| CELEX | 52024IR1173 |
| Type | Initiative législative |
| Date | mercredi 9 octobre 2024 |
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2024/7062 | 4.12.2024 |
Avis du Comité européen des régions — L’évolution démographique en Europe: une panoplie d’instruments d’action
(C/2024/7062)
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RECOMMANDATIONS POLITIQUES
LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS (CdR),
Observations générales
| 1. | estime qu’au niveau régional, il n’a pas été observé ces dernières années de modification au niveau des tendances démographiques à long terme, qui se sont même souvent intensifiées, notamment s’agissant du vieillissement de la population, de l’exode des jeunes, de l’écart de fécondité, des faibles taux de fécondité et de natalité et de la fracture démographique entre les zones urbaines et rurales, fruit du dépeuplement de ces dernières. Les régions doivent donc s’adapter à ces tendances et tout mettre en œuvre pour atténuer au moins leurs effets négatifs. La migration est un facteur significatif de l’évolution démographique en Europe. En 2022, 5,1 millions de migrants sont arrivés dans l’Union en provenance de pays tiers et 1,5 million de personnes résidant auparavant dans un État membre de l’Union ont migré vers un autre État membre (1); |
| 2. | considère que l’incidence prévue de l’évolution démographique sur l’économie sociale de marché de l’Union européenne continue d’inclure une diminution de la population en âge de travailler, le vieillissement de la population, une pression accrue sur les budgets publics et une augmentation des disparités territoriales, en raison du dépeuplement, de la «fuite des cerveaux» et de la difficulté qu’il y a à les faire revenir; |
| 3. | souligne qu’en 2023, il a été estimé que 82 régions étaient tombées ou risquaient de tomber dans un piège de développement des talents (2) et qu’en 2020, dans l’Union, un sixième de l’ensemble des régions enregistrait une diminution de la population (3). Ces évolutions soulignent qu’il est urgent de mettre en place des politiques de développement durable pour soutenir des collectivités rurales dynamiques, bien intégrées et résilientes, qui répondent aux besoins de leurs habitants actuels et potentiels souhaitant fonder une famille; reconnaît cependant que certaines îles, villes et régions métropolitaines connaissent une forte croissance démographique et sont confrontées au défi d’une surpopulation entraînant une forte pression sur le territoire, les ressources et les services publics; |
| 4. | souligne qu’en 2020, le nombre moyen de naissances par femme était de 1,5, ce qui est nettement inférieur à la valeur de 2,1 nécessaire pour maintenir une population stable (4), et que l’âge moyen des femmes à la naissance du premier enfant a augmenté pour atteindre 29,7 ans en 2021 (5), tandis que la proportion des ménages avec enfants a généralement diminué dans l’Union au cours des dernières années (6). En 2022, l’indice synthétique de fécondité s’élevait à 1,46 naissance vivante par femme, presque la moitié des enfants étaient nés de femmes qui accouchaient pour la première fois, tandis que 22 % l’étaient de femmes nées dans un pays autre que celui de la déclaration de naissance, que ce soit un État membre de l’Union ou un pays tiers. Les jeunes ont de plus en plus tendance à reporter la décision de fonder une famille ou à en limiter la taille. La complexité de la question est illustrée par le constat qu’une proportion non négligeable de femmes, notamment celles qui sont hautement qualifiées, signalent qu’elles souhaiteraient avoir plus d’enfants qu’elles n’en ont dans les faits; ce décalage est déterminé par des facteurs tels que la difficulté de concilier les responsabilités professionnelles et familiales, l’insécurité économique et sociale liée aux perspectives d’emploi, au coût de la vie et du logement, ou encore les inégalités persistantes entre hommes et femmes (7); |
| 5. | souligne que le taux d’emploi des personnes âgées de 15 à 29 ans reste extrêmement bas dans l’Union européenne, à 49,7 % en 2023 pour les hommes et les femmes, et qu’en 2022, 12,5 % des femmes et 10,1 % des hommes dans la tranche d’âge des 15-29 ans dans l’Union ne travaillaient ni ne suivaient d’études ou de formation (NEET) (8); relève que le taux d’emploi des femmes est inférieur à celui des hommes dans tous les États membres de l’Union et que de surcroît, la différence entre ces deux taux varie fortement d’un pays européen à l’autre; met en outre l’accent sur le fait que si, en situation d’emploi, les revenus des femmes et des hommes âgés d’une vingtaine ou d’une petite trentaine d’années stagnent ou diminuent par rapport aux générations précédentes, ils disposeront de moins de ressources pour fonder une famille, de sorte que, conformément à l’avis du CdR sur la garantie pour la jeunesse (9), une attention spécifique devrait être accordée au soutien des jeunes lors de leur passage de l’école à la vie active afin de leur procurer une stabilité économique et professionnelle précoce, étant donné que la réussite de cette transition est déterminante pour l’intégration sociale et professionnelle, elle-même essentielle pour qu’ils disposent des moyens et de la possibilité d’avoir des enfants; |
