| CELEX | 52024IP0042 |
| Type | Initiative législative |
| Date | jeudi 18 janvier 2024 |
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2024/5731 | 17.10.2024 |
P9_TA(2024)0042
Façonner la position de l’Union sur l’instrument contraignant des Nations unies relatif aux entreprises et aux droits de l’homme, en particulier en ce qui concerne l’accès aux voies de recours et la protection des victimes
Résolution du Parlement européen du 18 janvier 2024 sur façonner la position de l’Union sur l’instrument contraignant des Nations unies relatif aux entreprises et aux droits de l’homme, en particulier en ce qui concerne l’accès aux voies de recours et la protection des victimes (2023/2108(INI))
(C/2024/5731)
Le Parlement européen,
| — | vu les articles 2, 3, 8, 21 et 23 du traité sur l’Union européenne (traité UE), |
| — | vu la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, |
| — | vu les principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme (PDNU), adoptés par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies dans sa résolution 17/4 du 16 juin 2011, |
| — | vu la résolution 26/9 du 26 juin 2014 du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, |
| — | vu le projet d’instrument juridiquement contraignant mis à jour, diffusé le 31 juillet 2023 par le président-rapporteur du groupe de travail intergouvernemental à composition non limitée (OEIGWG), et le troisième projet révisé résultant de la huitième session, |
| — | vu la convention des Nations unies contre la corruption, |
| — | vu la résolution 76/300 adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 28 juillet 2022 sur le droit des êtres humains à un environnement propre, sain et durable, |
| — | vu les principes directeurs de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) à l’intention des entreprises multinationales sur la conduite responsable des entreprises, |
| — | vu la résolution sur les entreprises et les droits de l’homme en Afrique de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples du 7 mars 2023, |
| — | vu l’avis de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne du 10 avril 2017 intitulé «Améliorer l’accès aux voies de recours dans le domaine des entreprises et des droits de l’homme au niveau de l’UE» (1) et son rapport du 6 octobre 2020 intitulé «Entreprises et droits de l’homme – Accès aux voies de recours» (2), |
| — | vu les conclusions du Conseil du 20 février 2023 sur les priorités de l’Union en 2023 dans les enceintes des Nations unies compétentes en matière de droits de l’homme, |
| — | vu sa résolution du 25 octobre 2016 sur la responsabilité des entreprises dans les violations graves des droits de l’homme dans les pays tiers (3), |
| — | vu sa résolution du 4 octobre 2018 sur la contribution de l’Union à l’élaboration d’un instrument contraignant des Nations unies pour réglementer les activités des sociétés transnationales et autres entreprises à caractéristiques transnationales au regard des droits de l’homme (4), |
| — | vu sa résolution du 18 janvier 2023 sur les droits de l’homme et la démocratie dans le monde et la politique de l’Union européenne en la matière – rapport annuel 2022 (5), et ses résolutions antérieures sur les rapports annuels précédents, |
| — | vu l’article 54 de son règlement intérieur, |
| — | vu l’avis de la commission du développement, |
| — | vu le rapport de la commission des affaires étrangères (A9-0421/2023), |
| A. | considérant que l’Union est fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité, d’état de droit et de respect des droits de l’homme, conformément à l’article 2 du traité sur l’Union européenne; que son action sur la scène internationale doit être guidée par ces principes et être conforme au principe de cohérence des politiques au service du développement, inscrit à l’article 208 du traité de Lisbonne; |
| B. | considérant que la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030 et du principe consistant à «ne laisser personne de côté» implique que le développement économique va de pair avec la justice sociale, la bonne gouvernance et le respect des droits de l’homme; |
| C. | considérant que les entreprises comptent parmi les acteurs les plus importants de la mondialisation économique, des services financiers et du commerce international et qu’elles sont tenues de respecter l’ensemble de la législation applicable et des traités internationaux en vigueur ainsi que les droits de l’homme; que les entreprises peuvent occasionner des incidences négatives sur les droits de l’homme, telles que l’esclavage moderne, la traite des êtres humains, le travail forcé, le travail des enfants et d'autres formes d'exploitation au travail, le déplacement de populations, les salaires de misère et les violations antisyndicales, ainsi qu’à des incidences négatives sur l’environnement, notamment la pollution, le changement climatique, la dégradation de l’environnement et la perte de biodiversité, et que les entreprises peuvent contribuer à ces incidences négatives ou y être directement liées; |
