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AccueilDroit européen52024IR2565
Initiative législative52024IR2565

Avis du Comité européen des régions — Des conditions de travail équitables dans l’agriculture: le point de vue local et régional

CELEX52024IR2565
TypeInitiative législative
Datemercredi 20 novembre 2024

Résumé IA

Cet avis du Comité européen des régions examine les défis locaux et régionaux liés aux conditions de travail dans le secteur agricole, notamment le travail saisonnier et détaché. Il formule des recommandations pour renforcer les contrôles, lutter contre les abus et améliorer l'application du droit du travail européen au niveau territorial. Le texte insiste sur le rôle clé des collectivités locales dans la mise en œuvre de conditions de travail équitables et la prévention du dumping social.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2025/283

24.1.2025

Avis du Comité européen des régions — Des conditions de travail équitables dans l’agriculture: le point de vue local et régional

(C/2025/283)

Rapporteure : Karine GLOANEC-MAURIN (FR/PSE), maire adjointe déléguée de la commune nouvelle de Couëtron-au-Perche

RECOMMANDATIONS POLITIQUES

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS (CdR),

1.

rappelle que le modèle de la ferme familiale, souvent défendu par les organisations professionnelles agricoles et consacré par les politiques agricoles de la seconde moitié du XXe siècle en Europe de l’Ouest, se trouve aujourd’hui considérablement fragilisé: en 2020, les gestions non familiales occupaient 39 % de la superficie des terres utilisées pour la production agricole européenne et étaient même à la tête de 45 % des unités de cheptels au sein de l’Union;

2.

observe que le travail agricole repose de plus en plus sur de nouvelles stratégies d’association, d’externalisation ou d’intégration de salariés: la main-d’œuvre agricole régulière de l’UE était estimée à 17 millions de personnes en 2020 (1); une étude prospective de la Commission européenne suggère que la main-d’œuvre agricole tomberait à 7,7 millions de travailleurs en 2030, avec une baisse annuelle de 2 % d’ici 2030, un départ qui sera compensé seulement en partie par l’afflux de travailleurs migrants;

3.

soutient que les salariés agricoles réalisent désormais une part de plus en plus importante du travail au sein des exploitations agricoles qui ne cessent de s’agrandir et qu’ils sont amenés au fil des ans à peser de plus en plus dans la part de travail réalisé au sein des exploitations agricoles européennes;

4.

constate une augmentation des pénuries de main-d’œuvre dans le secteur agricole: une étude de l’OCDE (2) montre que ce problème est particulièrement marqué en Irlande, en Grèce, en Pologne et en Belgique; souligne qu’il est nécessaire d’établir des conditions de concurrence équitables pour toutes les entreprises agricoles afin de remédier efficacement à de telles pénuries;

5.

considère qu’une transition vers la durabilité écologique de l’agriculture doit aller de pair avec la justice sociale et que les engagements en faveur du pacte vert doivent être complétés par des engagements en faveur d’un pacte social;

Renforcement de la conditionnalité sociale de la politique agricole commune

6.

prend acte de la mise en place par la Commission européenne de systèmes de suivi et d’évaluation spécifiques pour examiner l’efficacité de la conditionnalité sociale en 2027, insiste sur l’importance des analyses d’impact à long terme pour évaluer l’incidence plus large de la conditionnalité sociale sur le secteur agricole et les zones rurales, et demande que cette évaluation prenne en compte cet avis;

7.

note que la mise en place d’une «conditionnalité sociale» des aides au sein de la politique agricole commune ne s’est pas accompagnée d’un renforcement de la législation européenne déjà en vigueur en matière de conditions de travail, mais qu’elle entraîne une charge administrative accrue pour les agriculteurs et une surcharge bureaucratique pour les administrations chargées de contrôler le respect de cette conditionnalité sociale;

8.