| 6. | souligne que selon les prévisions de la division de la population des Nations unies, la population européenne devrait diminuer à partir de 2030; dans ce contexte, fait valoir que maintenir la croissance économique en Europe, avec une population en déclin et vieillissante, constituera un défi croissant; note que, compte tenu d’un taux de dépendance des personnes âgées qui passerait de 33 % à 60 % d’ici à 2100, l’accroissement de la participation des femmes au marché du travail pourrait contribuer à réaliser l’objectif de l’Union concernant le taux d’emploi à l’horizon 2030 et être l’une des solutions les plus efficaces pour faire face aux conséquences négatives du vieillissement (10), tout comme la migration légale et l’intégration effective de ressortissants de pays tiers qui pourraient également atténuer les pressions sur le marché du travail; relève que, pour parvenir à augmenter ce taux de participation, il est nécessaire de prendre une série de mesures, s’agissant, par exemple, de lutter contre l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes, de garantir que les services d’accueil de la petite enfance et de prise en charge des personnes âgées soient accessibles et financièrement abordables ou que les tâches non rémunérées relevant du ménage ou des soins soient équitablement réparties; demande instamment une utilisation ciblée des ressources de l’Union pour soutenir les régions où le chômage des jeunes est élevé; |
| 7. | insiste sur le fait que toutes les mesures et politiques recommandées dans le présent avis doivent respecter pleinement la liberté des femmes à disposer de leur corps, indépendamment de leur situation sociale, économique ou familiale. Les politiques démographiques ne doivent en aucun cas imposer des restrictions aux droits des femmes ou compromettre leur autonomie corporelle ni leur santé mentale et elles doivent protéger les droits génésiques des femmes de manière globale, en garantissant également un accès universel à des services de soins de santé sûrs et à un traitement respectueux; |
Nécessité d’une réponse politique cohérente à tous les niveaux de gouvernance
| 8. | constate que les régions européennes répondent aux défis démographiques par de multiples mesures favorables à la vie de famille afin de stimuler la croissance et la création d’emplois, des politiques de soutien aux familles dans toute leur diversité, y compris les parents qui élèvent seuls leurs enfants, ainsi que des mesures visant à concilier vie professionnelle et vie familiale — au moyen de politiques destinées à maintenir les établissements d’enseignement dans les régions, en particulier dans les zones rurales — et à faire revenir et retenir les talents, ainsi que par des politiques garantissant l’égalité des chances entre les femmes et les hommes; encourage l’utilisation des fonds de l’Union afin de renforcer les capacités locales pour faire face avec efficacité aux mutations démographiques; |
| 9. | encourage les régions européennes à continuer de répondre à ces défis, à s’y adapter et à saisir les possibilités ouvertes par l’évolution démographique, telles que celles liées à l’«économie des seniors»; comme il l’a énoncé dans son avis sur le vieillissement actif et en bonne santé (11), il est convaincu que le vieillissement est une opportunité cachée, étant donné que l’allongement de la longévité crée un marché pour de nouveaux produits et services abordables susceptibles d’étayer un vieillissement actif et en bonne santé; |
| 10. | est conscient de l’importance de la participation des citoyens et encourage les principales parties prenantes locales à renforcer les politiques horizontales régionales et à accroître ainsi la prise de conscience de l’évolution démographique au sein des collectivités locales, pour que la nécessité d’adopter des mesures davantage centrées sur le citoyen soit mieux reconnue; suggère d’engager un large débat sur les défis démographiques avec les citoyens; |
| 11. | estime opportun d’intégrer l’évolution démographique en tant que défi transversal dans les travaux de l’ensemble de ses commissions et d’envisager la possibilité de créer un groupe interrégional qui coopérerait étroitement avec l’intergroupe compétent du Parlement européen, encourageant l’échange de bonnes pratiques et le développement de stratégies coordonnées prenant en compte un large éventail de politiques de l’Union européenne, y compris l’égalité entre les hommes et les femmes; |