| D. | considérant que les entreprises peuvent contribuer au développement durable par la création d’emplois et le développement économique, et donc jouer un rôle important dans la promotion des droits de l’homme et des normes environnementales ainsi que dans la prévention des incidences négatives sur les droits de l’homme et l’environnement; |
| E. | considérant que les droits des entreprises et des investisseurs devraient être assortis d’obligations contraignantes et exécutoires en matière de respect des droits de l’homme, du droit du travail et du droit de l’environnement; |
| F. | considérant que les victimes d’abus commis par des entreprises sont souvent confrontées à des obstacles multiples et qui se chevauchent pour accéder aux voies de recours, notamment les recours juridictionnels et les garanties de non-répétition; que ces obstacles sont encore plus graves pour les personnes ou les groupes vulnérables ou marginalisés; que l’impunité pour les violations des droits de l’homme commises par des entreprises reste largement sans solution en l’absence d’un cadre réglementaire solide et complet et d’un alignement aux niveaux mondial et régional; |
| G. | considérant que les violations des droits des travailleurs commises par des sociétés sont de plus en plus nombreuses dans le monde, selon l’indice des droits dans le monde publié par la Confédération syndicale internationale, qui indique que 113 pays (contre 106 en 2021) empêchent les travailleurs d’exercer leur droit de créer un syndicat ou d’y adhérer; que 87 % des pays ont enfreint le droit de grève et quatre pays sur cinq ont fait obstacle à la négociation collective; |
| H. | considérant que le Conseil des droits de l’homme des Nations unies (CDH) a adopté le 26 juin 2014 une résolution créant un groupe de travail intergouvernemental à composition non limitée (OEIGWG) afin d’élaborer un instrument international juridiquement contraignant (IJC) pour réglementer, dans le cadre du droit international des droits de l’homme, les activités des sociétés transnationales et autres entreprises; |
| I. | considérant que l’OEIGWG, qui est présidé par l’Équateur depuis sa création, a, à ce jour, tenu neuf sessions et un certain nombre de consultations régionales et autres avec les parties prenantes, y compris de la société civile et du secteur privé; qu’en juillet 2023, le président a diffusé un projet d’instrument mis à jour avant la neuvième session de l’OEIGWG, prévue du 23 au 27 octobre 2023; |
| J. | que l’Union œuvre actuellement à l’élaboration d’une série de législations, dont une législation ambitieuse concernant le devoir de vigilance des entreprises, qui servirait de fondement pour son mandat de négociation; qu’en l’absence de mandat de négociation, le représentant de l’Union n’a participé aux sessions de l’OEIGWG qu’en tant qu’observateur et s’est limité à des déclarations générales; qu’en outre, la participation aux discussions d’autres grandes économies extérieures à l’Union a été ambivalente au fil des années; |
| K. | considérant que, par la suite, la position des États membres de l’Union a progressivement évolué, plusieurs d’entre eux participant activement aux dernières sessions du groupe de travail OEIGWG; que la France et le Portugal ont rejoint le groupe des «Amis de la présidence» pour l’aider à élaborer des propositions de consensus émanant de blocs régionaux; que, parmi ses priorités dans les enceintes compétentes en matière de droits de l’homme en 2023, le Conseil s’est déclaré déterminé à «participer activement» aux discussions des Nations unies sur l’IJC et s’est déclaré prêt à collaborer avec le président du groupe de travail OEIGWG et les Amis de la présidence pour explorer un instrument consensuel susceptible de renforcer efficacement la protection des victimes et de créer des conditions de concurrence équitables à l’échelle mondiale; |
| L. | considérant que le Parlement a exprimé à plusieurs reprises son soutien aux discussions des Nations unies sur l’IJC, notamment en adoptant un certain nombre de résolutions appelant l’Union et les États membres à participer de manière constructive aux négociations; |
