Au fil des ans, la méthodologie du tableau de bord a été affinée et adaptée en étroite coopération avec le groupe des personnes de contact sur les systèmes de justice nationaux, notamment au moyen d’un questionnaire (mis à jour chaque année) et de la collecte de données sur certains aspects du fonctionnement des systèmes judiciaires.
La disponibilité des données, en particulier pour les indicateurs de l’efficience des systèmes judiciaires, continue de s’améliorer, grâce au fait que de nombreux États membres ont investi dans leur capacité à produire de meilleures statistiques judiciaires. Lorsque des problèmes subsistent dans la collecte ou la mise à disposition de données, ceux-ci sont dus, soit à une capacité statistique insuffisante, soit au fait que les catégories nationales pour lesquelles des données sont collectées ne correspondent pas exactement à celles qui sont utilisées pour le tableau de bord. Dans de très rares cas seulement, les lacunes dans la collecte de données sont dues à des contributions insuffisantes de la part des autorités nationales. La Commission continue d’encourager les États membres à combler ces lacunes.
Comment le tableau de bord de la justice dans l’UE contribue-t-il au Semestre européen et comment est-il lié à la facilité pour la reprise et la résilience (FRR)?
Le tableau de bord fournit des éléments pour évaluer l’efficience, la qualité et l’indépendance des systèmes judiciaires nationaux. Il vise ainsi à aider les États membres à améliorer l’efficacité de leur système de justice national. En comparant les informations relatives aux systèmes de justice des États membres, il facilite le recensement des bonnes pratiques et des lacunes ainsi que le suivi des problèmes et des progrès réalisés. Des évaluations par pays, reposant sur un dialogue bilatéral avec les autorités nationales concernées et les parties intéressées, sont réalisées dans le cadre du Semestre européen. Lorsque les lacunes détectées ont une importance macroéconomique, l’analyse réalisée au titre du Semestre européen peut amener la Commission à proposer au Conseil d’adopter des recommandations par pays portant sur l’amélioration du système judiciaire national dans les différents États membres . La FRR a mis à disposition plus de 648 milliards d’euros sous forme de prêts et d’un soutien financier non remboursable, dont chaque État membre devrait allouer un minimum de 20 % à la transition numérique et un minimum de 37 % à des mesures contribuant à la réalisation des objectifs climatiques. Jusqu’à présent, les réformes et les investissements proposés par les États membres ont dépassé ces objectifs, les dépenses pour le volet «numérique» et pour le volet «climat» étant estimées respectivement à 26 % et à environ 40 %. La FRR offre l’occasion d’adresser des recommandations par pays liées aux systèmes de justice nationaux et d’accélérer les efforts nationaux visant à réaliser la transformation numérique des systèmes de justice. Les décaissements aux États membres dans le cadre de la FRR basée sur la performance sont subordonnés à la réalisation de jalons et d’objectifs. 7 100 jalons et objectifs ont été proposés, dont environ les deux tiers concernent des investissements et un tiers portent sur des réformes. Le règlement FRR dispose que, avant leur adoption, la Commission devait évaluer si les plans pour la reprise et la résilience (PRR) des États membres pouvaient contribuer à relever efficacement l’ensemble ou une partie non négligeable des défis recensés dans les recommandations par pays pertinentes ou des défis recensés dans d’autres documents adoptés par la Commission dans le cadre du Semestre européen . À la suite des versements de préfinancement et demandes de décaissements des États membres et des évaluations positives de la Commission selon lesquelles les jalons et cibles ont été atteints de manière satisfaisante, un montant total de 224,32 milliards d’euros de subventions et de prêts au titre de la FRR a été versé aux États membres au cours des dernières années. La réalisation de 83 % des jalons et cibles doit encore être évaluée par la Commission.
Pourquoi des systèmes judiciaires efficaces sont-ils importants pour favoriser un environnement des entreprises propice aux investissements?
Des systèmes judiciaires efficaces qui préservent l’état de droit ont une incidence économique positive, ce qui vaut particulièrement dans le cadre du Semestre européen et de la FRR. Lorsque les systèmes judiciaires garantissent le respect des droits, les créanciers sont plus susceptibles de prêter, les coûts de transaction sont réduits et les entreprises sont plus susceptibles d’investir, ont plus confiance et sont dissuadées d’adopter un comportement opportuniste. En fait, un système de justice efficace est essentiel à une croissance économique soutenue. Il peut améliorer le climat des affaires, favoriser l’innovation, attirer des investissements directs étrangers, garantir des recettes fiscales et soutenir la croissance économique. Les avantages pour l’économie de systèmes de justice nationaux qui fonctionnent bien sont confirmés dans la littérature et les études émanant notamment du Fonds monétaire international (FMI) , de la Banque centrale européenne (BCE) , du réseau européen des conseils de la justice, de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) , du Forum économique mondial et de la Banque mondiale .
Une étude a établi une forte corrélation entre la réduction de la durée des procédures judiciaires (mesurée en durée d’écoulement du stock d’affaires pendantes ) et le taux de croissance du nombre d’entreprises et a démontré qu’une augmentation — de 1 % — du taux d’entreprises qui perçoivent le système judiciaire comme indépendant est corrélée à des chiffres d’affaires plus élevés et à une croissance plus importante de la productivité .
