remédier au déséquilibre de la capacité de la flotte. La capacité des segments de flotte, en particulier dans un État membre, n’est toujours pas équilibrée, selon les indicateurs biologiques et économiques. Les deux autres États membres ont eu recours à des arrêts temporaires et permanents de leurs chalutiers afin de réduire leur capacité et d’équilibrer les segments de flotte en fonction des possibilités de pêche disponibles. Bien qu’il n’ait pas remédié au déséquilibre entre les segments de sa flotte en Méditerranée et leurs possibilités de pêche, le troisième État membre a recouru à des arrêts temporaires. Les représentants du secteur ont également manifesté leur intérêt pour des arrêts permanents.
Dans le contexte de la crise des carburants et de la transition énergétique, la Commission regrette que les États membres n’aient pas pleinement utilisé les fonds disponibles du FEAMP dans le cadre des programmes opérationnels nationaux. En particulier, un État membre n’a pas utilisé plus de 15 % (210 millions d’EUR) de sa dotation initiale. Étant donné que tant le FEAMP que le Feampa soutiennent les objectifs du plan, la Commission considère que les États membres auraient dû utiliser davantage le FEAMP au titre des programmes opérationnels nationaux et davantage le Feampa au titre des programmes nationaux pour soutenir le développement d’une pêche plus sélective et la transition vers des pratiques moins consommatrices de carburant, améliorer le contrôle de la pêche et réduire l’incidence socio-économique des mesures de conservation adoptées sur les pêcheurs. Ces mesures seraient conformes aux objectifs du «paquet pour l’océan» adopté par la Commission en février 2023.
Des résultats économiques positifs ont été obtenus par les segments de flotte qui exploitent les stocks de manière durable. La Commission a encouragé à plusieurs reprises les États membres à adapter la capacité de leur flotte aux possibilités de pêche. Dans le contexte difficile des crises du climat, de la biodiversité et de l’énergie, le plan fournit des outils pour une pêche plus durable pouvant donner lieu à une plus forte densité de poissons et des poissons de plus grande taille, à une efficacité accrue des performances de la flotte de pêche et à une augmentation des bénéfices.
En 2021, la flotte méditerranéenne représentait 57 % de l’ensemble des navires de l’UE et 47 % de l’emploi de l’UE dans le secteur de la pêche. Elle a contribué à 9 % des débarquements de l’UE en poids et à 24 % en valeur. Environ 31 % de la valeur totale des débarquements en mer Méditerranée proviennent de la sous-région de la Méditerranée occidentale (1,35 milliard d’EUR sur un total de 4,76 milliards d’EUR lorsque le plan a été adopté) et environ 19 % de la flotte de pêche méditerranéenne opère en Méditerranée occidentale . Pour l’Italie, environ 40 % des débarquements provenaient de la Méditerranée occidentale. Pour l’Espagne et la France, le pourcentage de débarquements en poids provenant des eaux méditerranéennes était inférieur à 10 %.
Dans les trois États membres, l’incidence sociale de la pêche est importante dans les ports de la Méditerranée occidentale, la pêche côtière artisanale représentant 79 % des jours en mer et 55 % de l’emploi. Toutefois, la flotte industrielle était le principal opérateur dans la région et était à l’origine de la capture de 84 % du poids des débarquements et de 72 % de la valeur des débarquements. Le poids débarqué diminue depuis des années, tandis que la valeur débarquée augmente. En 2021, l’Espagne a capturé environ 19 % des débarquements en Méditerranée, tandis que l’Italie en a capturé plus de 40 % et la France moins de 5 %.
Du point de vue socio-économique, même si la mise en œuvre du plan a commencé au moment de la pandémie de COVID-19 et de la hausse des prix des carburants, les indicateurs socio-économiques montrent que la situation s’est améliorée: des segments de flotte sont plus proches de l’équilibre et associés à des stocks pêchés à un niveau plus proche du FRMD. En 2021, dans l’ensemble, la flotte de la Méditerranée occidentale a continué de produire des bénéfices, même si les conséquences de la pandémie et de la hausse des prix des carburants ont ralenti l’amélioration des indicateurs économiques depuis 2015.
