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AccueilDroit européen52024IR1594
Initiative législative52024IR1594

Avis du Comité européen des régions — Enjeux et perspectives de l’intelligence artificielle dans le secteur public: définir le rôle des collectivités régionales et locales

CELEX52024IR1594
TypeInitiative législative
Datejeudi 21 novembre 2024

Résumé IA

Cet avis du Comité européen des régions examine les défis et opportunités de l'intelligence artificielle dans le secteur public, en mettant l'accent sur le rôle des collectivités territoriales. Il souligne la nécessité d'une approche locale pour garantir une IA éthique, transparente et respectueuse des droits fondamentaux, tout en appelant à un soutien financier et technique accru pour les régions et les villes. Le texte insiste sur l'importance d'impliquer les élus locaux dans la gouvernance de l'IA afin d'éviter une fracture numérique et de promouvoir l'innovation au service des citoyens.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2025/288

24.1.2025

Avis du Comité européen des régions — Enjeux et perspectives de l’intelligence artificielle dans le secteur public: définir le rôle des collectivités régionales et locales

(C/2025/288)

Rapporteur : Alberto CIRIO (IT/PPE), président de la région du Piémont

RECOMMANDATIONS POLITIQUES

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS (CdR),

1.

rappelle que dans son préambule, la charte européenne des droits fondamentaux pose que l’Union place la personne au cœur de son action, qui doit viser à bâtir un avenir de paix, fondé sur des valeurs communes, en instituant la citoyenneté de l’Union et en créant un espace de liberté, de sécurité et de justice. En outre, le Comité fait remarquer que cette même charte induit l’impératif de renforcer la protection des droits fondamentaux à la lumière de l’évolution de la société, du progrès social et des développements scientifiques et technologiques, parmi lesquels la montée en puissance continue et rapide de l’intelligence artificielle (IA) produit des effets particulièrement disruptifs, qui obligent à mener une réflexion attentive concernant l’incidence que son utilisation généralisée produira sur les rapports entres les pouvoirs publics et les citoyens;

2.

réitère à cet égard que les administrations publiques, lorsqu’elles réglementent et mettent en œuvre des processus techniques et technologiques à caractère novateur, doivent se conformer aux principes de proportionnalité et subsidiarité en adoptant les démarches juridiques appropriées, qui devront toujours être axées sur la poursuite du bien commun. Le Comité considère que l’intelligence artificielle n’ouvrira de réelles perspectives de progrès et de bien-être que si elle est utilisée efficacement au service de cette fin, d’une manière transparente, traçable et neutre;

3.

pose que les collectivités locales et régionales constituent des acteurs essentiels pour obtenir que l’intelligence artificielle soit adoptée dans toute l’Union européenne. En tant qu’elles forment les instances les plus proches du citoyen, elles sont à même d’assumer une fonction de catalyseurs en matière d’innovation, en encourageant un développement responsable de ces technologies, ainsi que leur mise en œuvre dans différents secteurs, comme l’efficacité énergétique, les transports, l’éducation, la santé et les services publics, de telle sorte qu’elles accroîtront la productivité et la compétitivité de l’Union européenne dans des proportions appréciables et apporteront une contribution significative pour développer la dimension de service qu’assument les administrations publiques dans leur mission visant au bien commun;

4.

entend signaler que plutôt que de se focaliser exclusivement sur la prévention des risques de l’intelligence artificielle, il importe d’adopter à son propos une approche visant à maximiser les avantages qu’elle induit pour les citoyens et les administrations, tout en garantissant qu’elle soit utilisée de manière éthique, notamment sur le plan de la transparence et de la responsabilité, et sous supervision humaine constante. Le Comité s’accorde à estimer que si l’intelligence artificielle est à même de rationaliser les processus, elle ne peut remplacer le jugement humain, en particulier dans les domaines où l’évaluation éthique, la créativité et les processus décisionnels complexes jouent un rôle essentiel. Il fait valoir qu’il est nécessaire d’exercer une surveillance continue, afin de s’assurer que le déploiement de cette technologie respecte les valeurs fondamentales et les droits des citoyens;

5.

réaffirme, à cet égard, le rôle joué par les technologies des chaînes de blocs et leur convergence avec l’intelligence artificielle et met particulièrement l’accent sur leur utilisation pratique dans le domaine des services publics;

6.