| 12. | souligne, comme il l’a fait dans son récent avis sur la fuite des cerveaux (12), que la libre circulation des personnes et des travailleurs constitue la base du marché intérieur, mais attire l’attention sur le récent rapport relatif au marché intérieur (13), qui signale un changement de paradigme en reconnaissant que la mobilité à l’intérieur de l’Union n’est pas une opportunité accessible à tous, étant donné que les personnes vivant dans des régions moins développées sont confrontées à d’importants obstacles réels à la mobilité, tels que l’âge, le manque de compétences, les obligations de solidarité intergénérationnelle, la propriété immobilière ou l’attachement émotionnel, et qu’il convient de redoubler d’efforts pour soutenir les citoyens au titre de la «liberté de rester». Cela doit s’accompagner de mesures qui ciblent les racines profondes de l’émigration des citoyens jeunes et qualifiés afin de réduire les disparités territoriales et de renforcer l’attractivité des régions qui subissent un dépeuplement. Par ailleurs, il est important de noter qu’outre les obstacles déjà énumérés, les inégalités économiques et le manque d’informations sur les possibilités existantes constituent des entraves importantes pour de nombreux citoyens des régions moins développées. Le manque de ressources économiques peut limiter l’accès à la mobilité, tandis que la diffusion insuffisante d’informations, par exemple sur les programmes de formation, les aides à la mobilité ou les possibilités d’emploi, prive nombre de citoyens de la possibilité de saisir ces occasions. Ces facteurs contribuent à exacerber l’écart entre les différents territoires et groupes sociaux au sein de l’Union; |
| 13. | réaffirme la position exprimée dans ses avis de 2016 et de 2020 sur l’évolution démographique, où il soulignait que la réduction de l’écart de fécondité au sein des États membres doit rester un objectif primordial; reconnaît que les évolutions démographiques sont des questions complexes, étroitement liées à divers domaines d’action et que, par conséquent, les taux de fécondité n’évoluent pas rapidement; parallèlement, la migration ne devrait être considérée que comme un outil secondaire de soutien auquel recourir dans un deuxième temps (14); insiste sur le fait que la contribution de la migration est une solution à court terme qui n’est pas dénuée de risques et que des efforts supplémentaires conséquents doivent être déployés à tous les niveaux afin de garantir une pleine intégration au sein des marchés de l’emploi et de la société; convient que «la migration légale et l’intégration effective des ressortissants de pays tiers résidant légalement dans l’Union peuvent contribuer à atténuer les pressions sur le marché du travail» (15), tout en insistant sur la nécessité de s’attaquer aux causes profondes de l’émigration des citoyens jeunes et diplômés afin de réduire les disparités territoriales et de renforcer l’attractivité des régions confrontées au dépeuplement; |
| 14. | partage l’avis du Conseil selon lequel toutes les générations devraient être habilitées à mettre à profit leurs talents et à réaliser leurs aspirations en conciliant les attentes privées, y compris sur le plan familial, et le travail rémunéré (16), et note qu’en complément de ces efforts, la migration légale et l’intégration effective des ressortissants de pays tiers peuvent contribuer à atténuer les pressions sur le marché du travail; |
| 15. | observe que la Commission européenne a lancé, par le passé, diverses initiatives parmi lesquelles figurent le rapport sur l’évolution démographique, la boîte à outils pour la démographie, le mécanisme de stimulation des talents, la plateforme de valorisation des talents, la garantie renforcée pour la jeunesse, la garantie européenne pour l’enfance, la vision à long terme renforcée pour les zones rurales de l’Union (2024), la stratégie européenne en matière de soins, la stratégie européenne en matière de compétences, le plan d’action en matière d’éducation numérique, le livre vert sur le vieillissement, la stratégie en faveur de l’égalité entre les hommes et les femmes 2020-2025, la stratégie en faveur de l’égalité de traitement à l’égard des personnes LGBTIQ pour la période 2020-2025 et les orientations actualisées sur le droit à la libre circulation des citoyens de l’UE et de leurs familles; |
| 16. | se félicite que le Comité économique et social européen ait commencé à examiner «L’impact de la démographie sur l’Europe sociale» (17), contribuant ainsi aux efforts institutionnels existants; |
