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AccueilDroit européen52024IR1799
Initiative législative52024IR1799

Avis du Comité européen des régions — Une politique de cohésion renouvelée après 2027 qui ne laisse personne de côté

CELEX52024IR1799
TypeInitiative législative
Datejeudi 21 novembre 2024

Résumé IA

Le Comité européen des régions (CdR) appelle à une réforme ambitieuse de la politique de cohésion post-2027, en insistant sur la nécessité de maintenir un budget dédié et une approche ascendante (bottom-up). L'avis préconise de renforcer la flexibilité de gestion pour les collectivités locales et régionales, tout en conditionnant les financements au respect de l'État de droit et des objectifs climatiques. Pour un professionnel du droit français, ce texte anticipe les futures négociations sur le cadre financier pluriannuel de l'UE et les modalités de gestion partagée des fonds structurels.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2025/285

24.1.2025

Avis du Comité européen des régions — Une politique de cohésion renouvelée après 2027 qui ne laisse personne de côté

(C/2025/285)

Rapporteurs

:

Vasco ALVES CORDEIRO (PT/PSE), Député à l’assemblée législative de la région autonome des Açores

et

Emil BOC (RO/PPE), Maire de Cluj-Napoca

Textes de référence

:

Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions sur le 9e rapport sur la cohésion — COM(2024) 149 final

Forging a sustainable future together: Cohesion for a competitive and inclusive Europe – Report of the High-Level Group on the Future of Cohesion Policy (Bâtir un avenir durable ensemble: la cohésion pour une Europe compétitive et inclusive — Rapport du groupe de haut niveau sur l’avenir de la politique de cohésion)

RECOMMANDATIONS POLITIQUES

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS (CdR),

1.

se félicite de la publication du 9e rapport sur la cohésion, qui démontre la valeur ajoutée incontestable de la politique de cohésion, laquelle a été couronnée de succès au fil des ans, en aidant les territoires à relever les grands défis internes et externes de l’Union; reconnaît néanmoins qu’il met en lumière l’apparition, la persistance et, dans de nombreux cas, l’accroissement des inégalités régionales, tant au niveau européen qu’au niveau national;

2.

rappelle que la convergence économique et l’égalité des chances pour tous les citoyens de l’Union sont au cœur de la politique de cohésion, et que pour l’après-2027, celle-ci devrait viser à renforcer le développement de tous les territoires de l’Union, y compris ceux qui accusent actuellement un retard, en tirant parti des points de force et des atouts locaux pour stimuler la croissance, réduire les déséquilibres et investir dans la mobilisation du potentiel économique inexploité, en particulier dans les régions moins développées, comme le souligne le rapport du groupe de spécialistes de haut niveau sur l’avenir de la politique de cohésion (rapport du GHN);

3.

constate que, dans plusieurs pays, un nombre non négligeable de régions à revenu intermédiaire, ainsi que certaines régions plus développées, ont connu une croissance atone ou négative, tombant dans des «pièges de développement»; invite la Commission européenne à fournir une définition claire de ces pièges afin d’éviter le risque d’exploitation politique et de controverse autour de ce concept et d’en évaluer soigneusement les implications sur le système actuel de classification des régions; relève en outre que l’absence de définition claire peut conduire à une généralisation excessive du concept, qui se voit appliqué de manière inappropriée à des situations diverses et variées; note également que les changements rapides induits par la mondialisation et les avancées technologiques sont susceptibles de modifier la dynamique du développement. Le concept de pièges de développement pourrait ne pas pleinement refléter les possibilités et les défis posés par ces tendances mondiales, notamment l’inclusion numérique, les chaînes d’approvisionnement mondiales et la diffusion de l’innovation;

4.

souligne que la concentration croissante des activités économiques dans les régions métropolitaines et les grandes villes s’est souvent produite au détriment d’autres territoires (zones rurales, villes de taille moyenne, etc.), tout en alimentant des problèmes qui entraînent davantage de disparités économiques et sociales (par exemple, le manque de logements); relève qu’il pourrait s’agir là d’un défi encore plus important, en particulier pour les pays où une grande partie de la population vit encore en dehors des zones métropolitaines, à savoir dans des zones rurales ou des petites villes;