rappelle que la législation européenne en vigueur laisse aux États membres la décision sur l’étendue des sanctions en cas d’infraction, conformément aux systèmes nationaux de contrôle existants en matière sociale et de droit du travail. Cela permet aux États membres d’adopter une approche plus individualisée en matière de conditionnalité sociale pour prendre en compte les différents contextes agricoles qui existent à travers l’Union européenne. Le Comité constate néanmoins que cette liberté peut entraîner des disparités au niveau des conditions de travail des salariés résultant des différents niveaux de sanctions et de contrôle, pouvant à leur tour entraîner des distorsions de concurrence sur le marché;

9.

relève que la Commission européenne pourrait réexaminer, en collaboration avec les partenaires sociaux européens, le système de sanctions coordonnées à travers l’Union européenne pour parvenir à une harmonisation plus large;

10.

recommande de clarifier les responsabilités en cas de manquements aux normes introduites par la conditionnalité sociale lorsque des intermédiaires sont présents pour recruter de la main-d’œuvre;

11.

fait observer que la Commission européenne reconnaît les faiblesses de la conditionnalité sociale de la PAC, ce nouvel instrument ne couvrant pas certains des secteurs les plus exposés aux violations des droits des travailleurs. En effet, le mécanisme de conditionnalité sociale, au titre duquel les États membres de l’UE peuvent suspendre les paiements directs aux exploitations agricoles qui ne respectent pas les normes fixées, ne s’applique pas à de nombreuses entreprises agricoles des secteurs de la production de fruits ou de légumes;

12.

recommande donc de prendre des mesures pour que les objectifs de la conditionnalité sociale puissent être atteints dans tous les secteurs agricoles, de façon à limiter les distorsions de concurrence entre les régions, liées aux disparités en matière de coûts de la main-d’œuvre;

13.

suggère de mettre au point des instruments destinés à aider les employeurs agricoles à offrir des conditions de logement décentes à leurs travailleurs; recommande en particulier que les collectivités locales et régionales procèdent, en collaboration avec les autorités du travail compétentes, à des évaluations ex ante des besoins en matière de logement dans le secteur;

14.

préconise la création de structures indépendantes auprès desquelles les travailleurs agricoles pourraient déposer des plaintes de manière anonyme en cas de non-respect du droit du travail;

15.

demande que la conditionnalité sociale s’accompagne a minima de la distribution du guide élaboré par l’Autorité européenne du travail (3) à tous les travailleurs saisonniers afin d’informer les salariés agricoles sur leurs droits et d’une offre de programmes de formation sur la sécurité et la santé au travail selon des modalités appropriées à l’exploitation agricole concernée;

16.

recommande d’associer activement un large éventail de parties prenantes à l’évaluation et au processus de révision et d’ajustement du cadre de conditionnalité sociale;

Accompagnement des agriculteurs dans la mise en œuvre de la conditionnalité sociale

17.

encourage les États membres à utiliser la mesure «Transfert de connaissances et information» du Feader afin de former les agriculteurs et les agricultrices à leur devoir en tant qu’employeurs et employeuses;

18.

recommande aux États membres d’inclure des objectifs sociaux dans les interventions PAC de marchés sous forme d’aides incitatives pour les groupements de producteurs [règlement (UE) 2021/2115 (4), article 46, point k) et article 47, paragraphe 1, point a) xiii) et point b) pour les fruits et légumes, et articles 57, point c) et 58, point f) pour le secteur viticole] en complément de la conditionnalité sociale pour des secteurs où celle-ci a peu d’impact;

19.

invite les collectivités locales et régionales à utiliser le soutien du Feader, et en particulier le programme Leader, pour répondre aux défis et opportunités présentés par l’afflux récent de migrants et de réfugiés au sein de l’Union européenne, afflux qui peut aider à répondre en partie au manque de main-d’œuvre dans le secteur agricole;

20.

suggère de mettre en place un système d’aides supplémentaires en faveur des exploitations agricoles qui certifient un niveau plus élevé de respect des conditions sociales, de travail et d’emploi, en particulier pour les questions spécifiques relatives aux conditions de travail des femmes, des groupes de travailleurs vulnérables ou de l’amélioration de la situation salariale. L’objectif est d’encourager la mise en œuvre de conditions sociales plus favorables par rapport aux normes minimales, comme c’est déjà le cas dans le cadre de la conditionnalité environnementale;