se félicite que la législation sur l’intelligence artificielle ait été adoptée, car elle devrait établir, pour l’utilisation de cette technologie dans l’Union européenne, des normes précises, s’inscrivant dans un cadre juridique uniforme, afin d’en promouvoir une utilisation fiable et centrée sur l’humain. Le Comité n’en relève pas moins qu’à défaut de s’accompagner, en concomitance, de lignes directrices destinées aux pouvoirs régionaux et locaux concernant la mise en œuvre du règlement, ainsi que d’un programme de grande ampleur, complet et mis à jour en permanence en fonction des progrès technologiques futurs, qui visera à renforcer la prise de conscience du citoyen, son éducation et sa formation en la matière, la seule adoption d’un encadrement législatif risque de déboucher sur une situation d’inachèvement de l’approche européenne concernant ladite intelligence artificielle;

7.

encourage à ménager des espaces juridiques ou des bacs à sable réglementaires au niveau européen qui soient expressément conçus pour que les fournisseurs puissent procéder à une mise à l’épreuve complète de leurs systèmes d’intelligence artificielle avant leur mise sur le marché et prône qu’une fois que leurs possibilités techniques, leur efficacité concrète et leur faisabilité technique auront été vérifiées, leurs résultats puissent être mis à la disposition de tous les intervenants susceptibles d’avoir effectivement besoin de ces dispositifs. Le Comité affirme en outre qu’il est essentiel de promouvoir ces espaces en organisant des campagnes ciblées, et il avance que les collectivités locales et régionales doivent garantir, par la mise en relation de leurs supports télématiques avec les différents sas réglementaires, que les petites et moyennes entreprises et les jeunes pousses puissent y accéder facilement;

8.

insiste sur l’enjeu que constitue le suivi de l’incidence réglementaire, eu égard à l’extrême rapidité des changements technologiques et aux enjeux de réglementation qui pourraient se poser, et propose de mener lui-même une coopération étroite avec la Commission européenne au titre du futur programme de l’Union européenne pour une meilleure réglementation;

9.

convient que l’intelligence artificielle recèle un fort potentiel pour la fourniture de services publics, dès lors qu’elle automatise des tâches qui doivent être exécutées en grandes quantités et revêtent une nature répétitive, qu’elle optimise des procédures internes et qu’elle améliore les interactions entre les citoyens et les administrations publiques;

10.

met en avant qu’il est nécessaire d’éviter de provoquer, entre les administrations publiques, une «fracture de l’intelligence artificielle», qui, séparant celles à même de comprendre, maîtriser et exploiter pleinement ces technologies et celles dépourvues de cette capacité, pourrait être encore aggravée par des disparités sur le plan géographique et socio-économique;

11.

souligne toute la complexité qui entoure le déploiement de systèmes d’intelligence artificielle dans des secteurs clés traitant des données à caractère personnel particulièrement sensibles, tels que les services chargés de l’application de la loi, et fait valoir qu’il est nécessaire de trouver un équilibre entre, d’une part, la création d’un environnement réglementaire innovant, propre à rendre plus efficace et opérante la mise en application du droit et de l’ordre public, et, d’autre part, la nécessité, dans le même temps, de répondre aux préoccupations concernant la vie privée, d’établir les responsabilités et de corriger les biais éventuels dans les systèmes de données. Le Comité tient à affirmer que l’intelligence artificielle ne saurait être utilisée pour porter atteinte aux droits des personnes, par exemple en vue de discriminer qui que ce soit, pour des motifs ethniques, religieux ou politiques, en se fondant sur ses données biométriques;

12.

met en évidence l’importance cruciale qui s’attache à la formation et au développement des compétences, ainsi qu’au recrutement de spécialistes et de personnels du secteur public qui soient en mesure d’exploiter à plein les potentialités de l’intelligence artificielle et qui, conscients de ses dangers, sachent les gérer de manière adéquate;

13.

exhorte à créer au niveau local, régional, transfrontalier, interrégional et transnational, des écosystèmes d’intelligence artificielle au sein desquels les collectivités locales et régionales collaboreront avec le monde universitaire, les centres de recherche et de technologie, le secteur privé et les autres parties prenantes afin d’échanger des connaissances, de l’expérience et des bonnes pratiques, de manière à encourager des solutions et processus communs;

14.

promeut une approche à base territorialisée, axée sur des échanges entre territoires qui, bien que situés dans des zones différentes, présentent des caractéristiques semblables, de manière à cerner des orientations communes et cohérentes, susceptibles d’alimenter la recherche de démarches adaptées et transposables à différentes échelles;