| M. | considérant que, ces dernières années, l’Union a fait preuve d’une grande ambition en ce qui concerne les entreprises et les droits de l’homme puisqu’elle a lancé un certain nombre d’initiatives législatives visant à réglementer les activités des entreprises dans le domaine des droits de l’homme et des obligations environnementales et climatiques, par exemple la directive sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité, une proposition de règlement relatif à l’interdiction des produits issus du travail forcé sur le marché de l’Union, le règlement sur les produits «zéro déforestation», le règlement sur les minerais provenant de zones de conflit et la le règlement relatif aux batteries; |
| N. | considérant qu’un certain nombre d’États membres de l’Union tels que la France, l’Allemagne et les Pays-Bas ont récemment adopté ou proposé une législation contraignante en matière de devoir de vigilance, tandis qu’un certain nombre d’autres États membres envisagent de le faire; qu’il importe d’assurer la cohérence entre la législation des États membres ou de l’Union en matière de devoir de vigilance et l’IJC des Nations unies; |
| O. | considérant que des initiatives réglementaires, y compris législatives, sur les entreprises et les droits de l’homme ont été adoptées ou sont en cours de discussion dans des pays tiers tels que l’Afrique du Sud, l’Australie, le Brésil, le Canada, la Corée du Sud, les États-Unis, le Ghana, le Japon, le Mexique, la Norvège, la Nouvelle-Zélande et la Suisse; que de nombreux autres pays ont élaboré un plan d’action national relatif aux entreprises et aux droits de l’homme; |
| P. | considérant que le projet d’IJC contient une clause relative à l’organisation d’intégration régionale afin de tenir compte des rôles respectifs de l’Union et des États membres; |
| Q. | considérant que les communautés touchées, les peuples autochtones, les syndicats, les membres de la société civile, les universitaires et les experts à l’échelle mondiale font preuve d’un intérêt, d’une mobilisation et d’attentes considérables et croissants pour les discussions menées au niveau des Nations unies sur l’IJC; |
Observations générales et cadre international sur les entreprises et les droits de l’homme
| 1. | souligne que le niveau global de l’exercice des droits de l’homme dans le monde dépend notamment du comportement des entreprises, compte tenu de l’ampleur actuelle de la mondialisation et de l’internationalisation des activités commerciales et des chaînes de valeur; souligne, dans ce contexte, qu’il importe que les entreprises puissent compter sur une bonne gouvernance publique ainsi que sur un système et un cadre juridiques complets et efficaces afin de remplir leurs obligations en matière de droits de l’homme; |
| 2. | soutient fermement la mise en œuvre intégrale, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Union, des normes internationales sur la conduite responsable des entreprises afin de compléter et de renforcer la mise en œuvre des PDNU; souligne l’importance des PDNU et des principes directeurs de l’OCDE ainsi que le large soutien dont ils bénéficient; rappelle que les PDNU constituent le seul cadre mondial qui expose en détail la responsabilité des entreprises en matière de prévention et de lutte contre le risque d’incidences négatives sur les droits de l’homme liées à l’activité des entreprises; insiste sur le fait que tout travail effectué en rapport avec l’IJC devrait garantir un alignement complet sur ces normes; |
| 3. | souligne qu’étant donné que la responsabilité sociale des entreprises est envisagée uniquement sur une base volontaire et n’est pas reprise dans des instruments exécutoires, cela risque d’entraîner des distorsions du marché et une concurrence déloyale pour les entreprises qui choisissent de se conformer aux normes internationales ou qui sont soumises à des obligations nationales ou régionales; reconnaît que, bien que des progrès aient été accomplis, des violations des droits de l’homme continuent de se produire; salue, par conséquent, les efforts visant à créer des conditions de concurrence équitables et la poursuite d’un engagement en faveur d’une conduite responsable des entreprises, qui bénéficie d’un soutien mondial; se félicite, en outre, de la réorientation actuelle des évolutions normatives en vue de passer des initiatives non contraignantes à des normes contraignantes; |
| 4. | souligne qu’il importe de combler les lacunes juridiques et réglementaires qui sont exploitées par certaines entreprises, notamment des investisseurs, au détriment des droits de l’homme et de l’environnement; |