21.

soutient que les filières qui assurent de bonnes conditions de travail aux salariés agricoles par le biais d’un label distinguant les employeurs équitables au sein d’une filière (5) ou au moyen d’une certification (6) (par exemple, la certification Global GAP GRASP ou la certification SA8000) devraient être mises en place et promues davantage;

Dimension locale et régionale

22.

fait observer que la présence de travailleurs migrants dans les zones rurales génère des défis et des opportunités spécifiques pour les ressortissants des pays tiers et les communautés d’accueil;

23.

souligne que souvent, les communautés rurales ne sont pas correctement préparées à accueillir des travailleurs migrants et que les collectivités locales fonctionnent dans de nombreux cas avec des capacités limitées en termes de ressources et d’infrastructures. Cette situation peut rendre très difficile la gestion des afflux de migrants et peut aussi engendrer des attitudes négatives au niveau local, en particulier dans les endroits caractérisés par une économie stagnante où la main-d’œuvre migrante peut être perçue comme étant en concurrence avec la main-d’œuvre locale;

24.

constate que l’exploitation illégale de travailleurs saisonniers dans certaines zones de production peut conduire à des distorsions de concurrence avec des régions qui appliquent les réglementations en matière d’emploi de ces travailleurs;

25.

constate que l’intégration des migrants dans les zones rurales qui disposent des capacités administratives et financières nécessaires, avec le soutien du public, peut avoir des effets positifs sur la revitalisation des zones rurales. La présence de travailleurs migrants dans les zones rurales peut aussi contribuer à compenser le vieillissement des populations, prévenir l’exode rural et favoriser l’investissement dans le développement de services publics pour permettre la venue de ces travailleurs agricoles. La revitalisation des zones rurales devrait donc encourager les investissements à long terme dans ces zones, l’amélioration des infrastructures, le déploiement d’une offre de transports accessibles et bien connectés, la fourniture de services de qualité et la création d’opportunités économiques, ainsi que des conditions de travail décentes;

26.

propose, pour cette raison, de promouvoir et de valoriser les filières régionales qui respectent l’ensemble des droits des travailleurs agricoles migrants ainsi que de favoriser un système agroalimentaire soutenable;

Politiques liées à la sécurité et à la santé au travail

27.

souligne que différentes études (7) indiquent que les travailleurs agricoles présentent des taux d’accidents, de blessures fatales et d’empoisonnement par les produits phytosanitaires bien plus élevés que les autres groupes socioprofessionnels et ouvriers;

28.

insiste sur l’importance de s’attaquer aux menaces que représentent les substances dangereuses telles que les pesticides et les produits phytopharmaceutiques, qui contribuent de manière significative à l’empoisonnement des travailleurs agricoles et aux risques sanitaires qu’ils encourent sur le long terme lorsqu’elles ne sont pas utilisées correctement. Est ainsi mise en exergue la nécessité d’une formation renforcée et d’une transition vers des pratiques agricoles durables afin de protéger la santé des travailleurs;

29.

indique que selon différentes études (8), les travailleurs migrants sont confrontés à des risques spécifiques en matière de santé et de sécurité, ainsi qu’à un taux d’accidents plus élevé que les travailleurs locaux (souvent accru par un manque de formation appropriée, de connaissances linguistiques, de connaissance des particularités des territoires et de leurs conditions climatiques);

30.

insiste sur l’importance de mettre en œuvre des programmes complets en matière de santé et de bien-être pour les travailleurs agricoles. Ces programmes devraient inclure l’accès à un soutien en matière de santé mentale, à des bilans de santé réguliers et à des soins préventifs pour supporter les difficultés physiques et psychologiques auxquelles sont confrontés ces travailleurs. La promotion d’un bien-être général contribue à améliorer la santé de la main-d’œuvre et favorise la productivité et la satisfaction professionnelle;

31.

rappelle qu’entre 2007 et 2017, selon une étude Eurostat (9), on a enregistré en moyenne plus de 500 décès par an dans le secteur agricole et forestier et plus de 150 000 accidents non mortels au sein de l’Union européenne. Des données plus récentes d’Eurostat montrent que le taux d’accidents mortels ou non est plus élevé dans le secteur agricole que dans tous les autres secteurs d’activité (10);

