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AccueilDroit européen52024IE1462
Initiative législative52024IE1462

Avis du Comité économique et social européen — Considérations supplémentaires sur l’examen annuel 2024 de la croissance durable (avis d’initiative) — ECO/649

CELEX52024IE1462
TypeInitiative législative
Datemercredi 23 octobre 2024

Résumé IA

Cet avis d'initiative du Comité économique et social européen (CESE) apporte des considérations complémentaires sur l'examen annuel 2024 de la croissance durable, en insistant sur la nécessité d'une transition juste et inclusive. Il souligne l'importance de renforcer la participation des partenaires sociaux et de la société civile dans la mise en œuvre du Semestre européen, tout en appelant à une meilleure articulation entre les objectifs de compétitivité, de durabilité et de protection sociale. Pour un professionnel du droit français, ce texte offre un éclairage non contraignant mais influent sur les orientations politiques de l'UE, pouvant éclairer l'interprétation des futures directives et recommandations en matière de gouvernance économique et sociale.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2025/104

10.1.2025

Avis du Comité économique et social européen

Considérations supplémentaires sur l’examen annuel 2024 de la croissance durable

(avis d’initiative)

ECO/649

(C/2025/104)

Rapporteure:

Elena-Alexandra CALISTRU

Décision de l’assemblée plénière

21.3.2024

Compétence

Section «Union économique et monétaire et cohésion économique et sociale»

Adoption en section

11.10.2024

Adoption en session plénière

23.10.2024

Session plénière no

591

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

242/0/7

1. Conclusions et recommandations

1.1.

L’Union européenne doit s’attacher en priorité à adopter une approche équilibrée de la compétitivité durable. Le CESE demande que le pacte pour une industrie propre et le Fonds européen pour la compétitivité soient rapidement mis en œuvre de telle sorte qu’ils favorisent à la fois la croissance économique et les objectifs en matière de protection de l’environnement.

1.2.

Les États membres et les institutions de l’Union devraient accélérer la mise en œuvre de la facilité pour la reprise et la résilience (FRR). Le CESE recommande qu’il soit envisagé de prolonger le délai fixé pour la FRR et de renforcer le soutien technique afin de garantir une absorption totale des fonds et de maximiser leur impact sur la croissance durable.

1.3.

L’Union devrait mener une politique budgétaire nuancée qui favorise la soutenabilité de la dette tout en appuyant les instruments essentiels. Le CESE recommande de parvenir à un équilibre bien étudié entre la réduction du déficit et le maintien de la capacité d’investissement, en particulier dans les domaines indispensables à la croissance à long terme, comme la double transition écologique et numérique.

1.4.

Le CESE demande instamment que soit élaborée une stratégie globale visant à remédier aux difficultés qui touchent le marché du travail, notamment l’inadéquation des compétences et les évolutions démographiques. Une telle stratégie devrait inclure des politiques ciblées sur la mobilisation des populations inactives et l’amélioration des systèmes éducatifs afin de mieux préparer les personnes aux marchés du travail de demain.

1.5.

Les institutions de l’Union devraient accorder la priorité à l’achèvement de l’union des marchés des capitaux, incluant la proposition relative à la création d’une union européenne de l’épargne et des investissements. Le CESE préconise une approche qui tienne compte des diverses parties prenantes pour veiller à ce que ces initiatives profitent aux entreprises de toutes tailles tout en contribuant à la résilience économique globale.

1.6.

L’Union européenne doit renforcer son autonomie stratégique dans les secteurs clés tout en conservant des relations commerciales ouvertes et équitables. Le CESE demande que l’on continue d’investir dans les technologies propres et les matières premières critiques, et que ces investissements soient équilibrés par des politiques qui encouragent la coopération mondiale et évitent le protectionnisme préjudiciable.

1.7.

Les décideurs politiques de l’UE devraient faire en sorte que la quête de compétitivité ne se fasse pas au détriment de l’inclusion sociale et de la protection de l’environnement. Le CESE recommande d’intégrer à toutes les grandes initiatives économiques de solides garanties en matière de protection sociale et d’environnement.

1.8.