5.

se félicite du message véhiculé par le rapport du GHN selon lequel la compétitivité future de l’Europe nécessite également de tirer parti du potentiel inexploité de tous ses territoires, y compris les territoires moins développés et périphériques;

6.

relève, comme cela est souligné dans le 9e rapport, qu’en plus des enjeux structurels connus de longue date (par exemple dysfonctionnements du marché du travail, capital humain limité, faible capacité d’innovation, etc.), les régions européennes sont également confrontées au changement climatique, à la dépendance énergétique, à l’évolution démographique, aux tensions géopolitiques, ainsi qu’au rythme plus soutenu et à l’intensité croissante des chocs;

7.

est d’avis que les tendances territoriales susmentionnées et l’urgence d’y remédier afin de préserver la stabilité économique, sociale voire démocratique de l’Europe témoignent du rôle essentiel de la politique de cohésion dans les années à venir;

8.

reconnaît qu’une nouvelle combinaison de défis auxquels l’Europe et ses territoires sont confrontés nécessite une réforme de la politique de cohésion, qui doit voir ses objectifs et ses principes renforcés plutôt que dilués ou modifiés si l’on entend qu’elle lutte avec succès contre les disparités régionales;

Contexte et objectifs

9.

se félicite que la nécessité d’une politique de cohésion renforcée et améliorée soit reconnue dans le programme stratégique 2024-2029 du Conseil européen, dans les orientations politiques de la présidente de la Commission européenne pour la période 2024-2029 et dans plusieurs autres documents de haut niveau tels que le rapport Letta sur l’avenir du marché unique (1), le rapport Draghi sur l’avenir de la compétitivité européenne (2), la déclaration commune adoptée lors de la réunion ministérielle du groupe de Visegrád sur la politique de cohésion en mai 2024 et les demandes récentes de plusieurs groupes politiques au Parlement européen, ainsi que les échanges épistolaires qui témoignent d’un large consensus politique sur la nécessité d’une politique de cohésion forte et décentralisée;

10.

estime que l’agenda politique de l’Europe est en train d’évoluer rapidement en réaction à de nouvelles circonstances et que la politique de cohésion ne peut être dissociée de ce processus. La politique de cohésion après 2027 a un rôle à jouer dans la mise en œuvre des politiques liées aux priorités émergentes, étant donné qu’elles nécessitent souvent une approche territorialisée et touchent aux compétences des autorités infranationales (par exemple s’agissant des politiques climatiques). Il est donc plus important encore de disposer d’une politique de cohésion qui puisse s’appliquer à toutes les régions européennes, tout en ciblant leur situation spécifique dans le cadre d’une approche différenciée;

11.

relève que l’objectif de cohésion territoriale va de pair avec l’objectif plus large de promotion d’une Europe compétitive, résiliente et neutre sur le plan climatique à l’horizon 2050; entend que les investissements déployés dans les infrastructures, l’innovation, le capital humain et les pratiques durables au moyen des politiques de cohésion territoriale soutiennent l’objectif plus large consistant à faire de l’UE un acteur mondial plus compétitif et plus dynamique. Le rapport du GHN démontre clairement que l’amélioration de la compétitivité globale de l’Europe ne repose pas seulement sur le potentiel des régions développées, mais nécessite également que soit exploité celui de ses régions les moins développées;

12.

signale que les politiques de cohésion territoriale mettent souvent l’accent sur le développement durable, qui est de plus en plus important pour la compétitivité à long terme. En promouvant des pratiques durables sur le plan environnemental, les régions peuvent développer des technologies et des industries vertes et se positionner à l’avant-garde de l’économie verte émergente. Une telle démarche va dans le sens des tendances mondiales et renforce la compétitivité de l’UE sur des marchés durables;

13.