| 17. | souligne que la boîte à outils pour la démographie, qui est essentielle à la planification et à la mise en œuvre de stratégies visant à renforcer le capital humain, est nécessairement axée sur la compétitivité en raison de l’appel du Conseil européen (18) et explore les potentiels axes d’intervention dans cette perspective; note toutefois que cela n’empêche pas la Commission de poursuivre ses efforts portant sur les aspects territoriaux moins prononcés, conformément à l’article 174 du traité FUE, qui énonce l’objectif d’une réduction des disparités régionales et offre la base juridique nécessaire pour appliquer de façon plus large les instruments au niveau européen et dégager les ressources financières nécessaires. À ce titre, il conviendrait de fournir des orientations sur les besoins régionaux en ce qui concerne les tâches spécifiques correspondant à ces considérations territoriales. S’agissant des questions démographiques, les ressources financières doivent favoriser une approche équilibrée qui crée des conditions favorables. L’Union européenne se devrait aussi d’œuvrer en faveur d’une homogénéisation des conditions économiques et sociales en Europe, en s’appuyant notamment sur la politique de cohésion; |
Promouvoir l’équité intergénérationnelle et favoriser la parentalité
| 18. | constate que la pandémie de COVID-19 a exacerbé la nécessité d’améliorer la résilience des systèmes de soins européens, et que les services de soins peuvent s’avérer insuffisants et avoir en conséquence une incidence accrue sur les femmes, dès lors que les responsabilités familiales complémentaires ou informelles continuent de leur incomber à titre principal, ce qui nuit à l’équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie privée et à leurs possibilités d’exercer un travail rémunéré; souligne par ailleurs l’importance des politiques qui encouragent le partage équitable des responsabilités familiales. La pandémie de COVID-19 a aussi fortement remis en question les services d’aide aux jeunes; de manière générale, ils en sont sortis confrontés à davantage de difficultés et en situation de retrait social, empêchant ainsi une insertion sociale et professionnelle positive. Les services aux enfants et adolescents, conformément aux plans européens de prévention du mal-être chez les jeunes, doivent être renforcés pour prendre en charge et prévenir l’aggravation du phénomène de retrait social des jeunes après la pandémie; |
| 19. | soutient en outre la vision présentée par la Commission européenne dans la panoplie d’instruments en matière de démographie, en particulier la demande que les politiques démographiques des États membres soient fondées sur des réalités locales et que l’on donne la priorité à l’égalité entre les hommes et les femmes, à la non-discrimination et à l’équité intergénérationnelle; |
| 20. | souscrit fermement à l’importance de la solidarité et de la coopération intergénérationnelles au sein des familles, sur le lieu de travail et dans les communautés locales. Il s’agit notamment de promouvoir le vieillissement actif et de favoriser le transfert de compétences entre les générations, autant de facteurs qui peuvent garantir un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée et permettre aux femmes et aux hommes de tous âges de mener une vie autonome, saine et épanouissante. Il convient d’accorder une attention particulière aux zones rurales où l’âge médian est élevé, en veillant à y déployer des efforts qui soient inclusifs et équitables, sans pour autant être considérés comme la seule réponse au problème de la faible fécondité. Cela implique également de développer des programmes qui encouragent les jeunes à rester dans ces zones, ainsi que de créer des opportunités d’emploi et de formation qui attirent de nouvelles générations; |
| 21. | avance que les États membres doivent déployer un large éventail de mesures pour mettre en œuvre les recommandations du Conseil sur l’accès à des soins de longue durée abordables et de qualité (19). Il est essentiel de garantir des services de santé accessibles, y compris dans les zones moins développées, et de renforcer les services intégrés de soins à domicile dans les régions rurales afin de répondre aux besoins d’une population dont l’âge moyen est très élevé; |
| 22. | souligne qu’il importe d’étendre les possibilités d’apprentissage dans le cadre d’ERASMUS+ afin d’y inclure les jeunes des zones rurales et isolées; |
| 23. | note l’utilité d’introduire des cadres plus progressifs et adaptés pour assurer l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée pour les travailleurs de toutes les générations, en particulier en tenant compte de la transition numérique; reconnaît les possibilités offertes par le travail à distance — non seulement en tant qu’outil permettant une répartition plus équitable des tâches domestiques et de soins non rémunérées, mais aussi en tant que stratégie essentielle pour retenir les jeunes et les personnes qualifiées et attirer d’autres personnes en encourageant le repeuplement des zones rurales — qui peut favoriser un partage plus équitable des tâches non rémunérées relevant du ménage et des soins, sachant néanmoins que tout le monde n’a pas accès au télétravail et que le travail à distance prolongé peut aussi présenter des inconvénients; souligne également le rôle essentiel que jouent la connectivité ainsi que le renforcement des compétences numériques afin de renforcer l’attractivité des régions et des villes pour un nombre croissant de «travailleurs nomades» qui télétravaillent à temps plein; |