Plusieurs enquêtes ont aussi souligné l’importance de l’efficacité des systèmes judiciaires nationaux pour les entreprises. À titre d’exemple, dans une enquête, 93 % des grandes entreprises ont répondu qu’elles examinaient systématiquement et en permanence les conditions relatives à l’état de droit (y compris l’indépendance de la justice) dans les pays où elles investissaient . Dans une autre enquête, plus de la moitié des petites et moyennes entreprises (PME) ont répondu que le coût et la durée excessive des procédures judiciaires figuraient parmi les principaux freins à l’engagement d’une procédure devant les tribunaux en cas d’atteinte aux droits de propriété intellectuelle (DPI) . La communication de la Commission «Recenser et identifier les obstacles au marché unique» et le plan d’action visant à faire respecter les règles du marché unique permettent aussi de mieux comprendre l’importance de systèmes judiciaires efficaces pour le fonctionnement du marché intérieur, en particulier pour les entreprises.
De quelle manière la Commission soutient-elle la mise en œuvre de bonnes réformes de la justice par le biais de l’assistance technique?
Les États membres peuvent recourir à l’assistance technique de la Commission par l’intermédiaire de la direction générale de l’appui à la réforme structurelle (DG REFORM) au titre de l’instrument d’appui technique (IAT), qui dispose d’un budget total de 864,4 millions d’euros pour la période 2021-2027. Depuis 2021, l’IAT soutient des projets directement liés à l’efficacité de la justice, tels que la numérisation de la justice, les réformes des cartes judiciaires ou l’amélioration de l’accès à la justice. L’appel à propositions relatif à l’instrument d’appui technique de 2024 comprenait un projet phare d’appui technique intitulé «Renforcer la démocratie et l’état de droit», visant à renforcer les capacités des autorités nationales et, partant, à améliorer leurs systèmes judiciaires et la qualité et l’efficacité des systèmes judiciaires. L’IAT complète également d’autres instruments, à savoir la FRR, car il peut aider les États membres dans la mise en œuvre de leurs plans pour la reprise et la résilience. Ces plans comprennent des actions visant notamment à rendre la justice plus efficace: numérisation de la justice, réduction des arriérés et amélioration de la gestion des juridictions et des affaires.
Comment le programme «Justice» soutient-il l’efficacité des systèmes de justice?
Doté d’un budget total d’environ 305 millions d’euros pour la période 2021-2027, le programme «Justice» soutient la poursuite du développement de l’espace européen de justice fondé sur l’état de droit, y compris l’indépendance, la qualité et l’efficience du système de justice, sur la base de la reconnaissance et de la confiance mutuelles, ainsi que de la coopération judiciaire. En 2023, quelque 41,1 millions d’euros ont été alloués au financement de projets et d’autres activités au titre des trois objectifs spécifiques du programme:
·11,1 millions d’euros ont été alloués pour promouvoir la coopération judiciaire en matière civile et pénale et contribuer à l’application et à l’exécution efficaces et cohérentes des instruments de l’UE, ainsi que pour aider les États membres à se connecter au système ECRIS-TCN;
·16 millions d’euros ont été alloués pour soutenir la formation des professionnels de la justice au droit civil, pénal et relatif aux droits fondamentaux de l’UE, aux systèmes juridiques des États membres et à l’état de droit;
·14 millions d’euros ont été alloués pour promouvoir l’accès à la justice (y compris e-Justice), les droits des victimes et les droits des personnes soupçonnées ou accusées d’avoir commis une infraction pénale, ainsi que pour soutenir l’élaboration et l’utilisation d’outils numériques et la maintenance et l’extension du portail e-Justice (en complémentarité avec le programme pour une Europe numérique).
Pourquoi la Commission surveille-t-elle la numérisation des systèmes judiciaires nationaux?
La numérisation de la justice est essentielle pour accroître l’efficacité des systèmes de justice et constitue un outil très efficient pour faciliter l’accès à la justice et renforcer la qualité de la justice. La pandémie de COVID-19 a mis en avant la nécessité pour les États membres d’accélérer les réformes de modernisation dans ce domaine.
Depuis 2013, le tableau de bord de la justice dans l’UE contient certaines informations comparatives concernant la numérisation de la justice dans les États membres, par exemple dans les domaines de l’accès en ligne aux décisions judiciaires ou de l'introduction et du suivi des demandes en ligne.
La communication de la Commission intitulée Numérisation de la justice au sein de l’Union européenne – Une panoplie de possibilités, adoptée en décembre 2020, présente une stratégie visant à améliorer l’accès à la justice et l’efficacité des systèmes judiciaires utilisant les technologies. Comme indiqué dans cette communication, un certain nombre d’indicateurs supplémentaires ont été inclus dans le tableau de bord de la justice dans l’UE à partir de 2021. L’objectif est d’assurer un suivi approfondi complet et en temps opportun des progrès réalisés et des difficultés rencontrées par les États membres dans les efforts qu’ils déploient en vue de numériser leurs systèmes judiciaires. Le règlement (UE) 2023/2844 relatif à la numérisation de la coopération judiciaire transfrontière en matière civile, commerciale et pénale permet aux personnes physiques et morales de communiquer par voie électronique avec les autorités judiciaires compétentes dans le cadre de procédures transfrontières, ainsi que de payer des frais de justice par voie électronique. Dans ce contexte, le tableau de bord de la justice suivra les progrès accomplis par les États membres dans la mise en œuvre du règlement.