souligne que la future politique de cohésion devrait veiller de manière critique à ce que la recherche de compétitivité de l’Europe à l’échelle mondiale — qui implique d’inverser son déclin industriel, de soutenir les PME et les entreprises à moyenne capitalisation, de jouer un rôle de premier plan dans les technologies émergentes, de réaliser la triple transition écologique, numérique et démographique et de développer l’autonomie stratégique — débouche sur des possibilités de croissance pour tous les territoires et n’exacerbe pas les disparités existantes;

14.

insiste sur le fait que la transition sous toutes ses formes devrait être au cœur de la prochaine politique de cohésion et définir l’identité évolutive de la politique afin de la rendre à l’épreuve de l’avenir;

15.

relève la nature imbriquée de la résilience et de la compétitivité dans le développement régional, reconnaissant que des stratégies de résilience solides sont essentielles à une compétitivité économique durable; souligne le rôle essentiel de la politique de cohésion, notamment pour remédier aux différentes vulnérabilités des régions de l’Union, par exemple au changement climatique et aux défis géopolitiques, démographiques, économiques et environnementaux, en améliorant leur résilience. Comme le préconise le rapport du GHN, la politique de cohésion devrait être un outil préventif visant à garantir la préparation globale de l’Union aux défis futurs et à renforcer la résilience au sein du système grâce à des investissements structurels à long terme; à cet égard, la transition démographique devrait figurer parmi les priorités du prochain cadre de la politique de cohésion, parallèlement aux transitions écologique et numérique;

16.

relève les défis particuliers de la transformation numérique, qui doit être synonyme d’inclusion numérique et favoriser la diffusion de l’innovation dans toutes les régions. Ces aspects sont essentiels pour faire en sorte que toutes les régions bénéficient des avancées technologiques et soient en mesure de participer à l’économie mondiale;

17.

insiste sur l’importance que la politique de cohésion conforte la mise en œuvre du plan d’action actuel et futur sur le socle européen des droits sociaux, renforce le soutien à l’innovation sociale et améliore l’accès aux services publics dans les zones où la fourniture de ces services est confrontée à des défis croissants, par exemple dans les zones rurales;

18.

met toutefois en garde contre les pressions qui s’exercent pour que la politique de cohésion réponde à un trop grand nombre de priorités dans une logique de plus en plus sectorielle et appelle à réaffirmer à l’avenir la primauté de son approche territoriale. Tous les investissements relevant de la politique de cohésion devraient servir son objectif premier, à savoir la correction des disparités géographiques conformément à l’article 174 du TFUE;

19.

alerte également quant au fait qu’une politique comportant trop de priorités peut devenir décousue. Les parties prenantes, y compris les décideurs politiques, les autorités régionales et les bénéficiaires, peuvent éprouver des difficultés à comprendre ses principaux buts et objectifs. Il peut en résulter une confusion et une mise en œuvre inefficace des programmes et des projets;

20.

souligne qu’une telle dérive vers une «congestion des priorités», qui dilue l’impact de la politique, devrait faire l’objet d’un rééquilibrage en intégrant une approche territoriale plus explicite des objectifs de cohésion dans d’autres politiques et instruments thématiques de l’Union, en coordination avec les régions, afin de créer de meilleures synergies et passerelles entre les instruments et les politiques, notamment nationales; se félicite, par conséquent, du message du 9e rapport sur la cohésion selon lequel celle-ci ne peut être poursuivie par la seule politique de cohésion, mais devrait être un objectif commun à toutes les politiques d’investissement de l’Union et des États membres, de manière coordonnée;

21.

réitère ses appels à ancrer le principe consistant à «ne pas nuire à la cohésion» en tant que principe transversal s’appliquant aux politiques de l’Union. Pour garantir le respect de ce principe, il faudrait non seulement renforcer l’outil des analyses d’impact territorial, mais aussi créer un cadre de suivi solide au niveau de l’UE pour évaluer la mise en œuvre des politiques au regard de ce principe;

22.

rappelle le rôle critique, mais souvent négligé, de la politique de cohésion dans la promotion du marché unique — dans la mesure où elle atténue les effets non intentionnels engendrés par celui-ci dans certains domaines — tout en aidant de nombreux territoires à développer les capacités nécessaires pour en tirer parti. Comme le souligne le rapport Letta, en l’absence d’une politique de cohésion solide, les effets positifs du marché unique seront considérablement entravés;