| 24. | attire l’attention sur la nécessité de doter les jeunes qui entrent sur le marché du travail de compétences clés pour l’apprentissage tout au long de la vie, ainsi que de compétences numériques, professionnelles et personnelles spécifiques qui les aideront à gérer leurs parcours professionnels variés tout au long de leur vie personnelle et les prépareront à vivre dans une «société de la longévité». Il importe de souligner que les parcours scolaires et l’approche éducative ont des retombées directement liées à la réussite effective des jeunes sur le marché du travail et que, par conséquent, l’école doit être de plus en plus connectée au monde du travail et soutenue par des politiques d’investissement européennes, nationales et régionales qui facilitent l’entrée des jeunes sur le marché du travail tout en renforçant les compétences sociales visant à améliorer les performances professionnelles mais aussi personnelles en vue d’une insertion positive dans la société d’aujourd’hui; |
| 25. | souligne qu’il importe de renforcer la coresponsabilité entre les femmes et les hommes afin d’aller vers plus d’équité entre les sexes s’agissant de la répartition des responsabilités, des possibilités et des droits liés aux soins et à la prise en charge des besoins rencontrés au cours de la vie au sein du noyau familial; |
| 26. | relève que la boîte à outils pour la démographie introduit des éléments clés expliquant l’écart entre la taille souhaitée de la famille et sa taille réelle (20); |
| 27. | constate que l’évolution démographique et la décision d’avoir des enfants sont principalement déterminées par les choix de vie personnels des femmes, des hommes et des familles, mais que les politiques publiques ont aussi un rôle crucial à jouer pour ce qui est d’éliminer les obstacles et de promouvoir un environnement qui permette aux membres de la société, les femmes comme les hommes, de répondre à leurs aspirations personnelles, y compris la sécurité de l’emploi, l’égalité dans les conditions de travail, la qualité de vie et l’accès à un large éventail de services, comme les structures d’accueil de la petite enfance et de soins pour les personnes âgées, ou encore les logements abordables, autant de facteurs essentiels pour garantir que tous puissent tirer parti des possibilités offertes par l’intégration du marché; |
| 28. | relève la priorité élevée accordée à l’amélioration de l’accès à une prise en charge inclusive et de qualité, à tous les niveaux du système éducatif, avec une attention particulière à la petite enfance, en collaboration avec l’initiative privée, afin d’offrir des services inclusifs et de qualité, disponibles également pour les personnes travaillant selon des horaires incommodes et répartis équitablement sur tout le territoire, ainsi qu’à une meilleure utilisation des fonds européens pour fournir des services formels de qualité en matière d’éducation, de santé et d’accueil (garde d’enfants, accueil extrascolaire et soins de longue durée), conformément à la recommandation du Conseil (21); |
| 29. | souligne que le développement régional devrait veiller à ce que les familles et les parents potentiels aient le sentiment d’élever des enfants dans un environnement sain et sûr leur assurant un accès aisé à un logement de qualité et à un prix abordable, à un bon réseau de transports et de télécommunications, à un environnement des entreprises qui soit attractif, favorisant l’établissement de nouvelles entreprises et la croissance de celles qui existent déjà, et à des services d’accueil de la petite enfance; plaide pour que soit accru le soutien à l’offre de services réservée à l’enfance et à la famille et visant à améliorer l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée et, potentiellement, à stimuler les taux de natalité; |
Renforcer le soutien démographique grâce à la cohésion dans le cadre du futur programme de l’UE pour la compétitivité
| 30. | note que le Conseil a reconnu que certaines régions sont confrontées à des difficultés particulières s’agissant du développement et de la rétention des talents, à savoir un double défi où la diminution de la main-d’œuvre s’associe à celle des effectifs dans l’enseignement supérieur et la formation professionnelle. Il a déclaré que la politique de cohésion doit rester un pilier essentiel de l’Union et, à cette fin, maintenir comme seul objectif la promotion du développement harmonieux global de l’Union et le renforcement de sa cohésion économique, sociale et territoriale, tout en réduisant les disparités entre les niveaux de développement des différentes régions et le retard des régions les moins favorisées; |