15.

reconnaît que le potentiel d’innovation de l’intelligence artificielle se situe dans un rapport de corrélation étroite avec la stratégie européenne en matière de données, et prend fait et cause pour le développement d’espaces européens communs des données;

16.

préconise que la pénétration accrue des systèmes d’intelligence artificielle aille de pair avec une présence renforcée des dispositifs informatiques de contrôle et une formation adéquate dispensée aux opérateurs, de manière à assurer une protection plus vigoureuse contre les cyberattaques, les manipulations et les intrusions menées par des acteurs étatiques et non étatiques et à veiller au respect des données à caractère personnel et des droits fondamentaux des citoyens;

Le rôle des collectivités locales et régionales dans l’adoption de l’intelligence artificielle

17.

souligne que les collectivités territoriales occupent une position exceptionnelle pour promouvoir une adoption éthique et responsable de l’intelligence artificielle, dans la mesure où elles sont plus proches des exigences et des attentes du citoyen et peuvent garantir que l’introduction de cette technologie s’effectue d’une manière qui concorde avec ses valeurs, préserve les droits de l’homme et soit affranchie d’un quelconque type de discrimination, en répondant aux besoins particuliers des communautés locales et régionales;

18.

reconnaît le rôle crucial que les collectivités locales et régionales jouent dans le déploiement de l’intelligence artificielle, en adaptant ses démarches aux besoins spécifiques des citoyens et des territoires. Le Comité préconise en particulier d’effectuer un suivi régulier concernant l’expérience et les bonnes pratiques des collectivités locales et régionales en matière d’adoption de cette technologie, en procédant, avec régularité et à intervalles rapprochés, à des études et des consultations des parties prenantes, comme le réseau des pôles régionaux (RegHub), les alliances et les réseaux interrégionaux, tout comme en créant un observatoire spécifique à cette fin, qui sera chargé de collecter, publier et diffuser des indicateurs clés et des données statistiques sur l’adoption et la mise en œuvre de l’intelligence artificielle à l’échelle locale et régionale;

19.

encourage les collectivités locales et régionales à adopter une démarche procédant de la base pour répertorier les besoins et les solutions en matière d’intelligence artificielle, en recensant, dans un but de les partager, les besoins spécifiques que présentent leurs territoires, de manière à mettre l’accent sur le développement d’approches plus efficaces et pertinentes concernant cette technologie;

20.

fait valoir que nombre de zones européennes, urbaines ou rurales, s’emploient à développer des dispositifs d’intelligence artificielle pour réaliser des progrès dans le domaine de l’urbanisme et de la mobilité, des économies d’énergie dans les bâtiments, de la gestion des déchets et d’une meilleure efficacité en matière de consommation d’eau, ou encore pour analyser les données relatives à la pollution et à d’autres aspects du cadre de vie en ville comme à la campagne. En conséquence, le Comité incite à recourir, pour la cité de demain, tout comme dans les territoires où la population est plus dispersée ou moins dense, à des technologies avancées, qui seront à même de favoriser l’efficacité et la durabilité des centres urbains, petits ou grands, et des régions rurales, ainsi que de promouvoir des pratiques respectueuses de l’environnement, et qui offriront à leurs habitants la garantie de meilleures conditions de vie;

21.

invite les villes et les régions à associer les citoyens à l’élaboration des politiques en matière d’intelligence artificielle, en entreprenant, par exemple, de créer des plateformes participatives, d’organiser des réunions publiques, de mettre en place des forums en ligne, ou encore d’établir des conseils consultatifs des citoyens, afin de recueillir des contributions sur la mise en œuvre de cette technologie et ses implications sociétales, en veillant à ce qu’une pluralité de voix s’expriment pour déterminer la direction que prendra son développement;

Transformer la relation entre les citoyens et le secteur public

22.

reconnaît que l’intelligence artificielle possède le potentiel requis pour configurer plus efficacement les interactions des administrations locales et régionales avec les citoyens, en améliorant la fourniture des services publics grâce à l’optimalisation de leur gestion. Les systèmes fondés sur cette technologie sont susceptibles d’améliorer les rapports que lesdites administrations entretiennent avec les habitants qui en dépendent, en ce sens qu’elles pourront répondre avec une rapidité et une précision accrues à leurs demandes, en temps réel le cas échéant, et qu’ils bénéficieront, y compris en heure de pointe, d’un accès plus aisé aux informations et aux services, grâce, par exemple, à la mise à disposition de services automatiques assurant une communication plus accessible pour tout un chacun;