23.

souligne que la politique de cohésion comprend des mesures visant à renforcer la capacité institutionnelle des gouvernements régionaux et locaux. L’amélioration de la gouvernance et des capacités administratives permet aux régions de mettre efficacement en œuvre des politiques et des projets conformes aux objectifs du marché unique. Des institutions fortes sont essentielles pour créer un environnement favorable aux entreprises et attirer les investissements. En outre, la politique de cohésion encourage la coopération entre les régions au moyen de divers programmes transfrontaliers, transnationaux et interrégionaux. Ces initiatives favorisent la collaboration et le partage des connaissances, en aidant les régions à mettre en commun leurs ressources, à partager leurs bonnes pratiques et à élaborer des stratégies communes de développement économique. Une coopération de ce genre, en créant un espace économique plus intégré et plus cohérent, est un outil de renforcement du marché unique;

Aspects budgétaires

24.

rappelle que l’ampleur des défis territoriaux décrits aux paragraphes précédents exige de doter la politique de cohésion post-2027 d’un budget qui soit à la hauteur de la tâche, au moins équivalent en termes réels à celui de la période 2021-2027 (y compris le complément REACT-EU), tandis que le volet «coopération territoriale européenne» devrait être augmenté par rapport à la période de programmation actuelle et représenter au moins 8 % du montant total et que le volet «coopération transfrontalière» devrait être au moins doublé;

25.

souligne que toutes les régions devraient continuer d’être éligibles à un financement et estime que la limitation de la portée géographique de la politique repose sur une compréhension étroite et trompeuse de son incidence et de ses avantages; fait valoir que les restrictions géographiques peuvent nuire au sentiment d’unité et à l’objectif commun que la politique vise à promouvoir. Cela pourrait affaiblir la cohésion et la solidarité globales au sein de l’UE, ce qui compliquerait la réalisation des objectifs collectifs. Les régions qui se sentent négligées ou traitées de manière inéquitable pourraient être désillusionnées par l’UE, entraînant une instabilité politique et des défis pour le processus d’intégration;

26.

rappelle sa demande formulée de longue date de réformer le volet des recettes du CFP en établissant de nouvelles ressources propres qui réduiraient l’influence de la logique du «juste retour» sur les dotations de la politique de cohésion au profit de critères qui reflètent au mieux les besoins territoriaux réels;

27.

reconnaît les avantages d’une rationalisation de l’architecture du prochain CFP, y compris dans le cadre de la gestion partagée, mais souligne que toute option de ce type devrait tenir dûment compte du champ d’application et de la finalité spécifiques des différents Fonds structurels prévus dans les traités, en particulier de leur dimension territoriale. L’harmonisation des règles entre les fonds, dans un cadre unique, devrait être la priorité principale, quel que soit le nombre de fonds, à condition qu’une telle harmonisation ne nuise pas à la gouvernance à plusieurs niveaux de la future politique de cohésion;

28.

réitère dès lors la proposition du CdR d’établir un cadre stratégique unique définissant les principales sphères d’application et objectifs pour la période postérieure à 2027: ce «pacte européen de partenariat» devrait s’appuyer sur des initiatives antérieures, telles que le cadre stratégique commun, et assurer la cohérence et la directionnalité dans la mise en œuvre de la politique; souligne, dans l’esprit d’un cadre stratégique commun, qu’il est essentiel que le Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader) soit programmé et mis en œuvre au même niveau régional que les Fonds structurels de manière à avoir une architecture de financement cohérente et une utilisation intégrée des politiques en faveur des zones rurales;

29.