| 31. | met en avant que la transition démographique doit demeurer l’une des priorités à l’agenda de l’Union, car ce cadre garantit que les instruments financiers et les ressources de celle-ci sont correctement affectés à des actions et à des mesures appropriées; souligne, à cet égard, qu’il importe de tenir compte des indicateurs démographiques dans le prochain cadre financier pluriannuel; |
| 32. | insiste sur l’importance des instruments existants de financement de la cohésion de l’Union, qui peuvent contribuer à atténuer les effets négatifs de l’évolution démographique — qu’ils soient imputables au dépeuplement ou, dans les régions caractérisées par une pression démographique élevée, à la surpopulation — et se félicite que la présidence du Conseil de l’Union européenne se concentre sur les questions démographiques et leur lien étroit avec les politiques de cohésion; se réfère dans ce contexte aux travaux du CdR sur les modalités permettant de tirer pleinement parti du potentiel de la politique de cohésion pour faire face à l’évolution démographique; fait valoir qu’en matière de démographie, ces outils devraient promouvoir une approche équilibrée qui crée des conditions favorables à l’échelle territoriale appropriée; |
| 33. | met en avant le rôle clé de la lutte contre l’évolution démographique en ce qui concerne l’avenir de la politique de cohésion et le futur programme de compétitivité de l’UE et renvoie à l’avis en cours d’élaboration intitulé «Une politique de cohésion renouvelée après 2027, qui ne laisse personne de côté — Réponses du CdR au neuvième rapport sur la cohésion, au rapport du groupe de spécialistes de haut niveau sur l’avenir de la politique de cohésion et aux conclusions du Conseil sur l’avenir de la politique de cohésion» et à l’avis du CdR sur «L’avenir du marché unique et la compétitivité de l’UE»; |
Renforcer les mesures stratégiques pour relever les défis démographiques
invite les institutions européennes:
| 34. | à envisager la mise en place d’une structure appropriée au sein de la Commission au niveau des directions générales et des commissaires, qui adopterait des stratégies garantissant l’égalité de genre ainsi qu’une inclusivité générale pour la réalisation de ses objectifs, et à garantir des ressources professionnelles et administratives permanentes consacrées au défi démographique et à la transition, y compris le renforcement des structures de coordination internes et interinstitutionnelles; |
| 35. | à étudier et formuler des propositions sur la manière dont la politique de cohésion en général pourrait jouer un rôle plus important pour relever les défis démographiques; note que la politique de cohésion dispose déjà d’un large éventail d’instruments dans ce domaine, mais que son rôle dans la résolution des problèmes démographiques devrait être encore conforté à l’avenir; propose de renforcer la mise en œuvre de la cohésion aux échelons local et régional afin de mieux tenir compte des spécificités nationales et régionales et d’accroître l’efficacité; fait valoir qu’en matière de démographie, la politique de cohésion devrait promouvoir une approche équilibrée qui crée des conditions favorables; |
| 36. | à intégrer horizontalement la dimension démographique dans la planification des cadres financiers pluriannuels (CFP) actuels et futurs et dans les instruments de financement de la politique de cohésion, notamment en proposant des objectifs démographiques spécifiques et des ressources affectées dans le cadre des instruments de financement existants de la politique de cohésion, en ciblant en particulier le Fonds social européen (FSE+) et le Fonds de cohésion, et en mettant au point des outils spécifiques pour relever les défis démographiques tout en allouant des ressources à ces initiatives lors de la conception du prochain CFP; fait valoir qu’en matière de démographie, ces outils devraient promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes et une approche équilibrée qui crée des conditions favorables; |
| 37. | à considérer la continuité démographique comme une priorité européenne, primordiale pour le maintien de la compétitivité de l’Union et la promotion du bien-être, de la cohésion sociale et de la résilience; demande que les fonds nécessaires soient utilisés de manière stratégique pour relever les défis démographiques en conséquence et répondre de manière proportionnelle à la gravité de la situation dans chaque territoire concerné; |
| 38. | à examiner l’incidence de l’évolution démographique sur les PME, telles que les petites entreprises familiales, afin d’évaluer en particulier comment les financements de l’Union pourraient soutenir une transition générationnelle sans heurts dans la gestion des PME vulnérables; |
| 39. | à formuler de nouvelles propositions spécifiques pour relever les principaux défis à la lumière des résultats du rapport 2024 sur le marché intérieur, en particulier pour compenser les effets de la fuite des cerveaux et identifier les outils et méthodes efficaces nécessaires pour soutenir la mise en œuvre de la «liberté de rester», attirer les talents dans les régions et veiller à ce qu’elles puissent tirer le meilleur parti de la mobilité des travailleurs; |
