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AccueilDroit européen52024DC0464
Acte préparatoire52024DC0464

RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL Quatrième rapport annuel sur le filtrage des investissements directs étrangers dans l’Union

CELEX52024DC0464
TypeActe préparatoire
Datejeudi 17 octobre 2024

Résumé IA

La Commission européenne présente son quatrième rapport annuel sur le filtrage des IDE, couvrant l'année 2023. Il dresse un état des lieux des mécanismes nationaux de contrôle et de la coopération entre États membres, en soulignant l'augmentation des notifications et des cas examinés. Le rapport confirme la tendance à un renforcement du contrôle des investissements, notamment en provenance de certaines origines et dans des secteurs stratégiques, et évalue l'efficacité du cadre européen de coopération.

Texte intégral

european flagCOMMISSION EUROPÉENNE

Bruxelles, le 17.10.2024

COM(2024) 464 final

RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL

Quatrième rapport annuel sur le filtrage des investissements directs étrangers dans l’Union

{SWD(2024) 234 final}


INTRODUCTION

Le présent document est le quatrième rapport annuel de la Commission européenne concernant l’application du règlement de l’Union européenne (UE) sur le filtrage des investissements directs étrangers (IDE) (ci-après le «règlement sur le filtrage des IDE» ou le «règlement»).

Le présent rapport porte sur l’année 2023 et est un outil de transparence en ce qui concerne le fonctionnement du filtrage des IDE dans l’UE et l’évolution des mécanismes nationaux de filtrage. Il permet à l’Union de rendre des comptes sur son action dans un domaine où, en raison des intérêts en jeu en matière de sécurité, la transparence concernant les transactions individuelles n’est ni possible ni appropriée.

Il se fonde sur les rapports des 27 États membres et d’autres sources et se compose de quatre chapitres:

·le chapitre 1 sur les tendances et les chiffres en matière d’IDE dans l’UE,

·le chapitre 2 sur les évolutions législatives dans les États membres,

·le chapitre 3 sur les activités de filtrage des IDE accomplies par les États membres,

·le chapitre 4 sur le mécanisme de coopération de l’UE en matière de filtrage des IDE.

Le présent rapport annuel est un outil important pour la maîtrise stratégique des échanges et des investissements afin de garantir la sécurité dans l’Union européenne.



CHAPITRE 1 – INVESTISSEMENTS DIRECTS ÉTRANGERS DANS L’UNION EUROPÉENNE

1.Évolution globale

En 2023, les flux mondiaux d’IDE nets 1 ont décliné pour la deuxième année consécutive, tombant en dessous des niveaux de 2021. Les entrées d’IDE à l’échelle mondiale ont atteint à peine plus de 1 billion d’EUR, contre 1,2 billion d’EUR en 2022 (Figure 1), ce qui correspond à une diminution d’une année sur l’autre de - 15 % en 2023. D’autres bénéficiaires importants d’IDE ont également connu des baisses des entrées nettes d’IDE en 2023 (par rapport à 2022), notamment les États-Unis (- 6,2 %) et la Chine (- 8 %). Contrairement à la tendance mondiale à la baisse observée en 2023, l’EU-27 a enregistré une augmentation des entrées nettes d’IDE en 2023 par rapport aux valeurs observées l’année précédente, inversant la tendance à la baisse. Néanmoins, les entrées nettes sont restées négatives: - 50 milliards d’EUR, contre - 135 milliards d’EUR en 2022 2 .

Figure 1: Flux d’IDE nets entrants dans le monde et dans l’UE 3

Source: données de l’OCDE, extraites le 7.5.2024. Les données se rapportent aux flux d’IDE entrants nets.

Le stock de transactions étrangères 4 dans l’EU-27 affiche une tendance à la hausse entre 2015 et 2023 (figure 2, colonnes). Bien que l’économie ait été confrontée à de nombreux défis importants, l’EU-27 a reçu en moyenne 4 761 investissements directs étrangers (IDE) par an au cours des cinq dernières années. La tendance cumulée positive confirme l’ouverture des pays de l’UE aux investissements étrangers.