23.

relève que l’intelligence artificielle se prête à être utilisée pour pratiquer certains processus automatisés de prise de décision, assurer une gestion plus rapide des procédures administratives ou vérifier les documents soumis, de sorte que le traitement des demandes s’en trouvera accéléré;

24.

estime que l’intelligence artificielle peut constituer un outil important dans tous les domaines d’activité et apporter un soutien à l’ensemble des différentes catégories de population. Un exemple parlant et manifeste de ses terrains d’application possibles est celui de l’automatisation d’actions de type routinier, grâce à laquelle les agents du secteur public seront à même de concentrer leur attention sur des tâches plus exigeantes, qui nécessitent de faire appel à la créativité de l’humain et à son jugement. En outre, elle peut être utile pour évaluer et anticiper les risques dans les domaines de la cybersécurité et de la surveillance financière et dans la prise en charge des vulnérabilités des territoires, tout en étant également susceptible d’aider à planifier et gérer les crises et les catastrophes naturelles, de prévoir des pannes affectant les équipements et les dispositifs, dont elle renforcera la résilience, ainsi que de devenir un outil essentiel pour garantir l’interopérabilité automatique des systèmes et des données entre les entités publiques et privées. Enfin, elle a aussi la capacité de jouer un rôle significatif pour concourir à intégrer et inclure les groupes vulnérables ou exposés au risque d’exclusion, tels que les personnes âgées ou handicapées, dans des environnements sociaux et professionnels;

25.

souligne qu’il importe de garantir la transparence et la participation de la population dans les processus décisionnels qui ont trait à l’intelligence artificielle, en fournissant des informations claires et accessibles sur les initiatives en cours, notamment grâce à des consultations publiques et des projets pilotes auxquels les communautés locales et régionales soient pleinement associées;

26.

recommande que dans l’adoption de ces processus, les systèmes soient toujours structurés en fonction des vulnérabilités que les citoyens présentent sur le plan de la culture, des coordonnées biographiques et du parcours existentiel, de manière que les dispositifs d’intelligence artificielle soient les fers de lance d’une inclusivité accrue, plutôt de se muer en facteurs supplémentaires d’exclusion, en créant de nouvelles disparités qui aggraveront la fracture numérique entre les administrations publiques et les citoyens;

Formation et développement des compétences dans le secteur public

27.

met en avant le rôle crucial que jouent les collectivités locales et régionales pour assurer l’instruction et la formation nécessaires aux fins du développement des compétences numériques, au niveau tant public que privé;

28.

insiste sur l’importance de dispenser aux agents de la fonction publique une formation ciblée, visant à doter de nouvelles compétences techniques les personnes qui possèdent une connaissance approfondie de l’administration publique et des besoins des citoyens;

29.

souligne qu’il est nécessaire d’offrir aux agents des services publics des programmes visant de manière continue à renforcer leurs compétences et à assurer leur reconversion, notamment au moyen de plateformes en ligne, pour garantir que leurs aptitudes soient constamment mises à jour en fonction des évolutions technologiques de l’intelligence artificielle, de même qu’il y a lieu de lancer des projets pilotes grâce auxquels ils pourront expérimenter ces technologies et se familiariser avec elles, en les maniant de manière concrète;

30.

reconnaît que pour le secteur public, recruter des experts de l’intelligence artificielle et les conserver en son sein constitue un défi, étant donné que les salaires qu’il offre auront à soutenir la concurrence de ceux du secteur privé, et observe qu’en conséquence, il pourrait être nécessaire qu’il dispose de ressources supplémentaires. Le Comité incite par ailleurs à explorer des voies novatrices pour attirer et retenir les talents, par exemple sous la forme de partenariats avec des universités et de programmes d’échanges avec le secteur privé;

31.

estime que pour produire une nouvelle génération de citoyens parés à utiliser l’intelligence artificielle de manière correcte et efficace et pour assurer une participation éclairée et consciente aux processus de décision y relatifs, il y a lieu d’élaborer des programmes de formation au sein de l’enseignement primaire, secondaire, supérieur et universitaire, ainsi que des filières de développement de l’habileté dans le domaine du numérique et de ladite intelligence artificielle, à l’intention de toute la population et en coopération avec les universités, les écoles et le monde du travail. Une attention particulière devrait également être prêtée aux personnes âgées et aux habitants des zones rurales, afin que la mise en œuvre de l’intelligence artificielle n’aggrave pas la fracture numérique. Les régions et les collectivités locales peuvent jouer un rôle clé pour assurer la diffusion de ces activités et garantir leur homogénéité à l’échelle des territoires;