| 40. | à développer davantage le concept et le domaine d’application des services d’intérêt général afin de mieux cibler les défis démographiques; |
| 41. | à élaborer des propositions sur la manière dont les outils et les ressources de financement de la politique de cohésion peuvent être mobilisés et mis à disposition plus efficacement pour soutenir les aspects démographiques; |
| 42. | à réviser à terme, à l’issue du processus de consultation, la directive sur l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, en particulier lors de l’élaboration du rapport au titre de l’article 18, et de proposer une redéfinition des règles de la directive dans le contexte de la transition numérique, qui fournirait des moyens efficaces de garantir des modalités de travail plus souples dans l’environnement numérique, telles que le travail à distance, dans l’optique également de garantir des conditions de travail équitables et prévisibles ainsi qu’un équilibre sain entre vie professionnelle et vie privée. La directive marque sans aucun doute une étape importante en introduisant la figure de l’aidant dans l’enjeu que constitue la conciliation de la vie professionnelle et de la vie familiale, élargissant ainsi le contexte des soins au-delà du seul rôle parental. Toutefois, les mesures réservées aux aidants pourraient être encore renforcées afin de répondre plus efficacement aux défis posés par la mutation sociodémographique. En particulier, il serait souhaitable que la directive prévoie un soutien plus ambitieux pour ceux qui s’occupent de personnes âgées ou de membres de leur famille qui sont handicapés, afin de garantir un accès équitable aux services de soins et de favoriser un meilleur équilibre entre les responsabilités familiales et les possibilités de participation au marché du travail. Cela pourrait inclure, par exemple, la rémunération des congés pour les aidants et l’extension de cet avantage à ceux qui s’occupent de personnes en dehors de la famille immédiate, ce qui rendrait ainsi la législation plus inclusive et mieux adaptée à la diversité des réalités familiales et sociales; |
| 43. | à promouvoir la poursuite de la recherche sur les questions démographiques au moyen de données et d’une approche scientifique, en ciblant la remobilisation de ses ressources humaines internes autour des piliers que sont les parents, les jeunes et les générations plus âgées, et à étudier plus avant les raisons de l’écart entre la taille réelle et la taille souhaitée de la famille dans l’Union; |
| 44. | à mettre au point des indicateurs de performance ventilés par sexe et axés sur les résultats dans le domaine de la transition démographique au niveau territorial approprié; |
invite les États membres:
| 45. | à envisager la création d’une formation permanente du Conseil composée des ministres chargés de la démographie dans leur État membre, qui devrait tenir compte des questions d’égalité entre les hommes et les femmes et des questions intergénérationnelles, tout en développant des mécanismes d’échange de bonnes pratiques au niveau européen sur leurs politiques nationales de soutien aux parents, aux familles, aux jeunes et aux femmes et hommes âgés, dans le respect des compétences nationales; |
| 46. | à donner la priorité aux initiatives visant à œuvrer en faveur de l’égalité entre les sexes, à retenir et à attirer les jeunes dans les zones en déclin démographique et à augmenter les taux de natalité dans les États membres en encourageant les conditions favorables aux femmes et aux hommes qui souhaitent avoir des enfants; |
| 47. | rappelle que la Journée internationale des familles est célébrée chaque année le 15 mai sous l’égide des Nations unies, et propose dans le même esprit d’instituer une Journée européenne des familles, qui les mettrait à l’honneur dans toute leur diversité; |
| 48. | encourage les collectivités locales et régionales, et en particulier celles qui montrent déjà l’exemple, dans toute l’Europe, en matière d’intégration des migrants et des réfugiés, à échanger les bonnes pratiques, notamment avec les petites municipalités qui ne disposent souvent pas de la même capacité d’accueil et d’intégration des migrants; souligne que le «modèle de Malines» constitue un exemple concret et reconnu qu’il convient de suivre. La mise en place de bonnes pratiques en matière d’accueil et d’intégration des migrants sera encouragée grâce à des financements destinés aux collectivités locales rurales afin de leur permettre de renforcer leurs services. |
Bruxelles, le 9 octobre 2024.
Le président
du Comité européen des régions
Vasco ALVES CORDEIRO
(1) https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php?title=Migration_and_migrant_population_statistics.