souligne toutefois que la fragmentation actuelle des instruments de financement reste un obstacle à l’efficacité des dépenses (du fait qu’elle augmente la complexité administrative, entrave la coordination, réduit la cohérence stratégique et crée des pertes d’efficience); est d’avis, par exemple, que le Fonds pour une transition juste servirait au mieux les objectifs qui sont les siens en venant compléter le FEDER et le FSE, afin d’éviter les doubles emplois et les chevauchements dans sa mise en œuvre; reconnaît toutefois qu’il est essentiel de maintenir l’orientation spécifique du FTJ, ainsi qu’une dotation financière égale ou majorée de celui-ci. Si ce défi est relevé, une approche complémentaire est susceptible d’apporter un soutien global aux régions qui subissent des transitions importantes, contribuant ainsi à leur résilience économique et sociale;

30.

s’oppose à la création de nouveaux fonds sectoriels de l’Union sans additionnalité ni complémentarité évidentes par rapport aux instruments existants; regrette à cet égard que les orientations politiques de la Commission européenne ne fassent pas référence au rôle et à la contribution de la politique de cohésion, mais annoncent plutôt un nouveau Fonds pour la compétitivité; tout en souscrivant aux motifs qui justifient ledit Fonds, souligne que ces nouveaux fonds pourraient entraîner des charges bureaucratiques supplémentaires et entraver les effets de la politique de cohésion dans la mesure où ils sont aveugles aux réalités territoriales; souligne que, pour préserver l’intégrité et l’impact de la politique de cohésion, il est primordial d’équilibrer l’introduction de nouvelles initiatives avec la nécessité d’approches intégrées, cohérentes et rationalisées qui s’attaquent efficacement aux disparités régionales et favorisent un développement équilibré dans l’ensemble de l’Union;

31.

souligne que le budget de la future politique de cohésion devrait être conçu de manière à ce que le futur élargissement aux nouveaux États membres d’ici la fin de la période 2028-2034 ne crée aucune perturbation financière;

32.

demande le rétablissement du principe d’additionnalité dans le règlement afin d’endiguer le recours croissant à la politique de cohésion pour compenser le sous-financement par les États membres de leurs territoires situés dans l’Union;

Mécanisme de mise en œuvre et gouvernance à plusieurs niveaux

33.

conçoit fort bien, dans certaines circonstances et à certaines conditions, la réorientation de la politique de cohésion vers un modèle davantage axé sur les performances dans la mesure où cette approche peut apporter une simplification et une efficacité accrue; met toutefois en garde sur le fait que cette approche n’est ni une panacée ni une solution universelle pour tous les domaines d’aide, et qu’elle nécessite en complément des mesures supplémentaires pour réduire la complexité de la politique de cohésion;

34.

est d’avis qu’un modèle axé sur les performances n’apporterait de valeur ajoutée qu’à la condition d’apporter une simplification et que si les autorités de gestion jouissent d’un degré raisonnable d’autonomie dans son application, y compris en conservant la possibilité d’opter pour des modèles fondés sur les coûts, le cas échéant. En outre, tous les objectifs définis au moyen de mécanismes fondés sur les performances devraient avoir une assise territoriale, le cas échéant;

35.

met en évidence que le modèle fondé sur les performances ne peut être considéré comme une solution universelle à toutes les questions de mise en œuvre de la politique de cohésion, car il pourrait être exploité efficacement pour certains types d’interventions ou d’objectifs et, dans le même temps, être un instrument non optimal pour d’autres, ce qui constitue un argument supplémentaire en faveur d’une application souple pour la période postérieure à 2027;

36.

plaide avec fermeté pour que le modèle de gestion partagée, la gouvernance à plusieurs niveaux et le principe de partenariat restent les principes directeurs de la politique de cohésion après 2027, comme indiqué dans l’avis du CdR intitulé «Participation effective des collectivités locales et régionales à la préparation des accords de partenariat et des programmes opérationnels» (3), dès lors que la réussite de la mise en œuvre de la politique de cohésion dépend fondamentalement des aptitudes et de la participation des collectivités locales et régionales pour garantir que les initiatives soient pertinentes, efficaces et durables. Leur connaissance des réalités locales, leurs liens avec les parties prenantes et leur rôle dans le contrôle du respect de la réglementation de l’UE en font des partenaires inestimables dans le processus de développement;

37.