Le nouveau Parlement européen et la nouvelle Commission européenne doivent déployer des efforts renouvelés et concrets pour s’assurer que la société civile organisée et les partenaires sociaux puissent contribuer à l’élaboration et à la mise en œuvre de stratégies de croissance durable. Le CESE recommande d’insuffler un dynamisme supplémentaire au Semestre européen, en ce qu’il constitue une plateforme susceptible de renforcer la légitimité et l’efficacité des stratégies de croissance de l’UE, tout en veillant à ce qu’elles demeurent inclusives et répondent aux besoins des citoyens même en dehors des périodes électorales.

2. Contexte

2.1.

L’examen annuel 2024 de la croissance durable, qui compte parmi les éléments clés du Semestre européen, expose les priorités de l’UE en matière de politique économique et de l’emploi pour les 12 prochains mois. La communication de la Commission relative à cet examen annuel de la croissance durable met en évidence trois domaines principaux: l’atténuation des chocs énergétiques à court terme, la croissance durable et la résilience dans l’UE à moyen terme et l’alignement sur les objectifs que poursuit cette dernière à plus longue échéance. L’approche structurée de l’examen est axée sur les quatre dimensions de la durabilité compétitive et est conforme aux objectifs de développement durable (ODD) définis par les Nations unies.

2.2.

L’examen annuel 2024 de la croissance durable continue de guider les États membres dans la mise en œuvre de leurs plans nationaux pour la reprise et la résilience (PRR), le Semestre européen jouant un rôle central à cet égard, en particulier dans l’exécution en cours du cadre de gouvernance économique européen révisé.

2.3.

L’économie de l’Union européenne a enregistré un rebond en début d’année, avec un taux de croissance de 0,3 % au premier trimestre 2024, dépassant les anticipations, mais restant inférieur au potentiel estimé. Selon les projections, la croissance du PIB en 2024 devrait atteindre 1,0 % dans l’UE et 0,8 % dans la zone euro, et en 2025, elle devrait monter jusqu’à 1,6 % dans l’UE et 1,4 % dans la zone euro. Parallèlement, l’une des principales sources d’investissement et de réforme, la facilité pour la reprise et la résilience, affiche un taux d’absorption relativement lent (40,95 % au 20 septembre 2024).

2.4.

Le taux d’inflation devrait poursuivre sa chute, passant de 6,4 % en 2023 à 2,7 % en 2024, puis à 2,2 % en 2025 dans l’UE, et de 5,4 % en 2023 à 2,5 % en 2024, puis à 2,1 % en 2025 dans la zone euro. L’activité économique a stagné en 2023, la consommation des ménages n’ayant augmenté que de 0,4 % et les investissements de 1,5 %, principalement sous l’effet des reports de 2022. Le taux de chômage a atteint le niveau historiquement bas de 6,0 % en mars 2024, et l’économie de l’UE devrait générer 2,5 millions d’emplois supplémentaires au cours de la période de prévision. La croissance mondiale (hors UE) devrait rester proche des 3,5 % au cours de la période de prévision, avec un fort rebond de l’activité économique de la Chine qui augure de meilleures perspectives à court terme. Le déficit public de l’UE a légèrement augmenté, passant de 3,4 % à 3,5 % du PIB en 2023, mais devrait diminuer pour passer à 3,0 % en 2024 et à 2,9 % en 2025.

2.5.

Parmi les éléments qui risquent de pousser les perspectives à la baisse figurent les tensions géopolitiques, la vulnérabilité du commerce mondial et des marchés de l’énergie, la persistance de l’inflation aux États-Unis et le risque que les banques centrales de l’UE ne temporisent avant de poursuivre leur réduction des taux d’intérêt. Fin 2023, l’expiration de la clause dérogatoire générale du pacte de stabilité et de croissance marque un tournant économique majeur de la période post-pandémie, dont le principal aspect concerne le changement de tendance de la politique budgétaire, qui passera en 2024 d’une logique expansionniste à une logique restrictive. Dans ce nouveau contexte, la Commission européenne a engagé des procédures concernant les déficits excessifs à l’encontre de sept États membres.

3. Observations générales

3.1.