(2) Communication « Mettre à profit les talents dans les régions européennes », paragraphe 2.3.
(3) Les conséquences de l’évolution démographique, page 8 (en anglais).
(4) Rapport sur la démographie, 2023, page 6 (en anglais).
(6) Rapport sur la démographie, 2023, page 12 (en anglais).
(7) L’évolution démographique en Europe: une panoplie d’instruments d’action, point 3.1.
(9) Avis du Comité européen des régions — Soutenir l’emploi des jeunes: un pont vers l’emploi pour la prochaine génération (JO C 106 du 26.3.2021, p. 7).
(10) L’évolution démographique en Europe: une panoplie d’instruments d’action, paragraphe 2.
(11) Avis du Comité européen des régions — Un vieillissement actif et en bonne santé (JO C 39 du 5.2.2020, p. 53).
(12) Avis du Comité européen des régions — La fuite des cerveaux au sein de l’Union européenne: relever le défi à tous les niveaux (JO C 141 du 29.4.2020, p. 34).
(13) Rapport d’Enrico Letta, Much more than a market, Speed, Security, Solidarity, Empowering the Single Market to deliver a sustainable future and prosperity for all EU Citizens («Bien plus qu’un marché — Rapidité, sécurité, solidarité — Donner au marché unique les moyens d’apporter à tous les citoyens un avenir durable et la prospérité»), 2024.
(14) Le changement démographique (avis du CdR, 2020), paragraphe 16.
(15) L’évolution démographique en Europe: une panoplie d’instruments d’action.
(16) Gestion de l’évolution démographique en Europe — Conclusions du Conseil des affaires générales, 13 décembre 2023, point 4.
(17) Avis du Comité économique et social européen — L’impact de la démographie sur l’Europe sociale (EUVL C, C/2024/6867, 28.11.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/6867/oj).
(18) Conclusions du Conseil européen des 29 et 30 juin 2023, point 18 g).
(19) Recommandation du Conseil du 8 décembre 2022 sur l’accès à des soins de longue durée abordables et de haute qualité (JO C 476 du 15.12.2022, p. 1).
(20) L’évolution démographique en Europe: une panoplie d’instruments d’action, point 3.1.
(21) Recommandation du Conseil du 8 décembre 2022 concernant l’éducation et l’accueil de la petite enfance: les objectifs de Barcelone pour 2030 (JO C 484 du 20.12.2022, p. 1).
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/7062/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
P10_TA(2024)0075 — Recommandation au Conseil sur les priorités de l’Union européenne pour la 69e session de la commission de la condition de la femme des Nations unies — Recommandation du Parlement européen du 19 décembre 2024 à l'intention du Conseil concernant les priorités de l’Union européenne pour la 69e session de la Commission de la condition de la femme (CSW) des Nations unies (2024/2057(INI))
19/12/2024
P10_TA(2024)0074 — Répression constante exercée contre la société civile et les médias indépendants en Azerbaïdjan, et le cas de Gubad Ibadoghlu, d'Anar Mammadli, de Kamran Mammadli, de Rufat Safarov et de Meydan TV — Résolution du Parlement européen du 19 décembre 2024 sur la répression constante exercée contre la société civile et les médias indépendants en Azerbaïdjan, et le cas de Gubad Ibadoghlu, d’Anar Mammadli, de Kamran Mammadli, de Rufat Safarov et de MeydanTV (2024/2994(RSP))
19/12/2024
P10_TA(2024)0073 — La situation des droits de l'homme au Kirghizstan, en particulier le cas de Temirlan Sultanbekov — Résolution du Parlement européen du 19 décembre 2024 sur la situation des droits de l’homme au Kirghizstan, en particulier le cas de Temirlan Sultanbekov (2024/2993(RSP))
19/12/2024
P10_TA(2024)0072 — La 11e année d'occupation de la République autonome de Crimée et de la ville de Sébastopol par la Fédération de Russie et la détérioration de la situation des droits de l’homme en Crimée occupée, notamment les cas d'Iryna Danylovych, de Tofik Abdulhaziiev et d'Amet Suleymanov — Résolution du Parlement européen du 19 décembre 2024 sur la 11e année d’occupation de la République autonome de Crimée et de la ville de Sébastopol par la Fédération de Russie et la détérioration de la situation des droits de l’homme en Crimée occupée, notamment les cas d’Irina Danilovich, de Tofik Abdoulgaziev et d’Amet Suleymanov (2024/2992(RSP))
19/12/2024