En 2021, les recettes générées (revenus provenant des débarquements et autres revenus) ont été estimées à plus de 1,5 milliard d’EUR et à 900 millions d’EUR de valeur ajoutée brute (VAB) pour l’ensemble de la mer Méditerranée, dont environ 44 % provenaient des ports de la Méditerranée occidentale: Italie (721 millions d’EUR de recettes, dont environ 40 % pour les ports de la Méditerranée occidentale), Espagne (288 millions d’EUR de recettes) et France (82 millions d’EUR de recettes). Cela correspond à une augmentation de 4 % des recettes par rapport à l’année précédente, tandis que la marge bénéficiaire nette a augmenté de 16 % en 2020-2021. L’Espagne et l’Italie ont vu leurs recettes augmenter (l’Italie de 9 % et l’Espagne de 3 %), tandis que celles de la France sont restées proches des niveaux de 2020.
En ce qui concerne la dépendance énergétique, la consommation d’énergie en 2021 (442 millions de litres) a diminué de 5 % par rapport à 2020, en raison d’une diminution de 16 % pour la flotte espagnole et de 15 % pour la flotte française. En 2021, l’Italie affichait la consommation d’énergie la plus élevée de la région (56 %), suivie de l’Espagne (17 %), tandis que la France consommait moins de 5 % de l’énergie totale consommée par la flotte méditerranéenne. Dans toute la région, l’effort de pêche en jours de mer a également suivi une tendance générale à la baisse, se stabilisant entre 2013 et 2018, puis chutant dans le cadre du plan entre 2019 et 2021.
L’emploi, mesuré en équivalents temps plein (ETP), varie entre les trois États membres. Les derniers chiffres montrent que l’Italie représente 39 % de l’emploi total dans le secteur de la pêche de l’UE en Méditerranée, dont 40 % en Méditerranée occidentale, tandis que l’Espagne en représente 14 % et la France 4 %. L’emploi a diminué au cours des dix dernières années, la plus forte baisse relative étant enregistrée en Méditerranée occidentale en France (8 %). En outre, les répercussions prolongées de la pandémie ont continué d’affecter les performances économiques en 2021, en raison des restrictions et de la distanciation sociale pendant une partie de l’année. Les salaires moyens par ETP de la flotte industrielle ont diminué de 5 % entre 2020 et 2021 (estimés à environ 18 889 EUR par an), tandis que les salaires moyens de la flotte artisanale ont chuté de 14 % pour s’établir à 9 059 EUR.
Dans l’ensemble, les tendances diffèrent entre les flottes industrielles et les flottes artisanales. Malgré la baisse des salaires moyens, la flotte artisanale a continué de s’améliorer pour tous les indicateurs de performance économique, en raison d’une augmentation des autres sources de revenus, principalement en Italie, liées à des activités connexes telles que le tourisme de pêche et l’augmentation des prix des débarquements. La flotte artisanale vendait des produits à des prix plus élevés que la flotte industrielle en raison des chaînes d’approvisionnement plus courtes et des ventes directes aux consommateurs finaux et aux restaurants. En revanche, la flotte industrielle a enregistré une baisse de la VAB et du bénéfice brut, principalement en raison d’une baisse de 4 % de la valeur des débarquements et d’une augmentation de 20 % des coûts de l’énergie.
Les parties prenantes consultées affirment qu’il existe une corrélation négative entre la mise en œuvre du plan et les tendances socio-économiques, notamment en raison de la lenteur de la reconstitution du merlu et des prix du carburant. Certains représentants du secteur affirment que l’échec majeur du plan réside dans l’absence de considérations socio-économiques et dans la rigidité de la fixation des possibilités de pêche. Le secteur demande une approche plus progressive pour atteindre le FRMD lui permettant de s’adapter aux autres défis auxquels il est confronté (par exemple, la pandémie et les prix du carburant). En revanche, les ONG affirment qu’une mise en œuvre plus progressive des mesures du plan ne profiterait ni aux ressources marines ni aux pêcheurs et aggraverait davantage la situation socio-économique. Les États membres soulignent la nécessité d’adapter la PCP aux besoins spécifiques de la Méditerranée et de tenir compte des autres activités humaines et des facteurs externes qui ont une incidence sur les écosystèmes marins.
La Commission est d’avis que le plan a été bénéfique et a apporté un soutien supplémentaire au secteur pendant la pandémie et pendant la crise des carburants. La Commission regrette que les États membres n’aient pas pleinement utilisé les fonds de l’UE disponibles pour atteindre les objectifs du plan et stimuler la transition du secteur vers une économie plus durable et moins dépendante des combustibles, qui constituent les objectifs fondamentaux du «paquet pour l’océan» adopté par la Commission en février 2023. L’évolution mitigée des stocks halieutiques et des pêcheries est en partie due à des causes antérieures à l’adoption du plan. La surcapacité et la persistance d’une pêche non durable ont causé de réels dommages socio-économiques considérables aux communautés côtières, y compris aux pêcheurs dont les moyens de subsistance dépendent de la pêche. Seules des pratiques de pêche durables et une protection appropriée de l’environnement peuvent garantir la viabilité à long terme des communautés de pêcheurs.
