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AccueilDroit européen52024IR0424
Initiative législative52024IR0424

Avis du Comité européen des régions — Une transition juste pour toutes les régions de l’Union européenne

CELEX52024IR0424
TypeInitiative législative
Datemardi 8 octobre 2024

Résumé IA

Le Comité européen des régions souligne la nécessité d'adapter les politiques de transition écologique aux spécificités territoriales, en veillant à ce qu'aucune région ne soit laissée pour compte. Il préconise un renforcement des mécanismes de financement et de gouvernance pour accompagner les territoires les plus vulnérables aux mutations économiques et sociales. Cet avis invite les institutions européennes et les États membres à intégrer une dimension régionale plus marquée dans la mise en œuvre du Pacte vert pour l'Europe.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2024/7058

4.12.2024

Avis du Comité européen des régions — Une transition juste pour toutes les régions de l’Union européenne

(C/2024/7058)

Rapporteur

:

Marco MARSILIO (IT/ECR)

Président de la région des Abruzzes

I. RECOMMANDATIONS POLITIQUES

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS (CdR),

1.

rappelle que si elle n’est pas épaulée par des investissements appropriés, gérée correctement et soutenue par une forte propension à l’innovation et à la recherche industrielle, la transition énergétique, conjuguée avec les crises et tensions géopolitiques actuelles, peut entraîner des risques considérables pour la compétitivité et la résilience des économies européennes et menacer en particulier les secteurs industriels exposés à la concurrence internationale;

2.

souligne que si les défis et inquiétudes liés au changement climatique s’intensifient, le contexte géopolitique et économique mondial a aussi énormément changé depuis la proposition initiale de pacte vert pour l’Europe, de 2019; constate que l’invasion de l’Ukraine par la Russie, puis le conflit au Moyen-Orient, ont, d’une part, mis en évidence la nécessité pour l’Union de progresser vers plus d’indépendance énergétique et, d’autre part, affaibli la compétitivité industrielle et commerciale de l’Europe; se félicite par conséquent qu’en plus de s’attacher à réaliser la transition écologique, les gouvernements nationaux et les institutions européennes aient veillé avec une attention croissante à garantir la sécurité énergétique, laquelle implique aussi de sauvegarder les infrastructures critiques et d’évaluer les conditions économiques et sociales qui sous-tendent le processus de transition; dans ce contexte, confirme qu’il importe de maintenir les ambitions du pacte vert pour l’Europe mais met en avant qu’il doit aller de pair avec la compétitivité économique; appelle à mieux associer les collectivités locales et régionales à l’élaboration des politiques en matière de climat et d’énergie et, par là, à assurer une approche plus pragmatique et plus souple pour réduire la dépendance énergétique de l’Union européenne vis-à-vis du reste du monde et renforcer la compétitivité industrielle et commerciale de notre continent, garantissant ainsi une prospérité et un bien-être durables pour les Européens et les différents territoires dans toute l’Europe;

3.

fait observer que l’Union européenne fait face à une double transition, vers la numérisation et la décarbonation, qui, tout à la fois, induit d’énormes bouleversements et offre de nouvelles perspectives pour notre mode de vie et notre manière de travailler et d’entreprendre, tout en se conjuguant avec la crise démographique, laquelle constitue une grave menace pour la promotion des objectifs fixés par les traités en matière de cohésion économique, sociale et territoriale;

4.

relève que la transition ardue que l’Union accomplit vers une économie durable et climatiquement neutre lance des défis de plus en plus aigus aux régions, aux travailleurs, aux industries et à la société européenne au sens large. Dans les régions qui dépendent des combustibles fossiles et des industries à forte intensité énergétique, notamment, elle représente un enjeu de poids pour la base économique et sociale traditionnelle de nombreux territoires; il conviendrait de prendre cet aspect en considération lors de la prochaine période de programmation, en particulier dans le cadre de la future politique de cohésion, en mettant l’accent sur la nécessité impérieuse d’adopter des solutions de substitution durables et réalistes pour opérer la transition vers une économie de neutralité climatique et pour tirer parti des perspectives qu’elle ouvre et les soutenir de manière adéquate;

5.

note que la situation de départ n’est pas identique dans tous les territoires et qu’ils diffèrent en ce qui concerne les atouts, points faibles et capacités administratives qu’ils présentent pour affronter cette double transition; revendique dès lors des actions spécifiques et ciblées pour soutenir les zones les plus vulnérables, sur la base d’indicateurs neutres, définis au niveau européen, qui pourraient englober tous les types de difficultés liées à la transition, concernant les régions charbonnières jusqu’à celles de production automobile ou d’autres encore;