Le CESE constate que bien que les indicateurs économiques récents témoignent d’une certaine amélioration, le tableau général des perspectives macroéconomiques met en lumière l’existence de risques importants qui justifient un suivi attentif. Malgré la récente réduction des taux d’intérêt opérée par la BCE, le CESE fait valoir que la politique monétaire doit maintenir un degré de vigilance suffisant pour garantir que le taux d’inflation tende vers l’objectif de 2 % sans rester «bloqué» à un niveau plus élevé. Le Comité s’inquiète particulièrement de l’impact que le durcissement des conditions de financement et l’érosion du pouvoir d’achat pourraient avoir sur la demande et les perspectives de croissance. Il insiste par ailleurs sur la nécessité de remédier aux difficultés qui persistent sur le plan économique, telles que la stagnation de l’activité économique et l’augmentation marginale des déficits publics. Compte tenu de cette dynamique économique complexe, le CESE plaide résolument en faveur d’une politique souple et réactive, laquelle doit pouvoir s’adapter rapidement aux variations de l’environnement économique tout en conciliant les objectifs de viabilité budgétaire, de cohésion sociale et de croissance économique durable à long terme.

3.2.

Le CESE attire l’attention sur la «crise de la compétitivité» que traverse l’Europe, comme mentionné dans l’examen annuel 2024 de la croissance durable, et indique que l’UE accuse un écart de productivité croissant par rapport aux États-Unis. Pour y remédier, le CESE recommande d’accroître les investissements publics et privés, surtout dans les technologies vertes et numériques, et de procéder à des réformes afin de consolider le marché du travail. Le rapport d’Enrico Letta sur l’avenir du marché unique signale qu’il est essentiel, pour une croissance durable, d’établir un lien solide entre une transition écologique et numérique juste et l’intégration financière au sein du marché unique. Par ailleurs, le rapport Draghi préconise de repenser en profondeur la croissance et la compétitivité de l’UE afin de relever les défis existentiels pour l’avenir de l’Europe, sur la base d’une longue et solide liste de propositions concrètes et urgentes, qui nécessitent des investissements privés et publics massifs allant jusqu’à 4,7 % du PIB de l’UE.

3.3.

Le CESE prend acte des récentes propositions formulées par Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, pour imprimer à la compétitivité un élan décisif, notamment la création d’un pacte pour une industrie propre et d’un Fonds européen pour la compétitivité. Ces initiatives entendent approfondir le marché unique, réduire la bureaucratie, soutenir les PME et orienter les investissements vers des secteurs stratégiques tels que les technologies propres et les industries à forte intensité énergétique. Le CESE approuve ces efforts visant à renforcer la position concurrentielle de l’Europe sans perdre de vue la durabilité et l’inclusion sociale.

3.4.

Le CESE estime qu’il est primordial d’approfondir l’intégration du marché unique, comme le soulignent l’examen annuel 2024 de la croissance durable et le rapport Letta (1). À cet égard, il importe notamment d’examiner la nécessité de se concentrer davantage sur les services, les données, la défense et les infrastructures énergétiques. Le CESE note qu’il importe d’investir dans les biens publics européens, tels que la recherche et le développement, les infrastructures numériques et les technologies vertes, afin de renforcer la compétitivité mondiale de l’Union et de relever les défis communs. Toutefois, il souligne également la nécessité d’adopter une approche équilibrée de la gouvernance au niveau de l’UE, en veillant à ce que des mesures telles que la passation conjointe de marchés, l’harmonisation des systèmes de subventions et la dette commune pour les biens publics soient mises en œuvre de manière à tenir compte des besoins et préoccupations propres aux différentes parties prenantes. Le CESE demande que soient mis en place des processus de dialogue et de consultation inclusifs de sorte à garantir que l’approfondissement du marché unique profite à tous les membres de la société et contribue à une croissance durable et équitable.

3.5.

Le CESE marque son accord avec l’examen annuel 2024 de la croissance durable quant à l’importance du pacte vert pour l’Europe et des politiques de transition numérique pour une croissance durable à long terme. Pour relever les défis auxquels ces initiatives font face, notamment le volume d’investissement insuffisant, les prix élevés de l’énergie et la complexité réglementaire, le CESE recommande de rationaliser les procédures administratives, de réduire les charges réglementaires et de fournir des cadres d’action plus clairs et s’inscrivant dans la durée, ainsi que d’accroître les ressources propres. Il est indispensable d’intégrer les principes de durabilité et d’économie circulaire dans le marché unique afin de favoriser la croissance économique et la durabilité environnementale. Le CESE fait valoir que l’Europe doit prendre conscience de ses lacunes en matière d’adoption des technologies et d’innovation par rapport à ses concurrents mondiaux, en particulier dans les domaines qui ont une influence critique sur la transition écologique et numérique. Le Comité fait part de ses préoccupations quant au fait que les dernières décisions du Conseil européen, telles que le gel du Fonds de souveraineté du plan industriel du pacte vert ou la révision à mi-parcours du CFP 2021-2027, ne tiennent pas compte du grave déficit d’investissement qui empêche d’atteindre les objectifs fixés dans le cadre d’une transition écologique et numérique juste.