2.3.Exercice de la délégation
Un autre aspect du processus visant à renforcer la régionalisation concerne les dispositions spécifiques du plan (articles 14, 15, 16 et 18) qui permettent aux États membres de présenter des recommandations communes sur des questions pour lesquelles la Commission est habilitée à adopter des actes délégués. Il s’agit, par exemple, d’actes délégués concernant les mesures de conservation nécessaires, les mesures techniques et les plans de rejets.
-Mesures de conservation spécifiques
Comme pour d’autres plans de gestion pluriannuels de l’UE, l’article 13 visant à protéger les juvéniles d’organismes marins n’a pas été utilisé au cours de la période de référence, étant donné que sa substance a été remplacée par le règlement (UE) 2019/1241 relatif aux mesures techniques, plus spécifique. Toutefois, en dépit des déclarations faites par les États membres lors du Conseil AGRIPECHE de décembre 2020, des encouragements répétés de la Commission et des fonds de l’UE mis à disposition, les États membres n’ont pas présenté de recommandations communes à la Commission concernant la mise en place de zones d’interdiction de la pêche supplémentaires, le renforcement de la sélectivité des engins ou la fixation de tailles minimales de référence de conservation plus grandes.
-Obligation de débarquement et rejets
L’un des principaux objectifs de la PCP est de mettre en œuvre l’obligation de débarquement et d’éliminer progressivement les rejets. Dans le cadre du plan, l’obligation de débarquement s’applique aux espèces couvertes par des limites de capture, telles que le gambon rouge, et aux espèces auxquelles s’applique une taille minimale de référence de conservation, telles que le merlu. Depuis 2019, la Commission a renforcé la coordination avec les scientifiques et les parties prenantes afin d’améliorer la collecte des données et de soutenir l’élaboration par le CSTEP d’une approche normalisée des demandes de dérogation. L’habilitation prévue à l’article 14 du plan a été utilisée à quatre reprises et la Commission a adopté quatre actes délégués sur les dérogations à l’obligation de débarquement fondées sur une capacité de survie élevée et les exemptions de minimis.
Au niveau de l’UE, le CSTEP estime qu’il est peu probable que les pratiques en matière de rejets aient beaucoup changé. Les données quantitatives restent insuffisantes depuis l’entrée en vigueur de l’obligation de débarquement en mer Méditerranée, le 1er janvier 2019. En ce qui concerne la Méditerranée occidentale, le CSTEP a indiqué que des approches proactives avaient été adoptées pour améliorer la mise en œuvre de l’obligation de débarquement grâce à l’élaboration de projets de recherche auxquels participent les parties prenantes locales. Toutefois, le CSTEP a également indiqué que les pratiques d’exploitation du secteur de la pêche en mer semblaient ne pas avoir changé, ce qui signifie qu’il est peu probable que les rejets aient diminué. Le CSTEP estimait dans sa dernière évaluation des stocks que les rejets en mer pourraient avoir augmenté en ce qui concerne le merlu, alors qu’ils pourraient être considérés comme négligeables pour le rouget de vase.
Les parties prenantes consultées ont des points de vue semblables quant à la pratique actuelle des rejets. Toutes les personnes interrogées ont convenu dans leur évaluation que les niveaux réels des rejets sont restés stables depuis l’entrée en vigueur en 2019 de l’obligation de débarquement dans la région. Néanmoins, le secteur de la pêche s’est efforcé de comprendre et de mettre en œuvre l’obligation de débarquement et de dialoguer avec les instituts de recherche à ce sujet. Toutes les parties prenantes confirment que l’obligation de débarquement a stimulé la recherche scientifique pour le développement d’engins plus sélectifs ainsi que les études sur la capacité de survie. Toutefois, pour les pêcheries démersales mixtes, elles estiment qu’il y aura une limite au degré de sélectivité. La Commission considère que le problème persistant des rejets est principalement dû à un manque de contrôle et d’application de la réglementation par les autorités des États membres et doit être traité dans le cadre du régime de contrôle de la pêche de l’Union européenne.