6.

demande d’établir des mécanismes d’aide ciblés à l’intention des régions moins développées, qui prennent spécifiquement en compte les problèmes qu’elles rencontrent et les possibilités qui s’offrent à elles dans le cadre de la double transition vers la numérisation et la décarbonation. Ces mécanismes devraient englober des programmes de formation sur mesure visant à renforcer les capacités administratives des acteurs locaux et à mieux les préparer à la transition, et il conviendrait de les élaborer en étroite concertation avec les autorités locales afin de s’assurer qu’ils répondent aux besoins spécifiques des régions concernées;

7.

fait valoir qu’il importe de prendre des mesures volontaristes pour atténuer les effets du changement climatique et la dégradation de l’environnement, eu égard aux pertes économiques et aux perturbations sociales qui résultent des catastrophes naturelles. Pareille démarche est capitale pour assurer une transition durable des industries, étant donné qu’il est primordial d’agir de manière déterminante pour éviter que l’économie et la société n’aient à subir des atteintes dévastatrices sur le long terme;

8.

fait remarquer que s’ajoutant à la problématique de la reconversion et de la diversification des régions concernées, qui sont déjà en transition, les pertes d’emplois dans les industries à forte intensité énergétique, telles que l’extraction de charbon, de tourbe et de lignite, la production à grande échelle ou l’obtention et la transformation de combustibles, constituent, en raison du nombre de personnes qui sont employées dans de telles activités, le défi le plus immédiat que ces territoires doivent relever, dès lors que leur mutation, qui a d’ores et déjà produit un impact considérable sur leur vie économique, ne sera pas achevée d’ici à 2027; dans ce contexte, observe que les technologies liées aux énergies renouvelables deviennent un secteur d’investissement et d’emploi dynamique, qui aboutit aussi à créer des postes dans des branches d’activité connexes, comme la construction et l’industrie manufacturière;

9.

met en évidence qu’il importe d’intégrer, dans les plans de transition des industries à forte intensité énergétique, des initiatives en matière de reconversion et de perfectionnement professionnels, lesquelles devraient prévoir des partenariats entre des établissements d’enseignement et des centres de formation professionnelle afin que les travailleurs qui ont perdu leur emploi à cause de la transition soient en mesure d’acquérir des compétences et qualifications pertinentes. Il convient d’accorder une attention particulière à la création de parcours grâce auxquels les jeunes puissent intégrer les secteurs et industries écologiques émergents, en veillant à les doter des compétences nécessaires pour réussir sur un marché du travail en mutation;

10.

réaffirme qu’il est opportun de promouvoir une approche de la transition fondée sur la neutralité technologique, ayant pour axe central les technologies à faibles émissions de carbone et renouvelables qui sont disponibles, ainsi que sur la stimulation des investissements dans l’économie circulaire, en mesure de combiner protection de l’environnement, sécurité d’approvisionnement, ainsi que compétitivité et résilience des territoires; renouvelle son invitation à prendre en considération le rapport entre le coût et l’efficacité desdites technologies, ainsi qu’à tenir compte de la neutralité technologique, pour parvenir à réduire ou absorber les émissions de gaz à effet de serre que les régions produisent et à renforcer leur résilience, de manière à ce qu’elles emploient celles qui sont les plus indiquées et les mieux adaptées à leurs besoins tout en préservant un système énergétique qui soit stable, fiable et diversifié et dont les coûts demeurent supportables pour les citoyens (1);

11.

soutient qu’il est prioritaire d’adopter une approche intégrée et progressive dans le cadre des politiques de transition énergétique; réclame dès lors qu’il soit procédé à une évaluation des délais optimaux et des ressources économiques supplémentaires qui sont nécessaires pour atteindre les objectifs fixés en la matière, y compris pour les énergies renouvelables;

12.

estime que cette approche donnera aux entreprises, aux consommateurs et aux filières industrielles concernées une prévisibilité qui les mettra en mesure de planifier leur action et de s’adapter de manière durable, tout en réduisant au maximum les incidences négatives sur l’appareil de production européen qui pourraient bouleverser et remettre en cause les règles du marché;

13.

considère que la transition énergétique, si elle est gérée et pilotée de manière équilibrée, par des synergies entre les secteurs public et privé, peut offrir des perspectives d’innovation et de développement compétitif à l’industrie européenne, laquelle devra nécessairement affronter la concurrence des autres économies mondiales;

14.