32.

demande à la Commission d’établir un programme «Erasmus+ intelligence artificielle» pour les agents de la fonction publique et les représentants élus des communes et des régions, afin de faciliter des échanges internationaux axés sur des projets d’intelligence artificielle et de favoriser le partage de bonnes pratiques et d’applications novatrices ou de stratégies opérantes pour l’intégration de cette technologie dans les services publics, ainsi que d’encourager l’élaboration et la mise à jour de lignes directrices, de critères et de clauses contractuelles multilingues pour les marchés publics portant sur des solutions relevant de ladite intelligence artificielle qui seront destinées au secteur public partout en Europe;

Exploiter pleinement le potentiel de l’intelligence artificielle dans le secteur public et pratiquer une gestion éclairée des risques afférents

33.

souligne que l’intelligence artificielle peut déboucher sur des avancées significatives pour une administration opérante et efficace des services publics, qu’il s’agisse, par exemple, d’optimiser la gestion du trafic, de planifier la collecte des déchets ou de coordonner les réactions face aux situations d’urgence;

34.

reconnaît le potentiel que recèle l’intelligence artificielle pour améliorer les processus de prise de décisions, en ce qu’elle donne la possibilité de réaliser des analyses à valeur prédictive et de repérer des tendances exploitables pour élaborer des politiques plus éclairées et ciblées, ainsi que pour assurer une meilleure répartition des ressources, grâce, entre autres, à des procédures de suivi plus poussées et performantes. Le Comité insiste sur la nécessité que tous les systèmes qui en relèvent soient conformes aux valeurs démocratiques et aux droits de l’homme;

35.

préconise, avant toute mise en œuvre de démarches relevant de l’intelligence artificielle, de repenser les processus administratifs, afin que lorsque ces technologies leur seront appliquées, ils aient d’ores et déjà été optimisés et qu’ils acquièrent ainsi un maximum d’efficacité;

36.

estime que dans la capacité des collectivités locales et régionales à adopter l’intelligence de manière sûre et responsable, les marchés publics et la gestion des fournisseurs jouent un rôle important, et prône que les collectivités locales et régionales procèdent à un échange d’expériences dans ce domaine;

37.

rappelle qu’il s’impose de relever les défis de nature éthique qui sont liés à l’utilisation de l’intelligence artificielle, concernant, par exemple, les biais des algorithmes, la confidentialité des données ou la transparence que doivent présenter les processus automatisés de prise de décisions. Il convient que les communes et les régions agissent pour garantir qu’elle soit utilisée de manière éthique en ce qui concerne les services publics au niveau local et s’assurent que son adoption n’aboutira pas à un renforcement des inégalités existantes ou à une exclusion de communautés marginalisées. Le Comité recommande que ces systèmes ne soient pas utilisés d’une manière telle qu’ils renforcent la position dominante d’entités privées et qu’ils ne soient pas détenus par des acteurs qui ne respectent pas pleinement les règles fiscales de l’Union et des États membres;

38.

incite à développer, concernant l’utilisation de l’intelligence artificielle par le secteur public au niveau des communes et des régions, des lignes directrices en matière d’éthique et des cadres de gouvernance spécifiques qui se prêtent à être partagés et repris dans l’ensemble de l’Union européenne, et appelle de ses vœux la mise en place de systèmes de contrôle qui, combinés avec l’intervention humaine, corrigent les éventuelles erreurs des systèmes relevant de cette technologie, augmentent leur exactitude et évitent que des risques graves ne se matérialisent;

Créer des écosystèmes d’intelligence artificielle au niveau local et régional

39.

préconise de créer des écosystèmes locaux et régionaux d’intelligence artificielle, en encourageant, entre le secteur public, le privé et le monde universitaire, une coopération sous forme de synergies, à laquelle seront associés les universités, les centres de recherche, les établissements d’enseignement, les structures relevant du troisième secteur, les associations, les organisations syndicales, les petites et moyennes entreprises et les jeunes pousses, afin de faciliter le partage de connaissances et le développement de démarches ressortissant à ladite intelligence artificielle qui soient adaptées aux besoins locaux, recourant autant que faire se peut, à des technologies à code source ouvert. Grâce à cette coopération multidisciplinaire, il sera possible de favoriser l’éclosion de processus novateurs et d’accroître la confiance concernant cette innovation technologique, en garantissant qu’elle réponde efficacement aux besoins spécifiques des territoires;