rappelle que le principe de subsidiarité est l’un des principaux éléments constitutifs du projet de l’Union et qu’il devrait être dûment respecté dans la mise en œuvre des fonds, en particulier s’agissant des compétences des collectivités locales et régionales, conformément à l’article 5 du traité UE; note que la protection de la subsidiarité dans la politique de cohésion garantit que les décisions sont prises au plus près des citoyens, dans le respect de l’autonomie locale, en améliorant la pertinence et l’efficacité de cette politique, en renforçant l’obligation de rendre des comptes et en favorisant une utilisation efficace des ressources;

38.

est convaincu que le système actuel permettant différentes formes de programmes (régionaux, interrégionaux, nationaux, plurifonds, etc.) et de rôles dans leur gestion (autorités de gestion, organismes intermédiaires, etc.) est le mieux placé pour s’adapter aux différents cadres institutionnels des États membres, tandis que des solutions universelles, comme dans le cas d’un plan national unique, seraient beaucoup moins efficaces;

39.

s’oppose, par conséquent, à toute mesure directe ou indirecte de centralisation au sein de la politique de cohésion et se tient prêt à explorer tout moyen juridique, notamment au titre du protocole no 2 sur l’application des principes de subsidiarité et de proportionnalité et de l’article 263 du traité FUE, pour bloquer toute tentative en ce sens; préconise de mettre en place davantage de garanties juridiques dans le cadre post-2027 afin d’assurer une plus grande décentralisation et une participation généralisée des collectivités locales et régionales aux processus décisionnels;

40.

réaffirme que les collectivités locales et régionales sont des partenaires essentiels de la politique de cohésion en raison de leurs connaissances locales, de leurs capacités de mise en œuvre, de leur aptitude à favoriser l’engagement local et du fait que cela correspond aux principes de la gouvernance à multiniveaux. Leur participation garantit que la politique de cohésion est efficace, pertinente et adaptée aux besoins de régions variées, contribuant ainsi au succès global des efforts de développement régional;

41.

demande l’instauration d’une condition favorisante spécifique basée sur le principe de partenariat, qui imposerait l’adoption de plans nationaux assortis d’engagements clairs quant à la participation des collectivités locales et régionales à la conception et à la mise en œuvre de la politique de cohésion; invite la Commission à lui faire rapport chaque année sur les progrès accomplis s’agissant du respect de cette condition;

42.

insiste sur l’importance capitale des approches territorialisées en matière de politique de cohésion, ainsi que sur la nécessité de disposer d’instruments intégrés sur mesure (par exemple, la coopération entre la ville et sa périphérie, le développement urbain intégré, le développement local mené par les acteurs locaux) afin de relever le seuil d’acceptation vis-à-vis de l’approche politique dans les régions, avec en ligne de mire une Europe proche de ses citoyens; souligne que les besoins du niveau local et régional constituent le point de départ et le fondement de ces approches, et propose d’étudier dans quelle mesure il est opportun de prévoir des cadres juridiques propres à ces exigences spécifiques;

Gouvernance économique européenne et réformes

43.

reconnaît la logique qui sous-tend la poursuite de l’intégration de la politique de cohésion dans le Semestre européen et estime que cette perspective pourrait être partiellement mise en œuvre en accentuant la place occupée par les tendances territoriales dans les rapports par pays et en faisant de l’impact des réformes sur l’équité territoriale un critère horizontal dans les recommandations par pays;

44.

souligne toutefois que, si la politique de cohésion est conçue pour répondre aux besoins régionaux et locaux, en mettant fortement l’accent sur l’adaptation des interventions à la lumière des contextes locaux spécifiques, le Semestre européen, quant à lui, fonctionne au niveau national, en mettant l’accent sur la gouvernance économique et les réformes structurelles;

45.

est d’avis qu’il convient d’adopter une approche très prudente pour ce qui est de lier le financement de la politique de cohésion aux réformes structurelles, étant donné que, souvent, ces dernières ne sont pas appliquées au niveau des autorités chargées de la mise en œuvre de la politique de cohésion; se félicite de la suggestion formulée dans le 9e rapport sur la cohésion d’utiliser l’instrument des conditions favorisantes à cette fin et d’étudier comment le lien entre investissements et réformes pourrait être plus efficace, mais souligne que cette option n’est viable que si les réformes choisies ont une pertinence directe pour les défis territoriaux et si leur négociation est menée dans le plein respect du principe de partenariat;