attire l’attention sur la nécessité d’investir dans des évaluations d’impact territorial ex ante et des analyses de durabilité qui apportent effectivement la démonstration des avantages sociaux, environnementaux et économiques découlant de la transition;

15.

juge qu’il est essentiel de considérer les émissions de l’Europe dans un contexte global et réaffirme qu’il importe de continuer à collaborer au niveau international pour lutter efficacement contre le changement climatique, en se gardant de toute tendance isolationniste. En matière de réduction des émissions, l’Europe joue, à l’échelle mondiale, un rôle moteur qui ne doit cependant pas mettre en péril ses capacités industrielles;

Recenser les instruments de financement appropriés afin d’assurer une transition juste pour toutes les régions de l’Union européenne

16.

rappelle dans ce contexte qu’il a déjà demandé que le champ d’application du Fonds pour une transition juste 2021-2027 soit élargi afin d’inclure d’autres secteurs en transition, ainsi que les régions qui, de par leurs caractéristiques socio-démographiques et leur structure productive, affichent, pour ce qui est de la production rapportée à la consommation, un rapport très faible, aboutissant à les rendre largement déficitaires, ces situations de fait devant être prises en compte si l’on veut garantir une résilience énergétique effective des collectivités régionales européennes; relève en outre que la transition des régions actuellement couvertes par ce fonds n’est pas terminée et qu’elles continueront à avoir besoin d’un soutien différencié à l’avenir; demande, à cet égard, que la question d’une transition juste devienne une composante essentielle d’une politique de cohésion réformée, qui se concentre sur l’anticipation du changement, afin de soutenir les régions confrontées à la transformation des industries qui sont les plus stratégiques, énergivores, très émettrices de gaz à effet de serre et à forte intensité de main-d’œuvre, y compris en ce qui concerne la mutation de l’industrie automobile et du secteur de l’approvisionnement en composants;

17.

invite la Commission à atténuer, dans le prochain cadre financier pluriannuel (CFP) pour l’après-2027, la situation de morcellement que présentent les fonds et à préciser davantage le champ d’application de chaque politique et des instruments de financement afférents; souligne que tout éventuel fonds de l’Union qui, dans le futur, serait destiné à soutenir la compétitivité de l’industrie européenne devrait reposer sur une approche territorialisée, et est favorable à ce que tous les fonds participant au financement des stratégies de transition juste aient pour bases une approche stratégique commune, des données et des analyses de qualité actualisées et la pleine participation des parties prenantes au processus;

18.

met en évidence la complexité que présentent les procédures d’approbation des plans pour une transition juste et fait remarquer que la majorité des régions éprouvent des difficultés à planifier et exécuter les projets en temps utile, étant donné que la majeure partie du financement total disponible au titre de la facilité pour la reprise et la résilience a été programmée pour la période 2021-2023, n’offrant ainsi que peu de possibilités de mettre en œuvre des projets de manière viable vers la fin de la période de programmation; déplore que les programmes nationaux modifiés, à la suite de l’introduction de REPowerEU, soient toujours en cours d’évaluation par la Commission européenne, qu’il incite dès lors à envisager un report de la date limite de dépense en ce qui concerne les ressources du Fonds pour une transition juste qui sont financées par Next Generation EU;

19.

insiste sur l’importance que revêtent d’autres instruments susceptibles de contribuer à une transition juste, tels que les aides d’État et les programmes nationaux, et renvoie dans ce contexte aux propositions que le rapport Letta a exposées pour atténuer les éventuelles atteintes à l’égalité des conditions de concurrence au sein du marché unique;

20.

fait observer que le mécanisme pour une transition juste (MTJ) a été conçu comme un instrument de portée plus limitée que les Fonds structurels traditionnels, et que certains de ses objectifs coïncident avec ceux, par exemple, du Fonds européen de développement régional (FEDER) et du Fonds social européen plus (FSE+); signale par conséquent que le Fonds pour une transition juste pourrait être intégré, dans le cadre des mêmes règlements, au FEDER ou au FSE+ en tant que dotation supplémentaire, de nature spécifique et différenciée, pour les régions qui en ont besoin, à condition que son enveloppe financière reste inchangée ou soit augmentée, de manière à ce qu’il ne perde pas sa spécificité et ses caractéristiques et qu’il puisse contribuer ainsi à éviter la perte de compétitivité industrielle des territoires concernés et favoriser la reconversion et le perfectionnement professionnels des travailleurs dans des régions en transition;

21.