3.6.

Le CESE indique qu’il y a lieu de remédier aux pénuries de main-d’œuvre, en particulier dans les domaines des soins de santé, des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM) et des métiers «verts», pour garantir une croissance durable, comme le mentionne l’examen annuel 2024 de la croissance durable. Le Comité préconise de consentir d’importants investissements dans l’éducation et le développement des compétences, d’élaborer des politiques visant à augmenter la participation au marché du travail et la formation continue, et d’adopter des approches coordonnées au niveau européen en ce qui concerne les investissements sociaux et les réformes. Il est tout aussi important de garantir un soutien fort à la négociation collective et au dialogue social, et notamment aux outils visant à assurer des salaires équitables, la sécurité de l’emploi et l’amélioration des conditions de travail, en vue d’atteindre les objectifs de la directive sur les salaires minimaux de l’UE. Le CESE souligne que l’éducation devrait aller au-delà du simple développement des compétences, en mettant l’accent sur des méthodes d’enseignement inclusives et intégratives capables de préparer les citoyens aux défis complexes qui caractériseront le marché du travail de demain. Le rapport Letta précise également qu’il y a lieu d’aider les régions vulnérables à retenir et à attirer une population en âge de travailler, en enrayant le phénomène de la fuite des cerveaux.

3.7.

Le CESE reconnaît que la migration est essentielle pour faire face au déclin démographique et aux pénuries de main-d’œuvre, conformément à l’examen annuel 2024 de la croissance durable. Selon le Comité, il s’impose de parvenir à un équilibre entre la nécessité de l’immigration et les mesures qui visent à garantir l’intégration sociale et à protéger les droits des travailleurs. Il a toujours insisté sur l’importance d’élaborer des politiques migratoires globales et humaines qui profitent à la fois aux pays d’accueil et aux migrants, tout en répondant aux préoccupations relatives à la cohésion sociale et à l’impact économique (2).

3.8.

Le CESE se déclare profondément préoccupé par la mise en œuvre trop lente de la FRR dans les États membres, alors que les prévisions économiques du printemps 2024 pronostiquaient un retour à la croissance au cours de cette même année. Il rappelle que le succès de la FRR est indispensable pour contribuer à la reprise et à la résilience à long terme de l’UE, en particulier dans un contexte économique difficile caractérisé par des risques de récession et des conditions de crédit qui se durcissent. Le CESE préconise, pour relever ces défis, d’accélérer la mise en œuvre de la FRR par une approche multidimensionnelle, ce qui implique notamment de prendre les mesures suivantes:

—

améliorer le soutien apporté aux États membres sous la forme d’une assistance technique et d’un renforcement des capacités, en particulier pour ceux dont les capacités administratives ou les capacités d’absorption sont limitées, de sorte à garantir une mise en œuvre efficace et en temps utile des projets relevant de la FRR;

—

promouvoir l’échange de bonnes pratiques et encourager l’apprentissage par les pairs entre les États membres afin de recenser et de reproduire les stratégies gagnantes en matière de mise en œuvre, tout en surmontant les défis communs et en remédiant aux goulets d’étranglement;

—

encourager les États membres à donner la priorité aux projets à forte incidence susceptibles de produire des résultats tangibles et de contribuer aux objectifs de la FRR qui visent à étayer la double transition écologique et numérique et à promouvoir la cohésion sociale et territoriale.

3.9.