| 5. | constate avec inquiétude que, dans les systèmes judiciaires d’un grand nombre de pays, de nombreux obstacles procéduraux, matériels et pratiques persistent en ce qui concerne l’accès des victimes à la justice, y compris les difficultés à identifier la juridiction compétente, les obstacles liés aux normes juridictionnelles, la brièveté des délais de prescription légaux, les charges de preuve excessives, la responsabilité limitée ou peu claire due à la complexité de la structure d’entreprise, l’accès à la représentation juridique et à l’information, le caractère prohibitif des frais de représentation à l’étranger, ainsi que d’autres inégalités entre les demandeurs et les défendeurs; prend également acte avec inquiétude des cas d’intimidation ou de violence perpétrée par les entreprises concernées à l’encontre de victimes lorsqu’elles cherchent à obtenir justice; souligne que les personnes ou groupes vulnérables ou marginalisés, qui peuvent avoir besoin d’une attention particulière dans le cadre des activités de collaboration avec les parties prenantes, sont confrontés à des obstacles plus importants pour bénéficier équitablement des indemnités compensatrices ou d’autres formes de restitution; |
| 6. | souligne qu’il est essentiel d’introduire une réglementation extraterritoriale fondée sur le pays d’origine de la société-mère et, pour les victimes de violations des droits de l’homme commises par des sociétés transnationales (STN), un accès à la justice dans le pays d’origine de ces sociétés; fait observer, en particulier, qu’il est essentiel de définir clairement les obligations qui incombent aux STN afin d’éliminer le travail des enfants et le travail forcé de leurs chaînes d’approvisionnement et de leurs activités; |
| 7. | réaffirme son soutien résolu aux travaux menés au sein des Nations unies par l’intermédiaire du groupe de travail OEIGWG pour développer cet instrument; exprime sa reconnaissance pour le travail accompli par les présidents successifs, représentant l’Équateur, pour diriger cette entreprise complexe et se félicite du rôle de soutien joué par le groupe des Amis de la présidence; |
| 8. | invite le président du groupe de travail OEIGWG et les États membres des Nations unies à veiller à ce que les négociations soient menées de manière transparente, avec un dialogue constructif avec toutes les parties prenantes, y compris la société civile, les syndicats et les représentants des travailleurs ainsi que le secteur privé, en accordant une attention particulière aux parties prenantes vulnérables; insiste en outre sur l’importance de garantir un engagement actif de toutes les régions, en vue de mettre au point un instrument efficace qui reflète la diversité mondiale des réalités juridiques, sociales et économiques ayant une incidence sur les droits de l’homme et qui s’appuie sur les bonnes pratiques mises en œuvre aux niveaux national et régional; encourage les organisations régionales de défense des droits de l’homme et les organisations économiques ainsi que les autorités à contribuer à faciliter cet engagement universel; |
Participation de l’Union et des États membres au processus des Nations unies
| 9. | rappelle que l’Union s’est engagée, sur la base des traités, à promouvoir les droits de l’homme dans le monde entier et à encourager des solutions multilatérale aux problèmes communs au sein des Nations unies, mais que sa participation au groupe de travail OEIGWG ne s’accompagne toujours pas d’un mandat de négociation; |
| 10. | reconnaît que le groupe de travail OEIGWG est le seul forum mondial et multilatéral où des règles contraignantes sur les entreprises et les droits de l’homme sont débattues et estime, par conséquent, qu’il est essentiel que l’Union participe activement à ce processus, aux côtés d’un nombre important de membres des Nations unies, afin de parvenir à un résultat consensuel pouvant bénéficier d’un large soutien à l’échelle mondiale; |
| 11. | souligne que les dernières évolutions normatives au niveau de l’Union en matière d’entreprises et de droits de l’homme constituent des mesures initiales importantes pour traiter des questions telles que l’accès à la justice et les droits des victimes, qui sont au cœur de l’IJC en tant que traité fondamental sur les droits de l’homme; souligne, à cet égard, la nature, les objectifs et la portée complémentaires des deux voies normatives, qui fonctionneront à différents niveaux, ainsi que la nécessité de cohérence entre ces deux voies; |