40.

fait observer que les communes et les régions peuvent jouer un rôle important dans le soutien aux petites et moyennes entreprises en matière de numérisation et d’adoption de l’intelligence artificielle et lance un appel pour que des initiatives locales et régionales les aident à déployer cette technologie en leur sein;

41.

se félicite des initiatives décentralisées que la Commission a lancées afin d’accompagner la transition numérique dans les territoires de l’Union européenne et insiste sur l’importance que revêtent des instruments comme le pôle européen d’innovation numérique (EDIH) et, dans le domaine de la santé, le format européen d’échange des dossiers médicaux électroniques, tout comme l’activité déployée au titre de l’intégration de l’entreprise de soins de santé (IHE), qui vise à harmoniser les normes existantes, dans l’optique d’alimenter de manière uniforme l’espace européen des données de santé;

42.

signale qu’il a lui-même pris l’initiative de créer un «outil d’évaluation de la maturité numérique locale et régionale» (Lordimas), qui, visant à évaluer le degré de maturité numérique atteint par les communes et les régions, améliorer l’analyse et l’apprentissage comparatifs et aider les administrations à recenser leurs besoins en matière de transformation numérique, comportera une fonctionnalité qui effectuera un suivi de l’utilisation de l’intelligence artificielle par les collectivités locales et régionales;

43.

estime que les collectivités territoriales occupent une position privilégiée pour éprouver la valeur ajoutée que l’intelligence artificielle peut apporter pour le bien-être collectif et la société, en l’utilisant aux fins de réaliser les objectifs de développement durable et les stratégies des communes et des régions en faveur de ce même développement durable. Cette spécificité appelle une attention particulière de la part des niveaux de gouvernance supérieurs, s’agissant notamment de financer les réseaux entre pairs régionaux ou locaux;

Gérer les données destinées à l’intelligence artificielle dans le secteur public et leur accès

44.

reconnaît que pour être couronnée de succès, l’utilisation de l’intelligence artificielle est tributaire de la disponibilité de données et de leur qualité, et que l’un des problèmes auquel elle se heurte souvent est de pouvoir s’appuyer sur de tels éléments qui présentent un degré de fiabilité et de structuration suffisant pour permettre le déploiement de ses processus. Dans bon nombre de ses domaines d’application, il s’avère souvent que les détenteurs desdites données ne les fournissent que d’une manière qui, pour partie, est inopérante. En conséquence, le Comité exhorte les collectivités locales et régionales à élaborer, pour la gestion de ces informations, des stratégies solides, et à participer activement aux espaces européens communs des données, y compris sous la forme de plateformes centralisées;

45.

insiste sur la nécessité de disposer de normes uniformes pour les licences, les droits d’exploitation des données publiques et le traitement des données à caractère personnel, ainsi que de développer des dispositifs européens de soutien, relevant de l’informatique en nuage, à l’appui de banques de données communes et maniables, en surmontant le morcellement en différents compartiments qui ne communiquent pas entre eux et sont implantés hors Europe, de manière à faciliter le partage et l’utilisation mutuelle de ces éléments entres les différentes administrations, services et secteurs et à garantir une interopérabilité plus fluide, permettant l’élaboration de modèles ouverts, proposés gratuitement aux différentes entités publiques et privées, pour le développement de systèmes d’intelligence artificielle;

46.

espère que la mise en œuvre du règlement sur la gouvernance des données pourra déboucher sur la création d’un marché unique des données authentique et fonctionnel, grâce à une coordination des activités réglementaires des États membres qui évitera l’émiettement du marché unique numérique. Le Comité escompte aussi que les consortiums pour une infrastructure numérique européenne (EDIC) qui traitent de ce domaine, en particulier celui du «CitiVerse sur les jumeaux numériques locaux» et celui des «services massifs et innovants» dans le domaine de l’administration publique, contribueront à améliorer la disponibilité et la qualité des données et à accélérer le développement d’espaces européens communs des données;

Financements et ressources pour l’adoption de l’intelligence artificielle

47.