32.

souligne que, selon une étude de l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (11), la prévalence élevée des symptômes musculosquelettiques, en particulier au niveau du cou, du haut du dos, du bas du dos et des genoux chez les travailleurs agricoles, met en évidence le besoin urgent d’interventions ergonomiques pour améliorer les conditions de travail et réduire l’exposition aux risques musculosquelettiques;

33.

fait observer que la couverture des agriculteurs indépendants par la législation européenne et nationale de la SST est, dans certains cas, manquante ou partielle, ce qui peut leur poser des difficultés spécifiques lorsqu’il s’agit d’accéder à des ressources telles que la formation et à certains autres avantages; elle doit également figurer au cœur des préoccupations en matière de santé et de sécurité au travail dans les secteurs de l’agriculture et de la sylviculture;

34.

demande aux États membres d’adopter la «recommandation sur la sécurité et la santé dans l’agriculture» (12) (no 192) de l’Organisation internationale du travail ainsi que la recommandation du Conseil du 18 février 2003 (13) portant sur l’amélioration de la protection de la santé et de la sécurité au travail des travailleurs indépendants;

35.

préconise d’examiner très attentivement toutes les dérogations à la législation européenne existante sur le temps de travail et les conditions de travail dans le secteur agricole, notamment compte tenu de la hausse des températures;

36.

se félicite de la publication par l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail d’un guide sur la gestion des températures élevées au travail (14) et encourage tous les acteurs concernés à mettre en œuvre les mesures recommandées;

37.

reconnaît les efforts d’ores et déjà déployés par de nombreux États membres de l’UE, qui disposent d’inspecteurs du travail contrôlant les conditions de travail dans divers secteurs, dont l’agriculture; reconnaît les nombreuses difficultés auxquelles ces derniers font face compte tenu des ressources limitées qu’on leur octroie; recommande à la Commission européenne de faciliter les échanges de bonnes pratiques en la matière et à tous les acteurs concernés de suivre les lignes directrices proposées par l’Organisation internationale du travail en mars 2024 (15);

38.

encourage les États membres et les régions à utiliser davantage l’article 15 du règlement (UE) no 1305/2013 (16) du deuxième pilier de la PAC pour des formations et des conseils sur les normes de sécurité au travail ou les normes de sécurité liées à l’exploitation agricole et de prévoir des éléments spécifiques pour répondre à la situation et aux besoins des travailleurs migrants;

39.

insiste sur l’importance des initiatives portant sur la formation dispensée actuellement en matière de sécurité et de santé aux travailleurs agricoles et aux représentants du personnel, et soutient les programmes fournissant des informations générales sur la sécurité au travail et sur les conditions de travail et donnant aux agriculteurs et aux travailleurs agricoles les moyens d’établir une culture de la sécurité au travail, laquelle aiderait à assurer de manière générale la résilience et l’efficacité du secteur;

40.

recommande d’associer l’ensemble des travailleurs et des parties prenantes concernés à l’élaboration des programmes de formation afin de s’assurer que ces programmes soient culturellement, linguistiquement et pédagogiquement appropriés, de façon à mieux refléter les réalités du lieu de travail en question;

41.

souligne également qu’il est impératif de s’assurer du respect des réglementations existantes en matière de sécurité afin d’éviter toute distorsion de concurrence: si, dans certains États membres, il existe pour le secteur agricole des dérogations qui l’exemptent des règles de sécurité au travail appliquées dans d’autres secteurs en raison de la nature intrinsèquement différente du travail effectué, qui permettent de répondre aux besoins et aux difficultés spécifiques qu’il rencontre, ces dérogations ne doivent pas compromettre la sécurité ou la santé des travailleurs, ni déboucher sur des conditions de travail inférieures aux normes;

42.

invite les États membres à mettre en œuvre des mesures aux niveaux local, régional et national pour permettre aux travailleurs migrants du secteur agricole d’accéder aux services sociaux et de santé de manière indépendante;