| 12. | estime que l’Union devrait participer activement aux négociations en cours, en particulier pour poursuivre l’élaboration du projet d’IJC, tout en mettant l’accent sur les victimes d’abus liés aux entreprises tout au long de la chaîne de valeur, en supprimant les obstacles à la justice et aux voies de recours efficaces, en garantissant des conditions de concurrence équitables ainsi qu’une sécurité juridique aux entreprises, en tenant compte du caractère particulier des petites et moyennes entreprises (PME), et en renforçant la coopération sur la base des perspectives internationales et des bonnes pratiques; estime que cet engagement contribuerait à terme à garantir une meilleure mise en œuvre et une meilleure application des droits de l’homme au niveau international, tout en contribuant également à des conditions de concurrence équitables au niveau international et à la mise en place d’un instrument mondial largement soutenu et ratifié par les États dans toutes les régions, y compris, mais pas exclusivement, dans l’Union européenne, et qui reste pertinent face à l’évolution des menaces pour les droits de l’homme; |
| 13. | se félicite que le Conseil se soit engagé à ce que l’Union renforce son action et participe activement au groupe de travail OEIGWG; estime toutefois que le seul moyen utile et tangible de concrétiser cet engagement est l’adoption d’un mandat de négociation de l’Union; demande dès lors instamment au Conseil d’adopter dès que possible un mandat de négociation ambitieux afin que l’Union puisse participer activement aux négociations en vue de constituer le futur IJC; souligne que la position de l’Union doit viser à mettre en place des dispositions strictes en ce qui concerne les mécanismes de mise en application et de contrôle ainsi que l’accès à la justice pour les personnes victimes de violations; |
| 14. | invite les États membres, dans l’intervalle, à participer aux négociations à titre individuel tout en coordonnant leurs positions tout au long des négociations, afin de défendre une position forte, commune et claire de l’Union, en présentant de manière constructive les initiatives législatives visant à réglementer les activités des entreprises au regard des droits de l’homme et des obligations liées au climat, tout en se félicitant des progrès accomplis à ce jour; attend du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) et de la Commission, en particulier la délégation de l’Union auprès des Nations unies à Genève, qu’ils jouent un rôle proactif et constructif dans ce processus; |
| 15. | invite la Commission, le SEAE et les États membres à dialoguer de manière proactive avec tous les États partenaires et inclure ce sujet dans leurs dialogues avec les pays tiers et les organisations régionales, notamment dans le cadre des dialogues structurés de l’Union sur les droits de l’homme; encourage l’Union à établir un dialogue, en particulier, avec des partenaires clés qui sont actuellement en train d’élaborer leurs propres cadres relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme au niveau national, comme le Brésil et le Japon, ou au niveau régional, comme la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples et la Commission interaméricaine des droits de l’homme; |
Éléments en vue d’une position de l’Union sur l’IJC
| 16. | se félicite de la mise à jour du projet d’IJC, publiée en juillet 2023, et estime qu’il constitue une base solide et prometteuse pour faire avancer les négociations, tout en reconnaissant la nécessité d’améliorations et d’un alignement sur les PDNU, sur les principes directeurs de l’OCDE ainsi que sur les autres normes internationales actuelles; |
| 17. | estime que l’Union devrait s’efforcer de parvenir à un IJC qui soit compatible et complémentaire avec les évolutions normatives en cours au niveau de l’Union et qui contribue ainsi à créer un cadre juridique mondial plus cohérent sur les entreprises et les droits de l’homme; |
| 18. | est favorable à ce que l’IJC soit doté d’un large champ d’application de façon à garantir que la responsabilité s’applique tout au long des chaînes de valeur mondiales; estime que le fait de laisser aux États parties la possibilité de différencier, dans le cadre de leur législation nationale, la manière dont les entreprises, en particulier les PME, s’acquittent des obligations de prévention au titre de l’IJC, proportionnellement à leur taille, leur secteur, leur type de propriété et leur contexte opérationnel ainsi qu’à la gravité de leurs incidences sur les droits de l’homme, offrirait une marge de manœuvre importante pour l’adaptation nationale et serait compatible avec le champ d’application universel des PDNU; signale que, dans de nombreuses régions du monde, les micro, petites et moyennes entreprises (MPME) sont souvent le moteur de l’économie locale; souligne que, dans le monde, elles représentent 90 % des entreprises, 60 à 70 % des emplois et 50 % du PIB; rappelle qu’il importe de veiller à ce que les obligations et les exigences prévues par l’instrument soient proportionnelles à la taille, aux ressources et à l’endettement des entreprises, et demande à l’Union de prévoir des garanties pour les MPME dans le cadre des négociations relatives à l’instrument; |