note qu’une autre innovation du mécanisme pour une transition juste consiste à combiner en un seul dispositif diverses modalités de gestion, en l’occurrence partagée, directe et indirecte, et à créer un nouveau fonds, à savoir le Fonds pour une transition juste, et que cette particularité a posé certaines difficultés pour concilier les différents calendriers, les processus et les parties prenantes; préconise dès lors que tout futur mécanisme, plutôt que de partir de zéro, s’appuie sur les systèmes et la gouvernance mis en place au cours de la période 2021-2027 et en tire des enseignements, et que soit également envisagée la possibilité de renoncer à l’un ou l’autre volet dudit mécanisme s’il s’avère trop lent ou produit des doublons; fait valoir que la proposition visant à intégrer le futur Fonds pour une transition juste aux règlements FEDER et FSE+ est susceptible de remédier à certains de ces problèmes;

22.

réclame que soit mise en œuvre, dans la prochaine programmation des fonds destinés à une transition juste, une composante sociale et démographique plus affirmée, prévoyant une large participation des partenaires sociaux et régionaux, et recommande que l’approche ascendante y soit maintenue à titre d’élément principal, étant donné que chaque région forme un écosystème socio-économique spécifique;

23.

appelle la Commission européenne à présenter une proposition afin d’assurer une politique de cohésion robuste pour l’avenir, laquelle devra inclure un volet de transition conséquent et des allocations «bonus», en sus de celles allouées normalement par cette politique, pour soutenir les régions en transition qui sont dépendantes de secteurs industriels stratégiques fortement émetteurs de gaz à effet de serre et à haute concentration de main-d’œuvre spécialisée, comme, entre autres, l’industrie automobile;

Garantir la résilience énergétique de l’Union européenne

24.

fait observer qu’atteindre l’objectif commun de zéro émission nette d’ici à 2050, faire face à la crise énergétique actuelle et renforcer la sécurité de l’Union en matière d’énergie constituent des démarches qui vont de concert, en particulier lorsqu’il s’agit de protéger les infrastructures critiques; réitère que le développement des sources d’énergie renouvelables de l’Union et les interconnexions transfrontalières entre les réseaux énergétiques de ses États membres représentent des étapes essentielles à cet égard;

25.

reconnaît l’importance des réseaux de distribution d’électricité, qui constituent un élément essentiel pour soutenir la transition. Compte tenu de l’utilisation croissante de l’électricité dans différents secteurs, il est crucial de garantir que les réseaux de distribution soient plus résilients, de par leur capacité à résister au changement climatique et aux conditions d’exploitation extrêmes. Dans ce contexte, le Comité met l’accent sur l’importance que la capacité d’absorption des réseaux et leur numérisation revêtent pour qu’il soit possible d’intégrer plus efficacement les sources d’énergie renouvelables et d’accroître la fiabilité du service de fourniture énergétique;

26.

met en avant qu’il importe de promouvoir la production d’énergie renouvelable, en particulier en recourant, pour la produire, à des systèmes énergétiques décentralisés et locaux. Cette approche a pour effet de renforcer la sécurité dans ce même domaine énergétique et d’ouvrir de nouvelles perspectives économiques, qui profiteront tout spécialement aux zones rurales, et elle confère aux citoyens les moyens de contrôler davantage les sources et les prix de leur énergie, tout en ayant part aux bénéfices dégagés;

27.

rappelle avoir déjà demandé que soit garantie la liberté de choix des trajectoires de décarbonation au niveau local, du point de vue des technologies et des politiques retenues, ainsi que dans une perspective démocratique (2); fait valoir qu’il importe de rendre possible et de promouvoir le recours à un éventail varié de solutions, tenant compte des évolutions technologiques et de la diversité des conditions qui prévalent dans les régions de l’Union européenne au regard du climat, de la géographie, des infrastructures ou des systèmes énergétiques (3). Conformément au principe de neutralité technologique, la Commission européenne devrait promouvoir la concurrence technologique, centrée sur les technologies faiblement émettrices de carbone et renouvelables qui sont disponibles, ainsi que des solutions de substitution pour les zones rurales et isolées, telles que les biocarburants avancés (4), dont le bilan carbonique doit être neutre de la production à l’utilisation, le but poursuivi étant que les collectivités locales et régionales, qui jouent un rôle central s’agissant de concevoir, mettre en œuvre, financer et contrôler des démarches intégrées et globales, puissent effectuer leur choix parmi toutes les technologies disponibles pour procéder à la décarbonation. Le Comité estime en outre que les technologies faiblement émettrices de carbone et renouvelables sont susceptibles de contribuer à favoriser une innovation rapide, des résultats équitables et une action coordonnée entre les différents secteurs, bien qu’elles ne puissent, en l’état actuel des choses, être considérées comme la seule solution pour fournir de l’énergie de manière sûre et fiable et qu’elles nécessitent encore un surcroît d’investissements;