Le nombre cumulé d’opérations d’IDE est passé d’un chiffre initial de 5 430 en 2015 à 48 231 en 2023. 5 Les hausses les plus marquées d’une année sur l’autre ont été observées en 2017 et 2018 (avec des augmentations annuelles de 60 % et 44 % respectivement), suivies d’une augmentation annuelle plus modérée de 26 % en 2019, avant que la pandémie n’ait entraîné un ralentissement en 2020. Si l’on examine séparément les deux types d’IDE, les opérations étrangères de F&A sont passées de 2 423 en 2015 à 20 317 en 2023. De même, les investissements de création étrangers ont connu une augmentation cumulée, passant de 3 007 projets en 2015 à 27 914 en 2023.

Figure 2: Nombre cumulé annuel de transactions et tendances des flux dans l’EU-27 pour la période 2015-2023

Source: Élaboration par le JRC sur la base des données du Bureau van Dijk, extraites le 11.3.2024 d’Orbis M & ampA et d’Orbis Crossborder Investment. Les données relatives à 2015 correspondent aux flux d’IDE en 2015, tandis que les données pour les barres relatives aux années suivantes correspondent à la somme cumulée des flux annuels. Les données de l’année initiale (2015) utilisées dans le calcul du nombre cumulé de transactions correspondent au flux d’opérations observé cette année-là.

Toutefois, la tendance mondiale à la baisse des flux entrants d’IDE présentée à la figure 1est également observée dans les flux basés sur les données au niveau des transactions (figure 2, lignes). Après une reprise robuste après la pandémie de COVID en 2021, le nombre de transactions atteignant celui de 2 019 cette année, les acquisitions étrangères ont ralenti chaque année en 2022 par rapport à 2021 (- 5,4 %) et de nouveau en 2023 (- 13 %) par rapport à 2022. Dans le cas des investissements de création étrangers, un nombre équivalent de projets après la pandémie de COVID n’a pas été observé par rapport à 2019, et alors qu’une augmentation annuelle de 7,1 % a été enregistrée en 2022 par rapport à 2021, le flux de projets dans l’UE a considérablement diminué en 2023 par rapport à 2022 (‑ 33 %). En 2023, l’EU-27 a reçu 1 885 transactions étrangères (contre 2 156 en 2022) et 1 902 projets de création étrangers (contre 2 858 en 2022). La tendance à la baisse observée en glissement annuel en 2023 résulte de la persistance et du cumul des incertitudes 6 qui pèsent sur l’économie de l’UE et d’un resserrement de la politique monétaire à partir du second semestre 2022.

2.Principaux pays d’origine des investisseurs étrangers

Une comparaison entre les transactions d’investissements étrangers de 2022 et 2023 par juridiction d’origine montre que, malgré une baisse globale de 24 % en 2023 par rapport à 2022, les F&A de certaines juridictions telles que les centres financiers offshore ont augmenté de 26 % (figure 3).

Figure 3: Nombre d’acquisitions de participations au capital* (à gauche) et investissements de création (à droite) en 2023 et 2022 dans l’UE – Détails par juridiction étrangère (dix principaux investisseurs)

Source: Élaboration par le JRC sur la base des données du Bureau van Dijk, extraites le 11.3.2024 d’Orbis M & ampA et d’Orbis Crossborder Investment. CFO: centres financiers offshore 7 RdM: reste du monde. (*) Les acquisitions de participations supérieures à 10 % du capital d’entreprises de l’EU-27.

Les États-Unis sont restés le principal investisseur étranger dans l’EU-27 en 2023, représentant 30 % de l’ensemble des acquisitions (557 opérations) et 36 % des investissements de création (687 projets). Les États-Unis ont conservé la première place malgré une forte baisse en glissement annuel en 2023, tant pour le nombre d’acquisitions (- 20 %) que pour les projets de création (- 45 %). Les investisseurs britanniques représentaient 25 % (465 opérations) de toutes les acquisitions en 2023, et 21 % (407) des projets de création dans l’EU-27, ce qui les place à la deuxième place dans le classement des juridictions étrangères. Dans ce cas, les acquisitions et les projets de création ont également diminué en 2023 par rapport aux chiffres de 2022, chutant de ‑ 17 % et - 29 % par an, respectivement, pour chaque type d’investissement d’IDE.