Le CESE précise en outre qu’il convient de garantir la transparence, la responsabilité et la participation inclusive des parties prenantes tout au long du processus de mise en œuvre de la FRR. Une telle ambition suppose:

—

de renforcer les mécanismes de suivi et d’établissement de rapports afin de suivre les progrès accomplis, de recenser les lacunes dans la mise en œuvre et de permettre des mesures correctives en temps utile;

—

de promouvoir une participation significative et continue des partenaires sociaux, des organisations de la société civile et des collectivités locales et régionales à la conception, à la mise en œuvre et à l’évaluation des projets relevant de la FRR de manière à s’assurer qu’ils répondent aux besoins et priorités des collectivités et des parties prenantes.

3.10.

Le CESE demande qu’il soit envisagé de prolonger le délai de la FRR afin de garantir une mise en œuvre et une absorption correctes des fonds, compte tenu de la lenteur actuelle des progrès. Il fait valoir que la FRR doit absolument porter ses fruits pour pouvoir soutenir la reprise de l’UE, favoriser la résilience à long terme et promouvoir une croissance durable et inclusive. La Commission européenne, les États membres et l’ensemble des parties prenantes concernées doivent déployer des efforts concertés afin de surmonter les difficultés liées à la mise en œuvre, de maximiser l’absorption des fonds de la FRR et de produire des résultats tangibles au bénéfice des citoyens et des entreprises d’Europe.

3.11.

Le CESE marque son accord avec le président de l’Eurogroupe lorsqu’il indique que la réussite du programme NextGenerationEU est essentielle si l’on souhaite préserver et accroître les investissements publics et, partant, ouvrir la voie à une croissance plus soutenue, plus durable et plus inclusive pour nos économies. Toute discussion relative à de futurs emprunts communs doit reposer sur une FRR correctement mise en pratique.

3.12.

Le marché du travail de l’Union continue d’afficher de bons résultats malgré une croissance économique ralentie. Selon les prévisions économiques du printemps 2024, le taux d’emploi dans l’UE a atteint un niveau record de 75,5 % au dernier trimestre de 2023, tandis que le taux de chômage a chuté à un niveau historiquement bas de 6,0 % en mars 2024. Toutefois, des disparités régionales persistent, certains États membres affichant toujours des taux de chômage élevés. Le CESE note que les pénuries importantes de main-d’œuvre et de compétences, en particulier dans les secteurs des soins de santé, des STIM et des métiers «verts», constituent un obstacle majeur à une croissance durable.

3.13.

Plus de 20 % de la population en âge de travailler est inactive, dont 8 millions de jeunes ne travaillant pas et ne suivant pas d’études ou de formation (NEET). Le CESE demande une analyse complète de cette population inactive pour explorer les obstacles systémiques à l’emploi et mettre au point des stratégies ciblées afin de mobiliser ce capital humain inexploité. En dépit des évolutions positives sur le marché du travail, le Comité souligne la nécessité de politiques visant à accroître la participation à ce dernier, à renforcer les compétences et à garantir l’égalité des chances pour tous.

3.14.

Alors que l’UE abandonne progressivement la clause dérogatoire générale dans le cadre du pacte de stabilité et de croissance et entre dans un paysage économique post-pandémie, le CESE souligne combien il importe de tirer les leçons de la pandémie afin d’éviter l’effet de balancier entre les extrêmes budgétaires. Les prévisions économiques du printemps 2024 prédisent une orientation budgétaire restrictive de l’UE en 2024. En 2025, la tendance en la matière dépendra, dans de nombreux États membres, du contenu des plans budgétaires et structurels nationaux que leurs gouvernements présenteront en septembre à la Commission et au Conseil pour approbation avant la fin de l’année. Le CESE plaide en faveur d’une politique budgétaire souple et réactive, définie en coordination avec la politique monétaire, la maîtrise de l’inflation et la viabilité des finances publiques, sans toutefois compromettre les investissements essentiels et la croissance à long terme, laquelle demeure vitale pour assurer un cadre budgétaire résilient et adaptable.

3.15.

Le CESE n’ignore pas la complexité de l’environnement budgétaire auquel l’Union doit faire face. Compte tenu de la hausse des coûts d’emprunt, de l’augmentation des dépenses publiques et des déficits budgétaires s’élevant en moyenne à 3,6 % du PIB dans la zone euro, l’Union doit à présent parvenir à un équilibre délicat entre la réduction des déficits, la restauration des filets de sécurité financiers et la réponse aux besoins colossaux d’investissements afin de mener à bien la transition écologique et numérique, d’assurer la défense et de remédier aux difficultés d’ordre démographique. Le CESE insiste sur la nécessité d’une approche budgétaire nuancée qui favorise la soutenabilité de la dette tout en appuyant les investissements essentiels à la croissance et à la compétitivité à long terme.