46.

se déclare cependant et à nouveau vivement opposé à ce qu’il soit recouru à l’approche «de la carotte et du bâton» en reliant la politique de cohésion à la gouvernance économique européenne, ce qui impliquerait à tout le moins la suppression de la conditionnalité macroéconomique;

47.

souligne que le pacte de stabilité et de croissance ne devrait en aucun cas restreindre l’accès aux fonds de la politique de cohésion et se félicite dès lors que le cadre de gouvernance économique révisé exclue le cofinancement des programmes de l’Union de la définition des dépenses nettes, ce qui renforce la cohérence des politiques de l’Union tout en facilitant la mise en œuvre des fonds qui en proviennent, notamment ceux relevant de la politique de cohésion;

Programmation et perspective territoriale

48.

note que les retards dans la mise en œuvre sont souvent dus à la longueur des négociations budgétaires, législatives et de programmation ainsi qu’à la complexité réglementaire, et invite la Commission à présenter un plan viable avec le Conseil de l’UE et le Parlement européen afin de contrer ce risque dans la perspective post-27. Des options telles que le découplage des aspects budgétaires du règlement ou la possibilité d’une reconduction partielle des programmes existants lors de la nouvelle période pourraient être explorées, ce qui serait un facteur de prévisibilité pour les autorités de gestion;

49.

reconnaît que les régions ont prouvé par le passé que, grâce aux structures et aux procédures établies, elles pouvaient aussi réagir de manière flexible et en fonction des besoins aux crises socio-économiques et, partant, accroître la résilience de l’Union; souligne néanmoins que la politique de cohésion n’est pas un instrument d’atténuation des crises et, pour éviter qu’elle ne soit soumise à des pressions pour remplir ce rôle, demande la mise en place d’un mécanisme spécifique adéquat dans le cadre du CFP pour faire face aux chocs;

50.

souligne que la programmation et la mise en œuvre de la politique de cohésion pourraient être davantage simplifiées, en ciblant les bénéficiaires ainsi que les autorités de gestion et d’audit, comme le soulignent également les avis de la plateforme «Prêts pour l’avenir» sur les thèmes «Évaluation du Fonds européen de développement régional, du Fonds de cohésion et du Fonds pour une transition juste» et «Évaluation du Fonds social européen+», adoptés en octobre 2024 (4). Cela pourrait se faire notamment en élaborant des «contrats de confiance» avec des programmes qui fonctionnent déjà bien afin de réduire le niveau des audits et des contrôles ainsi que les exigences relatives aux rapports, aux financements, au suivi et aux audits. Le CdR estime qu’il est impératif d’introduire des mesures de simplification dont pourront tirer parti les bénéficiaires, lesquels ont été négligés jusqu’à présent;

51.

rappelle que le Comité des régions a déjà demandé que le champ d’application du Fonds pour une transition juste 2021-2027 soit élargi afin d’inclure d’autres secteurs en transition; relève en outre que la transition des régions actuellement couvertes par ce fonds n’est pas terminée et qu’elles continueront à avoir besoin d’un soutien différencié à l’avenir; demande, à cet égard, que la question d’une transition juste devienne une composante essentielle d’une politique de cohésion réformée, qui se concentre sur l’anticipation du changement, afin de soutenir les régions confrontées à la transformation des industries les plus stratégiques, énergivores, très émettrices de gaz à effet de serre et à forte intensité de main-d’œuvre, y compris en ce qui concerne la mutation de l’industrie automobile et du secteur de l’approvisionnement en composants;

52.