Avec une part de 7,9 % des prises de participation, les transactions des CFO ont augmenté de plus de 26 % en 2023 par rapport à 2022. Les transactions étrangères en provenance du Japon (+ 5,1 %) et de l’Inde (+ 6,1 %) ont également augmenté en 2023. Une tendance négative en glissement annuel pour l’activité de F&A a été observée pour la Suisse (- 19 %), la Norvège (- 6,1 %) et la Chine (- 9,1 %), tandis que les transactions étrangères en provenance du Canada sont restées stables. En ce qui concerne les investissements de création, toutes les juridictions d’origine dans les dix premiers pays (à la seule exception de l’Afrique du Sud) ont connu des baisses généralisées en glissement annuel en termes de nombre de projets en 2023, avec des baisses annuelles allant de ‑ 0,9 % pour la Chine à - 39 % pour la Norvège et ‑ 31 % pour les CFO.

3.Principales destinations des acquisitions étrangères

Le nombre de transactions étrangères vers l’UE a généralement diminué dans la plupart des États membres en 2023 par rapport à 2022 (figure 4), à quelques exceptions près dans le cas des prises de participations comme la Pologne, la Finlande et l’Irlande.

Figure 4: Nombre d’acquisitions de participations au capital* (à gauche) et d’investissements de création (à droite) en 2023 et 2022 — Détails par État membre de destination (les dix premiers bénéficiaires de l’EU-27)

Source: Élaboration par le JRC sur la base des données du Bureau van Dijk, extraites le 11.3.2024 d’Orbis M&A et d’Orbis Crossborder Investment. RdEU27 désigne le reste de l’EU-27. (*) Les acquisitions de participations supérieures à 10 % du capital d’entreprises de l’EU-27.

L’Allemagne et l’Espagne étaient les principales destinations des acquisitions étrangères, regroupant respectivement 19 % (349 transactions) et 17 % (323 transactions) du montant total des opérations en 2023. Les deux États membres ont enregistré une baisse similaire en glissement annuel du nombre d’acquisitions étrangères accueillies (environ - 9 %) en 2023. Les principales autres destinations de l’UE concernées, en pourcentage des F&A, ont été la France (13 %), l’Italie (7,9 %) et l’Irlande (7,6 %). La plupart des États membres ont enregistré une baisse du nombre d’opérations en 2023, les plus importantes ayant eu lieu en Italie (- 29 %) et aux Pays-Bas (- 40 %). Une activité de F&A plus forte a été observée en Irlande (+ 4,4 %), en Pologne (+ 70 %) et en Finlande (+ 33 %). Les acquisitions étrangères de sociétés françaises ont légèrement augmenté en 2023 par rapport à 2022.

En 2023, les investissements étrangers de création étaient principalement destinés à l’Espagne et à la France, qui ont reçu 24 % (455 projets) et 11 % (217 projets) de l’ensemble des projets, suivies de près par l’Allemagne (avec une part de 11 %). La baisse annuelle du nombre de projets a été particulièrement marquée en Allemagne (- 48 %), bien que les projets destinés à l’Espagne et à la France aient également diminué (de ‑ 9,9 % et - 29 %, respectivement).

4.Informations sectorielles

Les cinq principales catégories sectorielles 8 ont enregistré des baisses annuelles des investissements étrangers en 2023 par rapport à 2022, à l’exception des acquisitions dans des activités spécialisées, scientifiques et techniques (SST) (figure 5).

Figure 5: Nombre d’acquisitions de participations au capital* (à gauche) et d’investissements de création (à droite) en 2023 et 2022, par secteur de la NACE Rév. 2 (cinq principales catégories)

Source: Élaboration par le JRC sur la base des données du Bureau van Dijk, extraites le 11.3.2024 d’Orbis M&A et d’Orbis Crossborder Investment. SST désigne les activités spécialisées, scientifiques et techniques (NACE, Rév. 2, section M), qui englobent entre autres les installations de recherche-développement. TIC désigne l’information et la communication (NACE, Rév. 2, section J). (*) Les acquisitions de participations supérieures à 10 % du capital d’entreprises de l’EU-27.

En 2023, l’industrie manufacturière, avec une part de 26 % des acquisitions étrangères (496 transactions), a dépassé les TIC (avec une part de 23 %, soit 428 transactions) en tant que principal secteur d’activité en matière d’investissements. Cela s’explique par une baisse continue des acquisitions étrangères dans le secteur des TIC (- 25 %) en 2023 par rapport à 2022, tandis que la baisse dans l’industrie manufacturière a été plus modérée (- 6,8 %) au cours de la même période. Les activités SST se classaient en troisième position, avec une part de 12 % des transactions étrangères, suivies par la finance (8,5 %) et le commerce de détail (7,7 %). Les activités SST ont été la seule catégorie sectorielle qui a connu une augmentation en glissement annuel (+ 12 %) du nombre d’opérations en 2023.