| 19. | estime que les activités des entreprises devraient s’entendre conformément aux PDNU; |
| 20. | insiste sur le fait que l’IJC devrait couvrir un large champ d’application des instruments internationaux, y compris, mais sans s’y limiter, la déclaration universelle des droits de l’homme, tous les traités internationaux fondamentaux en matière de droits de l’homme et les conventions fondamentales de l’Organisation internationale du travail, conformément à l’universalité et à l’indivisibilité des droits de l’homme; |
| 21. | regrette que plusieurs références à l’environnement et au changement climatique, notamment en ce qui concerne la responsabilité, aient été retirées du champ d’application de l’IJC dans le dernier projet; estime que l’Union et les États membres devraient s’efforcer d’inclure les incidences environnementales et climatiques des activités commerciales dans le champ d’application de l’IJC, conformément à la législation, aux politiques et à l’ambition de l’Union dans ce domaine, et tenir compte de la prise de conscience croissante de l’incidence des activités des entreprises sur le plan du changement climatique et de la dégradation de l’environnement, qui ont à leur tour des répercussions sur les droits de l’homme; |
| 22. | souligne que l’initiative relative aux droits de l’homme devrait prévoir un cadre ambitieux, complet, réactif et obligatoire pour la prévention des violations des droits de l’homme par les entreprises, notamment en établissant l’obligation, pour les États parties, d’adopter des mesures législatives, réglementaires et autres appropriées et efficaces en vue de prévenir les abus commis par des entreprises et de garantir que toutes les entreprises s’acquittent de leur devoir de vigilance en matière d’environnement et veillent au respect des droits de l’homme; note, à cet égard, que le fait de laisser aux États parties la flexibilité nécessaire pour adapter leurs cadres préventifs à leurs propres systèmes juridiques, tout en garantissant la primauté des droits de l’homme, serait un facteur essentiel pour garantir une large adhésion à l’IJC; |
| 23. | demande à l’Union et aux États membres de veiller, conformément aux dispositions des PDNU, à ce que le cadre de prévention de l’IJC oblige les entreprises à faire preuve d’un devoir de vigilance renforcé lorsqu’elles opèrent dans les zones au sein desquelles le risque de violations flagrantes des droits de l’homme est accru, par exemple les zones de conflit ou les territoires sous occupation ou annexion, y compris en ajoutant des références au droit international humanitaire, au droit pénal international et au droit international coutumier dans le champ d’application de l’IJC; estime que l’IJC devrait également aborder les aspects liés aux activités des entreprises menées dans des régions touchées par des catastrophes ou au sein des populations vulnérables face au changement climatique, dont la pertinence va croissant dans le contexte de la crise climatique; |
| 24. | estime que l’obligation pour les entreprises d’adopter une approche fondée sur les risques et de procéder régulièrement à des analyses d’impact sur les droits de l’homme avant et tout au long des opérations, et de tenir compte des besoins des personnes exposées à un risque accru constitue un élément particulièrement important pour le cadre de prévention de l’IJC, y compris en intégrant une perspective de genre, mais aussi en tenant compte des questions relatives aux groupes exposés au risque de vulnérabilité ou de marginalisation, comme les communautés autochtones et traditionnelles, les minorités ainsi que les défenseurs des droits de l’homme et de l’environnement; |
| 25. | demande que l’IJC accorde un rôle central aux parties prenantes concernées, notamment par l’obligation de promouvoir la participation active et constructive des parties prenantes concernées, y compris les syndicats, les organisations non gouvernementales, les peuples autochtones et les organisations locales, ainsi que le secteur privé, à la mise en œuvre de la législation, des politiques et d’autres mesures en accordant une attention particulière à l’accès à la justice et aux voies de recours; |