43.

préconise que l’accès aux soins de santé pour les travailleurs migrants soit inclusif et adapté à leurs besoins; les barrières administratives et linguistiques doivent être supprimées et il est nécessaire de garantir que les travailleurs puissent accéder aux soins de santé sans craindre de représailles ou de licenciement pour raisons médicales. Cela étant, si la conditionnalité sociale de la PAC peut favoriser le respect des droits sociaux et des droits du travail, l’accès aux soins de santé est régi par les politiques adoptées à l’échelon national;

Droits des salariés agricoles

44.

insiste sur la nécessité de renforcer la non-discrimination à l’égard des travailleuses et des travailleurs provenant de pays tiers, en veillant particulièrement aux conditions de travail, à la liberté d’association et d’affiliation, aux prestations de sécurité sociale et aux allocations familiales;

45.

rappelle que même si les agricultrices ont progressivement gagné en reconnaissance au sein de leur exploitation grâce à l’introduction de nouveaux statuts au fil des années, il existe encore des agricultrices sans statut et un trop grand nombre d’entre elles ne sont toujours pas suffisamment informées des différents statuts possibles et de la protection juridique et sociale qu’ils offrent;

46.

estime qu’il est crucial d’améliorer la protection des droits des femmes, quel que soit leur statut, dans le secteur agricole, et d’y promouvoir une approche tenant compte des questions d’égalité des sexes; note que, selon une étude réalisée par le Parlement européen en 2018, les situations d’exploitation et d’abus semblent souvent être exacerbées pour les travailleuses saisonnières (17);

47.

rappelle que l’amélioration des conditions de travail des travailleurs agricoles suppose nécessairement une meilleure représentation et une meilleure défense des salariés par les organisations syndicales de travailleurs agricoles;

48.

recommande d’établir des alliances permanentes avec des syndicats minoritaires et des organisations locales pour relever les défis spécifiques auxquels sont confrontés les travailleurs migrants dans le secteur agricole;

49.

souligne qu’il est donc nécessaire de faciliter la nomination de représentants du personnel dans les exploitations agricoles par le biais d’élections syndicales équitables, démocratiques et culturellement appropriées, en garantissant l’inclusion des travailleurs agricoles migrants, le cas échéant, et en évitant la surreprésentation des membres de la famille ou des travailleurs de confiance des entreprises. Il est également important de proposer une formation sur les droits du travail et de garantir l’accès à une base de données régulièrement mise à jour sur ces droits par la mise en place de services de conseil syndical pour les travailleurs migrants et mobiles;

50.

souligne que des exemples concrets d’espaces de soutien visant à intégrer de manière cohérente l’accès aux droits des étrangers aux politiques d’accueil, existent et doivent être généralisés sur l’ensemble du territoire européen en utilisant notamment le programme Leader (18);

Salariat agricole et migration

51.

rappelle que, selon les chiffres de la commission administrative pour la coordination des systèmes de sécurité sociale (CACSSS) (19), le travail détaché, introduit par la directive 96/71/CE (20), a considérablement augmenté dans l’ensemble des pays de l’Union européenne, le nombre de travailleurs détachés, tous secteurs confondus, passant entre 2004 et 2018 de moins de 500 000 à près de 3 millions;

52.

souligne qu’en dissociant les règles fiscales et sociales du travail de leur lieu d’origine, le détachement peut parfois mener à des pratiques de «dumping social», exploitant les failles de la législation européenne et conduisant à des conditions de travail portant atteinte à la dignité humaine;

53.

fait observer que le travail détaché tend à offrir moins de protection en matière de sécurité sociale et présente une intensité de travail élevée, caractérisée par de longues journées et des exigences de rendement;

54.

souligne que d’autres dispositifs d’emploi en agriculture, comme le groupement d’employeurs ou l’utilisation du statut d’autoentrepreneur accompagnent le mouvement général de précarisation de l’emploi (21). Deux grands facteurs d’insoutenabilité du travail engendrés par le groupement d’employeurs se conjuguent, à savoir l’intensification du travail et l’individualisation de la relation salariale;