En ce qui concerne les investissements de création, les activités liées au commerce de détail ont représenté près d’un tiers (33 %) des projets étrangers en 2023 (618 projets). L’industrie manufacturière est devenue le deuxième secteur le plus important pour les investissements de création en 2023, remplaçant le secteur des TIC, avec une part similaire d’environ 12 % des projets. Les investissements de création dans le secteur des TIC ont également enregistré la plus forte baisse en glissement annuel du nombre de projets (- 59 %) par rapport à 2022, tandis que l’industrie manufacturière a enregistré la plus faible baisse du nombre de projets (‑ 10 %) au cours de la même période.

Informations complémentaires

De plus amples informations sur les chiffres donnés ci-dessus sont fournies à la section 1 du document de travail des services de la Commission qui accompagne le présent rapport. Des données supplémentaires y sont présentées sur les tendances en matière d’IDE par État membre et par secteur, sur l’origine des investisseurs étrangers dans l’EU-27 et sur les semi-conducteurs.

CHAPITRE 2 – ÉVOLUTIONS LÉGISLATIVES DANS LES ÉTATS MEMBRES EN 2023

Règlement de l’UE sur le filtrage des IDE et mécanismes de filtrage des IDE des États membres de l’UE

Pour protéger l’Union contre des investissements étrangers potentiellement à risque en provenance de pays tiers, un mécanisme de filtrage national efficace est indispensable dans tous les États membres. Tout au long de l’année 2023, la Commission européenne a continué d’encourager tous les États membres à adopter et à mettre en œuvre des mécanismes nationaux de filtrage des IDE afin de veiller à ce que la Commission et tous les États membres disposent d’outils appropriés pour détecter et traiter les transactions à risque, contribuant ainsi à protéger la sécurité collective de l’Union. Cet aspect est devenu particulièrement important ces dernières années. Par exemple, dans leur communication conjointe sur une «stratégie européenne en matière de sécurité économique», qui vise à réduire au minimum les risques découlant de certains flux économiques dans le contexte de tensions géopolitiques accrues et d’évolutions technologiques accélérées, la Commission et le haut représentant ont invité tous les États membres qui n’ont pas encore mis en œuvre de mécanismes nationaux de filtrage des IDE à le faire sans plus tarder 9 .

En outre, la Commission européenne a également continué d’encourager l’alignement des mécanismes nationaux de filtrage et des pratiques de filtrage. Elle a aidé les États membres par des orientations techniques et stratégiques, ainsi que par des réunions et des échanges d’informations, notamment sur les meilleures pratiques. Toutefois, des divergences notables subsistent entre les mécanismes nationaux de filtrage, notamment en ce qui concerne ce qui constitue un filtrage formel d’un IDE (déclenchant ainsi la notification d’un IDE au mécanisme de coopération de l’UE), les délais dans le cadre des procédures nationales de filtrage, la couverture sectorielle des mécanismes nationaux de filtrage et les exigences de notification par les parties à l’opération aux autorités nationales. Remédier à ces divergences est l’une des justifications de la récente proposition législative de la Commission européenne, décrite plus en détail au chapitre 4.

Aperçu des activités de filtrage des IDE des États membres

La guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine, un contexte géopolitique difficile et les risques nouveaux et émergents qui en découlent pour la sécurité, ont mis encore davantage l’accent sur les technologies/secteurs et infrastructures (avancés) critiques. Par conséquent, de nombreux États membres ont soit adopté de nouveaux mécanismes nationaux de filtrage (7 États membres), soit mis à jour et étendu les mécanismes existants (10 États membres) en réaction à l’évolution de la situation.

Au cours de l’année 2023, quatre États membres dépourvus de mécanisme de filtrage ont lancé des processus consultatifs ou législatifs pour mettre en place un mécanisme national de filtrage et un État membre a publié l’évaluation de son mécanisme existant. Fin 2023, 23 États membres de l’UE avaient adopté une législation sur le filtrage des IDE, contre 14 en 2021, au moment de l’entrée en vigueur du mécanisme de coopération de l’UE. En outre, comme indiqué ci-dessous, depuis la date limite de la fin d’année, la Bulgarie a également rejoint les pays avec un système en place (voir également la carte ci-dessous).

Aperçu géographique de la situation législative des États membres de l’UE

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