28.

est d’avis qu’il importe de renforcer les systèmes de stockage de l’énergie, tels que les centrales de pompage-turbinage, entre autres exemples, afin d’éviter la congestion des réseaux et de garantir que celui assurant la fourniture d’électricité conserve sa stabilité et sa continuité lorsqu’il intègre des sources d’énergie renouvelables qui sont sujettes à des variations de production; insiste sur l’importance que revêt la recharge bidirectionnelle et appelle à promouvoir le déploiement accéléré des bornes de recharge; souligne en outre que la création d’une économie de l’hydrogène renouvelable peut contribuer à l’intégration du bouquet énergétique et à la décarbonation des activités industrielles à forte intensité d’énergie, des transports lourds et des zones urbaines, tout en offrant de nouvelles possibilités d’emploi, en particulier dans les régions et villes dont l’empreinte carbonique est élevée;

Créer les conditions d’une transition juste pour les industries à forte intensité énergétique de l’Union européenne

29.

met en évidence que la décision de parvenir à la neutralité climatique dans l’Union d’ici à 2050 produit des effets asymétriques sur les territoires, en particulier dans les régions d’implantation d’industries et autres secteurs à forte intensité énergétique, où elle entraîne des pertes d’emplois et oblige à changer radicalement de modèle d’économie et de développement. Ces mutations structurelles doivent donner lieu à un soutien spécifique de l’Union européenne, qui vise à garantir une transition juste, tout en prévoyant aussi de continuer à épauler les régions actuellement en transition;

30.

observe qu’une transition en matière d’énergie et de mobilité qui soit novatrice et opérante doit reposer sur la maturité commerciale des produits concernés, lesquels n’ont pas encore déployé totalement leur potentiel de développement; souligne qu’une recherche industrielle et orientée vers la pratique constitue un maillon essentiel dans la chaîne de développement qui aboutit à la validation des innovations et à leur commercialisation, et met l’accent sur l’importance qu’une recherche organisée en réseaux internationaux revêt pour qu’il soit possible d’apporter des réponses à un écheveau de crises complexes;

31.

rappelle la situation de vulnérabilité dans laquelle se trouvent les régions dont les systèmes énergétiques sont isolés et ne peuvent être raccordés au réseau européen, comme il en va de certaines îles et des régions ultrapériphériques, qui dépendent de l’extérieur et ont besoin d’investissements pour pouvoir mener à bien leur transition vers de nouvelles formes d’énergie propre; réitère qu’en prenant en considération leurs besoins spécifiques, reconnus aux articles 174 et 349 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, il y a lieu de leur accorder un soutien particulier, eu égard aux graves difficultés socio-économiques qu’elles doivent affronter du fait du processus de transition vers les valeurs cibles de l’Union pour 2030 en matière d’énergie et de climat et vers une économie de l’Union neutre pour le climat à l’horizon 2050; réclame en outre que pour ces territoires, la réglementation relative à la réduction des émissions d’ici à 2030 et à la neutralité climatique à l’horizon 2050 fasse l’objet d’une analyse d’impact globale;

32.

acte que l’Europe a fait de la réduction significative des émissions des voitures particulières une pierre angulaire de sa stratégie climatique qui, en interdisant la vente de nouveaux véhicules équipés de moteurs à combustion interne à compter de 2035, soumet l’industrie automobile européenne à des transformations aussi rapides qu’exigeantes; fait observer que le développement des biocarburants à bilan climatiquement neutre qui sont issus de biodéchets représente une piste prometteuse pour accélérer le processus de décarbonation et que l’Union européenne ne peut se permettre de l’ignorer, compte tenu notamment de leur bonne compatibilité avec les moteurs à combustion interne. Eu égard à leur procédé de production, les biocarburants de nouvelle génération, qui doivent présenter une neutralité climatique, de leur production à leur utilisation, donnent la possibilité de convertir les biodéchets en une source d’énergie renouvelable et, par là, contribuent à faire baisser les émissions de carbone, offrent une solution de substitution durable aux carburants traditionnels et évitent une perte de biodiversité ou une augmentation de la pollution. L’utilisation qui est faite de ces mêmes biodéchets a par ailleurs pour effet qu’il devient moins nécessaire de consacrer des terres agricoles à la production de biocarburants et atténue ainsi la consommation de sols. Le Comité réitère l’appel que Mario Draghi a lancé dans son «Rapport sur l’avenir de la compétitivité européenne» (5), estimant qu’il convient, lors de la révision des règlements sur les émissions de CO2 du parc automobile et sur le déploiement d’une infrastructure pour carburants alternatifs, d’adopter une approche technologiquement neutre, de faire le point sur les évolutions du marché et des technologies et d’envisager de procéder à une évaluation du potentiel et de la compétitivité des carburants neutres en carbone;