2.4.Approche écosystémique
L’approche écosystémique doit être intégrée à la gestion des activités de pêche afin de réduire les incidences négatives de la pêche sur l’écosystème marin (article 2, paragraphe 3, du règlement relatif à la PCP). L’article 3, paragraphe 3, du plan précise également que ladite approche doit être cohérente, notamment pour parvenir à un bon état écologique au titre de la directive-cadre «stratégie pour le milieu marin» (DCSMM) . Depuis des décennies, les écosystèmes marins de la Méditerranée occidentale sont confrontés à de multiples sources de stress, allant de la surpêche à la diminution de la disponibilité des nutriments, en passant par les changements dans le réseau alimentaire et par les conséquences du changement climatique et de la pollution. Toutefois, une étude récente a évalué que la région était en «bon» état et a montré que les zones protégées avaient atteint un état «bon» ou «élevé», la zone d’interdiction du chalutage étant jugée efficace, avec un état écologique de niveau «élevé». Cette étude a également conclu que les zones marines protégées et les interdictions de chalutage peuvent contribuer localement à la réalisation d’un bon état écologique et à la réalisation des objectifs prévus par la DCSMM.
Le CSTEP a estimé qu’en 2023, le rouget de vase du golfe du Lion (sous-région géographique, SRG 7) et le rouget de vase de la mer Ligurienne et de la mer Tyrrhénienne Nord (SRG 9) étaient les seuls stocks cibles dans le cadre du plan qui remplissaient deux des trois critères évalués du descripteur 3 de la DCSMM en ce qui concerne les possibilités de pêche. La crevette rose du large dans la SRG 1 et les SRG 5-6-7 ainsi que la langoustine dans la SRG 9 ne satisfaisaient qu’au critère de mortalité par pêche.
Les parties prenantes consultées ont souligné l’importance d’une gestion écosystémique des pêcheries et la contribution des pêcheries à la réalisation d’un bon état écologique, rappelant que les facteurs non liés à la pêche jouent également un rôle important. Les États membres estiment que la situation des stocks halieutiques aurait probablement été pire sans le plan. En revanche, le MEDAC est d’avis que le plan a été contre-productif puisqu’il ne contient pas de dispositions précisant comment mettre en œuvre une gestion écosystémique de la pêche.
2.5.Coopération régionale
Le MEDAC a été créé en septembre 2008 et se compose d’organisations représentant les activités de pêche et d’autres groupes d’intérêt concernés par la PCP (par exemple, organisations non gouvernementales de défense de l’environnement, organisations de pêche sportive et récréative). Le principal objectif du MEDAC est de fournir des conseils sur la gestion de la pêche en Méditerranée ainsi que sur les aspects socio-économiques et de conservation. Le MEDAC doit être consulté sur certaines questions, notamment les recommandations communes des États membres, et son avis doit être pris en considération.
Depuis 2019, le MEDAC est extrêmement actif dans la mise en œuvre du plan. Un groupe de travail spécifique a été créé dans le cadre du MEDAC afin de se concentrer sur le plan. Il a émis cinq avis et participe en qualité d’observateur à la plupart des réunions du CSTEP portant sur le plan.
Le MEDAC a souligné que, depuis l’adoption du plan, le niveau de communication entre les acteurs régionaux s’est amélioré. Les États membres considèrent que la coopération régionale a évolué positivement, tout en signalant que la préparation de recommandations communes pourrait être améliorée. L’idée de recommandations communes en tant qu’instrument adapté à la région est bien comprise, mais leur formulation nécessite souvent des recherches préalables qui prennent du temps. L’adoption d’actes délégués est chronophage également en raison des nombreuses étapes scientifiques et administratives du processus.
La Commission estime que les États membres auraient pu recourir davantage au processus de régionalisation en présentant des recommandations communes pour l’adoption des mesures de conservation visées aux articles 11 à 13 du plan et en présentant des recommandations communes liées aux dérogations à l’obligation de débarquement. Ils auraient également dû consulter le conseil consultatif et d’autres parties prenantes sur les questions de longue date qui ont une influence sur la mer Méditerranée occidentale. Malgré les rappels fréquents de la Commission, des questions essentielles n’ont pas été abordées collectivement, telles que la gestion plus durable des stocks de merlu, l’amélioration significative de la sélectivité des engins, la fixation de tailles minimales de référence de conservation plus grandes ou l’adoption de mesures plus étendues afin de mettre en place un réseau efficace de zones d’interdiction de la pêche pour protéger les zones de nourricerie et les zones de frai.