| 26. | demande que l’IJC fournisse une définition de la participation active et constructive des parties prenantes concernées, y compris par une collaboration interactive menée de bonne foi, sur une base continue, assortie d’un suivi adéquat, incluant l’identification et la suppression des obstacles potentiels à la collaboration, et garantissant la participation sûre des parties prenantes sans crainte de représailles; |
| 27. | insiste sur l’importance, pour l’Union et les États membres, de veiller à ce que l’IJC comporte l’obligation de protéger les droits et la sécurité des défenseurs des droits de l’homme, des défenseurs de l’environnement, des journalistes, des travailleurs, des peuples autochtones et des autres groupes marginalisés, et d’intégrer la prise en compte de ces groupes dans l’ensemble de l’instrument; insiste en particulier sur l’importance d’inscrire dans l’IJC le principe du consentement préalable, libre et éclairé des peuples autochtones; |
| 28. | invite l’Union et les États membres à soutenir l’inclusion dans l’IJC de la lutte contre la corruption, conformément à la convention des Nations unies contre la corruption, en reconnaissant que la corruption encourage, perpétue et institutionnalise les violations des droits de l’homme; |
| 29. | est préoccupé par le risque de course au plus offrant et par son incidence sur l’égalité des conditions de concurrence, y compris dans le contexte de l’Union; demande instamment que des instruments soient mis en place au niveau de l’Union pour atténuer ces risques, y compris un mécanisme de contrôle; souligne dès lors la nécessité de veiller à ce que les pays mettent en œuvre des mécanismes solides et efficaces, mais pratiques et proportionnels, de contrôle de l’application et du respect de la législation; insiste en outre sur l’obligation faite aux États parties d’établir des rapports réguliers et approfondis; remarque le rôle potentiel que peuvent jouer, à cet égard, les processus adoptés en vue de l’élaboration des plans d’action nationaux relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme; note que le mandat de l’Union devrait faire en sorte que les exigences puissent être alignées sur la législation européenne en vigueur dans ce domaine; |
| 30. | attend de l’Union et des États membres qu’ils promeuvent des dispositions solides en matière d’accès à la justice, y compris l’accès à des voies de recours judiciaires relevant des États, dans le cadre de l’IJC, conformément à leur engagement de protéger les victimes, de lutter contre l’impunité et de respecter les PDNU; |
| 31. | souligne qu’il est nécessaire que les dispositions de l’IJC relatives aux droits des victimes et des titulaires de droits précisent les moyens de garantir le droit à un accès à la justice équitable, adéquat, rapide, non discriminatoire, approprié et tenant compte de la dimension de genre, à des réparations individuelles ou collectives et à un recours effectif en cas de violations des droits de l’homme causées par des entreprises ou auxquelles elles contribuent; fait remarquer que cela devrait inclure le droit à un recours collectif, l’accès à l’aide juridictionnelle, le droit d’être entendu à tous les stades de la procédure, l’accès aux informations détenues par les entreprises telles que définies dans les juridictions concernées ainsi que la protection contre les mesures de représailles et la revictimisation; estime que des mécanismes permettant d’alléger la charge de la preuve pesant sur les victimes devraient être prévus dans le projet afin de faciliter le droit d’accès des victimes à une voie de recours; estime également que les États parties devraient permettre l’adoption de mesures provisoires ou conservatoires en cas d’urgence; |
| 32. | insiste sur le fait que l’IJC devrait inclure l’obligation pour les États parties de mettre en place un système complet et adéquat de responsabilité juridique qui réponde aux besoins des victimes, en ce qui concerne les voies de recours, et qui soit à la hauteur de la gravité des abus, tout en évitant de faciliter l’introduction de demandes de réparation abusives; insiste, en outre, sur le fait que l’IJC devrait définir les conditions dans lesquelles la responsabilité des entreprises peut être dûment établie pour les dommages dont elles sont responsables; |
| 33. | insiste sur le fait que l’IJC devrait s’attaquer aux obstacles pratiques et procéduraux auxquels sont confrontées les victimes d’abus commis par des entreprises lorsqu’elles cherchent à obtenir justice, notamment en prenant à bras-le-corps les difficultés rencontrées par les tribunaux pour se déclarer compétents dans diverses situations et en veillant à ce que les délais de prescription soient adéquats et ne soient pas indûment restrictifs; insiste sur l’importance d’accorder l’attention voulue aux personnes ou groupes vulnérables ou marginalisés dans ce contexte; |