55.

recommande la signature, la ratification et l’application par tous les États membres de l’UE de la Convention internationale sur les travailleurs migrants et de la Convention internationale no 184 sur la santé et la sécurité dans l’agriculture de l’Organisation internationale du travail;

56.

souligne que de nombreux travailleurs du secteur de l’agriculture sont des migrants sans papiers, ce qui compromet leur accès à la protection de leurs droits fondamentaux; il importe donc de veiller à ce que tous les travailleurs migrants et saisonniers du secteur agricole bénéficient d’un statut juridique approprié;

57.

rappelle que le Conseil de l’Europe mentionne, dans son rapport sur l’agriculture et l’emploi irrégulier en Europe (22), que dans plusieurs pays européens, les migrants qui travaillent dans le secteur agricole sont victimes «d’exploitation»;

58.

estime important, compte tenu des dérives constatées de certaines entreprises de travail temporaires condamnées pour non-respect du droit du travail en vigueur ou pour l’utilisation abusive du statut d’autoentrepreneur, que les partenaires sociaux de l’Union européenne de ce secteur réexaminent les conditions de travail dans les chaînes de sous-traitance;

59.

demande à l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail ainsi qu’à l’Autorité européenne du travail de coordonner leurs activités de surveillance des conditions d’emploi de la main-d’œuvre saisonnière et de renforcer les instruments existants, tels que le guide des droits des travailleurs saisonniers, en prenant en compte les expériences passées telles que l’enquête nationale annuelle sur les travailleurs agricoles aux États-Unis, qui couvre à la fois les travailleurs avec et sans papiers;

60.

suggère de réaliser les investissements nécessaires afin d’obtenir des données représentatives concernant les travailleurs agricoles a l’échelle européenne en lançant un appel à travers des projets Horizon Europe, pour documenter correctement l’ampleur et la nature des conditions de travail et mieux orienter la conception et la mise en œuvre des politiques;

61.

propose la mise en œuvre d’un mécanisme de réclamation au niveau de l’UE, basé sur les principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme, qui soit fiable, accessible et qui protège contre les représailles, garantissant la transparence, l’équité et une collaboration efficace entre les parties prenantes.

Bruxelles, le 20 novembre 2024.

Le président

du Comité européen des régions

Vasco ALVES CORDEIRO


(1) Eurostat — Les agriculteurs et la main-d’œuvre agricole. Données extraites en novembre 2022.

(2) Labour and skills shortages in the agro-food sector , janvier 2023.

(3) Des droits pour toutes les saisons, Votre guide pour un travail saisonnier équitable: https://www.ela.europa.eu/sites/default/files/2023-10/your_guide_to_fair_seasonal_work_leaflet_FR.pdf.

(4) Règlement (UE) 2021/2115 du Parlement européen et du Conseil du 2 décembre 2021 établissant des règles régissant l’aide aux plans stratégiques devant être établis par les États membres dans le cadre de la politique agricole commune (plans stratégiques relevant de la PAC) et financés par le Fonds européen agricole de garantie (FEAGA) et par le Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader), et abrogeant les règlements (UE) no 1305/2013 et (UE) no 1307/2013 (JO L 435 du 6.12.2021, p. 1).

(5) Un label distinguant les employeurs équitables de la filière du champignon aux Pays-Bas, «Fair Produce Nederland», a été créé en 2011 par CNV Vakmensen, FNV, GroentenFruit Huis et LTO-Nederland. Ce label est attribué aux producteurs, détaillants et agences intermédiaires du secteur du champignon si leurs travailleurs reçoivent un salaire équitable, travaillent dans de bonnes conditions et disposent d’un logement décent.

(6) Depuis janvier 2018, la multinationale Princes (qui transforme chaque année 300 000 tonnes de tomates crues dans son usine de Foggia) s’est engagée à ce que 100 % de ses fournisseurs de tomates d’origine locale soient certifiés pour leur travail éthique.