33.

fait valoir, comme le souligne également le rapport Draghi (6) , que la bonne santé du secteur automobile revêt une importance fondamentale pour l’économie de l’Union, étant donné qu’il fournit des emplois, directs ou indirects, à 13,8 millions d’Européens et représente 7 % de son produit intérieur brut (7); se félicite dès lors que la Commission impose des droits compensateurs provisoires sur les importations de véhicules électriques à batterie en provenance de la Chine, en réaction à des subventions d’État déloyales que ce pays lui octroie et qui sont susceptibles, tout à la fois, de menacer la pérennité de ce secteur qui est crucial pour l’Europe et de compromettre la souveraineté technologique de celle-ci;

34.

signale que le développement des biocarburants climatiquement neutres qui sont issus de biodéchets offre une voie avantageuse pour accélérer le processus de décarbonation et que l’Union européenne ne peut se permettre de l’ignorer, compte tenu notamment de leur bonne compatibilité avec les moteurs à combustion interne. Eu égard à leur procédé de production, les biocarburants de nouvelle génération donnent la possibilité de convertir lesdits biodéchets en une source d’énergie renouvelable et, par là, contribuent à faire baisser les émissions de carbone et offrent une solution de substitution durable aux carburants traditionnels. L’utilisation qui est faite de ces mêmes biodéchets a par ailleurs pour effet qu’il devient moins nécessaire de consacrer des terres agricoles à la production de biocarburants et atténue ainsi la consommation de sols;

35.

indique qu’en raison de différents problèmes en lien avec la production et le marché, les constructeurs automobiles européens pourraient éprouver des difficultés pour que leurs flottes atteignent les objectifs plus stricts en matière d’émissions de CO2, en l’occurrence de 93,6 grammes par kilomètre au lieu de 115,1, qui doivent entrer en vigueur en 2025; presse la Commission européenne d’envisager, d’une part, d’adopter une approche plus progressive, de manière à ménager davantage de temps pour réunir les conditions nécessaires afin de stimuler la production de véhicules à émissions nulles et à donner à ces mêmes constructeurs les moyens de surmonter la baisse que la part de marché de ces modèles enregistre actuellement, et, d’autre part, de soumettre la législation afférente à une révision anticipée, dès 2025, afin qu’ils disposent d’un délai d’adaptation suffisant;

36.

attire l’attention sur un autre facteur de risque, lié quant à lui au contrôle substantiel exercé par la Chine sur les chaînes d’approvisionnement qui participent à la transition énergétique, puisque les parts de marché que ce pays détient atteignent quelque 80 % dans le secteur du photovoltaïque et 76 % dans celui des batteries, laissant présager, pour le système énergétique de l’Union européenne, l’apparition d’une nouvelle dépendance, concernant cette fois l’approvisionnement en technologies vertes, en lieu et place de celle dont elle pâtissait traditionnellement à l’égard des combustibles fossiles. Il convient qu’elle se donne pour priorité de créer sa propre chaîne d’approvisionnement en matières premières, en investissant dans des pratiques durables et dans la circularité des matières critiques, et de réduire ainsi considérablement les coûts supportés par les consommateurs, de manière à ne pas risquer de dépendre presque exclusivement des importations en provenance de pays tiers. Le Comité insiste sur l’importance que le commerce équitable et des normes environnementales élevées revêtent dans les accords commerciaux avec ces pays;

37.

réaffirme la nécessité de promouvoir et de favoriser les investissements destinés à accroître la compétitivité, la durabilité et la résilience des filières industrielles européennes en ce qui concerne l’approvisionnement en matières premières critiques qui sont extraites de déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE), afin d’éviter tout impact environnemental sur les territoires qui disposent de telles ressources ou qui accueillent des installations d’élimination finale de ces déchets. Dans le même temps, il importera de veiller au respect des droits environnementaux et sociaux de la population dans les pays exportateurs de matières premières critiques;

38.