3.16.

Le CESE met en garde contre les risques de resserrement budgétaire et d’éventuelles mesures d’austérité, et fait observer qu’il y a lieu d’investir de manière continue dans des domaines clés pour soutenir une croissance et une compétitivité pérennes. Les enseignements tirés des politiques menées à la suite de la crise financière de 2007-2008 et de la pandémie soulignent combien il est nécessaire d’adopter une approche nuancée de la politique budgétaire qui tienne compte des différentes réalités économiques des États membres et intègre une contribution des parties prenantes.

3.17.

Le CESE note que les résultats des dernières élections européennes se sont traduits au Parlement européen par un renforcement des clivages. Cette évolution présente à la fois des difficultés et des possibilités de faire progresser la croissance durable. Le Comité recommande à la Commission européenne et aux États membres de mener une action énergique et plus intense, à tous les niveaux de la société, pour garantir que les initiatives clés, telles que le pacte vert et la transition numérique, bénéficient de tout le soutien possible. Il s’impose de favoriser le dialogue et de dégager un consensus autour d’objectifs communs pour assurer une action efficace dans le nouveau paysage politique.

3.18.

Le CESE fait valoir que la nouvelle composition du Parlement européen doit être capable de faire progresser le programme législatif, en particulier les politiques relatives à la migration et à l’environnement. Le Comité préconise de maintenir une approche équilibrée qui réponde aux préoccupations légitimes de toutes les parties prenantes sans pour autant désavouer les engagements pris par l’Union en faveur de la durabilité et de l’inclusion sociale, mais en respectant également l’état de droit et les principes démocratiques. Le renforcement du rôle de la société civile et le contrôle de la transparence et du caractère inclusif des processus d’élaboration des politiques seront essentiels pour conserver la confiance du public, encourager une gouvernance cohésive et opérante, promouvoir les ODD et parvenir à une croissance durable.

3.19.

Le CESE attire l’attention sur l’importance croissante de l’autonomie stratégique de l’Union dans le contexte de l’examen annuel 2024 de la croissance durable et de la recherche de cette croissance durable. Il insiste sur le lien étroit qui existe entre la concrétisation de l’autonomie stratégique de l’UE et sa capacité à promouvoir une croissance durable, dans la mesure où les investissements dans les technologies vertes et les capacités numériques peuvent améliorer la productivité, créer des emplois et stimuler la croissance économique à long terme. Le Comité souligne qu’il est indispensable de garantir l’autonomie stratégique dans les industries à zéro émission nette pour soutenir la compétitivité et la durabilité de l’Europe à l’avenir. Toutefois, il souhaite également mettre en évidence la nécessité d’une approche équilibrée qui tienne compte des intérêts de toutes les parties prenantes et examine attentivement les conséquences des mesures protectionnistes, en reconnaissant à la fois les avantages et les risques potentiels au regard du commerce et de la coopération à l’échelle mondiale.

3.20.

Le CESE prend acte de la proposition formulée par la présidente de la Commission européenne visant à établir une union européenne de l’épargne et des investissements, s’inscrivant dans les efforts déployés pour achever l’union des marchés des capitaux. Conscient du potentiel de telles initiatives pour mobiliser des financements privés et soutenir les jeunes pousses européennes, le CESE indique toutefois qu’il importe d’étudier attentivement les difficultés de mise en œuvre et les effets potentiels sur les différentes parties prenantes.

Bruxelles, le 23 octobre 2024.

Le président

du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) Rapport d’Enrico Letta intitulé Much more than a market — Speed, Security, Solidarity: Empowering the Single Market to deliver a sustainable future and prosperity for all EU Citizens («Bien plus qu’un marché — Rapidité, sécurité, solidarité — Donner au marché unique les moyens d’apporter à tous les citoyens un avenir durable et la prospérité»), avril 2024.

(2) SOC/794 — Analyse factuelle et législative de l’intégration des migrants sur le marché du travail de l’Union européenne (en cours).


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/104/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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