incite les administrations locales et régionales à exploiter les financements que l’Union européenne met à disposition pour l’adoption de l’intelligence artificielle, par exemple dans le cadre de la politique de cohésion, en concordance avec les objectifs clés du soutien aux changements structurels et de l’augmentation de la productivité et de l’efficacité des régions et par le canal de la facilité pour la reprise et la résilience (FRR), du programme pour une Europe numérique, d’Horizon Europe et de l’instrument d’appui technique;

48.

insiste sur la nécessité de consentir des investissements importants, publics et privés, dans les infrastructures numériques et les dispositifs de cybersécurité qui garantissent la sécurité des systèmes d’intelligence artificielle, en particulier quand il en va du traitement de données à caractère personnel;

Initiatives de suivi de l’Union européenne

49.

propose de créer, sur la base d’une perspective globale, un mécanisme pour la collecte et l’échange de stratégies et de lignes directrices sur l’utilisation de l’intelligence artificielle au niveau local et régional, afin de faciliter le partage de bonnes pratiques et l’apprentissage mutuel;

50.

juge qu’il est primordial de développer une stratégie complète en matière d’application de l’intelligence artificielle, afin d’en promouvoir de nouvelles utilisations industrielles et de renforcer la fourniture des différents services publics, par exemple dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la sûreté publique et des transports, en associant pleinement les pouvoirs régionaux et locaux à la démarche, de manière à garantir une mise en œuvre qui soit adaptée aux besoins de chaque territoire et à son contexte propre;

51.

salue la proposition de créer un conseil européen pour la recherche sur l’intelligence artificielle, grâce auquel il sera possible de tirer tout le parti possible de la mise en commun des ressources nationales et européennes;

52.

encourage les collectivités locales et régionales à participer activement aux projets multinationaux, par le truchement des consortiums européens pour les infrastructures numériques (EDIC), en prêtant une attention particulière au développement de modèles linguistiques européens de grande envergure. Le Comité préconise de remédier à la position désavantageuse dont souffrent les langues régionales et minoritaires dans le développement des grands modèles de langage, en leur octroyant un soutien ciblé, par exemple grâce à des modèles de langage multilingues, dans le cadre d’une coopération avec l’espace européen des données linguistiques. Il souligne en outre qu’il importe de renforcer le déploiement de jumeaux numériques locaux et régionaux, qui constituent des outils essentiels pour visualiser, simuler et orienter les transformations urbaines et rurales d’une manière opérante et durable, et pour intégrer ainsi les technologies de l’intelligence artificielle dans des stratégies de planification et de développement qui stimulent également le changement et le développement dans les campagnes, en adaptant les initiatives numériques à leurs besoins spécifiques;

53.

recommande d’incorporer l’approche européenne de l’intelligence artificielle dans tous les domaines d’intervention pertinents, dont la politique de cohésion, afin de garantir que l’adoption de cette technologie au niveau local et régional s’effectue suivant une démarche cohérente et exhaustive;

54.

suggère de créer un dispositif européen certifiant la conformité des outils relevant de l’intelligence artificielle qui sont utilisés au sein des différentes administrations publiques des États membres, de manière à donner l’assurance qu’ils respectent la législation européenne et, de ce fait, réduisent au maximum les risques encourus par les pouvoirs publics et les citoyens. Il conviendrait que la gestion de ce mécanisme de certification s’effectue par la voie d’une coordination entre les autorités nationales et le Bureau européen de l’intelligence artificielle, qui garantira ainsi que des normes fiables et univoques s’appliquent sur tout le territoire de l’Union.

Bruxelles, le 21 novembre 2024.

Le président

du Comité européen des régions

Vasco ALVES CORDEIRO


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/288/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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19/12/2024

Initiative législative52024IP0072(01)

P10_TA(2024)0072 — La 11e année d'occupation de la République autonome de Crimée et de la ville de Sébastopol par la Fédération de Russie et la détérioration de la situation des droits de l’homme en Crimée occupée, notamment les cas d'Iryna Danylovych, de Tofik Abdulhaziiev et d'Amet Suleymanov — Résolution du Parlement européen du 19 décembre 2024 sur la 11e année d’occupation de la République autonome de Crimée et de la ville de Sébastopol par la Fédération de Russie et la détérioration de la situation des droits de l’homme en Crimée occupée, notamment les cas d’Irina Danilovich, de Tofik Abdoulgaziev et d’Amet Suleymanov (2024/2992(RSP))

19/12/2024

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