invite en outre Eurostat à estimer, tout à la fois, les pertes nettes d’emplois et le potentiel de création de postes de travail dans les technologies vertes, les énergies renouvelables et les innovations technologiques, tels qu’ils résulteront de la transition écologique et numérique dans l’ensemble des secteurs et industries, par exemple dans celui de la fabrication automobile; encourage la Commission à présenter une proposition qui garantisse que l’impératif de la transition juste continue à être pris en compte durant la prochaine période de programmation et qui prévoie une dotation suffisante, ainsi que des fonds supplémentaires, pour soutenir les régions confrontées à la transformation des industries qui sont de la plus haute importance stratégique, énergivores, très émettrices de gaz à effet de serre et à forte intensité de main-d’œuvre, dont celle de l’automobile et le secteur de l’approvisionnement en composants;

39.

demande qu’au cours de la prochaine période de programmation, les fonds alloués au titre de la transition juste soient assortis de taux attrayants de cofinancement par l’Union, afin de ne pas faire peser une charge excessive sur les finances publiques des régions en transition qui font appel à ces ressources;

40.

note à cet égard qu’en vertu du règlement (UE) 2023/851 du Parlement européen et du Conseil (8), la Commission est juridiquement tenue de présenter, d’ici la fin décembre 2025, un rapport d’étape qui recensera les progrès réalisés afin d’assurer une transition juste dans les régions les plus touchées par la transformation des chaînes d’approvisionnement de l’industrie automobile, en examinant les déficits de financement en la matière et en formulant des propositions de mesures financières adéquates, et affirme qu’elle devrait accomplir cette mission en étroite coopération avec l’Alliance des régions de production de véhicules automobiles qu’il a lui-même mise en place;

41.

considère que les plans de transition juste pour les régions en transition devraient suivre, de manière cohérente, une approche territorialisée et être gérés par les autorités compétentes sur la base des principes de partenariat et de gouvernance à plusieurs niveaux, et qu’ils se doivent d’encourager une démarche interrégionale et transnationale au sein de la coopération transfrontalière entre les régions en transition;

42.

accueille favorablement l’initiative prise par la Commission européenne de créer un observatoire européen de la transition équitable, en ce qu’elle pose ainsi un premier jalon pour fournir des données et éléments probants d’une haute importance aux fins d’évaluer le défi que représente la transition; met néanmoins en avant que cette structure n’a pour l’instant adopté que dans une mesure restreinte l’approche territoriale qui est nécessaire pour appréhender l’ampleur de cette mutation au niveau local et régional; incite par conséquent à insister résolument sur la réalisation d’une cartographie de la transition juste, en étroite coopération avec tous les services de la Commission compétents en la matière, ainsi que sur l’insertion des travaux dudit observatoire dans la plateforme pour une transition juste, qui a déjà été constituée;

43.

constate que l’industrie chimique et toutes les autres activités en transition, comme celles qui touchent à la transformation des secteurs industriels les plus stratégiques, présentant une forte intensité de consommation d’énergie et d’émissions de gaz à effet de serre et employant une main-d’œuvre abondante, sont capables de relever efficacement les défis sociétaux qui se posent à l’Europe grâce à des solutions durables et novatrices, pour autant que leur déploiement économique s’articule avec le développement territorial;

44.

estime dès lors qu’il est prioritaire, dans le processus de transition, de soutenir la gouvernance à plusieurs niveaux, qui constitue une condition essentielle pour conjuguer efficacement les buts et les objectifs de la stratégie de l’Union en matière de produits chimiques avec la relance verte de l’économie européenne;

45.

lance un appel à la Commission pour que le secteur de l’agriculture et de l’élevage soit inclus parmi ceux que le mécanisme pour une transition juste doit prendre en considération. Le changement climatique et les mutations géopolitiques, tout comme l’adoption de modes de vie sains, conditionnent inévitablement l’évolution que cette branche d’activité, d’une importance vitale pour l’économie européenne, effectue vers une production d’une plus grande durabilité, qui doit s’attacher à promouvoir des productions durables et typiques de nature locale. Ce processus requiert des investissements technologiques, ainsi que des ressources financières considérables aux fins de la formation des travailleurs, qu’il n’est pas possible de dégager uniquement au sein des programmes régionaux de développement rural. L’agriculture extensive et celle de type biologique doivent faire partie intégrante de cette mutation;

46.

relève que les investissements dans la numérisation sont essentiels pour assurer la compétitivité des industries et des petites et moyennes entreprises européennes dans le futur;

47.

appelle les collectivités locales et régionales à examiner, à brève échéance, s’il est possible de réviser à mi-parcours les programmes de la politique de cohésion 2021-2027 afin de soutenir la transition des secteurs à forte intensité énergétique, et exhorte la Commission européenne à dispenser le soutien nécessaire pour procéder aux ajustements qui s’imposent;