(7) Klingelschmidt, Justine, et al. Suicide among Agricultural, Forestry, and Fishery Workers: A Systematic Literature Review and Meta-Analysis, Scandinavian Journal of Work, Environment & Health, vol. 44, no 1, 2018, pp. 3–15. Barbosa Junior M., Sokulski C.C., Salvador R., Pinheiro E., De Francisco A.C., Trojan F. What kills the agricultural worker? A systematic review on suicide. Rural and Remote Health 2021; 21: 6067.

(8) Occupational Fatalities among International Migrant Workers, 2021, Organisation internationale pour les migrations (OIM); Migrant workers occupational health research: an OMEGA-NET working group position paper, 2021.

(9) Review on the future of Agriculture and Occupational Safety and Health — Rapport de l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU-OSHA) — 2020.

(10) Les données d’Eurostat sur les accidents mortels et non mortels au travail issues de la collection de données des statistiques européennes sur les accidents de travail (SEAT) sont disponibles ici: Fatal work accidents: Fatal Accidents at work by NACE Rev. 2 activity [hsw_n2_02__custom_13034212] (voir par exemple la colonne NACE RE rows for sectors A01 and A02); Non-fatal work accidents: Non-fatal accidents at work by NACE Rev. 2 activity and sex [hsw_n2_01__custom_13034377] (voir par exemple la colonne NACE RE rows for sectors A01 and A02).

(11) Risk assessment of upper limb musculoskeletal disorders in agriculture: compared experiences. https://osha.europa.eu/sites/default/files/Risk_assessment_upper_limbs_agriculture_INAIL.pdf.

(12) https://normlex.ilo.org/dyn/normlex/fr/f?p=NORMLEXPUB:12100:0::NO::P12100_INSTRUMENT_ID:312530.

(13) Recommandation du Conseil du 18 février 2003 portant sur l'amélioration de la protection de la santé et de la sécurité au travail des travailleurs indépendants (JO L 53 du 28.2.2003, p. 45; ELI: http://data.europa.eu/eli/reco/2003/134/oj).

(14) https://osha.europa.eu/sites/default/files/Heat-at-work-Guidance-for-workplaces_FR.pdf.

(15) Guidelines for reinforcing the role of labour inspectors in addressing undeclared work .

(16) Règlement (UE) n ° 1305/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 relatif au soutien au développement rural par le Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader) et abrogeant le règlement (CE) n ° 1698/2005 du Conseil (JO L 347 du 20.12.2013, p. 487).

(17) «La vulnérabilité à l’exploitation des travailleuses migrantes dans l’agriculture dans l’UE: la nécessité d’une approche fondée sur les droits de l’homme et le genre», Département thématique des droits des citoyens et des affaires constitutionnelles — Direction générale des politiques internes de l’Union. Parlement européen, mai 2018.

(18) «Le Fonds européen agricole pour le développement rural — Intégration des migrants et des réfugiés», brochure du réseau européen de développement rural, 2016.

(19) https://www.cleiss.fr/docs/stats/rapport_stat_2022.pdf.

(20) Directive 96/71/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 1996 concernant le détachement de travailleurs effectué dans le cadre d'une prestation de services (JO L 18 du 21.1.1997, p. 1).

(21) Roux, 2018; Mazenc, 2020.

(22) https://assembly.coe.int/nw/xml/XRef/X2H-Xref-ViewHTML.asp?FileID=11393&Lang=FR.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/283/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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19/12/2024

Initiative législative52024IP0072(01)

P10_TA(2024)0072 — La 11e année d'occupation de la République autonome de Crimée et de la ville de Sébastopol par la Fédération de Russie et la détérioration de la situation des droits de l’homme en Crimée occupée, notamment les cas d'Iryna Danylovych, de Tofik Abdulhaziiev et d'Amet Suleymanov — Résolution du Parlement européen du 19 décembre 2024 sur la 11e année d’occupation de la République autonome de Crimée et de la ville de Sébastopol par la Fédération de Russie et la détérioration de la situation des droits de l’homme en Crimée occupée, notamment les cas d’Irina Danilovich, de Tofik Abdoulgaziev et d’Amet Suleymanov (2024/2992(RSP))

19/12/2024

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