reste fermement convaincu que la coopération territoriale européenne (CTE) est l’épitome de la valeur ajoutée européenne et qu’elle devrait être renforcée à l’avenir. La CTE est le principal outil d’intégration et de solidarité européennes. Elle favorise le sentiment d’unité européenne en promouvant la collaboration entre les régions des différents États membres de l’UE, renforçant ainsi le concept d’espace européen commun. Elle contribue également au développement d’une citoyenneté européenne transfrontière, au sein de laquelle des citoyens de différentes régions travaillent ensemble et nouent des relations au-delà des frontières nationales. À cet égard, le budget qui y est consacré devrait à l’avenir être augmenté pour représenter au moins 8 % du montant total du budget de la politique de cohésion au cours de la prochaine période de programmation; rappelle, à cet égard, l’importance particulière de la coopération transfrontalière, dont le budget devrait être au moins doublé au cours de la prochaine période de programmation et s’accompagner d’une application plus flexible des règles de concentration thématique, étant donné que les régions frontalières représentent 40 % du territoire de l’Union et que 30 % de la population européenne y vit;

53.

fait valoir que les stratégies de spécialisation intelligente sont devenues un cadre politique dominant au niveau régional et qu’elles devraient jouer un rôle encore plus important à l’avenir, en tant que mécanismes de mise en œuvre territoriale pour la transition industrielle de l’Europe. Il est proposé qu'en sus du budget nécessaire alloué à l'instrument pour des investissements d'innovation interrégionaux, un pourcentage des ressources des programmes régionaux du FEDER puisse être utilisé pour mettre en place des stratégies de spécialisation intelligentes dans le cadre de projets d’investissement interrégionaux, afin de renforcer les chaînes de valeur industrielles, de répondre aux problèmes des régions bloquées dans des pièges de développement et de mettre en place des projets interrégionaux et de partenariats;

54.

rappelle que les régions ultrapériphériques sont aux frontières extérieures de l’UE; souligne l’importance des programmes Interreg D, qui mettent en œuvre une coopération entre elles et les pays tiers voisins, pour renforcer leur intégration régionale ainsi que la présence et l’action extérieure de l’UE dans les zones géographiques où elles sont situées, et met l’accent sur la nécessité de progresser dans la définition de stratégies de développement spécifiques pour les RUP et les pays tiers voisins;

55.

souligne l’importance de la politique de cohésion pour les régions telles que les régions rurales et les régions où s’opère une transition industrielle, ou encore les régions ultrapériphériques, les régions septentrionales à faible densité de population, les îles, les régions transfrontalières et montagneuses. En fournissant une aide financière ciblée, en soutenant la diversification économique, en s’attaquant aux problèmes sociaux et démographiques et en promouvant le développement durable, la politique de cohésion aide ces régions à surmonter leurs handicaps et à parvenir à une croissance plus équilibrée et inclusive;

56.

souligne l’importance stratégique de régions frontalières extérieures fortes pour la sécurité et la résilience de l’Union; demande, compte tenu de l’incidence du contexte géopolitique actuel dans les régions frontalières extérieures, que la politique de cohésion prenne également en compte cette réalité;

57.

rappelle que les défis spécifiques inhérents aux régions ultrapériphériques devraient également faire l’objet d’une attention particulière, conformément à l’article 349 du TFUE, et que, pour ces régions, les questions d’accessibilité territoriale, de transport et de connectivité sont étroitement liées et devraient être traitées parallèlement aux objectifs de la politique de cohésion.

Bruxelles, le 21 novembre 2024.

Le président

du Comité européen des régions

Vasco ALVES CORDEIRO


(1) https://www.consilium.europa.eu/media/ny3j24sm/much-more-than-a-market-report-by-enrico-letta.pdf.

(2) https://commission.europa.eu/topics/strengthening-european-competitiveness/eu-competitiveness-looking-ahead_en?prefLang=fr.

(3) Avis du Comité européen des régions sur le thème «Participation effective des collectivités locales et régionales à la préparation des accords de partenariat et des programmes opérationnels pour la période 2021-2027» (JO C 61 du 4.2.2022, p. 15).

(4) https://commission.europa.eu/law/law-making-process/evaluating-and-improving-existing-laws/refit-making-eu-law-simpler-less-costly-and-future-proof/fit-future-platform-f4f/adopted-opinions_fr.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/285/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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