| 34. | se félicite de la proposition de création d’un fonds international pour les victimes dans le cadre de l’IJC qui fournirait une aide juridique et financière aux victimes cherchant à accéder à des voies de recours; |
| 35. | insiste pour que l’IJC confère à la Conférence des parties des pouvoirs suffisants pour établir des mécanismes de contrôle de sa mise en œuvre et formuler des recommandations relatives à d’éventuelles mesures supplémentaires; estime que le comité créé dans le cadre de l’IJC devrait être habilité à recevoir et à examiner les communications et les plaintes émanant de personnes, de communautés ou de leurs représentants concernant des violations des droits de l’homme commises par des entreprises couvertes par l’IJC, qui seraient contraires aux dispositions de ce dernier, ou des violations commises par un État partie de l’un quelconque des droits énoncés dans l’IJC; |
| 36. | invite la Commission à renforcer le soutien financier et technique qu’elle accorde aux autorités nationales des pays tiers concernant les entreprises et les droits de l’homme, notamment i) en adoptant et en mettant en œuvre des plans d’action nationaux fondés sur les PDNU, ii) en élaborant des mécanismes non judiciaires, tels que des bureaux de médiateurs ou des points de contact nationaux, iii) en proposant des initiatives législatives visant à protéger les lanceurs d’alerte et à réglementer les activités commerciales au regard des droits de l’homme et des obligations liées à l’environnement et iv) en promouvant la fourniture aux victimes de voies de recours accessibles et efficace; encourage la Commission à soutenir davantage les organisations de la société civile dans ces domaines; ° ° ° |
| 37. | charge sa Présidente de transmettre la présente résolution au Conseil, à la Commission, au vice-président de la Commission/haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, au président du Conseil des droits de l’homme des Nations unies et au président du groupe de travail intergouvernemental à composition non limitée. |
(1) Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne, Improving access to remedy in the area of business and human rights at the EU level, 2017.
(2) Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne Business And Human Rights – Access To Remedy’, 2020.
(3) JO C 215 du 19.6.2018, p. 125.
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/5731/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
P10_TA(2024)0075 — Recommandation au Conseil sur les priorités de l’Union européenne pour la 69e session de la commission de la condition de la femme des Nations unies — Recommandation du Parlement européen du 19 décembre 2024 à l'intention du Conseil concernant les priorités de l’Union européenne pour la 69e session de la Commission de la condition de la femme (CSW) des Nations unies (2024/2057(INI))
19/12/2024
P10_TA(2024)0074 — Répression constante exercée contre la société civile et les médias indépendants en Azerbaïdjan, et le cas de Gubad Ibadoghlu, d'Anar Mammadli, de Kamran Mammadli, de Rufat Safarov et de Meydan TV — Résolution du Parlement européen du 19 décembre 2024 sur la répression constante exercée contre la société civile et les médias indépendants en Azerbaïdjan, et le cas de Gubad Ibadoghlu, d’Anar Mammadli, de Kamran Mammadli, de Rufat Safarov et de MeydanTV (2024/2994(RSP))
19/12/2024
P10_TA(2024)0073 — La situation des droits de l'homme au Kirghizstan, en particulier le cas de Temirlan Sultanbekov — Résolution du Parlement européen du 19 décembre 2024 sur la situation des droits de l’homme au Kirghizstan, en particulier le cas de Temirlan Sultanbekov (2024/2993(RSP))
19/12/2024
P10_TA(2024)0072 — La 11e année d'occupation de la République autonome de Crimée et de la ville de Sébastopol par la Fédération de Russie et la détérioration de la situation des droits de l’homme en Crimée occupée, notamment les cas d'Iryna Danylovych, de Tofik Abdulhaziiev et d'Amet Suleymanov — Résolution du Parlement européen du 19 décembre 2024 sur la 11e année d’occupation de la République autonome de Crimée et de la ville de Sébastopol par la Fédération de Russie et la détérioration de la situation des droits de l’homme en Crimée occupée, notamment les cas d’Irina Danilovich, de Tofik Abdoulgaziev et d’Amet Suleymanov (2024/2992(RSP))
19/12/2024