48.

fait remarquer que dans son état actuel, le mécanisme pour une transition juste est mis en œuvre tant par des subventions que par des instruments financiers; pose que compte tenu des forts besoins de financement en rapport avec la transition juste, il restera essentiel de conserver une approche qui utilise au maximum des outils novateurs pour la financer et encourage la participation du secteur privé en la matière, tout en autorisant à recourir aux subventions pour les investissements qui ne génèrent pas de recettes ou d’économies;

Atténuer l’incidence de la transition sur les citoyens

49.

estime nécessaire de développer une consommation de l’énergie qui passe par la diffusion de technologies renouvelables domestiques et de communautés énergétiques locales, afin d’associer les citoyens au processus de transition;

50.

fait valoir qu'il y a lieu d’élaborer un plan de transition énergétique pour les ménages les plus vulnérables, lesquels, dans le processus de transition, risquent de pâtir gravement des coûts élevés des modèles énergétiques durables;

51.

souligne qu’il est primordial de veiller à ce que dans cette transition, personne ni aucun territoire ne soit laissé de côté, étant entendu qu’il convient, à cette fin, de promouvoir des solutions locales et d’encourager la participation active des citoyens afin de réaliser les objectifs climatiques et de renforcer tout à la fois la résilience et la participation démocratique;

52.

met en évidence que pour être efficace, la transition énergétique doit s’appuyer sur des compétences techniques spécifiques, de sorte qu’il est nécessaire de passer au crible d’une analyse critique la formation qui est actuellement dispensée aux jeunes intégrant le monde du travail et aux travailleurs qui doivent y opérer une reconversion, et insiste sur la nécessité de promouvoir les contenus et les spécialisations qui, bien que figurant déjà dans la palette des formations proposées par les établissements d’enseignement supérieur, les instituts technologiques et les universités, ne sont pas encore dûment mis en œuvre et soutenus d’une manière concrète et opérante;

53.

demande d’octroyer une dotation supplémentaire à des fonds existants afin de soutenir les jeunes dans les régions moins développées. Cette enveloppe devrait fournir des subventions et des incitations aux établissements d’enseignement afin qu’ils proposent des programmes de formation spécialisés dans le domaine des technologies vertes et des pratiques durables. Elle apporterait par ailleurs un soutien en matière de stages, de places d’apprentissages et de possibilités d’évolution de carrière dans les secteurs verts afin que les jeunes soient parés à assumer les emplois de demain et puissent contribuer efficacement à la transition écologique.

Bruxelles, le 8 octobre 2024.

Le président

du Comité européen des régions

Vasco ALVES CORDEIRO


(1) Avis du Comité européen des régions sur le thème «COP 28 de la CCNUCC: le rôle des collectivités infranationales pour garder le cap de l’ambition climatique» (JO C, C/2023/1323, 22.12.2023, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2023/1323/oj).

(2) Avis du Comité européen des régions sur le thème «Accroître l’ambition climatique de l’Europe à l’horizon 2030 en vue de la COP26» ( JO C 440 du 29.10.2021, p. 25).

(3) Avis du Comité européen des régions sur le thème «Accroître l’ambition climatique de l’Europe à l’horizon 2030 en vue de la COP26» ( JO C 440 du 29.10.2021, p. 25).

(4) Avis du Comité européen des régions sur le thème «Vers des transports routiers à émissions nulles: déploiement des infrastructures nécessaires à l’utilisation de carburants alternatifs et renforcement des normes de performance en matière d’émissions de CO2» ( JO C 270 du 13.7.2022, p. 38).

(5) https://commission.europa.eu/topics/strengthening-european-competitiveness/eu-competitiveness-looking-ahead_en?prefLang=fr.

(6) https://commission.europa.eu/topics/strengthening-european-competitiveness/eu-competitiveness-looking-ahead_en?prefLang=fr.

(7) Étude de la commission COTER «State of play and future challenges of automotive regions» («État des lieux et enjeux pour l’avenir des régions automobiles»), 2024.

(8) Règlement (UE) 2023/851 du Parlement européen et du Conseil du 19 avril 2023 modifiant le règlement (UE) 2019/631 en ce qui concerne le renforcement des normes de performance en matière d’émissions de CO2 pour les voitures particulières neuves et les véhicules utilitaires légers neufs conformément à l’ambition accrue de l’Union en matière de climat ( JO L 110 du 25.4.2023, p. 5 ).


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/7058/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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